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jeudi 15 mai 2014

Europe: nouvelle donne?

 Redessine-moi une Europe...
                                         En ces temps de campagne molle et morose, l'Europe ne fait plus rêver.
            Des tensions, masquées jusqu'ici, se  manifestent publiquement. Des lignes de fractures se font jour.
     Sur tout l'échiquier politique, on trouve des personnes ou des groupes  mobilisés pour une critique des dysfonctionnement de l'Europe, issus de Maastricht et de Lisbonne, et de sa manière de gérer la crise, révélatrice de vices de forme profonds. L'entêtement néolibéral des élites ne laisse pas entrevoir de nouvelles perspectives. Roosevelt ne les a pas inspirés.
          Erik Wesselius, candidat du Parti socialiste néerlandais va droit au but: « Le budget actuel de l'Union est trop élevé, les dépenses sont mal maîtrisées et de l'argent est gaspillé. La charge est mal répartie entre les pays. Les aides financières apportées à la Grèce et à d'autres ont surtout bénéficié à des banques allemandes ou françaises, sans résoudre le problème de l'endettement. Il faut que les Parlements exercent davantage de contrôle sur la politique. Sur le long terme, déficits et dettes doivent être comblés, mais s'en tenir  strictement à la norme des 3 % prive les Etats de la nécessaire flexibilité pour réagir à des événements économiques. Les Etats doivent aussi préserver leurs compétences en matière de santé, de retraites, d'emploi, de logement, de transports  publics, etc. L'Europe actuelle est d'abord celle des multinationales, des grandes entreprises et des banques. Elle doit être redessinée, rendue plus moderne, plus flexible, moins centralisée. »
       Pendant ce temps-là, les ayatollahs bruxellois non élus s'enferment dans un aveuglement entêté.
  Les pontes du PS escamotent les débats de fond, faisant dans l'incantation habituelle, eurobéats comme toujours, contre une majorité souvent plus critique.
          Mais le très modéré Terra Nova, think tank d'obédience libéral-socialiste, pointe pour une fois les dégâts du consensus de Bruxelles      (Allusion au  Consensus de Washington...qui a longtemps imposé sa logique)
               "... Les auteurs... rappellent... les dégâts considérables engendrés par l’aveuglement économique qui a frappé de Bruxelles à Berlin, en passant par Paris : « La trajectoire suivie par la zone euro est pire que celle connue par les pays européens lors de la Grande Dépression. (…) La Grèce a subi un cataclysme qui ne peut se comparer qu’à la chute de moitié du PIB de la Russie qui a suivi la chute de l’Union soviétique. » Au niveau de l’Union, les résultats  sont pitoyables : à partir de 2010, les salaires réels ont baissé dans 18 Etats sur 27 alors que dans la seule zone euro on compte 7,7 millions de chômeurs, dont 3,5 millions sont directement imputables à l’application de la doctrine bruxelloise. Contrairement au « récit » des multiples think tanks néolibéraux adeptes de l’adage « no pain, no gain » (pas d’efforts, pas de bénéfices), « la souffrance des Européens n’était ni nécessaire ni vertueuse. Elle était évitable et néfaste ».
                       Si ces prises de conscience parfois tardives, parfois opportunistes, ne restent pas seulement verbales,   une issue possible pourrait se dessiner, si l'on va résolument à contre-sens de la logique libérale dans laquelle l'Europe s'est enfermée.
                                 Certains, aux projets encore flous, veulent donner un nouveau souffle pour l'Europe.
            Ce qui est nouveau c'est que des  eurocrates critiques prônent aussi une mise à plat:
"... Des voix critiques s'élèvent, depuis le cœur même de la « machine » européenne, pour une autre Europe. Les fonctionnaires européens ne seraient pas aussi moutonniers et dociles qu'on les imagine souvent, depuis la France. Dans un appel que Mediapart publie en exclusivité (il est ici), un collectif de jeunes fonctionnaires, conseillers et diplomates, estime qu'« une autre voie est possible » pour l'Europe, cinquante propositions à l'appui. 
      Ils sont originaires de différents pays de l'Union, sont trentenaires – pour la plupart d'entre eux – et travaillent au sein des institutions (parlement, conseil, commission, BCE) ou encore de représentations nationales auprès de l'Union (les services diplomatiques de chaque capitale à Bruxelles). Tous considèrent que l'on ne débat pas assez de l'Europe, à deux semaines d'élections décisives pour l'avenir de l'UE. La difficulté d'organiser un débat sur le sujet à une heure de grande écoute sur une chaîne de télé française les atterre. Ils ont donc choisi de s'investir davantage dans la campagne. Un site, en plusieurs langues, vient d'être ouvert, afin de relayer l'appel et de mettre en débat leurs cinquante propositions pour repenser le « contrat social européen ».
« L'Europe n'est pas à la hauteur de ses promesses », reconnaissent d'emblée ces « eurocrates critiques », qui ont choisi de conserver l'anonymat. Le constat qu'ils dressent de l'Union n'est pas reluisant, et tranche avec les discours officiels relayés à longueur de journée par les services de communication des institutions bruxelloises : « Un cercle vicieux s'est installé entre un déficit exécutif empêchant l'Europe d'agir et un déficit démocratique, qui produit chaque jour plus de rejet et de tension. L'intégration européenne risque de ne plus être soutenue par les peuples, appauvris et tentés par le repli national, voire nationaliste. 
... En fin d'année dernière, des universitaires allemands, proches de la CDU et du SPD (les deux partis au pouvoir en Allemagne), connus sous le nom du « groupe de Glienicke », avaient déjà publié un texte allant dans cette direction, jugeant qu'« aucune des crises qui sous-tendent celle de l'euro n'est résolue, ni de près, ni de loin », et s'inquiétant de « la radicalisation du spectre politique » dans les pays en crise.
     Une initiative symétrique, côté français, orchestrée notamment par l'eurodéputée Sylvie Goulard, a vu le jour en début d'année, sous le nom de « groupe Eiffel ». Des universitaires et journalistes français (Thomas Piketty, Pierre Rosanvallon, Xavier Timbeau, Guillaume Duval, etc.) ont quant à eux publié en février un manifeste pour une union politique de l'euro, partant du principe que « rien ne serait plus faux que de s'imaginer que le plus dur est derrière nous ». 
    Toutes ces initiatives, restées plus ou moins confidentielles, partagent une analyse forte : la crise que traverse l'Union n'est pas seulement économique, mais elle touche aux fondements mêmes de son projet politique (voir les passages en force de la « Troïka », ou le durcissement du régime hongrois). L'appel du groupe Euro2030 est toutefois un peu différent. D'abord parce qu'il émane du cœur de la machine bruxelloise – la démarche est rare. Ensuite parce qu'il veut aller plus loin qu'une simple déclaration politique, et avance des propositions très précises, y compris sur le terrain social, pour sortir du statu quo actuel..."
      Contre-feux produits par la crainte de résultats électoraux catastrophiques ou amorce d'un véritable tournant?
                              On ne tardera pas à le savoir. 
  Cessons d'avoir honte de remettre sur ses pieds une Europe qui marche sur la tête. 
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- Banquiers et autorités n’ont pas tiré les leçons de la crise
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mercredi 13 juin 2012

Haro sur Allemagne?

