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vendredi 5 octobre 2012

La guerre des 3%

Nouvelle ligne bleue des Vosges?...
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♦« C'est mon devoir. Je veux préserver la qualité de la signature de la France à l'égard des marchés financiers [...] »
(F.Hollande_discours à la Cour de comptes LCP/Public Sénat - 07.09.2012)

♦« Les 3 % sont nécessaires, pour la crédibilité du pays, pour la qualité de la signature [...] »

( P. Moscovici - interview à Europe 1 - 28.09.2012)
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_ 3%: un nombre fétiche et symbolique sur lequel on ne transige pas à Bercy.
Les Vosges, au loin...
Même s'il y a des flottements...
" Le  tabou se fissure. Et si la France ne revenait pas à un déficit de 3 % dès l’an prochain ? Après les économistes, ce sont désormais des responsables socialistes et même des conseillers de l’exécutif qui remettent en cause, publiquement ou à demi-mots, l’objectif imposé par les traités européens. Le gouvernement le proclame pourtant avec force alors qu'il présente ce vendredi son budget pour 2013 dont la vocation première est de revenir dans les clous de Maastricht.
« Concernant les perspectives des finances publiques de la France, nous tiendrons cet objectif de 3 % de déficit, parce que nous voulons maîtriser notre destin et préserver notre souveraineté » « Ce choix va demander des efforts, justes, mais qui ne cassent ni notre économie ni notre modèle social. Ce n’est ni l’Europe ni le traité qui nous l’impose, c'est notre volonté de ne pas nous laisser dicter notre politique par les marchés financiers », insistait-il. Un message répété jeudi soir sur France-2..."
 _Mais un nombre arbitraire, création bien française.
__*Un verrou, qu'il faut faire sauter estiment certains:
" Pour revenir à 3% de déficit en 2013, il fallait que l’économie croisse à un rythme supérieur à 2% par an entre 2011 et 2013. Or la mise en œuvre de plans de rigueur dans toute l’Europe et le retournement de la conjoncture américaine rendaient déjà plus qu’hypothétique cet objectif..."
__*Un  piège redoutable pour d'autres, dénonçant les talibans de l'austérité:
La forteresse de Bercy
" Dès juillet, l’Office français de conjonctures économiques (OFCE) indiquait que les objectifs de réduction du déficit (3 % du PIB en 2013 et équilibre en 2017) et de retour à la croissance (1,3 % en 2012 et 2 % en moyenne pour le reste du quinquennat) n’étaient pas atteignables, sauf sous des hypothèses irréalistes. Et, aux yeux d’un nombre croissant d’économistes, il apparaît clairement que cette réduction des déficits publics à 3 % n’est pas tenable. Sauf à exposer le pays à une grave récession, entraînant une véritable saignée sur le front de l’activité et de l’emploi, déjà dévasté.
Le revendiquer alors n’était en aucun cas crédible. Cela ne l'est pas davantage aujourd'hui..."
__*Un échéancier bien risqué, même pour S&ampP. Il faudra choisir entre la corde de l'austérité imposée ou la chaise électrique des sanctions financières, qui ramèneront à la corde...
__*Un serrage de ceinture, pouvant produire des effets pervers.
__________________Sous la coupe des marchés, dont la dictature n'est pas remise en cause, les objectifs ne sont pas assurés. L' austérité, qui est une impasse et qui aggrave le mal,  serait-elle notre seul avenir? La potion peut parfois être mortelle, quand nulle croissance ne se pointe à l'horizon.
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- Le FMI découvre que l’austérité est bien plus nocive que prévu
-Appeler un chat un chat
 

lundi 17 août 2009

La France et la crise


Singularité hexagonale?

Notre pays semble (pour l'instant )s'en tirer un peu moins mal que beaucoup d'autres.
Y aurait-il un "french model"?
-"The French way of doing things looks pretty good—at least in these troubled economic times"-

Une grille d'interprétation de ce paradoxe:

France : pourquoi ça ne va pas plus mal?:
"L'économie hexagonale souffre un peu moins de la crise que celle de nos voisins : d'après les nouveaux chiffres publiés par l'Insee, la consommation a même progressé de 1,4 % en juin. Revue des raisons qui expliquent cette exception française.Selon les dernières prévisions de la Commission européenne pour 2009, le produit intérieur brut (PIB) de l'économie française devrait baisser de 3 % cette année. C'est un recul d'une ampleur sans précédent depuis l'après-guerre : en 1975, après le premier choc pétrolier, le PIB n'avait diminué que de 1 %, et il n'avait reculé que de 0,9 % lors de la dernière récession en date, en 1993. Pourtant, seule la Grèce et quelques-uns des nouveaux membres de l'Union connaîtront une récession moins forte dans l'Europe des vingt-sept. Tous nos grands voisins sont plus mal lotis : l'Espagne un peu (- 3,2 %), le Royaume-Uni aussi (- 3,8 %), l'Italie nettement (- 4,4 %) et l'Allemagne davantage encore (- 5,4 %). C'est le cas également du Danemark, des Pays-Bas, du Japon... Bref, tous les pays qu'on nous a successivement cités en exemple au cours des dernières décennies sont plus gravement affectés par la crise que la France (1).
Pourquoi cette – relative – bonne tenue de l'économie française ?
Elle provient du fait que la demande intérieure résiste mieux qu'ailleurs. Sa baisse est en effet limitée à 0,7 % (hors effets de la variation des stocks), selon les chiffres de la Commission européenne. Alors qu'elle sera de 2 % en Allemagne, 2,8 % aux Etats-Unis, 3,5 % au Royaume-Uni ou 4,9 % en Espagne. Là aussi, quasiment aucun autre pays européen ne connaîtra une baisse de sa demande intérieure aussi faible. La consommation privée, essentiellement celle des ménages, qui pèse 58 % du PIB, devrait même continuer à croître légèrement cette année dans l'Hexagone, alors qu'elle baissera de 0,9 point dans la zone euro et de 1,5 point dans l'Union à vingt-sept.L'autre grande composante de cette demande intérieure, l'investissement, celui des ménages dans l'immobilier et des entreprises en machines, locaux, etc., qui représente 21 % du PIB, devrait diminuer quant à lui de 5,9 %. Il s'agit là encore d'un recul brutal d'une ampleur quasiment sans précédent. Il devrait pourtant être quasiment deux fois moins marqué en France que dans l'ensemble de la zone euro (- 10,4 %), qu'au Royaume-Uni (- 12,3 %) ou encore qu'aux Etats-Unis (- 12,1 %) et au Japon (- 11,9 %). Notamment parce que l'investissement dans le logement reculera beaucoup moins qu'ailleurs.
Une démographie dynamique ;Cette relativement bonne tenue de la demande intérieure française, s'explique notamment par un déterminant de base souvent oublié : la démographie. La population française devrait s'accroître de 0,5 % en 2009, nettement moins que les 0,9 % prévus aux Etats-Unis, mais davantage que dans la plupart des autres pays européens : la population baisse en particulier en Allemagne et dans quasiment tous les nouveaux pays membres d'Europe de l'Est. Ainsi qu'au Japon.De plus, à la différence de l'Espagne ou de l'Italie, où la croissance de la population s'explique essentiellement par l'immigration, elle repose d'abord en France sur le dynamisme de la fécondité. Autrement dit, cet acquis démographique ne va pas s'inverser avec la crise, à la différence de ce qui commence à se produire par exemple en Espagne, où une bonne partie des Roumains venus travailler dans le bâtiment repartent dans leur pays d'origine. Le dynamisme démographique français contribue donc à soutenir la consommation des ménages, mais aussi la demande de logements. C'est un des éléments (nous reviendrons ultérieurement sur les autres) qui expliquent pourquoi l'investissement dans la construction ne devrait reculer « que » de 5,7 % cette année en France et les prix du mètre carré baisser moins significativement qu'ailleurs.Cerise sur le gâteau : ce relatif dynamisme démographique, s'il soutient la consommation, ne pèse pas négativement sur le marché du travail pour l'instant. Comme il s'agit surtout de jeunes enfants, la population active va quand même baisser cette année en France de 0,2 % sous l'effet des nombreux départs en retraite des baby-boomers, alors qu'elle continuera à augmenter de 0,2 % dans l'Union à vingt-sept et de + 0,1 % dans la zone euro. Ce qui contribue, avec le recul plus faible de l'activité, à expliquer pourquoi la progression du chômage, pour spectaculaire qu'elle soit, est elle aussi un peu plus modérée en France que dans la plupart des autres pays européen.
Une action publique qui amortit les chocs
.Au-delà du dynamisme démographique, le poids important de l'intervention publique contribue également à la relative résistance de la demande intérieure française. Les mécanismes de redistribution, très développés dans l'Hexagone, stabilisent la situation économique. Cependant, malgré l'image de volontarisme que Nicolas Sarkozy souhaite volontiers donner de son action, la France a pour l'instant été un des grands pays développés qui a le moins mobilisé l'intervention publique pour combattre la crise au-delà de l'effet mécanique des stabilisateurs automatiques préexistants.L'ensemble des dépenses publiques devrait représenter 55,6 % du PIB français cette année, selon les chiffres de la Commission européenne. Soit le niveau le plus élevé de l'Union à vingt-sept (la moyenne européenne est de 50,1) hormis la Suède, où ces dépenses représentent 56,6 % du PIB. L'essentiel de ces dépenses n'est cependant pas consommé par des administrations publiques, mais redistribué aux citoyens par le biais notamment de prestations sociales, qui représentent en France 34,6 % du PIB (dont 18,9 % sous forme de paiements directs d'allocations diverses). Ces mécanismes concourent puissamment à la stabilisation des revenus des ménages en temps de crise.Côté dépenses, les droits à recevoir ces prestations ne dépendent pas en effet du niveau de l'activité et sont même pour partie liés à la situation sociale des personnes. Ces dépenses augmentent donc automatiquement en cas de dégradation de la situation économique. En revanche, les recettes correspondantes sont en général proportionnelles aux revenus d'activité ; elles tendent donc à diminuer en temps de crise. Cet effet de ciseaux aboutit à creuser automatiquement les déficits publics et entraîne donc un soutien budgétaire à l'activité sans qu'il soit nécessaire de prendre des mesures politiques particulières. C'est pour cela qu'on appelle ces mécanismes des « stabilisateurs automatiques ».Si les dépenses publiques françaises sont, de longue date, parmi les plus importantes, elles ont en revanche très peu augmenté au cours de la crise. Alors qu'elles s'accroissaient (en termes réels, c'est-à-dire une fois l'effet de l'inflation déduit) de 17 % aux Etats-Unis entre 2007 et 2009, de 14 % en Espagne ou de 11 % au Royaume-Uni, elles ne gagnaient que 3,8 % en France. Parmi les grands pays européens, il n'y a qu'en Italie, avec une hausse de 1,2 % seulement, qu'elles ont moins progressé qu'en France. Ce qui contribue à expliquer la situation très dégradée actuellement de l'économie italienne. Le poids des dépenses de protection sociale ne s'est en particulier accru en France que de 2 points de PIB entre 2007 e.
L'emploi public joue également un rôle de stabilisation important car il ne suit pas les cycles économiques. Avec 13,2 % du PIB consacré en 2009 à la rémunération des salariés du secteur public, la France se situe, sur ce terrain, au-dessus d'une moyenne européenne qui est de 11 %. Mais elle reste loin derrière les 15,6 % du PIB qui vont en Suède aux salariés du secteur public et encore plus des 18,3 % du Danemark. La France est aussi beaucoup plus proche qu'on ne le pense généralement du Royaume-Uni sur ce plan : la part des salaires du secteur public atteint outre-Manche 11,8 % du PIB.C'est un état de fait peu connu mais, en dehors de la Slovaquie, c'est en Allemagne que l'emploi public pèse le moins lourd parmi les 27 pays de l'Union avec seulement 7,4 % du PIB qui va aux salariés du secteur public. Ce qui contribue à expliquer la violence du choc que subit actuellement l'économie de notre voisin d'outre-Rhin quand l'activité de son secteur privé fléchit. Le gouvernement français est, en revanche, parmi tous les grands pays européens, un de ceux qui a le moins utilisé le levier de l'emploi public pour lutter contre la montée du chômage : entre 2007 et 2009, le poids des salaires versés aux employés du secteur public ne s'est accru que de 0,4 point dans le PIB français, contre + 1,6 point en Espagne, + 0,9 au Royaume-Uni ou + 0,8 en Italie.Par ailleurs, nous avons souligné précédemment le recul – important, mais plus faible qu'ailleurs – de l'investissement en France. Mais ce n'est pas grâce au dynamisme de l'investissement public que les dégâts ont été limités jusqu'ici. Alors que son poids s'est accru de 1,8 point entre 2007 et 2009 dans le PIB des Etats-Unis, de 0,9 point au Royaume-Uni et de 0,5 point en moyenne dans l'Union, il ne devrait progresser que de 0,2 point en France, selon la Commission.Les pouvoirs publics peuvent aussi soutenir l'activité en diminuant les prélèvements qu'ils opèrent sur les revenus en temps de crise. Que ce soit du fait des pertes de recettes liées aux stabilisateurs automatiques déjà évoquées ou par des baisses d'impôts supplémentaires décidées spécifiquement. Là aussi, alors que la part des recettes publiques baisse de 4,4 points de PIB en Espagne et de 2,3 points au Royaume-Uni et aux Etats-Unis entre 2007 et 2009, elle ne diminuerait, selon la Commission européenne, que de 0,6 point en France. Ces recettes augmentent cependant dans le même temps de 0,3 point en Allemagne et en Italie, une politique pas vraiment favorable à la croissance...Si on cumule les effets des stabilisateurs automatiques et des mesures discrétionnaires prises par les gouvernements des différents pays depuis deux ans, la France est, avec l'équivalent de 3,9 points de PIB injectés dans le circuit économique, un des grands pays où les pouvoirs publics ont le moins soutenu l'activité entre 2007 et 2009. Un peu plus toutefois qu'en Allemagne (3,7 points de PIB) ou qu'en Italie (3 points seulement), mais beaucoup moins qu'aux Etats-Unis (9,4 points) et qu'au Royaume-Uni (8,8 points). Nettement moins également que dans les pays scandinaves, plus proches de la France en termes de niveau des dépenses publiques : en Suède, les pouvoirs publics ont injecté 6,4 points de PIB dans l'économie et quasiment autant au Danemark et en Finlande.
Bref, si l'activité recule en France un petit peu moins qu'ailleurs, ce n'est pas vraiment grâce à l'action décidée des pouvoirs publics depuis deux ans, mais plutôt malgré l'ampleur très limitée de celle-ci... Raison pour laquelle d'ailleurs, grâce au volontarisme (réel cette fois) de leurs gouvernements, les Etats-Unis et l'Espagne devraient connaître un recul de l'activité à peine plus important que la France, malgré l'ampleur beaucoup plus forte des chocs qui les ont frappés...
Même si elle limite l'impact immédiat de la crise, cette faiblesse industrielle n'est évidemment pas un atout pour l'économie française. La désindustrialisation se traduit toujours par des drames humains et des difficultés persistantes pour les territoires concernés. Et il y a tout lieu de craindre que la crise actuelle emportera à nouveau des pans entiers de ce qui reste du tissu industriel français. En particulier dans la filière automobile, déjà en grande difficulté avant la crise. A terme, on peut s'interroger sur la capacité à maintenir des centres de décision, des activités de recherche ou de marketing sur un territoire qui aurait perdu toute activité de production (voir entretien). La France dispose certes de nombreux atouts pour attirer les touristes ou les retraités étrangers, mais il paraît peu probable qu'un pays transformé en gigantesque parc de loisirs suffise à garantir un niveau de vie aussi élevé qu'actuellement à toute la population française...Le problème de l'industrie hexagonale n'est pas au premier chef une question de coûts : malgré les efforts considérables mis en œuvre depuis dix ans pour limiter le coût du travail outre-Rhin, un salarié allemand de l'industrie manufacturière coûtait toujours 32 % de plus qu'un salarié français par heure de travail en 2007, selon les chiffres rassemblés par le Bureau of Labor Statistics (BLS) américain. Et la productivité très élevée des salariés français est largement reconnue. C'est surtout du côté de ce que les spécialistes appellent la « compétitivité hors coût » que cela pèche : la capacité d'innover, de coller rapidement à une demande évolutive... Cela se traduit notamment par le fait que les industriels français n'arrivent pas, contrairement en particulier à leurs collègues allemands, à maintenir des prix de vente élevés. Pour défendre leurs parts de marché, ils doivent abaisser leurs prix de vente, ce qui ronge leurs marges et explique le faible niveau global des profits des entreprises françaises.
Pour changer cela, il n'existe cependant aucune solution de court terme : il faut une action de longue haleine, en matière de recherche, d'enseignement..., mais aussi pour transformer un tissu industriel caractérisé par des entreprises trop nombreuses et trop petites. Il ne suffira certainement pas en tout cas de diminuer les dépenses publiques pour y parvenir..."
(G.Duval)

