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mardi 1 octobre 2024

Nouvelles de la Poste

 Plutôt mauvaises

    Silence, on détricote!

      Elle ne sera bientôt plus ce qu'elle était. Au nom de la libéralisation, de la loi du marché, de la   inanciarisation "modernisation". C'était prévisible, étant données les injonctions de Bruxelles, qui s'impatiente... Déjà certains pays voisins ont franchi le pas.  Alors que le service de la poste US se bat contre les tentatives de privatisation, en France, considérée comme "en retard" par Bruxelles et Bercy, va entreprendre un nouveau saut hors du service public. Tout était programmé depuis longtemps. Pas étonnant que l'inquiétude monte dans nos campagnes....


Les       ________ " Les mesures d’austérité dont La Poste va faire l’objet sont graves pour au moins deux raisons. D’abord, elle vont conduire à une remise en cause brutale du service public postal dans de très nombreuses communes, notamment rurales. Et surtout, ces dispositions vont accentuer la lente agonie du service public de La Poste qui s’apparente à une privatisation tacite au profit de gigantesques oligopoles privés, à commencer par Amazon.   C’est le patron de La Poste, Philippe Wahl, qui a annoncé vendredi ces nouvelles économies. « Il y a cette coupe budgétaire de 50 millions d’euros sur 160 millions qui a été décidée, et nous allons discuter avec l’État », a-t-il déclaré vendredi 27 septembre selon l’AFP, en marge du congrès de l’Association des maires ruraux de France. « Si cette coupe est faite en 2024, elle annonce sans doute une coupe en 2025, cela veut dire qu’on ne pourra plus faire fonctionner des agences postales communales », a-t-il ajouté.  L’annonce remet en cause le contrat de présence postale territoriale signé par La Poste, l’Association des maires de France (AMF) et l’État pour la période 2023-2025. Un contrat initialement assorti de crédits de 177 millions d’euros par an, venant compenser les pertes financières liées à la présence de 17 000 « points de contact » postaux sur la totalité du territoire. Avec un tel plan d’économie, c’est donc une bonne partie de ces « points de contact » qui vont disparaître.                                                                                                           Ces dernières dispositions d’austérité sont le prolongement ultime de mesures de déréglementation et de privatisation menées tambour battant tout au long de ces dernières décennies, et qu’il importe de reconstituer.                                  À l’origine, les Postes, télégraphes et téléphones (PTT) sont une administration de l’État, placée sous l’autorité d’un ministre particulier, disposant d’agents qui sont des fonctionnaires de plein droit. Or, par des coups de boutoirs successifs, l’administration va se désarrimer de l’État, changer de statut, copier les modes de gouvernance du privé, se désengager progressivement de ses missions publiques. Cette opération de sécession permet de prendre la mesure du recul du service public dans le pays, de la situation d’abandon dans lequel le pouvoir a laissé d’innombrables villages, quartiers et banlieues, où dans le même temps des écoles ont été fermées, tout comme des lignes ferroviaires.                                                                     Dans un rapport publié en 2016, la Cour des comptes souligne le caractère explosif de cette mutation. « Par deux réseaux majeurs, celui des points de contact chargés de l’accueil du public (17 088 au total dont 9 149 bureaux de poste gérés en propre) et celui de la distribution à domicile, avec 72 199 facteurs distribuant le courrier dans 39 millions de boîtes aux lettres six jours par semaine, La Poste incarne une présence du service public sur le territoire et tisse un lien social », écrivent les magistrats financiers.                                                                                              Le premier coup de boutoir a lieu en 1983. Les deux directions de La Poste et des Télécommunications sont dotées de conseils d’administration distincts. Puis le deuxième intervient le 2 juillet 1990, par une loi qui organise définitivement le divorce entre La Poste et , et les transforme en deux établissements publics distincts, dont la gestion se rapproche de celles des entreprises privées.   Pour France Télécom, c’est cette réforme concoctée par le pouvoir socialiste qui va permettre sept ans plus tard, en 1997, au gouvernement de Lionel Jospin d’engager la privatisation. Pour La Poste, le chemin est le même, mais moins rapide. Il se trouve alors un patron plus pressé que les autres, et un premier ministre qui méprise davantage le service public que ses prédécesseurs, pour annoncer que la déréglementation aboutira à une privatisation.                                                                                                                                      Le patron, c’est Jean-Paul Bailly. Président du conseil d’administration de La Poste, il déclare le 28 août 2008 aux autres administrateurs son souhait de changer le statut de l’entreprise, de sorte qu’elle devienne une société anonyme et qu’elle puisse faire l’objet d’une privatisation partielle. Le même jour, le premier ministre François Fillon demande aux ministres chargés de ce dossier, parmi lesquels la ministre des finances Christine Lagarde, « d’engager dans les prochains jours des consultations avec les divers acteurs concernés ».   La crise financière va contrarier le projet de privatisation partielle. Mais le moment résume la philosophie des projets de déréglementation des décennies précédentes – et des suivantes : livrer aux appétits privés un service public instauré en 1603 (la Poste royale). Une directive européenne relance l’affaire, réclamant à tous les pays d’accélérer la déréglementation postale : en France, les services postaux (le courrier ordinaire de moins de 50 grammes) devront s’ouvrir entièrement à la concurrence le 1er janvier 2011. Le gouvernement rouvre donc le chantier du changement de statut, préalable indispensable à une privatisation ultérieure. Le 1er mars 2010, La Poste, qui était depuis 1990 un établissement public industriel et commercial (Épic), et auparavant une administration, est transformée en société anonyme.   Jean-Paul Bailly annonce que La Poste va dès lors accueillir un nouvel actionnaire à hauteur de 20 %, le groupe TNT Express, à l’époque chargé du service postal néerlandais et qui sera croqué en 2016 par le géant américain FedEx. La Poste, symbole de l’économie sociale à la française, est alors à deux doigts d’avoir à son capital un actionnaire emblématique du capitalisme anglo-saxon le plus sulfureux.                                                       Ce n’est toutefois pas ce projet qui voit le jour. Avec le concours la Caisse des dépôts et consignations (CDC), l’augmentation de capital est finalement réalisée quelques mois plus tard. Les apparences sont sauves : ce sont toujours des capitaux publics qui contrôlent le capital, mais le tabou n’en est pas moins brisé. La Poste cesse d’être contrôlée à 100 % par l’État. C’est le coup d’envoi d’une privatisation partielle, la CDC apporte, en octobre 2010, 1,5 milliard d’euros à La Poste et prend en retour le contrôle de 26,3 % de son capital.   Au milieu des années 2000, la réorganisation des services financiers de La Poste va jouer un rôle majeur d’accélérateur. Là encore, une opération de sécession est organisée en plusieurs étapes. D’abord, le gouvernement socialiste dote en 2000 La Poste d’une filiale, baptisée Efiposte, où sont transférés les fonds des comptes chèques postaux.                   En 2006, un nouveau pas est franchi avec la création de la Banque postale. À l’époque, nul ne mesure la rupture totale avec l’histoire du service public. Pour le vérifier, il faut accéder à un rapport de la Cour des comptes – qui n’a jamais été rendu public – intitulé « La création de la Banque postale et ses deux premières années de fonctionnement ».       Le gouvernement assure que les missions sociales de La Poste seront maintenues. Mais il n’en est rien, comme le détaillent les magistrats financiers : « La Cour relève que, hormis l’accessibilité bancaire liée aux obligations propres au livret A, le législateur n’a inscrit dans la loi du 20 mai 2005 [qui donne naissance à la Banque postale – ndlr] aucune obligation de service public pour la filiale de La Poste, qui ne bénéficie en conséquence d’aucune compensation directe. » Traduction : au moment où La Poste se prépare à une future privatisation, sa principale filiale, la Banque postale, est dispensée par la loi de toute obligation de service public.   C’est même plus grave : alors que les activités historiques de La Poste, le courrier notamment, chutent du fait de la révolution numérique, celles de la Banque postale vont prendre une place croissante. Mimant les comportements du privé, avec des rémunérations pour ses cadres proches de celles des banques privées, disposant de salarié·es qui ne jouissent pas du statut des postiers, la Banque postale s’impose comme le cœur stratégique du groupe. De facto, La Poste devient progressivement la filiale… de sa filiale, la Banque postale.                     