Allemagne ambiguë

___________L'Allemagne est souvent mise en accusation, ou plutôt la politique menée par sa chancellière, sa coalition en voie de fracture et les intérêts qu'elle représente.
  L'OIT n'y va pas par quatre chemins. Pour elle,  l'Allemagne est responsable de la crise en zone euro, soulignant le fait de "la politique salariale "déflationniste", mise en place en Allemagne ces dix dernières années  : "Les coûts du travail en Allemagne ont chuté depuis une décennie par rapport aux concurrents, mettant leur croissance sous pression, avec des conséquences néfastes pour la viabilité de leurs finances publiques".
In Deutschland auch...L'unanimité ne règne pas sur le ligne à suivre, loin de là.
Joschka Fischer n'a pas de mots assez durs à l'encontre de la politique d'austérité imposée par Angela Merkel
Souhaite-t-elle sans le dire le départ de la Grèce de la zône euro?
Selon l'économiste J.Sapir,"... nous voyons se mettre en place petit à petit le mécanisme d’une sortie de la Grèce de l’Euro, solution ouvertement envisagée par le Ministre Allemand de l’intérieur. Ces déclarations, qui ont le mérite de la clarté, soulèvent un autre problème. Quels que soient les démentis, il est clair qu’un membre du gouvernement ne s’exprime pas à la légère, surtout en Allemagne. Il y a au moins un débat important au sein du gouvernement Allemand, et peut-être plus : une décision d’aboutir par petits pas à une sortie de la Grèce de la zone euro. Une sortie qui doit être naturellement « volontaire » (tout comme l’est l’échange des titres de dette est qualifié de « volontaire ») car il n’existe à l’heure actuelle aucun mécanisme pour exclure un pays de la cette zone euro..
Si la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie ont vu leur endettement public s’accroître dans des proportions considérables ces dernières années, c’est en raison de l’écart croissant de compétitivité avec l’Allemagne. Ceci s’est traduit par un déficit commercial croissant avec ce pays mais aussi – plus subtilement – par une plus grande sensibilité à la montée du taux de change de l’Euro depuis 2002. Ce dernier est ainsi passé de 1 Euro pour 1,05 Dollars américains en 2002 à plus de 1,40 pour revenir, vers la mi-décembre 2011 à 1,30. L’économie allemande peut résister à une telle surévaluation, mais pas celles des pays du Sud de l’Europe. La compétitivité des pays de l’Europe du Sud s’est ainsi dégradée face aux autres pays du monde du fait qu’ils étaient entraînés dans une spirale de réévaluation pour eux insupportable.
Cet écart de compétitivité s’enracine dans des configurations très différentes des structures économiques et industrielles des pays de la zone Euro. De ce point de vue, la monnaie unique n’a apporté nulle convergence. Pour qu’il en fut autrement, il eut été nécessaire de prévoir des mécanismes de transferts budgétaires importants des pays comme l’Allemagne vers les pays du Sud de l’Europe. Mais, l’Allemagne s’y est refusée dès le départ..."
_____En suivant ses stricts intérêts, dans la cadre d'un ordolibéralisme dogmatique, Berlin mène un jeu dangereux, devenant un problème pour elle-même.
" La Chancelière Angela Merkel souffle donc le chaud et le froid depuis le début de la crise : si une crise longue mais légère est bénéfique pour l’Allemagne, un effondrement de la zone serait une catastrophe pour elle. C’est comme si elle s’efforçait de maintenir ses voisins sous assistance respiratoire en espérant que le statu quo dure le plus longtemps possible..."
Le modèle de production allemand, essentiellement exportateur, est certes performant, mais paradoxalement aussi de ce fait vulnérable.
__C'est ce qui explique sans doute les tergiversations de  la « dame de plomb », prise dans d'innombrables contradictions, passant de la résistance à l'ouverture.
Sans compter les tensions et les contradictions régnant au sein de son gouvernement.