-Pourquoi il faut sauver le modèle français - AgoraVox
-Paul Jorion - La France et la crise : un an déjà
-The Economist : la France fait mieux que les Anglo-Saxons
-Nicolas Sarkozy ou le libéralisme contrarié | Rue89

samedi 2 août 2025

Aus sources de la dette

 Là où ça fait mal

              Dans le contexte économico-politique du moment, de crises et d'instabilité, de navigation à vue, surtout depuis une dissolution jugée encore incompréhensible, les commentaires ne manquent pas pour tenter de comprendre comment on en est arrivé là, comment on découvre seulement aujourd'hui un certain nombre de dérives, souvent hyper-dramatisées?  Rien ne se produit sans causes, même si les causes sont dans ce domaine multiples et enchevêtrées.   Voilà que domine un discours moralisateur et culpabilisant, soigneusement entretenu. Les causes, proches et lointaines, sont la plupart du temps éludées, les responsabilités politiques soigneusement occultées. Aucun recul historique ni d'analyses économiques sérieuses. Les récents débats sur la taxe Zucman ne sont même pas parvenus à pousser assez loin l'analyse. Certes, le problème n'est pas simple, mais il est possible d'y voir un peu plus clair, au milieu de tant de confusions et de simplismes entretenus, de brouillard instillé, de passions aveuglantes.                                 L'analyse qui suit, sans être exhaustive, peut donner un éclairage limité mais suffisant pour trouver le bon chemin à explorer, dans l'analyse d'une situation dans laquelle nous sommes brutalement plongés...Les constats, même chiffrés, ne suffisent pas...Faire des bilans chiffrés n'explore pas le domaines des causes profondes. Les bonnes solutions possibles sont rarement évoquées, qui éviteraient une récession sévère, donc une aggravation inévitable....

