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vendredi 27 mars 2026

Jospin. Droit d'inventaire

Fallait-il des funérailles nationales?

               Si la personnalité de Lionel jospin a marqué une époque et si son oeuvre ne fut pas mineure, fallait-il faire desfunérailles nationales, dont il aurait certainement refusé le principe par anticipation? Le droit d'inventaire, qu'il réclamait pour l'action de Mitterand pourrait s'appliquer à son action elle-même, pas seulement par la droite. Comme cela pourrait être légitimement le cas  en démocratie, à l'égard de tout pouvoir d'importance. Son héritage fut ambigü. Son idéalisation post mortem relève en partie d'un fantasme qui a tout oublé de cette époque complexe. Tout pouvoir mérite critique, même a posteriori, même si elle peut être parfois outrancière ou même un peu injuste. On oublie trop souvent les privatisations nombreuses faites au nom de ouverture du capital, un euphémisme subtil...et d'autres mesures contestées, parfois seulement sociétales.                                                    "...S’il le fut objectivement par ses fonctions gouvernementales, ce militant formé par l’OCI lambertiste, avec laquelle il resta secrètement lié jusqu’à la fin des années 1980 tout en étant dirigeant socialiste, avait dans ses bagages intellectuels une critique radicale de ces institutions présidentielles, dans lesquelles les divers courants trotskystes ont toujours vu la permanence du bonapartisme français, cette confiscation de la volonté populaire par le pouvoir d’un seul.  Un livre trop peu rappelé depuis son décès, dimanche 22 mars, en porte témoignage, sorte d’aveu contourné de l’obstacle sur lequel sa vie politique a trébuché. Paru en 2014, cet avant-dernier livre de Lionel Jospin peut se lire comme l’expression de son propre remords. Le Mal napoléonien (Seuil) – c’est son titre – est une réflexion sur la longue durée du bonapartisme français dont le présidentialisme de la Ve République est le persistant héritage. Sous son apparence posée et retenue, bien dans le style du personnage, c’est un réquisitoire....Curieux livre dont la démonstration restait cependant inachevée, comme si son auteur laissait ses lecteurs en tirer par eux-mêmes les conclusions. Car le « droit d’inventaire » de Lionel Jospin n’y affrontait pas explicitement sa propre expérience de l’« empreinte du bonapartisme » sur la vie politique française : l’absolutisme présidentiel, cette monarchie élective que la gauche a fini par rallier avec François Mitterrand, sa victoire de 1981 après deux précédentes tentatives et ses quatorze longues années au pouvoir....Par l’effet de sa réussite, le mitterrandisme a réussi à convertir la gauche à ce qu’elle combattait : le pouvoir personnel, le coup d’État permanent, la primauté de la conquête de l’Élysée, la politique collective rabattue sur l’élection solitaire, le dévouement militant détrôné par l’électoralisme professionnel… Et c’est cette conversion qui fut fatale à l’espérance qu’incarna Lionel Jospin, alors fédérateur de toutes les sensibilités socialistes, de François Hollande, auquel il avait confié la direction du PS, à Jean-Luc Mélenchon, dont il fit son ministre à l’enseignement professionnel..."     


                                                                                                          __                              ___ Jospin est passé à côté de l'inventaire à son égard..."   
«J'ai surestimé l'approbation»: l'autisme de Lionel Jospin est tout entier contenu dans cette formule. En clair, l'ancien premier ministre a l'intime conviction que son bilan est excellent mais se prend seulement à regretter que les Français ne l'aient pas compris. Page après page, malgré le recul dont il dispose désormais, Lionel Jospin se refuse toujours à procéder au moindre examen critique de la politique qu'il a conduite de 1997 à 2002, du temps où il était premier ministre.   Parle-t-il de la politique fiscale? Il omet de dire que sous la pression de Dominique Strauss-Kahn d'abord, de Laurent Fabius ensuite – éblouis à l'époque l'un et l'autre par le social-libéralisme et rivalisant de mesures de déréglementation –, il a entériné des dispositions très favorables aux très hauts revenus, comme la baisse du taux supérieur de l'impôt sur le revenu ou une scandaleuse fiscalisation des stock-options. Et il préfère proférer quelques généralités: «En soi, réduire l'impôt n'a rien d'absurde... si les circonstances le permettent et si cela peut servir l'activité économique (...) Rien à voir avec le bouclier fiscal d'aujourd'hui qui protège les privilégiés.»          En bref, le fameux «devoir d'inventaire» qu'il a revendiqué en d'autres temps face à François Mitterrand, il ne l'exerce pas à l'égard de lui-même. Et cet autisme est d'autant plus étonnant que cet inventaire ne serait pas toujours en sa défaveur. Car si Lionel Jospin a pris des mesures fiscales très discutables sous la pression de ses ministres des finances en faveur des hauts revenus, il a aussi eu le courage par exemple d'imposer à Dominique Strauss-Kahn – qui y était opposé – un très fort relèvement de la fiscalité de l'épargne.           
Parle-t-il de la politique de privatisations qu'il a conduite? Il n'esquisse pas le moindre regret et falsifie la réalité. D'abord, sur le fond, il n'a pas un mot pour regretter que le contrôle des plus grandes entreprises françaises, celles qui sont cotées au CAC 40, ait été progressivement livré aux grands fonds d'investissement étrangers et notamment aux fonds anglo-saxons. Ensuite, il professe cette contre-vérité: «Il est absurde de dire que nous aurions privatisé plus que le gouvernement Chirac et jamais aucun chiffre n'a été apporté à l'appui de cette affabulation....»      __________                                                                                                    

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