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jeudi 1 novembre 2018

USA: vérité sur l'emploi

Les chiffres et le réel
                              Si on en croit certaines données officielles, tout baigne
         Surtout sous la houlette du leader maximo.
    Le chômage se situerait nettement aujourd'hui autour de 5% , voire moins.
Un record, nous dit-on, même dans certains organes de chez nous. Sans plus d'analyse.
  Mais, comme toujours dans ce domaine, il faut y regarder de plus près et voir à quoi correspondent ces données officielles.
       Certains Américains sont plutôt critiques à leur égard, sans nier le rebond économique du moment, qui doit beaucoup aux circonstances et en partie sans doute aux décisions isolationnistes trumpiennes.
   Comme le dit Jim Cliftol, président de Gallup:
     ....Si vous, un membre de la famille ou quelqu’un êtes au chômage et que par la suite renoncez à trouver un emploi, si vous êtes si désespérément à la recherche d’un job mais que vous avez cessé de chercher au cours des quatre dernières semaines, le ministère du Travail ne vous compte pas en tant que chômeur.  En ce moment, 30 millions d’Américains sont soit sans emploi soit sous-employés de façon sévère. Croyez-moi, la grande majorité d’entre eux ne sont pas en train de fêter la baisse « historique du chômage ».Mais il y a une autre raison pour laquelle le taux officiel est trompeur. Si vous effectuez un minimum d’une heure de travail dans une semaine payée au moins 20 $ de l’heure alors vous ne serez pas officiellement comptabilisé parmi les chômeurs. Vous ne figurez pas dans ces merveilleux 5,6 % de chômeurs. Peu d’Américains le savent. Et en plus aux USA, il n’y a pas d’allocation chômage donc il faut gagner sa croûte.
   Donc le taux de chômage aux USA est largement sous-estimé et les courbes du chômage sont à prendre avec énormément de précaution.
    Chaque gouvernement a ses ficelles pour enjoliver la situation, elles sont très grosses à la Maison Blanche, élections obligent.
    On ne compte plus tous eux qui ont plusieurs jobs pour survivre, vu la faiblesse des salaires parfois jusqu'à un âge très avancé, vu la faiblesse de certaines retraites. A la trappe!
     Il y a débat sur les chiffres, mais le secret est bien gardé aux yeux de l'opinion, qui n'a aucun moyen d'avoir de recul, sinon au niveau local.
    Et les filets de protection ont des mailles très larges, quand ils existent et il n'est pas rare de voir des enseignants exercer un deuxième métier par nécessité.
     Depuis 10 ans, la situation s'est améliorée, mais toute possibilité de récession et de nouvelle crise n'est pas écartée.
 Derrière le décor, la paupérisation est toujours galopante et les bons alimentaires sont souvent insuffisants.
      Donc, le taux de chômage rapporté...est sans valeur vu qu’il ne prend pas en compte les travailleurs découragés, qui représentent un pan important des chômeurs américains. Le taux officiel est d’environ 5 %, soit celui rapporté par le calcul U-3 qui ne prend pas en compte les chômeurs qui ont abandonné leur quête d’un emploi par découragement.   Le gouvernement américain dispose néanmoins d’un autre mode de calcul, l’U-6, qui prend en compte les travailleurs découragés depuis moins d’un an. Ce taux officiel est de 10 %. Si on prend en compte les chercheurs d’emploi découragés depuis plus d’un an, comme c’était le cas auparavant, le taux de chômage américain s’élève à 23 % (voir John Williams sur shadowstats.com).   Les stimulations fiscales et monétaires ne peuvent remettre les chômeurs au travail que si des emplois locaux existent. Mais vu qu’ils ont été délocalisés, ces politiques sont inutiles. (…) Les politiques américaines du 21e siècle ont détruit la possibilité de voir augmenter la demande réelle des consommateurs... 
     Dans notre pays aussi, à une échelle moindre, nous avons le même problème avec des chiffres autour desquels on se dispute, non sans arrière-pensées.
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lundi 28 novembre 2016

Bien souvent courbes varient...

