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mardi 11 août 2026

Nouveau paradigme mondial?

     Horizons, projections et hypothèses                                                                                                                                             Choix énergétiques  en question

                      " Deux puissantes révolutions technologiques sont en cours. La première concerne l’intelligence artificielle et fait l’objet d’une attention particulièrement soutenue de la part de la presse. Elle est présentée par certains comme le signe avant-coureur de changements massifs, voire du remplacement des êtres humains par une « super-intelligence ». En 2018, Sundar Pichai, le directeur général de Google ne déclarait-il pas : « L’IA est plus profonde que le feu ou l’électricité » ?        _____La seconde, en revanche, suscite un intérêt bien moindre : il s’agit d’un ensemble interconnecté de technologies, comprenant l’énergie solaire, les batteries et les véhicules électriques. Nous appellerons cet ensemble la « triade des technologies propres » ou TTP. Sa diffusion et son adoption permettent aujourd’hui de remplacer les combustibles fossiles. C’est elle aussi qui deviendra le fondement énergétique de l’économie politique et qui aura l’impact le plus grand sur la vie des populations à l’échelle mondiale. En effet, la TTP répond directement à un grand nombre de défis. Elle est déjà une réalité et son adoption est motivée par des intérêts économiques de plus en plus évidents. À l’inverse, l’ampleur et l’impact de l’IA sont encore incertains.                                                      Les révolutions technologiques les plus cruciales pour la société sous-tendent ce que Carlota Perez appelle un nouveau paradigme techno-économique (PTE). Un PTE repose sur un facteur de production clef, dont la technologie doit réunir plusieurs propriétés : être bon marché et voir son prix baisser continûment ; elle doit être inépuisable dans un avenir prévisible ; elle doit avoir des applications variées ; enfin, elle doit augmenter la productivité tout en réduisant le coût du capital et de la main-d’œuvre .    À ces quatre critères, il faut en ajouter deux autres : elle doit répondre à des besoins fondamentaux existants ou en créer de nouveaux (par exemple, le téléphone mobile est désormais un besoin qu’on peut qualifier de « fondamental » dans la majeure partie du monde) et permettre à de nouvelles entreprises de se développer et de devenir incontournables.                                                                                  Les nouveaux paradigmes techno-économiques devraient avoir un impact sur tous les aspects de notre vie socio-économique. Les trois derniers PTE que nous avons connus sont : l’ère de l’acier et de l’électricité, l’ère du pétrole et des moteurs à combustion interne ; et, plus récemment, l’ère des technologies de l’information et de la communication (TIC). Dans ce dernier cas, c’est le semi-conducteur qui en a été le « moteur » principal, indispensable au bon fonctionnement des ordinateurs et des logiciels qui les rendent utiles.                                    Les États-Unis ont dominé ces trois périodes. Si des entreprises européennes et japonaises occupaient également des positions de premier plan lors des deux premiers, dans le domaine des TIC, les États-Unis ont néanmoins imposé leur hégémonie. En 2026, ils tentent toujours de préserver cette domination mondiale dans les deux premiers paradigmes en contrôlant l’énergie issue des combustibles fossiles et en repoussant la menace qui pèse désormais sur leur domination dans le troisième paradigme, en empêchant la Chine de se procurer des semi-conducteurs, des équipements de pointe et les logiciels nécessaires à leur production. L’objectif est de freiner son essor dans le domaine de l’informatique, et plus précisément de l’intelligence artificielle. La supériorité américaine dans l’économie pétrolière et dans les PTE liés aux semi-conducteurs est en effet remise en cause par la Chine : dans le premier cas, via la triade des technologies propres ; dans le second, via la mise en place d’une pile (stack) informatique parallèle.                                                                                                                     La technologie sous-jacente au prochain PTE pourrait ne pas être l’IA, mais la TTP, qui répond directement à certains des « grands défis » actuels : le changement climatique et la pollution liées aux transports et au chauffage, causées en grande partie par l’utilisation de combustibles fossiles ; l’accès à une énergie moins coûteuse et plus durable, afin de répondre à des besoins fondamentaux tels que l’accès à l’eau potable, la production alimentaire, les communications et les transports.                                                                                                    Face à cet engouement mondial et, apparemment, inépuisable, suscité par l’IA et ses grands modèles de langage, il est crucial de déterminer si elle est seulement un outil ou si elle représente quelque chose de plus puissant encore. Si elle est largement adoptée, l’IA pourrait-elle transformer l’économie politique mondiale et faire advenir un nouveau PTE ? Pour répondre à cette question, examinons la stratégie des États-Unis, pour l’heure dominante, puis celle de la Chine, dont les modes de développement de l’IA sont très différents...                                                                                                                                  Le premier critère d’un nouveau PTE est que la technologie qui le sous-tend doit devenir de moins en moins coûteuse au fil du temps. Le coût réel de l’IA reste opaque : les entreprises américaines ont d’abord commercialisé des services informatiques basés sur l’IA à des prix bien inférieurs à leur coût de production et n’ont augmenté le prix d’utilisation que récemment, afin de récupérer au moins une partie des sommes investies. La stratégie américaine en matière d’IA repose sur des investissements massifs dans des centres de données, qui nécessitent des quantités colossales d’électricité et, par conséquent, de nouvelles capacités de production, que les consommateurs actuels devraient subventionner...                                                                                              La rapidité, l’ampleur et la concentration des investissements dans l’IA sont sans doute sans précédent dans l’histoire mondiale et pourraient même dépasser celles observées lors de la bulle Internet de la fin des années 1990. Toutes les entreprises les plus valorisées au monde, à l’exception de Saudi Aramco, investissent actuellement dans l’IA. À titre d’exemple, au premier trimestre 2026, Google, Amazon, Microsoft et Meta ont déclaré avoir investi plus de 130 milliards de dollars dans la construction de centres de données 5 D’autres estimations prévoient que les entreprises américaines, notamment les géants de la technologie et d’autres acteurs, investiront environ 1 000 milliards de dollars en 2027 dans des installations et des équipements liés à l’IA 6. Toutes ces infrastructures nécessiteront une capacité massive de production d’électricité. Les géants américains de la technologie sont ainsi, de fait, en train de passer du statut d’entreprises de logiciels à faible intensité d’actifs à celui de propriétaires de centres de données à forte intensité d’actifs. Leur pari repose sur l’espoir d’une IA qui sera d’une productivité telle que tous ces investissements en capital dans les logiciels et les centres de données – des actifs dont l’obsolescence est pourtant rapide – généreront des rendements exceptionnels.                                                                                                                                                    