                                       Point de vue: "   « L’État dépense trop, il faut baisser la dépense publique ! ». Voilà un des slogans les plus fréquents des néolibéraux. Pourtant, jusqu’à l’avènement du macronisme, les dépenses de l’État n’ont guère augmenté, ce sont au contraire les recettes qui se sont effondrées.                  Les dépenses au bénéfice des entreprises et des plus riches ont en revanche fortement augmenté, avec pour conséquence la chute des dépenses de fonctionnement des services publics.  final, cette mauvaise gestion de l'État a entraîné une multiplication des déficits, et donc de l'endettement. Et la situation s’est nettement aggravée depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. La situation est intenable et l’Union européenne s’en mêle : l’austérité est devant nous                                                      ____   Nous avons analysé dans de précédents articles l’évolution de l’ensemble des dépenses publiques en France ainsi que l’évolution des prélèvements obligatoires, pour déconstruire la propagande néolibérale habituelle selon laquelle il y aurait une anomalie française dans la gestion de son État. En réalité, la différence avec les pays voisins vient surtout du fait que la France a choisi de mutualiser via la Sécurité sociale des dépenses qui existent dans d’autres pays, mais qui relèvent là-bas des assurances privées. Et comme la population vieillit de plus en plus, ces dépenses publiques ici, privées ailleurs, augmentent sans cesse....                                                         Le néolibéralisme a transformé l’État en une vaste pompe aspirante et refoulante, accordant de plus en plus de soutien financier aux entreprises (lire notre article dédié à ce scandale de la hausse des subventions aux entreprises) et aux particuliers (souvent les plus aisés, par exemple avec la large diminution de l’impôt sur la fortune, le fameux ISF largement supprimé après 2017).     Cela apparaît nettement si on observe le détail des dépenses publiques (dont on a déduit les simples transferts aux administrations locales). La tendance à la baisse des dépenses de l’État entre 1993 et 2007 est manifeste, suivie d’une relative stabilité après la crise jusqu’en 2016. Les dépenses n’ont alors pratiquement pas cessé d’augmenter depuis l’élection d’Emmanuel Macron – mais les dépenses de personnel et d’investissement n’ont quant à elles fait que diminuer au fil des années.          C’est le poste des subventions qui a explosé, depuis que Macron a été nommé ministre de l’Économie en 2014 : ces subventions, essentiellement aux entreprises, frôlent actuellement les 60 Md€ par an, ce qui représente environ 4 fois leur niveau de 2013. Cela représente aussi près de 45 % du total des salaires de tous les fonctionnaires d’État....                                                                                                      l faut bien mesurer ce qu’a représenté cette hausse phénoménale de 4 points de PIB supplémentaires d’aides aux entreprises chaque année depuis l’an 2000 : c’est un soutien massif, qui n’a pas été financé par des impôts, mais essentiellement par de la dette. Et ce pour une utilisation qui ne permet aucune « amélioration » de notre économie, mais qui l’empêche simplement de passer en récession.                                                                                                       Il s’agit évidemment d’une très mauvaise gestion des deniers publics français, et d’une politique clairement non durable.     Le macronisme est actuellement sous pression pour réduire les déficits monstrueux que sa gestion calamiteuse a créés – et il n’a pas le choix que de changer de politique. Les années à venir vont voir le déficit se réduire, mais probablement aussi l’activité économique que ce dernier soutenait.                                                              Le macronisme a ainsi eu le même effet que la crise de 2008, sauf que rien ne justifiait ces politiques....                                                                                                                     Le problème, c'est que ces décisions ont par nature induit une forte hausse de certaines dépenses de l’État, alors que les gouvernements avaient fait de leur baisse le cœur de leurs discours politiques. En conséquence, pour ne pas trop augmenter le total des dépenses, les gouvernements ont délibérément choisi de couper dans leurs dépenses de fonctionnement et d’investissement, d’où la dégradation progressive de tous nos services public...                          Les cinq principales missions de l’État en 2023 concernaient la protection sociale (essentiellement sous la forme des compensations des allégements de charges sociales), l’enseignement, les interventions de soutien à l’économie et à l’emploi, le budget de fonctionnement et enfin l’énergie et les transports (en raison des différents boucliers énergétiques). 3 des 5 premières missions étaient donc largement consacrées à des aides publiques aux entreprises, LA véritable priorité de nos gouvernements actuels, contrairement aux beaux discours que tout le monde peut entendre.....                                                                         Ces hausses massives de subventions n’ont généralement eu qu’une efficacité économique limitée. Elles ont certes joué un large rôle dans la baisse du chômage ; mais si le chômage a baissé quand les subventions sont arrivées, il risque fort de repartir à la hausse quand ces subventions vont cesser, faute de marges de manœuvre budgétaires.                                      Par ailleurs, si ces subventions sont bien identifiées dans le budget par la comptabilité nationale, elles ne correspondent qu’à une petite partie des aides publiques versées aux entreprises ; s’y ajoutent par exemple les larges réductions de charges sociales ou des crédits d’impôt. France Stratégie les a chiffrées à près de 153 Md€ en 2019 – sans même compter les 11 Md€ de participations et de prêts divers.               Une étude de l’université de Lille a chiffré leur évolution dans le temps. Elles représentaient environ 2,5 % du PIB en 1980 et ont peu augmenté jusqu’en 2005. Mais la crise de 2008 les a évidemment fait augmenter, avant de revenir à 4,5 % du PIB. Et depuis 2014, les politiques appliquées par Emmanuel Macron (d'abord au ministère de l’Économie, puis à l’Élysée) les ont propulsées à près de 6,5 % du PIB.

