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vendredi 31 juillet 2026

Dictature du consommateur

  Client: roi ou sujet[Bis repetita]

                                  « La croyance en une économie de marché ou le client est roi
est l’un de nos mensonges les plus envahissants
(Jk Galbraith)_______

                                                                                                                 Le consommateur est roi, nous serine-t-on, à longueur d'ondes et de slogans alléchants.
Voire...
     Il existe des rois sans pouvoirs, des rois déchus ou des rois dominés.
Un slogan illusoire.
     Dans Au bonheur des dames déjà, Zola montrait la stratégie des marchands en quête de clientèle parisienne aisée. Ils savaient déjà habilement faire jouer les passions, l'envie et la distinction, dans des grands magasins où il fallait  étonner par des produits aussi divers que nouveaux.
     Le consommateur, même si son pouvoir de choix n'est pas nul, dans le cadre d'un état de production donné, ne serait-il pas plutôt le pigeon d'un système, sans qu'il en ait conscience?
    La demande existe bien, stimulant l'offre, mais c'est aussi et en premier lieu l'offre qui crée et conditionne structurellement la demande, comme le reconnaissait déjà J.Say.
     Problème de l'oeuf et de la poule?
      Les besoins humains sont premiers, bien sûr, et l'offre marchande, pour les satisfaire de manière de moins en moins élémentaire, fut là pour y répondre dès qu'il y eut division du travail. Mais en produisant des marchandises de plus en plus diverses et sophistiquées, jusqu'à sortir du strict domaine utilitaire, l'offre créa réellement la demande. Des biens, des services auxquels personne n'avait pensé s'offrent au désir du consommateur, qui pense avoir l'initiative, même pour le "choix" du dernier I-pad ou celui du voyage aux iles Marquise.
   Les premières automobiles déjà ne vinrent pas d'une demande mais furent la conséquence d'une offre (Ford sut la rendre désirable pour tous), qui finit par s'imposer comme une "nécessité",  comme les téléphones portables, etc...  biens auxquels personne ne pensait avant leur apparition  et qui débouchèrent  sur une demande sans fin et de plus en plus élaborée, en rapport avec le développement des forces productives, des relations, marchandes et autres, le développement des loisirs, etc...
                           Le débat sur l'antériorité de l'offre sur la demande ou vice-versa est en partie un faux problème.
              Le débat insoluble en cours sur la priorité de l'offre sur la demande ou vice-versa est source de confusion, quant à la véritable nature des échanges humains, des marchés.
    Il est surtout purement circonstanciel,  objet d'âpres débats entre décideurs politiques et théoriciens économiques, (notamment dans la formation des prix), et  nous éloigne, dans le contexte de crise que nous vivons, de la nature des choses.
     Il y a une interdépendance systémique entre les deux aspects, comme l'avait bien vu Marx:
       "Chacune apparaît comme le moyen de l'autre; elle est médiée par l'autre; ce qui s'expri­me par leur interdépendance, mouvement qui les rapporte l'une à l'autre et les fait apparaître comme indispensables réciproquement, bien qu'elles restent cependant extérieures l'une à l'autre. La production crée la matière de la consommation en tant qu'objet extérieur; la consommation crée pour la production le besoin en tant qu'objet interne, en tant que but. Sans production, pas de consommation; sans consommation, pas de production. Ceci figure dans l'économie politique sous de nombreuses formes."
              A partir des année 50 surtout, la consommation de masse, "l’équipement en appareils ménagers et audiovisuels des ménages ainsi que l’étendue de la grande distribution industrialisée ont permis une pénétration de la consommation marchande industrialisée dans les modes de vie. Ensuite, progressivement et avec l’industrialisation des services, certaines activités jusque-là non marchandes le sont devenues. L’interpénétration entreprise/marché ou l’intégration du client dans le processus production/consommation ont permis le contrôle du marché par les entreprises jusque dans la sphère personnelle et familiale.   L’intégration du client dans l’entreprise ne résulte pas, comme on pourrait le penser a priori, d’une meilleure prise en compte des besoins du client, mais fait plutôt, et surtout, suite à un discours marketing et managérial de légitimation, permettant l’investissement de l’espace domestique et son contrôle par l’entreprise.
  Il importe de voir que ces processus d’investissement et de contrôle de l’espace domestique s’appuient sur la diffusion, dans les sociétés, et avec l’aide du marketing et des techniques de communication, d’une pensée dominante prescrivant un bonheur dépendant de la consommation de marchandises censées répondre à tous les aspects de la vie et à tous les besoins des individus. Ainsi, le marché s’est étendu à toutes les sphères de la vie privée : « Le marché débarrassé de toute entrave et étendu graduellement à toutes les sphères de la vie sociale » (Castoriadis)
      ...On parle alors de « pouvoir du client », de « client roi », de « client unique ». Dans le discours des dirigeants d’entreprises, ce client devient le patron, et sert de justification à la flexibilisation et la précarisation consécutives du travail : l’entreprise doit s’adapter aux exigences changeantes des clients et aux fluctuations du marché. Le management de la qualité a ainsi été le précurseur de l’introduction, il y a une dizaine d’années, de la relation client–fournisseur dans le processus de production. On voit d’ailleurs progressivement apparaître de nouvelles terminologies, dans les discours, autour de cette notion d’intégration du client : on parle de « consommateur actif », de « client informé », « consom’acteur », de « pouvoir du consommateur–client », de « client roi », et même d’« entrepreneur ». Dans ce mode de communication, le client se reconnaît en tant qu’individu unique et non plus en tant que consommateur destinataire d’un message commercial uniforme.
      Le marketing a été la fonction principale qui a formulé ce changement en prétendant passer d’un « marketing–produit » à un « marketing–client » ou bien d’un marketing transactionnel à un marketing relationnel one to one. Le Customer Relationship Management (CRM) en est la plus célèbre expression. Cette stratégie vise à utiliser, à l’aide d’outils technologiques, les bases de données clients, pour personnaliser les offres. Les techniques de la relation client participent à ces stratégies très en vogue de personnalisation de l’offre, voire de co-construction de l’offre. Même si ce concept a « ouvert la possibilité d’un partenariat entretenu entre l’entreprise et le client personnalisé (en oubliant jamais que ce qui est perçu comme personnalisation par le client n’est toujours que la modularisation de segments standardisés du coté de l’entreprise) » (Floris, 2001 : 11). Il s’agit à la fois « d’aiguiller » mais aussi de « construire implicitement le portrait de celui que l’on cherche à orienter » (Mallard, 2000 : 397).
                                            Mais le mythe du client roi a la vie dure... 
         "...Le consommateur d’aujourd’hui, qui est individualiste, vindicatif, volage, avide de nouveautés et d’immatériel, n’est pas assez éduqué pour faire des choix vraiment éclairés. La question sous-jacente est celle de savoir si l’on peut ou si l’on doit résoudre les problèmes de la société par le marché. En abordant les pistes et leurs limites, l’auteur souligne les logiques perverses du marché, lorsqu’elles sont transposées au niveau des citoyens. Etre citoyen ne se réduira jamais à bien consommer. En effet, le consommateur comme un enfant gâté, lui, veut tout, tout de suite. Alors qu’être un vrai citoyen devrait consister à faire des choix et se donner des échéances. Or, le marketing politique contribue à promouvoir un citoyen dénaturé qui consomme du politique comme des 4x4.
Nous vivons donc tous dans une double schizophrénie. Celle du consommateur travailleur, par exemple contester les délocalisations et acheter à bas prix, et celle du consommateur citoyen, par exemple, vouloir aider les pays pauvres et en même temps s’en méfier.... Plus fondamentalement, l’auteur dit que c’est à une crise de la transmission en des valeurs humanistes et républicaines que nous avons à faire. Il appelle cela « la disparition de l’exemplarité ».
           Le consommateur moyen d'aujourd'hui finit par être la victime d'un tel narcissime exigeant et finit par reproduire sa demande marchande à toutes les institutions (santé, école...) et la notion de client finit par remplacer celui d'usager dans les services publics. 
         L'horizon du bien commun finit par perdre son sens, l'égocentrisme, le narcissisme fonctionnant à fond comme moteurs principaux, comme C. Lasch l'a bien montré. L'infantilisme et ses exigences impérieuses finissent par devenir un des aspects des consommateurs captifs. La schizophrénie s'installe (entre l'acheteur en quête de "bonnes affaires"et le producteur qui risque son emploi par délocalisation expliquant ces dites bonnes affaires) et le marketing de l'ego devient la stratégie dominante.
    La société de consommation est donc bien loin de représenter une libération, surtout quand le consommateur devient esclave du crédit, un homo debitor.
    Et le consommateur s'efface devant le citoyen...
         Roi le consommateur? Un pouvoir qu'il n'a pas. Plutôt un (faux) dictateur. Une avidité de jouissance, sans cesse inassouvie, sans perspective ni souci de l'intérêt général et du long terme.
_______
-  Le marché manipulé