Le phénomène est si important qu’il contribue de manière tangible à la croissance du produit intérieur brut américain. Par exemple, les économistes de la Banque fédérale de réserve de Saint-Louis ont calculé que les investissements dans l’IA avaient contribué à hauteur de 1,3 point de pourcentage à la croissance du PIB réel au premier trimestre 2025 et de 1,16 point de pourcentage au deuxième trimestre, avant de se stabiliser à 0,48 point de pourcentage au troisième trime8. Selon la Banque : « Cette contribution a permis d’éviter une contraction plus marquée au premier trimestre et a représenté 30 % de la croissance du PIB au deuxième trimestre et 11 % de celle du troisième trimestre. » 9 À l’heure où nous écrivons ces lignes, il semble que l’ampleur de cet investissement se soit maintenue en 2026. Ces chiffres sont clairs : l’avenir de l’économie américaine repose sur le succès de l’IA. Si l’on considère les dépenses d’investissement en pourcentage du PIB, il s’agit du plus grand boom d’investissement de l’histoire des États-Unis.                         Aucun autre pays, pas même la Chine, son principal concurrent dans le domaine de l’IA, n’investit à une telle échelle ni avec une telle intensité, concentrée sur un si petit nombre d’entreprises.     L’ampleur des montants n’est pas le seul élément stupéfiant : les pertes qui en découlent le sont tout autant. Par exemple, OpenAI affirme avoir réalisé un chiffre d’affaires de 13 milliards de dollars en 2025, mais avoir enregistré une perte de 8 milliards. Cette tendance n’est pas près de prendre fin, car l’entreprise continue de subventionner l’utilisation de l’IA tout en prévoyant de consacrer autour de 600 milliards de dollars aux infrastructures d’ici 2030 10. En mai 2026, Anthropic a déclaré que son chiffre d’affaires annualisé avait dépassé les 47 milliards de dollars . Cependant, à l’instar d’OpenAI, l’entreprise perd des milliards de dollars chaque année .                Bien que le coût unitaire d’utilisation de l’IA (par « token », c’est-à-dire l’incrément de puissance de calcul consommé) ait connu une baisse, la dynamique semble s’inverser en 2026 et son coût s’apprête à augmenter. Cela s’explique en partie par une nouvelle tendance : les fournisseurs d’IA modifient leur mode de facturation. Ils ont commencé à facturer un montant par « token », au lieu du forfait d’abonnement très bas, utilisé initialement comme produit d’appel. En réaction, bon nombre des plus importants utilisateurs ont réduit leur consommation. En juin 2026, Uber a ainsi annoncé limiter l’utilisation des outils d’IA par ses employés, alors même qu’il les avait auparavant encouragés à y recourir autant que possible 13.                                                                                           La vision actuellement défendue par la Silicon Valley est celle du remplacement prochain de tous les travailleurs par des IA. Si elle se concrétisait, le capital remplacerait les travailleurs. La promesse de l’IA est qu’elle rendra les travailleurs restants plus productifs. En ce qui concerne le capital, si les entreprises ne parviennent pas à fixer le prix de leurs offres à un niveau suffisamment élevé pour récupérer leurs coûts, les investissements massifs dans les centres de données pourraient ne pas rendre le capital plus productif. Ce problème est grave, car, contrairement à la bande passante et aux chemins de fer, les semi-conducteurs se déprécient rapidement en raison du rythme des améliorations technologiques. Enfin, en raison de la construction massive de centres de données, qui devrait se poursuivre dans les prochaines années, la demande en électricité devrait augmenter rapidement, ce qui nécessitera des investissements considérables.               Pour qu’une technologie puisse servir de base à un PTE, elle doit non seulement continuer à s’améliorer en termes de fonctionnalités, mais aussi en termes de coût. En 2026, on ignore si l’application de l’IA à une même tâche, comme le codage, permettra d’améliorer en continu la qualité du code, tout en réduisant les coûts. Permettra-t-elle d’améliorer la qualité de la production ou de réduire les coûts de manière économiquement significative ? En d’autres termes, les rendements ne devraient pas diminuer.                      Comme tout logiciel, l’IA n’est pas directement consommable. Son utilisation vise à créer de la valeur ajoutée ou à réduire des coûts en proposant de nombreux services qui n’étaient pas disponibles auparavant. À ce jour, l’IA ne semble pas répondre directement à des besoins fondamentaux identifiés. Cependant, l’application de l’IA à l’ingénierie, à la culture des plantes, à la médecine et à d’autres domaines pourrait apporter de nouvelles perspectives susceptibles de déboucher sur de nouveaux produits. À l’avenir, l’IA pourrait également répondre à des besoins fondamentaux, comme le désir d’avoir des « amis » ou des « partenaires », même s’ils sont numériques, grâce à des chatbots.                                                                      Dans le secteur émergent de l’IA, OpenAI et Anthropic font figure d’entreprises emblématiques. Cependant, contrairement aux entreprises phares des PTE précédents, ces deux sociétés sont totalement imbriquées aux géants des logiciels, des semi-conducteurs et désormais de l’IA — Amazon, Google, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla/SpaceX (xAI) — et en dépendent entièrement. Comme évoqué précédemment, ces deux entreprises sont dans une situation financière précaire, l’action SpaceX affichant des résultats décevants en juillet 2026, après son introduction en bourse le mois précédent.        Par conséquent, la croissance d’OpenAI et d’Anthropic semble bien accréditer la thèse d’une technologie capable de favoriser la montée en puissance de nouvelles entreprises, mais sans qu’elles soient à ce jour rentables. Il est par ailleurs possible que les géants technologiques existants finissent par absorber cette technologie. Cette éventualité montre que l’IA n’est peut-être pas suffisamment transformatrice pour constituer le fondement d’un nouveau PTE.                                                                         Ces éléments ne permettent pas de tirer de conclusions, mais ils suggèrent néanmoins qu’en 2026, l’IA pourrait continuer à avoir un coût relativement bas pour certains usages grâce aux subventions, et que les consommateurs commencent à réduire leur utilisation des modèles plus avancés et plus chers. La trajectoire reste ouverte...                                                                                                                La stratégie chinoise, très différente de celle des États-Unis 16, serait-elle plus à même de faire de l’IA le fondement d’un nouveau PTE ?  