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samedi 26 septembre 2026

Marche et rêve!

 Quand la marche libère  (remake)

             Marcher peut être une liberté. Quand ce n'est pas seulement "mettre un pied devant l'autre et recommencer..". Quand ce n'est pas une vraie nécessité liée à l'obligation de se déplacer d'un point à un autre. Quand la marche est effectuée pour elle-même dans la nature, tous les sens ouverts, les nécessités et les lourdeurs de la vie ayant été déposées comme un sac trop lourd à porter.  Sans mise en scène... Marcher léger, ouvert à la vie qui s'offre à tout instant, au spectacle des choses, en communion avec la nature.                     Ils ont été nombreux ceux qui ont fait l'éloge de la marche, Non pas  utilitaire, mais gratuite, comme espace de liberté. Non pas seulement pour s'évader, mais surtout pour se retrouver.   En marche! ... disait une certain Président, mais dans son cas ce ne fut pas probant...                                                                                               


                                 La marche, c'est l'homme.
          Leroi-Gourhan disait que " l'homme commence par les pieds " - La marche nous rappelle la bipédie et aussi ce qu'elle nous a offert : nos mortelles civilisations... 
       Marcher redevient à la mode, pour les sédentaires que nous sommes devenus, saturés de tout. Retrouver un rythme lent, un regard qui décentre, un intérêt souvent perdu pour le milieu et un rythme maîtrisé.
Bien au-delà des habitudes, des modes et des contraintes de la course, du jogging imposé. Savoir s'arrêter, regarder, se fatiguer sainement et ré-ouvrir les yeux sur le plus proche, le plus fondamental, le  plus vital.
   Retrouver le sens de la lenteur. Une lenteur maîtrisée, une lenteur réfléchie. Pour retrouver en quelque sorte l'élémentaire.
   Faut-il dire avec Nietzsche que seules les pensées qui viennent en marchant valent quelque chose?
   Il y a marche et marche...
          "
On évitera de croire que la marche est un sport. Pas même un loisir, encore moins un divertissement. Au contraire, si l'on en croit Frédéric Gros, ce serait plutôt une ascèse, au vieux sens grec - exercice, entraînement -, qui nous ramène à l'essentiel, c'est-à-dire à ce presque rien que nous sommes, présent-absent dans le monde, ne faisant qu'y glisser." (RP .D)
            "Marcher, une philosophie", comme le dit Frédéric Gros:
    "C'est ce qu'il fait valoir, dans un admirable petit livre qui ravira même les incurables sédentaires, ceux que Nietzsche appelait "culs-de-plomb". Car personne, après tout, n'est obligé de pratiquer la randonnée pédestre pour prendre plaisir et intérêt à cette prose intelligente et claire - rare, somme toute. Philosophie, ici, ne signifie ni pédanterie ni jargon. Frédéric Gros réinvente, à l'antique, une méditation qui accompagne le mouvement du corps et en creuse les sensations. "En marchant, écrit-il, on échappe à l'idée même d'identité, à la tentation d'être quelqu'un, d'avoir un nom et une histoire." On songe à Michel Foucault, que Frédéric Gros a étudié, édité et commenté, disant : "J'écris pour n'être personne." Ecrire, marcher, serait-ce la même chose ? La parenté existe : nombreux sont les écrivains-penseurs-marcheurs. On en croise certains au fil des pages, depuis Nietzsche arpentant l'Engadine ou les collines niçoises jusqu'à Gandhi nomadisant en Inde avec la marche pour action, sans oublier ces promeneurs célestes que furent Rimbaud, Rousseau ou Thoreau. Contrairement à Kant, hygiéniste et métronome, ils convainquent que sur terre l'homme habite en marcheur. En parcourant le monde à pied, ne fût-ce que quelques heures ou quelques jours, on le voit tout différemment. Et l'on se voit soi-même autre. Car la marche insiste sur les articulations, en particulier celle du corps et de l'âme. Elle métamorphose le temps, impose fatigue à la pensée, se fait subversion ou vacuité. En pérégrinant, on se perd et se retrouve, comme en tout exercice spirituel. On cesse de s'affairer, on crée parfois. Nietzsche avait les sentiers pour atelier, d'autres y élaborent des psaumes. "Marcher fait venir naturellement aux lèvres une poésie répétitive, spontanée, des mots simples comme le bruit des pas sur le chemin. "On évitera donc de croire que la marche est un sport. Pas même un loisir, encore moins un divertissement. Au contraire, si l'on en croit Frédéric Gros, ce serait plutôt une ascèse, au vieux sens grec - exercice, entraînement -, qui nous ramène à l'essentiel, c'est-à-dire à ce presque rien que nous sommes, présent-absent dans le monde, ne faisant qu'y glisser. Avec des mots de tous les jours, et sans en avoir l'air, façon Montaigne, ce philosophe donne là une vraie leçon. De ce livre, en fin de compte, on pourrait dire que le propos est ténu, les constats simples, les remarques presque toujours évidentes. Mais l'écriture est souveraine - limpide, exacte, les termes tous sentis. D'où ce ton juste, qui fait de ce petit volume une très bonne surprise. Du coup... on marche !"
        Retrouver le sens de la marche, c'est se retrouver.
__________________

dimanche 15 février 2026

Petit billet du dimanche

__ Persistances

__ Rétropédalage

__ Relay, relai

__ Bassesses

__ Inquiétant

__ Compromettant

__ Fréquentations

__ Culte du moi

__ Transhumanisme

__ Idéologies et fractures

__ Mobilisation 2.0

__ Russie affaiblie

__ Contrôle israëlien

__ Echos trumpiens

__ Solitude ambiguë

  __ L'ami marocain  >>                                             

__ Rififi dans l'Eglise

__ Crise cubaine

__ Opaques cryptomonnaies

__ Italie devenue toxique?

__ Africains en Ukraine

__ Orban aux abois

__ Lenteur russe

__ Du sable à l'arbre

__ Comme les Aztèques?

                     ___________   Guerre énergétique   _______                             

mercredi 3 décembre 2025

A quoi ça sert...