mercredi 12 novembre 2014

Dictature du consommateur

 Client: roi ou sujet?
                                  « La croyance en une économie de marché ou le client est roi
est l’un de nos mensonges les plus envahissants
(Jk Galbraith)_______

                                                                                                                 Le consommateur est roi, nous serine-t-on, à longueur d'ondes et de slogans alléchants.
Voire...
     Il existe des rois sans pouvoirs, des rois déchus ou des rois dominés.
Un slogan illusoire.
     Dans Au bonheur des dames déjà, Zola montrait la stratégie des marchands en quête de clientèle parisienne aisée. Ils savaient déjà habilement faire jouer les passions, l'envie et la distinction, dans des grands magasins où il fallait  étonner par des produits aussi divers que nouveaux.
     Le consommateur, même si son pouvoir de choix n'est pas nul, dans le cadre d'un état de production donné, ne serait-il pas plutôt le pigeon d'un système, sans qu'il en ait conscience?
    La demande existe bien, stimulant l'offre, mais c'est aussi et en premier lieu l'offre qui crée et conditionne structurellement la demande, comme le reconnaissait déjà J.Say.
     Problème de l'oeuf et de la poule?
      Les besoins humains sont premiers, bien sûr, et l'offre marchande, pour les satisfaire de manière de moins en moins élémentaire, fut là pour y répondre dès qu'il y eut division du travail. Mais en produisant des marchandises de plus en plus diverses et sophistiquées, jusqu'à sortir du strict domaine utilitaire, l'offre créa réellement la demande. Des biens, des services auxquels personne n'avait pensé s'offrent au désir du consommateur, qui pense avoir l'initiative, même pour le "choix" du dernier I-pad ou celui du voyage aux iles Marquise.
   Les premières automobiles déjà ne vinrent pas d'une demande mais furent la conséquence d'une offre (Ford sut la rendre désirable pour tous), qui finit par s'imposer comme une "nécessité",  comme les téléphones portables, etc...  biens auxquels personne ne pensait avant leur apparition  et qui débouchèrent  sur une demande sans fin et de plus en plus élaborée, en rapport avec le développement des forces productives, des relations, marchandes et autres, le développement des loisirs, etc...
                           Le débat sur l'antériorité de l'offre sur la demande ou vice-versa est en partie un faux problème.
              Le débat insoluble en cours sur la priorité de l'offre sur la demande ou vice-versa est source de confusion, quant à la véritable nature des échanges humains, des marchés.
    Il est surtout purement circonstanciel,  objet d'âpres débats entre décideurs politiques et théoriciens économiques, (notamment dans la formation des prix), et  nous éloigne, dans le contexte de crise que nous vivons, de la nature des choses.
     Il y a une interdépendance systémique entre les deux aspects, comme l'avait bien vu Marx:
       "Chacune apparaît comme le moyen de l'autre; elle est médiée par l'autre; ce qui s'expri­me par leur interdépendance, mouvement qui les rapporte l'une à l'autre et les fait apparaître comme indispensables réciproquement, bien qu'elles restent cependant extérieures l'une à l'autre. La production crée la matière de la consommation en tant qu'objet extérieur; la consommation crée pour la production le besoin en tant qu'objet interne, en tant que but. Sans production, pas de consommation; sans consommation, pas de production. Ceci figure dans l'économie politique sous de nombreuses formes."
              A partir des année 50 surtout, la consommation de masse, "l’équipement en appareils ménagers et audiovisuels des ménages ainsi que l’étendue de la grande distribution industrialisée ont permis une pénétration de la consommation marchande industrialisée dans les modes de vie. Ensuite, progressivement et avec l’industrialisation des services, certaines activités jusque-là non marchandes le sont devenues. L’interpénétration entreprise/marché ou l’intégration du client dans le processus production/consommation ont permis le contrôle du marché par les entreprises jusque dans la sphère personnelle et familiale.   L’intégration du client dans l’entreprise ne résulte pas, comme on pourrait le penser a priori, d’une meilleure prise en compte des besoins du client, mais fait plutôt, et surtout, suite à un discours marketing et managérial de légitimation, permettant l’investissement de l’espace domestique et son contrôle par l’entreprise.
  Il importe de voir que ces processus d’investissement et de contrôle de l’espace domestique s’appuient sur la diffusion, dans les sociétés, et avec l’aide du marketing et des techniques de communication, d’une pensée dominante prescrivant un bonheur dépendant de la consommation de marchandises censées répondre à tous les aspects de la vie et à tous les besoins des individus. Ainsi, le marché s’est étendu à toutes les sphères de la vie privée : « Le marché débarrassé de toute entrave et étendu graduellement à toutes les sphères de la vie sociale » (Castoriadis)
      ...On parle alors de « pouvoir du client », de « client roi », de « client unique ». Dans le discours des dirigeants d’entreprises, ce client devient le patron, et sert de justification à la flexibilisation et la précarisation consécutives du travail : l’entreprise doit s’adapter aux exigences changeantes des clients et aux fluctuations du marché. Le management de la qualité a ainsi été le précurseur de l’introduction, il y a une dizaine d’années, de la relation client–fournisseur dans le processus de production. On voit d’ailleurs progressivement apparaître de nouvelles terminologies, dans les discours, autour de cette notion d’intégration du client : on parle de « consommateur actif », de « client informé », « consom’acteur », de « pouvoir du consommateur–client », de « client roi », et même d’« entrepreneur ». Dans ce mode de communication, le client se reconnaît en tant qu’individu unique et non plus en tant que consommateur destinataire d’un message commercial uniforme.
      Le marketing a été la fonction principale qui a formulé ce changement en prétendant passer d’un « marketing–produit » à un « marketing–client » ou bien d’un marketing transactionnel à un marketing relationnel one to one. Le Customer Relationship Management (CRM) en est la plus célèbre expression. Cette stratégie vise à utiliser, à l’aide d’outils technologiques, les bases de données clients, pour personnaliser les offres. Les techniques de la relation client participent à ces stratégies très en vogue de personnalisation de l’offre, voire de co-construction de l’offre. Même si ce concept a « ouvert la possibilité d’un partenariat entretenu entre l’entreprise et le client personnalisé (en oubliant jamais que ce qui est perçu comme personnalisation par le client n’est toujours que la modularisation de segments standardisés du coté de l’entreprise) » (Floris, 2001 : 11). Il s’agit à la fois « d’aiguiller » mais aussi de « construire implicitement le portrait de celui que l’on cherche à orienter » (Mallard, 2000 : 397).
                                            Mais le mythe du client roi a la vie dure... 
         "...Le consommateur d’aujourd’hui, qui est individualiste, vindicatif, volage, avide de nouveautés et d’immatériel, n’est pas assez éduqué pour faire des choix vraiment éclairés. La question sous-jacente est celle de savoir si l’on peut ou si l’on doit résoudre les problèmes de la société par le marché. En abordant les pistes et leurs limites, l’auteur souligne les logiques perverses du marché, lorsqu’elles sont transposées au niveau des citoyens. Etre citoyen ne se réduira jamais à bien consommer. En effet, le consommateur comme un enfant gâté, lui, veut tout, tout de suite. Alors qu’être un vrai citoyen devrait consister à faire des choix et se donner des échéances. Or, le marketing politique contribue à promouvoir un citoyen dénaturé qui consomme du politique comme des 4x4.
Nous vivons donc tous dans une double schizophrénie. Celle du consommateur travailleur, par exemple contester les délocalisations et acheter à bas prix, et celle du consommateur citoyen, par exemple, vouloir aider les pays pauvres et en même temps s’en méfier.... Plus fondamentalement, l’auteur dit que c’est à une crise de la transmission en des valeurs humanistes et républicaines que nous avons à faire. Il appelle cela « la disparition de l’exemplarité ».
           Le consommateur moyen d'aujourd'hui finit par être la victime d'un tel narcissime exigeant et finit par reproduire sa demande marchande à toutes les institutions (santé, école...) et la notion de client finit par remplacer celui d'usager dans les services publics. 
         L'horizon du bien commun finit par perdre son sens, l'égocentrisme, le narcissisme fonctionnant à fond comme moteurs principaux, comme C. Lasch l'a bien montré. L'infantilisme et ses exigences impérieuses finissent par devenir un des aspects des consommateurs captifs. La schizophrénie s'installe (entre l'acheteur en quête de "bonnes affaires"et le producteur qui risque son emploi par délocalisation expliquant ces dites bonnes affaires) et le marketing de l'ego devient la stratégie dominante.
    La société de consommation est donc bien loin de représenter une libération, surtout quand le consommateur devient esclave du crédit, un homo debitor.
    Et le consommateur s'efface devant le citoyen...
         Roi le consommateur? Un pouvoir qu'il n'a pas. Plutôt un (faux) dictateur. Une avidité de jouissance, sans cesse inassouvie, sans perspective ni souci de l'intérêt général et du long terme.
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-  Le marché manipulé
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-Relayé par Agoravox
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jeudi 9 septembre 2021