Les chiffres se suffisent à eux-mêmes pour décrire la disparition du métier historique de La Poste, celui de la distribution de courrier. En 2009, les facteurs et factrices français·es distribuaient encore 15,9 milliards de lettres dans l’année. Quatorze ans plus tard, en 2023, c’était presque trois fois moins, seulement 6 milliards. Et la chute ne devrait pas cesser. En 1990, « 70 % du chiffre d’affaires de La Poste » était porté par le courrier, et ce taux tombera « à 15 % à la fin de l’année » 2024, rappelait aussi en avril le PDG du groupe public, Philippe Wahl.    En dix ans, cette transformation radicale des habitudes des Français·es a creusé un trou de 10 milliards d’euros dans les recettes. Un manque à gagner que ne compensent pas les 500 millions d’euros versés chaque année par l’État au titre des missions de service public de La Poste – le contrat définissant ses services court jusqu’à fin 2025. Sans surprise, les effectifs suivent cette tendance baissière : en 2004, le groupe employait 280 000 personnes. En 2023, elles n’étaient plus que 232 700, une chute de presque 17 %.                                                                                 Dans cette course pour devenir une banque (presque) comme les autres, la Banque postale se lance rapidement dans des activités nouvelles, comme l’assurance dommages, le prêt à la consommation ou le prêt immobilier. Pour prendre pied dans ces activités, la Banque postale noue des partenariats avec d’autres grandes banques.  En 2008, elle crée avec la Société générale une filiale à 50-50, dénommée Transactis et spécialisée dans la monétique et les systèmes de paiement. En 2009, les deux établissements fondent une autre filiale commune, La Banque postale Financement, destinée à distribuer des crédits à la consommation aux usagers du service public. La même année, La Banque postale réitère l’opération avec l’assureur Groupama, et se lance dans l’assurance dommages.   En 2011, La Poste devient même opératrice virtuelle de téléphonie mobile, par le biais d'une filiale La Poste Mobile créée en partenariat avec SFR, pour essayer de récupérer des parts de marché à son ex-société cousine, France Télécom devenue Orange. Les anciennes administrations des PTT sont désormais ennemies et se disputent les client·es.   En 2012, La Banque postale va jusqu’à proposer une assurance complémentaire santé, en partenariat avec la Mutuelle générale et Malakoff Médéric, un organisme financier hybride qui a muté à vive allure vers les marchés financiers et qui, allié aux grands groupes privés de l’assurance, cherche à tirer profit de la privatisation rampante de la Sécurité sociale.                                                                                                      La Poste se transforme elle-même en gruyère, de sorte que certaines de ses activités échappent aux obligations de service public. Le service universel du courrier prévoit qu’un pli soit distribué à J+1. Mais pour les colis, l’obligation de distribution n’est qu’à J+2. Qu’à cela ne tienne : pour cette distribution express, très lucrative, une filiale de La Poste Geopost a créé sa propre filiale, Chronopost, une société par actions simplifiée (SAS).  Tout ce qui n’est pas rentable au sein du groupe public, autrement dit toutes les activités qui ne relèvent pas du privé, va lentement reculer ou disparaître. Durant les années 2000 puis 2010, le service public desserre progressivement son maillage territorial et ferme d’innombrables bureaux de poste.Sur ces chiffres, l’établissement n’aime pas communiquer. Mais selon des documents internes consultés par Mediapart, pour ne parler que de la dernière décennie, le constat est accablant. Les bureaux de poste étaient 9 692 en 2013 contre 8 414 en 2017. Soit 1 278 bureaux supprimés entre 2013 et 2017. La Poste viole donc ouvertement ses obligations de service public aux termes desquelles elle doit maintenir un réseau de 17 000 points de contact répartis sur le territoire français, de façon à ce que moins de 10 % de la population d’un département s'en trouve éloignée de moins de 5 kilomètres et de moins de 20 minutes de trajet automobile, selon les conditions de circulation du territoire concerné.   L’entreprise publique essaie de jouer avec les statistiques, arguant qu’elle ouvre des points de contacts nouveaux, en donnant mandat à un commerçant ou à un artisan « pour effectuer en son nom et pour son compte des prestations postales et des services financiers simples de dépannage ». Elle fait valoir que ces partenariats sont passés sur la même période de 7 360 à 8 686. Mais il s’agit d’un service public de « dépannage » qui survit et qui est voué à disparaître.                                                                                                                          Au cœur de l’été 2019, La Poste engage son désarrimage définitif de l’État. Au terme d’une disposition de la loi dite « Pacte » votée peu avant, le gouvernement dévoile à la fin du mois de juillet un Meccano très complexe. Pour résumer, l’État et la CDC ont transféré à La Poste les parts qu’ils détiennent (respectivement 1,1 % et 40,9 %) dans l’assureur CNP Assurances, parts que La Poste a ensuite apportées à la Banque postale, laquelle détient déjà 20,1 % de l’assureur.   Résultat : la Banque postale contrôle désormais 62,1 % du géant de l’assurance. En contrepartie, la CDC, qui contrôlait déjà 26 % de La Poste, est montée à son capital pour en devenir l’actionnaire majoritaire, à hauteur de 66 %.   Le montage présenté fallacieusement par le gouvernement de l’époque, comme la création d’un immense pôle public financier, dévoile ses effets pernicieux. La Banque postale s’impose comme le cœur du réacteur du groupe La Poste. C’est la filiale la plus ouverte au privé qui devient l’axe stratégique de développement de l’entreprise. C’est l’ultime réforme avant la privatisation. L’État ne détient plus la moindre part du capital de La Poste, qui n’attend plus que le coup de grâce pour basculer dans le privé.                                          Ces dernières années, les gouvernements de tous bords ont expliqué que le déclin historique des activités de l’entreprise publique conduisait inévitablement à ces évolutions, si regrettables soient-elles. L’argument ne résiste pourtant pas à l’analyse. On pourrait admettre qu’un service public disparaisse, du fait par exemple d’une révolution technologique majeure, et qu’il cède la place à un nouveau, plus adapté.   Mais ce n’est pas ce qui est ici advenu. La Poste, alliée à France Télécom, aurait pu devenir un formidable outil pour construire en France un service public de l’Internet face aux oligopoles saxons, contribuant à réduire la fracture numérique. De cela il n’a jamais été question. Le rapport de la Cour des comptes relève ainsi que La Poste « connaît un retard important dans le développement de sa stratégie numérique ». Et les magistrats financiers en donnent cette illustration : « C’est seulement en 2012 que le groupe décide d’accroître la part du numérique dans le chiffre d’affaires, la visibilité de ses offres sur Internet, la coordination des initiatives numériques prises par les différents métiers ou encore la cohérence du suivi commercial des clients selon leur mode de relation physique ou électronique avec La Poste. »   Il a fallu attendre près de vingt ans après les premiers balbutiements d’Internet pour que La Poste découvre que l’on vivait une révolution numérique. Mais ne s’agit-il que d’un retard dans la stratégie numérique de La Poste ?  Dans les sommets de l’État, il y a eu depuis longtemps une volonté délibérée d’asphyxier La Poste et d’avantager les gigantesques oligopoles américains du numérique, à commencer par le plus sulfureux d’entre eux, Amazon....                                          Amazon n’aurait jamais pu s’implanter sur le marché français. Depuis, le géant américain n’a cessé de gagner des parts de marché, renforçant mécaniquement la crise de La Poste. La distribution des livres en France est de ce point de vue très révélateur des relations entre l’entreprise publique et l’oligopole américain.    Alors qu’Amazon mène depuis des lustres une offensive pour essayer de déstabiliser le grand acquis démocratique qu’est le prix unique du livre, le géant américain n’en a pas mois obtenu de La Poste un appui majeur dans la distribution des livres.   Devenant assez vite le premier client de l’entreprise encore publique, Amazon obtient d’elle des conditions tarifaires très avantageuses. Si le contrat qui lie les deux entreprises n’a jamais été rendu public – ce qui est assez choquant –, on sait qu’il repose sur un système de licence forfaitaire annuelle, et non sur une tarification indexée sur les expéditions. En clair, La Poste traite son premier client, qui est aussi son principal adversaire, de manière beaucoup plus avantageuse que les libraires indépendants.    C’est la morale de l’histoire : les dernières mesures d’économie révélées par Philippe Wahl ne sont que le prolongement d’une lente privatisation rampante de La Poste, dont les géants américains du numérique vont profiter. D’un ex-monopole public, la France bascule vers des oligopoles privés."