 De se décarcasser à l'Université?..                                                                                                                                                                 On se le demande. Que de temps perdu, d'efforts vains et de connaissances vite dépassées!  On peut rêver d'un autre monde où on peut gagner du temps et de l'argent, même pour des formations les plus pointues. Il est déjà là et va se développer à grande vitesse. L'IA est là pour nous, dont le développement semble sans limites:  Chat Gpt, Gemini et tous les autres outils qui vont naître demain. Comme un deuxième cerveau qui peut se développer à l'infini.   Finie, la  triche!     Et ce n'est pas seulement les cerveaux qui auront des prothèses pour corriger ses imperfections, sa lenteur,... L'avenir est à l'homme augmenté, comme l'ont déjà envisagé les boss de la Silicon Valley. L'immortalité est même en vue, comme le pense aussi le bon Mr Trump.      L'homme bionique, dans son accomplissement sans fin, serait pour demain. C'est la posthumanité qui est en marche, vers des horizons insoupçonnés.

       Le biologiste J.Testard a fait une mise au point utile sur la faiblesse, l'irrationnelle et la potentielle dangerosité de ces fantasmes si séduisants et puissants.
  Le déraisonnable et l'inhumain nous guetteront et nous guetteront toujours prévient A.Kahn.
    Les risques sont multiples, les nanotechnologies présentant notamment encore de nombreuses inconnues.
Augmenté? Mais de quoi?...IL faudrait d'abord mieux définir l'intelligence..
       Il est à craindre que ce qui pourrait être augmenté, c'est une part d'hubris inquiétante.

    La super intelligence serait pour demain.   Oui, mais...Et l'intelligence naturelle?  Peut-on faire toujours confiance à Chat GPT ?

   Le bon Mr Alexandre s'avance beaucoup, sûr de lui, en expert largement autoproclamé.

   Il est aux limites du mythe.    Visionnaire, utopiste, ou provocateur? Il a inventé une nouvelle religion et a  déjà fait des adeptes...

