Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

samedi 29 octobre 2011

Deutschland mit uns

Quid du modèle économique allemand?

___Au point où elle en est, la crise avive ou ravive les tensions entre les pays de la zône euro, notamment avec notre partenaire privilégié et incontournable, l'Allemagne, qui a fini, malgré les dénégations élyséennes, par imposer ses vues, lors des dernières négociations nocturnes de Bruxelles.

_Les relations avec Berlin sont devenues assez paradoxales, empreintes d'une certaine méfiance ou d'une admiration sans nuances du fameux modèle d'outre-Rhin, souvent cité comme exemplaire par la droite française. En se référant aux performances économiques allemandes, le chef de l'Etat a sans dont voulu rassurer les Français, qui connaissent mal le fonctionnement de cette machine à exporter, telle qu'elle s'est mise en place sous Schröder, qui a abandonné progressivement le modèle rhénan au profit des règles anglo-saxonnes, avec toutes leurs conséquences.
_Comme le dit E.Todd, "« Nicolas Sarkozy renoue avec la “germanolâtrie” traditionnelle des élites de la droite française, fascinées par la culture de discipline et de hiérarchie de ce pays. Après avoir manifesté de l'indiscipline vis à vis de l'orthodoxie de son camp, Sarkozy se soumet. C'est le signe qu'il a perdu le contrôle".
Or, pour des raisons historiques et culturelles et du fait des règles (trop) contraignantes liées au fonctionnement de la monnaie unique, vouloir imiter le "modèle allemand" est une utopie culpabilisante. Culpabilisante, car la "vertueuse" Allemagne est souvent présentée comme aux antipodes des "laxistes" pays latins. A.Merkel a su jouer sur cette corde là.
"...Laurent Fabius s'étonnait que l'on n'utilise pas la monnaie comme instrument de compétitivité, à la différence de ce que font les Chinois ou les Américains. En construisant la monnaie unique, la France a pourtant renoncé à utiliser la monnaie à ces fins. L'Allemagne se refuse à le faire, se montrant toujours très ferme sur le sujet : c'est par d'autres moyens qu'elle impose la compétitivité se ses produits : 1)par sa discipline sur les salaires-2)par des réductions temporaires du temps de travail-3par le positionnement sur le « haut de gamme »-3)par la sous-traitance industrielle dans les pays d'Europe centrale..."

__Vouloir
imiter le modèle allemand , outre que ce serait impossible, du fait que l'euro est taillé à l'allemande, que nous ne connaissons pas son mode de gestion décentralisée ni sa politique mercantiliste serait pour nous lourd de déconvenues. De plus, par impossible, si tous les pays européens imitaient l'Allemagne, à supposer qu'ils aient une monnaie équivalente, celle-ci perdrait inévitablement son avance, la surproduction serait inévitable et la récession généralisée (70 % de l'excédent commercial de l'Allemagne est réalisé au sein de la zône euro). Les pays de l'euroclub ne jouent pas dans la même cour...
De plus, beaucoup d'Allemands sont déçus par leur modèle social, même en cette période plus florissante, à condition que les exportations soient soutenues.
Là est le tendon d'Achille: si la Chine et l'Europe, principaux acheteurs captifs, entre en récession ou voient seulement baisser leur niveau de vie, Mercedes, Siemens, Man et autres AEG verront leurs profits plonger. Angela Merkel sait bien que la prospérité actuelle des firmes allemandes ne tient qu'à un fil et que l'avance technologique n'est pas garantie dans le moyen terme.
L'intransigeance allemande risque de mettre en péril ce qui fait aujourd'hui sa force: la compétitivité que lui donne une redoutable expérience industrielle dans certains domaines et surtout une arme décisive: une monnaie taillée à sa mesure, mais qui fait aussi la faiblesse des autres, sur un marché faussé, qui ne suit pas les mêmes règles, n'a pas les mêmes contraintes partout. Ce modèle est non exportable, il est hyper-productiviste et non coopératif du point de vue européen.
___Le modèle allemand fait problème.
Le constater n'est pas être germanophobe. Il joue dangereusement contre son propre intérêt.
De plus, la compétitivité allemande a un coût social qu'on est loin d'imaginer. Les travailleurs pauvres augmentent en nombre.
Les dessous de l'Allemagne sont souvent mal connus par ses partenaires. Sait-on que de nombreuses communes allemandes sont menacées de faillite, comme Wuppertal, par exemple?
Les bas salaires allemands sont en chute libre depuis dix ans. Les remèdes du bon docteur Hartz, qui semblent séduire F.Copé, ont étendu leurs domaines et leurs effets.
La précarité, autre raison du miracle économique allemand, se fait maintenant bien visible.
______Il ne s'agit ni d'imiter nos amis d'Outre-Rhin, ni d'écarter le meilleur de ce qui peut être transposable pour nous, mais d'abord de revoir d'urgence, avant de voir resurgir de nouvelles et plus graves querelles de voisinage, les règles parfois absurdes qui régissent la cour de récréation, l'espace de jeu économique.
_
Le mythe du modèle allemand
-Modèle allemand : Et moins longtemps la pauvreté durera
_Les inégalités sociales se creusent en Allemagne
_Des salaires à la baisse
_Allemagne de cocagne?
-L'Allemagne : vraie réussite et faux modèle
-Ce qu'il faut savoir avant de « copier l'Allemagne »
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Pour mieux comprendre la politique économique de l'Allemagne [à partir de la 40° minute]

vendredi 28 octobre 2011

Ombres chinoises (1)

Si 北京 (Pékin) m'était conté

___Quinze petits jours de parcours de la Chine du Nord au Sud,
avec un crochet par Xi'an et Guilin,
laissent néanmoins des impre
ssions fortes et contrastées.

