Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!

vendredi 4 janvier 2008

Salaires et profits


Sous le forme d'un petit jeu :"qui a dit...?"

"La part des profits est inhabituellement élevée à présent , et la part des salaires inhabituellement basse. L'amplitude de cette évolution et l'éventail des pays concernés n'ont pas de précédent dans les quarante-cinq dernières années."
La CGT? Non, la Banque des réglements internationaux (BRI)

"La part des salaires dans la valeur ajoutée est historiquement basse, à l'inverse d'une productivité, qui ne cesse de s'améliorer...Ce découplage entre faibles progressions salariales et profits historiques des entreprises fait craindre une montée du ressentiment contre le capitalisme et le marché.."
Alain Besancenot? Non, Alan Greenspan, ancien directeur de la Fed (déclaration au Financial Times)

"Il y a en gros 120 à 170 milliards d'euros qui ont ripé du travail vers le capital"
(J.Fayolle , ancien directeur de l'IRES)
"Le revenu salarail net n'a pratiquement pas augmenté depuis ces vint-cinq dernières années" (Les Echos)
"Le niveau de vie de la grande masse des Américains n'a pas progressé depuis la fin des années 1960. Pendant ce temps, pourtant,la croissance moyenne de la productivité du travail dans les entreprises a été de 1,75% par an..."
(Michel Aglietta)

Devenu jetable, malléable, sur mesure , l'emploi s'est ajusté aux besoins variables des entreprises. D'après le FMI, dans les pays membres du G7, la part des salaires dans le PIB a baissé de 5,8% entre 1983 et 2006. En Europe, cette part a chuté de 8,6%, et en France, de 9,3% (d'après la Commission Européenne)

L'épargne salariale ou la capitalisation honteuse par Michel Husson
Observatoire des inégalités
L’économie va très bien, tout va bien, dormez bien

mardi 1 janvier 2008

Sagesse de l'instant

""La vie de l'insensé est sans joie, elle est agitée, elle se porte toute entière dans l'avenir." (Montaigne)


"Il n'y a aucune constante existence, ni de notre être, ni de celui des objets. Et nous, et notre jugement et toutes choses mortelles vont coulant et roulant sans cesse." Montaigne II, 12


On demanda un jour à un homme qui savait méditer,
comment il faisait pour être si recueilli, en dépit de toutes ses occupations

Il répondit:

Quand je me lève, je me lève.
Quand je marche, je marche.
Quand je suis assis, Je suis assis.
Quand je mange, je mange.
Quand je parle, je parle.

Les gens l'interrompirent en lui disant:
"Nous faisons de même, mais que fais-tu de plus ?"
Quand je me lève, je me lève.
Quand je marche, je marche.
Quand je suis assis, je suis assis.
Quand je mange, je mange.
Quand je parle, je parle.

Les gens lui dirent encore une fois:
"C'est ce que nous faisons aussi !"
Non, leur répondit-il.
Quand vous êtes assis, vous vous levez déjà.
Quand vous vous levez, vous courez déjà.
Quand vous courez, vous êtes déjà au but...
Présentement ! (conte anonyme)

Ici et maintenant
Pensée zen et instant( Pour une introduction à la pensée ZEN)
Taoïsme--Zazen

lundi 31 décembre 2007

Ecole ,néolibéralisme et décervelage

Etablissements rénovés, enseignement dégradé ?

Qui a peur des humanités? ( Catherine Kintzler)

Entretien de Jean-Claude Michéa
"Dans une optique libérale, c'est l'acte éducatif lui-même qui tend à devenir problématique.. La prétention d'enseigner quelque chose à quelqu'un...est, par définition, toujours suspecte. Il est en effet plus facile d'y voir une manière déguisée d'imposer à autrui ce qui ne constitue qu'une opinion privée, en droit toujours déconstructible.."
-Pour la défense de l'école républicaine
-L’éducation sans principes d’une société sans dessein

-Contrer l’offensive libérale sur l’école
-L’école républicaine mise en bière
-Les saboteurs libéraux de l'ecole publique
-Malaise dans l'éducation, par Dany-Robert Dufour
-L’école britannique livrée au patronat
-Une association ultra-libérale appelle les parents
-Marché et infantilisation(marchandisation de l'école aux USA, p.200>)

samedi 29 décembre 2007

Laïcité positive ?