          "  Laurent Alexandre, médecin et énarque, et Olivier Babeau, professeur d’université, sont les auteurs de nombreux ouvrages. Si le premier s’est très tôt intéressé à l’intelligence artificielle et à ses applications médicales (La mort de la mort, La guerre des intelligences, La défaite du cancer), le second s’est plutôt penché sur les conséquences psychologiques et politiques du développement des technologies numériques (Le nouveau désordre numérique, La tyrannie du divertissement, L’ère de la flemme).     Dans Ne faites plus d’études (Éditions Buchet-Chastel, 2025), les auteurs plaident pour une réforme totale de l’enseignement supérieur, aujourd’hui concurrencé par des technologies qui remettent en cause son utilité. Les temps, selon eux, ne sont plus aux formations longues, aux diplômes et aux concours, qu’ils assimilent à des artefacts d’un monde mourant. Appelant à une « déscolarisation » des savoirs et de l’intelligence, ils exhortent les jeunes à penser « hors du système ». L’avenir appartient aux étudiants disciplinés, curieux, et capables d’utiliser l’IA pour apprendre par eux-mêmes. Convoquant de nombreuses études, Alexandre et Babeau livrent ici un essai audacieux, propre à nourrir une réflexion quant au devenir de notre système d’éducation.                                                La première partie de l’ouvrage révèle l’étendue des bouleversements engendrés par le développement de l’IA générative. Souvent tenu pour une simple évolution instrumentale, le perfectionnement de ces technologies marquerait, en réalité, une rupture comparable à la domestication du feu. Il s’en distinguerait cependant par son rythme incroyablement rapide et par ses effets. Là où le feu avait permis à l’homme de dominer son environnement (au terme, toutefois, de 300 000 ans d’essais), l’IA concurrencerait l’humain dans ce qu’il a longtemps pensé relever de son apanage : la pensée. Pour la première fois de l’histoire, « l’intelligence sort du corps ». Elle devient exogène et gratuite.                                                                            Les conséquences de cette révolution se font déjà sentir. Les auteurs empruntent à l’historien Yuval Noah Harari une métaphore frappante : l’irruption des LLM (pour Large Language Models) dans nos sociétés pourrait être comparée à l’arrivée massive et soudaine de milliards d’immigrés à très haut QI. Associés à des coûts de plus en plus faibles, infatigables, plus productifs et plus efficaces que l’immense majorité des humains, ces agents menacent la plupart des métiers, des fonctions et des statuts actuels. La réponse institutionnelle diffère selon les régions. Si la Chine et les États-Unis semblent avoir pris la mesure des enjeux associés à la maîtrise de ces technologies, l’Europe se limite à une posture de consommation et de réglementation. Or, sans ambition industrielle dans le domaine, notre continent s’expose à d’importants problèmes de souveraineté cognitive.                                                                                           Les décideurs européens se rassurent en raillant les « hallucinations » (pourtant de moins en moins nombreuses) des LLM et en se persuadant que l’IA demeurera éternellement déconnectée du monde physique. C’est sans compter sur la « robolution », c’est-à-dire l’avènement de robots humanoïdes dopés à l’IA. Des entreprises comme Tesla Optimus (propriété d’Elon Musk) sont aujourd’hui capables de produire des automates habiles et intelligents, propres à abolir la distinction entre métiers manuels et intellectuels. Ces robots, dont il est prévu qu’ils soient mis sur le marché dans cinq ans, pourront aussi bien travailler en usine qu’à la maison. Ils peupleront nos cabinets médicaux, nos écoles et nos rues. Notre tendance à déléguer les tâches pénibles et répétitives aux machines, le manque de main-d’œuvre dans nos sociétés et l’efficacité de ces nouvelles technologies nous conduiront, sans nul doute, à les adopter massivement. Cols blancs et bleus souffriront donc autant de la concurrence que leur livreront bientôt ces dispositifs. Seuls semblent pouvoir résister à cette révolution les métiers du care (aide-soignant, sage-femme, éducateur spécialisé, etc.) et des arts du spectacle, dont la nature, profondément humaine, les protège pour un temps. Il demeurera également nécessaire de confier à des personnes la charge d’assumer la responsabilité des choix opérés par l’IA.                                                                                                                                                                  Comment demeurer compétitif dans ces conditions ? Les auteurs ne balancent pas : dans un monde où ChatGPT frôle les 150 de QI, l’avenir est à l’hybridation neuronale. Cette option, qui fonde le projet transhumaniste, semble déjà avoir les préférences de certains magnats de la tech. Alexandr Wang, qui supervise le projet de super-intelligence de Meta, explique ainsi vouloir attendre la maturation des implants neuronaux pour devenir père. Plus d’un tiers des Américains se déclarent aujourd’hui favorables à la perspective d’augmenter le QI de leurs enfants par manipulation embryonnaire ou via des implants cérébraux. Alexandre et Babeau parient sur une émulation générale : quel parent, dans le futur, acceptera de condamner son enfant à la stagnation intellectuelle quand d’autres feront le choix d’augmenter leur progéniture ? Tout porte à croire que nous nous préparons à entrer dans l’ère du « design cognitif ».                                                                                                                  Cette époque ne consacrera pas la « mort du travail » (vieille lune technophobe) car les avancées techniques permettront d’envisager la création de nouveaux métiers. Les auteurs, en lecteurs de Schumpeter, envisagent ainsi très sérieusement que puissent exister, dans les prochaines décennies, des « designers de bébés ». D’autres professions, en revanche, semblent inéluctablement vouées à disparaître. Alexandre et Babeau prédisent ainsi la fin prochaine des emplois liés à la rédaction, à la veille, au consulting, à l’analyse juridique et au service client. Selon eux, « [les] cols blancs [sont en passe de découvrir] qu’ils sont peut-être les ouvriers spécialisés de la nouvelle ère numérique, menacés par un taylorisme algorithmique ».                                                                                                                            L’enjeu consiste désormais à déterminer de quelle façon nous pouvons compléter une IA qui analyse, synthétise et crée mieux que nous. Le défi est de taille, car les agents actuels, loin de se réduire à de simples dispensateurs de savoirs, investissent le champ de la connaissance (entendue comme le produit d’une authentique réflexion). Il devient nécessaire d’envisager des formations nouvelles, propres à permettre aux jeunes de travailler de concert avec l’IA. Or, en la matière, tout, ou presque, reste à faire.                                                                                                Les auteurs établissent un constat : l’émergence de l’intelligence générative ne fait qu’accélérer le processus de décomposition de l’université, très largement consommé en France. Rétive à tisser des liens avec le monde du travail et confrontée à la massification de ses effectifs, elle perd de son utilité à l’heure où l’IA peut expliquer plus vite et plus efficacement que le plus compétent des professeurs. Figée dans des pratiques anciennes, elle persiste à fétichiser le diplôme, dont Laurent Alexandre et Olivier Babeau, pourtant issus des meilleurs établissements, prédisent qu’il sera bientôt assimilé à une « relique barbare », incapable d’attester du niveau réel d’un étudiant.                                                                        Et c’est là que le bât blesse : l’université, née à la fin du XIe siècle, a rendu d’immenses services à l’humanité mais peine désormais à accomplir ses missions. La démocratisation de l’enseignement supérieur a conduit à une inflation du nombre de diplômés et à la dévalorisation de nombre de certifications. Pire : le fonctionnement de l’université, demeuré largement inchangé depuis l’ère industrielle, l’empêche de s’adapter au « tsunami » engendré par l’apparition des LLM. Il devient pourtant urgent de proposer aux étudiants des formations à l’IA et d’intégrer ces technologies aux cursus.                                                                                     Qu’en est-il actuellement ? Alexandre et Babeau brossent un portrait apocalyptique de la situation de l’enseignement supérieur en France (mais la situation semble identique dans la plupart des universités publiques des pays de l’OCDE). L’explosion des capacités de l’intelligence artificielle, expliquent-ils, coïncide avec une diminution des compétences des étudiants. Globalement moins performants et moins cultivés que leurs aînés, les jeunes sont aujourd’hui menacés d’ « abdication cognitive ». Souvent tentés de briller à moindre coût, nombre d’entre eux délègueraient aux IA la réalisation de leurs devoirs. Le phénomène serait massif : les auteurs, relayant un récent article du Financial Times, révèlent que 88 % des étudiants britanniques utilisent aujourd’hui ChatGPT lors de leurs partiels, sans que les surveillants de salle interviennent. Si ces pratiques achèvent de démonétiser les diplômes, elles posent un problème à l’ensemble de la société : comment gérer, demain, des cohortes de jeunes totalement dépendants de l’IA ? Où et comment les employer ? Faut-il envisager la création d’un revenu universel ? Qui imaginera des solutions originales à des problèmes nouveaux ?                                        Ces questions, vertigineuses, ne semblent pas avoir été prises en compte par les établissements d’enseignement supérieur. Rien (ou si peu) n’est entrepris pour éviter que les étudiants ne creusent davantage leur « dette cognitive ». Le danger tient à ce que le capitalisme cérébral exige des hommes qu’ils travaillent et se forment sans discontinuer. Les auteurs entrevoient ici une possible fracture, qui résulterait d’un « darwinisme cognitif et économique ». L’avenir serait aux esprits agiles, curieux, et disposés à « un mépris lucide pour les anciens signaux de valeur » (les diplômes et les concours, qui, loin d’attester de l’intelligence de ceux qui les réussissent, ne sanctionnent qu’une capacité à penser dans des cadres figés).                Si l’IA conteste aux établissements d’enseignement supérieur leur monopole éducatif, elle les concurrence également en matière de recherche. En 2024, le prix Nobel de chimie a ainsi été décerné à Demis Hassabis, le directeur général de Google DeepMind, dont le modèle AlphaFold 2 est parvenu à prédire la structure des protéines (une tâche qui, sans IA, aurait nécessité le travail de « milliards » de biologistes pendant un an). L’ingression de l’IA dans le champ scientifique contribue à une redistribution des lieux de production du savoir. Beaucoup d’étudiants talentueux, d’ailleurs, ne s’y trompent pas. Le livre révèle ainsi qu’un nombre croissant d’entre eux quitte les universités pour intégrer des laboratoires privés. Sam Altman, le co-fondateur d’OpenAI, estime même que son fils, né d’une récente GPA, n’aura aucun intérêt à suivre un cursus universitaire. Les motivations de ces jeunes cerveaux sont multiples, entre conditions de travail optimales et accès à des rémunérations extrêmement attractives (Mark Zuckerberg proposerait à ses meilleurs ingénieurs des salaires 3 000 fois plus élevés que ceux qu’ils pourraient espérer percevoir à l’université).                                                                                                                                        Face à ces bouleversements, les auteurs avertissent : entreprendre des études longues dans un monde où la durée de vie d’un savoir technique est passé, en quatre décennies, de trente à deux ans constitue une « faute stratégique ».   Alexandre et Babeau exhortent plutôt les jeunes à se livrer à un « auto-diagnostic ». Les lycéens doivent réfléchir à la façon dont ils deviendront complémentaires de l’IA. L’idéal, dès aujourd’hui, n’est pas d’avoir été validé par une instance officielle mais de devenir « non-standard », c’est-à-dire irremplaçable, de se cultiver sans relâche, de développer son esprit critique et de s’auto-discipliner. Dans le monde qui vient, dont l’ouvrage assure qu’il sera violemment inégalitaire, la persévérance, le travail, la culture générale et la connaissance de l’histoire « fer[ont] la différence de destins et fonder[ont] les hiérarchies ».                                                                                                                           La dernière partie du livre est consacrée aux « principes de nouvelle éducation » qu’Alexandre et Babeau appellent de leurs vœux. Ceux-ci consacrent le droit universel à l’IA éducative, le droit à l’apprentissage personnalisé dans un monde où la pensée sera « déscolarisée », le droit à la souveraineté cognitive, le droit à un professeur humain (dont la fonction consistera désormais à guider l’étudiant dans un contexte d’explosion du savoir), le droit à la portabilité cognitive (qui garantira le transfert des échanges d’un modèle d’IA à un autre), l’inaliénabilité de l’identité numérique, le droit à la neutralité (qui impliquera une transparence épistémologique intégrale des modèles utilisés), le droit à la confidentialité de l’apprentissage, le droit à l’oubli pédagogique (afin de ne pas être assigné pour toujours à d’anciens échecs) et le droit à la neuro-augmentation, censée prévenir l’émergence d’une humanité « à deux vitesses ...."       _______________________                                                              

