Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête Chili. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête Chili. Trier par date Afficher tous les articles

lundi 25 janvier 2010

Chili: quel tournant?

Vote paradoxal dans un pays encore meurtri

-Une histoire douloureuse
_____De Allende à Sébastian Pinera

-Dans ce pays qui a connu au cours des trente dernières années une véritable « révolution capitaliste », pour reprendre l’expression du sociologue Tomás Moulian, la citoyenneté fait en effet souvent place à une forte dépolitisation. Le constat du journaliste Mauricio Becerra est amer : « La fin du scénario était évidente : à donner tant de pouvoir au grand capital, c’est le patronat qui a fini par prendre le contrôle de l’Etat (…). Très peu d’entreprises publiques sont encore à privatiser. La subjectivité individualiste néolibérale façonne les prototypes identitaires. La concentration de toutes les craintes sur les délits contre la propriété, plutôt que face à l’insécurité sociale ou au manque de participation, est installée dans l’imaginaire collectif . »

-Un entrepreneur multimillionnaire à la tête du Chili-

-Après le coup d'Etat contre le régime du Président Allende, légalement élu, avec l'aide des forces de droite et des Etats-Unis(ce qu'a reconnu plus tard H.Kissinger) et les vingt terribles années de répression qui suivirent, sous la dictature de Pinochet et suivant un modèle économique néolibéral, inspiré de l'école de Chicago, de Milton Friedman, le Chili évolua peu à peu vers une "normalité" retrouvée à partir de 1993:

"...À l'élection présidentielle de 1993, le candidat démocrate-chrétien de la Concertation nationale pour la démocratie, Eduardo Frei Ruiz-Tagle, fils de l'ancien président Eduardo Frei Montalva, probablement assassiné,l'emporta sur Arturo Alessandri, candidat du centre droit.
Le gouvernement chilien doit faire face à un développement de la pauvreté dans certaines catégories de la population, et une augmentation de la violence et de l'insécurité dans les villes. Le 25 juin 1996, le pays devient membre associé du Mercosur.
La coalition au pouvoir (démocrates-chrétiens et sociaux-démocrates) recueille la majorité des suffrages exprimés lors des élections municipales d'octobre 1996. Elle remporte également les élections législatives du 11 décembre 1997.
Le 10 mars 1998, le général Pinochet quitte le commandement de l'armée de terre pour entrer dans un climat hostile au Sénat et y occuper un siège à vie.
Une grave crise interne est provoquée par l’
arrestation du général Pinochet par la police britannique, le 16 octobre 1998. Le juge espagnol Baltasar Garzón réclame l’extradition vers l’Espagne de l’ancien chef de la Junte militaire, afin de le juger pour des délits de « génocides », « tortures » et « disparitions » commis pendant la dictature. Les révélations sont faites à propos du plan « Condor », qui coordonnait, pendant les dictatures, l’action répressive contre les opposants en Argentine, en Bolivie, au Chili, au Paraguay et en Uruguay. 17 mois plus tard, le ministre britannique de l’Intérieur Jack Straw rejette la demande d’extradition du général Pinochet vers l’Espagne; ce dernier peut ainsi retourner dans son pays, où la Cour d’appel de Santiago du Chili vote, le 23 mai 2000, la levée de son immunité parlementaire.
Le 16 janvier 2000,
Ricardo Lagos, candidat de la Concertation démocratique, coalition de centre-gauche au pouvoir depuis dix ans, est élu président du Chili avec 51,3 %des suffrages. C'est le premier président socialiste du Chili depuis Salvador Allende. Il s’engage à faire des droits de l'homme une priorité de son gouvernement et se prononce en faveur d'un jugement d'Augusto Pinochet à son retour au Chili.
En 2006, les élections présidentielles confortent les socialistes, et pour la première fois dans l'histoire de l'Amérique du Sud, une femme est élue présidente. Le 11 Mars 2006,
Michelle Bachelet, ancienne ministre de la santé et de la défense de Ricardo Lagos, prend ses fonctions et compose un gouvernement comprenant 10 hommes et 10 femmes. Elle trouve une situation sociale très dégradée"

Celle-ci inaugure un ére de transition vers une démocratie limitée, malgré les énormes problèmes laissé par le système Pinochet .La pauvreté et l'extrême pauvreté touchent une large couche de la population .
"
Malgré un budget en hausse (+ 8,9%) qui s’appuie sur le niveau extrêmement élevé du cuivre sur le marché mondial, la politique publique de M. Bachelet reste celle d’une assistance ponctuelle en faveur des plus déshérités. Les premiers gestes de politique internationale du nouvel exécutif sont venus garantir l’ancrage du Chili comme allié stratégique des États-Unis en Amérique du Sud et en faveur d’un libre-échangisme débridé, où le Chili est fortement dépendant de l’exportation de ses matières premières et ressources naturelles (cuivre, bois, pêche, etc.) Pourtant, les problèmes sont de taille et ce à commencer par trois dossier brûlants : la faillite totale du système de retraites par capitalisation (qui doit constituer l’un des grands chantiers de cette présidence) ; un système de santé à deux vitesses, laissant au bord de la route les plus fragiles ; enfin, une éducation municipalisée et transformée en un vaste marché par la Loi organique sur l’enseignement (LOCE), votée par le général Pinochet juste avant son départ [le mouvement étudiant contre cette loi – les « pingouins » – a été traité fort brutalement par la présidente Bachelet qui a une conception de « l’ordre juste très proche de celle de Ségolène Royal.
Face à cela, le gouvernement ne semble pas prêt à modifier significativement la fiscalité du pays ou encore l’échelle des salaires, pourtant profondément injustes. Même chose en matière de ressources minières : malgré des discussions sur d’éventuelles royalties, le cœur de la législation sur l’exploitation du cuivre sera conservé, ensemble de lois qui légalisent - depuis les temps de la dictature - une véritable aliénation de cette ressource non renouvelable au profit des multinationales et au détriment de CODELCO (la Corporation du cuivre publique) . Ainsi que le notait un reportage du quotidien français le Figaro durant la campagne : « Tenir tête aux 16 entreprises qui contrôlent 80% de l’économie chilienne, en redessinant la fiscalité et en renforçant le droit du travail est exclu ».