          [Merci à Laurent Mauduit et à Mediapart __Souligné par moi_]

                ___   Mais qui veut la peau des services publics?  __________

mercredi 24 septembre 2008

La Poste : dégradation annoncée ?


Sont-ils timbrés ?





Un exemple après d'autres de la " bruxellisation" de notre secteur public...dans le droit fil du projet de libéralisation des services .
"L'Union européenne reste un monstre à deux visages. Côté face, les professions de foi sociales et la promesse de défendre le modèle européen. Côté pile, libéralisation et privatisation à tout crin des services publics et incitations au dumping social."____________

Certains accusent la Poste d'une dégradation de certains de ses services. C'est oublier que celle-ci est le produit d'une privatisation déjà bien avancée dans les faits..._______________

La Poste accélère sa privatisation:

-"La Commission de Bruxelles a confirmé en début de semaine sa volonté de voir tous les services postaux privatisés d’ici trois ans. En France, les gouvernements successifs ont imposé cette voie au service public du courrier depuis 1990, en procédant par étapes pour éviter de vives oppositions. Et la Poste a largement entamé cette privatisation.Bruxelles assure qu’elle ne se prononce pas sur « le statut juridique de l’entreprise », qui peut rester public, mais elle impose une mise en concurrence des entreprises, incompatible avec un service public moderne et de qualité.Ainsi la course aux parts de marché les plus rentables impose de différencier le traitement des usagers, devenus clients, en privilégiant les gros opérateurs (grandes entreprises) au détriment de petits (particuliers, artisans, très petites entreprises) ; elle implique également des augmentations de tarifs (hausse du prix des timbres au début d’octobre, disparition des colis ordinaires au profit des « Colissimos » plus onéreux) ; elle entraîne une disparition des bureaux de poste — ce que M. Christian Kozar, directeur général appelle le « déplacement » des bureaux vers des endroits où « nos produits peuvent se vendre » ; le facteur — qui n’a que le courrier à distribuer et rien à vendre — va se faire de plus en plus rare, notamment dans certains villages des zones rurales, où il assume pourtant un lien essentiel entre les habitants et contribue au maintien à domicile des personnes âgées.Au Royaume-Uni, la « libéralisation » et la recherche du tout-profit de Royal Mail se sont traduites par une telle dégradation du service qu’une pétition géante a été lancée par la Fédération nationale des receveurs des postes : 4 millions de personnes ont réclamé le maintien des bureaux de poste...."
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-La poste fonctionne beaucoup moins bien depuis quelques années, où l’on a commencé à faire appel à des sous-traitants privés. Pourquoi cela: tout simplement parce que si le système économique libéral fonctionne très bien pour tout ce qui fait appel à l’innovation (par exemple, le secteur informatique, alimentaire etc…), il n’en va pas du tout de même pour des services comme la poste, qui ne réclame pas de l’innovation, mais de l’efficacité. Or, le jeu de la libre-concurrence ne favorise nullement l’efficacité: soit on est face à une multitude de petites compagnies, qui ont peu de structures et de moyens, et offrent donc des services de moindres qualités ; soit on est face à de grosses structures qui usent et abusent de leur statut monopolistique pour instaurer des prix prohibitifs. Bref, dans les deux cas, on aboutit à un résultat totalement irrationnel, face à la terne, mais tranquille gestion de l’État. Qui plus est, il ne me semble pas très sain que des services aussi essentiels que la poste, l’énergie ou le réseau ferroviaire sortent du giron de l’État. De même que la guerre est une chose trop grave pour la confier à des militaires, le noyau économique d’un pays est trop vital pour être l’apanage des économistes. D’abord en théorie: étant par essences des agents irrationnels, capables du pire comme du meilleurs, on peut difficilement laisser les économistes jongler avec le cœur du système."(un lecteur de Rue 89)



-"Une petite remarque, en passant : lorsque vous comparez les performances de la Poste française avec celles de la Poste étasunienne, vous négligez un détail, c’est que le service postal étasunien est public. Merci donc pour cette démonstration incidente qu’il n’y a aucune fatalité constitutive au service public.De même (et toujours de manière incidente), votre conviction que le coût de l’appel téléphonique est moindre depuis l’ouverture à la concurrence est sujette à discussion : j’imagine que vous savez ce qu’il en est de l’opacité des tarifs des opérateurs téléphoniques. Si vous parvenez à comparer les tarifs de France Télécom public à ceux d’Orange, chapeau : vous me refilez le mode d’emploi ?Néanmoins, je vous suis tout à fait sur le bénéfice que nous pourrions attendre d’un référendum : il serait extrêmement bénéfique de tirer au clair ce que nous entendons par service public (qu’on traduit, je crois, en européen par service d’intérêt général).Tout votre argumentaire repose en fait sur le service de délivrance du courrier : pourquoi ne pas ouvrir le service de délivrance du courrier à la concurrence à la condition expresse que les concurrents éventuels de la Poste acceptent les mêmes servitudes que la Poste. Précisément, c’est la qualité de ce service rendu qui pourrait définir avec quelque pertinence ce que nous attendons du service public.Toutefois (et je doute que vous l’ignoriez), une part significative du travail de la Poste concerne les activités bancaires. A ce titre, la Poste remplit également une fonction sociale, notamment celle de banque de ceux que les banques n’acceptent qu’avec réticence, c’est-à-dire les pauvres. Privatiser la Poste, c’est aussi privatiser ce service bancaire dans lequel des comptes rentables contribuent à financer des comptes qui le sont moins. Eu égard à l’ensemble de l’oeuvre des sociétés privées (dont le but est le profit), vous me permettrez de douter que cette mission serait aussi bien remplie par une société privée.Plutôt que privatiser ce que nous avons contribué à construire, il serait peut-être plus opportun d’améliorer la qualité de service de la Poste. Evidemment, il s’agit d’un choix. Mais c’est bien ce dont il question là : choisir entre deux possibilités. Vous avez raison : le référendum permettrait sans doute de savoir quels choix nous voulons faire en termes sociaux, économiques et politiques.(autre lecteur de Rue 89)___________________