Le développement de l’IA en Chine a connu une accélération inattendue, propulsant ses modèles au niveau des innovations de pointe américaines 17. La Chine ne se contente toutefois pas de suivre l’exemple américain : les entreprises chinoises ont en effet adopté une stratégie open source qui consiste à mettre leurs modèles d’IA à la disposition de tous les utilisateurs. Ces derniers peuvent les télécharger, les modifier et les exécuter librement. En 2026, ces modèles se sont déployés à l’échelle mondiale en raison de leur faible coût, y compris dans des entreprises américaines, qui cherchent à réduire leurs dépenses, et qui se détournent des modèles propriétaires américains, très onéreux. Ce succès se généralise, alors même que l’administration américaine cherche à le freiner, voire à y mettre un terme, non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier                                                                                                     . Selon les analystes de Goldman Sachs, les développeurs chinois sont parvenus, en 2026, à créer des modèles de classe mondiale, tout en investissant bien moins de capitaux que les entreprises américaines. C’est là que réside l’avantage concurrentiel de la Chine : elle propose des modèles de haute qualité à moindre coût, dans le but de conquérir des parts de marché et ainsi de fidéliser les utilisateurs à l’échelle mondiale....                                                                                                               Comme aux États-Unis et en Europe, les entreprises chinoises appliquent l’IA à la recherche, à la publicité en ligne ou à la production de logiciels. En revanche, ce qui distingue la Chine, c’est le concept d’IA « incarnée », c’est-à-dire le fait d’intégrer l’IA à des agents physiques, tels que les robots ou les drones 19. Pékin déclare que ces outils ne sont pas conçus pour remplacer les travailleurs, mais plutôt pour les assister.    Si l’on en revient aux conditions nécessaires à l’avènement d’un nouveau PTE, le modèle de développement chinois est en mesure de réduire le coût de l’IA, permettant ainsi sa diffusion et sa généralisation à grande échelle. Le choix de l’open source permettra à un nombre et à une diversité bien plus grands d’utilisateurs d’innover, en créant de nouvelles applications et de nouveaux usages de l’IA, tout en réduisant le coût de son adoption et de son utilisation. Toutefois, les cas d’usage véritablement transformateurs restent à identifier, en Chine comme aux États-Unis.                               Intéressons-nous plus précisément à la « triade des technologies propres » ou TTP, certes bien moins médiatisée et à première vue moins séduisante, mais qui pourrait servir de manière plus plausible de fondement à la naissance d’un nouveau PTE.    Depuis deux cents ans, les combustibles fossiles, transformés en énergie par combustion, constituent la principale source d’énergie mondiale. Ils sont présents dans la plupart des aspects de nos vies, qu’il s’agisse du transport de marchandises, de la mobilité des personnes ou du chauffage. Le remplacement d’une telle ressource entraînera des changements profonds à plusieurs niveaux : dans la vie quotidienne, dans la circulation des flux d’énergie, dans les sources de pollution, mais aussi dans la répartition du pouvoir, à la fois politique et financier à l’échelle mondiale. En 2025, les investissements pour la transition énergétique s’élevaient à 2 300 milliards de dollars, et devraient encore croître compte tenu du climat géopolitique actuel et à mesure que la demande en véhicules électriques, en batteries et en installations solaires augmente   20.   Les promesses de cette énergie propre avaient d’abord suscité l’intérêt dans l’espoir de trouver une réponse à la pollution et au changement climatique, causés en partie par l’utilisation de véhicules thermiques. Jusqu’à très récemment, elle était toutefois coûteuse et peu efficace, en particulier dans le domaine des transports. Elle n’était économiquement viable que sur des marchés de niche ou grâce à d’importantes subventions. Cependant, les progrès réalisés au cours de la dernière décennie, tant sur le plan technologique que dans la production, ont non seulement permis une amélioration rapide des performances, mais aussi une baisse des prix. Une meilleure mise au point des batteries est le facteur clef qui explique le succès croissant des énergies propres et des véhicules électriques.  Le premier véritable progrès dans l’utilisation des batteries a été l’arrivée sur le marché au Japon, en 1997, de la Prius, un véhicule hybride de Toyota, resté pendant deux décennies la vitrine de l’électrification automobile. Cette innovation a considérablement stimulé la demande de batteries plus performantes, car la Prius dépendait encore des combustibles fossiles. La deuxième étape de cet essor a été l’utilisation de batteries au lithium, initialement employées dans l’électronique grand public, qui ont connu des progrès technologiques rapides et une baisse significative de leurs coûts.   Les progrès considérables réalisés dans ce domaine ont permis de remplacer les combustibles fossiles dans un nombre croissant d’applications. Les batteries présentent deux caractéristiques qui facilitent cette transition. Tout d’abord, elles rendent économiquement viable l’intervalle de temps entre la production et la consommation d’énergie électrique. C’était un point capital pour que l’énergie renouvelable puisse être exploitée, alors que les combustibles fossiles peuvent naturellement stocker de l’énergie. Deuxièmement, cette capacité à conserver suffisamment d’électricité sans perte économique permet d’exploiter l’énergie qu’elles contiennent sans se connecter à un réseau. Les batteries peuvent donc désormais servir à stocker de l’énergie et à la rendre disponible partout. C’est ce qui permet aujourd’hui aux véhicules électriques de s’imposer comme une alternative viable aux véhicules thermiques.                                                                               En 2026, l’électricité photovoltaïque associée à un stockage par batterie est la forme la moins coûteuse de production et d’approvisionnement en énergie dans la plupart des régions du monde. Les avantages de cette technologie ne cessent par ailleurs d’être mis en lumière, grâce aux progrès constants réalisés tant au niveau de la production photovoltaïque que de la rentabilité des batteries et des moteurs électriques. Ces avancées sont en passe de faire de la TTP la source d’énergie dominante, en remplacement des combustibles fossiles.                          L’électricité peut désormais remplacer l’essence et le diesel dans les transports, et le gaz naturel dans la cuisine et le chauffage, à des conditions économiques favorables. Cela est rendu possible par l’amélioration constante des batteries en termes de densité énergétique, de temps de charge et de sécurité, tandis que leur coût continue de baisser. Il devient donc de plus en plus rentable de décaler la production d’électricité dans le temps, ce qui permet de lisser la production intermittente, caractéristique des sources d’énergie renouvelables dépendantes des conditions météorologiques. Des batteries suffisamment légères et à haute densité énergétique permettent d’accéder à l’énergie sans connexion physique à une source. La capacité à produire de l’électricité partout, tant qu’il y a du soleil ou du vent, puis à la stocker pour une utilisation ultérieure, a des implications profondes : ces caractéristiques remettent en cause les fondements mêmes de l’économie du XXe siècle, centrée sur les combustibles fossiles.    En 2025, le cabinet de conseil en recherche énergétique Ember, spécialisé dans les TTP, observait que les énergies renouvelables étaient de plus en plus souvent privilégiées pour les nouveaux projets énergétiques . Ce sont leurs avantages en termes de coûts qui ont motivé ce choix. Par exemple, le coût de l’énergie pour un projet hybride solaire-batterie s’élève à 59 dollars par mégawattheure, contre 102 dollars par mégawattheure pour un projet combinant une turbine à gaz naturel. Même en prenant en compte le stockage, les énergies renouvelables constituent désormais l’option la moins coûteuse, et les prix continuent de baisser rapidement...... " (Merci à Le grand Continent -souligné par mes soins-)