            Il faut bien mesurer ce qu’a représenté cette hausse phénoménale de 4 points de PIB supplémentaires d’aides aux entreprises chaque année depuis l’an 2000 : c’est un soutien massif, qui n’a pas été financé par des impôts, mais essentiellement par de la dette. Et ce pour une utilisation qui ne permet aucune « amélioration » de notre économie, mais qui l’empêche simplement de passer en récession.                      Il s’agit évidemment d’une très mauvaise gestion des deniers publics français, et d’une politique clairement non durable. Le macronisme est actuellement sous pression pour réduire les déficits monstrueux que sa gestion calamiteuse a créés – et il n’a pas le choix que de changer de politique. Les années à venir vont voir le déficit se réduire, mais probablement aussi l’activité économique que ce dernier soutenait.                   _____________Le macronisme a ainsi eu le même effet que la crise de 2008, sauf que rien ne justifiait ces politiques, mis à part la captation de l’État par le néolibéralisme pour le mettre au service des patrimoines, des actionnaires et des ménages les plus aisés.                                               Le problème, c'est que ces décisions ont par nature induit une forte hausse de certaines dépenses de l’État, alors que les gouvernements avaient fait de leur baisse le cœur de leurs discours politiques. En conséquence, pour ne pas trop augmenter le total des dépenses, les gouvernements ont délibérément choisi de couper dans leurs dépenses de fonctionnement et d’investissement, d’où la dégradation progressive de tous nos services publics.                                                                                                                      Les cinq principales missions de l’État en 2023 concernaient la protection sociale (essentiellement sous la forme des compensations des allégements de charges sociales), l’enseignement, les interventions de soutien à l’économie et à l’emploi, le budget de fonctionnement et enfin l’énergie et les transports (en raison des différents boucliers énergétiques). 3 des 5 premières missions étaient donc largement consacrées à des aides publiques aux entreprises, LA véritable priorité de nos gouvernements actuels, contrairement aux beaux discours que tout le monde peut entendre.  _____   C’est cependant au niveau des recettes que l’inconséquence macroniste de la gestion de l’État apparaît le mieux. Alors que le déficit n’a cessé d’augmenter, alors que la dette est devenue un problème de plus en plus inquiétant, les recettes de l’État n’ont pas cessé de diminuer, et en premier lieu les impôts sur la production payés par les entreprises.    _____ C’est un des cœurs de la politique d'Emmanuel Macron : baisser les impôts des plus riches et baisser les impôts des grandes entreprises, donc in fine des actionnaires.     Alors que l’État levait encore l’équivalent de 18 % du PIB en impôts en 1985, il n’en lève plus que 12 % en 2024. Et ce alors que les dépenses n’ont guère diminué et qu'elles se situent à 19 % du PIB. Cette baisse historique de 5 points de PIB a été obtenue en diminuant les impôts sur la production, au grand bénéfice des entreprises.                    Rappelons cependant que ces fortes baisses d’impôts ne concernent que l’État : au global, les impôts ont bel et bien augmenté en raison des besoins de Sécurité sociale dus au vieillissement de la population (retraite en particulier). Mais pour éviter d’augmenter les impôts au rythme des besoins liés à la formidable hausse de l’espérance de vie, les dirigeants politiques ont choisi de déshabiller l’État pour habiller la Sécu. D’où les problèmes actuels des services publics....                                                                                                                     Après avoir atteint les 200 Md€ en 2020, le déficit atteint toujours les 150 Md€ aujourd'hui (2024). Pour situer, cela correspond au prix de 10 porte-avions. On peut aussi le comparer au fameux scandale des pertes du Crédit lyonnais dans les années 1990 : il avait perdu 15 Md€ à l'époque, soit le niveau du déficit de l’État pour un peu plus d'un mois de 2024…                                                                                                                       On parle souvent du « critère de Maastricht sur la limitation du déficit à 3 % ». C’est en effet une des conditions pour faire partie de l’euro, dont on a tant parlé en 1992. Cette condition n’a pourtant presque jamais été respectée depuis 20 ans (4 fois seulement dont 3 dans les années 2000, et le record est à -2,1 %, ce qui ne permet évidemment pas de réduire l’endettement).    Il faut cependant bien comprendre que cette notion de « 3 % » est un élément de propagande visant à dissimuler les sommes énormes en jeu. « 3 % », c’est un tout petit chiffre après tout. Le souci, c'est qu’il se réfère au ratio entre le déficit de l’État et le PIB du pays, et nullement à un ratio de deux données concernant l’État, ce qui est trompeur. Un peu comme si vous vouliez rassurer votre banquier en lui disant qu’après tout, votre découvert ce mois-ci n’est que de 0,000 000 000 1 % du PIB…   Il est beaucoup plus logique de faire le ratio entre le déficit et les recettes de l’État pour bien apprécier la gestion calamiteuse de ce dernier. En effet, depuis 20 ans, le gouvernement dépense entre 120 € et 145 € à chaque fois qu’il encaisse 100 € d’impôt.                                                                                                            Ceci implique donc que l’État doit emprunter tous les ans 20 à 45 € pour chaque levée de 100 € d’impôts (ce qui génère entre 0,6 et 1,4 € de plus à payer tous les ans en intérêts, soit 21 à 47 € cumulés rien qu’au bout de 35 ans au taux actuel !). Dit autrement, l’État s’engage un jour à lever ces 20 à 45 € d’impôts pour rembourser sa dette qu’il a créé en une année. Ce qui est évidemment impossible. Les prêteurs devraient donc avoir de moins en moins confiance, mais ils ne se rendent pas compte de la gravité de la situation.                                                                                                                                                      Comme le rappelle le haut fonctionnaire Guy Abeille, c’est lui-même (et donc la France) qui a « inventé » ce « critère de 3 % » en 1982. Mais il ne répondait alors à aucune logique économique, c’était simplement un artifice de propagande pour ne plus discuter de la valeur du déficit en francs, car celui-ci allait dépasser pour la première fois les 100 milliards de francs, soit ce qui était à l’époque considéré comme « la dernière frontière que nous sommes capables de concevoir (autre qu'en temps de guerre) à l'aune des déficits d'où nous venons et qui ont forgé notre horizon ». 100 milliards de francs en 1982 représentent moins de 40 Md€ en 2023. Le déficit 2023 représente donc 4 fois le déficit inimaginable « hors temps de guerre » de 1982…                                                                                                                     Dernier point sur le critère de 3 %. Ce n’est pas une mauvaise cible en soi. L'objectif était simplement de garder le ratio Dette/PIB constant. Pour cela, il faut que le niveau de déficit fasse que l’évolution en valeur de la dette soit égale à celle du PIB (pour plus de détails mathématiques, cliquez ici). Cependant, comme la dette atteint aujourd’hui 110 % du PIB, l’objectif des 3 % a lamentablement échoué. Mais pour une raison très simple : pour être efficace, ce critère doit être respecté en moyenne. Or, ce niveau de déficit est immédiatement devenu une cible annuelle. Mais si on est à 3 % quand tout va bien, il est évident qu’on sera à 5 ou 6 % quand tout ira mal, et que la moyenne sera bien supérieure à 3 %. Depuis 2017, la moyenne du déficit de l’État est de 4,6 % ; depuis 2010, c’est 4,4 %, et depuis 2000, 3,9 %. C’est la raison de l’échec à stabiliser la dette.    ____ Actuellement, avec un ratio Dette/PIB de 110 %, une croissance de 1 % et une inflation de 2 %, le déficit de stabilisation est toujours proche de 3 %. Mais pour diminuer la dette, il faudrait avoir un déficit d’environ 2 % en moyenne, donc de 0 à 1 % les années sans grosse crise – comme actuellement. Pour mémoire, les prévisions font état de déficits de plus de 5 % en 2024 et 2025. Les finances de l’État ne sont donc clairement plus maitrisées.                                                  Pour mieux comprendre les lourds problèmes de gestion des finances de l’État, il suffit d’observer le Budget 2025 qui a été voté imposé par 49-3 en décembre 2024. Il se résume assez simplement : 309 milliards de recettes, 448 milliards de dépenses, d’où un déficit (prévisionnel) de 139 milliards, soit 45 % des recettes. Ne tentez surtout pas ce genre de cascade financière avec propre budget mensuel !                                                                                          L’impact du macronisme est très clair : le bénéfice des entreprises atteint des niveaux inconnus depuis au moins plusieurs décennies, explosant le record de 2007 qui avait été le prélude à la crise de 2008. Cet indicateur est d’ailleurs sans doute prédictif de crise (les entreprises réalisent des profits trop importants pendant que la masse des salariés est contrainte de moins consommer et de s’endetter). En tout cas, on voit bien à qui profite la politique macroniste – et ce n’est clairement pas au pouvoir d’achat des salariés !                                 Si nous revenons au budget 2024, le montant total des impôts réellement perçus aurait donc dû naturellement conduire à 14 Md€ de déficit en moins, soit 133 Md€.   Mais, et c’est quasiment systématique, cette bonne surprise sur les recettes s’est immédiatement traduite par une augmentation des dépenses (qui ne dépendent que de décisions politiques), qui ont dépassé le montant voté par le Parlement de 23 Md€ - soit nettement plus que la « cagnotte » surprise des impôts supplémentaires. Ainsi, le déficit de l’État, au lieu d’être inférieur au montant voté de 14 Md€, a donc été supérieur de 9 Md€. Ainsi vont les finances publiques…                                                                                                                                                      Soulignons également que le profil « McKinsey » des gestionnaires actuels de Bercy est déjà néfaste dans les entreprises. On connait la figure du PDG « cost-killer », qui coupe dans toutes les dépenses possibles pour augmenter rapidement le résultat. C’est comme cela que les salariés se retrouvent moitié en télétravail et moitié en banlieue sans bureau fixe à essayer de faire tourner une entreprise sans investissements informatiques.           C’est évidemment mauvais à long terme pour l’entreprise, mais une telle gestion à courte vue est souvent saluée ; elle est portant à la portée de n’importe qui et de très mauvais augure, car elle hypothèque l’avenir. À court terme, cela fonctionne, et des profits supplémentaires sont bien générés, car le fait qu’une entreprise compresse ses dépenses n’a alors pratiquement aucun impact sur ses ventes – cela n’assèche évidemment pas la demande du pays entier.                  Mais il n’en va pas de même de l’État, qui est un acteur majeur de l’économie française. S’il dépense moins (tout en prélevant au moins autant d’impôts), il va ralentir l’économie. C’est logique, puisqu’il est intervenu quand ça allait mal, justement pour booster l’économie en dépensant plus. Mais en retour, ce ralentissement économique va évidemment diminuer les recettes fiscales. Diminuer les dépenses, c’est toujours diminuer le PIB, quelle que soit la structure ; mais quand c’est l’État qui le fait fortement, l’impact s’en ressent toujours au niveau national.                   Bref, il y a un net lien de dépense entre l’évolution du PIB et celle du budget de l’État, pour des raisons volontaires (politiques, pour soutenir l’économie) et involontaires (impact récessif d’une baisse des dépenses)....Les néolibéraux appellent sans cesse à des réductions massives de dépenses publiques pour réduire le déficit, mais il faut bien comprendre que, comme ces dernières ne s’accompagnent évidemment pas de réductions de recettes équivalentes (dont on pourrait discuter des effets positifs si elles existaient) sinon le déficit ne se réduirait pas, cette politique n’a que des effets négatifs à court terme : 10 Md€ de dépenses publiques en moins, c’est pratiquement 10 Md€ de PIB en moins, et c’est tout, il n’y a aucun effet positif pour compenser.                                                                                             Le gouvernement a retenu pour le budget une prévision de croissance de 1,1 % pour 2025. Elle est actuellement attendue à +0,6 %. Et ceci ne tient pas compte des milliards d’économies que va annoncer le gouvernement, qui représentent au minimum 0,5 point de PIB, soit autant de PIB en moins. En général, lorsque le Gouvernement dispose d’estimations de croissance de 0,6 % à 1,0 %, il retient 1,0 %. C’est en fait une politique constante en France de bâtir les budgets avec les hypothèses les plus optimistes – hypothèses très rarement confirmées, comme on le voit année après année.                                                                                                                                C’est ce résultat calamiteux de la gestion des finances publiques par Macron (dont il faut reconnaître qu’il a géré le pays comme il a géré son propre patrimoine…) qui explique que la Commission européenne surveille désormais de très près la France, et fasse pression pour une diminution du déficit. Hélas, ces pressions iront évidemment dans le sens d’une résolution néolibérale (démantèlement des services publics et politique antisociale) du problème, et non pas dans le sens d’une résolution d’intérêt général (diminution des aides indues aux entreprises désormais dénoncées par les sénateurs eux-mêmes, hausse des impôts des multinationales et des plus riches, etc.).