-Sarkozy menace-t-il la laïcité ?

-Un président de droit divin (Reboul)
-Le discours du président Sarkozy au palais du Latran (Villach)
-L'inquiétant pacte de Sarkozy au Vatican

"...Sarkozy assure que « celui qui ne croit pas ne peut soutenir en même temps qu'il ne s'interroge pas sur l'essentiel. » Comme s'il fallait être croyant pour se poser des questions métaphysiques ! Pire, il explique que « le fait spirituel est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance ». De quelle « tendance naturelle » parle-t-il ? Non seulement il nie la capacité des athées ou des agnostiques à se poser des questions existentielles, mais il dénie aussi ce droit aux milliards de gens, des confucianistes aux animistes, qui ne croient pas à une transcendance ! C'est une vision très étroite et insultante." (CK)
-SOS Laïcité ! - Riposte Laique
-Sarkozy : la religion doit devenir l'opium des banlieues !
-Laïcité: Sarkozy franchit la ligne rouge

«Cette conception sociologique de la religion, fournissant "l’espérance" qui fait que les peuples se tiennent tranquilles, on croyait qu’elle était loin derrière nous!», s’est exclamé François Bayrou, l’un des premiers à réagir le 25 décembre après le discours de Latran. «Ce n’est pas autre chose que l’opium du peuple que dénonçait Marx» a ajouté le président du MoDem, qui a aussi relevé «le paradoxe troublant» d’un Président «qui affiche sa complaisance avec le matéralisme financier et en même temps souhaite faire de la religion une autorité dans l’espace public».
-La laïcité, une coquille vide ?
-Une laïcité de chanoine, par Caroline Fourest
-Sarkozy et Dieu -
-Laïcité : les cinq fautes du président de la République
-Quelle orientation politique et sociale se cache donc derrière le président de la république lorsqu'il parle de laïcité?..

mercredi 26 décembre 2007

L'individu et le marché


-- Dany-Robert Dufour s’entretient avec Joseph Rouzel de son dernier ouvrage;Le Divin marché

--Les désarrois de l'individu-sujet, par Dany-Robert Dufour
-Malaise dans l'éducation, par Dany-Robert Dufour
--De la réduction des têtes au changement des corps, par Dany-Robert Dufour
--Education, religion, raison et marché(.pdf )
--Portrait du grand Sujet
--Robert Reich : le « supercapitalisme » menace la démocratie

"La fabrique d’un individu soustrait à la fonction critique et susceptible d’une identité flottante ne doit donc rien au hasard : elle est parfaitement prise en charge par la télévision et l’école actuelles. Le rêve du capitalisme n’est pas seulement de repousser le territoire de la marchandise aux limites du monde (ce qui est en cours sous le nom de mondialisation), où tout serait marchandisable (droits sur l’eau, le génome, les espèces vivantes, achat et vente d’enfants, d’organes...), mais aussi de faire rentrer les vieilles affaires privées, laissées jusqu’alors à la disposition de chacun (subjectivation, sexuation...), dans le cadre de la marchandise..."(D-R. Dufour)

"...En abolissant toute valeur commune, le marché est en train de fabriquer un nouvel « homme nouveau », déchu de sa faculté de juger (sans autre principe que celui du gain maximal), poussé à jouir sans désirer (le seul salut possible se trouve dans la marchandise), formé à toutes les fluctuations identitaires (il n’y a plus de sujet, seulement des subjectivations temporaires, précaires) et ouvert à tous les branchements marchands. Nous sommes là devant un aspect très particulier de la dérégulation néolibérale qui, malheureusement, n’est pas encore bien compris, mais qui produit d’ores et déjà des effets considérables dans tous les domaines, et notamment sur le psychisme humain. Un certain nombre de psychiatres et de psychanalystes sont en train d’inventorier les nouveaux symptômes dus à cette dérégulation, comme la dépression, les addictions diverses, les troubles narcissiques, l’extension de la perversion, etc...." (D-R. Dufour)
Alain Ehrenberg: De l'individu incertain à la fatigue d'être soi