______ Malgré de bons indicateurs économiques et la baisse sensible de la pauvreté, passant de 38,6 % de la population en 1990 à 18,8 % en 2003 , le pays possède un grave défaut: l’inégalité de répartition des richesses. Ceci a pour effet de créer une brèche sociale nette entre riches et pauvres.
-Selon des informations sur le développement humain de l’ONU en 2005, le Chili possède un coefficient de Gini de 0,57, le situant à la 113e place sur 128 de la liste des pays par égalité de revenus. Cette inégalité est difficilement rattrapable. Ce problème est attribué à l’économie venant des diverses entreprises prônant le néolibéralisme (en opposition à l’économie à tendance socialiste développée entre les années 1950 et les 1970). De nos jours, les 20 % des plus riches du pays gagnent 14,3 fois ce que reçoivent les 20 % des plus pauvres (Wiki)
-Un aspect des inégalités au Chili
-Sebastian Piñera, le Berlusconi chilien
-Séisme sur les retraites en Argentine et au Chili

Après M.Bachelet vient Sébastian Pinera, de la droite populiste, immensément riche,entrepreneur multimillionnaire, dont on dit qu'il serait le Berlusconi chilien
"...
Sur cette base, ce sont sûrement quatre années difficiles qui attendent les familles de détenus disparus de la dictature, le peuple Mapuche mobilisé dans le sud du pays, les citoyens qui réclament une assemblée constituante et, plus largement, le mouvement social et syndical, véritables bêtes noires de M. Piñera. Mais ce tournant politique va aussi peser sur le plan régional. C’est derrière les Etats-Unis, aux côtés du Pérou, de la Colombie (le président Alvaro Uribe est l’un des exemples à suivre, selon M. Piñera) et face à l’axe « bolivarien » (Venezuela, Equateur, Bolivie, Cuba) que se situera le Chili, à partir de mars prochain, sur le plan géopolitique. Cette arrivée d’une droite décomplexée à la Moneda, le palais présidentiel qui vit la mort du président Allende le 11 septembre 1973, aura donc un impact bien au-delà de la Cordillère des Andes au moment où les peuples de l’Amérique latine tentent d’affirmer leur indépendance face aux géants du Nord
." (FG)
-Chili : L'Affairisme au Pouvoir
__________


mardi 21 décembre 2021

Chili: nouvelle ère

 La deuxième mort de Pinochet. Enfin, une durable ouverture démocratique?

                  On est en droit de l'espérer, après une évolution chaotique de la situation depuis les années 2010, dans le cadre d'un système et d'une constitution encore largement marqués par l' empreinte dictatoriale de Pinochet et le pouvoir d'un néolibéralisme toujours agressif.  Depuis cette époque, les choses commencent enfin à changer, grâce notamment à un réveil d'une jeunesse qui n'a pas connu la dictature.  Depuis Pinochetsous la houlette des Chicago Boys et avec la bénédiction de Reagan, disciple de Friedman, le secteur public avait été sacrifié, aux dépens des plus démunis. L'ultralibéralisme, dans sa plus pure forme,  a produit les conséquences que l'on connaît. Fin d'un laboratoire très particulier.  Beaucoup d'enfants, notamment ont souffert de la situation sociale et du poids écrasant d'une bourgeoisie rentière. Depuis novembre 2020, un espoir renaissait et des mouvements puissants se faisaient jour pour une transformation du système. Mais dimanche, le dernier rempart contre la dictature, Gabriel Boric  a obtenu un succès très net. Une large victoire. (*)