Ce qu’il faut retenir

Le macronisme, stade ultime du néolibéralisme, vise à rançonner l’État au bénéfice des grandes entreprises et des plus aisés. Cela s’est traduit par une explosion des aides publiques aux entreprises qui atteignent 160 Md€. À ce prix, on comprend mieux que le chômage ait un peu diminué.  Ce prix n’a d’ailleurs pas été payé, mais emprunté, car si les dépenses ont augmenté, les recettes ont diminué en raison des choix du gouvernement (suppression de l’impôt sur la fortune, baisse de l’impôt sur les sociétés, etc.).  Cette politique pose de nombreux problèmes, mais le principal est sans doute que la dette augmente de plus en plus, ce qui rend sa stabilisation toujours plus compliquée, puisque son évolution dépend cruellement du niveau de la croissance, de l’inflation et des taux d’intérêt. Les perspectives sur ces points sont moroses, et la gestion de l’État (et donc de l’économie du pays) va s’avérer périlleuse dans les 15 ans à venir...."       [Merci à Eleucid __ C'est moi qui souligne] 

__Un état capté 

__ Voir ici,, là    et ici    _______________________


mercredi 14 août 2019

Un certain Boris

Johnson, le bad boy
                         Funambule de la Tamise. 
                                 Après un feuilleton déjà agité, une histoire anglaise atypique, l'avenir est surtout fait d'incertitudes, d'anticipations pas toujours rassurantes, d'un côté comme de l'autre du Channel. Cameron, qui a tendu le liège, se planque.
   Difficile de dire ce qui va se passer, mais on n'arrête pas sur sa lancée un camion sans frein.
      Pour le meilleur et pour le pitre?
               Voici un diagnostic du moment sans concession qui ne manque pas de pertinence sur plus d'un point:

         " Décidément, la perfide Albion mérite amplement son qualificatif. Souvenons-nous des déclarations viriles du négociateur européen, l’idiot inutile qui n’envisageait pas un seul instant que sa géniale stratégie (est-ce le mot idoine ?) puisse être contournée comme les Allemands le firent de la ligne Maginot en 1940. Preuve en est qu’il (lui et surtout sa cohorte de conseillers) n’avait pas prévu le moindre plan B en cas de tergiversations britanniques. Manifestement, ce grand escogriffe ne comprend toujours rien à l’âme britannique (il ahane la langue de Shakespeare)1 et aux fondamentaux de la négociation (ils lui sont toujours aussi inconnues) avec un peuple aussi retors. Faute d’options alternatives, Michel Barnier se retrouve nu comme le roi. Pour l’Union européenne comme pour les Britanniques, le « Brexit » constitue un saut dans l’inconnu qui risque de traduire pendant des mois et des années par une sorte de nuits et brouillard auquel il faudra bien s’habituer et se préparer.
Au moins de juin dernier, nous nous interrogions sur le déroulement du long chemin de Damas du Premier ministre britannique, Theresa May alors que son navire se fracassait sur l’écueil qui a pour nom « Brexit ». Nous résumions son calvaire autour de quatre mots : humiliation, confusion, sidération et prévision. Pour ce qui est de la prévision, nous écrivions :
  « L’avenir n’appartient à personne. Il n’y a pas de précurseurs, il n’y a que des retardataires ». (Jean Cocteau). Parmi les chefs d’État et de gouvernement des 27 pays membres de l’Union européenne, combien seront-ils à faire preuve de prescience pour tenter d’anticiper l’avenir et ne pas être prisonnier d’un présent qu’ils ne parviennent pas à maîtriser ? À quand, la réunion d’un Conseil européen (en l’absence du crétin des Alpes qui a pour nom Michel Barnier qui a amplement démontré ses limites diplomatiques) uniquement consacré à une séance de remue-méninges (« brainstroming ») à la définition d’une stratégie cohérente et pérenne pour les prochains mois en lieu et place d’une diplomatie classique à Bruxelles du chien crevé au fil de l’eau ? Faute de quoi, il y a de fortes chances que Londres mène le branle et impose ses conditions léonines à ses ex-partenaires las et désabusés. La suite au prochain numéro2.
   Les semaines passées démontrent, s’il en était encore besoin, que les Européens ne pensent jamais stratégie et prévision. Ils excellent dans le court-termisme et le présentisme. Il est vrai que les dirigeants européens sont des hommes politiques et de non des hommes d’État qui parlent de procédure et non de vision. Ils improvisent au rythme médiatique, des sondages d’opinion, de leurs humeurs changeantes. La cohérence et la continuité ne font plus partie de leur langage, de leur mode de fonctionnement. Aujourd’hui, Europe et Grande-Bretagne ne forment plus qu’une communauté réduite aux inquiets3.
       Un homme déterminé. Or, depuis deux mois, le moins que l’on puisse dire est que la situation est des plus confuse tant de l’autre côté du Channel avec la nomination, par le Parti conservateur, de l’ancien maire de Londres, le bouillonnant et europhobe, Boris Johnson comme successeur de Theresa May et donc comme Premier ministre qu’à Bruxelles. L’homme à la chevelure hirsute se rêve en un nouveau Winston Churchill. Nous y sommes. Boris Johnson a pris possession du 10 Downing Street et n’entend pas, semble-t-il, se laisser dicter sa conduite par les Vingt-Sept. Il prétend travailler à un « no deal » (sortie de l’Union européenne sans accord) à la date du 31 octobre 20194. Pour prouver sa détermination à aller à la rupture, il décline les invitations à se rendre à Paris et à Berlin qui lui ont été lancées par Emmanuel Macron et Angela Merkel. Il explique que l’accord négocié par son prédécesseur est inacceptable pour lui. Sans de substantifique concessions (lesquelles ?), il n’envisage pas de revenir à la table de négociation5. Il proclame qu’il n’est pas décidé à payer le premier euro des cinquante milliards que devrait lui coûter son divorce. Il veut un plan de dérégulation et de relance, autoriser les OGM et créer des ports francs6. Son regard se tourne désormais vers le grand large où son meilleur soutien n’est autre que le président de la République, Donald Trump. Les deux hommes proposent de sa rapprocher par la conclusion d’un accord de libre-échange profitable aux deux parties. Une sorte de nouvelle idylle américano-britannique qui renoue avec la tradition de l’appel du grand large.
      Une meute incontrôlable. Manifestement, l’homme n’est pas facile. Il risque de donner du fil à retordre à ses Vingt-Sept homologues tant il pratique la diplomatie de l’invective, de l’humiliation, de l’imprévisibilité. En apparence, du moins, il semble savoir ce qu’il veut et surtout ce qu’il ne veut pas. En l’absence d’une stratégie commune claire (y compris sur un « no deal »7), les Européens se contentent de s’époumoner à dire qu’ils ne renégocieront pas la moindre virgule du dernier texte proposé aux Britanniques. Trop c’est trop. Mais, à lire entre les lignes, il apparaît très clairement que les Vingt-Sept sont loin d’être sur la même ligne sur la tactique à adopter dans les négociations à venir quoi que l’on nous dise8. Nous en avons eu un excellent exemple lors de la négociation de la date butoir de fin de la négociation du « Brexit ». La voie de la chancelière l’avait emporté sur celle du président français. Au-delà, nul ne sait ce qu’il adviendrait de l’unité de façade si Boris Johnson pratiquait la politique de la division pour arracher le maximum de concessions à ses homologues. Croire qu’il faille mettre en exergue les difficultés internes (Irlande, Écosse9 où la perspective du « Brexit » renforce les indépendantistes10), économie11, étroitesse de la majorité au Parlement après les dernières élections partielles12) de l’homme à la mèche blonde pour l’amener à résipiscence, c’est faire fausse route13. Croire qu’il faille mettre en exergue les inconvénients du « Brexit » pour l’économie britannique, c’est également faire fausse route parce que le peuple en a décidé ainsi14. Surtout lorsque nous apprenons que la croissance de la zone euro marque nettement le pas au deuxième trimestre de l’année 201915. L’Union européenne n’est pas à l’abri de coups de Jarnac de la perfide Albion et de sa place financière et d’éventuels ports francs susceptibles de faire une concurrence déloyale aux crédules élèves européens. Bruxelles, croyant toujours avoir affaire à des gentlemen, entend négocier, comme si de rien n’était. Le gang qui a pris le pouvoir à Londres, aussi select ou érudit soit-il (Boris Johnson et son âme damnée Jacob Rees-Mogg échangent volontiers en latin), ne va pas prendre de gants : l’Europe éparpillée par petits bouts, façon puzzle ! Angela Merkel et Emmanuel Macron se retrouvent déjà Gros-Jean comme devant, attendant Godot-Johnson qui ne viendra pas16.
  « La prospective est un art difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » (Pierre Dac). Bien malin celui qui peut prédire le cours que vont prendre les choses au cours des prochains mois ? Bien malin celui qui peut prédire l’échéance de ce marathon diplomatico-politique ? Bien malin celui qui peut prédire l’épilogue de ce feuilleton à rebondissements, « deal or no deal » ? C’est que « L’avenir n’appartient à personne. Il n’y a pas de précurseurs, il n’y a que des retardataires ». (Jean Cocteau). Une seule chose est certaine, nous ne devons pas douter un seul instant de la résilience du peuple britannique (Cf. sa conduite lors de la Seconde Guerre mondiale). Moins certaine mais encore que… Boris Johnson semble reprendre à son compte le mot – venu de l’empire du Soleil-Levant – que Proust, dans La Recherche, met dans la bouche de M. de Norpois, mot que devait, de son côté, abondamment citer Clemenceau, le « Tigre », notre proto-Churchill, durant la Grande Guerre : « La victoire est à celui qui est capable de souffrir un quart d’heure de plus que son adversaire »17. Boris Johnson mène le branle face à une Union européenne qui a tout de la désunion européenne."
Guillaume Berlat
12 août 2019
1 Raphaëlle Leyris (propos recueillis par), Jonathan Coe : « Ce que signifie être anglais est devenu une obsession pour moi », Le Monde, 2 août 2019, pp. 16-17.
2 Guillaume Berlat, Brexit pour Theresa ou le joli mois de May, www.prochetmoyen-orient.ch , 3 juin 2019.
3 Hervé Martin, Les gaietés du Brexit dure vues de la France. Au bord du divorce par lassitude, Europe et Grande-Bretagne ne forment plus qu’une communauté réduite aux inquiets. Exemples…, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 4.
4 Éric Albert/Jean-Baptiste Chastand, Boris Johnson en route vers le « no deal », Le Monde, 31 juillet 2019, p. 2.
5 Éric Albert, Le père de Boris Johnson supplie l’UE de faire un geste, Le Monde, 1er août 2019, p. 4.
6 Éric Albert, Brexit : la recette économique « trumpienne » de Boris Johnson, Le Monde, 30 juillet 2019, p. 3.
7 Jean Pisani-Ferry, Brexit : l’Europe doit se préparer au « no deal », Le Monde, 4-5 août 2019, p. 27.
8 Sophie Petitjean/Jean-Pierre Stroobants, Brexit : Bruxelles inflexible après la visite du négociateur britannique, Le Monde, 3 août 2019, p. 3.
9 Brexit : l’Ecosse et l’Irlande s’angoissent. Johnson : « Rassurez-vous nous resterons unis pour le meilleur et pour le pitre ! », Le Canard enchaîné, 31 juillet 2019, p. 1.
10 Assa Samaké-Roman, En Ecosse, la perspective du Brexit renforce les indépendantistes, www.mediapart.fr , 3 août 2019.
11 Éric Albert, Les entreprises exaspérées par le Brexit, Le Monde, 1er aout 2019, p. 11.
12 Éric Albert, Premier revers électoral pour Boris Johnson, Le Monde, 3 août 2019, p. 3.
13 Éric Albert, Brexit : Boris Johnson dans l’impasse de l’Irlande du Nord, Le Monde, 2 août 2019, p. 4.
14 Éditorial, Brexit : une illusoire « libération », Le Monde, 1er août 2019, p. 24.
15 Marie Charrel, La croissance de la zone euro marque clairement le pas, Le Monde, Économie & Entreprise, 2 août 2019, p. 12.
16 Antoine Perraud, Le premier ministre Boris Johnson se rêve vainement en Churchill, www.mediapart.fr , 3 août 2019.
17 Antoine Perraud, précité.
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mercredi 14 avril 2021