Con-sommateurs

 Vraiment cons

                            Ces rushs sauvages sur des produits en promotion, destinés à attirer le client à tout prix et éventuellement à le fidéliser, ne sont pas rares. Produits ménagers ou alimentaires, qui va résister à une montagne de Nutella bradé à prix coûtant? Lidl s'est spécialisé dans ce genre d'opérations coup de poing et d'autres suivent. Une publicité gratuite est assurée, surtout quand le rush devient sauvage et médiatisé, comme la lutte autour du produit vanté, qui nécessite parfois l'intervention de forces de l'ordre. Comme des affamés dans une région sahélienne autour d'un sac de riz vital....   Tout ça pour un robot cuiseur! Pauvres nécessiteux! on comprend leur frénésie...

                Voilà à quoi nous mène un système qui pousse certains à une consommation à tous prix, à des actes irrationnels qui dénotent un inquiétant conditionnement et un individualisme parfois forcené. Tout nous incite à profiter de la "bonne affaire", même si nous ne sommes pas des nécessiteux. à des réductions permanentes, comme si des cadeaux nous étaient faits en permanence, comme si nous étions des rois dans le royaume de la consommation à outrance, qui prétend nous donner pouvoir et distinction, jusqu'à la saturation. Et beaucoup entrent dans le jeu à l'excès, comme des victimes consentantes mais ignorantes des mécanismes qui les poussent à acheter même sans nécessité. Le low cost explose, oui, mais à quel prix? Premier gagnant: l'individualisme exacerbé, la perte des valeurs de solidarité pour faire société et une infantilisation certaine.                                                                                                       Comme disait Galbraith,  « La croyance en une économie de marché ou le client est roi  est l’un de nos mensonges les plus envahissants 