-Privatisation de la Poste : pour qui ? pour quoi ?
-La Poste ou la persistance de l’erreur européenne | AgoraVox
-Sur le terrain, la privatisation de la Poste semble déjà bien engagée
-La poste allemande : la face cachée de la privatisation

mardi 3 novembre 2009

Hopital: malade du marché

La politique des petits pas vers la privatisation (presque) complète










Un rêve pour les assureurs

Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf) : " C’est la privatisation pure et simple de l’hôpital public. La loi hôpital 2007 avait déjà conduit les hôpitaux dans une impasse, créant des dysfonctionnements majeurs. Dans ce nouveau schéma, on rentre complètement dans la course à la rentabilité, où le malade n’est plus qu’une donnée économique. C’est le faire part de décès définitif du service public hospitalier. "
-André Grimaldi. « Le but réel de la loi Bachelot, c'est de démanteler le service public » -
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Hôpital : comment créer un marché qui n'existe pas:
" Le système de santé français hybride (financement public, distribution publique et privée) a longtemps montré sa supériorité sur le système anglais, pour l’essentiel étatique, et sur le système américain, majoritairement privé. Cependant, l’augmentation annuelle régulière du coût de la santé, atteignant 11 % du produit intérieur brut (PIB), contre 9 % en Angleterre et 16 % aux USA, impose une régulation. Le tout est de savoir laquelle.
De façon surprenante par ces temps de crise, c’est la régulation par le marché, à l’américaine, transférant une partie des coûts de la collectivité vers les ménages, qu’ont choisie nos dirigeants. En effet, pour les néolibéraux qui inspirent le gouvernement, seul le marché libre où chacun achète selon ses moyens permet d’assurer l’adéquation entre l’offre et la demande solvable, et seule la concurrence permet d’obtenir la qualité au moindre coût. Quant à la productivité des professionnels, elle ne peut être stimulée que par l’intéressement financier et la précarisation de l’emploi. Le « new management » industriel, associant recentrage de l’activité sur le « cœur de métier », rotation des tâches et mobilité des agents, permet la souplesse nécessaire à l’adaptation. Bref, le merveilleux modèle France Télécom ! Qu’importe que le marché ne puisse pas répondre au cahier des charges de la santé — utilité sociale, qualité élevée et moindre coût —, comme l’ont montré toutes les expériences historiques, pour la simple raison que l’usager n’est pas un consommateur éclairé qui a choisi d’être malade, mais une personne plus ou moins affaiblie, plus ou moins angoissée, dont les besoins sont potentiellement illimités, ce qui rend le marché totalement manipulable.
La seule question qui vaille est : comment appliquer ce projet mercantile au système de santé français ?

D’abord, en changeant le vocabulaire : ne dites plus médecins ou infirmières mais « producteurs de soins » ; ne parlez plus de patients ou d’usagers mais de « consommateurs » ou de « clients » ; ne dites plus « répondre aux besoins de la population » mais « gagner des parts de marché » ; ne parlez plus de dévouement ou pire de sacerdoce, mais de « gains de productivité » et de « travail à flux tendu » — d’aucuns ont fait le calcul qu’une consultation de patients sidéens n’est rentable que si elle ne dure pas plus de 12 minutes ; ne dites plus salaire ou indemnité mais « part variable à l’activité ». Vous verrez : au début on sourit, puis on s’y fait, et, en le répétant suffisamment, on finit par le penser.
Mais comment créer un marché qui n’existe pas ? D’abord, en mettant en place un financement par un pseudo prix de marché administré (la tarification par pathologie dite à l’activité ou T2A), et surtout en imposant une convergence des tarifs (sorte de prix uniques), d’abord intra-sectorielle (entre tous les hôpitaux confondus), puis inter-sectorielle (public-privé), comme le réclame à corps et à cris la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) (lire « Traitement de choc pour tuer l’hôpital public », Le Monde diplomatique, février 2008). Cette convergence intersectorielle avait été reportée à 2018 sous la pression du mouvement des personnels soignants médicaux et paramédicaux des hôpitaux publics en avril dernier. Mais, cédant au lobbying des cliniques privées commerciales et revenant sur la parole donnée, Mme Roselyne Bachelot a décidé de la mettre en place progressivement, dès 2010. « A titre expérimental », bien sûr.
Ensuite, en supprimant, dans la loi « hôpital, patients, santé et territoires » (HPST) adoptée en juillet 2009, les trois secteurs — hôpitaux publics, hôpitaux privés à but non lucratif participant au service public PSPH, et cliniques privées commerciales ; ils sont rassemblés sous le joli nom d’« établissements de santé », ce qui permet ensuite à la ministre de prétendre constituer, sous la houlette des agences régionales de santé (ARS), « un grand service public unifié de santé ». Tout l’art de la communication est dans l’« unifié », qu’il faudrait traduire par « vente à la découpe des missions de service public » : à Bourgoin-Jallieu (Isère), par exemple, ce « partenariat public-privé » s’est soldé par l’octroi en mai 2009 d’un nouveau scanner à la clinique privée malgré une activité bien supérieure de l’hôpital public.
Légitimement, le président du groupe privé Générale de Santé, M. Frédéric Rostand, se félicite que la loi HPST ait « ouvert plus largement les missions de service public aux établissements de santé privée, notamment la formation des internes et des chefs de clinique ». M. Jean Loup Durousset, président de la FHP, célèbre pour « les dysfonctionnements sévères » de sa maternité à l’enseigne « Bien naître » (rapport de la Direction régionale des affaires sanitaires, avril 2009), prétend que quatre cent cinquante cliniques privées sont prêtes à accueillir des internes. Le but de ces cliniques commerciales est tout simplement d’accueillir des internes en fin de cursus et d’assurer ainsi le recrutement de leurs futurs chirurgiens.
Résultats de cette politique : à l’Assistance publique de Paris (AP-HP), on parle de la suppression de 4 500 emplois, dont 500 emplois médicaux, d’ici 2012 ; le directeur des hôpitaux civils de Lyon, M. Paul Castel, a fait savoir que, pour retrouver l’équilibre financier, « il faudra vendre l’immobilier, diviser par quatre les investissements, rationaliser la logistique, spécialiser les dix-sept hôpitaux, ne remplacer que un départ sur quatre pour le personnel administratif, un sur deux pour le personnel médico-technique et trois sur quatre pour les soignants » (Le Figaro du 17 août 2009). Pendant ce temps, la Générale de Santé se félicite d’avoir investi 220 millions d’euros en 2008 et autant pour 2009, et d’avoir accueilli quatre cent cinquante praticiens dans les dix-huit derniers mois.
En réalité, nous sommes au milieu du gué. Les concepteurs du projet avancent pas à pas. Première étape en 2004. On nous a dit : le paiement à l’activité sera progressif et ne dépassera pas 50% du budget hospitalier — « T2A à moins de 50 % » —, délégation des pouvoirs de gestion aux médecins, augmentation de l’activité. Deuxième étape en 2008 : T2A à 100 %, cogestion entre les médecins et l’administration, amélioration de « l’efficience ». Troisième étape en 2009 : loi HPST, fin de la cogestion — vous êtes là pour obéir au directeur —, plafonnement des emplois et donc réduction de l’activité. Très vite, nous allons connaître la quatrième étape : changement de statut des médecins hospitaliers qui vont devenir contractuels (comme les directeurs d’hôpitaux). Puis la cinquième : changement de statut de l’hôpital public, qui deviendra un établissement privé à but non lucratif, et changement de statut pour les personnels nouvellement embauchés.
Parallèlement, « pour sauver la Sécu », il est prévu d’augmenter ce qui reste à la charge des patients (franchises, forfaits, augmentation des tarifs des mutuelles, etc …), puis de transférer la gestion du financement des affections longue durée (ALD) aux mutuelles et aux assurances privées, au nom de l’amélioration de la qualité des soins grâce à des « contrats qualité personnalisés » négociés entre les assureurs et les professionnels.
On peut imaginer une sixième étape, avec la fin du monopole de la Sécurité sociale, et une septième, avec l’abrogation de l’Objectif national de dépense de l’Assurance maladie (ONDAM), qui fixe à ce jour le montant du budget public national de la santé. Désormais les tarifs seront libres, fixés par la concurrence « non faussée » sur le marché, qui sera d’ailleurs un grand marché européen. Ainsi pourra naître un nouveau système de santé, véritable coproduction franco-américaine ayant gardé du système français la CMU et le financement des cas les plus graves par la collectivité, et ayant pris au système américain la gestion par les assureurs privés du marché rentable de la santé : un cauchemar pour les médecins et pour les malades, un rêve pour les assureurs et les « nouveaux manageurs ».(André Grimaldi.)