Pouvoir et théatralisation


"En politique, ce qu'il ya de plus difficile à apprécier
et à comprendre, c'est ce qui se passe sous nos yeux." Alexis de Tocqueville, 1835



La théâtralisation est inhérente à l'espèce douée de parole

"....L'image a un effet radical d'évidence de vérité. L'image crée la fausse certitude du direct, de la transparence. Mes travaux résument cette problématique complexe en une formule : l'image, c'est le dogme. Si je devais choisir, comme vous m'y invitez, l'image captivante pour figurer la Démocratie planétaire, je proposerais le reality show. Ça vous donne un individu qui se voit et que tout le monde croit voir comme sujet authentique, auto-démasqué. Pour moi, c'est l'image de ce que nous sommes, les captifs du nouveau mensonge de masse, de l'auto-crétinisation interactive..."(Pierre Legendre)

Pierre Legendre : l'escalade de l'obscurantisme
P.Legendre sur France Culture
La«pensée» libertaire et «pensée» libérale renforcent réciproquement leurs effets pour produire le citoyen/consommateur lambda de la démocratie planétaire. Le tout se conjugue, tragiquement, en ce que Legendre nomme «la débâcle normative». La multiplication des espaces de liberté est devenue la prison de la confusion mentale. D'où la nécessité absolue de poser la norme, d'instaurer l'interdit ou le droit pour contenir le fantasme, cette voie royale qui peut aboutir au meurtre. De cet inévitable désarroi surgit sans cesse sous la plume de Legendre la référence au Droit
Lire : (Legendre)
Serge Hefez, psychiatre : Nicolas et Carcilia
Sarkozy, Blair et la communication : Anglosphères

samedi 22 décembre 2007

Paradoxe des frontières


La mondialisation n'abolit pas les frontières, elle les fabrique

Qn'est-ce qu'une frontière ?

"Alors que la rhétorique du « sans frontières » domine dans nos sociétés occidentales, que les marchés nationaux s'ouvrent, jamais autant de démarcations n'ont été tracées dans le monde depuis une quinzaine d'années : c'est le phénomène analysé par Michel Foucher dans L'Obsession des frontières"

Michel Foucher : «L'adhésion n'est pas la seule solution aux problèmes des voisins de l'UE»


Frontières - Grande Europe

Ghettos: maux et mots


Contre les ghettos linguistiques

"......Pour les jeunes de ces quartiers-ghettos, l'imprécision et la pénurie des mots va de pair avec l'enfermement qu'ils subissent ; elles constituent leur lot réduit parce que ni l'école ni la famille ne leur ont transmis l'ambition d'élargir le cercle des choses à dire et celui de ceux à qui on les dit. Cantonnés à une communication de proximité, prisonniers d'une situation d'extrême connivence, ils n'ont jamais eu besoin de mots justes et nombreux pour communiquer ensemble. En bref, n'ayant à s'adresser qu'à des individus qui vivent comme eux, qui croient en le même Dieu qu'eux, qui ont les mêmes soucis et la même absence de perspectives sociales, tout "va sans dire".........."'(AB)

Mots et banlieue

vendredi 21 décembre 2007

Penser la crise pétrolière ?


Trois dossiers importants pour comprendre ce qui peut arriver:

(optimistes s'abstenir...)

Le pétrole est partout, des transports aux médicaments, des engrais aux textiles...La hausse du prix des hydrocarbures sera plus qu'un choc économique, mais la fin du monde tel que nous le connaissons. Il importe de mettre en oeuvre rapidement une sobriété nouvelle pour sortir de l'état d'ébriété pétrolière qui nous a été imposé depuis une centaine d'années. Pourrons-nous le faire sans drames , sans secousses politiques majeures?.


