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vendredi 18 septembre 2026

Haute finance en action

 On les appelait naguère fonds vautours ou Hedge Funds

    Une finance aux extrêmes autoritaire et mondialisée, représentant la menace d'une crise,  une menace pour la production industrielleaussi. Un système risqué et  vicieux. Très peu régulé, sans souci de l'intérêt général.


" ...Chaque jour, une centaine d'entreprises françaises changent de main, de plus en plus souvent au profit d'un fonds qui les rachète en les endettant. Le rapport de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, rendu en juin, alerte sur les ravages de ce modèle, le rachat par effet de levier. Et désigne sa cible la plus préoccupante : la santé. Et si ce modèle délétère de reprise d'entreprises se déploie autant, c’est parce qu’il est promu par des responsables politiques et des hauts fonctionnaires qui vont pantoufler du public vers le privé et notamment dans ces fonds d’investissement..."                                Depuis des années, un même discours revient régulièrement dans le débat français : face à un État jugé inefficace, le privé saurait mieux gérer, mieux investir et même mieux soigner. L'Institut Montaigne estime par exemple que l'hôpital public a des « boulets aux pieds » et plaide pour faire évoluer ses établissements vers le privé. L'association professionnelle du secteur du capital-investissement privé France Invest se présente comme l'acteur qui va « créer des emplois, réindustrialiser, soutenir l’économie des territoires et construire les infrastructures de demain ».                                                                                   Selon une étude conjointe du cabinet d'audit et de conseil EY et de France Invest, les entreprises « accompagnées » par ces fonds privés auraient créé 530 000 emplois depuis 2018. Au cœur de cette promesse, un instrument financier présenté comme vertueux, le leveraged buy-out (LBO), ou rachat par effet de levier, censé apporter aux entreprises les capitaux et la rigueur de gestion qui leur feraient défaut. Un de ses illustres défenseurs l'a dit sous serment : interrogé sur le fonds Apollo, qui a fait passer la dette de l’entreprise de chimie en difficulté Kem One de 10 à 700 millions d'euros, l'ancien ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a refusé d'y voir un prédateur.                                                                                                                         La France est le terrain de chasse favori de ces fonds en Europe. Elle « figure parmi les marchés les plus actifs de cette industrie », selon la Banque de France et France Invest, et ce dispositif n'a plus rien de marginal dans l’Hexagone. Selon le rapport de l’Assemblée, chaque jour, une centaine d'entreprises françaises changent de propriétaire, de plus en plus souvent au profit d'un fonds. Fin 2024, les seuls fonds adhérents de France Invest géraient près de 300 milliards d'euros d'actifs. Depuis le début des années 2010, le montant annuel des nouveaux investissements a quadruplé, atteignant près de 30 milliards d'euros en 2025.....                                                 Plus contestable encore, l'État subventionne cette fragilisation des entreprises. Les rapporteurs de l'Assemblée nationale décrivent comment « le levier de la fiscalité » vient en renfort de l’endettement pour remplir les poches des fonds : la fiscalité française autorise la holding à déduire de son résultat imposable les intérêts de l'emprunt contracté pour le rachat (dans la limite de 30 % de l'EBITDA ou de 3 millions d'euros)...                                                 Le rapport de l'Assemblée nationale désigne la santé comme une cible privilégiée des fonds. Cet intérêt est préoccupant, car le secteur tire ses recettes presque exclusivement de la solidarité nationale, si bien que les flux de trésorerie remboursant la dette proviennent, en bout de chaîne, de l'Assurance maladie, donc du contribuable. Pour un fonds, c'est la promesse d'un revenu régulier, garanti par la puissance publique, l’idéal pour adosser un effet de levier.   Les montants investis dans les services de soins ont été multipliés par six entre 2017 et 2022. Ceci s’est accompagné d’« une accélération brutale de l'endettement du secteur de l'offre de soins », la rapporteure redoutant une « fragilisation financière systémique des secteurs du soin sous l'effet de l'intervention des fonds ». ...                                                        Si le rachat par effet de levier a prospéré, ce n'est pas par accident : il a été subventionné par la déductibilité fiscale de la dette, accompagné par une banque publique qui co-investit avec les fonds prédateurs qu'elle devrait contrôler, et protégé par des décideurs qui passent d’un ministère à un conseil d'administration.  Le rapport formule quarante recommandations pour encadrer les pratiques délétères du capital-investissement. Reste à savoir si le législateur s'en saisira. ..."    _______________

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