 ___ "Le candidat de la gauche, Gabriel Boric, a remporté, dimanche 19 décembre, le deuxième tour de l’élection présidentielle, devant son adversaire d’extrême droite, José Antonio Kast.    M. Boric recueille 55,87 % des voix, contre 44,13 % à son concurrent, selon les résultats officiels quasi définitifs. La participation dépasse les 55 %, un sommet depuis que le vote n’est plus obligatoire en 2012. C’est un triomphe qu’enregistre la coalition de gauche, dont est membre le Parti communiste, dans ce duel inédit depuis le retour à la démocratie en 1990 entre deux candidats aux projets de société diamétralement opposés.   « Il y aura plus de droits sociaux mais nous le ferons en restant fiscalement responsables », a déclaré le président élu de 35 ans, devant une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes venues l’écouter après sa large victoire. « L’histoire nous a appris que lorsque nous nous divisons en guerres fratricides, les choses finissent toujours mal. Tout le Chili espère (…) qu’il y aura un très bon gouvernement pour le Chili et les Chiliens », a dit M. Piñera.  Avant lui, José Antonio Kast avait admis sa défaite. « Je viens de parler à @gabrielboric et l’ai félicité pour son grand triomphe. Il est aujourd’hui le président élu du Chili et mérite tout notre respect et notre collaboration constructive. Le Chili passe toujours en premier »a-t-il écrit sur son compte Twitter. M. Kast, candidat de « l’ordre, de la justice et de la sécurité », était arrivé en tête au 1er tour (27,9 % contre 25,8 %) en séduisant les quartiers huppés de Santiago et les classes populaires à l’extérieur de la capîtale..."                               ___   Espérons que les marchés financiers ne vont pas contribuer à déstabiliser le nouveau pouvoir ou le contraindre à trop de concessions...____Une histoire à méditer._
__________________(*) "...Si un tel scénario a pu se dessiner, c’est que la configuration politique du pays andin vient d’être bouleversée en quelques années. La révolte sociale historique d’octobre 2019 a permis d’ouvrir un processus constituant, approuvé lors d’un référendum par 78 % des votants le 25 octobre 2020. L’élection de la Convention constitutionnelle, en mai 2021, a été marquée par l’effacement de la droite et de l’ancienne Concertation (la coalition de centre gauche qui a géré la transition à la démocratie jusqu’aux années 2010).      Les victoires récentes d’une jeune militante féministe et communiste à la mairie de Santiago, Irací Hassler, et d’un militant contre la privatisation de l’eau comme gouverneur de la région de Valparaíso, Rodrigo Mundaca, ont été des indices supplémentaires de cette ouverture du champ des possibles dans un pays qui a été un laboratoire du néolibéralisme. 
Dans ce contexte d’opposition à ce legs persistant de la dictature, alors que les mouvements sociaux de 2019 ont été davantage mis en sourdine par la pandémie que complètement éteints, Gabriel Boric a su conquérir la présidence face à un candidat d’extrême droite, José Antonio Kast, qui revendiquait haut et fort l’héritage de Pinochet et inquiétait les défenseurs des libertés..." ________________

vendredi 26 août 2011

Chili: ya basta!

Soulèvement étudiant sans précédent

_Depuis le départ de Mme Bachelet, qui a procédé à quelques réformes souvent non abouties, sans pouvoir remettre en cause l'essentiel de l'héritage ultralibéral de Pinochet, aucun tournant majeur ne s'est produit, au contraire.
L'
entrepreneur multimillionnaire à la tête du Chili , qui a fait fortune sous la dictature, a contribué à accentuer l'emprise du privé sur l'Etat.
"
L’injustice du système est peut-être apparue sous un jour plus cru avec l’arrivée au pouvoir de M. Piñera, lequel s’est vite donné pour mission de renforcer – encore – les logiques de marché au sein du système éducatif. "
Les tensions sociales ont augmenté, surtout depuis la calamiteuse gestion du terrible tremblement de terre, qui a touché surtout les plus pauvres, et les nouvelles générations ne craignent plus de manifester leur indignation, les étudiants ouvrant la voie, dans un mouvement qu'on appelait déjà en 2006 "la révolte des pingouins".
Ils disent basta!
___________________Depuis juin
, ils réclament, aujourd'hui avec véhémence, une réforme du système éducatif , un des plus inégalitaires au monde , qui fonctionne selon les lois du libéralisme le plus débridé.
"
La nation chilienne s'inscrit à la deuxième place du classement des pays où l'enseignement universitaire est le plus couteux pour les étudiants, juste derrière les Etats-Unis. L'accès aux études supérieures de qualité reste donc encore réservé aux enfants de milieux aisés, ou implique que les étudiants s’endettent très fortement. « Plus de la moitié des étudiants suivent un cursus dans une université privée, dont les prix varient de 500 à 1800 dollars par mois "
_Ils se battent pour une éducation publique et gratuite , contre un système qui fait la part belle à la privatisation, où l'université publique coûte aussi chère que l'université privée: "
les frais de scolarité au Chili sont les plus élevés au monde si l'on prend en compte le coût de la vie. D'autre part, les études au Chili durent longtemps. A l'université, on obtient son premier diplôme qu'au bout de 5 années d'études. Cela veut dire que les frais de scolarité sont très élevés dans le public et cela montre les limites de notre système actuel."
Depuis quelques semaines, on assiste à des manifestations de grande ampleur, la grève devient nationale.

"C'est la crise d'un modèle qui, dans l'éducation, a généré de nombreuses inégalités, et dans le domaine social se traduit par une faible protection des travailleurs", analyse le sociologue Manuel Antonio Garreton. "A travers ces mobilisations, la société chilienne cherche une façon de passer d'un modèle social pinochétiste (référence à Augusto Pinochet au pouvoir de 1973 à 1990) à un modèle réellement démocratique que nous n'avons pas encore", estime l'analyste de l'Université catholique.
L'éducation en est un point central. Elle constitue un poste d'endettement majeur de dizaines de milliers de foyers chiliens en quête d'un enseignement de qualité que ne peut garantir le secteur public, parent pauvre du système, dont l'Etat s'est en partie désengagé sous la dictature de Pinochet."
Depuis des semaines, les manifestations s'étoffent et se renforcent. Du jamais vu depuis la fin de la dictature.
_Une situation déjà ancienne, explosive, qui secoue le Chili et s'étend aux couches sociales mises à mal par un système fortement inégalitaire, malgré une croissance économique certaine, mais qui ne profite qu'à une petite minorité.
Et le pillage des ressources continue...
_
Les Chiliens veulent en finir avec l’ère Pinochet.
_______________________
-
Les étudiants chiliens relèvent le défi
______________________
_______
Article paru dans Agoravox