-1-Nous mangeons du pétrole
(dossier pdf -cliquez)



Nous dépendons in fine de l'agriculture. L'agriculture est devenue extêmement dépendante du pétrole, directement ou indirectement. Sans pétrole ou avec un pétrole très cher, que deviendra-t-elle? que deviendrons -nous ? (Un dossier sans complaisance, précis,appelant une réaction rapide...)
"Cet article est probablement le plus important que
j’aie ´ecrit `a ce jour. C’est sans doute le plus effrayant,
et sa conclusion la plus noire que j’aie jamais produite.
Il est possible qu’il perturbe très profondément le lecteur
; il m’a moi-même perturbé fortement. Cependant,
il est important pour notre avenir que cet article soit
lu, compris et discuté".(extrait de la conclusion de l'auteur)



-2-Robert Hirsch : « Avec le pic pétrolier, la croissance est condamnée »:

Une déclaration sans concession , qui concerne notre (très?) proche avenir et qui interroge notre capacité de prise de conscience collective
"Le Dr. Hirsch est l’auteur d’un rapport célèbre, rédigé en 2005 pour le ministère US de l’énergie, qui a mis en lumière les délais très long et les difficultés qui seront inhérentes à la mise en place de solutions techniques au problème du Peak Oil, au delà de la question de l’approvisionnement."('introduction)

-3-Notre grande crise est là:

Un bilan d'une crise qui dépasse les simples problèmes de subprime ou de stagflation , à laquelle nous serons inévitablement confrontés.
"Le texte de Lieven renforce notre conviction de la pénétration de perceptions fondamentales dans notre psychologie, accélérées ces derniers mois, depuis le “rapport Stern”. On ne dira jamais assez l’importance de ce texte pour crédibiliser psychologiquement l’hypothèse de la crise climatique. L’intervention d’un membre de l’establishment financier internationale et anglo-saxon (Stern) a crevé la barrière la plus solide contre l’acceptation de l’hypothèse de la crise climatique, bien plus solide que toutes les censures du monde : le conformisme terroriste de l’esprit moderniste." (extrait)

L’Amérique empire... L'énergie en jeu

(AgoraVox le média citoyen):articles de Larchey-Wending

- Une brève histoire de l'avenir, de Jacques Attali (étude critique)
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Terre De Brut (pour suivre l'actualité pétrolière)
ASPO France - Le pic de production de pétrole
futura energie petrole liens
On nous ment sur les réserves de pétrole

« Toute personne croyant qu'une croissance exponentielle
peut durer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »

Kenneth Boulding

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Livres à lire en priorité: Jancovicii:Le plein, s'il vous plaît
Jean-Luc Wingert: La vie après le pétrole
Eric Laurent:La face cachée du pétrole

jeudi 20 décembre 2007

Gouvernance : pas clair...


Vous avez dit gouvernance ?

La notion de "gouvernance" m’a toujours intrigué, du moins depuis son émergence, son succès et sa généralisation dans le domaine des affaires et son extension dans la sphère politique nationale, européenne, mondiale. L’inflation de cette notion pose problème. Est-ce un concept novateur ou une nouvelle invention de la novlangue néolibérale?


Comme un certain nombre de termes français anciens (il est utilisé au XIIIe siècle comme équivalent de gouvernement - l’art et la manière de gouverner), il passe en anglais (governance) au siècle suivant avec la même signification. Puis il tombe en désuétude. Ce terme fleurit vers la fin des années 80 : c’est la Banque mondiale qui généralise son emploi puis le Fonds monétaire international (FMI) et le Programme des Nations unies pour le développement. Il migre parallèlement dans le domaine de la gestion d’entreprise (associé à management), puis de l’administration, de l’Etat, dans le vocabulaire de base des administrations bruxelloises (1).