                                                                                                                 Le consommateur est roi, nous serine-t-on, à longueur d'ondes et de slogans alléchants.
Voire...
     Il existe des rois sans pouvoirs, des rois déchus ou des rois dominés.
Un slogan illusoire.
     Dans Au bonheur des dames déjà, Zola montrait la stratégie des marchands en quête de clientèle parisienne aisée. Ils savaient déjà habilement faire jouer les passions, l'envie et la distinction, dans des grands magasins où il fallait  étonner par des produits aussi divers que nouveaux.
     Le consommateur, même si son pouvoir de choix n'est pas nul, dans le cadre d'un état de production donné, ne serait-il pas plutôt le pigeon d'un système, sans qu'il en ait conscience?
    La demande existe bien, stimulant l'offre, mais c'est aussi et en premier lieu l'offre qui crée et conditionne structurellement la demande, comme le reconnaissait déjà J.Say.
     Problème de l'oeuf et de la poule?
      Les besoins humains sont premiers, bien sûr, et l'offre marchande, pour les satisfaire de manière de moins en moins élémentaire, fut là pour y répondre dès qu'il y eut division du travail. Mais en produisant des marchandises de plus en plus diverses et sophistiquées, jusqu'à sortir du strict domaine utilitaire, l'offre créa réellement la demande. Des biens, des services auxquels personne n'avait pensé s'offrent au désir du consommateur, qui pense avoir l'initiative, même pour le "choix" du dernier I-pad ou celui du voyage aux iles Marquise.
   Les premières automobiles déjà ne vinrent pas d'une demande mais furent la conséquence d'une offre (Ford sut la rendre désirable pour tous), qui finit par s'imposer comme une "nécessité",  comme les téléphones portables, etc...  biens auxquels personne ne pensait avant leur apparition  et qui débouchèrent  sur une demande sans fin et de plus en plus élaborée, en rapport avec le développement des forces productives, des relations, marchandes et autres, le développement des loisirs, etc...
                           Le débat sur l'antériorité de l'offre sur la demande ou vice-versa est en partie un faux problème.
              Le débat insoluble en cours sur la priorité de l'offre sur la demande ou vice-versa est source de confusion, quant à la véritable nature des échanges humains, des marchés.
    Il est surtout purement circonstanciel,  objet d'âpres débats entre décideurs politiques et théoriciens économiques, (notamment dans la formation des prix), et  nous éloigne, dans le contexte de crise que nous vivons, de la nature des choses.
     Il y a une interdépendance systémique entre les deux aspects, comme l'avait bien vu Marx:
       "Chacune apparaît comme le moyen de l'autre; elle est médiée par l'autre; ce qui s'expri­me par leur interdépendance, mouvement qui les rapporte l'une à l'autre et les fait apparaître comme indispensables réciproquement, bien qu'elles restent cependant extérieures l'une à l'autre. La production crée la matière de la consommation en tant qu'objet extérieur; la consommation crée pour la production le besoin en tant qu'objet interne, en tant que but. Sans production, pas de consommation; sans consommation, pas de production. Ceci figure dans l'économie politique sous de nombreuses formes."
              A partir des année 50 surtout, la consommation de masse, "l’équipement en appareils ménagers et audiovisuels des ménages ainsi que l’étendue de la grande distribution industrialisée ont permis une pénétration de la consommation marchande industrialisée dans les modes de vie. Ensuite, progressivement et avec l’industrialisation des services, certaines activités jusque-là non marchandes le sont devenues. L’interpénétration entreprise/marché ou l’intégration du client dans le processus production/consommation ont permis le contrôle du marché par les entreprises jusque dans la sphère personnelle et familiale.   L’intégration du client dans l’entreprise ne résulte pas, comme on pourrait le penser a priori, d’une meilleure prise en compte des besoins du client, mais fait plutôt, et surtout, suite à un discours marketing et managérial de légitimation, permettant l’investissement de l’espace domestique et son contrôle par l’entreprise.
  Il importe de voir que ces processus d’investissement et de contrôle de l’espace domestique s’appuient sur la diffusion, dans les sociétés, et avec l’aide du marketing et des techniques de communication, d’une pensée dominante prescrivant un bonheur dépendant de la consommation de marchandises censées répondre à tous les aspects de la vie et à tous les besoins des individus. Ainsi, le marché s’est étendu à toutes les sphères de la vie privée : « Le marché débarrassé de toute entrave et étendu graduellement à toutes les sphères de la vie sociale » (Castoriadis)
      ...On parle alors de « pouvoir du client », de « client roi », de « client unique ». Dans le discours des dirigeants d’entreprises, ce client devient le patron, et sert de justification à la flexibilisation et la précarisation consécutives du travail : l’entreprise doit s’adapter aux exigences changeantes des clients et aux fluctuations du marché. Le management de la qualité a ainsi été le précurseur de l’introduction, il y a une dizaine d’années, de la relation client–fournisseur dans le processus de production. On voit d’ailleurs progressivement apparaître de nouvelles terminologies, dans les discours, autour de cette notion d’intégration du client : on parle de « consommateur actif », de « client informé », « consom’acteur », de « pouvoir du consommateur–client », de « client roi », et même d’« entrepreneur ». Dans ce mode de communication, le client se reconnaît en tant qu’individu unique et non plus en tant que consommateur destinataire d’un message commercial uniforme.
      Le marketing a été la fonction principale qui a formulé ce changement en prétendant passer d’un « marketing–produit » à un « marketing–client » ou bien d’un marketing transactionnel à un marketing relationnel one to one. Le Customer Relationship Management (CRM) en est la plus célèbre expression. Cette stratégie vise à utiliser, à l’aide d’outils technologiques, les bases de données clients, pour personnaliser les offres. Les techniques de la relation client participent à ces stratégies très en vogue de personnalisation de l’offre, voire de co-construction de l’offre. Même si ce concept a « ouvert la possibilité d’un partenariat entretenu entre l’entreprise et le client personnalisé (en oubliant jamais que ce qui est perçu comme personnalisation par le client n’est toujours que la modularisation de segments standardisés du coté de l’entreprise) » (Floris, 2001 : 11). Il s’agit à la fois « d’aiguiller » mais aussi de « construire implicitement le portrait de celui que l’on cherche à orienter » (Mallard, 2000 : 397).
                                            Mais le mythe du client roi a la vie dure... 
         "...Le consommateur d’aujourd’hui, qui est individualiste, vindicatif, volage, avide de nouveautés et d’immatériel, n’est pas assez éduqué pour faire des choix vraiment éclairés. La question sous-jacente est celle de savoir si l’on peut ou si l’on doit résoudre les problèmes de la société par le marché. En abordant les pistes et leurs limites, l’auteur souligne les logiques perverses du marché, lorsqu’elles sont transposées au niveau des citoyens. Etre citoyen ne se réduira jamais à bien consommer. En effet, le consommateur comme un enfant gâté, lui, veut tout, tout de suite. Alors qu’être un vrai citoyen devrait consister à faire des choix et se donner des échéances. Or, le marketing politique contribue à promouvoir un citoyen dénaturé qui consomme du politique comme des 4x4.
Nous vivons donc tous dans une double schizophrénie. Celle du consommateur travailleur, par exemple contester les délocalisations et acheter à bas prix, et celle du consommateur citoyen, par exemple, vouloir aider les pays pauvres et en même temps s’en méfier.... Plus fondamentalement, l’auteur dit que c’est à une crise de la transmission en des valeurs humanistes et républicaines que nous avons à faire. Il appelle cela « la disparition de l’exemplarité ».
           Le consommateur moyen d'aujourd'hui finit par être la victime d'un tel narcissime exigeant et finit par reproduire sa demande marchande à toutes les institutions (santé, école...) et la notion de client finit par remplacer celui d'usager dans les services publics. 
         L'horizon du bien commun finit par perdre son sens, l'égocentrisme, le narcissisme fonctionnant à fond comme moteurs principaux, comme C. Lasch l'a bien montré. L'infantilisme et ses exigences impérieuses finissent par devenir un des aspects des consommateurs captifs. La schizophrénie s'installe (entre l'acheteur en quête de "bonnes affaires"et le producteur qui risque son emploi par délocalisation expliquant ces dites bonnes affaires) et le marketing de l'ego devient la stratégie dominante.
    La société de consommation est donc bien loin de représenter une libération, surtout quand le consommateur devient esclave du crédit, un homo debitor.
    Et le consommateur s'efface devant le citoyen...
         Roi, le consommateur? Un pouvoir qu'il n'a pas. Plutôt un (faux) dictateur. Une avidité de jouissance, sans cesse inassouvie, sans perspective ni souci de l'intérêt général et du long terme.
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-  Le marché manipulé

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dimanche 26 septembre 2021

Philosophie de côté

 Le consommateur: un imbécile?

  Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais quand on regarde les notices des appareils ménagers, des objets techniques et des gadgets postmodernes, on tombe souvent sur des perles. Du genre :

    (Sur un sèche-cheveux de marque )
 Ne pas utiliser pendant que vous dormez.
    
(C'est vrai que c'est sûrement le meilleur moment).

    (sur un pudding à la pâte à pain)
Ce produit sera chaud une fois réchauffé
    (Vous en être bien sûr?)

    (sur des guirlandes de Noël électriques)
Pour extérieur ou intérieur seulement
   (Cela veut dire quoi? Il ne faut pas s'en servir dans l'espace? Sous terre?)

   (Sur une brosse à dents donnée par un dentiste)
Utiliser le côté avec les poils.
   
(merci du conseil, on y pensera)

   (sur un flacon de somnifère)
Mise en garde : peut causer de la somnolence.
   (Non, c'est vrai?)    


                           Commentaire:       Il y a un point commun entre tous ces dérapages : prendre le consommateur pour un imbécile, un crétin, un abruti ou un demeuré. Cela n'a l'air de rien, mais en réalité, ce n'est pas du tout anodin, cela traduit l'esprit même dans lequel est pensé le concept de consommateur. Si vous n'avez pas bien compris pourquoi, prenez une heure et lisez Beigedder, 99 F. Il est dans la nature même de la publicité de s'adresser au "consommateur", à un individu plutôt "moyen", très "moyen" et de lui parler gentiment de sorte qu'il reste bien dans sa moyenne, tout en restant capable de capter juste ce qui est nécessaire pour qu'il achète ce qu'on a à lui vendre. Pour cela, il ne faut qu'il réfléchisse trop, juste qu'il s'amuse et qu'il réplique le stimulus réponse, une fois qu'il a bien gobé le stimulus premier. C'est tout. Le conditionnement publicitaire est fait pour s'adresser au degré minimal de l'intelligence, le degré proche de l'automatisme. Il suffit de laisser entendre implicitement dans quelques clin d'oeil qu'il y a connivence là-dedans (on est bien tous pareil, on aime bien les frittes, le camembert coulant, le look d'enfer, gigoter au son d'une musique rigolote, pouffer devant de situations bien stupides). Peut-il vraiment y avoir un  "consommateur intelligent" ? Si vous êtes intelligent, vous cessez définitivement de vous identifiez à la figure d'un "consommateur".  Mais à partir du moment où je n'ai pas d'autre identité que celle de "consommateur", à partir du moment où je n'ai pas conscience de ce que je suis, de ce qu'est ma vie, où je n'ai pas la moindre étincelle de lucidité, où est-ce que cette identité de "consommateur" me mène? Je vous laisse tirer la conclusion logique (qui n'est pas très drôle).       Du coup, en suivant ce fil conducteur, il est intéressant d'observer effectivement de près le niveau mental des publicité, et surtout des publicités à la télévision. Cela donne une vision assez cohérente. De quoi réfléchir sur l'illusion.   _________

jeudi 20 juin 2013

Toujours plus low-cost!