________________Selon un journaliste allemand, se référant à Helmut Schmidt, l'Allemagne ne doit pas oublier sa dette envers l'Europe:
"... Si le monde entier ne nourrissait pas une profonde méfiance envers l'Allemagne, déclarait récemment Helmut Schmidt, ex-chancelier et grand maître de la politique allemande, l'union européenne n'aurait jamais été mise sur les rails...
 "Nous ne sommes pas assez conscients du fait que les Allemands suscitent la méfiance de presque tous leurs voisins et pour des générations encore", affirme Helmut Schmidt. En tout cas, l'un des principaux moteurs de la construction européenne a été la crainte de voir renaître une Allemagne dominatrice. Il fallait ancrer, et par là dompter, ce pays au cœur de l'Europe, à l'importance géopolitique majeure.
L'introduction hâtive de l'euro s'explique elle aussi par la volonté de rattacher à la communauté cette Allemagne renforcée par la réunification. Pour obtenir la bénédiction de la communauté internationale, l'Allemagne réunifiée a dû renoncer au deutschemark. La monnaie unique fut toutefois bâtie sur son modèle, c'était une condition de l'Allemagne. A l'heure où l'euro révèle ses défauts de conception, la faute en revient aussi aux Allemands..." 
_______Les banquiers allemands ont tendance a vouloir laisser tomber les pays dits faibles, en oubliant qu'ils sont impliqués dans leur dette.  L’Allemagne a donc  une part de responsabilité dans la crise européenne
"... Comme la Banque centrale européenne (BCE) est régie par des règles imposées par l’Allemagne, la politique monétaire de l’UE fut décidée en prenant essentiellement en compte la contraction des salaires allemands. Les banquiers centraux ont alors opté pour une politique monétaire adaptée à la première économie européenne, mais trop expansionniste pour Lisbonne, Madrid, Dublin ou Athènes. L’argent a inondé ces pays nourrissant des bulles (immobilier…), alimentées par un crédit facile. Tandis que la hausse des prix a entraîné celle des salaires, réduisant leur compétitivité. Bien sûr, cela ne veut pas dire que Grecs, Espagnols, Portugais ou Irlandais n’ont pas de responsabilité dans la crise, mais cela explique en partie les distorsions entre le sud et le nord de l’Europe, voire entre l’Allemagne et les autres. Aujourd’hui, les banquiers allemands veulent laisser tomber les pays dits faibles, oubliant que les banques allemandes notamment régionales, ne survivraient sans doute pas à une déconfiture de l’Europe du Sud. Tel est l’avis de Ferdinand Fichtner..."
___ L’Allemagne a cette responsabilité d’avoir imposé le DM, rebaptisé pudiquement euro, au reste de la zone . Monnaie beaucoup trop forte pour une majorité des pays qui l’ont adoptée . On parle souvent de délocalisations, mais sans savoir ce que l’on dit . Les entreprises recherchent, en priorité, à produire hors zone euro . Le coût le la main d’oeuvre est secondaire . La main d’oeuvre peu qualifiée étant, par définition, incapable de productivité et de valeur ajoutée importante . En son temps, monsieur Sellière, alors patron du CNPF, avait eu une remarque qui résume tout . Il avait dit qu’en moyenne, les entreprises industrielles françaises faisaient 2% de gains de productivité par an . Il y a dix ans, l’euro avait été introduit à parité avec le dollar . Quelques années seulement après, il s’était renchéri de 40% . Quelle entreprise peut voir le coût de ses produits prendre 40% en 5 ans par le simple fait de la monnaie ? Un seul exemple illustre celà . La volonté d’Airbus, à l’époque, de partir produire hors zone euro . Volonté vite étouffée par les politiques . Du coup, la facture a été payée par les salariés, par le biais de l’externalisation, souvent hors zone euro . Les Allemands ont réussi à imposer la monnaie, qui permit le mieux de financer sa réunification, sur le dos des autres pays membres..."
"... Comme le souligne The Economist, il y a une grave incompréhension de la position allemande. Il ne s’agit en aucun cas d’une véritable intégration politique fédérale. Les Allemands refusent la « Transfer Union ».
  Berlin n’est prêt à plus d’intégration que pour le contrôle des budgets nationaux et l’imposition d’une rigueur uniforme via des sanctions plus au moins automatiques qui pourraient être initiées ou prises par la Commission ou la Cour de Justice. Voilà la seule intégration européenne à laquelle l’Allemagne est prête aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’une intégration solidaire mais d’une intégration qui imposerait le « modèle allemand » et l’austérité sur le continent...."
_________ Forte de son succès économique, elle impose son droit
Mais les principes qui régissent les relations entre les länder  valent-ils à l'échelle européenne?
Que vaut le projet d'Europe fédérale ? 
 Selon Jacques Sapir : Il n’y a nul fédéralisme dans ce plan, mais le camouflage de la position allemande sous les couleurs d’un soit disant fédéralisme. Ce plan ne fait que refléter, et consolider, la vision « disciplinaire » ou « punitive » d’un fédéralisme budgétaire qui est celle de l’Allemagne. Un fédéralisme réel ne serait possible qu’à la condition d’être cohérent économiquement. Il faudrait donc pouvoir adosser le fédéralisme budgétaire au fédéralisme fiscal et social et prévoir d’emblée des flux de transferts importants. La position de l'Espagne s'explique par la peur de perdre ce qui lui reste de souveraineté directement au profit de Berlin. Un fédéralisme qui serait uniquement budgétaire ne pourrait être que contraignant, tout en ouvrant de nouvelles possibilités de dumping social ou fiscal. En fait, ce que l’on appelle « l’option fédérale » ne peut plus dissimuler qu’elle n’est que le cache-sexe d’une politique disciplinaire imposée par un pays, l’Allemagne..."
On s'acheminerait alors vers un fédéralisme autoritaire
 L'Allemagne, qui n'est pas si vertueuse, est à la croisée des chemins, dans une Europe qui a perdu ses repères. Un leadership plutôt désastreux, selon J. Delors.
______Que fera l'Allemagne pour sortir de ses contradictions?
Les Allemands le savent-ils eux-mêmes? 
__________
-Dernière nouvelle: une délégation du SPD se rend à l'Elysée pour faire pression sur A.Merkel
-L'intérêt de l'Allemagne..
- Le consensus de Berlin 
- Deutsche Bank: privatisations dans toute l’Europe.

samedi 20 mars 2010

La Grèce de la discorde

Les problèmes grecs ne concernent pas que les Héllènes

Interrogations sur le modèle européen-

-L'UE planche sur le cas grec
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Le sens de la crise grecque
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Les leçons de la crise grecque

"Face au refus de l'Allemagne d'endosser politiquement un plan d'aide européen à la Grèce, les autorités de l'UE travaillent d'arrache-pied à une formule acceptable pour Berlin, dans laquelle le Fonds monétaire international est désormais susceptible d'être impliqué..."
-Après la Grèce, le Portugal... le scénario de contagion est en marche




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-La "mauvaise" Grèce met l'euro sous tension:
"..Les malheurs de la Grèce contaminent les autres maillons faibles de la zone, le Portugal et l'Espagne en tête, qui voient leurs conditions de financement se détériorer. Le coût de l'assurance contre un défaut (CDS) des dettes souveraines grecque, espagnole et portugaise a atteint un niveau record. Et Athènes doit toujours emprunter à dix ans au taux de 6,6 %, contre 3,1 % pour les Bunds allemands de même échéance.
Les responsables européens se sont pourtant employés à ramener le calme. Notamment Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE), qui a estimé, jeudi 4 février, qu'en matière de finances publiques, "la zone euro (pouvait) soutenir la comparaison de façon très avantageuse avec nombre de pays industrialisés".
Mais "les mouvements sur les marchés sont devenus quelque peu irrationnels et les appels à la raison n'ont pas d'impact", juge Jean-Louis Mourier, chez Aurel BGC...."


-La relation franco-allemande mise à l’épreuve par la crise financière grecque:
"...Depuis quelques jours, sans le reconnaître, MmeMerkel rejette les unes après les autres les possibilités d'un soutien européen à la Grèce, voulu par ses partenaires.
Hostile à un renflouement immédiat dont l'Allemagne serait le plus gros contributeur, elle a tergiversé sur la création d'un Fonds monétaire européen (FME) jusqu'à ce dernier coup de théâtre au Bundestag, mercredi 17mars, où elle a envisagé l'exclusion d'un membre de la zone euro… tout en prenant acte du fait que le traité institutionnel ne le permettait pas.
___Le tour est joué: il reste maintenant l'aide du FMI. La Grèce au bord du gouffre la brandit comme une menace, la France n'en veut pas, l'Allemagne a d'abord déclaré d'y être hostile.
"Plus les Grecs réclament une intervention du FMI, mieux on se porte", dit-on maintenant sans détours dans l'entourage de la chancelière. Le Conseil européen des 25 et 26mars sera l'épreuve de vérité.
A travers la question de l'aide à la Grèce se joue un match France-Allemagne, la mise en concurrence de deux conceptions de l'Europe..."
-L'Allemagne défend son modèle de croissance
_____-L'Allemagne, victime du tout export
__- Désunion européenne