mercredi 17 décembre 2025

Il est minuit à Santiago

      L'oubli retombe sur le Chili                                                                                                                                                                       C'est le retour des vieux démons. On pensait que le pays allait pouvoir s'installer durablement dans une voie démocratique, mais le succès de Kast, fils d'émigré allemand nazi, revendiquant l'héritage de Pinochet, fait craindre de nouvelles années noires pour le peuple chilien. 


            Comment est-il possible d'avoir aussi peu de mémoire, de se précipiter une nouvelle fois dans une dictature qui s'annonce?  Effets du vote obligatoire, devenu imposé, et d'une constitution presque inchangée depuis Pinochet? Amnésie?  On s'interroge...
Les peuples ont parfois la mémoire courte et une culture politique atrophiée. Les paroles fortes de Pablo Neruda sont retombées dans le silence...                                                                            La mémoire qui flanche Comment est-ce possible? La nostalgie de la droite conservatrice dans les milieux conservateurs n'explique pas tout. Pas plus que le poids d'une église conservatrice. La conservation de la constitution de l'ère Pinochet aussi. L'insécurité est mineure par rapport aux  pays voisins . Il nous manque des données pour comprendre.  Un effet Trump et Milei, sans doute aussi, dans une Amérique latine en effervescence, de Caracas à Quito. Le Jaguar de l'Amérique latine n'a pas suivi les ambitions démocratique de Michèle Bachelet, dont le père est mort suite aux tortures des nervis de Pinochet, le bras armé de la CIA,   Kissinger aidant, dans le pays où les intérêts US étaient puissants, qui créa là un Etat lige, par le biais des Chicago Boys.            "...Le résultat d’une transition inaboutieCe jour sinistre dit évidemment beaucoup du Chili et de l’échec de ses secteurs les plus progressistes face aux verrous installés par la dictature pour survivre à sa fin formelle.    « Un énorme conservatisme social a persisté dans ce pays, de même qu’un modèle de marchandisation et de privatisation des existences l’a emporté, commente l’historien Olivier Compagnon, professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle. Le legs néolibéral, que l’on voue aux gémonies depuis nos positions éthiques et intellectuelles, représente plus que jamais un horizon désirable pour beaucoup de gens. »   « La matrice néolibérale a été ancrée par les idéologues de l’ancien régime, abonde Damien Larrouqué, maître de conférences en science politique à Cergy Paris Université. L’État chilien est désargenté dans un pays riche et malade de ses inégalités abyssales. Dès lors que la mère des batailles, à savoir la réforme fiscale, a été perdue par Gabriel Boric [le président de gauche sortant – ndlr], la puissance publique n’avait pas les moyens de changer la vie...."



    ___ *   Kast officialise sa candidature indépendante auprès du Service électoral (Servel) en déposant 43 461 parrainages. Il reçoit le soutien de milieux de droite, conservateurs, libertariens, nationalistes et d’anciens militaires, entre autres. Il défend un programme résumé par « moins d’impôts, moins d’État, provie »[, ainsi que des mesures anti-immigration illégale. Son soutien affiché à l’ancienne dictature militaire provoque de vives polémiques, notamment sa proposition d’accorder une grâce aux condamnés de plus de 80 ans souffrant de maladies liées à l’âge – mesure qui inclurait les auteurs de violations des droits de l’homme sous Pinochet. Au premier tour de l’élection présidentielle chilienne de 2017, il obtient 523 213 voix (7,93 %), arrivant en quatrième position alors que les sondages lui accordaient seulement 2 à 3 %/ . Au second tour, il soutient Sebastián Piñera, finalement élu. Il déclare que « les Chiliens ont besoin de Dieu » et propose que l’État promeuve l’enseignement religieux à l’école publique avec des professeurs disponibles lorsque les élèves le choisissent.  ...   En matière de relations internationales, Kast propose de fermer la frontière avec la Bolivie afin de lutter plus efficacement contre le trafic de drogue. En 2018, il appelle le gouvernement à rompre les relations diplomatiques avec la France après l’octroi de l’asile à l’ancien guérillero Ricardo Palma Salamanca.  En mars 2018, lors d’une tournée dans les universités chiliennes, Kast est agressé physiquement par des manifestants à l’université Arturo-Prat d’Iquique[26]. Il dénonce également une censure de la part de l’université de Concepción et de l’université australe du Chili[28].   Lors de l’élection présidentielle brésilienne de 2018, il soutient Jair Bolsonaro. En avril 2018, il lance le mouvement politique de droite Acción Republicana.       En septembre 2019, il est accusé de ne pas avoir déclaré des fonds transférés vers des sociétés au Panama. Kast reconnaît l’existence de ces sociétés mais affirme qu’elles appartiennent à son frère Christian Kast. Il défend ensuite le droit des Chiliens à investir à l’étranger. En mai 2019, il crée le think tank Ideas Republicanas et, en juin 2019, le Parti républicain du Chili. Il s’oppose aux manifestations de la crise sociale de 2019-2022, les qualifiant non pas de mouvement social mais d’actes de violence organisés par des « terroristes ». À mesure que l’approbation des manifestations diminue, Kast parvient à fédérer les Chiliens opposés à la violence. Lors du Référendum constitutionnel chilien de 2020, il fait campagne pour le « Rejet » (21,72 % des voix) face à l’« Approbation » (78,28 %).   Pour l’élection de la Convention constitutionnelle chilienne de 2021, Kast conclut un pacte avec la coalition de centre-droit Chile Vamos pour présenter une liste commune « Vamos por Chile ». Cette liste obtient 20,6 % des voix, soit moins d’un tiers des sièges. Kast impose notamment la candidature de Teresa Marinovic, figure alignée sur ses positions mais mal acceptée par une partie du centre-droit. Marinovic est largement élue, permettant à de nombreux candidats républicains d’entrer grâce au système D’Hondt .   (Wiki)                                                                                                     ______________              Laissons parler Neruda:  " Ils se sont promus patriotes.