_Journées -1 2-3

_L'arrivée à Pék
in, fascinante et déconcertante pour nous, laisse déjà sans voix.
Il y a deux Pékin. Non
pas toujours juxtaposés. Il faudrait au moins un mois pour apprécier les contrastes et la cohérence de la ville, entre tradition et modernité.
Cette ville est à l'échelle du pays, immense_moins agressive et friquée que Shanghaï_,capitale récente dans la lo
ngue histoire de la Chine, "d'abord périphérique sous les Han et les Tang, prend de l'importance lorsque les Jurchen, qui fondent la dynastie Jin, la choisissent comme leur capitale principale en 1153. Le prince mongol Kublai Khan en fait de même sous le nom de Dadu (« grande capitale »), enfin les Ming y transfèrent leur administration en 1421, finalisant le choix de Pékin comme capitale de la Chine."
_Une capitale plane aux très larges axes, en pleine restructuration, menée tambour battant, surtout depuis les jeux olympiques.
Tout s'y décline au superlatif. Dimension et audace architecturale se marient souvent
harmonieusement.
On le voit surtout
-au niveau du nouvel aéroport de Forster, "le plus grand du monde"
-de la nouvelle gare du Sud, ouverte pour les jeux, la plus importante d'Asie
-du flamboyant Central Business District.
-Les jeux olympiques , dont les grandes réalisations architecturales sont toujours visibles,ont servi d'accélérat
eurs à une modernisation de la ville.
-Le nouvel opéra de Paul Andreu,est d'une audace et d'une esthétique remarquables.

__Une autre face de la vil
le nous parle de son passé:
-Le Temple du Ciel , haut lieu de cultes traditionnels, et son environnement paisible où les anciens se rencontrent autour d'un jeu de cartes ou pratiquent leur gym préférée.
-L'impressionnante Place Tian'anmen, à l'espace infiniment ouvert
-La Cité interdite., que l'on peut surplomber du haut de la Colline dite de Charbon.
-Le Palais d'été et son environnement, qui sont une surprise et un enchantement, qu'on aimerait ne pas quitter
-La vieille ville , dont on 'a parcouru
que quelques rues trop fréquentées. Tourisme oblige! Un passage trop rapide, qui ne peut donner une idée de ce qu'il peut rester du vieux Pékin.
-A deux heures de Pékin, un bout de le Grande Muraille, partiel témoin d'un passé parfois agité,qui do
nne un idée de l'oeuvre totale, ou de ce qu'il en reste, dans ses différentes étapes.
__Pour ce qui est de la qualité de vie à Pékin, il faudrait demander aux habitants eux-mêmes. Les nouveaux axes et périphériques semblent ne pas suffire, pour fluidifier une circulation croissante. Il faudra encore du temps avant de rouler écologique. Attention aux silent killers, ces multiples vélos et scooters électriques qui sillonnent la ville!
______
[Photos personnelles]

jeudi 27 octobre 2011

Europe: entre Shadoks et Ubu

Faut-il sauver un système qui nous ruine? (suite)

___Deux ans ont été perdus. Au lieu de s'attaquer aux vraies causes et de s'atteler à une réforme de l'euro, du système monétaire et du fonctionnement des banques (il y a des Dexia partout en Europe..), les Européens font comme les Shadoks, ils creusent, ils creusent...
La crise grecque est résolue (?) pas celle de l'euro

_On creuse un trou pour en boucher un autre « La politique qui consiste à creuser un trou pour en boucher un autre a un nom. C’est celle du Sapeur Camember, compagnon du Sergent Bitur et héros de bande dessinée », commente la Tribune.
"...La solution du défaut partiel, logique pour soulager les comptes publics d’un pays en récession depuis trois ans, ressemble à l’histoire des Shadoks qui creusaient des trous pour en reboucher d’autres, puis s’apercevaient de l’existence des trous qu’ils venaient de creuser, et donc se remettaient à creuser pour les reboucher. …les banques ont compris une chose: plus elles accepteront une décote importante sur les obligations grecques, plus elles devront chercher de la l'argent pour se recapitaliser. Là aussi, on creuse un trou d'un côté, qu'on rebouche de l'autre. On recreuse, on re-rebouche..."
Merci aux généreux Chinois et à leur plan Marshall qui pourront ainsi continuer à nous vendre à bas prix!
Le pire n'est pas pour aujourd'hui...
__Pour Nicolas et Angela il s'agissait de trouver des solutions à tous prix, pour se présenter en sauveurs devant leur opinion publique, avant des élections prochaines difficiles.
_Assiste-t-on à un bricolage savant ou à une nouvelle usine à gaz, une déconcertante alchimie financière?
"...Refusant, après le veto allemand, de toucher au rôle de la BCE, qui aurait pu être une arme efficace pour contrer la spéculation, les responsables européens, au terme d'un compromis laborieux, se sont rabattus sur le fonds européen de stabilité financière. C'est le seul outil qu'ils ont à leur disposition. Créé en mai 2010, celui-ci a été doté de 440 milliards d'euros. Après les plans de sauvetage de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal, il ne lui reste plus que 250 milliards d'euros environ. Tous s'accordent à reconnaître que ces moyens sont largement insuffisants pour endiguer la crise, au moment où l'Italie est menacée par la contagion...
Mais les pays européens sont dans l'incapacité d'augmenter substantiellement ce fonds de stabilité. L'Italie et l'Espagne, qui sont théoriquement le troisième et le quatrième contributeurs du fonds, sont désormais dans l'incapacité d'y pourvoir. La France, qui apporte 20% des moyens au fonds de stabilité, ne peut augmenter indéfiniment son aide, au moment où elle est placée sous la menace d'une dégradation de sa notation. Quant à l'Allemagne, même si elle acceptait de payer, elle ne pourrait pas le faire pour tout le monde.
Pourtant, cela n'empêchera pas les pays européens d'annoncer à l'issue du sommet européen de ce mercredi qu'ils ont sensiblement renforcé le fonds de stabilité financière. Selon la communication prévue, celui-ci devrait être doté d'une force de frappe de l'ordre de 1.000 milliards d'euros. Un chiffre magique, déjà utilisé lors du premier plan de sauvetage de la Grèce, et qui est censé dissuader la spéculation.
Comment le fonds de stabilité peut-il passer de 250 à 1.000 milliards d'euros ? Par cet effet de levier, si cher au monde financier. Rien d'étonnant. C'est ce monde financier, comme le rappelle l'économiste Shahin Vallée, qui « pilote le processus ». Sollicité par les pays européens, on a donc repris les méthodes d'alchimie financière, censées transformer le plomb en or, mais qui peuvent aussi tout réduire en cendres...cela évoque étrangement les CDO, et autres millefeuilles de produits financiers, imaginés au beau temps de la finance, où les dettes et les produits étaient mélangés par tranche plus ou moins risquée, assortis d'un rendement plus ou moins élevé selon les risques. Doit-on rappeler ce qu'il advint de ces produits ? Les mauvais risques ont contaminé les bons, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne. Aujourd'hui encore, la plupart, parqués dans diverses structures d'attente, n'ont aucune valeur. Rien ne dit que l'histoire se répétera. Mais les Européens, dans leur précipitation, ne se sont donné, en tout cas, aucun outil pour appréhender et limiter les risques potentiels. L'Europe rentre dans l'inconnu, s'en remettant un peu plus au bon vouloir des marchés. "