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vendredi 30 janvier 2026

Un risque majeur?

Où l'on reparle de l'A et de son développement   (Perspectives et hypothèses)                                                                                                                                                          Une avancée fulgurante dans le domaine industriel er de services.  Une course en avant qui donne le tournis, tant les enjeux sont énormes, aussi bien en interne qu'au niveau international. La concurrence est et sera féroce entre les grandes puissances. Chine en tête, qui ne lésine pas sur les moyens et les investissements.  Là est surtout le risque, signalé de plus en plus par quelques chercheurs, se voulant lanceurs d'alerte, souvent même à l'origine de ce nouvel outil fascinant, qui n'est encore qu'au berceau, mais destiné à devenir vite une "arme de destruction massive" non maîtrisée, si rien n'est anticipé.  Certains tempèrent, en relativisant et en faisant confiance à la raison industrielle, capable de s'autoréguler, d'autres n'y croient guère et préfèrent se faire lanceurs d'alerte dès maintenant, entrevoyant des scénarios très négatifs à l'échelle de l'humanité, dans un temps qui peut être très rapproché.    Une logique de concurrence qui pourrait ne pas être maîtrisée....                                                                Comme le signale notamment Dario Amadei, qui va jusqu'à employer la notion de destruction possible par emballement incontrôlé dans un contexte de guerre économique féroce. Une analyse prédictive qui mérite d'être tempérée, mais qui ne peut être balayée d'un revers de main. Comment construire une IA responsable, digne de confiance, se demandent d'autres, voyant le danger d'emballement non maîtrisé? Nous ne sommes qu'au tout début d'un processus dont nous ne pouvons entrevoir les limites, ce qui rend impératif et urgent de se préparer, malgré les incertitudes.  Une analyse à prendre au sérieux. Le cas Geoffrey Hinton, au coeur de la recherche, mais qui ne crache cependant pas dans le soupe, devrait interpeler.  Que faire des nouveaux pouvoirs engendrés par cette technologie, impensable il y a peu encore, un outil pour le bien commun?   Le débat est serré en haut lieu... 


                                                                                       
"...   Dario Amodei, CEO d’Anthropic, montre dans son article le potentiel de l’IA. Dario a travaillé auparavant chez OpenAI et Google Brain et a apporté d’importantes contributions à la recherche sur l’IA. Bien qu’il publie rarement, il est une personnalité importante dans le monde de l’IA. Il a récemment publié ‘Machines of Loving Grace – How AI Could Transform the World for the Better’, un article à lire absolument, car il offre une évaluation précise de l’état actuel de l’IA et de son évolution possible.

Le débat sur l’intelligence artificielle (IA) tourne souvent autour des risques. Cet article met en évidence le potentiel de transformation de l’IA et montre comment un monde meilleur peut être créé. La minimisation des risques est essentielle pour exploiter pleinement le potentiel positif de l’IA.