 Ça va, ça vient...
                          Ça monte, ça descend.
    Chants de victoire ou de déploration..
           Curieusement plus souvent dans les périodes pré-électorales.
     Une courbe pas très nette, qui donne le tournis.
 Elle s'inverse claironne-t-on. Elle redescend, se lamente-t-on. Mais ce n'est que circonstanciel, se rassure-t-on. C'est comme la ligne bleue des Vosges, dans un combat incertain, plus long et plus rude que prévu. Sans doute perdu d'avance si on ne repense pas au plus vite le partage du travail sous diverses formes, qu'il reste à inventer.
     Mais tous n'ont pas les mêmes lunettes et oublient parfois que les petites ou grandes oscillations, saisonnières ou non, sectorielles ou pas, ne sont que l'expression d'un problème de fond rarement analysé depuis les années 70: essentiellement, la financiarisation de l'économie, la mondialisation prônée pas l' OMC et la mise en concurrence de la main d'oeuvre au niveau;planètaire.
       Tout le monde n'est pas également touché, mais beaucoup plus qu'on ne croit sont menacés, dans un état de précarité qui peut demain basculer, ou se trouvent hors statistiques. Missing. Perdus de vue.
     Au poste de vigie, l'Insee  scrute l'horizon, sur des données partielles et révisables et, comme Soeur Anne, ne voit rien venir. Des îlots, par ci par là. Mais de terre ferme, point. Les vents restent défavorables ou la bourrasque menace. Le ciel est toujours changeant, les données météo peu fiables, les vents s'inversent vite... Déjà en 2013, on nous annonçait la croissance pour Noël. Le Sapin serait beau. Mais on se ravisa peu après. La boule de cristal aurait perdu...la boule. 
    Car les chiffres sont aussi des faire-valoir politiques, instrumentalisés.
Que valent-ils donc, eux qui donnent l'impression d'être sur une terre mouvante?
   Que sait-on des "vrais chiffres", ou des plus fiables, derrière toutes les approximations, les traficotages et les manipulations? Quelle part au chômage invisible, ici comme ailleurs?
  Sans parler du nombre croissant de travailleurs pauvres et précarisés.
     Il est bon de regarder par-delà la courbe fluente et magique et de ne pas céder aux leurres    (*)
Et de dépasser les polémiques de surface.
..________________ 
           __(*)...Le chômage et les controverses relatives à l’évaluation de son ampleur et la véracité des données fournis sont des phénomènes planétaires. Les débats et polémiques ainsi engendrées présupposent qu’il existe un chiffre objectif du nombre de chômeurs, que le découpage statistique entre chômeurs, population active occupée et population inactive est facilement définissable et, surtout, que les hommes et femmes politiques jouent un rôle déterminant dans sa gestion et sa réduction. Au contraire, les économistes expliquent aujourd’hui que « l’essentiel du phénomène tient dans l’hétérogénéité de son contenu, dans l’indétermination de ses frontières, dans la diversité des statuts des chômeurs et de l’impact qu’exerce le passage par le chômage sur leur destin individuel. » Pourtant, d’aucuns s’accordent que son évaluation est cruciale pour l’analyse de la politique macroéconomique.
     Dans ces conditions, que penser des annonces des différents gouvernements ? En septembre 2016, les Etats-Unis disent avoir un taux de chômage de 5%, l’Allemagne 6.1%, la Grande-Bretagne 4.9%. Les chiffres français du mois dernier ne sont pas encore disponibles mais nous savons qu’en août, ils repassés au-dessus de la barre des 10% (10.3%), juste en-deca de la moyenne de l’Europe à 28 (10.1%). Selon l’agence Eurostat, les deux pays les moins affectés de l’Union Européenne (U.E.) en juillet étaient la République Tchèque (3.7%) et l’Allemagne (4.2%) alors que les deux pays les plus touchés étaient la Grèce (23.4%) et l’Espagne (19.5%). 1    
   Jusque-là, rien de bien nouveau. Ce sont les chiffres récités ad nauseam dans la presse, souvent sans aucune explication. Ces articles donnent cependant deux fausses impressions : ils laissent supposer que, premièrement, les chiffres fournis par les différents pays sont directement comparables et que, deuxièmement, les statistiques sont fiables et objectives. Il ne s’agit généralement pas d’un problème de fiabilité mais plutôt de l’imperfection des instruments de mesure et de la multiplication des définitions et des indicateurs, ce qui constitue inévitablement « une source de tentation pur les gouvernements...
   Les français les mieux informés savent bien que les statistiques nationales peuvent être manipulées ou, pour être plus précis, utilisées de manière malhonnête ou mystificatrice. L’économiste Jacques Sapir rappelle par exemple que les données hexagonales ne sont pas celles du « chômage » mais celles des « demandeurs d’emploi », c’est-à-dire la ‘’catégorie A’’ qui recense le nombre de « demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi. » Manquent ainsi à l’appel les travailleurs à activité réduite plus ou moins longue ainsi que ceux non tenus de rechercher activement un emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie, d’un contrat aidé, etc.). Ainsi, si cette catégorie A peut en effet servir de référence, on ne peut que regretter qu’elle ne soit pas plus inclusive....
...La quasi-totalité des medias semble s’accorder sur un fait : l’économie américaine est repartie ! Un des indicateurs souvent cités est le chiffre du chômage qui, d’un point haut à quasiment 10% en 2009 est retombé à 4.9% en 2016. Comme en France, il faut regarder de plus près les méthodes de catégorisation des demandeurs d’emploi. Les chiffres ci-dessus ne comptent que les citoyens américains classés U3, c’est-à-dire les individus ayant activement recherché un emploi durant les quatre dernières semaines avant l’enquête gouvernementale. Le taux de chômage U3 est défini de manière relativement étroite et ne prend en compte ni les demandeurs d’emploi découragés, ni les travailleurs à temps partiels qui n’arrivent pas à trouver d’emploi à plein temps. C’est pourquoi le bureau américain des statistiques utilise aussi la catégorie U6, plus large, et qui, stable depuis la mi-2015, s’élevait le mois dernier à 9.7%.
     Cependant, cet indicateur a ses propres limites. D’abord, il n’intègre pas les découragés longue durée. Le site Shadowstats, géré par un consultant en économie publique, estime que si ces derniers étaient recensés, le taux de chômage américain serait depuis 2010 aux alentours de 23%. C’est d’ailleurs un chiffre parfois cité par Donald Trump pendant sa campagne présidentielle. 3  
    La raison principale est qu’aux Etats-Unis, l’assurance chômage est distribuée pendant une période de temps bien plus courte qu’en Europe : en général, 26 semaines (6 mois). Deux états seulement, le Montana (28 semaines) et le Massachussetts (30 semaines) se montrent plus généreux. Plusieurs états du sud-est, comme la Floride, la Géorgie ou la Caroline du Nord, limitent l’allocation à environ 3 mois. Ainsi, nombreux sont ceux qui, après l’expiration de leurs droits, ne se présentent plus mensuellement au bureau pour l’emploi local et se trouvent radiés de ses listes....  (Merci à A. de Saint-Denis)
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vendredi 30 octobre 2015