-La Grèce évoque un recours au FMI, en l'absence de décision au sommet de l'UE:
"Face à l'intransigeance allemande, l'heure, à Athènes, n'est plus aux réactions passionnées et aux rappels des crimes de l'occupation nazie. Angela Merkel ayant clairement signifié qu'elle n'aurait pas été fâchée de la voir exclue de la zone euro, la Grèce choisit de se poser en parangon de la cohésion européenne : "L'Allemagne a une grande responsabilité historique (...). Je crois qu'elle comprendra finalement que le sauvetage de la Grèce est intrinsèquement lié à la stabilité et à la survie même de l'eurozone", commentait, jeudi 18 mars, Panos Béglitis, ministre adjoint de la défense et ancien porte-parole du premier ministre Georges Papandréou.___La presse était sur la même longueur d'onde : "L'Allemagne pourrait miner sa position de dirigeante au sein du système européen", mettait en garde le libéral Kathimérini, tandis qu'à gauche Elefthérotypia jugeait que "c'est l'UE qui ne tolérera pas l'égoïsme allemand"...

-La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe..."
"...
La situation de la Grèce, liée au « surendettement », n’est pas sans rappeler celle des pays du Tiers-Monde lors de la crise de la dette de 1982. En effet, pour pouvoir faire face à leurs obligations financières, les pays du Sud, en quasi cessation de paiements, ont été « aidés » par le FMI et par la Banque mondiale. Ces institutions ont accordé des prêts aux pays du Sud afin qu’ils puissent rembourser leurs banques créancières. Lesdites banques ont ainsi pu transférer au FMI et à la Banque mondiale une bonne partie de leurs créances « pourries » (ou « actifs toxiques » en langage politiquement correct). En contrepartie, les pays « aidés » se sont vus imposer des programmes d’ajustement structurel, traduction du consensus de ,Washington |d’inspiration néolibérale monétariste.
__A travers l’application de ses dix commandements, le consensus de Washington vise à permettre aux pays sous ajustement de recouvrer la capacité d’assurer le service (principal + intérêts) de leur dette extérieure. Il faut, à n’importe quel prix, dégager des fonds pour payer les créanciers...
"

-Comment la Grèce en est arrivée là
-La Grèce s'est enferrée dans un modèle peu compétitif
-Lutte des classes en Grèce - AgoraVox
-L'idée de créer un Fonds monétaire européen pour secourir un pays de la zone euro fait débat
____-Et l'Europe, combien doit-elle à la Grèce?
_____-Grèce: pourquoi l'Allemagne a décidé de faire un exemple
___-La Grèce accuse les banques allemandes de «spéculer» contre elle
-Comment la dette de la Grèce profite aux spéculateurs...

_-Corrupteurs (Allemagne) et corrompus (Grèce) - AgoraVox








________________________
-Grèce: aide allemande?
-
-Aider ou lâcher la Grèce ?
-La Grèce et Goldman Sachs (2)
-La Grèce, l'euro et les spéculateurs (1)
-Goldman Sachs :santé douteuse?

lundi 18 juin 2012

Cacophonie européenne

 Europe: entre dilution et fédéralisme autoritaire?
____________________________________________  [ Questions et hypothèses]

 __Sous la menace d'un bing bang financier annoncé par les plus pessimistes, dans un scénario ubuesque, où la cécité de Bruxelles ne cesse de surprendre, la cacophonie est totale, les divergences sont patentes.
La crise est passée par là, dans une Europe vassalisée, dominée par la loi des marchés financiers, annoncée déjà comme moribonde il y a quatre ans.
Une Europe devenu un grand marché  néolibéral , une zône de libre échange, sans unité politique ni cohérence économique, où l'euro n'a pu jouer le rôle stabilisateur prévu, mais a creusé l'écart entre les zônes de développement inégal.
____Passée dans l'esprit du  consensus de Washington, elle glisse maintenant sous celui du consensus de Berlin, une sorte de  federalisme disciplinaire, pire, une hégémonie allemande de fait, comme le redoute Ulrich Beck (1), Joschka Fisher, Helmut Schmidt, Ferdinand Fichtner ont fait aussi entendre une voix discordante au pays d'Angéla, qui se berce un peu d'illusions...
Une Allemagne à contresens?
Une hégémonie que résume ainsi Mme Lagarde, adepte du dumping salarial: " « L’Allemagne a accompli un excellent travail au cours des dix dernières années, en améliorant la compétitivité, en exerçant une forte pression sur ses coûts de main-d’œuvre."
__Si le fédéralisme politique peut être l'horizon de certains européens, notamment à l'origine du projet, et pour certains commentateurs, dans les conditions actuelles, il faut craindre qu'il mène au  délitement de l'idée européenne. l'idée d'une souverainété "partagée" ne pouvant  exister que s'il y a un minimium de règles communes et de solidarité entre les membres, malgré leur inégalité de développement.
L'Europe des citoyens reste un voeu pieux .
__L'Europe à deux vitesses, au delà d'une eurodiscipline budgétaire, reste plus facile à dire qu’à faire 
Cela paraît  un défi impossible "... Comme articuler les futures institutions fédérales de la zone euro et les institutions intergouvernementales de l'Union européenne ? Peut-on imaginer un ministre des finances de la zone euro, voire in fine un gouvernement de la zone euro, responsable politiquement devant les citoyens européens, au sein des structures actuelles de l'Union européenne ? Aucun schéma convaincant n'a à ce jour été présenté. Penser les institutions de l'euro-fédéralisme : tel est le dernier défi des Européens."
Au bord du précipice, l'option Merkel est risquée.
Un “Maastricht 2” en vue pour la fin du mois, ou un coup de force austéritaire?
Que fera F. Hollande, aujourd'hui en position de force dans l'eurozône, mais arbitre de tendances internes  contradictoires? Pourra-t-il, voudra-t-il rompre avec la stratégie de soumission aux marchés financiers? 
__Comment sortir du péril dénoncé autrefois par Mendès France, un peu plus de deux mois avant la signature des traités de Rome, le 18 janvier 1957 à l’Assemblée Nationale? :
"Le projet du marché commun, tel qu’il nous est présenté, est basé sur le libéralisme classique du xx ème siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens large du mot, nationale et internationale."
________
-Vers un «saut fédéraliste» ?
- Pourquoi Angela Merkel s'obstine
-Désaccords de fond

vendredi 15 juin 2012

Pour un protectionnisme éducateur?

 __Pour les dogmatiques de la mondialisation à tout prix et à tout va, qui est surtout devenue celle des capitaux depuis l'ère reaganienne, le protectionnisme est le péché  par excellence.