_Après ce petit coup de guronsan, la Bourse se tonifie. Jusqu'à quand?..
En attendant, une émission sur mesure ce soir à la télé..
Qui posera les bonnes questions?
"
«Si la France perd son triple A, je suis mort.» La réaction de Nicolas Sarkozy, rapportée par Le Canard enchaîné, dit combien le coup porté par Moody's, lundi 17 octobre, était inattendu, et combien il a fait mal. L'Elysée était persuadé d'être à l'abri d'une telle menace. D'ailleurs, depuis quelques mois, le gouvernement justifiait toute sa politique par la sauvegarde de cette fameuse notation. «Notre trésor national», selon Alain Minc.

L'agence de notation a jugé que les paroles n'effaçaient pas les actes. Elle a annoncé la mise en examen de la notation de la France.Au vu de ses déficits, de son absence de croissance, des problèmes de ses banques, de sa politique budgétaire, elle se demande si la France mérite encore sa notation «triple A», celle donnée aux Etats les plus sûrs. Elle se donne trois mois pour trancher. Standard & Poor's lui a emboîté le pas trois jours après, en annonçant qu'elle aussi s'interrogeait sur la notation française. Cette décision est une claque pour le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Il voit écrit noir sur blanc le bilan de sa politique: la France est menacée d'être dégradée. ____Derrière l'apparence de sérieux et de rigueur, la fuite en avant budgétaire, les cadeaux fiscaux ont conduit à un endettement public astronomique. Depuis 2007, celui-ci a augmenté de plus de 700 milliards pour atteindre 1.650 milliards. En un quinquennat, Nicolas Sarkozy a accumulé presque autant de dettes que ses quatre prédécesseurs. La crise n'est responsable que du tiers de cette augmentation, selon la Cour des comptes. Tout le reste relève des choix politiques faits par la droite..."
Le plus dur es
t à venir...sans aucun doute

mercredi 26 octobre 2011

Sauver un système qui nous ruine?


La question est de plus en plus souvent posée en ces jours annoncés comme critiques.
Alors qu'elle apparaissait presque comme blasphématoire, il y a juste quelques mois


Il semble que l'union ne fasse plus la force

__...Pour des raisons qui divisent parfois les économistes, souvent sans voix devant la complexité du problème, l'accélération des événements, l'urgence des solutions et le dénouement probable de cette tension entre gouvernements, de cette guerre des monnaies, sur fond de récession engagée.
Le scénario de crise prend une tournure vive, comme si l'union était au bord de l'abîme, comme si la rupture était presque consommée.
"Au cœur de la discorde, le couple franco-allemand a envahi le devant de la scène, ravalant les autres pays européens au rang de spectateurs. Pendant des mois, Paris et Berlin avaient réussi à cacher les désaccords et leurs divergences de vue, en bâtissant des compromis laborieux et bancals. L’entente de façade qui a prévalu n’a pas tenu à l’épreuve de la réalité. Rien ne s’est réalisé comme prévu. Toutes les mesures se sont écroulées face à la déferlante de la crise financière. Le dispositif adopté lors du sommet européen du 21 juillet, qui était censé offrir enfin le cadre de stabilité financière que la zone euro recherche depuis le début de la crise grecque, est mort avant même d’avoir vu un début d’exécution. Devant ce constat d’échec, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel étalent leurs différends. Ils ne sont plus du tout d’accord sur ce qu’il convient de faire pour sauver la zone euro. Chacun a ses impératifs et son agenda..."
_Sans doute, y a -t-il un fond de dramatisation entretenue, propre à accélérer la recherche d'une solution rapide, d'une cohérence nouvelle, d'un compromis apte à rassurer les marchés, aux ordres desquels s'est soumise, par dérives successives, par manque d'organisation monétaire, par déficit politique, l'institution européenne.
La crise de la dette a été la révélatrice d'un vice qui n'apparaissait pas en période normale. L'euro, tel qu'il a été imposé, révèle son inadaptation quand se fracturent les solidarités instituées. Certains économistes voyaient déjà le problème se poser il y a plus d'un an.
_Faut-il s'obstiner à entretenir la fiction de l'euro, qui bride les économies en les ajustant aux plus compétitives ou n'est-il pas raisonnable de revenir à une monnaie
commune, dans le cadre de laquelle chaque pays définirait son taux de change en toute souveraineté, en fonction de ses performances et de son développement propres.
Les remèdes appliqués jusqu'ici aggravent la situation, et repoussent à plus tard de solutions toujours plus improbables.
Des avis divergent sur ce que peut faire l'Europe dans le court terme et en disent long sur la diversité des repères, la complexité du problème et la velléité des décideurs
. Sur le terrain, le bricolage aveugle domine.
Parfois, des appels plus ou moins incantatoires se proposent de rendre l'Europe plus démocratique et d'avancer vers une "collaboration renforcée", en passant sous silence le piège financier tendu.
Dans Le Doux Monstre de Bruxelles (Gallimard, en librairie le 27 octobre), l'essayiste allemand Hans Magnus Enzensberger explique que l'Europe est mise sous tutelle par la Commission européenne, qui exerce un véritable "déni de démocratie". Aujourd'hui, nous dit-il, l'Union ne fait plus la force. Mais la contrainte et l'absurdité. C'est pour ces raisons que nos représentants de Bruxelles ne sont pas aimés. Regardez le traité de Lisbonne, cette pseudo-Constitution qui sert de base à l'Union, s'exclame-t-il : il place le citoyen européen le mieux disposé devant d'insurmontables difficultés de lecture : "On dirait un barrage de barbelés !" Ainsi l'euro a-t-il été conçu dans les coulisses comme une "abstraction" sans véritable consultation. Le plus grave dans l'Europe actuelle, explique Enzensberger, c'est donc le déni de démocratie. Car, dans l'Union, la séparation des pouvoirs, chère à Montesquieu, est "abolie" : le Parlement européen est certes élu, mais c'est la Commission européenne, c'est-à-dire une institution non élue, qui a principalement l'initiative des lois. Ainsi la triade Parlement-Conseil-Commission fait-elle disparaître selon lui ce que nous entendions autrefois par démocratie."
Les élites sont priées de revoir leur copie.
Roubini aurait-il une fois de plus raison?