mercredi 19 novembre 2025

Tyrannie de l'urgence

Il est URGENT de ralentir!

      De prendre le temps de la réflexion, du loisir, de la méditation, du rêve...                                                                                                                                    "Hâte-toi lentement!" disait Auguste, prônant l'absence de précipitation dans l'action.  Cela pourrait bien avoir encore un sens aujourd'hui, dans une autre temporalité, une autre culture, d'autres modes de vie, d'autres rythmes. Mais cela ne dépend pas toujours tout à fait de nous.   Les notion  de  rentabilité, d'efficacité, de rapidité sont au coeur  du système capitaliste dès sa naissance (Time is money)   et plus encore dans sa version fordienne, qui s'imposa et se généralisa au début du XX° siècle, finissant par investir même les secteurs non industriels et constituant  un saut dans l'automatisation des rythmes et des modes de vie. La rapidité devint la règle et imprègne les comportements d'aujourd'hui jusqu'à la fébrilité. Le manque de temps subjectivement vécu imprègne jusqu'à la quête des dernières nouveautés en matière de modes comme de contenus numériques . Le temps semble nous manquer même en matière de loisirs, générant une insatisfaction rebondissant sans cesse.  La frustration tend à devenir norme. On perd sa vie en voulant la gagner...                                                                                                                                                 


          Le modèle de la hâte tend à s'imposer dans le monde professionnel. Les exigences d'intensité, de réactivité, d'adaptabilité dessinent un faisceau de contraintes pesant sur les temps du travail. Cet ouvrage rend compte d'histoires de travail cumulées lors d'études menées dans de multiples secteurs : ouvriers de l'automobile, de la sidérurgie ou du BTP, pâtissiers, horticulteurs, infirmières et aides-soignantes, agents administratifs et encadrants, etc. Ces femmes et ces hommes vivent des expériences communes relatives aux injonctions contradictoires de faire "vite et bien", à l'impossibilité de prendre le temps nécessaire pour acquérir et faire circuler des savoirs professionnels... tout en ayant le sentiment que les difficultés qu'ils éprouvent leur sont personnelles. Les auteurs décrivent les rouages de ce modèle de la hâte, ses méfaits, mais aussi les stratégies et les ruses déployées dans l'activité quotidienne, individuelle et collective, pour le contrer. De ces histoires se dégagent les temps essentiels, ceux grâce auxquels on peut faire vivre son expérience, défendre sa santé et redonner au travail tout son sens : le temps pour transmettre, pour construire avec les autres, pour créer. En partageant ces tranches de vie, les auteurs veulent susciter une réflexion collective sur les manières d'agir autrement, plaidant pour une " écologie des temps du travail ".                                                                                                                      Un éloge de la lenteur s'impose. Halte à la vitesse! La vitesse qui nous emporte. Celle qui nous agite, nous  conditionne, nous stresse, nous enfièvre. Celle qui compromet notre rapport pacifié au présent. à nous- mêmes. L'injonction à la rapidité, au coeur de nos sociétés où aucun instant ne doit se perdre, finit par devenir toxique. Elle rompt le relatif équilibre avec nous-mêmes, comme source d'insatisfaction permanente. "Rien ne sert de courir"...Il importe de se déconditionner à tout prix, au coeur de la frénésie ambiante, si nous tenons à quelques valeurs intimes. La lenteur fait gagner du temps.                                         "Une sage lenteur a raison de la hâte" (Th. de Mégare)