Fin d'un tabou?

 Abroger les 3%...

                          Depuis le temps qu'on en parle..Les règles budgétaires vont et viennent, en fonction des nécessités économiques nouvelles. Ce qui n'était d'abord qu'une demande de certains économistes est devenu un requête officielle de M. Macron, avant l'accès à la présidence de l'Union. On comprend que les nécessités économiques du moment. imposent encore plus qu'avant de passer outre une mesure dont le caractère arbitraire avait déjà été souvent souligné. La pertinence de cette mesure, née d'exigences allemandes de rigueur, avait déjà été largement critiquée. Les marchés financiers avaient imposé indirectement leurs exigences.  La ligne bleue des 3%, comme celle des Vosges à une époque,  n'est plus une rêve, nous dit-on à Bercy. Elle est enfin surmontée.

Hollande en rêvait, Macron l'a fait  Et après?
   Mais quelle est cette frontière chiffrée si magique? Comme si le déficit public était toujours une aberration, comme si la dette était par définition une monstruosité. Il y a dette et dette, on le sait.
   Mais d'où vient ce fameux 3 %, longtemps réputé frontière infranchissable?
   Une décision purement arbitraire l'a mis en place dans le contexte d'exigences bruxelloises. 
  Le chiffre est né sur un coin de table par une opération comptable du dimanche: 
«... C'était un soir de mai 1981. Pierre Bilger, le directeur du Budget de l'époque, nous a convoqués avec Roland de Villepin (NDLR : cousin de Dominique). Il nous a dit : Mitterrand veut qu'on lui fournisse rapidement une règle facile, qui sonne économiste et puisse être opposée aux ministres qui défilaient dans son bureau pour lui réclamer de l'argent. »
Dans son bureau du Louvre, siège à l'époque du ministère des Finances, ce jeune diplômé de l'Ecole nationale de la statistique et de l'administration se gratte la tête. « On avait besoin de quelque chose de simple », raconte-t-il. Ils choisissent le produit intérieur brut, le PIB, parce qu'en « économie, tout le monde se réfère au PIB ...Va donc aussi pour un chiffre de déficit entier, sans virgule? « On allait vers les 100 milliards de francs de déficit, ça représentait plus de 2% de déficit. 1%? On a éliminé ce chiffre, impossible à atteindre. 2% ? Cela nous mettait trop sous pression. 3%? C'est un bon chiffre,...

     Une invention 100%... française.... comme l'a raconté son initiateur.
           Et voilà comment un dogme est né, dans le contexte d'une rigueur assumée, la notion de déficit, très relative, n'étant pas interrogée.
  Notre Président s'inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs, les yeux tournés vers les énormes excédents commerciaux allemands, qui n'arrangent rien aux affaires de ses partenaires.
     La politique du rabot sans grande imagination continue son oeuvre, surtout au détriment des dépenses sociales.  En langage macronien, on parle désormais de « refroidissement de crédits », qui rappellent furieusement l’« ancien monde » décrié par le chef de l’Etat et sa jeune garde. rendant d’autant plus périlleux l’exercice d’équilibriste que s’est fixé le gouvernement pour 2018 : atteindre un déficit public de 2,7 %, tout en baissant les impôts de plus de 10 milliards d’euros.".
   Bref, ce fameux 3% a été et reste une source de confusion: ...En 2015, un rapport du Fonds monétaire international (FMI) soulignait « l’incohérence » de ces normes chiffrées dans un contexte où la croissance est à moins de 2 % et où l’inflation est proche de 0 %.

Mais les critiques portent également sur la pertinence de ces normes chiffrées. Le chiffre de 60 % ne laisse rien présager de la soutenabilité de la dette (capacité à la rembourser ), qui dépend de nombreux facteurs : taux de croissance, taux d’intérêt, nationalité des détenteurs… En 2010, la Grèce a presque fait faillite avec une dette de près de 150 % du PIB, quand le Japon a une dette à 250 % du PIB qui n’inquiète pas, notamment parce qu’elle est détenue par des Japonais.
De même, le chiffre de 3 % ne dit rien, en lui-même, de la « structure » du déficit : il ne permet pas de savoir si le déséquilibre des finances publiques est dû à des investissements à long terme ou à des dépenses de fonctionnement de l’Etat non couvertes par les recettes

        Bref, une invention, gravée dans le marbre des critères de Maastricht, qui n'a aucun sens. Si c'est le Figaro qui le dit... 
    Il serait nécessaire de repenser le problème de la dette et de la relativiser: ...Le taux d’endettement de la France se situe dans la moyenne européenne : 91% du PIB dans la zone euro. Aux États-Unis, la dette dépasse les 100% du PIB. Elle s’élève même à 250% au Japon...Cela, c'était avant la crise sanitaire, qui risque de changer la donne peut-être en profondeur.

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