Ils se sont décorés dans les clubs.
Ils ont aussi écrit l’histoire.
Les parlements se sont remplis de faste 
Après quoi ils se sont partagés la terre,
La loi, les plus jolies rues,
L’air ambiant, l’université, les souliers.

Leur prodigieuse initiative
C’est l’Etat ainsi érigé,
La mystification rigide.
Comme toujours, 
On a traité l’affaire avec solennité
Et à grand renfort de banquets
D’abord dans les cercles ruraux,
Avec des avocats, des militaires.
Puis on a soumis au Congrès
La Loi suprême, 
La célèbre Loi de l’Entonnoir
Aussitôt votée.

Pour le riche, la bonne table,
Le tas d’ordure pour les pauvres.
La prospérité pour les riches
Et pour les pauvres le turbin.
Pour les riches la résidence.
Le bidonville pour les pauvres.
L’immunité pour le truand,
La prison pour qui vole un pain.
Paris pour les fils à papa,
Le pauvre, à la mine, au désert !
L’excellent Rodriguez de la Crota
A parlé au Sénat
D’une voix mélliflue et élégante.
’Cette loi, établit la hiérarchie obligatoire
Et surtout les principes de la chrétienté.
C’est aussi indispensable que la pluie.
Seuls les communistes, 
Venus de l’enfer comme chacun sait,
Peuvent critiquer notre charte de l’Entonnoir,
Savante et stricte.
Cette opposition asiatique,
Née chez le sous homme, 
Il est simple de l’enrayer :
Tous en prison, tous en camp de concentration,
Et ainsi nous resterons seuls,
Nous les messieurs très distingués
Avec nos aimables larbins
Indiens du parti radical’.

Les applaudissements fusèrent
Des bancs de l’aristocratie :
Quelle éloquence, quel esprit,
Quelle philosophie, quel flambeau !
Après cela chacun courut
A son négoce emplir ses poches,
L’un en accaparant le lait,
L’autre escroquant sur les clôtures           



Un autre volant sur le sucre
Et tous s’appelant à grands cris Patriotes !
Ce monopole du patriotisme,
aussi consulté dans cette Loi de l’Entonnoir.”

Pablo Neruda                                _______________________________________


mercredi 4 novembre 2020

Espoir au Chili

Tournant à Santiago

                                        Il y a un an, une porte s'était ouverte. Les Chiliens étaient dans la rue. Après les soulèvements de 2011, qui ouvraient une brèche. Le OUI l'a emporté:         "...Le résultat a dépassé les plus folles espérances des manifestants qui dénoncent, depuis un an déjà, les inégalités sociales au Chili. Dimanche 25 octobre, 78 % des votants se sont prononcés en faveur d’une nouvelle Constitution. Le pays va donc en finir avec le texte actuel, qui avait été adopté en 1980 sous la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990) et qui a été le premier au monde à refléter les théories néolibérales.    « C’est merveilleux, je n’en reviens pas », lâche Natalia Gainza, 37 ans, encore abasourdie par cette journée historique. Comme tout son entourage, cette sociologue a voté pour la rédaction d’un nouveau texte, dans l’espoir « que les choses changent enfin : que tous les Chiliens puissent avoir accès à une éducation gratuite et de qualité, pareil pour la santé ». Au Chili, l’accès aux services comme la santé, l’éducation et les retraites dépend bien souvent du pouvoir d’achat des usagers.     « Aujourd’hui, la citoyenneté et la démocratie ont gagné (…). C’est un triomphe pour tous les Chiliens et les Chiliennes qui aiment la démocratie, l’unité et la paix », a déclaré le président de droite, Sebastian Piñera, dont la gestion est vivement critiquée par les manifestants depuis le début du mouvement social. « Jusqu’ici, la Constitution nous a divisés. A partir de maintenant, nous devons tous collaborer pour que la nouvelle Constitution soit un grand cadre d’unité, de stabilité et d’avenir. »     ___ C'est la fin du pinochetisme, qui n'avait que trop duré.