mardi 25 octobre 2011

Demain, j'apprends le SMS

Bjr, sava?

______Marre de ne pas comprendre les textos reçus sur mon portable!


J'voudrais sortir de mon inculture et Koser Kom ça, sans être mdr (lol) (1) Florence Foresti m'a kon20Q...(re-lol)(1) Pour les ignorants

__Gagner du temps dans l'écriture des messages, même pour ne rien dire, c'est important dans notre siècle de la vitesse, et c'est plus économique.
Ce nouveau jargon a engendré plus de 100 milliards de messages en 2010 en France et rapporte gros aux opérateurs, surtout quand ils sont surtaxés
Le Short Message Service, c'est l'avenir!

-Il est construit sur la base de conventions basées sur: L'abréviation : lgtps, tt, pr,"slt"__La phonétique : koi, jamè, grav, eske __Le rébus typographique : 2m1 = demain, bi1 = bien, koi 2 9 = quoi de neuf, "gt" = j'étais, "mr6" = merci__La valeur épellative des lettres, des chiffres et des caractères : G pour « j'ai », C pour « c'est », a12c4 pour « À un de ces quatre » 2m1, « demain »__L'utilisation de mots anglais plus courts (today pour aujourd'hui, now pour maintenant, etc.).
_"Bien que l’opérateur français SFR ait déposé le terme texto comme marque déposée, son usage s'est généralisé en France. En septembre 2009, la Cour d'appel de Paris a jugé que l'opérateur ne pouvait pas prétendre à son utilisation exclusive; depuis cette date, le nom texto n'est plus protégé. En 2010, ce serait le terme le plus couramment utilisé au Québec pour désigner les SMS, mais il est peu employé dans les autres pays de langue française, comme par exemple en Belgique ou en Suisse, où les termes « SMS » et « message texte » sont les plus fréquents. LesSMS sont transportés dans les canaux de signalisation définis par GSM et n’occupent pas la bande passante réservée au transport de la voix. De surcroît, leur taille est limitée, donc ils sont peu coûteux à transporter pour l’opérateur (évalué entre
0,03 € et 0,05 € par SMS en 2004). Leur émission est facturée par les opérateurs de téléphonie mobile, dont c’est devenu une source importante de revenus, notamment grâce à l’offre de SMS dits « surtaxés », c’est-à-dire dont le tarif dépasse celui ordinairement appliqué. En France, en raison du coût jugé excessif des SMS, une association de consommateurs a déposé plainte pour « abus de position dominante collective » auprès du Conseil de la concurrence..".-

_Heureusement on peut apprendre le sms sur internet

__On dira que ces
nouvelles pratiques sont ennemies du bon français et participeraient au mal moderne de l'illettrisme. Laissons ce débat aux linguistes.
Le langage SMS envahirait les copies du bac et pas seulement les forums de discussion.

Écourtons la langue____
___OUVATON?
A+ Biz

lundi 24 octobre 2011

Le Président et l'histoire


Il était une fois un président qui se piquait d'histoire

____Mal lui en prit, car c'était souvent des références discutables.

_Disons qu'il revisitait le passé de manière très subjective, approximative, édifiante, intéressée, à la manière des hommes politiques du 19° S, qui y voyaient un vivier d'exemples à fournir, de valeurs entraînantes à illustrer, de situations stimulantes à proposer.
Une histoire revue et corrigée, propre à faire rêver, nouveau storytelling, qui escamote ou adoucit les périodes conflictuelles.
..."Même enveloppée de légende", comme osait le dire le bon Lavisse, à l'époque de Jules Ferry, voulant que les instituteurs participent ainsi à la formation morale et civique de l'enfant et forment des citoyens prêts à s'engager dans l'aventure guerrière qui se préparait.
Mais la reconstruction d'un roman national n'a pas produit l'effet escompté, à l'heure où décline l'étoile élyséenne et où
le roi est nu.