 Bas coûts ou coups bas?
_____________________Lowcostons à fond!...Jusqu'à la gratuité?
Cela devient, dit-on, une activité noble...
Le low cost est en train d'exploser, mais à quel prix?
__Mr X, en consommateur malin, à cheval sur les économies, parfois de bouts de chandelles, était toujours à la recherche de bonnes affaires, de prix cassés: du vêtement à la nourriture, du voyage aux opérations banquaires, du livre jusqu'aux futures obsèques....Des affaires jusqu'au dernier souffle! («Si vous trouvez moins cher ailleurs, nous remboursons la différence, plus 30 euros», clame ainsi la publicité de l'allemand SargDiscount qui propose des enterrements clé en main à partir de 479 euros, un prix bien inférieur à celui de la moyenne nationale qui oscille entre 2800 et 3500 euros", en se réfèrant au modèle Aldi, avec service ultra minimal et cercueil chinois...)
Mais Mr X s'est rendu compte un jour qu'il avait la vue un peu courte. Depuis que son épouse a perdu son emploi dans l'atelier de confection locale, pour cause de délocalisation au Bangladesh, que son gendre s'est fait viré de chez Truc qui a fait  sa valise pour la Roumanie, que le centre de sa ville s'est désertifié, pour cause de commerces fermés, ne résistant pas aux mammouths de la grande distribution se fournissant chez les tigres orientaux, que sa bonne librairie a fermé, tuée par le géant Amazon, sa perception des choses a changé. Si tout ce qui est cher n'est pas forcément de qualité, ce qui est bradé peut l'être souvent....
Toute baisse des prix, conséquence d'une meilleure productivité ou d'une concurrence normale, sans dumping d'aucune sorte, est en principe favorable au consommateur, mais celle que pratique le low cost, ajustée aux porte-monnaies dégonflées par la crise et le chômage, montre qu'en dessous d'un certain seuil plancher moyen, il joue indirectement en  défaveur de tous.. Acheter chez Amazon, c'est favoriser un groupe qui ne paie presque aucun de ses impôts chez nous, donc qui contribue à dégrader le niveau des dépenses sociales et la qualité des services publics. La  chemise chinoise achetée à au prix ridiculement bas contribue au chômage généralisé, dont Mr X souffrira forcément indirectement, notamment pour le financement de sa retraite. Mr X est depuis un peu plus raisonnable, ayant compris que consommateur et salarié ne font qu'un.
____Mais un Club d'entrepreneurs malins n'en n'a cure et foncent dans une  brèche alléchante, l'intérêt à court terme étant le moteur essentiel de leur nouvelle campagne: Pouvoir d’achat en baisse, inflation des produits de première nécessité, chômage chronique et massif : les Français se demandent si leur situation va encore empirer. Les entreprises regroupées dans le Club des Entreprises Low Cost affirment qu’elles ont entre les mains une partie des solutions pour résoudre les problèmes des Français.
Grâce à une offre rénovée et simplifiée, elles rendent le pouvoir de l’arbitrage aux consommateurs. Les prix baissent mais pas la qualité. Le pouvoir d’achat des Français a été confisqué, nous allons le leur rendre.
Les entreprises Low Cost en croissance offrent des emplois, des formations et des carrières valorisées. Dans le commerce, les services, la création, l’industrie, elles forment une véritable école de la deuxième chance et font confiance aux jeunes même sans diplôme...", 

déclarent ces leaders d'un secteur s'estimant à la pointe du progrès social...
Les laudateurs du low cost font souvent silence sur le niveau  de qualité  et les conditions de production de beaucoup de produits.
Mourir ne doit plus être un luxe
___En fait, " plus aucun secteur n'échappe au phénomène low cost. Synonyme d'achat malin, le low cost serait la pierre philosophale de l'économie moderne. Une formule magique capable de concevoir la même voiture, la même robe, le même billet d'avion, la même boîte de céréales ou la même opération chirurgicale pour deux fois, trois fois, voire dix fois moins cher. Les consommateurs suivent, les industriels jubilent. En réalité, le low cost se traduit le plus souvent par une logique folle de réduction des coûts au détriment de la qualité des produits, des conditions de travail des salariés, des emplois, de la santé et de la sécurité des consommateurs"
 ____Arnaque et mise en danger de la santé des clients, surexploitation des salariés, mépris total de l'environnement… et croissance à deux chiffres. C'est le monde du low cost, qui gagne chaque jour du terrain.
Mais qui en paie le prix ?
_____________________Paru dans Agoravox
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Bonjour,
Désolé pour le dysfonctionnement ci-dessus, rendant la lecture de certains passages hors cadre plus que difficile.
A la recherche d'une boîte à outils...

vendredi 2 octobre 2009

Chine: si loin, si près

Notre bouée de sauvetage?

Atouts et fragilités

-La Chine peut-elle relancer l'économie mondiale ?
" L'éclaircie tant attendue dans la tempête qui balaie l'économie mondiale viendra-t-elle de Chine ? En effet, face à la crise, l'empire du milieu fait de la résistance. Mieux, son économie devrait rebondir dès cette année et redémarrer pleinement en 2010.-Certes, la Chine ne passe pas à travers l'orage. Un rapport de la Banque mondiale publié le 7 avril prévoit que le produit intérieur brut (PIB) du pays ne dépassera pas une croissance de 6,5 % cette année, contre 13 % en 2007 et 9 % l'an dernier. Une prévision en ligne avec celle de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui table sur une croissance du PIB chinois de +6,3% en 2009.Les deux institutions soulignent néanmoins que de récentes statistiques de l'économie chinoise laissent penser que le pire a été atteint et que la reprise est amorcée. Les banques chinoises ont ainsi prêté 2.690 milliards de yuans (296 milliards d'euros) au cours des deux premiers mois de l'année pour financer les grandes dépenses d'infrastructure engagées dans le cadre du plan de relance national. Par ailleurs, la production industrielle du pays est repartie : l'indice des Directeurs d'Achats (PMI) a ainsi progressé en mars pour le quatrième mois consécutif à 52,4. Enfin, la Chine achète à nouveau des matières premières.Les raisons de cette résistance ? Tout d'abord, le secteur bancaire chinois n'a pas été exposé, comme ses homologues occidentaux, aux actifs à haut risque, grâce à son contrôle des capitaux. Surtout, le colossal plan de relance du gouvernement chinois, qui mobilise 4.000 milliards de yuans (440 milliards d'euros), soit 12% du PIB du pays, commence à porter ses fruits. Essentiellement fondé sur les investissements dans les infrastructures, le plan de relance chinois devrait contribuer pour près de trois quarts (4,9 points) à la croissance du PIB national cette année, selon la Banque mondiale.