                              La victoire a été éclatante, même si tout reste à faire.                                                                            "...Selon les médias, la victoire a été “éclatante”, “retentissante” ou encore “écrasante”. Elle ne fait en tout cas aucun doute. Environ 78 % des électeurs chiliens ont approuvé dimanche le changement d’une Constitution remontant à l’ère d’Augusto Pinochet.   Le président Sebastián Piñera n’a même pas attendu la fin du dépouillement pour s’adresser au pays. “Aujourd’hui, nous avons une fois de plus démontré la nature démocratique, participative et pacifique de l’esprit chilien. […] Jusqu’à présent, la Constitution nous a divisés. À partir d’aujourd’hui, nous devons tous collaborer pour que la nouvelle Constitution soit un espace d’unité, de stabilité et d’avenir”, a déclaré le chef de l’État, entouré de ses ministres, masqués.    Après la fermeture des bureaux de vote, à 20 heures, des milliers de personnes ont convergé vers la Plaza Italia, dans le centre de Santiago, pour “une célébration massive” avec tambours, drapeaux et chants, décrit CNN Chile. La chaîne relate que le mot “renace” (renaît) a été projeté par un collectif d’artistes sur la tour Telefónica, qui domine la place. C’est là qu’avait commencé, il y a tout juste un an, le mouvement de contestation à l’origine du vote de dimanche.      La journée a été marquée, rapporte Infobae, par la participation la plus forte depuis l’instauration du vote volontaire en 2012. Près de 15 millions de Chiliens étaient appelés à voter. De longues files d’attente ont été observées malgré la pandémie. Les jeunes Chiliens ont visiblement voté en nombre, alors que 60 % s’étaient abstenus lors de l’élection présidentielle de 2017.    Biobiochile s’attarde notamment sur le cas de Gustavo Gatica, un jeune homme de 21 ans qui a perdu la vue après avoir été blessé par des tirs de carabineros (la police locale) lors d’une manifestation en novembre 2019. Les images de son passage aux urnes avec son accompagnateur sont devenues virales.    Le peuple chilien devait également se prononcer sur le type d’assemblée constituante qu’il souhaite voir siéger. 80 % des votants ont choisi un groupe composé uniquement de citoyens (avec une parité hommes-femmes) plutôt qu’une “convention mixte” de citoyens et parlementaires.   Le président doit désormais “garantir que ce processus se déroule dans la paix”, prévient le politologue Kenneth Bunker sur la chaîne 24 Horas.Car ce vote marque surtout le début de plusieurs longs mois de réflexion. Canal 13 précise donc les prochaines échéances. D’abord, le pays retournera aux urnes le 11 avril 2021 pour élire les 155 membres de l’assemblée constituante. Cet organe aura ensuite neuf mois pour préparer une proposition de texte. La ratification de la nouvelle Constitution ne devrait donc pas avoir lieu avant 2022.  Au moment d’analyser les “clés” de ce référendum, La Tercera estime que “ceux qui ont parié sur une solution politique ont gagné”. Pour l’un des quotidiens les plus lus du pays, “ce qui s’est passé devrait adoucir le climat politique et, ce que tout le monde espère, écarter la violence”. Le journal souligne également que M. Piñera, élu en décembre 2017, risque de connaître une fin de mandat dans l’ombre du processus constituant.     Mais, insiste El País, le mouvement qui a mené au référendum n’a pas été porté par des “institutions classiques” de type parti ou syndicat. “Par conséquent, aucune force politique ne peut prétendre à la victoire”, souligne le journal espagnol. “La différence entre ceux qui ont approuvé ou rejeté l’idée de remplacer la Constitution actuelle ne constitue donc pas un miroir” du rapport de force entre la droite au pouvoir et l’opposition.   Quoi qu’il arrive, indique la BBC, la nouvelle Constitution ne suffira pas à régler tous les problèmes du pays, mais elle représente “un premier pas très important pour rétablir un équilibre social au Chili..."

________________________________________

vendredi 16 juillet 2021

Néolibéralisme en action

   Logique, paradoxes et dérives (Notes de lecture à discuter)