             "Les seules vérités qui vaillent sont des vérités lentes" (E.Orsenna)
   -"Tout ce qui doit durer est lent à croître" (L. De Bonald)      Montaigne(Essais) : « Le monde n’est qu’une branloire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse : la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d’Egypte, et du branle public et du leur. La constance même n’est autre chose qu’un branle plus languissant. Je ne puis assurer mon objet. Il va trouble et chancelant, d’une ivresse naturelle. Je le prends en ce point, comme il est, en l’instant que je m’amuse à lui, je ne peins pas l’être, je peins le passage. »

               Lever le pied, d'urgence!    

                                                       C'est la règle aujourd'hui dans beaucoup de domaines, devenue une partie de nous-mêmes. Depuis le début de l'ère industrielle. Et cette course dont nous sommes victimes et acteurs à la fois est un cercle vicieux qui nous épuise. Victimes d'un système qui nous pousse à la performance d'une infinités de tâches que nous jugeons indispensables, même parfois dans nos loisirs, nous avons oublié ce qu'est la lenteur. Un autre rythme maîtrisé, pour une sagesse des pas comptés est à retrouver, favorable à la santé, aussi bien physique que mentale.                                                                Il y a urgence à ralentir. Sortir de la dictature de l'urgence. Changer de rythme.    "La lenteur n’est pas un défaut de vitesse, mais bien plutôt le plus haut degré de résistance à un monde qui s’emballe et cherche à enrôler les hommes dans une course sans fin vers l’accélération."                                                                                            

                                                                 La vitesse est devenue une dimension de plus en plus présente dans la vie quotidienne de nos concitoyens, à des degrés divers, toujours "pressés par le temps", les rythmes imposés par une vie trépidante, vivant montre en main. même dans les loisirs, où l'échappée psychologique hors des contraintes quotidiennes devient problématique, psychologiquement surtout.
   Cette propension/pression tend à envahir tous les aspects de la vie quotidienne et devient une nouvelle manière d'exister. Jusque dans nos rêves. Le domaine du sport n'échappe pas à la règle: toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus haut...
    Prendre son temps apparaît parfois comme culpabilisant. Pas seulement dans l'atelier de confection pakistanais ou l'usine de montage japonais... Nous sommes asservis à une logique de production et de ses dérivés, qui retentit sur tout le reste de la vie. Les nouveau modes de management vont dans ce sens, parfois brutaux, souvent source de souffrances.
      Dans la production de masse depuis le fordisme, le temps est devenu de plus en plus un facteur de productivité, donc de richesse, un aspect de l'organisation du travail et, partant, des loisirs, un mode de vie. C'est les Temps Modernes.
  Nous sommes devenus  prisonniers et malades de la vitesse même devant notre smartphone.
           Gagner du temps, même la finance s'y met: pour le trading haute fréquence, cette guerre 2.0, la milliseconde compte et il n'y a nul repos pour le jeu des algorithmes. Un jeu dangereux, comme dit Krugman.
   Il serait temps de trouver les conditions de rephasage entre notre vie et nos activités. Nos esprits qui tendent à s'emballer, devenant moins disponibles pour l'essentiel. Le  problème est global, économique, civilisationnel.
         Pourtant, l'ébauche de la nécessité d'un autre monde commence à s'esquisser, du moins en pensée, contre cette compression du temps qui n'est pas sans conséquences sur la vie psychologique, sociale et économique, cette " course effrénée aux profits ­immédiats et ses conséquences sur la planète et sur la ­société tout entière. Un monde soumis aux serveurs informatiques et aux algorithmes, qui échappent à tout contrôle, dont l’espace temps n’est plus celui des hommes mais celui des ordinateurs. Un secteur financier qui ne bénéficie qu’à quelques personnes dans le monde. A l'image de l'Américain Thomas Peterffy, fondateur et président d'Interactive Brokers, une entreprise située dans le Connecticut. Ce malin, milliardaire et cynique programmeur informatique, pour qui « le capitalisme reflète la nature intrinsèque de l’Homme », est persuadé que ce modèle ne s’écroulera jamais. « Celui qui aura les meilleurs logiciels aura les meilleures chances de l’emporter sur les autres. »
         L'immédiat et la vitesse sont devenus la norme. L’accélération, notre rythme quotidien. « Mais à quel prix ? Et jusqu’à quand ? » interroge le réalisateur Philippe Borrel  dans son dernier film, L’urgence de ralentir. « Ce que nous vivons, appuie l’économiste Geneviève Azam, c’est vraiment la colonisation du temps humain dans toutes ses dimensions – biologique, social, écologique – par le temps économique. C’est un temps vide, sans racine, sans histoire, seulement occupé par la circulation des capitaux ». Directement pointés du doigt, les milieux financiers et la logique d’actionnaires en attente d’une rentabilité immédiate. 
  Parfois jusqu'à la frénésie...    
   Illustration de cette accélération financière et technologique: le trading haute fréquence dans lequel les algorithmes ont remplacé les hommes. « Le marché est un serveur mettant en relation des acheteurs et des vendeurs qui sont désormais des algorithmes, relate Alexandre Laumonier, auteur de 6. Un ordre est exécuté au New York Stock Exchange en 37 microsecondes, soit 1350 fois moins de temps qu’il n’en faut pour cligner de l’œil... » Le rythme est désormais dicté par les machines. « Celui qui compressera le temps le plus rapidement possible gagnera la partie », assène le sociologue Douglas Rushkoff. A moins que les catastrophes écologiques, économiques et sociales annoncées ne prennent les devants...
    Le court-termisme et la financiarisation de l'économie sont potentiellement destructeurs des fondamentaux de l'économie elle-même.
         " La logique de rentabilité et de compétitivité, propre à l’activité économique (« la concurrence ne dort jamais »), s’étend à tous les domaines de la vie. Le temps libre, d’autant plus précieux qu’il a été "gagné", doit lui aussi être géré efficacement ; mais cette réticence à courir le risque de le dilapider a de lourdes conséquences. Il en résulte un handicap qui, pour le coup, est également partagé du haut en bas de l’échelle sociale : « Pas plus que l’exploiteur, l’exploité n’a guère la chance de se vouer sans réserve aux délices de la paresse », écrit Raoul Vaneigem. Or, « sous l’apparente langueur du songe s’éveille une conscience que le martèlement quotidien du travail exclut de sa réalité rentable » . 
   Rosa ne dit pas autre chose : selon lui, si l’on veut reprendre la main sur le cours de l’histoire individuelle et collective, il faut avant tout se dégager des « ressources temporelles considérables » pour le jeu, l’oisiveté, et réapprendre à « mal » passer le temps, en se désimpliquant de cette logique, où au bout du compte la vie perd sa substance comme le temps perd son poids, sa densité. De s'arrêter souvent au bord du chemin pour se sentir seulement exister.
     Ce qui est en cause, ajoute-t-il, c’est la possibilité de « s’approprier le monde », faute de quoi celui-ci devient « silencieux, froid, indifférent et même hostile » ; il parle d’un « désastre de la résonance dans la modernité tardive ». La chercheuse Alice Médigue, elle aussi, identifie un « phénomène de désappropriation » qui maintient le sujet contemporain dans un état d’étrangeté au monde et à sa propre existence . Avant le règne de l’horloge — que les paysans kabyles des années 1950, rapporte Pierre Bourdieu, appelaient « le moulin du diable » —, les manières de mesurer le temps reliaient d’ailleurs naturellement les êtres humains à leur corps et à leur environnement concret. Les moines birmans, raconte Thompson, se levaient à l’heure où « il y a assez de lumière pour voir les veines de la main » ; à Madagascar, un instant se comptait à l’aune de la « friture d’une sauterelle »…
      Parce qu’elle plonge ses racines très profondément dans l’histoire de la modernité, la crise du temps ne se satisfera pas de solutions superficielles. D’où la prudence avec laquelle il faut considérer des initiatives comme le mouvement européen slow — « lent » : Slow Food pour la gastronomie , Slow Media pour le journalisme, Cityslow pour l’urbanisme… 
    Aux Etats-Unis, le penseur Stewart Brand supervise dans le désert du Texas la construction d’une « Horloge du Long Maintenant » censée fonctionner pendant dix mille ans et redonner ainsi à l’humanité le sens du long terme. Le projet perd toutefois de sa poésie lorsqu’on sait qu’il est financé par M. Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon : on doute que ses employés, obligés de cavaler toute la journée dans des entrepôts surchauffés, y puisent un grand réconfort existentiel..."      
    Immense défi que celui qui consiste à s'abstraire de la tyrannie du court-terme, qui est un aspect de la crise que nous vivons, anthropologique autant qu'économique. 
                                                           Est-ce ainsi que les hommes vivent? ♪♫♪