Au final, la croissance de la Chine devrait s'accélérer au cours des deux derniers trimestre de 2009 - à +8 ou 9% selon les prévisions du département économie de Natixis - pour s'affirmer en 2010. L'an prochain, la croissance du PIB chinois atteindrait +8,5% selon l'OCDE. Pour la Banque mondiale, c'est « grâce à la Chine que la croissance des pays en développement de l'Asie de l'Est et du Pacifique sera la plus rapide de toutes les régions du monde ». L'économie chinoise devrait ainsi « redémarrer pleinement en 2010 et contribuer à la stabilisation de la région, voire à sa guérison», assure l'institution.Le rebond de l'économie chinoise, troisième économie au monde, est-il également une lueur d'espoir pour l'économie mondiale ? La Chine peut-elle seule relancer la croissance de la planète ? Malheureusement non.Certes, la reprise de la production industrielle chinoise est une « bonne nouvelle » pour les économies qui font du commerce avec l'empire du milieu, indique Edgardo Torija-Zane, économiste chez Natixis. La Chine va en effet augmenter sa demande de matières premières. Le rebond chinois peut être un « catalyseur » de la reprise mondial, explique Laurence Bonne, chef économiste chez Barclays Capital, à condition d'être accompagné par une reprise aux Etats-Unis grâce au vaste plan de relance budgétaire du gouvernement Obama. Seule, l'économie chinoise a un impact limité.-Tout d'abord parce que l'économie chinoise est relativement fermée. Sa part dans les importations mondiales ne s'élevaient ainsi qu'à 6,5% en 2007. Ensuite parce que le poids de la Chine dans l'économie mondiale n'est pas aussi significatif que celui des grandes économies occidentales. La Chine ne pèse que 7% du PIB mondial en 2008, contre 23% pour les Etats-Unis et 32% pour l'Union européenne.« Le consommateur moyen chinois ne peut remplacer le consommateur moyen américain en termes de panier et de pouvoir d'achat », souligne Laurence Boone. D'autant que la relance par la consommation n'est pas acquise en Chine.En dépit des grands projets d'infrastructures qui visent à maintenir l'emploi, le chômage reste à un niveau très élevé. Selon le ministère de l'agriculture chinois, 20 millions de travailleurs ruraux (15% du total) ont perdu leur emploi depuis le début de l'année. Sur les 70 millions de travailleurs migrants partis dans les zones rurales à l'occasion du Nouvel An chinois, fin janvier, 80% (56 millions) sont retournés dans les villes. Parmi eux, 11 millions n'ont pas retrouvé d'emploi. La plaie du chômage, amplifiée par l'inexistence de filets de sécurité sociale, n'incite pas le consommateur chinois à dépenser. Le taux d'épargne en Chine est l'un des plus élevés au monde« On ne peut pas compter sur l'économie chinoise pour relancer seule l'économie mondiale, résume Françoise Lemoine, économiste au CEPII. Elle peut en revanche éviter que celle-ci ne plonge plus fortement. »

-Economie de la Chine : moteur de la reprise mondiale, ou prochaine bulle ? - AgoraVox:
"...Dans une interview, ou plutôt une "conversation à bâtons rompus", pour l’institut Turgot, avec Henri Lepage, Charles Gave, financier établi à Hong Kong, se montre optimiste pour l’avenir à long terme de la Chine (vidéo - la partie sur la Chine ne commence qu’après 13 minutes).Selon lui, la Chine a compris que son rebond passerait par un développement des échanges intérieurs et avec la zone commerciale de l’extrême orient, la plus peuplée du monde, avec 3 milliards d’individus dont la marge de progression en terme de richesse est considérable. Elle met donc tout en oeuvre pour parvenir à former une sorte de marché économique commun asiatique, utilisant ses réserves de changes pour aider ses voisins les plus pauvres à développer leurs infrastructures d’échange avec elle. Et surtout, elle se prépare à un changement monétaire majeur : la convertibilité du Renminbi (RMB, la monnaie chinoise, parfois aussi appelée Yuan, selon les auteurs, et officiellement Yuan Renminbi, littéralement "la monnaie du peuple"). Nous verrons plus loin pourquoi la convertibilité du Renminbi peut être extrêmement bénéfique pour l’économie chinoise, contrairement à ce que dit la presse mainstream qui n’y voit qu’une menace pour les entreprises exportatrices.Ajoutons que, selon M. Gave, la Chine utilisera la mutualisation des forces régionales pour en maximiser les fruits par l’échange, ce qui éloigne le spectre de tout conflit avec Taïwan, par exemple. Taïwan dispose d’une classe managériale formée qui manque à la Chine. Depuis la normalisation croissante des relations entre les deux pays, de nombreux taïwanais travaillent à shanghaï pour les entreprises chinoises, qui ne s’en portent pas plus mal. La Chine normalise également ses relations avec le Japon, en vue, entre autres, de développer les échanges technologiques avec leur voisin. Un commerce développé est le meilleur garant de la paix, les adversaires de la mondialisation et autres protectionnistes de chez nous feraient mieux de s’en rappeler... Enfin, les Chinois disposent d’une épargne considérable (50% du PIB), qui va nécessairement être dérégulée avec la convertibilité du RMB. Cela fera de Hong Kong, à moyen terme, l’épicentre de la finance mondiale, devant Londres sûrement, dans un axe conjoint avec Wall Street.Toutes ces informations sont évidemment de nature à rendre très optimiste pour l’économie de l’Asie orientale à moyen et long terme. Mais à court terme, l’économie chinoise ne risque-t-elle pas de traverser des turbulences ? Seront-elles modérées ou sévères ?

Maintenant, les mauvaises nouvelles

.A long terme, l’évolution positive de l’économie Chinoise évoquée par Charles Gave fait sens. Toutefois, à court et moyen terme, de nombreux autres observateurs de l’économie chinoise observent que cette économie avance aujourd’hui sur le fil du rasoir, car elle est plombée par de nombreux déséquilibres conjoncturels et structurels.Or, comme aux USA, des politiques économiques et monétaires inopportunes sont la cause de ces déséquilibres, même si ces politiques furent différentes. Les deux leçons sont les mêmes : On ne soumet pas impunément la monnaie, le crédit, et les contrats, à l’arbitraire politique.Les dernières déclarations d’un officiel chinois, Cheng Siwei, ancien vice président du parti, aujourd’hui ambassadeur itinérant de l’économie chinoise, montrent à quel point les politiques chinois, au moins hors de leurs propres frontières, se montrent à la fois lucides, pragmatiques, mais aussi très embarrassés.M. Chieng a déclaré, lors d’un symposium au lac de Côme, apparemment sans langue de bois : que : "l’or était tout à fait une alternative au dollar, mais que les Chinois ne pouvaient faire que des achats mesurés pour ne pas déséquilibrer les cours", que "Si la Fed continuait à créer des dollars à partir de rien pour racheter des bons du trésor, alors le dollar chuterait et l’inflation aux USA réapparaitrait sous une à deux années", que "la Chine ne pouvait se désengager brutalement, mais que désormais, les recettes de changes supplémentaires seraient diversifiées en Yen, en euro, autres devises et or", et que "le flot d’excédents commerciaux chinois avait aussi provoqué des bulles d’actifs, et notamment immobiliers, en Chine, et que cette bulle menaçait d’éclater, avec des conséquences imprévisibles".Rien que cela

.-Dollar Trap:La presse économique évoque fréquemment le "piège", le "dollar trap", dans lequel s’est jeté la Chine ces 10 dernières années. En convertissant massivement ses excédents commerciaux en bons du trésor américain, la Chine se retrouve aujourd’hui piégée par la politique de surendettement menée par l’administration Obama et soutenue par la FED par une politique officielle et rampante de "Quantitative Easing".Si la Chine, selon les termes de M. Cheng, arrête d’augmenter ses encours de dette du trésor US, alors le trésor US perdra un peu plus de capacité à trouver des clients pour financer l’augmentation de ses dettes, du moins à un taux d’intérêt compatible avec la remise en forme d’une économie malade de surendettement. La FED devra donc poursuivre sa politique de Quantitative Easing, et de répurgation des dettes du système financier américain par création monétaire, ce qui pourrait finir par créer une inflation forte (pronostic controversé, mais partagé par M. Cheng Siwei), et donc faire tomber la valeur des bons du trésor à des niveaux abyssaux...."

