Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

lundi 6 novembre 2017

Au nom de la vie

       Elle est partie, Anne Bert. Sereinement.
               Trop tôt.
     Mais la fin tragiquement inéluctable de son parcours était réfléchie.
  L'écrivaine nous a quittés sans tapage, mais avec un message pour ses contemporains.
  Non par recherche morbide de la fin, mais, comme elle le dit: J’ai vite compris que si je ne prenais pas les devants, j’étais vouée à mourir de la pire des manières.
   La maladie de Charcot ne donne aucun espoir, laissant entrevoir la plus terrible des issues, non pas surtout la fin inéluctable, avec laquelle elle avait fini par faire alliance, mais avec les atroces souffrances programmées où la personne se dissout dans d'atroces souffrances.
    Elle est allée en  Belgique  pour se livrer humainement, volontairement, à l'acte fatal, dans des conditions les plus encadrées et légales qui soit là-bas.
    Après avoir écrit  Le tout dernier été, témoignage de son choix et des déficiences légales de son pays en ce qui concerne ce qu'on appelle l'assistance de fin de vie.
         Le terme-couperet de suicide ne convient pas en la circonstance pour désigner une mort lucidement choisie dans des conditions particulières et humainement assistées.
«  Je viens de rencontrer mes passeurs. Ces hommes qui font désormais partie de ma vie puisqu’ils vont m’aider à la quitter.
,,,Je les ai sentis rigoureux, exigeants, prudents. Et engagés à me tendre doucement la main. Une autre médecine qui, quand elle ne peut plus soigner le corps, se décide à soigner l’âme.  »

     On lui a lâché la main. Définitivement.
        Mais pas dans l'indifférence purement stoïque ni dans l'héroïsme claironné. Comme en exil. C'est déchirant de devoir quitter mon pays pour mourir comme je l'entends.
     _____En France, la fin de vie dans les conditions actuelles, reste encore largement un sujet tabou.
  Les conditions de la mort à l'hôpital ont changé, mais la loi Leonetti est insuffisante ou mal appliquée dans l'ambiguïté et la culpabilité., La législation est défaillante.
  Elle pourrait enfin changer si aboutissent les demandes en cours, selon le voeu de Anne Bert.
        Pour ne pas vivre sa vie jusqu'au bout de l'enfer...
                       Pour s'inventer un autre jour...
             Pour ne pas être condamné à l'exil, en Belgique ou en Suisse.
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