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lundi 1 septembre 2025

L'Europe résistera-t-elle?

Au risque de l'Ukraine

_________    L'Europe, aux voix de plus en plus discordantes face à Trump,  résistera-t-elle aux conséquences du conflit ukrainien, notamment aux discordes qu'il provoque. Pas seulernent sur les questions des moyens à engager, mais aussi sur les problèmes de fond, notamment l'adhésion de Kiev à Bruxelles. Pas seulement du côté de Prague ou de Bratislava, qui penchent vers Moscou. . A Varsovie, il ya comme un retrait qui s'amorce A  Entre lenteurs, hésitations,  divergences et tergiversations.    Sans  boussole  sous les pressions  commerciales de Trump et les tentatives de  division de Poutine. Tout cela dans me contexte d'une Europe qui tente difficilement de trouver sa voie



       ___      Point de vue:  "...3 mars 2025. La guerre en Ukraine a déjà duré presque aussi longtemps que la Grande Guerre de 14-18. Moins meurtrière mais presque aussi lourde de conséquences, elle est en passe d'aboutir à la ruine de l'Ukraine, à la marginalisation de la Russie mais également à la soumission de l'Europe aux États-Unis. Déconnectés des réalités, les gouvernants de l'Union européenne multiplient les appels à relancer la guerre commme pour mieux dissimuler leurs échecs intérieurs et leur effacement de la scène internationale...   Voilà bientôt quatre ans que sévit la guerre dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine. Cette guerre ressemble en tous points à la Grande Guerre  avec un front étiré sur mille kilomètres et des combattants enterrés dans les tranchées, avec aussi des effectifs comparables mais des pertes bien moindres. Notons les drones en plus.                                                                                                                   La Grande Guerre a duré jusqu’à l’effondrement militaire du principal belligérant, l’Allemagne, et s’est soldée par une paix humiliante pour cette dernière. La guerre en Ukraine est en passe de durer aussi longtemps que son aînée et tout indique que les dirigeants européens aspirent à une issue semblable : l’effondrement et l’humiliation du principal belligérant, la Russie. D’Emmanuel Macron (France) et Friedrich Merz (Allemagne) à Ursula von der Leyen (Commission) et Keir Starmer (Royaume-Uni), ils répètent sur tous les tons : « Pas de compromis avec l’agresseur russe ; pas de concession territoriale ».   Cette aspiration à se battre « jusqu’au dernier Ukrainien » est apparue dès le début du conflit en mars-avril 2022, quand les Anglais ont sabordé les négociations de cessez-le-feu engagées par les Ukrainiens et les Russes à Istanbul sous les auspices du président turc Erdogan. On l’a réentendue à Washington lors de la réunion du 18 août autour et derrière le président Donald Trump.                                                                                                                    Est-elle pertinente au regard des différents scénarios de sortie du conflit  ?   • Si le régime poutinien devait s'effondrer comme paraissent le souhaiter les dirigeants européens, l'immense Fédération de Russie éclaterait et deviendrait une Libye post-Kadhafi à la puissance 100 ! L'Ukraine et l'Europe auraient tout à y perdre.  • À l'opposé, une victoire totale de la Russie sur l'Ukraine, si improbable qu'elle paraisse aujourd'hui, serait bien sûr une catastrophe pour l'Europe mais aussi une mauvaise affaire pour le Kremlin qui devrait assumer la reconstruction du pays et affronter la résistance intérieure.  • Le risque le plus probable, au stade actuel, est que s'éternise le conflit avec, dans le Donbass, une ligne de front ou de cessez-le-feu par-dessus laquelle on continuera de se canonner de temps à autre comme aujourd'hui sur le 38e parallèle qui sépare les deux Corées. La Russie comme l'Ukraine et l'Europe y perdraient ce qui leur reste de sève vitale...   Reste le seul scénario pertinent, tel qu'il ressort de mon livre, publié en mai 2024 : Les Causes politiques de la guerre en Ukraine...    C'est celui d'une paix de compromis comme il en allait autrefois dans les conflits intra-européens. Donald Trump, plus sensé qu'on ne le dit, semble l’avoir compris, à la différence de ses homologues européens. Sans doute se dit-il aussi que les guerres, si brutales soient-elles, finissent par être oubliées et laisser place à des relations plus ou moins normales. Ainsi en a-t-il été après l'intervention des États-Unis au Vietnam et leur agression de l'Irak…                                                                                                                                                                 Entendons-nous : la guerre est toujours un drame collectif - le pire de tous - mais il ne sert à rien de rêver d’un monde sans guerre, sans convoitise ni rivalités. La diplomatie consiste en premier lieu à éviter la guerre en ne provoquant pas inutilement tel ou tel État… C’est pourtant ce que nous avons fait en entraînant l’Ukraine à rompre avec la Russie à laquelle elle est liée de source immémoriale.                       En second lieu, à défaut d’avoir pu empêcher la guerre, il faut savoir l’arrêter.   Nos aïeux européens, au fil d’un millénaire d’expériences douloureuses, ont innové en ce domaine comme en bien d’autres. Ils ont inventé le droit international ainsi que la diplomatie, laquelle était fondée sur l’écoute de l’adversaire et la recherche du compromis. C’est ainsi que les plus grandes guerres comme la guerre de Trente Ans, la guerre de Succession d’Espagne ou les guerres de la Révolution et de l’Empire ont pu se conclure par des congrès au cours duquel vainqueurs et vaincus ne craignaient pas de festoyer ensemble. À chaque fois, il s’en est suivi une paix durable.                                                                                                                                                                      La Grande Guerre a mis fin à cette tradition. Elle a ouvert la voie aux guerres totales, jusqu’à l’extermination de l’ennemi.   Malheureusement, les dirigeants de l’Union européenne, dépourvus de la culture générale qui est la « véritable école du commandement » (dixit de Gaulle) et n’ayant jamais eu à connaître la guerre, ont oublié ces leçons du passé. On l'a vu quand l’armée russe a envahi l’Ukraine le 24 février 2022..   Le président Zelensky a entraîné son peuple dans une résistance héroïque tout en étant conscient qu’une guerre prolongée pourrait être fatale à son pays. Ayant prouvé à son homologue russe que la guerre ne serait pas la promenade de santé qu’il escomptait, il a aussitôt pu engager des négociations en Turquie pour un cessez-le-feu. Très vite, les diplomates des deux camps s’orientèrent vers un compromis raisonnable que Zelensky se montra disposé à accepter : renoncement à l’adhésion à l’OTAN, autonomie pour le Donbass russophone, référendum en Crimée au terme d’une période probatoire de quinze ans (comme la Sarre allemande !).            