-La reprise chinoise est artificielle__
-_Chine, la République populaire a 60 ans______________
-Que fera la Chine ?

mercredi 4 octobre 2023

Electricité: usine à gaz

Ou cacophonie.     [notes de lecture]

              Que celui qui a tout compris lève le doigt...

                              Un système aberrantC'est la loi du marché...

 Du rififi entre Paris et Berlin. __On a marché sur la tête

                          "... L   a concurrence, répétaient experts et éditorialistes, comprimera les prix du gaz et de l’électricité : depuis quinze ans ils explosent en Europe. Elle garantira la continuité du service : en 2022, le gouvernement français programme des délestages et implore les particuliers d’écourter leur douche pour éviter l’effondrement du réseau. Elle affaiblira les cartels par la multiplication des contrats de gré à gré basés sur les prix en temps réel : l’Organisation des pays exportateurs de pétrole prospère et table sur l’épuisement prochain des gaz de schiste américains (1). Cette sainte concurrence brisera enfin la « rente » des opérateurs publics  : Électricité de France (EDF) fut obligé de vendre à perte du courant à ses concurrents privés, lesquels empochèrent les bénéfices avant, pour certains, de se déclarer en faillite. Simultanément, TotalEnergies annonçait des profits records payés par le consommateur et subventionnés par le « bouclier énergétique », c’est-à-dire par le contribuable. Fruits d’un hasard malheureux Au sein de l’Union européenne, la Commission a organisé l’irrationalité énergétique au nom de la raison libérale (lire « Prix de l’énergie, une folie organisée »). Le résultat confine au génie  : les prix de gros de l’électricité française d’origine nucléaire dépendent du coût de mise en service de la dernière centrale à charbon allemande requise pour éviter la surcharge du réseau.  Soumettre à la mécanique erratique et myope des marchés un secteur aussi souverain que l’énergie a entraîné une conséquence cruciale  : l’impossibilité de planifier rationnellement la transition vers les énergies renouvelables sans que les intérêts des industriels n’interfèrent avec l’objectif climatique. Après la délocalisation de la production et donc de la pollution vers l’Asie, un nouveau dogme prévaut à Washington comme à Bruxelles : faire ruisseler l’argent public sur les groupes privés afin de les encourager à se verdir, plutôt que de financer un secteur public de l’énergie verte. Mais du vert, les industriels ne retiennent que la couleur du dollar, comme l’indique ce titre du quotidien d’affaires britannique Financial Times (10 mars 2023)  : « Les géants du pétrole s’efforcent d’obtenir des milliards de subventions vertes alloués par la loi américaine sur le climat ». Pendant ce temps, la Chine, moins soumise au marché, a planifié l’édification de filières solaires, éoliennes, hydroélectriques, au point que la part des renouvelables dans sa consommation énergétique totale en 2021 dépasse déjà celle des États-Unis. Et elle s’installe au premier rang mondial des constructeurs de véhicules électriques (lire « Voiture électrique, une aubaine pour la Chine »)...."