En fait, cette notion émerge un peu plus tôt. Elle "est apparue il y a plus d’un demi-siècle chez les économistes américains. Ronald Coase, jeune économiste, publie en 1937 un article, The Nature of the Firm, dans lequel il explique que la firme émerge car ses modes de coordination interne permettent de réduire les coûts de transaction que génère le marché ; la firme s’avère plus efficace que le marché pour organiser certains échanges. Cette théorie, redécouverte dans les années 70 par les économistes institutionnalistes, et en particulier par Olivier Williamson, débouche sur des travaux qui définissent la gouvernance comme les dispositifs mis en oeuvre par la firme pour mener des coordinations efficaces qui relèvent de deux registres : protocoles internes lorsque la firme est intégrée (hiérarchie) ou contrats, partenariat, usage de normes lorsqu’elle s’ouvre à des sous-traitants. Le terme corporate governance, qu’on peut traduire par gouvernance d’entreprises, va ensuite être utilisé dans les milieux d’affaires américains tout au long des années 80. » (MC Smouts)

Dans les années 80, c’est la pensée politique anglaise qui s’empare de cette notion pour repenser une séries de réformes des pouvoirs locaux, jugés inefficaces et dispendieux. Puis elle est devenue, dans les années Blair, l’outil commode pour désigner une pratique de gestion politique courante, dont on a déjà décrit les modes de fonctionnement par ailleurs (2).

Il existe des notions comme celle-ci qui deviennent si communes qu’on a oublié dans quels contextes elles sont nées, comment elles se sont forgées, à quels titres on les a utilisées, à quels contextes idéologiques elles se réfèrent. Car les mots, dans ces domaines, sont loin d’être innocents, neutres, purement « techniques ». De telles notions sont porteuses de vision du monde et de rapports sociaux, d’options politiques implicites. Qu’on songe à celles qui sont devenues si courantes qu’on ne les remarque même plus, qu’on ne les interroge plus, comme « demandeurs d’emploi », « modernisation », « ouverture du capital », etc., qui véhiculent des points de vue économiques très particuliers...

Si l’on va au fond des choses, on s’aperçoit que la notion de gouvernance sous-entend le plus souvent une remise en question, celle de « revoir l’ensemble des règles, des procédures et des pratiques qui affectent la façon dont les pouvoirs sont exercés ». Elle implique une contestation des formes traditionnelles et constitutionnelles de la démocratie représentative et induit parfois un glissement vers des formes de privatisation de la décision publique. Elle paraît donc en phase avec le développement des formes de gestion néolibérales en cours depuis les années 80. Elle permet de repenser le rôle de la « société civile » dans le fonctionnement de la politique, de mettre la logique des intérêts particuliers au cœur de la gestion étatique, et d’affaiblir le pouvoir politique, les notions de souveraineté et de citoyenneté, de ramener la gestion des hommes à celles des choses, de donner la priorité au court terme sur le long terme, d’installer la logique de l’entreprise au cœur même du politique. Elle consacre, comme le blairisme le montre avec clarté, une intrumentalisation du politique au service d’une libéralisation, qui limite le rôle du gouvernement et du parlement, qui fait entrer des acteurs non-gouvernementaux dans le processus de décision politique, qui vise à privatiser les services publics par l’installation d’une déréglementation purement « économiste ».

La « bonne gouvernance », explique Marie-Claude Smouts, directrice de recherche au CNRS, c’est « un outil idéologique pour une politique de l’Etat minimum ». Un Etat où, selon Ali Kazancigil, directeur de la division des sciences sociales, de la recherche et des politiques à l’Unesco, « l’administration publique a pour mission, non plus de servir l’ensemble de la société, mais de fournir des biens et des services à des intérêts sectoriels et à des clients-consommateurs, au risque d’aggraver les inégalités entre les citoyens et entre les régions du pays ». En bref, l’habillage institutionnel des plans d’ajustement structurel et du « consensus de Washington ». Dans un autre domaine, celui de l’entreprise, la corporate governance, ou « gouvernement d’entreprise », est la nouvelle dénomination de la dictature des actionnaires, qui aboutit aux licenciements de convenance boursière dans des firmes pourtant prospères comme la division LU de Danone ».