__Vis à vis d'autres pays, il a usé des mêmes schémas simplificateurs, des mêmes mythes.
On se souvient du Discours de Dakar où il déclara sans sourciller, sans doute victime de son nègre , disent les plus indulgents: "
le « drame de l'Afrique » vient du fait que « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. […] Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès ."
Un européocentrisme, un essentialisme et un ignorance sidérantes pour les observateurs, même non avertis.
On le sait mieux maintenant
, l'Afrique a une histoire.
Ce continent oublié, ce passé occulté nous revient aujourd'hui après quelques siècles de silence. Pour les colonisateurs, l'Afrique était une page vierge où l'Europe allait inscrire ses valeurs, au nom d'une civilisation de référence et d'intérêts bien compris. Pour s'installer en Afrique et l'exploiter en toute bonne conscience, il fallait bien "infantiliser" ce continent de
grands enfants, comme l'avait bien vu ironiquement Montesquieu:
"
Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres._Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves._Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre._On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir..."

Après la période coloniale, la Françafrique a pris le relai, faisant mine de gérer l'indépendance, comme au Gabon où
Sarkozy réécrit l'histoire
Paris a forcé la main aux Africains:
"... l'indépendance imposée aux Africains, bien que décidée par Paris avec la bénédiction de Washington au gré des préjugés les plus réactionnaires et de vils calculs, fut présentée comme le triomphe des idées progressistes, de la liberté, de la modernité politique et, ironie suprême, de la volonté des Africains."
L'Afrique de "Papa" n'est pas finie...




dimanche 23 octobre 2011

Maudite soit Moody's

Moody's fait pression sur l'hexagone

_Les agences de notation:
complices des spéculateurs?

Comme devant une maîtresse sévère, Baroin plie l'échine. Il s'incline devant ces puissantes officines qui notent les Etats.
Hollande ne dit mot...malgré les critiques qui fusent de toute part
.
[La "Moody's" (qui veut dégrader la France) est détenue partiellement par le milliardaire Warren Buffett, un des pontes de Wall Street qui s'enrichit en touchant des commissions sur les emprunts des Etats. Il a fait récemment, une trés bonne opération avec l'Etat espagnol qu'il a obligé à emprunter à un taux élevé ! ]
_
Comme dit un ban­quier parisien : « Finalement, il aurait mieux valu que la France continue à emprunter au paysan corrézien ou ’à la veuve de Carpentras plutôt qu’à un spéculateur de Wall Street ou à un banquier de Hong­kong. » Ce n’est pas le ministre ja­ponais des Finances qui pourrait le contredire
__________

__Moody's ouvre le chemin de la récession en France:
" François Baroin, ministre de l’économie et des fiancnces prend les devant. « Nous ferons tout pour garder le Triple A », explique-t-il sur France 24. Déjà il s’engage à réviser la prévision de croissance pour 2012 (+1,75%), trop « optimiste », ce qui signifie que pour parvenir à réduire le déficit public de 5,3% du PIB en 2011 à 4,5% du PIB en 2012, et 3% en 2013, il va falloir encore plus de mesures d’austérité, coupes dans les dépenses ou hausse de prélèvements obligatoires.."

_"Ce faisant, le gouvernement français risque d’enclencher une spirale rigueur / récession digne d’un cas d’école de commerce. Car réduire la dépense publique qui représente la moitié du PIB, alors que l’activité privée à tendance à se réduire, c’est évidemment ajouter de la crise à la crise...

L’Observatoire français des conjonctures économiques a justement étudié ce scénario. Selon se
s calculs, explique l’économiste Eric Heyer, la croissance est déjà nulle au troisième trimestre 2011, et sera négative au quatrième trimestre. « Si on applique en France une politique de rigueur dont le but est de réduire le déficit public malgré les pertes de recettes, on arrive à une récession de 0,5%. Si cette politique est appliquée à toute l’Europe, ce qui réduirait la demande adressée à la France, la récession serait de -1,7% du PIB ». Un véritable choc pour le pays, qui se retrouverait avec 700000 chômeurs de plus qu’aujourd’hui. La récession entrainant une baisse des recettes fiscales et une hausse des dépenses sociales, la recherche de l’équilibre des finances publiques ferait entrer le pays dans un cercle résolument vicieux. La note de l’OFCE, datée du 14 octobre s’intitule d’ailleurs : « Retour vers l’enfer ?"
__ Valérie Pécresse nous parle de thermomètre. "En réalité, les agences ont placé la France sous surveillance, on ne saura que dans quelques mois si elles nous dégradent ou pas, donc le thermomètre en l’espèce mesure notre température future, c’est pas banal ça, un thermomètre à prédire l’avenir ! Comme le disait on ne sait trop qui : un économiste c’est un type qui expliquera demain pourquoi ce qu’il a prédit hier ne s’est pas produit aujourd’hui (1).
Que le gouvernement décide de réduire les dépenses, pourquoi pas. Qu’il cède à la pression de l’ennemi par force, tout en se battant à l’échelon européen pour encadrer les agences de notation et nous émanciper de la tutelle de ces organismes douteux, cela s’appelle de la politique et ce n’est pas si mal joué que cela. Mais par pitié n’utilisons pas les formules absurdes auxquelles recourent précisément les agences pour se donner un vernis de crédibilité.
Elles ont bien noté Enron jusqu’à la faillite du courtier américain en énergie et participé ainsi à l’un des plus grands scandales financiers du siècle. Elles ont encensé les subprimes et permis la crise de 2008. Tous les experts s’accordent à considérer que leurs prophéties auto-réalisatrices sont en train d’aggraver la situation."

____Mais qui contrôle les agences notatrices... et leurs décisions arbitraires, qui ont accentué la crise financière ?
Et pourtant
l'Europe voulait mieux les contrôler et même en faire un organe purement européen....