Gérer les risques pour permettre un avenir positif

Dario explique qu’une approche responsable des opportunités et des risques est importante pour rendre l’IA positive. Mettre unilatéralement l’accent sur les avantages peut rapidement ressembler à des relations publiques et empêcher toute discussion sérieuse.

Une vision pour un monde meilleur avec l’IA

Machines of Loving Grace décrit cinq domaines dans lesquels l’IA pourrait avoir un impact positif : Santé, santé mentale, développement économique, paix et travail. Les exemples incluent la guérison des maladies, l’amélioration de la qualité de vie et la transparence des structures gouvernementales.

Trouver un équilibre : Au-delà de la science-fiction

Dario souligne l’importance d’avoir une vision pratique et réaliste de l’avenir avec l’IA, plutôt que de se fier à des fantasmes de science-fiction irréalistes. Les discussions fréquentes sur l’IA sont marquées par des idées telles que des cerveaux téléchargés, des voyages dans l’espace et d’autres scénarios utopiques, qui constituent souvent un obstacle à la prise au sérieux du potentiel réel de l’IA. Dario explique que ces visions exagérées peuvent être fascinantes, mais qu’elles peuvent aussi conduire à méconnaître les possibilités réalistes et les défis réels de l’IA.

Au lieu de cela, Dario se concentre sur les avantages concrets et réalisables de l’IA. Il parle de l’impact positif potentiel dans des domaines tels que les soins de santé, où l’IA pourrait non seulement contribuer à guérir des maladies, mais aussi rendre les soins de santé plus accessibles à tous. Il voit également un énorme potentiel dans le domaine de la santé mentale, dans la lutte contre la pauvreté grâce au développement économique et dans l’amélioration de la gouvernance en rendant l’IA plus transparente et plus efficace. Ces applications pratiques contrastent avec les attentes exagérées de la science-fiction et montrent comment l’IA peut réellement changer positivement la vie de nombreuses personnes.

Dario continue d’argumenter qu’il est important de créer une vision qui soit tangible et qui inspire les gens à voir l’IA comme un outil pour le bien commun. C’est la seule façon d’obtenir la large acceptation nécessaire pour exploiter pleinement les opportunités de la technologie tout en minimisant les risques. Tout l’art consiste à trouver un équilibre : entre la reconnaissance des risques et la mise en avant des opportunités, sans dériver vers des visions d’avenir exagérées et irréalistes.

Un appel à l’espoir et à l’action

À la fin, il est souligné qu’en plus de la peur, il faut aussi de l’espoir et une vision claire. L’IA offre la possibilité d’améliorer la vie de tous et nous devons saisir cette opportunité.

Nous recommandons vivement de lire l’article original, car nous pensons qu’il donne un très bon aperçu de la situation actuelle de l’IA et de la direction qu’elle pourrait prendre.

Vous pouvez lire l’essai en entier en cliquant sur le lien suivant :

https://darioamodei.com/machines-of-loving-grace     (traduction: clic droit ) 
  

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vendredi 15 août 2025

Réguler l'IA?

Plus que cela...

         Après l' enthousiasme naïf des débuts, voici venir le temps du recul, de la prudence, de l'interrogation. Si l'IA et toutes ses applications en cours et à venir semblent bien un formidable moteur de développement matériel et intellectuel, technologique, médical, etc..les applications de ces outils, qui n'en sont qu' à leurs premiers vagissements, semblent bien poser problème à ceux qui signalent et anticipent les limites, les risques et les dérives possibles de certains usages, dans certaines conditions. L'ambiguïté est au coeur. Surtout peut-être dans le domaine éducatif, où certains y voient le remède à tous le maux qui affectent l'école.


D'où la nécessité de réguler.  Sous peine de dénaturation de certaines tâches proprement humaines. Il y a des fonctions qui ne pourront jamais être remplacées.



Point de vue: 

                      Réguler l’IA ne suffit pas. Il faut démonter la logique qui l’introduit dans nos écoles   ______________