      La dérégulation du marché de l'électricitévoulue par la Commission européenne se traduit par un envol des factures pour les consommateurs. Si M. Emmanuel Macron promet que l’État français va « reprendre le contrôle » des prix dans le cadre de son projet de planification écologique, Bruxelles entend poursuivre une politique qui fait des particuliers les dindons de la libéralisation du secteur. . Depuis l’envol des prix de l’énergie au cours de l’année 2021, la presse rapporte des histoires de ce genre : « Sa facture d’électricité va augmenter de 400 %, elle doit fermer son restaurant le midi », lit-on dans Ouest-France (27 décembre 2022) à propos de la gérante d’un hôtel-restaurant en Lozère. Le Télégramme dépeint des communes finistériennes confrontées à des « hausses vertigineuses de plus de 200 % » (1er octobre 2022). Plus récemment, plusieurs médias relaient le désespoir de clients de fournisseurs privés : « J’ai 2 700 euros de régularisation de facture d’électricité à payer et pourtant ma consommation a diminué » (LaMontagne.fr, 31 août 2023).                                                                                                                L’explication avancée s’éloigne peu de celle donnée par les gouvernements et l’Union européenne : la guerre russe en Ukraine et, dans une moindre mesure, la sécheresse, les problèmes de corrosion touchant les centrales nucléaires françaises. Mais quelles sont les causes structurelles de cette augmentation ? Et comment se fixent concrètement les prix ? Depuis la libéralisation de la production et de la fourniture opérée par Bruxelles à partir de la fin des années 1980, les tarifs nationaux basés sur les coûts moyens de production ont laissé place à la « loi » de l’offre et de la demande.                                  L’Union rêve d’un marché unique de l’électricité où tous les électrons, qu’ils proviennent du nucléaire français, du gaz italien ou d’éoliennes danoises, d’opérateurs publics ou privés, se négocieraient au même prix sur une même Bourse. Mais le réseau électrique impose une contrainte technique : il faut en permanence équilibrer la production et la consommation, laquelle varie tout au long de l’année et de la journée. Il incombe non plus à l’État mais au marché de donner le bon « signal prix » pour réaliser cet équilibre. Or, contrairement à un monopole public, qui ajuste l’offre sur la demande quel que soit le coût de production à l’instant t, un producteur privé ne démarrera sa centrale que si le marché lui garantit un prix suffisant pour couvrir (...)           L’Union rêve d’un marché unique de l’électricité où tous les électrons, qu’ils proviennent du nucléaire français, du gaz italien ou d’éoliennes danoises, d’opérateurs publics ou privés, se négocieraient au même prix sur une même Bourse. Mais le réseau électrique impose une contrainte technique : il faut en permanence équilibrer la production et la consommation, laquelle varie tout au long de l’année et de la journée. Il incombe non plus à l’État mais au marché de donner le bon « signal prix » pour réaliser cet équilibre. Or, contrairement à un monopole public, qui ajuste l’offre sur la demande quel que soit le coût de production à l’instant t, un producteur privé ne démarrera sa centrale que si le marché lui garantit un prix suffisant pour couvrir ses coûts.  Si le marché unique de l’électricité reste inachevé faute d’interconnexions suffisantes aux frontières, les Bourses européennes fonctionnent d’ores et déjà dans cette perspective. Sur les marchés au comptant (dits spot), des enchères sont organisées pour chaque zone tarifaire (en attendant l’unification ultime, on compte le plus souvent une zone par État membre) et chaque créneau horaire du jour suivant. Les producteurs proposent des mégawattheures à un certain prix de vente, les acheteurs demandent des volumes et offrent des prix d’achat. Puis un logiciel classe les propositions d’achat et de vente : il établit un « programme d’appel » qui sollicite en priorité les centrales de production au fonctionnement le moins coûteux.   L’algorithme détermine ensuite le prix de marché. Pour s’assurer que la dernière centrale nécessaire à l’équilibre du réseau sera bien démarrée par son propriétaire, le prix du courant correspondra au coût le plus élevé parmi toutes les centrales utilisées : c’est le principe de la tarification dite « au coût marginal ». Pour la France, en période de faible consommation, l’éolien, le solaire, l’hydraulique et le nucléaire peuvent couvrir les besoins. Mais, en période de pointe, il faut démarrer des centrales au gaz, au fioul ou au charbon peu performantes et coûteuses, ou bien importer des pays voisins.                           Dès lors se déroule la logique aberrante du marché : une filière de production (nucléaire, gaz…) déterminera le prix du courant non pas en proportion de sa part dans le mix électrique, mais en fonction du nombre d’heures durant lesquelles elle assure l’équilibre du réseau. Il en va de même pour les importations. En tenant compte de ces dernières, ce sont les centrales à charbon, à gaz ou au fioul qui, le plus souvent, apportent les mégawattheures qui éviteront l’effondrement du réseau. Résultat : en France, où près des trois quarts du courant proviennent de l’atome et de l’hydraulique, les prix dépendent davantage de ceux des énergies fossiles que des coûts réels de production. Ainsi, lorsque les tarifs du gaz s’envolent, comme en 2021, ceux de l’électricité explosent sur le marché spot, lequel sert de référence aux autres transactions (2). Mieux : ces prix fluctuent chaque heure, en fonction de la filière qui s’impose en Bourse. Par exemple, le prix de gros de l’électricité française peut passer entre 13 heures et 19 heures de 160 euros à plus de 600 euros par mégawattheure, comme ce fut le cas le mardi 4 octobre 2022.                                       Malgré sa violence, la crise des prix de l’énergie n’a pas dissuadé l’Union européenne de poursuivre la dérégulation. Le plan REPowerEU (3) communiqué par Bruxelles au Parlement et au Conseil le 18 mai 2022 adapte la stratégie énergétique des Vingt-Sept à la nouvelle situation internationale créée par la guerre russo-ukrainienne. Pour tenter de limiter leur exposition à la hausse des prix, le document incite les entreprises, les États, les collectivités locales et les ménages à réduire leurs consommations. Le geste ne manque pas d’ironie : vouant un culte à la croissance, la Commission et les gouvernements nationaux méprisent d’ordinaire les politiques de sobriété et célèbrent les technologies « vertes » comme le véhicule électrique, les sources de courant renouvelables privées ou, plus récemment, l’hydrogène. Dans ces conditions, les rares leviers disponibles pour agir à court terme sur la demande consistent à baisser la température de chauffage des bâtiments ou à réduire l’activité économique. Par chance, l’hiver 2022-2023 fut clément. Mais les prochains ?                                  Sans surprise, la Commission refuse de modifier la tarification au coût marginal, indispensable à la réalisation du marché unique. Mais elle tend également l’oreille aux grands industriels qui, échaudés, réclament davantage de stabilité des prix. Pour les satisfaire, Bruxelles compte sur deux dispositifs : les « accords d’achat d’énergie » (power purchase agreements ou PPA) et les « contrats pour différence » (contracts for difference, CFD). Grâce aux premiers, un propriétaire de centrale électrique et un consommateur s’engagent directement sur une longue période — généralement dix à vingt ans : les conditions de fourniture et la formule de calcul des prix offrent une certaine prévisibilité. Les CFD visent le même objectif, mais ils font intervenir les pouvoirs publics pour amortir les embardées du marché : le producteur vend son électricité en Bourse, mais l’État fixe un prix de référence qui agit à la fois comme plancher et comme plafond. Si le cours de Bourse est inférieur au prix de référence, l’État verse la différence au producteur ; si le prix de marché est supérieur, le producteur reverse le surplus aux pouvoirs publics. En stabilisant ainsi le prix de gros, la Commission espère lisser les prix de détail payés par le consommateur final.   Apparus dans les années 2010 pour sécuriser les grands projets d’énergies renouvelables, ces mécanismes complexes, avant tout destinés aux gros producteurs et consommateurs aux garanties financières importantes, vont s’étendre à davantage d’activités et de productions « bas carbone ». La France réclame qu’ils s’appliquent au nucléaire existant, ce que refuse l’Allemagne. Quelle que soit l’issue des négociations, ces contrats ne remplaceront pas la Bourse de l’électricité mais coexisteront avec elle. Se profile un marché à deux vitesses : un périmètre relativement sécurisé pour les grandes entreprises ; un marché dérégulé et très volatil pour tous les autres consommateurs.                                                                             Ces derniers seront d’autant plus exposés aux fluctuations du marché que la Commission européenne souhaite aligner les prix de détail sur les prix de gros. En application de ce principe censé inciter aux économies d’énergie, la directive 2019/944 impose aux principaux fournisseurs de proposer au moins une offre en « tarification dynamique » : l’abonné paie, heure par heure, le courant qu’il consomme au prix du marché spot. Début 2021, les premiers abonnements de ce type apparaissent en France, mais aucun n’a résisté à la flambée des prix des mois suivants. Pionnière en la matière, l’entreprise finlandaise Barry a vite déguerpi du marché français. E.Leclerc énergies, qui s’apprêtait à commercialiser une offre en tarification dynamique, a également suspendu son activité. Cette déroute peu évoquée par les pouvoirs publics et les médias sanctionne non pas un fiasco commercial mais la débâcle d’un système d’approvisionnement et de tarification fondé sur la concurrence et la prétendue « loi » de l’offre et de la demande : il ne fonctionne pas, les consommateurs le rejettent, mais Bruxelles l’impose par sectarisme libéral.        La convergence des prix de gros et de détail s’opère également par d’autres moyens. En 2014, le gouvernement espagnol mettait en place une offre régulée baptisée « prix volontaire pour le petit consommateur ». L’abonné voit les tarifs du kilowattheure recalculés tous les jours, avec trois types de plage horaire, correspondant à trois montants différents : périodes creuses, intermédiaires et de pointe. Chaque jour de la semaine, le prix de l’électricité change six fois ! De leur côté, les fournisseurs privés développent des offres révisables en les proposant souvent moins cher que les contrats à prix fixes. En Belgique, depuis la crise de 2021, la formule à prix fixe a tout bonnement disparu. Lorsqu’il signe son contrat, le consommateur ne connaît que le prix du mois suivant. En France, les tarifs régulés de vente (TRV) proposés par Électricité de France (EDF) n’évoluent que deux fois par an, en février et en août. Pour les concurrencer, les fournisseurs privés ont dû conserver des offres aux caractéristiques similaires. Mais cela devrait changer : le 13 juillet 2022, le journal économique La Tribune révélait que la ministre de la transition énergétique, Mme Agnès Pannier-Runacher, exigeait des fournisseurs une révision de leurs propositions tarifaires. Objectif : facturer plus cher en période de pointe (4).               On comprend mieux la frénésie de Bruxelles et des pouvoirs publics nationaux à remplacer les anciens compteurs mécaniques par des appareils numériques qualifiés de « communicants » ou d’« intelligents ». L’« intelligence » permet en effet de basculer plusieurs fois par jour d’un créneau de pointe à une période d’heures creuses ou intermédiaires, ou encore d’appliquer en temps réel les cours de Bourse aux consommations du client. De plus, les fournisseurs entendent limiter leurs impayés grâce à une fonctionnalité peu médiatisée de ces nouveaux compteurs électriques : ils permettent de couper l’alimentation à distance. Cette option facilite la mise en place du prépaiement. Plutôt que de régler l’énergie déjà consommée, l’utilisateur paie d’avance ; si son compte n’est plus crédité, l’alimentation cesse.                    En Wallonie, la loi oblige à installer un compteur numérique à prépaiement appelé « compteur à budget » dès lors qu’un ménage se trouve en défaut de paiement pour une dette d’au moins 100 euros. Au Royaume-Uni, environ quatre millions de foyers doivent payer l’électricité à l’avance. Depuis le début de la crise, des fournisseurs ont automatiquement basculé des centaines de milliers de consommateurs en mode prépaiement : leurs compteurs « intelligents » se convertissent à distance… En France, le cahier des charges du compteur Linky n’intègre pas directement l’option de prépaiement, mais une procédure permet la coupure à distance par le gestionnaire de réseau sur demande du fournisseur. Lequel pourrait imposer à ses abonnés de payer à l’avance et réclamer la coupure si le compte client n’est plus approvisionné pour instaurer, de fait, un système de prépaiement. Au moment précis où l’électrification générale s’impose face au réchauffement climatique, les opérateurs privés et leur tuteur bruxellois auront réalisé un tour de force : dégrader le service, augmenter les prix, reporter l’essentiel du risque sur les plus fragiles — tout en récoltant de plantureux bénéfices. [Merci à Aurélien Bernier - souligné par moi_] _________