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Hôpital entreprise contre hôpital public
-Non à la privatisation de l’Hôpital
________Coordination nationale de défense des hopitaux de proximité
-Hôpital : une réforme à haut risque
-Hôpital : la privatisation invisible :

"A l’hôpital, des réformes d’apparence technique occultent de véritables enjeux politiques. Ainsi, les modalités de mise en œuvre par le gouvernement actuel d’une réforme du mode de financement des établissements de santé déstabilisent fortement les hôpitaux publics tout en favorisant, dans l’ombre, les cliniques commerciales.

Au départ, l’esprit de cette réforme a pourtant fait l’objet d’un large consensus politique. L’idée de faire évoluer le financement des hôpitaux vers une allocation de moyens basée sur leur activité réelle répondait au souhait de l’ensemble de la communauté hospitalière qui estimait que le précédent système du « budget global » ne permettait pas une répartition des ressources équitable et adaptée aux besoins des établissements. Cette orientation a d’ailleurs été initiée par le Gouvernement de Lionel JOSPIN à travers l’expérimentation d’un financement alors qualifié de « tarification à la pathologie ».

C’est dans ce même esprit que la majorité actuelle, dans le cadre du plan « hôpital 2007 » a lancé la réforme de la « tarification à l’activité » qui prévoit pour les hôpitaux et pour les cliniques un financement calculé sur la base de tarifs fixés par grands groupes homogènes de séjours. Malheureusement, c’est dans la mise en œuvre technique de cette réforme que très discrètement mais très efficacement, le Gouvernement actuel a fait des choix qui contribuent à affaiblir l’hôpital public.

Ces décisions invisibles par le grand public, et non assumées politiquement découlent d’un présupposé idéologique simple : l’hôpital public étant lourd et coûteux il faudrait tout mettre en œuvre pour favoriser des cliniques privées jugées souples et performantes. Concrètement, cette orientation s’est traduite par deux mesures d’apparence technique : la « fongibilité des enveloppes public-privé », et la « convergence des tarifs publics-privés ».

La « fongibilité » signifie tout simplement qu’hôpitaux publics et cliniques commerciales sont désormais financés par une enveloppe unique au sein de laquelle les flux de crédits de l’assurance maladie entre ces deux secteurs ne sont donc plus visibles.

Quant à la « convergence » des tarifs publics-privés, elle part du postulat que toutes choses étant égales par ailleurs, il n’y a pas de raison de fixer un tarif différent pour un même groupe homogène de séjours, qu’il ait lieu dans un hôpital ou dans une clinique commerciale. Cette convergence vise par conséquent à rapprocher progressivement les tarifs des secteurs public et privé pour aboutir au bout de quelques années à un tarif unique.

Si ce dogme d’une saine comparaison entre hôpitaux et cliniques est déjà très discutable sur le fond (ces établissements n’ayant ni les mêmes contraintes ni les mêmes missions), les conditions de sa mise en œuvre par le Gouvernement actuel sont inacceptables à partir du moment où il a été décidé d’avancer à marche forcée sans que les éléments techniques indispensables à cette comparaison entre hôpitaux et cliniques n’aient été réunis : absence d’échelle comme des coûts, insuffisante précision de la classification des groupes homogènes de séjours, caractère incomplet des missions d’intérêt général identifiées pour l’hôpital …

Cette précipitation, et le manque de transparence dans les choix techniques de mise en application de la réforme ont contribué à mettre en grande difficulté les établissements hospitaliers. Par ailleurs, au prétexte d’une convergence public-privé purement idéologique, les décisions gouvernementales de baisse des tarifs des hôpitaux (- 7 % en cancérologie pourtant jugée prioritaire par le plan cancer !) et de réévaluation de ceux des cliniques commerciales contribuent mécaniquement, du fait de l’enveloppe unique, à des transferts d’activités du secteur public vers le secteur lucratif.

Alors que les hôpitaux publics voient progressivement leurs budgets passer dans le rouge, il est frappant de voir certains grands groupes de cliniques commerciales se réjouir dans leurs communications financières à destination des actionnaires de leurs excellents résultats liés en partie à la réforme de la tarification à l’activité.

Alors qu’en France 70 % de la chirurgie programmée est d’ores et déjà effectuée par les cliniques commerciales, nous ne pouvons nous résoudre à voir progressivement des pans entiers de l’activité hospitalière publique être transférés vers un secteur privé à but lucratif qui est déjà dans notre pays le plus important d’Europe !

La privatisation de l’hôpital n’est pas un fantasme d’ultra libéraux, elle est à l’œuvre depuis de nombreuses années, et se développe chaque jour davantage. Or, contrairement au présupposé idéologique qui conduit nos dirigeants actuel à favoriser le modèle commercial, rien ne permet d’affirmer sérieusement que les cliniques privées seraient naturellement moins chères que les hôpitaux publics.

Si l’on prend en compte tous les éléments qui pèsent sur l’activité hospitalière (accueil de tous, lourdeur des pathologies, permanence des soins…) et que l’on réintroduit tout ce qui n’apparaît pas dans les tarifs des cliniques (honoraires des médecins, choix de clientèle, choix des pathologies rentables …) on s’aperçoit au contraire que le service public est parfois moins coûteux pour l’assurance maladie que les établissements commerciaux.

Non seulement la privatisation de l’activité hospitalière publique est de nature à renforcer les inégalités d’accès aux soins, mais elle présente donc également un risque inflationniste non négligeable pour nos dépenses d’assurance maladie.