Les entrepreneurs du secteur de l’éducation vantent les mérites de l’intelligence artificielle comme remède à tous les maux, de l’inégalité d’accès au tutorat à l’épuisement professionnel des enseignants. Ayo Walker / Truthout.    En avril dernier, la secrétaire d’État à l’éducation, Linda McMahon, a pris la parole lors d’une importante conférence sur les technologies de l’information à San Diego et a affirmé avec une grande détermination que les élèves américains bénéficieraient bientôt d’un « enseignement A1 ». Elle l’a répété à l’envi – « A1 » au lieu de « AI ». « Le système scolaire va commencer à faire en sorte que les élèves de première année, ou même de maternelle, bénéficient chaque année d’un enseignement A1. C’est merveilleux », a-t-elle assuré à la foule.                                                              Ce moment est rapidement devenu viral. Les chroniqueurs de fin de soirée l’ont descendue en flammes. A.1. Steak Sauce a publié une fausse publicité : « Vous l’avez entendue. Chaque école devrait avoir accès à A.1. » [A.1 est le nom d’une sauce produite par la marque Kraft Heinz, NdT]               C’était drôle – mais pas longtemps. Parce que derrière cette gaffe se cache quelque chose de bien plus inquiétant : la personne qui dirige la politique fédérale en matière d’éducation souhaite remplacer le processus émotionnel et intellectuel de l’enseignement et de l’apprentissage par un processus mécanique de fourniture de contenu, d’extraction de données et de surveillance se faisant passer pour de l’éducation.               Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un programme plus vaste défendu par des milliardaires comme Bill Gates. « Les I.A. atteindront cette capacité, celle d’être un aussi bon enseignant que n’importe quel humain », a déclaré Gates lors d’une récente conférence destinée aux investisseurs dans le domaine des technologies éducatives. Comme l’a résumé un titre de presse : « Bill Gates affirme que l’IA remplacera les médecins et les enseignants d’ici 10 ans. »                                       Il ne s’agit pas seulement d’une prévision, mais d’un fantasme libidinal – un rêve capitaliste qui consiste à remplacer les relations humaines par du code et des logiciels évolutifs, tandis que les institutions publiques sont vidées de leur substance au nom de « l’innovation. »                                              Il nous faut arrêter de prétendre que les algorithmes peuvent penser – et il nous faut arrêter de croire que les logiciels sont intelligents. Même si utiliser le terme « IA » sera parfois nécessaire pour être compris, nous devrions commencer à trouver et utiliser un langage plus exact. Et non, je ne suis pas en train de dire que nous devons commencer à l’appeler « A1 » – sauf si nous parlons de la façon dont elle est étalée partout, que nous l’ayons demandée ou non. Ce que nous appelons IA serait mieux compris si nous l’appelions « mimétisme artificiel » : une reflet sans pensée, une articulation sans âme.                                                                                                                                                                        Le philosophe Raphaël Millière explique qu’en fait ce que ces systèmes font, ce n’est pas réfléchir ou comprendre, ils utilisent ce qu’il appelle le « mimétisme algorithmique » : une comparaison sophistiquée de modèles qui imite les performances humaines sans pour autant posséder la cognition humaine. Il écrit que les grands modèles pré-entraînés comme ChatGPT ou DALL-E 2 ressemblent davantage à des « caméléons aléatoires », qui ne se contentent pas de répéter des phrases mémorisées, mais se fondent dans le style, le ton et la logique d’une requête donnée avec une fluidité déconcertante. Cette capacité d’adaptation est impressionnante – et elle peut se révéler dangereuse – précisément parce que l’on peut facilement la confondre avec la compréhension.                                                   Ce que l’on appelle l’IA peut être utile dans certains contextes. Mais ce que nous appelons aujourd’hui l’IA dans les écoles ne pense pas, ne raisonne pas, ne comprend pas. Elle devine. Elle copie. Elle manipule la syntaxe et les modèles en se basant sur la probabilité et non sur le sens. Elle n’enseigne pas – elle incite. Elle ne guide pas, elle gère.   En bref, elle imite l’intelligence. Mais le mimétisme n’est pas la sagesse. Ce n’est pas de la bienveillance. Ce n’est pas de la pédagogie.                      Le véritable apprentissage, comme l’a montré le célèbre psychologue Lev Vygotsky, est un processus social. Il se fait par le dialogue, les relations et l’élaboration d’un sens commun. L’apprentissage se déroule dans ce que Vygotsky a appelé la zone de développement proximal – cet espace entre ce qu’un apprenant peut faire seul et ce qu’il peut réaliser avec les conseils d’un enseignant, d’un pair ou d’un mentor plus expérimenté – quelqu’un qui peut répondre avec bienveillance, poser la bonne question et accompagner l’étape suivante.                                                         Elle ne peut pas sentir si le silence d’un élève est synonyme de confusion ou de traumatisme. Elle ne peut pas remarquer l’étincelle dans les yeux d’un étudiant lorsqu’il relie un concept à son expérience vécue. Elle ne peut pas voir la brillance derrière une idée désordonnée, mais non encore complètement développée, ou le potentiel d’une voix non conventionnelle. Elle ne peut pas construire une communauté bienveillante.  Les entrepreneurs du secteur de l’éducation vantent les mérites de l’intelligence artificielle comme remède à tous les maux, depuis l’inégalité d’accès au soutien scolaire jusqu’au burn out des enseignants.   Elle peut produire des faits, poursuivre avec des questions, proposer des corrections, faire des résumés ou suggérer les prochaines étapes, mais elle ne peut pas reconnaître le poids émotionnel de la confusion ou la joie discrète d’une découverte intellectuelle.  Ce travail – la véritable tâche d’enseignement et d’apprentissage – ne peut être automatisé.  Les écoles ont besoin de plus d’assistants pédagogiques et de moins d’intelligence artificielle                                         Les outils d’IA tels que Magic School, Perplexity et School.ai sont pratiques : correction de la grammaire, reformulation des phrases, amélioration du ton. Mais ils poussent également les élèves vers des réponses stéréotypées qui leur permettront d’obtenir des notes élevées. L’IA incite les élèves à se conformer efficacement aux règles, et non à prendre des risques intellectuels ; ces outils enseignent le conformisme, et non l’originalité.          