Petit panorama d'aujourd'hui

 ___Faut-il s'étonner de la colère palestinienne?
            Une jeunesse poussée à bout
    
____Le dernier secret de .Medhi Ben Barka
           Exécution d' un gêneur de notre ami le roi, avec l'aide du Mossad

____ Le marché du travail de plus en plus précaire, dans un contexte où le chômage ne baisse qu'en  parole. Un régime normal?..
"... Il faut prendre en compte, dans le détail mais aussi dans leur ensemble, les catégories de demandeurs d’emploi, cet abécédaire désincarnant la tragédie du chômage sur les individus (A, B, C, D et E) qui regroupe tous les types de chômeurs, y compris ceux qui ont effectué des missions de très courte durée ou qui, par découragement, ont cessé de faire des recherches. En avril 2012, avant que François Hollande n’emporte la présidentielle, toutes catégories réunies, ils étaient près de cinq millions (4 925 800). En septembre 2015, ils sont plus de six millions (6 111 300), soit en l’espace de trois ans une hausse de plus d’un million (1 185 500). Voilà le bilan social, la France du réel en septembre 2015 : plus de six millions d’hommes et de femmes sur la touche, sans emploi ou vivotant dans la précarité du sous-emploi, du temps partiel subi, de l’intérim. Des cohortes de sans-travail et de travailleurs pauvres.
Et lorsqu’on regarde de près les courbes de chacune des catégories qui les réduisent à une lettre de l’alphabet, en ce mois de septembre, comme les précédents, elles sont toutes à la hausse. La réalité, c’est aussi un chômage de longue et très longue durée (d’un an à plus de trois années sans emploi) qui n’en finit pas de grimper (sur un mois : de 0,9 % à 1,2 % selon les tranches ; sur un an : de 6,4 à 7,8 %). Ce drame décrété « cause nationale » en 2014, « priorité des priorités » de 2015, emporte presque trois millions de personnes… La réalité, c’est aussi un chômage des seniors enkysté qui n’en finit pas de progresser. En septembre, il augmente de 0,1% ; sur un an, de 8,5%. Les plus de 50 ans ne connaissent pas de répit. « Ils sont ma priorité », dit Myriam El Khomri..'