_Agences de notation et dettes souveraines constituent un mélange explosif:
__________"...Ravages de la novlangue. « Dettes souveraines » ? Ce sont les dettes de pays qui ne maîtrisent plus rien ! Pendus aux basques des marchés, soumis à l’oracle des agences de notation, voilà ce que c’est d’être « souverain » aujourd’hui ! Chez les « souverains » d’Europe, 80% des lois proviennent d’une commission de 27 membres non élus et non révocables, dont les décisions sont indiscutables ! Et bientôt leur budget « souverain » passera sous les fourches caudines de Bruxelles. Il y a fort longtemps qu’Orwell nous a ouvert les yeux sur les dangers des mots et leur rôle d’arme politique. Il faut croire que la leçon n’a pas été retenue..."
Dans le cadre de la crise et de la dette en Europe, les politiques n'ont tiré aucune leçon. La crise: pour qui?. La rigueur, pour qui?
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______-Voilà les effets de la globalisation financière, de 25 ans de dérégulation
, de finance prédatrice_
Le pouvoir des agences de notation, visant à affaiblir la souveraineté des Etats, en les poussant à privatiser tout ce qui peut être privatisable, est devenu exorbitant. Moody’s nous pousse à la faillite
L'épouvantail de la dette publique a tout pour rassurer la spéculation, qui fait feu de tout bois.

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Qui a créé les agences ?La création des agences de notation remonte au XIXe siècle aux États-Unis. Après la panique de 1837, la nécessité d'évaluer la solvabilité des entreprises s'est fait ressentir. Quatre ans plus tard naissait The Mercantile Agency, première société d'analyse financière de crédit. Dans le sillage de la révolution industrielle et du développement du chemin de fer naissent d'autres agences, comme celle de John Moody, Moody's Investors Services Incorporation, créée en 1909, ou encore The Fitch Publishing Company en 1922. Depuis les années 70, elles sont davantage contrôlées par la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la bourse américaine. Les trois grandes agences internationales qui contrôlent 90 % du marché mondial de la notation sont toutes américaines : Fitch Ratings, Moody's et Standard & Poor's.

Qui les paie ?Les agences sont détenues par des capitaux privés. Le milliardaire Warren Buffet possède 13 % du capital de Moody's ; Standard & Poor's appartient à l'éditeur américain McGraw-Hill Companies et Fitch est détenue par la société financière française Fimalac. Les agences sont rémunérées par les sociétés qui veulent recevoir ou utiliser une note ; et qui paient un ticket d'entrée plus des commissions à chaque transaction. Arguant de la complexité des marchés financiers pour analyser le risque de faillite des acteurs économiques, les agences se font chèrement rémunérer, ce qui en fait des sociétés florissantes avec des marges de 38 à 58 % !

Comment notent-elles? Lors de la crise financière asiatique à la fin des années 90, durant l'éclatement de la bulle internet ou encore à l'occasion de la crise financière de 2008, leur réactivité et l'exactitude de leurs notes - sous ou sur-évaluées - ont été mises en cause. Les agences ont chacune une échelle de note, allant de AAA (triple A) à DDD. Ces notes sont attribuées après un long travail d'analyse des chiffres économiques et financiers. Dans le cas des États, les analystes peuvent rencontrer des membres du gouvernement. Les trois agences ont toutefois des méthodes d'évaluation différentes, ce qui explique des dégradations brutales ou davantage étalées dans le temps.

Peut-on s'en passer ? Dans un contexte de crise où les investisseurs leur ont délégué leur mission d'évaluation des risques, les agences jouent un rôle important sur les marchés. On pourrait difficilement se passer d'elles, mais comme le suggère l'Autorité française des marchés financiers, il faudrait une « désintoxication de la notation » et donner moins d'importance aux notes.

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Etat d'âme d'un trader : "...Je suis un trader ; je me fiche de ce qu’il faudrait faire. Tout ce qui m’intéresse, ce sont les opportunités pour faire de l’argent. En fait la plupart des traders se fichent de la manière de remettre à flot l’économie et de faire en sorte... que les choses fonctionnent.
Notre boulot, c’est de faire de l’argent, et, personnellement, ça fait des années que je rêve de ce moment... Il faut que je vous fasse une confession lorsque je vais me coucher je rêve toutes les nuits d’une autre récession, je rêve d’un autre moment comme celui-là ; pourquoi ? parce que les gens ne s’en souviennent peut-être pas, mais la dépression des années trente, après la crise de 1929, ce n’était pas seulement l’effondrement du marché, il y avait des gens qui s’étaient préparés pour faire de l’argent sur cet effondrement.
Je pense que tout un chacun peut faire ça ; pas seulement les gens qui sont au courant, tout le monde peut se faire de l’argent, c’est une opportunité. Quand le marché s’écroule, quand l’euro et les grandes bourses s’écroulent si vous savez quoi faire, si vous avez un plan bien préparé, vous pouvez récupérer un bon paquet d’argent par exemple via des stratégies de couverture ; ou encore en investissant dans des bons du trésor. Ce genre de choses…"
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Enquête sur les agences de notation
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Comment faire tomber un pays?
-Agences de notation sur la sellette

samedi 22 octobre 2011

Gare aux nano-Brothers!