Récemment, mon fils a utilisé Raina, le chatbot de MagicSchool, pendant l’un de ses cours de Terminale, pour faire des recherches sur son exposé sur Porto Rico. Les avantages en étaient évidents : des réponses instantanées, pas besoin de passer au crible des textes denses ou de multiples sites web. Mais Raina n’a jamais posé les questions essentielles : pourquoi une nation qui s’autoproclame « terre de liberté » considère-t-elle toujours Porto Rico comme une colonie ? Comment les systèmes d’IA comme le sien contribuent-ils à la crise climatique qui menace l’avenir de l’île ? Raina a fourni des réponses bien policées. Mais soulever des questions plus complexes et aider les élèves à gérer le poids émotionnel des réponses est le travail d’un enseignant humain.                                                                                                                                    L’IA peut contribuer à simplifier les textes ou à faciliter l’écriture, mais elle peut aussi induire en erreur. Au fil du temps, elle entraîne les élèves à imiter ce que l’algorithme juge « efficace », plutôt qu’à développer leur propre style ou leurs propres idées. La lecture devient alors une simple extraction et non plus une mise en relation. L’âme de la littérature se perd lorsque la lecture devient une tâche mécanique et non un échange d’idées et d’émotions entre êtres humains.   De nombreux enseignants, sous-payés et débordés, se tournent vers l’IA par nécessité.                __ Cependant nous devons nous demander : pourquoi, dans le pays le plus riche de l’histoire du monde, les classes sont-elles si chargées – et les ressources si rares – que les enseignants sont obligés de faire appel à l’IA plutôt qu’à des assistants pédagogiques ? Pourquoi n’embauchons-nous pas davantage de documentalistes pour sélectionner des textes adaptés au niveau des élèves ou ne réduisons-nous pas la taille des classes afin que les enseignants puissent adapter eux-mêmes l’enseignement ?                                                               L’IA ne se contente pas d’uniformiser l’apprentissage : elle peut désormais surveiller le comportement numérique des élèves de manière particulièrement invasive. Présentés comme des outils de sécurité, ces systèmes traquent ce que les élèves écrivent, recherchent ou publient, même lorsque les appareils sont fournis par l’école et emportés à la maison, étendant ainsi la surveillance à la vie privée des élèves. Au lieu de budgéter des conseillers, les écoles dépensent des milliers de dollars (comme les 58 000 dollars d’un district du New Jersey) pour des logiciels de surveillance. À Vancouver, dans l’État de Washington, une faille dans la sécurité des données a révélé l’ampleur des informations personnelles, notamment sur la santé mentale et l’identité LGBTQ+, qui étaient discrètement collectées. Une étude a révélé que près de 60 % des étudiants américains s’autocensurent lorsqu’ils sont sous contrôle. Comme l’expliquent Shreya Sampath et Marisa Syed, responsables d’Encode Justice, les élèves craignent que leurs « données soient collectées et commercialisées » et que leurs camarades « s’autocensurent dans des environnements d’apprentissage censés encourager l’exploration. »   Ursula Wolfe-Rocca, enseignante dans une école défavorisée de Portland, dans l’Oregon, a décrit l’utilisation actuelle de l’IA comme étant « ad hoc », certains enseignants de son école l’expérimentant et d’autres ne l’utilisant pas du tout. Alors que son école est encore en train d’élaborer une politique officielle, elle s’inquiète de l’enthousiasme de certains membres du personnel et de l’administration pour l’IA, motivé par « un battage médiatique non fondé sur la façon dont l’IA peut aider à combler le fossé en matière d’équité. »                                                                                            La description de Wolfe-Rocca est à l’image d’une tendance nationale : L’utilisation de l’IA dans les écoles est inégale et très peu règlementée, et pourtant les districts encouragent de plus en plus son adoption. Même en l’absence d’un cadre réglementaire clair, le message que reçoivent de nombreux éducateurs est que l’IA arrive et qu’on attend d’eux qu’ils l’adoptent. Pourtant, cette pression s’accompagne souvent d’une absence de discussion sérieuse sur la pédagogie, l’éthique ou les inégalités structurelles que l’IA pourrait en fait aggraver, en particulier dans les écoles défavorisées comme la sienne.               ____________  Dans cette ruée vers l’or qu’est l’IA aujourd’hui, les entrepreneurs du secteur de l’éducation troquent les vieux scénarios de normalisation contre de belles promesses de personnalisation, vantant les mérites de l’intelligence artificielle comme remède à tous les maux, depuis l’inégalité d’accès au soutien scolaire jusqu’au burnout professionnel des enseignants. Prenons l’exemple de Salman Khan, fondateur de la Khan Academy, qui parle en termes élogieux du potentiel de l’IA. Khan a récemment créé Khanmigo un chatbot destiné à l’enseignement et l’a décrit comme un moyen de « démocratiser l’accès des étudiants au soutien individualisé », affirmant que celui-ci pourrait éventuellement offrir à « chaque étudiant aux États-Unis, et à terme dans le monde entier, un professeur particulier de classe mondiale ». Le nouveau livre de Khan, Brave New Words, se lit comme une lettre énamourée à l’IA – une machine dénuée de toute émotion qui, comme il se doit, ne l’aimera jamais en retour.Il est difficile d’ignorer l’ironie du titre choisi par Khan pour son livre, Brave New Words (Le meilleur des mots), qui fait écho au roman dystopique de Huxley, Brave New World (Le meilleur des mondes), où la personnalité individuelle est effacée, l’éducation est mécanisée et la conformité est imposée par la facilité technologique. Mais plutôt que de considérer la vision de Huxley comme un avertissement, Khan semble la prendre comme un modèle, et son livre se lit comme une étude de cas sur la façon de passer à côté de l’essentiel.  les vérités difficiles à accepter sont introuvables. Khanmigo, par exemple, n’incite pas les élèves à s’interroger sur le fait qu’Hitler a ouvertement fait l’éloge des États-Unis pour les lois de ségrégation Jim Crow, les programmes eugéniques et le génocide contre les Amérindiens.