____Qui veut tuer son chien...

____Un débat biaisé

____Et pourquoi pas Qwant, plein de promesses? 
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mardi 8 mars 2016

Droit du travail (suite)

 Ce qu'on masque ou qu'on travestit
             Concernant le projet de loi sur le travail.
                            Sous la pression, on temporise et on révise en haut lieu. Une simple toilette cosmétique?
           Le nouveau projet de code du travail comportera sans doute encore bien des point discutables, dans son intention finale de coïncider au plus près avec de vieux rêves patronaux, notamment le permis de licencier plus facilement
   Plus de règles générales. Des contrats au cas par cas...entre partenaires sociaux.
      La flexibilité maximale, à l'anglo-saxonne.
  Pierre Joxe lui-même est éberlué. Attali hallucine.
 Des arguments restent encore à démystifier, visant à assouplir le code du travail:
 ...Lorsqu’on observe l’ensemble des salariés en poste (et non plus le flux des embauches), le ratio CDD/CDI est exactement inverse : environ 87 % sont en CDI, le reste se partageant entre CDD (10 %) et intérim (3 %). Et ces proportions sont stables depuis quinze ans, comme le montre ce graphique de l’Insee.. , ces dernières années, on a vu se multiplier les contrats de très courte durée, qui «gonflent» les chiffres. Depuis le début du XXIe siècle, le nombre d’embauches en CDD de plus d’un mois est resté relativement stable ; en revanche, celui des CDD de moins d’un mois a explosé (+ 230 %), et plus précisément encore celui des CDD de moins d’une semaine. En partie en raison du développement des CDD d'usage, qui comme l'explique l'analyse de Libération sur le sujet, permet de faire échec à la limitation du nombre de renouvellement sur un même poste. Une bonne partie des embauches sont en fait des réembauches, parfois de mêmes salariés, sur le même poste, pour des courtes durées... 
     Ce qu'on évite généralement de dire, c'est que c'est le problème de la production, du développement industriel qui est au coeur du problème. La France a fermé 190 usines en 2015.
La désindustrialisation continue, dans des conditions très discutables parfois (comme chez Alstom).
   Tant que règneront la domination de la finance sur les grosses entreprises, les exigences exorbitantes des puissants actionnaires, une telle facilité à délocaliser dans un contexte libéral où les lois de la concurrence ne sont pas respectée, même dans le contexte de l'Union où le dumping fait rage...on a peu de chances de voir les courbes s'inverser. On attend toujours une nouvelle politique d'investissement européenne et la révision du statut d'une monnaie créatrice de disparités croissantes. 
   Dans la dernière émission Ce soir ou jamais,Dominique Meda a fait valoir que le débat sur le temps de travail, sujet trés idéologique,repose sur des bases souvent erronées.
  Concernant le chômage, elle remet en question les chiffres souvent soumis et répétés. Les vrais chiffres du chômage ne sont pas ceux que l'on claironne. Ils sont arrangés, truqués en Allemagne comme en France.  
 L'Allemagne fait mieux pour l'instant, mais au prix de très bas salaires dans les services surtout (lois Hartz). En Angleterre aussi, il faut savoir ce que l'on compte et comment on le fait. Malgré les contrats "zéro heure".
   Aux USA, comme le souligne l'institut Gallup,qui n'est pas révolutionnaire pour un sou,le taux de chômage "réel" atteindrait 16 %. 
  Meda remet un peu d'ordre dans les chiffres,(notamment dans les passages du film à partir de 23'51 et 41'58)
  Une bataille de chiffres qui n'est pas neutre, dans ce débat idéologique où de fausses données économiques à habillage statistique, viennent dès le départ constituer des prémisses discutables.
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vendredi 7 février 2020

