Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 11 juin 2019

Tragédie de l'euro?

On n'a pas fini de parler de l'euro.
                                Le débat, qui anime régulièrement le monde des experts économiques sur cette question, est loin d'être terminé.
    Mody voit sur ce problème se développer une véritable bulle cognitive.
  Il est possible, voire même nécessaire, que de profonds réajustements ou remises en question interviennent dans les années qui viennent, au profit d'un euro différemment conçu. Sans doute dans la perspective d'un euro commun, mais plus unique, donnant aux économies différentes, parfois très éloignées, de manière négociée, une respiration nécessaires et de nouvelles capacités de développement. L'essentiel et le problème est que cela se fasse dans la concertation la plus apaisée et la plus collective possibles.
  Parler de tragédie est forcément hyperbolique, mais le problème est d'autant plus sérieux que l'on persiste dans l'erreur et que l'on attend encore pour y remédier.
   Sinon, c'est le risque de la crise permanente.

       Point de vue:
                              " En 2016, le Nobel d’économie Joseph Stiglitz publiait; L’Euro, comment la monnaie unique menace l’Europe (Les Liens qui libèrent). Deux ans plus tard, il commentait en ces termes l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement eurosceptique en Italie : « Ce n’est pas étonnant. Car c’est la répétition attendue du début d’un scénario déjà vu. Dans la longue histoire d’une monnaie commune mal conçue, la puissance dominante, l’Allemagne, bloque les réformes nécessaires et appelle à des mesures qui ne font qu’exacerber les problèmes. »
     Pour illustrer la croissance étique que connaît l’Europe depuis l’introduction de l’euro en 1999, il observait qu’en 2000 la taille de l’économie américaine ne dépassait que de 13 % celle de la zone euro ; elle la dépassait de 26 % en 2016. « Si un pays a de mauvais résultats économiques, c’est de sa faute ; mais s’il n’est pas seul dans son cas, la responsabilité en incombe au système », ajoutait-il. Le problème est que « l’euro semble avoir été conçu pour échouer » : alors qu’il devait « apporter la prospérité à tous les pays membres, ce qui devait renforcer leur solidarité et faire avancer le projet d’intégration européenne », il s’est produit exactement le contraire, « car il a freiné la croissance et semé la discorde ».
    __Le livre de l’économiste d’origine indienne Ashoka ModyEuro Tragedy, était en cours d’impression au moment de la formation du gouvernement en Italie. Mais Mody prévoyait déjà que ce pays serait « la ligne de fracture » de l’euro. La menace de voir Rome quitter la monnaie unique s’est accentuée depuis, l’Italie étant entrée en récession.
 ...La décision de créer l’euro a été une concession faite par l’Allemagne de Helmut Kohl, qui n’en voulait pas, en échange de l’acceptation par la France de Mitterrand de la réunification allemande. « C’est une histoire d’avertissements ignorés, de pensée moutonnière, de tromperies et de dénis, de précipitation incon­sidérée et de prudence exagérée, de mythe, de pensée magique, d’illusionnisme technocratique et, enfin, de revanche impitoyable du réel », écrit Andrew Stuttaford dans la National Review.
       Patrick Honohan, qui fut le gouverneur de la Banque centrale d’Irlande de 2009 à 2015, juge le récit de Mody tout à fait convaincant : une succession de « déclarations intempestives et incohérentes faites par les responsables politiques et d’autres » tant du côté des pays créanciers que des pays débiteurs de la zone euro, écrit-il dans The Irish Times. « Pacte de stabilité et de croissance » est le « titre orwellien » donné en 1997 à « un ensemble de règles budgétaires mal pensées et beaucoup trop mécaniques, qui risquaient fort de déstabiliser les économies et de ralentir la croissance ».
     Par ailleurs, « Mody a raison de dire que toutes les parties concernées auraient dû réaliser dès 2000 que la Grèce n’était pas prête et ne remplissait pas les critères pour entrer dans la zone euro ».
    L’économiste indien incrimine un homme en particulier : Wolfgang Schäuble, qui fut sans nul doute le plus influent des ministres des Finances de l’Eurogroupe de 2009 à 2017. Mody lui reproche toute une série d’erreurs, la principale, écrit Honohan, étant d’avoir insisté en 2010 pour que la Grèce rembourse sa dette, ce qu’elle n’avait pas les moyens de faire.
    L’avenir ? Que l’euro soit réservé aux pays du nord de l’Europe… ou que l’Allemagne revienne à son deutschemark...." (Olivier Postel-Vinay) 
                                                         "...L'histoire commence avec Georges PompidouL'une des premières choses qu'il ait faite en arrivant au pouvoir fut de procéder à une dévaluation du franc en août 1969, mesure jugée humiliante. Après-guerre, la France avait eu besoin de nombreuses dévaluations pour compenser le taux d’inflation important qui avait valu aux producteurs français de perdre de leur compétitivité. Dans l'espoir d’éliminer la nécessité de recourir à de nouvelles dévaluations à l'avenir, Pompidou demanda la tenue d'un sommet à la Haye (en décembre 1969, NDLR) pour poser les jalons d'une union monétaire européenne. "L’Union monétaire est la priorité de la France", disait-il. Une telle union devait permettre de fixer les taux de change en une seule monnaie, faisant disparaître par magie toute nécessité de dévaluer le Franc.
    Mais le chancelier allemand de l'époque, Willy Brandt, différa le projet, non sans avoir dit à son ministre de l'Économie Karl Schiller : "Nous devrons veiller à marquer de notre empreinte les futurs travaux de mise en œuvre de[l'union monétaire proposée par la France]. Il faudra s'assurer qu'au sein de la Communauté, nos préférences monétaires prévalent le plus largement possible..."
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