Comme tant d’autres solutions miracles pour l’éducation avant lui, Khan arrive devant la porte de l’école avec un chariot rempli d’élixirs numériques. C’est le charlatanisme classique du domaine des technologies : un discours tape-à-l’œil, des promesses grandiloquentes de révolutionner l’éducation et des concepts comportementalistes éculés présentés comme des innovations. Le béhaviorisme, une théorie qui réduit l’apprentissage à des changements de comportement observables en réponse à des stimuli externes, traite les élèves moins comme des penseurs que comme des répondeurs programmables. La vision de Khan, qui consiste à remplacer les enseignants humains par des chatbots d’IA, n’est pas démocratisante, elle est déshumanisante.

« Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de davantage d’IA, mais de davantage d’enseignants, de personnel d’encadrement et d’une véritable formation, surtout après que la crise COVID a laissé tant d’éducateurs désarmés. »

          Bien loin d’être passionnantes ou innovantes, ces « solutions » automatisées s’inscrivent dans une longue tradition de technologies d’enseignement comportementalistes. Comme le montre l’historienne Audrey Watters dans Teaching Machines, les efforts de personnalisation de l’apprentissage par l’automatisation ont commencé dans les années 1920 et ont pris de l’ampleur avec les machines à enseigner de B.F. Skinner dans les années 1950. Mais ces outils ont souvent échoué, car ils reposaient sur l’hypothèse erronée selon laquelle l’apprentissage n’est qu’une réponse programmée plutôt qu’un lien humain.         En dépit de ces échecs, les élites du monde la Tech d’aujourd’hui doublent la mise. Mais soyons clairs : ce n’est pas le type d’éducation qu’ils souhaitent pour leurs propres enfants. Les riches ont des classes à effectifs réduits, des professeurs de musique, de riches bibliothèques, des programmes de littérature et de débats et des mentors humains. Nos enfants se voient proposer des robots d’intelligence artificielle dans des classes surchargées. Il s’agit d’un schéma bien connu : l’apprentissage standardisé et scénarisé pour le plus grand nombre ; la créativité et l’attention pour le plus petit nombre. Les élites prétendent que l’IA va « uniformiser les règles du jeu », mais elles se déchargent sur le public des coûts environnementaux qu’elle engendre. La formation de grands modèles d’IA consomme d’énormes quantités d’énergie et d’eau et alimente la crise climatique. Les mêmes milliardaires qui encouragent l’IA construisent des complexes privés pour protéger leurs enfants des dommages causés par leurs industries – au lieu de réglementer la tech ou de réduire les émissions, ils protègent les leurs à la fois de la pédagogie et des retombées de leur cupidité.    __________Em Winokur, documentaliste scolaire dans l’Oregon, a rejoint la cohorte « Innovateurs de l’IA » du Multnomah Education Service District afin de faire entendre une voix critique dans un débat dominé par le battage médiatique et l’influence de l’industrie. Elle a pu constater les contradictions de première main : « Les entreprises Tech de l’éducation n’investissent pas dans les progrès de nos étudiants ou dans la construction d’un monde plus solidaire, a-t-elle déclaré à Truthout. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de davantage d’IA – c’est de davantage d’enseignants, de personnel d’encadrement et d’une véritable formation, surtout après la crise COVID qui a laissé tant d’éducateurs désarmés. »            Bien entendu, les gestionnaires de fonds spéculatifs, les PDG et les politiciens qu’ils financent tourneront cette vision en dérision. Ils la qualifieront de peu pratique, de trop coûteuse, d’irréaliste. Ils soutiendront que l’économie ne peut pas financer l’augmentation du nombre d’éducateurs, de psychologues scolaires, de classes plus petites ou de bibliothèques scolaires dotées d’effectifs complets. Et puis, dans la foulée, ils proposeront l’IA comme solution : moins chère, plus rapide, plus facile. Leur vision est celle d’une imitation creuse et mécanisée de l’éducation.                                 Nombre d’éducateurs et d’étudiants n’acceptent pas passivement cet avenir dominé par l’IA. Des groupes dirigés par des jeunes, comme Encode Justice, sont à l’avant-garde de la lutte pour la régulation de l’IA. L’Algorithmic Justice League conteste la généralisation de la surveillance biométrique dans les écoles et met en garde contre les systèmes de reconnaissance faciale qui menacent la sécurité des élèves et le climat scolaire. Les efforts d’organisation tels que Black Lives Matter at School et le mouvement Teach Truth font s’inscrivent dans un mouvement grandissant qui refuse de laisser les milliardaires dicter les conditions de l’apprentissage.                                                                                                                                                    Introduire l’IA dans les écoles n’est pas un progrès – c’est le signe de problèmes sous-jacents beaucoup plus profonds dans l’enseignement américain, qui montrent à quel point nous nous sommes éloignés de la finalité de l’éducation. Pendant des décennies, les décideurs politiques et les profiteurs ont troqué l’attention humaine contre des évaluations à enjeux élevés, des programmes scolaires préétablis et la surveillance. L’IA n’est pas la maladie, c’est le symptôme d’un modèle scolaire colonialiste qui est destructeur et déshumanisant, plutôt que libérateur. Cela veut dire que réguler l’IA ne suffit pas, il faut démonter la logique qui l’a introduite dans les écoles.         J’ai eu un jour un élève – je l’appellerai Marcus – qui était en dernière année de lycée et qui avait déjà été accepté dans une bonne université. Mais à la fin de l’année, ses notes ont fortement chuté et tout à coup, il risquait de ne pas obtenir son diplôme. Au fil du temps, Marcus et moi avions tissé des liens de confiance, notamment grâce à des cours sur l’histoire des Noirs et la résistance au racisme. En tant qu’élève noir à qui l’on avait longtemps caché cette histoire, il a fini par comprendre que je n’étais pas là pour lui donner des notes, le classer ou le punir, mais pour lutter contre l’injustice. Ce lien l’a aidé à s’ouvrir et à me confier qu’il était sans domicile. Une fois que j’ai compris ce qu’il vivait, je l’ai mis en contact avec des services d’aide sociale et j’ai convaincu ses autres enseignants de faire preuve de souplesse et de bienveillance. Il a finalement réussi ses examens, obtenu son diplôme et est entré à l’université.             Ce genre de sollicitude ne vient pas d’un code. Il est le fruit d’une relation humaine, ancrée dans la confiance, la justice et l’amour.        *Jesse Hagopian est éducateur à Seattle, directeur de la campagne Teaching for Black Lives du Zinn Education Project, rédacteur pour Re]thinking Schools et auteur du livre Teach Truth : [The Struggle for Antiracist Education (Enseigner la vérité : la lutte pour une éducation antiraciste). On peut le suivre sur IAmAnEducator.com, Instagram, Bluesky ou Substack.]        Source : Jesse Hagopian, Truthout, 06-07-2025 ____ Souligné par moi.]    ________________________