_______Mais ce dogme libéral , au vu des résultats, commence à être contesté même par des économistes de droite, dénonçant un  libéralisme de courte vue,  fonctionnant parfois comme un piège, et pas seulement par des courants d'inspiration gaulliste ou les nouveaux adeptes du patriotisme économique. Des appels à changer de logiciel se manifestent.
Maurice  Allais avait depuis longtemps montré les impasses d'un mondialisation non tempérée.
Les quelques réserves tardives de Pascal Lamy n'ont pas modifié la rigidité des principes de l'OMC.

________Pour l'économiste J.Luc Gréau: " le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine ait augmenté de 93 % depuis le début de cette année est bien le signe que quelque chose ne va pas. Aujourd’hui, l’Union européenne exporte 100 vers la Chine et importe 300 de produits made in China. Aux Etats-Unis, ce rapport est de 1à 6. Dans nos relations avec la Chine, nous ne profitons pas des supposés bénéfices du libre-échange. C’est pour cela que le retour d’un nouveau protectionnisme est inéluctable. Le vrai risque c’est d’attendre trop longtemps que les emplois industriels en Europe aient totalement disparu.
 D’où provient la croissance mondiale aujourd’hui ? Un peu des Etats-Unis, mais surtout de l’Asie et dans une moindre mesure de l’Amérique latine. En Chine et en Inde, elle a été alimentée grâce notamment à l’élargissement du processus capitaliste, qui permet à ces pays d’élever leur niveau de compétence et de savoir-faire. Dans ce contexte, les multinationales, en investissement localement, jouent un rôle déterminant dans ce processus de développement. Il ne s’agit pas de remettre cela en question. Le problème c’est que ces nouveaux pays ont choisi un mode de développement qui privilégie la croissance de leurs exportations au détriment de l’énorme potentiel de leur demande intérieure et donc d’un certain progrès social. Je considère que la Chine mène une politique économique impérialiste, dont ni l’Europe, ni les Etats-Unis, ni même l’Afrique ne bénéficient. Trois décisions majeures des autorités chinoises viennent d’illustrer cette ambition. D’abord, la création d’une société à capitaux publics pour être capable demain de construire un avion de ligne chinois concurrent de Boeing et d’Airbus. Ensuite la volonté d’utiliser une partie des immenses réserves de change de la Chine pour investir sur les marchés financiers occidentaux. Enfin la hausse de 30 % des droits de douane à l’importation de certains biens d’équipement pour protéger son industrie nationale. Et pendant ce temps, l’Europe reste inerte..."
Pourtant, l'idée d'un certain protectionnisme européen fait son chemin, mais un peu tard...Un protectionnisme sélectif et raisonné pour conserver une part essentielle de notre appareil industriel et éviter de plonger dans la déflation salariale.."
___Il est donc urgent de  repenser les délocalisations.
Aux Etats-Unis, qui ont toujours gardé un certain nombre de barrières douanières, et dans des pays émergents, le protectionnisme gagne du terrain . En matière de solaire, par exemple, l'Amérique se protège de la Chine, l'Europe compte les morts.
 __________________Il reste à repenser de nouvelles formes de  protectionnisme éducateur en Europe, comme F.List l'avait suggéré en son temps, selon lequel " une insertion internationale réussie suppose qu'un pays initialement spécialisé dans l'exploitation de ses ressources naturelles et possédant une main-d'oeuvre peu qualifiée, abondante et bon marché s'oriente progressivement vers la production de biens utilisant de la main-d'oeuvre qualifiée et bien payée. Or, ce changement de spécialisation nécessite le recours au protectionnisme : lorsqu'il y a des économies d'échelle, un nouvel entrant ne peut pas être immédiatement compétitif, sauf si sa maîtrise préalable d'un marché domestique large (Chine, Inde) ou une aide publique lui assurent un niveau de production suffisamment élevé. _Même en l'absence d'économies d'échelle, il faut tenir compte des effets d'apprentissage : avec le temps, l'expérience se traduit par l'accumulation de connaissances pratiques et d'une culture qui augmentent l'efficacité productive. Une industrie naissante est donc forcément moins efficace qu'une industrie mûre..., mais la première peut dépasser la seconde si on la laisse grandir à l'abri de la concurrence internationale ou si, au départ, elle est subventionnée. Cet argument, développé initialement par Friedrich List (1789-1846) et John Stuart Mill (1806-1873) sous le nom de " protection des industries naissantes ", demeure un fondement théorique essentiel du protectionnisme." (Alternativeséconomiques_Septembre 2002)
________________Mais la concurrence interne à l'Europe et à d'autres continents n'est-elle pas
un problème trop souvent éludé?
" "La Chine ne représente que 8 % des importations françaises. De fait, les principaux concurrents et partenaires de la France, ce sont les autres pays de l'UE, qui représentent environ 60 % de nos échanges commerciaux - Allemagne en tête, avec 17 %."
L'usine PSA de Trnava, Slovaquie, 3500 salariés
Salaire moyen : 450 € (wikipedia)
C'est pourquoi, pour M. Plane, "plutôt que d'envisager des barrières douanières aux frontières de l'UE" - comme propose de la faire notamment Nicolas Sarkozy avec un "Buy European Act" calqué sur le modèle américain -, "il serait préférable d'éviter les comportements non-coopératifs existant au sein de l'UE, comme la mise en place de la TVA sociale en France ou la compression des coûts salariaux en Allemagne, mesures qui ont pour objectif de gagner des parts de marché au détriment de ses voisins européens".
  Le consensus de Berlin en a été un moteur essentiel.
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- Deutsche Bank: privatisations dans toute l’Europe.
- Protectionnisme : la première initiative citoyenne lance le débat au niveau européen

lundi 8 octobre 2012

Que veut l'Allemagne?