                      Le néolibéralisme, depuis sa fondation , a comme projet de soumettre l'Etat aux lois du marché, comme en exprimaient clairement les voeux Mme Thatcher ("la société n'existe pas", "Il n'y a pas d'alternative"), comme disait R. Reagan (l'Etat est le "problème"), F Mitterrand ("On a tout essayé"), L.Jospin ("L'Etat ne peut pas tout". Ils ouvrirent la voie qu'empruntèrent les institutions bruxelloises. La "gauche" a fini par se rallier. Les institutions étatiques, instrumentalisées, tendent à devenir elles-mêmes les facilitatrices de cette nouvelle logique, la voie royale de son accomplissement.                                                                                                         ___"...Le caractère funeste du modèle néolibéral, dont le Chili de Pinochet a été le précurseur à l’échelle internationale (chapitre 1), ne réside pas seulement dans les conséquences délétères des politiques qu’il justifie. Certes, la privatisation des services publics, la marchandisation de biens universels (santé, éducation, eau), l’imposition des retraites par capitalisation ou encore la dérégulation du marché du travail sont préjudiciables par définition, dans la mesure où elles privent les citoyens de leurs droits les plus fondamentaux, brisent toute idée de solidarité et plongent la société dans son ensemble, et en particulier les classes les plus précaires, dans l’incertitude du futur. Mais, plus fondamentalement, si « le néolibéralisme nous tue », c’est parce qu’il a été pensé à cette fin, ou plus exactement, parce qu’il procède d’une volonté consubstantielle à sa nature : dominer par la guerre civile.                     ____Défendant une thèse radicale, cet essai est le fruit d’un travail collectif entrepris par le Groupe d’études sur le néolibéralisme et les alternatives (GENA), créé à l’automne 2018. Son ambition est d’appréhender, dans une perspective transdisciplinaire, cette nouvelle conjoncture internationale marquée par la victoire électorale de candidats à la fois pro-marché et réactionnaires d’une part, et par la diffusion à grande échelle de modalités de gouvernance autoritaires et répressives d’autre part. L’ouvrage cherche à mettre en cohérence les pratiques coercitives du pouvoir avec une idéologie néolibérale qui a pour substrat le plus essentiel une conception belligérante et mortifère du monde. Pour les auteurs qui emploient le terme de « stratégie » – qui plus est au pluriel (introduction), il s’agirait bel et bien d’une volonté des pouvoirs publics que de mener, depuis une quarantaine d’années et partout sur la planète, une guerre antidémocratique et antisociale en vue de faire advenir la société pure de marché.                On doit au philosophe anglais Thomas Hobbes la théorie contractualiste selon laquelle les hommes auraient choisi de mettre fin à la guerre de tous contre tous, en acceptant de céder une part de leur liberté à l’État, en échange de sa protection. La puissance publique aurait ainsi émergé du consentement à l’autorité, ainsi que l’illustre le célèbre frontispice du Léviathan (1651) où les sujets se mettent sous la coupe du Prince, et mieux encore, s’agrègent dans la tunique du pouvoir. Selon cette vision absolutiste il revient à l’État en tant que puissance régalienne d’assurer l’ordre institutionnel et de garantir la paix civile.    Pour ainsi dire, l’idéologie néolibérale retourne contre elle-même la vulgate hobbesienne, en faisant du Léviathan le suprême belligérant d’une nouvelle guerre de tous contre tous, où prévalent désormais l’individualisme exacerbé, la mise en concurrence généralisée et la prédation contre toutes les ressources, qu’elles soient humaines (uberisation, auto-entreprenariat, destruction du salariat), socio-économiques (privatisation des bénéfices, mais socialisation des pertes), juridiques (contournement des législations et évasions fiscales) ou naturelles (surexploitation). Sous l’auspice de ce néo-Léviathan, s’est ainsi organisée à l’échelle internationale, à partir de la fin des années 1970, la « contre-révolution néolibérale » (p. 27).    