Statistiques à tout faire

Critique de la raison statistique
                                Du vrai, du faux et de l'approximatif.
   Les stats, c'est comme la langue d'Esope, c'est pour le meilleur ou pour le pire.
    L'outil statistique, omniprésent dans tous les domaines de recherche, aussi bien dans les sciences humaines que dans celle de la nature, peut avoir sa valeur et son utilité, pour mettre en évidence un certain ordre quantifiable dans ce qui apparaît d'abord comme aléatoire et irrationnel. Par exemple, en microphysique, où il joue un rôle déterminant.
  Mais utilisé dans les sciences humaines, sa fonction est plus discutée. Parfois même contestée, quand il prend une place démesurée, quand il prétend épuiser le réel, avoir une valeur absolue, quand il déborde de sa fonction de pur moyen, imparfait et relatif.
  Il peut être hautement discutable, surtout comme outil de mesure sociale, en sociologie, en économie et surtout aux mains de certains politiques, qui ont besoin de faire parler les chiffres en leur faveur.
   Une lecture critique s'impose pour analyser les présupposés de certaines données statistiques. La prudence rationnelle doit être de règle, car elles sont le produit de convention de mesure, de choix, de non-dits, de perspectives implicites et orientées. Comme dans certaines courbes de chômage ou les données de Pisa.
   Et la quantification, parfois excessive, que Gurvitch nomma la quantophrénie, peut être un instrument politique au service d'une idéologie, un outil d'influences, voir de propagande. Les chiffres impressionnent et parfois mystifient. Le qualitatif  souvent s'efface au profit d'un quantitatif démesuré et envahissant. En dehors même des enquêtes-bidon aux fins purement commerciales.
      ...La question (pour nous) est (plutôt) celle de trouver les données les plus pertinentes et de savoir les interpréter… notamment en nous penchant sur la méthodologie des auteurs...
Calculer n'est pas comprendre et certaines données chiffrées sont parfois utilisées pour fausser le jugement ou le conditionner.
  Les nombres n'ont pas de valeur en soi et peuvent être utilisés ou détournés pour une cause discutable.
   On peut les faire parler de bien des manières.
 La tyrannie des nombres et la fétichisation du chiffre ne sont pas des risques mineurs à l'heure où le grand nombre n'a pas le recul méthodologique nécessaire et surévalue les données chiffrées, cédant à la fascination du nombre.
 Les données mathématiques peuvent être malmenées, en tant qu'outils ambigüs. Comme on dit parfois," on peut leur faire dire ce que l'on veut.". A  des fins de manipulation parfois.
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lundi 13 octobre 2008

La fin d'un cycle ?









La fin de la présidence de George Bush coïncide avec la fin d'un cycle économique : celui ouvert en 1981 par Ronald Reagan, selon lequel "l'Etat n'est pas la solution. Il est le problème".

L’inégalité des revenus, cause des bulles spéculatives

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"Tant que les responsables et leurs conseillers n’auront pas quitté le cadre théorique et idéologique du néolibéralisme non seulement ne pourront-ils pas porter remède aux raisons profondes de la crise, mais encore seront-ils peu crédibles dans la lutte contre les effets immédiats de cette dernière. On ne met pas en œuvre une nouvelle stratégie avec ceux qui ont été à la base de l’échec. La crise actuelle n’est pas un simple mouvement du cycle des affaires. Elle met en cause des éléments bien plus fondamentaux"(J.Sapir)_________________

"Les conséquences politiques de la crise actuelle seront énormes, dans la mesure où les maîtres du système vont tenter de trouver des boucs émissaires à l’effondrement de leur hégémonie. Je pense que la moitié du peuple américain n’acceptera pas ce qui est en train de se passer. Les conflits internes vont donc s’exacerber aux Etats-Unis, qui sont en passe de devenir le pays du monde le plus instable politiquement." (IW)
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"Le capitalisme touche à sa fin":

"...Nous sommes aujourd’hui clairement dans une phase B d’un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d’histoire du système capitaliste.Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s’endettent, massivement. Nous sommes aujourd’hui dans la dernière partie d’une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l’économie connaît une situation de déflation réelle.