Allemagne: Ostpolitik et délitement de l'UE
_______________________________________Angela regarde vers l'Est

____Au milieu de ses contradictions actuelles, de ses conflits, des critiques internes et externes, l'Allemagne sait-elle ce qu'elle veut et le savons-nous nous-mêmes clairement?
A.Merkel, contestée dans sa politique européenne ambiguë, s'est trouvée fragilisée lors des dernières élections et prépare les prochaines dans des conditions peu favorables. Même son père politique, Helmut Kohl, critique la position européenne de la chancelière, qui va jusqu'à envisager l'hypothèse d'une Europe à deux vitesses. Avec les petits patrons, A Merkel  est en train de perdre ses soutiens les plus fidèles.
L'Allemagne commence à souffrir de la crise en Europe et prend conscience de ses  points faibles (il est le pays où les inégalités salariales s'accroissent le plus rapidement»), traversée par de fortes contradictions.
 L'Allemagne, qui n'est pas si vertueuse, est à la croisée des chemins, dans une Europe qui a perdu ses repères.
 En tout cas, elle semble sans boussolle politique, sans plan B.
__________Depuis la réunification et Schröder, les intétêts économiques de l'Allemagne se situent de plus en plus dans la Mitteleuropa.
Malgré son ancrage à l'Ouest, les intérêts allemands, qui ont misé sur le tout-export, s'éloignent de la zône d'influence américaine, depuis la chute du Mur et la douloureuse réunification. Un nouvelle Ostpolitik, initiée par W.Brandt au niveau surtout politique et culturel, est devenue surtout économique et commerciale...jusqu'à la Chine, un des principaux débouchés pour le technologie allemande. (Handel durch Annäherung)
 "L’intérêt que porte l’Allemagne à l’Europe de l’Est, et en particulier à la Russie, ne
concerne pas uniquement sa politique énergétique ; il est aussi motivé par la perspective du commerce extérieur allemand. L’économie allemande repose pour une large part sur la production de biens industriels, et se trouve donc en très bonne position pour satisfaire le besoin urgent qu’ont l’Europe de l’Est et la Russie de construire des infrastructures modernes et de mettre en place des capacités de production efficaces. L’Allemagne bénéficie en outre de sa relative proximité pour les transports vers l’Europe de l’Est, et peut s’appuyer sur un réseau dense de contacts politiques et économiques. Le niveau relativement élevé d’engagement des entreprises allemandes en Europe de l’Est apparaît nettement lorsqu’on le compare à la présence des entreprises françaises..."

___Berlin, de par sa position européenne centrale (Mittellage) se trouve dans la nécessité  de nouer un nouveau partenariat avec Moscou.
______________________________Wolfgang Münchau, journaliste au Spiegel, très pessimiste sur l'avenir de l'Union européenne dans ces conditions, estime que  "La réunification allemande est notre péché originel"
"L'Allemagne ne se considère plus comme un membre de l'Union européenne mais comme une puissance autonome, traitant d'égale à égale avec les Américains, les Russes et les Chinois sans se préoccuper de petits importuns comme les Etats européens...
  Au début des années 90, il était inconcevable que l'Allemagne se détache un jour du consensus proeuropéen. Ce glissement s'est en partie opéré avec l'arrivée de responsables politiques est-allemands, comme Angela Merkel, qui n'avaient pas de lien personnel avec le projet européen et se sont détournés de l'intégration européenne.
La réintégration de l'ex-Allemagne de l'Est ne suffit toutefois pas à expliquer cette évolution. Dans les pays occidentaux aussi, les priorités ont changé. L'une des raisons est économique. A cause du poids de la réunification, l'Allemagne a adopté la monnaie unique avec un cours surévalué. Résultat, durant 10 ans, la politique économique de l'Allemagne a consisté à augmenter sa compétitivité au lieu d'essayer de renforcer la productivité de l'espace européen dans son ensemble. C'est là l'une des principales causes de la crise actuelle.
La réunification de l'Allemagne et celle de l'Europe ne vont pas de pair, toutes deux ont économiquement mal tourné. Les futurs historiens porteront, à mon avis, un regard plus critique sur la réunification et les mérites du chancelier Kohl qu'à l'heure actuelle."

H.Schmidt:"Die Europäische Union kann scheitern"

______Selon le Céri, "les Allemands appréhendent le monde en des termes plus géoéconomiques que géostratégiques : il y a quelques années, Peter Struck, alors ministre de la Défense, avait déclaré que la défense de l’Allemagne commençait à l’Hindu Kusch. Celle de l’économie allemande débute à Shangaï et Guenzhou, pas à Paris ou à Londres.
Le progressif délitement de la cohésion et de l’esprit européens, conséquence à la fois directe et indirecte de la réunification de l’Allemagne et de l’Europe, est en revanche une donnée nouvelle. Naguère, l’OTAN et la Communauté européenne ancraient la République de Bonn en Occident. Le concept d’Occident dissimule (mal) le rétrécissement du monde occidental, les tensions diffuses et centrifuges entre les Etats, le fossé transatlantique, le désenchantement européen et le désamour des Allemands pour l’Amérique comme pour l’Europe. L’extraordinaire parenthèse des relations germano-américaines, ouverte en 1949 avec la mise en place du pont aérien, s’est refermée à la fin des années 1970. Avec la disparition de la menace soviétique, l’Allemagne n’a plus eu à importer sa sécurité des Etats-Unis. Les erreurs et le discrédit de George W. Bush ont fait le reste. La République de Berlin n’avait plus de leçons à recevoir de personne, comme l’a rappelé Gerhard Schröder à la veille de la guerre contre le régime de Saddam Hussein.
Dans l’Union européenne, l’élargissement ne s’est pas accompagné d’un véritable approfondissement. L’élargissement n’a pas entraîné de dysfonctionnement institutionnel mais aucun gouvernement européen ne s’investit aujourd’hui dans les biens communs européens. Les Britanniques n’ont jamais caché leur intérêt limité dans l’Union (à l’exception du grand marché intérieur), les Français utilisent la cause européenne à des fins intérieures, les Hongrois ou les Italiens se sont désengagés de la cause européenne et les Allemands, élites et opinion publique confondues, ne croient plus à une embellie démocratique. Pour Berlin, les Vingt-sept sont au mieux un marché ou un régulateur du marché), la démocratie étant garantie par les institutions allemandes, comme l’a rappelé la Cour constitutionnelle de Karlsruhe à deux reprises, en 1994 et en 2009. Au pire, l’Europe est un gouffre financier dans lequel disparaissent les contributions allemandes, comme l’avait souligné de façon peu élégante Gerhard Schröder en 1999. Le sauvetage de la Grèce a ainsi fait l’objet de nombreuses critiques. Les Allemands estiment avoir beaucoup payé pour la réunification et, surtout, s’être vu imposer une union monétaire qui à aucun moment ne devait devenir une union de transfert redistributrice..."

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-Vers un fédéralisme bismarkien?

mercredi 14 mars 2018

Esprit, où es-tu?

De l'esprit de Philadelphie
                                               Au consensus de Washington
__ Deux logiques politiques et sociales opposées.

