Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 20 novembre 2017

Vu d'Athènes

On n'en a pas fini...

     Cette dette qui s'éternise n'a pas fini de faire parler d'elle, malgré les dénégations, et de constituer une pierre d'achoppement au coeur de l'UE. Mais pas seulement.
   Ou plutôt ce sont les conditions dans lesquelles le pays de Socrate fut sommé de faire une cruelle cure d'amaigrissement, jusqu'à mettre sa santé en péril pour longtemps et à compromettre tout rétablissement.
    Essentiellement pour sauver les banques.
      On  parle parfois d'amélioration, au niveau du tourisme par exemple. Mais c'est l'arbre qui cache la forêt.
    Enfin, des experts de l'OCDE et de nombreux économistes ont donné de la voix pour une politique radicalement nouvelle vis à vis d'Athènes, installée dans un diabolique cercle vicieux. Puis ce furent des responsables du FMI qui montèrent au créneau  pour avertir Bruxelles et surtout Berlin de ses "erreurs" sur la question grecque.
    Plus récemment, c'est nouveau, c'est enfin  la  Cour des comptes européenne qui met les pieds dans le plat, en dénonçant l'absurdité et l'incohérence des plans de réforme successifs, qui n'ont finalement eu comme but principal que d'affaiblir un peu plus le pays et de le rendre pour longtemps incapable d'autonomie et de saine gestion financières.Tour ça essentiellement pour rassurer les marchés financiers.
    Certaines des conséquences de cet aveuglement sont bien connues, notamment l'effondrement d'un système de santé digne de ce nom, comme en témoigne le témoignage d'un observateur sur le terrain.
 Celui-ci évoque ce qu'est devenu l'état sanitaire du pays pour les très  nombreuses personnes devenues pratiquement sans ressources. Une situation tragique d'abandon.
              “Chez vous, c'est comme en Irak, ailleurs, de telles mesures d’austérité auraient causé l’effondrement absolu de la société” ont-ils déclaré après avoir visité nos hôpitaux ainsi que nos dispensaires solidaires et de la dernière chance pour les non-assurés, ces derniers représentent pratiquement un tiers de la population de notre pays ensoleillé.   Nos visiteurs ont ainsi aperçu nos cancéreux qui vendent leurs derniers biens pour ainsi pouvoir faire face au coût de leur incertaine thérapie, nos amputés aux diabètes qui ne sont plus pris en change, les abandons des bébés dans les maternités ; néanmoins aussi, une certaine solidarité et surtout ce (dernier ?) héroïsme des médecins alors indéniable. 
       Ce ne sera pas l'embellie touristique qui va changer les choses.  Le problème est plus politique qu'économique.
    La potion est mortelle. Même au FMI on a fini par s'en rendre compte...
___________________________    (*) Les trois plans de sauvetage européens menés depuis 2010 sont un échec patent, selon le rapport de la Cour des comptes européennes, publié le 16 novembre (lire ici). Alors que le troisième plan est censé s’achever à la mi-2018, la Grèce sort dans un état de délabrement économique sans précédent : son PIB a diminué de 30 %, sa dette publique a pris des allures stratosphériques, dépassant les 180 % du PIB, les banques grecques ne sont pas en état de prêter et d’assurer le financement de l’économie. Le seul objectif clair que s’était fixé la Commission européenne – permettre à Athènes de retrouver un accès au marché financier – semble ne pas pouvoir être atteint. « Ces programmes ont permis de promouvoir les réformes et d'éviter un défaut de la Grèce. Mais la capacité du pays à se financer intégralement sur les marchés reste un défi », souligne Baudilio Tomé Muguruza, membre de la Cour des comptes européenne responsable du rapport.
      En soi, ce rapport ne vient que confirmer les multiples alertes et mises en garde faites par nombre d’économistes et observateurs. Tout au long de la crise grecque et plus encore au moment du troisième plan de sauvetage en juillet 2015, ils n’ont cessé de dénoncer l’irréalisme et le dogmatisme économiques qui prévalaient parmi les « experts » et les responsables politiques européens, et qui ne pouvaient conduire, selon eux, qu’à un échec. Nous y sommes. 110 milliards d’euros de financement ont été accordés à Athènes en 2010, 172 milliards lui ont été à nouveau prêtés en 2012, 86 milliards à nouveau – mais 36 milliards seulement ont été effectivement déboursés à ce jour – en 2015… pourtant sa situation économique et financière est toujours intenable....
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