Las, les négociations capotèrent début avril du fait des violences russes (massacre de Boutcha) et plus encore du fait des sommations du Premier ministre anglais Boris Johnson et du Secrétaire d’État américain Antony Blinken à poursuivre le combat.                                                                                Trois ans après, nous voilà de retour à la case départ. L’illusion d’un effondrement de la Russie s’est très vite évanouie et l’armée russe progresse dans le Donbass, quoique très lentement, avec l’objectif a minima d’occuper la totalité des oblasts ou régions administratives virtuellement annexés par Moscou au début de l’invasion.   Le président américain Donald Trump, n’ayant rien à gagner à la poursuite de la guerre, veut en finir au plus vite. Comme toujours au fil de leur Histoire, les Américains, protégés par deux océans, savent qu’ils n’ont rien à perdre à une défaite de leur camp et qu’au contraire, celle-ci peut les renforcer en affaiblissant les belligérants !             De leur côté, au contraire, les principaux dirigeants européens (Royaume-Uni, France, Allemagne) revendiquent la guerre à outrance. Ils se disent eux-mêmes prêts à la faire aux côtés des Ukrainiens et, pour se justifier, n'ont de cesse de présenter le président russe comme un « ogre » (dixit Emmanuel Macron) qui ne souhaiterait pas simplement éloigner l'OTAN de ses frontières mais se disposerait à envahir l'Europe après l'Ukraine (au rythme auquel progressent ses troupes dans le Donbass, à raison d'une centaine de km2 occupés chaque semaine au prix de quelques milliers de morts, ce n'est pas de sitôt qu'il remontera les Champs-Élysées).      À Washington, la délégation européenne a ainsi formulé trois exigences déconnectées de la réalité du terrain et des objectifs des belligérants :• La première est un cessez-le-feu préalable aux négociations de paix.   • Vient ensuite le refus de tout compromis territorial et le maintien du Donbass et de la Crimée russophones sous la férule de Kiev.  • Enfin des « garanties de sécurité » pour l’Ukraine qui se traduiraient par la présence de troupes européennes sur son territoire destinées à prévenir toute nouvelle agression russe.                                                                                  Ces trois exigences équivaudraient à une capitulation de la Russie :   • Le cessez-le-feu ferait perdre à celle-ci son avantage sur le terrain et démotiverait ses troupes tout en offrant aux Ukrainiens un sursis pour refaire leurs forces ; au mieux, il figerait la ligne de front pour un siècle comme en Corée.   • Pour les Russes, il est par ailleurs impensable de reconnaître le retour à l’Ukraine des oblasts de Donetsk, Kherson, Louhansk et Zaporijjia ainsi que de la Crimée. Ce serait admettre que la guerre et le sacrifice de centaines de milliers d’hommes n’ont débouché sur rien.   • Quant aux « garanties de sécurité », elles sont inacceptables pour Moscou. Elles reviennent à placer de facto l’Ukraine sous la protection de l’alliance atlantique. Jamie Shea, ancien secrétaire général adjoint de l'OTAN, en convient dans Le Monde (20 août 2025) : « Il semble improbable que Poutine accepte des garanties de sécurité similaires à l'article 5 (note), car cela serait équivalent à une appartenance à l'OTAN, ou mènerait à celle-ci. »                                                                                         Au demeurant, on imagine mal aujourd'hui des bataillons européens dans les plaines d'Ukraine. Les armées du Vieux Continent sont étiques, très peu combattives et, à part l’armée française, aucune n’a l’expérience des combats. Qui plus est, en cas de provocation russe, elles ne pourraient compter de façon certaine sur le soutien américain et seraient réduites à l’impuissance si, pour une raison ou une autre, Washington décidait de suspendre ses fournitures de composants sensibles… Il est à souligner que le président ukrainien Zelensky n’a repris que du bout des lèvres les exigences claironnées par les Européens. Courageux et inflexible face au président Poutine, il est aussi beaucoup plus réaliste et lucide que les Macron, Merz, Von der Leyen, Tusk, etc. Lui-même s’était montré au début du conflit disposé à un compromis raisonnable. Il ne veut pas d’une victoire à la Pyrrhus qui se solderait par une saignée à blanc de son pays et à sa quasi-extinction physique : sa population est tombée de 52 millions en 1991 à environ 35 millions aujourd'hui  (un « record » historique)                                                                                                                                                                Si l'on n'y prend garde, le jusqu’au-boutisme affiché par les dirigeants de l’Union européenne et du Royaume-Uni pourrait conduire à une prolongation de la guerre et des massacres en ne laissant au président russe d’autre choix que la guerre à outrance, quitte à en arriver à de nouvelles extrémités comme l’emploi d’armes nucléaires tactiques.    Gardons à l’esprit que les guerres ne se déroulent jamais comme prévu. On part pour une guerre « rapide, fraîche et joyeuse » et l’on finit avec Verdun, Hiroshima et la Shoah ! Vladimir Poutine lui-même s’en est rendu compte : il a lancé une petite centaine de milliers d’hommes à l’assaut de Kiev pour une marche qu’il espérait triomphale et près de quatre ans plus tard, voilà son armée qui peine à conquérir les derniers arpents du Donbass. Les dirigeants européens pèchent par la même ignorance des risques et, circonstance aggravante, n’ont pas la même détermination que le président russe. Avec une légèreté criminelle,   les voilà qui plastronnent tant et plus et jouent les matamores sans en avoir, loin s’en faut, les moyens.    L’historien Emmanuel Todd voit dans l’attitude des principaux dirigeants européens à l’égard de la Russie et de la guerre un révélateur de leur propre nature : « La société anglaise est la plus russophobe, tout simplement parce qu'elle est la plus malade d'Europe. […] J'avoue attendre beaucoup de Friedrich Merz, dont le potentiel belliciste antirusse menace l'Allemagne de beaucoup plus qu'un effondrement monétaire. » Quant à la France, elle « va de plus en plus mal, avec son système politique bloqué, son système économique et social à crédit, avec une augmentation de mortalité infantile, » écrit Todd. « Nous coulons. Et hop, poussée russophobe. Macron, le chef d'État-major des armées et le patron de la DGSE viennent d'entonner en cœur la chanson. La France, ennemi numéro 1 de la Russie. On croit rêver. Notre insignifiance militaire et industrielle fait de la France le cadet des soucis de la Russie, suffisamment occupée par son affrontement planétaire avec les États-Unis » (Emmanuel Todd, La Russie est notre Rorschach, 17 juillet 2025).                                                                                   