S’il n’est pas souhaitable pour autant de mettre fin à une tarification à l’activité dont les principes vont dans le sens d’une gestion plus efficace et plus équitable des établissements de santé, nous ne pouvons accepter pour autant qu’elle soit utilisée pour mettre en difficulté un système hospitalier dont nous avons toutes les raisons d’être fiers et qui est sans doute parmi les services publics les plus performants de notre pays. Il est donc urgent de stopper ce processus de convergence tarifaire entre hôpitaux et cliniques et de mettre fin au système de l’enveloppe unique public-privé. "



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La privatisation des hôpitaux publics allemands en question.
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- Hopital: vers une santé au rabais?


mercredi 16 octobre 2019

En route...

Vers de nouveaux clivages
                                Segmentation discrète
                                              Assignation sociale. Tout le monde à sa place.
       La société à plusieurs vitesses, cela a toujours existé, de manière plus ou moins marquée, plus ou moins visible, dans tous les secteurs d'activité.
   Mais depuis les années 90 et la mise en place des nouvelles normes inspirées par le néolibéralisme anglo-saxon, adoptées comme critères de "modernité", c'est le service public qui est affecté par de nouveaux clivages, qui tendent à surgir où à s'approfondir, au point d'ériger peu à peu la désagrégation des statuts et la précarité comme objectifs dits incontournables.