Citoyens sous contrôle

___Avant de quitter la CNIL, Alex Tük n'y va pas par quatre chemins ; il ne fait ni dans les circonlocutions ni dans la langue de bois. Il fait part de ses craintes concernant les atteintes possibles à la vie privée que sont susceptibles de provoquer des technologies de plus en plus sophistiquées, que nous ne remarquons souvent pas ou auxquelles nous adhérons parfois avec enthousiasme. Il pense que Big Brother sera bientôt impossible à arrêter...tout en sachant se rendre indispensable.
"... Ce qui m'inquiète le plus est le laisser-faire. Dans cinq ou dix ans, notre mode de vie aura été profondément bouleversé, la protection des libertés individuelles aura été altéré, mais il sera trop tard. Il faut que les pouvoirs publics, en France comme ailleurs, mettent en place des instruments d'évaluation des avantages et dangers des technologies, en particulier dans les domaines de vidéosurveillance, de biométrie, de géolocalisation et de développement du réseau internet. Pour l'heure, rien n'est fait. Et je suis extrêmement pessimiste sur l'avenir, je ne me fais aucune illusion... Avec mon livre "La vie privée en péril" [éd. Odile Jacob], j'ai voulu prendre date sur ce que j'ai pu constater durant mes huit ans de présidence de la Cnil et alerter sur l'état d'urgence. Nos libertés sont chaque jour un peu plus rognées, de manière lente et progressive. Un jour, on s'en rendra compte, mais il sera trop tard, cela aura été trop loin..."
__Il n'est ni le premier ni le seul à exprimer des craintes à ce sujet, mais son autorité et son expérience leur donnent plus de poids. Par ailleurs, il déclare:
"La multiplication et la miniaturisation des systèmes de géolocalisation et d'identification va aboutir à une société où il ne sera plus possible de cacher aux autres où nous nous trouvons, redoute le président de la Cnil. La Cnil a peur de la géolocalisation sur Internet et de ses effets. A l'occasion des Assises du numérique jeudi soir, lors d'une table ronde consacrée aux droits et devoirs des citoyens en ligne, le président de la Commission nationale de l'informatique et des libertés a lancé une sévère mise en garde : «Nous risquons d'entrer dans une société où il ne sera jamais plus possible de cacher aux autres où nous nous trouvons, et avec qui nous nous trouvons. Ce serait une société invivable».
C'est pourtant vers cette société que l'on se dirige, selon Alex Türk, car la géolocalisation s'immisce partout. Sur Internet, elle est désormais intégrée à Facebook, où l'on vient partager volontairement sa position avec ses amis, grâce à la puce GPS de son smartphone. La Cnil avait déjà exprimé
sa méfiance contre ce service en octobre. Google n'est pas en reste. Il sait déjà suggérer des recherches en fonction de l'emplacement de l'internaute, et garde en mémoire le parcours de ses utilisateurs. La géolocalisation s'invite aussi dans les lieux publics ou les entreprises, grâce à des dispositifs d'identification en apparence inoffensifs. Dans les stades, les caméras vidéo qui balayent les tribunes peuvent reconnaître un spectateur, identifié par son billet équipé d'une puce RFID. Elles savent donc, à son insu, où il est placé et ce qu'il fait. Ce qui vaut pour la sécurité aujourd'hui peut être étendu à la publicité. Cette semaine, des militants antipub ont barbouillé dans le métro parisien des écrans publicitaires équipés de capteurs, qui comptent les passants et leur temps d'exposition. «Comment fera-t-on pour réguler ces choses-là ?»
A l'avenir, cette mobilisation sera plus périlleuse car les technologies seront toujours plus discrètes. «L'utilisation des nanotechnologies fera que l'on ne sera plus dans l'hypothèse d'un bon gros Big Brother, mais de millions de petits Big Brothers disséminés dans la nature de manière métastatique», prévient Alex Türk. Or, il est bien plus difficile de s'opposer à des ennemis diffus qu'à une autorité bien identifiée. «Comment fera-t-on pour réguler ces choses-là ? On ne se pose pas ce genre de questions», juge-t-il.

__Rien à craindre, dira le citoyen pensant n'avoir rien à se reprocher. Pas si simple. Le problème déborde largement celui de la prévention affichée de formes diverses de délinquance.
Il semble que nous prenions le chemin d'une
traçabilité totale, qui remet en question la notion même de vie privée dans des domaines que nous ne soupçonnons pas toujours. Un small brother discret et permanent....
Le fichage, parfois de sinistre mémoire, n'est pas nouveau, mais il prend aujourd'hui des formes aussi pernicieuses qu'insoupçonnées. Même le smartphone nous espionne dans notre poche.
Chacun peut être
pisté sans qu'il le sache et pas seulement pour des raisons commerciales.

___Il est urgent de rappeler
, avec Antoinette Rouvroy que la vie privée n’est pas un droit fondamental parmi d’autres, elle est la condition nécessaire à l’exercice des autres droits et libertés fondamentaux” et que “le droit à la protection de la vie privée joue notamment le rôle d’un “système immunitaire de l’espace psychique”“.
«Plus on est habitué à être observé, moins on est sensible aux atteintes à la vie privée»

Le numérique pourrait bien se révéler un de nos pires ennemis, si des règles et des garde-fous ne sont pas rapidement mis en place. Le droit à l'oubli numérique, notamment, devrait être érigé en norme absolue. Ce sont nos libertés qui sont en cause.

vendredi 21 octobre 2011

Indignés de tous les pays...

Le mot d'ordre de Stéphane Hessel a fait école.

Pas seulement à Athènes, à Londres ou à Madrid. Les USA sont maintenant touchés et le mouvement se répand dans les villes importantes. Mais avec quelles perspectives?

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« [...] l’acquisition de la richesse [...] à travers des profits excessifs, crée un pouvoir privé illégitime sur les affaires privées et, à pour notre plus grand malheur, sur les affaires publiques aussi » [Discours sur l'Etat de l'Union, 1935]

« [...] La liberté de la démocratie n’est pas garantie si le peuple tolère la croissance du pouvoir privé jusqu’à un point où celui-ci devient plus fort que son Etat démocratique lui-même. » Message au Congrès, 1938]__Franklin D. Roosevelt_

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__«L'indignation» gagne le pays de Roosevelt, révélant, sur fond de pauvreté et de précarité galopantes, le fossé qui se creuse entre le peuple et les élites, dans une situation économique qui ressemble à une impasse.
Sous des formes diverses, le mouvement «Occupy Wall Street», très différent de Tea Party, se développe dans des centaines de villes, grandes et petites, comme sur des campus universitaires., contre les
"suceurs de sang de Wall Street " (Harry Truman). Un mouvement relativement limité et aux mots d'ordre disparates, mais exceptionnel aux USA et éveillant des échos importants.
"Je ne peux pas leur reprocher d'accuser la finance d'avoir mis la finance dans le pétrin", avoue Ben Bernanke, le président de la Fed.
__Pourquoi Wall Street, une petite rue, au sud de Manhattan?
"L’abstraction que représente Wall Street comporte un double aspect. D’un côté, Wall Street renvoie à un certain type du pouvoir, un oligopole d’institutions financières qui retire à chacun de nous une rente sans que nous en ayons jamais retiré grand chose. Le slogan du vieux complexe militaro-industriel était “ce qui est bon pour General Motors est bon pour l’Amérique”. Aujourd’hui, le slogan de cette classe de rentiers est : “Ce qui est bon pour Goldman Sachs ne te regarde pas!”.