« Une addition d’intérêts privés, même légitimes, ne fait pas l’intérêt général, d’autant que certains de ces intérêts sont plus égaux que les autres : entre la Table ronde des industriels européens (ERT), qui a ses entrées dans les principales directions générales de la Commission et qui, parfois, rédige même leurs projets de directives, et une association ou un syndicat que l’on écoutera poliment, la balance n’est évidemment pas égale.

Le peuple, compris comme l’ensemble des citoyens, est le grand absent. Le grand paradoxe de la gouvernance est qu’on nous propose d’élargir la démocratie à la société civile, alors que celle-ci est précisément cet ensemble de relations dans lequel les individus ne sont pas des citoyens, mais de simples vecteurs d’intérêts particuliers. On n’est citoyen que comme membre du peuple souverain. Les prérogatives qui placent la loi, expression de la volonté du souverain, au-dessus de l’intérêt privé, sont la seule garantie contre l’inégalité et contre la domination des plus faibles par les plus forts. »

CONCLUSIONS :

L’usage de la notion de gouvernance est donc très ambivalent ; elle peut avoir un aspect purement gestionnaire ou un aspect plus politique.

« La gouvernance met l’accent sur plusieurs types de transformation des modalités de l’action publique :

-1) la gouvernance constitue, pour certains, un instrument au service de la poursuite de la libéralisation des sociétés dans la mesure où elle consiste à limiter le rôle des gouvernements et à faire entrer dans le processus de décision des acteurs non-gouvernementaux en privatisant les entreprises et certains services publics, en dérégulant et en déréglementant. Les tenants d’une approche "économiciste", gestionnaire de la gouvernance, dissimulent fréquemment leurs intentions qui ne sont autres que l’extension du marché capitaliste ;

-2) pour d’autres, principalement ceux qui développent une approche en termes de pouvoir, la gouvernance est perçue comme une voie ouverte à la démocratisation du fonctionnement étatique, à la mobilisation civique et aux initiatives locales et citoyennes.

En limitant la gouvernance à une approche utilitaire, gestionnaire, on passe sous silence l’analyse des intérêts socio-politiques, des rapports de pouvoir et d’hégémonie, des conflits politiques qui marquent l’évolution des relations internationales. Les questions liées à la souveraineté, telles que "qui est en droit de commander ?", "selon quelles modalités ?", "dans le cadre de quelle structure de participation politique ?", sont évincées au profit de questions ayant trait aux modes de régulation en tant que tels. Les questions relatives aux Etats qui ne participent pas au processus, à la coordination entre les différents sous-systèmes fonctionnels et à la finalité de la gouvernance ne sont pas posées. Or, ces questions peuvent remettre en cause la notion de gouvernance mondiale telle qu’elle est conçue par les organisations internationales.

En effet, pour Marie-Claude Smouts (4), on ne peut pas parler de gouvernance mondiale dès lors que la régulation internationale se fait entre un nombre limité d’Etats, de sociétés privées et d’élites partageant le même code de communication, celui du libre-échange et de la conception occidentale des droits de l’homme. De nombreux Etats sont en effet exclus de la construction de l’ordre mondial. La gouvernance globale qui est définie par la Commission du même nom comme "la somme des différentes façons dont les individus et les institutions, publics et privés, gèrent leurs affaires communes" est encore moins avérée car elle suppose que soit mise en place une organisation centralisée guidée par des principes d’action commun comme l’équité, la sécurité ou la redistribution. Or, pour l’auteur, la gouvernance repose au contraire sur une prolifération de modes d’organisation, de niveaux et d’instances de décision. Rien n’indique que l’ensemble de ces configurations ne débouche sur un programme d’action cohérent répondant aux objectifs de toute l’humanité.