         En ce sens, malgré la conviction commune qu’on lui attache souvent, l’idéologie néolibérale fait moins l’apologie du libre marché qu’elle ne consacre la figure de l’État fort (chapitre 3). Dans le sillage de l’ouvrage traduit et présenté par Grégoire Chamayou, Pierre Dardot et ses collègues font notamment de Carl Schmitt l’un des parrains du libéralisme autoritaire et rendent compte de la dette intellectuelle qu’Hayek, Röpke ou encore Mises lui doivent. Pour ces derniers en somme, « l’objectif général d’un État fort est avant tout d’empêcher que la politique n’affecte le fonctionnement du libre marché » (p. 73). Le néolibéralisme est donc « nécessairement autoritaire en ce qu’il s’attaque précisément à toute volonté démocratique de réguler l’économie » (p. 74). Autrement dit, « l’État néolibéral est un État positivement interventionniste » (p. 290). D’où dérivent la domestication des syndicats, la criminalisation de la protestation sociale ou encore l’incarcération de masse comme modalité de substitution à l’État-providence. En somme, il s’agit de gouverner contre les populations (chapitre 10) ; ce qui passe par une « ennemisation des opposants et des perturbateurs » (p. 232) et s’illustre, par exemple, dans la militarisation des unités de police en Europe, voire la « milicianisation » des forces armées (p.241), comme au Brésil. Pour les auteurs, ces dérives coercitives contemporaines trouvent leurs lointaines justifications dans les travaux des néolibéraux : à l’instar de Ludwig Von Mises, la plupart d’entre eux ont en effet poussé à son paroxysme la conception wébérienne du monopole de la violence physique légitime, en la convertissant en une forme de « brutalisme », au sens « d’une violence consciemment utilisée par l’État pour défendre l’ordre de marché contre les demandes démocratiques de la société » (p. 96).                D’après les auteurs, le néolibéralisme se caractérise par sa « démophobie » (chapitre 2). C’est-à-dire par sa peur viscérale des masses, dont Gustave le Bon et plus encore José Ortega y Gasset ont été les premiers à agiter le spectre. Pour conjurer la crainte que leur inspirent les logiques démocratiques (incertitudes des suffrages, alternances politiques, renouvellement des élus), les néolibéraux et en particulier Friedrich Hayek ont théorisé la nécessaire sanctuarisation d’un certain nombre d’enjeux politiques ou macroéconomiques, dont la gestion ne sera confiée qu’aux seuls experts. Revenant sur des considérations déjà étayées dans un précédent essai, Pierre Dardot et ses collègues développent la question du constitutionnalisme de marché (chapitre 4), notamment au fondement de l’Union européenne. Dans cet ouvrage, ils vont cependant plus loin en démontrant comment l’État de droit a mis le droit (et en particulier le droit privé) au service du projet d’asservissement des peuples au modèle ultra-libéral (chapitre 11).    Du reste, le concept de liberté que les penseurs néolibéraux véhiculent se limite, en réalité, à la sphère économique. C’est-à-dire à la liberté d’entreprendre et, plus généralement, à ce large éventail de libertés économiques qu’offre la dérégulation qu’ils promeuvent et qui conduit, en matière juridique, au moins-disant salarial, fiscal et environnemental. En aucune manière, il s’agit d’une liberté de type politique ou social. Non seulement, comme Hayek l’a montré à l’égard du Chili pinochétiste, les néolibéraux s’accommodent très bien de régimes militaires qui violent impudemment les droits de l’homme, mais il n’est nullement question de défendre les droits individuels à l’auto-affirmation (féminisme, LGBT, etc.). Sur le plan des mœurs et ainsi que le prouve notamment « l’hyperconservatisme sociologique » de Wilhelm Röpke (p. 148-154), les néolibéraux s’avèrent des réactionnaires forcenés, convaincus de la supériorité de la civilisation occidentale, blanche et patriarcale (chapitre 6). Mieux, ils défendent la guerre des valeurs et la division du peuple (chapitre 8).                                                                   Pour les auteurs, le néolibéralisme produit ainsi tout à la fois le poison (l’insécurité économique, les inégalités sociales), mais aussi « son antidote imaginaire » (p. 210) autour de projets démagogiques, faussement intégrateurs et résolument anti-immigrés. De ce point de vue, le « nationalisme concurrentialiste » (p. 183) d’un Trump ou d’un Bolsonaro n’est que le dernier avatar d’une idéologie qui porte en germe une conception profondément violente de la politique, du droit et de l’économie.     Quand bien même ses thuriféraires répétaient à l’envi depuis les années 1980 qu’il « n’y a pas d’alternative » (There is no alternativeTINA), le néolibéralisme n’est pas une fatalité. Les auteurs en veulent pour preuve « le Réveil du Chili ». De fait, lors des élections constituantes de mai 2021, les citoyens chiliens ont désigné, à travers leurs suffrages, plus de la moitié de candidats indépendants ou issus de la société civile sur les 155 membres de la future assemblée conventionnelle – privant de fait la coalition de droite de sa minorité de blocage. Il s’agit désormais de poser les bases constitutionnelles d’un nouveau régime politique, social et économique, qui soit plus horizontal et inclusif dans son fonctionnement, plus progressiste dans ses valeurs et surtout beaucoup plus solidaire dans ses finalités. « L’exemple du Chili le montre, écrivent-ils : seules des révolutions populaires, seules des révolutions menées et contrôlées par les citoyens peuvent s’opposer aux stratégies de guerre civile du néolibéralisme » (p. 313).                              ___Dans la conclusion, les auteurs se prononcent ainsi pour l’auto-gouvernement démocratique.    La force de cet essai est aussi ce qui en fait la limite. Car, si la maîtrise de la littérature théorique est indiscutable, l’administration de la preuve peut être prise en défaut. On peut ainsi leur reprocher de procéder par analogie, à défaut de pouvoir démontrer, à quelques exceptions près, que les dirigeants contemporains ont lu dans le texte les doctrinaires néolibéraux dont ils s’inspireraient. Ceci étant, les auteurs n’en ont pas moins le mérite de décrire avec beaucoup de rigueur un univers mental composite, qui encadre fortement l’horizon des possibles en matière macro-économique et justifie l’usage de tout l’arsenal régalien (justice, police, armées) contre les opposants à cet ordre établi.    Au demeurant, on pourra surtout regretter le tréfonds anarcho-marxisant qui irrigue leur philosophie et leur fait écrire :   L’expérience doit nous immuniser contre toute stratégie suicidaire de retournement contre l’adversaire de ses propres armes. L’État est tout sauf une « arme » à la disposition des dominés. Seule une politique radicalement non étatique, entendue comme politique du commun, peut nous faire échapper à l’empire du marché et à la domination de l’État (p. 311).    Or, de notre point de vue, l’État est moins l’expression que l’instrument du pouvoir. La nuance est de taille. Elle signifie que l’État répond toujours à la finalité qu’on lui assigne. Si l’objectif ontologique de l’idéologie néolibérale est la guerre, l’État peut certes la mener pour elle ou s’en faire, matériellement, le bras armé (répression policière). Mais il peut très bien aussi conduire une autre guerre, contre les inégalités ou les paradis fiscaux par exemple et, par voie de fait, remplir un autre rôle : celui de garant de l’intégration et de la justice sociales ou de corsaire contre les multinationales qui pillent les richesses nationales et piratent, en les contournant, les législations fiscales.                    _____ À bien des égards, la grande victoire des néolibéraux est d’avoir précisément décrédibilisé les institutions publiques, dans les faits (sous-financement chronique) et dans les consciences, d’après le principe selon lequel le marché serait nécessairement meilleur. Or, au nom de tous ces agents (contractuels, fonctionnaires ou élus) qui cultivent un vrai sens du service public – et il y en a, quoi qu’en disent leurs contempteurs qui trop facilement les accusent de corruption ou de gabegie –, on doit aujourd’hui à l’État, en particulier dans les pays anglo-saxons et du Sud, une réhabilitation culturelle (depuis la société) et financière (par l’impôt), afin de lui donner les moyens de ses futures ambitions. Car, la révolution « contre-néolibérale » se fera certes par les citoyens, mais pas sans les institutions publiques...." (Damien Larrouqué)  ____________