     
  En mai 1944, avait lieu à Philadelphie la Déclaration de l’Organisation internationale du travail, à la fin d'une guerre qui touchait à sa fin avec son cortège d'horreurs.
__ Un guerre dont le fascisme allemand fut le principal initiateur, conséquence d'un terrible désordre financier, dont la source majeure fut la décision US en crise de retirer ses importants fonds bancaires à Berlin, ce qui créa le chaos et facilita la montée d'un petit parti qui allait connaître une aventure sinistre.
___ A Philadelphie, on voulait instaurer un nouveau socle démocratique: Ce texte, première déclaration internationale des droits à vocation universelle, a un caractère pionnier dans la mesure où il entendait faire de la justice sociale l’une des pierres angulaires de l’ordre juridique international. Affirmant que « le travail n’est pas une marchandise » et qu’« une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale », ce texte, qui introduit la notion de « sécurité économique », revêt une singulière actualité aujourd’hui, comme le dit Alain Supiot.
__ Dans le même esprit que le CNR (le conseil National de la Résistance) en France, posant les principes d'une logique politique économique en rupture avec les pratiques d'avant-guerre, , les bases d'une vie politique nouvelle.
___ Face au marché total il s'agissait à Philadelphie d'établir les fondement d'une démocratie réelle où l'homme et ses besoins essentiels seraient au centre d'une économie à son service, libérée de la course aux profits au service d'une caste de privilégiés, régulièrement source de crises.. 
._____..Ce texte américain, première déclaration internationale des droits à vocation universelle, a un caractère pionnier dans la mesure où il entendait faire de la justice sociale l’une des pierres angulaires de l’ordre juridique international. Affirmant que « le travail n’est pas une marchandise » et qu’« une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale », ce texte, qui introduit la notion de « sécurité économique », revêt une singulière actualité aujourd’hui...
____ Mais cela ne dura pas
Peu à peu, de glissements en glissements, surtout depuis les années 70, la logique inverse s'est imposée, sous l'influence d'un courant de pensée néolibérale et d'initiatives politiques mettant en question le rôle régulateur de l'Etat. 
.___.. Alain Supiot retrace comment l’« esprit de Philadelphie » a aujourd’hui cédé la place à son exact contraire, sous l’influence de la contre-révolution ultra-libérale anglo-américaine et de la conversion des ex-pays communistes à l’économie de marché. Mise en œuvre à partir des années 1980 aux états-Unis et au Royaume-Uni, la doctrine ultra-libérale s’est ensuite répandue dans tous les pays occidentaux. Elle s’est attachée à défaire méthodiquement les acquis du programme du Conseil national de la Résistance. Elle a opéré une privatisation de l’état-providence et une mise en concurrence à l’échelle internationale des travailleurs, des droits et des cultures. Le principe de justice sociale a disparu de l’agenda de la globalisation à la faveur de la conversion des régimes communistes à l’économie de marché. La privatisation des produits ou services qui, comme l’électricité, le gaz, la poste, les autoroutes, les chemins de fer, répondent à des besoins également partagés par toute la population et dont l’entretien s’inscrit dans un temps long qui n’est pas celui des marchés, apparaît comme une régression, après leur nationalisation dans l’après-guerre. L’auteur déplore la course au « moins-disant » social qui est à l’œuvre dans le monde globalisé d’aujourd’hui. Démontant les mécanismes de cette transformation vécue par le monde depuis quelques décennies, il fustige la doctrine du « New Public Management », selon laquelle les états doivent être soumis aux mêmes règles de fonctionnement que les entreprises opérant sur des marchés concurrentiels. Il montre aussi que la « responsabilité sociale des entreprises » promue depuis quelques années n’est qu’un leurre : sans responsable clairement identifiable, sans organisation susceptible de demander des comptes et sans tiers devant qui répondre, cette responsabilité n’en est en fait pas une.
____ L’auteur oppose à ce mouvement ultra-libéral actuel les principes humanistes et sociaux contenus dans la Déclaration de Philadelphie, et met en avant l’importance du principe de solidarité, affirmé pour la première fois par l’Afrique dans la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples en 1981. Ce principe a été repris par la Charte européenne des droits fondamentaux adoptée à Nice en 2000.
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____ L esprit de philadelphie s'en est allé, avec les conséquences que l'on connaît aujourd'hui.
Le marché total s'est imposé, adopté finalement par Bruxelles, suivant les principes de l'OMC, sorte de nouvelle bible qui mène aujourd'hui l'UE au bord de l'implosion. Déjà avant Maastricht et Lisbonne, Pierre _Mendes-France critiquait le traite de Rome le 18 janvier 1957. _____ Comme l’avait proclamé Reagan, lui aussi en ricanant, « Les pouvoirs publics [government] ne sont pas la solution mais le problème ». Aujourd’hui, ces pouvoirs publics, l’État ne sont plus un recours, un outil de régulation mais un objet de prédation, comme lorsqu’il a servi à renflouer les banques ou les assureurs faillis. Dans la même optique, les groupes de pression médicaux tirent l’essentiel de leurs revenus de prélèvements obligatoires, mais n’acceptent aucune contrainte en contrepartie. Mieux (ou pire), on a vu que lorsqu’ils ont perdu leur emploi, les traders londoniens, qui avaient mis le système en faillite, avaient pu, « en application du droit social communautaire, percevoir des caisses françaises de chômage auxquelles ils n’ont jamais cotisé, des indemnités représentant quatre fois le montant du plafond de la sécurité sociale. »
L’accroissement de la production et du commerce est une fin en soi qui ne peut être atteinte que par une mise en concurrence généralisée de tous les hommes dans tous les pays. Pour les libéraux (" socio " ou pas), toute différence autre que monétaire doit être abolie, d’où le programme de démantèlement des statuts professionnels et des services publics. L’activité des travailleurs, leurs rémunérations, les " charges " , sont inscrites au passif des entreprises.
Supiot s’attarde sur une donnée tellement évidente qu’elle n’est jamais prise en compte : pas plus la Commission de Bruxelles que l’OCDE...
Les États doivent être gérés sous l’égide du New Public Management, donc être soumis aux mêmes règles de fonctionnement que les entreprises opérant sur des marchés concurrentiels. Les indicateurs conçus par l’Union européenne tiennent pour négligeable la précarisation de l’emploi, privilégient l’" employabilité " (concept popularisé par le social-libéral Tony Blair dès 1996) au détriment de la capacité des travaill
eurs. 

___ Ce sont les principes de Thatcher, de Reagan, héritier de la pensée de Hayek et de l'école de Chicago, celle de Milton Friedmann en particulier, qui finirent par devenir la règle dite incontournable (TINA: pas d'alternative!...)
 _____Supiot met en avant la possibilité d'une conception alternative de la mondialisation. 
___C'est sur ce point que l'auteur mérite d'être discuté, après avoir été lu avec attention.
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lundi 21 mars 2016

De l'esprit de Philadelphie...