_«Nous sommes le 99%»: un mouvement qui se cherche, tente des jonctions, avec la conviction que " presque tous les problèmes de notre société découlent de l’extrême concentration de richesse et de pouvoir dans cette couche supéri
eure de 1%».
____Occuper Wall Street, c'est ré-imaginer le monde
"...
Nous assistons au début de l’affirmation revendicative d’une nouvelle génération d’Américains, une génération qui fait face à la perspective de terminer ses études sans trouver d’emploi, une génération sans avenir, mais lestée d’une dette exigible énorme. La plupart de ceux que j’ai rencontré viennent de la classe ouvrière ou sont d’origine modeste. Ce sont de jeunes gens qui ont fait exactement ce qu’on leur a demandé : étudier, entrer à l’université, et qui sont maintenant non seulement pénalisés pour cela, mais aussi humiliés - promis à une vie où ils seront traités comme des mauvais payeurs, des réprouvés. Est-ce vraiment surprenant qu’ils aient envie de s’expliquer avec les magnats financiers qui leur ont volé leur avenir ? Tout comme en Europe, nous observons ici le résultat d’un colossal échec social. Ces occupants sont exactement le genre de gens débordant d’idées, dont l’énergie devrait être favorisée par une société en bonne santé, afin d’améliorer la vie de chacun. Au lieu de quoi, ils la consacrent à imaginer le moyen de mettre à bas l’ensemble du système. Mais l’échec définitif ici, est celui de l’imagination. Ce à quoi nous assistons peut également être considéré comme la revendication d’ouvrir enfin le débat que nous étions tous censés mener après 2008. Après le quasi-effondrement du système financier mondial, il y eut un moment où tout semblait possible. Tout ce que l’on nous avait dit durant la dernière décennie s’était avéré être un mensonge. Les marchés ne se régulent pas eux-mêmes ; les créateurs d’instruments financiers ne sont pas des génies infaillibles, et les dettes n’ont pas vraiment besoin d’être remboursées. En fait, l’argent lui-même s’est révélé être un instrument politique : des milliers de milliards de dollars pouvant être créé ou disparaître du jour au lendemain si les gouvernements ou les banques centrales le jugeaient nécessaire.
Même le magazine The Economist titrait : « Capitalisme : était-ce une bonne idée ? » Il semblait que le temps était venu de tout repenser : la nature même des marchés, l’argent, la dette ; de se demander à quoi sert réellement une « économie ». Cela a duré peut-être deux semaines. Puis, manifestant l’un des plus énormes manque de courage de l’histoire, on s’est bouché les oreilles et on a tenté de ramener les choses au plus près possible de leur état antérieur. Ce n’est peut-être pas surprenant. Il devient de plus en plus évident que la véritable priorité de ceux qui ont gouverné le monde durant ces dernières décennies n’a pas été la création d’une forme viable de capitalisme, mais plutôt de nous convaincre que la forme actuelle du capitalisme est le seul système économique envisageable, que ses défaut sont sans
importance. Et nous voilà tous stupéfaits lorsque l’ensemble du système tombe en morceaux..."
__Un mouvement assez flou et équivoque par certains aspects, mais qui peut être porteur d'un avenir différent, s'il dure, s'étend et se structure politiquement. Car là est le problème.
Ce qui manque aux ind
ignés, ce sont les projets concrets et l'organisation. Le risque pèse de l'usure dans le temps et de la récupération politique.
"...Les revendications portées par les indignés sont sans doute audibles par une population ayant soif de changements dans les politiques économiques et sociales conduites en Europe ou aux Etats-Unis, mais elles ne peuvent permettre à tous de s'engager derrière le flou qu'elles entretiennent. En réclamant des changements pour une “véritable” démocratie, les indignés ne font que contester sans proposer : parvenus à prendre conscience de l'injustice engendrée par le système capitaliste, ils n'ont en réalité aucune idée précise des moyens de la réduire. Et établir un diagnostic n'est pas guérir le malade. Si on se réfère aux revendications émises, le changement de politique ne peut constituer ni une base suffisante pour unir et fédérer les mécontentements, ni véritablement inquiéter un pouvoir qui se bat déjà pour conserver la main. Il leur faudrait donc tout d'abord se mettre d'accord, ensemble, sur les réponses que les indignés voudraient voir adoptées par les gouvernements contestés pour aller les réclamer publiquement : car plus de justice, plus d'emplois, plus de partage des richesses ou plus de démocratie, cela ne signifie rien de bien concret pour développer la mobilisation. Ensuite, la structure même de ces mouvements ne saurait être suffisante pour appuyer ces faibles revendications..."
___Les médias américains surmédiatisent les « Indignés », pour diverses raisons: l'unanimité molle entre les organes de presse se dégrade et "
une belle indignation générale, spectaculaire, ça ne mange pas de corn flakes, et c'est facile à expliquer et à mettre en images."
________________Il y a loin de la révolte, même justifiée et sympathique, à une révolution, un changement radical d'un système financier qui n'est plus depuis longtemps au service de l'économie et qui continue à manifester son pouvoir de nuisance. Mais comment relayer et concrétiser l'indignation dans un espace politique verrouillé par une caste?