   ll fut un temps, pas si lointain, où l'on voyageait en troisième classe, où l'on pouvait bénéficier d'un enterrement de première classe. Même le Titanic avait sa troisième classe.
  Les inégalités de traitement ne choquaient pas toujours à une époque peu critique sur la nature des clivages sociaux et économiques parfois profonds.
 Mais aujourd'hui, après une période de relative égalité de traitement dans les services publics du moins, on assiste à la montée d'une société à plusieurs vitesse, pas seulement dans les transports, mais aussi dans le domaine de la santé, de l'éducation, etc...
  La privatisation rampante ou brutale nous conduit à un déclassement assez généralisé. qu'une politique de bout de ficelle ne surmontera pas sans s'attaquer aux causes, qui dépassent en partie nos frontières.
     Comme le fait apparaître cette analyse, qui décrits plus de faits, d'effets et de symptômes qu'il ne va à l'analyse des causes:
                                                            "  Segmenter socialement les usagers, matériellement et symboliquement : tel est l’usage en train de se généraliser depuis quelques années au cœur du service public. Après une période de démocratisation progressive de l’accès aux prestations publiques, réapparaissent des « classes » d’usagers. D’où ce paradoxe : la démocratisation semble désormais devoir passer par… la stratification. Ce phénomène, aisément datable, est loin d’être anodin. Que s’est-il donc passé au juste ? Comment l’expliquer ? Et quelles peuvent en être les résonances et les implications idéologiques et sociales ?
    Elle se traduit d’abord dans la prise en charge des corps malades. Avec les consultations privées des chefs de service à l’hôpital public, la « dualisation » du service public hospitalier existe certes depuis longtemps. Mais les années 1950, les idéaux de l’État-providence, la sophistication du soin à l’hôpital, la réforme Debré de 1958 créant les CHU avaient cessé de faire de cet espace un espace de relégation des plus pauvres, loin du soin de ville privé réservé aux notables, pour en faire un espace d’accès à un soin de qualité en même temps que de relative mixité sociale, avec les inconvénients (attentes, complexité administrative) que cela pouvait comporter.
             La création d’un secteur privé hospitalier de droit privé par une loi de 1970, le développement des cliniques, aux tarifs plus élevés et surtout imparfaitement couverts par le système assurantiel, la loi de 1991 offrant une concession de service public aux établissements de santé privés (tant à but non lucratif que lucratif), ainsi qu’en « libéral », la création en 1980, du secteur 2 : « secteur conventionné à honoraires libres » où les dépassements sont autorisés : tout cela a tendu à éroder de toutes les manières cette mixité imposée. Un seul exemple (ici emprunté à l’expérience récente de l’auteur de ces lignes) mais particulièrement révélateur : une IRM, « soin » purement technique dépendant d’une machine et de coût en principe stable, est tarifée à 50 € à l’hôpital, où elle est entièrement prise en charge par la couverture sociale. Dans une clinique consultée, l’IRM se voyait tarifée 130 €, soit beaucoup plus que le double, 60 euros restant à la charge de l’usager.
      Cette variation n’étant guère officialisée, ce différentiel n’est pas immédiatement visible, a contrario de l’accueil et du décor c’est-à-dire des signes extérieurs de qualité. Ce n’est pas tant en termes de contenu que les prestations sont hiérarchisées entre hôpitaux et cliniques qu’en termes de forme  : c’est de ce point de vue seulement que l’hôpital peut apparaître à beaucoup comme prestataire de soins de 2e classe. Temps d’attente pour obtenir un rendez-vous, temps d’attente sur place pour accéder aux examens préalables, puis pour accéder au médecin, convocation bien avant l’heure, personnel visiblement débordé, voire désagréable : l’usager de l’hôpital doit accepter d’être captif, docile, bref un véritable « patient », moins pressé, doté d’un temps moins précieux que les autres, en tout état de cause un « usager » plutôt qu’un « client ».
     En revanche, par ses plateaux techniques, par la spécialisation de ses professionnels, l’hôpital demeure à la pointe de la recherche et de certains soins : il continue à représenter de ce point de vue une première classe du soin, y compris pour les élites. Inversement, certaines cliniques délivrent des soins standardisés et de qualité médiocre [1]. La partition entre classes de prestations et de d’usagers passe donc non seulement entre établissements mais au cœur même des hôpitaux publics : l’ilot privilégié que représentent les consultations privées en serait exemplaire.
      Mais ce qui est moins connu, c’est qu’au cœur même de cet espace souvent considéré comme de « deuxième classe » qu’est devenu l’hôpital public, une troisième classe a été créée et que cette dernière a, pour le coup, retrouvé tous les vieux défauts de l’hôpital public, encore si fréquents dans les années 1960 – attentes interminables, mauvaise humeur des soignants, disqualification des patients – qui s’étaient estompés avec l’enrichissement du pays. Ils font retour, mais sous une forme fortement aggravée, et pour certains segments de population seulement.
        Car en 1998, une loi crée au cœur du service public, les PASS, les Permanences d’accès aux soins de santé, réservées aux personnes exclues du système de santé par défaut de solvabilité (population précaires) et/ou de citoyenneté (l’étranger sans papier). Mais les Pass sont un service de soin au rabais [2]. Dans ces espaces, déjà en retrait de l’hôpital, tous les médicaments et tous les soins ne sont pas accessibles (comme dans la médecine d’urgence), certains y sont considérés comme des soins de confort (béquilles, fauteuils roulants), les personnels y sont surchargés, les temps d’attente pour avoir un rendez-vous comme pour être reçus en consultation y sont longs, et une énorme docilité y est surtout attendue des patients (ceux qui n’ont pas réussi à être reçus doivent y retourner le lendemain). Bref, tous les traits de la médecine de « deuxième classe » évoquée plus haut (coût moins élevé mais attentes plus longues, prestations incomplètes, et moindres égards pour la patientèle) sont fortement accentués ici. Or cette « troisième classe » de services de santé s’est vue créée de l’intérieur de l’institution.
        Autre exemple, très récent : la convention signée le 1er juin 2018 entre les dentistes et l’Assurance maladie. Cette convention autorise aux dentistes une augmentation générale des tarifs des soins dentaires ordinaires (la dévitalisation d’une molaire passe par exemple de 81,94 à 110 euros), indolore pour les patients puisque intégralement prise en charge par l’Assurance maladie et les complémentaires. En contrepartie, la prise en charge des prothèses variera selon trois classes de remboursement. Dans le premier, dit « RAC zéro », le patient n’aura rien à débourser à condition qu’on ait affaire à des prothèses en métal pour les dents de derrière, réputées invisibles, contre des prothèses en céramiques pour les dents de devant. Un deuxième niveau, dit « modéré » ou « maîtrisé » de remboursement proposera des prothèses au tarifs plafonnés, remboursées à hauteur de 25% : ceci notamment pour ceux qui ne veulent pas de couronne métallique. Au troisième niveau, les honoraires seront libres : pour les implants, les dents en or, des couronnes « à très haute technicité » ou à « l’esthétique encore plus fouillée » (pour reprendre les termes de la Confédération Nationale des Syndicats Dentaires) : « Il faut que les gens qui ont envie d’accéder à du superflu puissent le faire », déclare la ministre de la santé, Agnès Buzyn le 1er juin sur Europe 1....
                ...  Autre type de « soins au corps » - la prise en charge publique des corps morts. Elle a vécu la même évolution de long terme, et la même inflexion récente, au cours des années 1990. À Paris, en 1960, il y avait encore cinq classes d’enterrement payantes et une classe gratuite. À la fin de cette période, les convois prévus pour les trois dernières classes représentaient encore 60% des convois en quartiers populaires contre 23% dans les quartiers aisés ; la proportion de convois civils, moins coûteux, n’était que de 18% dans les quartiers aisés mais de plus de 40% dans les quartiers pauvres, épousant étroitement la proportion d’ouvriers dans la capitale. Les classes d’enterrement avouaient donc sans détour l’appartenance de classe des défunts et/ou de leurs proches.
             Les années 1960 ont vu supprimer les classes d’enterrement – par l’Église d’abord en 1963, puis par les Pompes Funèbres Générales ensuite – à peu près disparaître les tentures mortuaires, très coûteuses en personnel et les cérémonies perdre de leur « pompe » visiblement inégalitaire (trajets en centres-villes), et encore réduite dix ans après par la poussée de la crémation: la distinction sociale devant la mort s’estompe et se dissimule. En 1993 (1998 à Paris) l’ouverture à la concurrence va inverser la tendance [7]. La montée générale des prix qui en résulte contribue à générer l’installation là encore, de trois classes. La première, est représentée par le funéraire privé, bien vite revenu à ses habitudes du passé : anticiper les capacités différentielles des clients à investir pour leur défunt afin de les inciter à dépenser. La seconde classe peut être représentée, à Paris, par un reste de service public, c’est-à-dire les Services Funéraires de la Ville de Paris (le SFVP), qui s’efforcent d’en conserver l’esprit en évitant la vente forcée des prestations. Pas ou peu de « soins de conservation » (thanatopraxie), de fait déjà fournis par l’hôpital : ces coûts ne constituent donc là que 12% des devis contre 60 à 70%, voire plus, dans le secteur privé. Et la « troisième classe » est représentée depuis 2004 par les « convois sociaux » pour les personnes en difficulté financière, invitées à ne payer que 20% (voire 0% pour des proches non familiaux) des frais (les mairies prenant le reste en charge), mais avec un seul type de cercueil, de capiton, de plaque funéraire [9] …
       Bref, c’est le concept Ouigo. Dans les transports publics, à côté de la 1re et la 2e classe (disparues en 1991 dans les transports urbains, mais conservées dans les transports interurbains), s’est réintroduite en 2013, dans le secteur public ou para-public des transports, une troisième classe qui ne dit pas son nom. Ouigo permet une segmentation entre classes de services, en proposant une prestation minimale, accompagnée des signes extérieurs de ce minimalisme, qui sont aussi des signes extérieurs de modestie sociale : temps d’attente obligatoire à la gare (donc population visiblement captive et dépendante), absence de choix dans les horaires (un seul train par jour le plus souvent), absence de certains éléments de confort (ni prestation alimentaire ni poubelles à bord), plus grande étroitesse des sièges, et, bien sûr, disparition des 1res classes et de la « voiture bar », mais tarifs beaucoup plus modestes que ceux de la SNCF. Résultat : les populations de Ouigo sont socialement et ethniquement marquées, comme peut en témoigner l’auteur de ces lignes, un de ses utilisateurs très régulier. Or Ouigo n’est pas une filiale indépendante, mais constitue un service spécifique au sein de la branche Voyage SNCF de la maison mère.m