 ....Au consensus de Washington 
                                                         Deux logiques politiques et sociales opposées.
    En mai 1944, avait lieu à Philadelphie la Déclaration de l’Organisation Internationale du Travail, à la fin d'une guerre qui touchait à sa fin avec son cortège d'horreurs.
     Un guerre dont le fascisme allemand fut le principal initiateur, conséquence d'un terrible désordre financier, dont la source fut la décision US en crise de retirer ses importants fonds bancaires à Berlin, ce qui créa le chaos et facilita la montée d'un petit parti qui allait connaître une aventure sinistre.
     A Philadelphie, on voulait  instaurer un nouveau socle démocratique Ce texte, première déclaration internationale des droits à vocation universelle, a un caractère pionnier dans la mesure où il entendait faire de la justice sociale l’une des pierres angulaires de l’ordre juridique international. Affirmant que « le travail n’est pas une marchandise » et qu’« une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale », ce texte, qui introduit la notion de « sécurité économique », revêt une singulière actualité aujourd’hui, comme le dit Alain Supiot.
    Dans le même esprit que le CNR (le conseil National de la Résistance) en France, posant les principes d'une logique politique et économique en rupture avec les pratiques d'avant-guerre, , les bases d'une vie sociale nouvelle.
     Face au marché total   il s'agissait à Philadelphie d'établir les fondement d'une démocratie réelle où l'homme et ses besoins essentiels seraient au centre d'une économie à son service, libérée de la course aux profits au service d'une caste de privilégiés, régulièrement source de crises..
   ...Ce texte américain, première déclaration internationale des droits à vocation universelle, a un caractère pionnier dans la mesure où il entendait faire de la justice sociale l’une des pierres angulaires de l’ordre juridique international. Affirmant que « le travail n’est pas une marchandise » et qu’« une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale », ce texte, qui introduit la notion de « sécurité économique », revêt une singulière actualité aujourd’hui...
      Mais cela ne dura pas
  Peu à peu, de glissements en glissements, surtout depuis les années 70, la logique inverse s'est imposée, sous l'influence d'un courant de pensée néolibérale et d'initiatives politiques mettant en question le rôle régulateur de l'Etat.
            ... Alain Supiot retrace comment l’« esprit de Philadelphie » a aujourd’hui cédé la place à son exact contraire, sous l’influence de la contre-révolution ultra-libérale anglo-américaine et de la conversion des ex-pays communistes à l’économie de marché. Mise en œuvre à partir des années 1980 aux états-Unis et au Royaume-Uni, la doctrine ultra-libérale s’est ensuite répandue dans tous les pays occidentaux. Elle s’est attachée à défaire méthodiquement les acquis du programme du Conseil national de la Résistance. Elle a opéré une privatisation de l’état-providence et une mise en concurrence à l’échelle internationale des travailleurs, des droits et des cultures. Le principe de justice sociale a disparu de l’agenda de la globalisation à la faveur de la conversion des régimes communistes à l’économie de marché. La privatisation des produits ou services qui, comme l’électricité, le gaz, la poste, les autoroutes, les chemins de fer, répondent à des besoins également partagés par toute la population et dont l’entretien s’inscrit dans un temps long qui n’est pas celui des marchés, apparaît comme une régression, après leur nationalisation dans l’après-guerre. L’auteur déplore la course au « moins-disant » social qui est à l’œuvre dans le monde globalisé d’aujourd’hui. Démontant les mécanismes de cette transformation vécue par le monde depuis quelques décennies, il fustige la doctrine du « New Public Management », selon laquelle les états doivent être soumis aux mêmes règles de fonctionnement que les entreprises opérant sur des marchés concurrentiels. Il montre aussi que la « responsabilité sociale des entreprises » promue depuis quelques années n’est qu’un leurre : sans responsable clairement identifiable, sans organisation susceptible de demander des comptes et sans tiers devant qui répondre, cette responsabilité n’en est en fait pas une.
____ L’auteur oppose à ce mouvement ultra-libéral actuel les principes humanistes et sociaux contenus dans la Déclaration de Philadelphie, et met en avant l’importance du principe de solidarité, affirmé pour la première fois par l’Afrique dans la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples en 1981. Ce principe a été repris par la Charte européenne des droits fondamentaux adoptée à Nice en 2000...
       L esprit de philadelphie  s'en est allé, avec les conséquences que l'on connaît aujourd'hui.
Le marché total s'est imposé, adopté finalement par Bruxelles, suivant les principes de l'OMC, sorte de nouvelle bible  qui  mène aujourd'hui l'UE au bord de l'implosion. Déjà avant Maastricht et Lisbonne, Pierre Mendes-France critiquait le traite de Rome le 18 janvier 1957.                                                                                                                       Comme l’avait proclamé Reagan, lui aussi en ricanant, « Les pouvoirs publics [government] ne sont pas la solution mais le problème ». Aujourd’hui, ces pouvoirs publics, l’État ne sont plus un recours, un outil de régulation mais un objet de prédation, comme lorsqu’il a servi à renflouer les banques ou les assureurs faillis. Dans la même optique, les groupes de pression médicaux tirent l’essentiel de leurs revenus de prélèvements obligatoires, mais n’acceptent aucune contrainte en contrepartie. Mieux (ou pire), on a vu que lorsqu’ils ont perdu leur emploi, les traders londoniens, qui avaient mis le système en faillite, avaient pu, « en application du droit social communautaire, percevoir des caisses françaises de chômage auxquelles ils n’ont jamais cotisé, des indemnités représentant quatre fois le montant du plafond de la sécurité sociale. »
     L’accroissement de la production et du commerce est une fin en soi qui ne peut être atteinte que par une mise en concurrence généralisée de tous les hommes dans tous les pays. Pour les libéraux (" socio " ou pas), toute différence autre que monétaire doit être abolie, d’où le programme de démantèlement des statuts professionnels et des services publics. L’activité des travailleurs, leurs rémunérations, les " charges " , sont inscrites au passif des entreprises.

   Supiot s’attarde sur une donnée tellement évidente qu’elle n’est jamais prise en compte : pas plus la Commission de Bruxelles que l’OCDE...
   Les États doivent être gérés sous l’égide du New Public Management, donc être soumis aux mêmes règles de fonctionnement que les entreprises opérant sur des marchés concurrentiels. Les indicateurs conçus par l’Union européenne tiennent pour négligeable la précarisation de l’emploi, privilégient l’" employabilité " (concept popularisé par le social-libéral Tony Blair dès 1996) au détriment de la capacité des travailleurs.   
___ Ce sont  les principes de Thatcher, de Reagan, héritiers de la pensée de Hayek et de l'école de Chicago, celle de Milton Friedmann en particulier, qui finirent par devenir la règle dite incontournable (TINA: pas d'alternative!...) 
        Supiot met en avant la possibilité d'une conception alternative de la mondialisation ainsi établie.
  C'est sur ce point que l'auteur mérite d'être discuté, après avoir été lu avec attention.
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