De même, la gouvernance exige la participation des citoyens aux affaires publiques et le contrôle des détenteurs du pouvoir politique. L’émergence sur la scène politique des ONG, des experts et des bureaucraties transnationales, des réseaux locaux et régionaux nécessite que soient développées des réflexions sur les procédures de participation politique et de contrôle des instances du pouvoir. Enfin, les finalités de la gouvernance mondiale, à savoir la suppression des entraves au libre fonctionnement du marché au niveau mondial, ne sont pas explicitées.

Or, la problématique de la gouvernance mondiale a été accaparée par des institutions internationales qui en ont fait un outil au service de l’idéologie néo-libérale. Il y a cependant de la place pour de nouvelles études sur la gouvernance qui posent le problème d’institutions internationales mieux adaptées aux évolutions du monde contemporain. De nouvelles institutions devraient voir le jour pour gérer et prévenir les conflits, rétablir et maintenir la paix dans le monde, promouvoir et protéger les droits élémentaires ou, de manière plus prosaïque, assurer la stabilité économique et lutter contre les effets d’une spéculation effrénée. Ceci nécessite peut-être la mise en place de mécanismes de régulation qui restaurent certaines entraves au libre fonctionnement d’un marché tout-puissant

En fait, les organismes de financement internationaux ont eu tendance, dans leur discours, à opposer de façon artificielle l’Etat à la société civile. Ils ont laissé entendre que l’affaiblissement de l’Etat était nécessaire à l’émergence d’une société civile, capable de prendre part à la réforme d’institutions politiques figées. La privatisation et la décentralisation ont été abusivement présentées comme permettant de renforcer l’esprit d’initiative des populations, leur autonomie et leur participation au développement de leur pays. Les réformes institutionnelles recommandées au nom de la bonne gouvernance ont donc été associées de manière quelque peu abusive à la défense de la démocratie. »

« Sous des allures idéalistes et utopistes, la gouvernance pourrait bien dissimuler le plus sournois des libéralismes » (MC Smouts)

-(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Gouvernance

-(2) http://www.agoravox.fr/article.php3 ?id_article=31667

-(3) http://www.monde-diplomatique.fr/2001/06/CASSEN/15272

-4) http://www.institut-gouvernance.org/fr/document/fiche-document-36.html

-(5) http://www.er.uqam.ca/nobel/ieim/IMG/pdf/canet-mars-2004.pdf

-(6) http://www.france.attac.org/spip.php ?article832


"Le néo-positivisme nous parle de la « gouvernance », un vocabulaire politiquement châtré qui témoigne de ce qui s'accomplit sous nos yeux. L'idéal gestionnaire introduit l'équivalent d'un virus dans cette sorte d'ordinateur qu'on nomme l'État. Mais, qui dit État, dit Nation. Et, comme vous savez, les doctrines au service de l'individualisme triomphant, aussi triomphant que le Management, ont en abomination ces mots et les concepts qu'ils véhiculent.
En France, les hérétiques officiels ont fait fortune dans l'opinion intellectuelle, notamment avec ça. J'ai dans les oreilles une formule claironnée par Foucault (entendue en 2002 lors d'une rétrospective de France Culture), appelant de ses vœux (je cite) « le sabotage de l'État ». Cette prédication démagogique rejoint en fait les intérêts de l'ultra-libéralisme, qui fonctionne sur fond de casse subjective et sociale. Et le sabotage de l'État signifie dans la réalité relancer les poussées féodales à l'intérieur des vieilles Nations. " (P. Legendre) :
Sur la Globalisation, s'indigner n'est pas comprendre
(Éditions Ellipses): Gouvernance: une démocratie sans peuple ? :
"Omniprésent dans le débat intellectuel, le concept de gouvernance est aujourd’hui au cœur de toutes les stratégies publiques visant à nous faire entrer dans un autre temps politique ayant enfin rompu avec « la guerre de tous contre tous », pacifié, soucieux de consensus créateurs et partagés.

Séduisant par le fort parfum participatif qu’il exhale et la vision citoyenne qui l’inspire, ce concept n’en doit pas moins être interrogé, dans la mesure où il participe, à bien des égards, d’une démarche de déconstruction subtile de nos repères républicains fondamentaux."

-Le mot et la chose