         Cette segmentation des publics s’est donc installée de l’intérieur du système, de l’intérieur du service public. En témoigne aussi la dualisation des universités et des troisièmes cycles en train de se mettre en place afin de cantonner dans des espaces spécifiques, tout en les conservant à l’université, des publics populaires qu’on ne peut plus refouler en toute légitimité depuis les années 1950.
      Là encore, dans une première étape, les groupes sociaux étaient bien différenciés dans leur accès à la culture académique : la proportion d’accès au baccalauréat, d’environ 5% dans les années 1930 est restée stable jusqu’au début des années 50. Les séparations étaient claires ; il y avait ceux qui passaient la « barrière et le niveau » du baccalauréat, et tous les autres. Mais, seconde étape, avec les années 1950, une certaine mixité sociale est devenue possible. Car alors, ces 5% vont commencer à se hausser à une vitesse déroutante vers les 66% d’aujourd’hui. Toutes les tentatives pour freiner cet investissement nouveau des plus modestes sur l’enseignement supérieur se sont heurtées à des oppositions intenses dont les plus véhémentes furent les mouvements de mai 68 puis, trente ans plus tard, la bataille contre le CPE : l’université, comme l’hôpital, tendaient à devenir un espace socialement indifférencié. À côté cependant de cette 1re classe que n’ont jamais cessé d’être les grandes écoles (et qui prudemment se multiplient alors dans toutes les disciplines « nobles » : création des IEP de province, multiplication des écoles de commerces), s’était donc simplement constituée une deuxième classe que représentait l’université en voie de démocratisation accélérée. Un bon élève en lettres et sciences humaines savait simplement qu’il fallait d’une part s’orienter vers une grande école, et pour son cursus purement universitaire, continuer à éviter au maximum l’immersion dans la « deuxième classe » en échappant notamment au contrôle continu et à l’assistance aux cours, et choisissant en tout état de cause une université parisienne, et parmi elles, surtout pas « Vincennes », par exemple.
      Mais aujourd’hui se fraye à nouveau une segmentation entre cette 2e classe qu’est déjà l’université et sa 3e classe. Les voies en sont diverses, et pour le moment inégalement abouties : attribution des deux premières années aux enseignants de statuts précaires ou dégradés, création des AES, droits d’inscription inégaux, et plus récemment encore, exigence d’ « attendus » et de « pre-requis » (ces démonstrations de compétence acquises) dans certains secteurs universitaires. Mais la hiérarchie était encore relativement implicite. Avec lesdits « pôles d’excellence » et les droits d’inscription différenciés, elle devient certes plus explicite, tout en n’étant pas affichée aussi clairement que les classes sur nos wagons d’antan…
      Les raisons de ce processus de segmentation des publics oscillent entre deux pôles. Une logique purement économique d’abord : l’esprit du « low cost  ». Il s’agit d’attirer des populations (y compris parfois relativement privilégiées) vers des prestations qui ne leur étaient pas habituelles, comme dans le secteur aéronautique : le low cost a permis d’attirer vers l’avion ceux qui ne partaient guère au loin, ou utilisaient d’autres moyens de transport : ceci sans les disqualifier vraiment, puisque partir au loin continue à représenter un privilège. Or le service public s’y met aussi. ...
       ...Mais faire accéder – ou continuer à faire accéder – un maximum de personnes à la prestation : telle est ici le plus souvent la raison alléguée. La chose est très évidente en ce qui concerne les PASS : les acteurs engagés dans les PASS voient ces dernières comme un progrès social, une « exception française » bienvenue parce qu’elles parviennent à conserver dans le giron public des populations particulièrement défavorisées (ailleurs, comme en Allemagne, elles sont prises en charge par la médecine humanitaire). La prise en charge sanitaire de tous aujourd’hui exigerait d’être moins regardant : médecine de 3e classe peut-être, mais médecine quand même. Même logique évidemment concernant la nouvelle prise en charge des prothèses dentaires. Il était sans doute bienvenu pour le successeur de François Hollande à la présidence d’insérer la prise en charge de ces prothèses parmi ses promesses de campagne, tant l’inégalité devant les soins dentaires est criante : en 2017, 600 000 couronnes métalliques ont été posées en France mais près de 18% des Français avaient renoncé en 2012 à des soins dentaires, dont 68% à la pose d’une couronne, d’un bridge ou d’un implant, soit 4,7 millions de patients… La nouvelle convention a pu paraître à certains – le responsable aux études de l’Association Que Choisir notamment – comme « un compromis acceptable » puisque « Dans un monde idéal, on aurait pu souhaiter des céramiques partout, mais mieux vaut une couronne métallique que rien du tout » ...
      ...La segmentation reste en général discrète. Encore une fois, peu de choses distinguent un TGV Ouigo d’un autre TGV et leur temps de trajet est – apparemment – le même ]. De même qu’il faut aller en clinique (comme chez un médecin non conventionné) pour découvrir que la même IRM y est facturée le double de son prix « hospitalier » ou prendre la mesure du changement de décor et d’accueil, il faut être amené à passer à l’IEP de Paris pour prendre toute la mesure de la pauvreté relative de l’Université, avoir pratiqué Ouigo pour découvrir que prestations alimentaire et évacuation des déchets n’y sont pas prévues et surtout qu’après avoir attiré le public par des prix très bas pour des trains aux horaires normaux, Ouigo fait, sauf exception, désormais partir très tôt ses trains : pour Montpellier par exemple, à 06h53 de Roissy Charles de Gaulle ou à 7h de Marne la Vallée. On retrouve là les horaires typiques des voyages en bus pour les pauvres avec « valise en carton » des années 1950, repris d’ailleurs trait pour trait par les Ouibus, comme par son équivalent européen, les Flixbus.
      Encore plus discret : à côté de la multiplication des TGV, on assiste à la suppression pure ou simple des trains de province, ou à la déshérence (retards importants et suppressions de trains sans avis préalable) de lignes entières que les plus aisés n’empruntent plus guère : ainsi des trains sinistrés pour la région nord doublé par le triomphant Thalis, ou de la ligne vers Amiens et la Picardie aux retards chroniques, par opposition aux « bons » trains vers la région normande de plus en plus recherchée par les cadres moyens, et pour lesquels une gare flamboyante a été aménagée à l’intérieur de la gare Montparnasse. Le même « partage » tend aujourd’hui à s’installer aujourd’hui sur les trains de banlieue : on ne saurait que s’étonner de l’absolue ponctualité du train vers Pontoise comparée à l’absence totale de fiabilité de la ligne A qui le double pourtant de fort près, mais en direction du quartier le plus populaire de la ville nouvelle jouxtant Pontoise : Cergy-Pontoise. Ces « classes » de services publics, aux différences écrasantes, ne sauraient apparaître comme telles qu’à ceux dont les pratiques sociales sont amenées à varier, comme ces classes moyennes auxquelles appartiennent souvent le sociologue. Il est cependant des populations « fixes » parfaitement à même de repérer cette inflation discrète d’un système à « deux poids deux mesures » : il s’agit des professionnels de la SNCF, qui expriment sans détour leur inquiétude face au « pourrissement » de certaines lignes, très socialement situées .
       La privatisation du service public n’apparaît alors que comme la partie émergée de l’iceberg : une segmentation plus visible que l’autre, alors que dans le service public les choses semblent souvent ne pas mériter, ne pas avoir besoin – voire se voir interdire – d’être dites. Bien sûr ici le désir peut être ici de fait non satisfait, mais non explicitement : parmi les candidats de Parcoursup toujours en attente de réponses concernant leurs vœux, il y a, de fait, chez ces bacheliers des filières professionnelles et technologiques, un nombre croissant d’abandon pur et simple  … mais ce n’était pas la visée explicite du système. Il suffit en revanche que soit introduit entre le désir et sa satisfaction un délai, un temps supplémentaire  : pas même un interdit définitif. Le terme de « sélection » s’efface ainsi devant le fonctionnement même de l’algorithme Parcoursup : comme dans tous les secteurs de « première classe », les mieux dotés en ressources scolaires seront les plus vite servis....
  Luc Boltanski a cru pouvoir faire le constat d’un glissement de l’idéologie dominante vers un « affaiblissement considérable en volume et surtout en sophistication du discours idéologique” : si la chose se vérifiait, la silencieuse segmentation des usagers jusque dans le secteur public en constituerait une forme nouvelle méritant l’attention.
      « Do you want upgrade ? », cette question s’impose à vous de manière lancinante aux États-Unis, dès que vous avez posé votre option pour une place dans un avion ou une chambre d’hôtel. Refuser cet « upgrade » peut certes engendrer de fort désagréables surprises effectives (séparation des conjoints, absence de collation) . Mais elles ne sont visibles qu’après coup, contrairement à la différence entre classes économiques et premières classes à travers lesquelles on est passé en entrant dans la carlingue. « C’est fait exprès, explique pour le service public du funéraire, un opérateur du low cost. Il faut que ce soit un peu visible, qu’on remarque qu’on a accès qu’à une classe de services limités ». Cet « un peu visible », à l’intérieur du service public aussi, semble devenir essentiel. Il y aurait beaucoup à faire sur le travail d’affichage ou au contraire d’euphémisation de la hiérarchie sociale aujourd’hui, ses retours de refoulé souvent inattendus, et surtout les formations de compromis expressives qu’il secrète [20].
      Pour être possible sans être trop visible, le travail de classement social est d’ailleurs délégué aux usagers/consommateurs. On leur re-fabrique soigneusement des classes, mais sous une forme euphémisée : libres à eux de s’y faufiler pour continuer à accéder à ce qui continue à être considéré sinon comme un service public, du moins comme un bien commun (le transport, les obsèques, l’enseignement supérieur), tout en bénéficiant, ou pas, de signes extérieurs de richesse. Bref, on les invite à se « classer » eux-mêmes, à décider au fond – les messages publicitaires disent parfois la réalité du jeu – si " je le vaux bien"...
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