Le Point, couverture du 21 août 2025La tonalité de la presse est à l'unisson des dirigeants (voir ci-contre la couverture du Point) et ceux-ci, semble-t-il, se disposeraient à passer aux actes.                                                         Le chancelier Merz a pris acte de la ruine de son industrie automobile, suite à la décision de Bruxelles d’interdire dès 2035 la production de véhicules thermiques. Il suggère rien moins que de réorienter les usines vers la production de munitions à destination de l’Ukraine !  De son côté, le président Macron envisage sereinement d’alourdir la dette publique de quatre milliards d’euros en vue d'accroître les commandes d'armes et de munitions.          Sauf à imaginer que nos dirigeants commettent l'irréparrable, l’avenir le plus probable, c’est une Ukraine obligée d’en passer par un compromis concocté par les présidents russe et américain ; ce compromis dépendant du seuil de résistance de la Russie aux pressions américaines. Mais c’est aussi une Union européenne déclassée en économie comme en diplomatie et résignée à la tutelle américaine.    Les institutions européennes issues des traités de Maastricht et de Lisbonne ne disparaîtront pas pour autant. Elles subsisteront aussi longtemps que les États-Unis en auront besoin pour tenir en laisse les États européens (de la même façon qu'aux Indes, les Anglais ont maintenu en survie artificielle l’empereur moghol jusqu’en 1857 pour mieux soumettre les princes locaux)." [ Merci à André Larané ]      _____________