Mais, aujourd’hui, ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c’est que le capitalisme ne parvient plus à "faire système", au sens où l’entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l’équilibre, et l’on assiste alors à une bifurcation.La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu’alors, et l’on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Je réserve l’usage du mot "crise" à ce type de période. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche à sa fin.

Le capitalisme est omnivore, il capte le profit là où il est le plus important à un moment donné ; il ne se contente pas de petits profits marginaux ; au contraire, il les maximise en constituant des monopoles - il a encore essayé de le faire dernièrement dans les biotechnologies et les technologies de l’information. Mais je pense que les possibilités d’accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries.A cet égard, le rattrapage économique de l’Asie de l’Est, de l’Inde, de l’Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour "l’économie-monde" créée par l’Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l’accumulation. Les trois courbes mondiales des prix de la main-d’oeuvre, des matières premières et des impôts sont partout en forte hausse depuis des décennies. La courte période néolibérale qui est en train de s’achever n’a inversé que provisoirement la tendance : à la fin des années 1990, ces coûts étaient certes moins élevés qu’en 1970, mais ils étaient bien plus importants qu’en 1945. En fait, la dernière période d’accumulation réelle - les "trente glorieuses" - n’a été possible que parce que les Etats keynésiens ont mis leurs forces au service du capital. Mais, là encore, la limite a été atteinte !...

La crise que nous vivons correspond aussi à la fin d’un cycle politique, celui de l’hégémonie américaine, entamée également dans les années 1970. Les Etats-Unis resteront un acteur important, mais ils ne pourront plus jamais reconquérir leur position dominante face à la multiplication des centres de pouvoir, avec l’Europe occidentale, la Chine, le Brésil, l’Inde. Un nouveau pouvoir hégémonique, si l’on s’en réfère au temps long braudélien, peut mettre encore cinquante ans pour s’imposer. Mais j’ignore lequel.En attendant, les conséquences politiques de la crise actuelle seront énormes, dans la mesure où les maîtres du système vont tenter de trouver des boucs émissaires à l’effondrement de leur hégémonie. Je pense que la moitié du peuple américain n’acceptera pas ce qui est en train de se passer. Les conflits internes vont donc s’exacerber aux Etats-Unis, qui sont en passe de devenir le pays du monde le plus instable politiquement. Et n’oubliez pas que nous, les Américains, nous sommes tous armés..." (Immanuel Wallerstein)

-Nous vivons la fin d’un cycle et d’un modèle économiques
-Fin d'un cycle - HUSSON(Objet application/pdf):
"...L’hégémonie des Etats-Unis a ceci de paradoxal qu’elle reposait, depuis
deux décennies, sur l’importation et non sur l’exportation de capitaux,
contrairement à toutes les définitions classiques de l’impérialisme. Aucun
autre pays n’aurait pu se permettre un tel déficit commercial sans se heurter
à une crise de sa monnaie, et c’est bien la position de puissance dominante
qui a permis aux Etats-Unis, sur la dernière période, de laisser baisser le
cours du dollar. On peut donc parler de la « baisse impériale du dollar » en
ce sens que, sur la période récente, la force des Etats-Unis s’est mesurée à la
faiblesse de leur monnaie, imposée au reste du monde. Outre le fait que le
dollar fonctionnait comme monnaie mondiale, il pouvait y avoir dans cette
situation des déterminations plus objectives : la stabilité des placements
offerts, notamment les bons du Trésor, les rendements relatifs et les gains de
productivité.
Mais tout cela est terminé. On ne peut donc compter sur une dépréciation
supplémentaire du dollar pour équilibrer la balance des paiements des Etats-
Unis, et son sort dépend désormais des Banques centrales des pays à
excédent. Pour réduire cette dépendance, il faudra résorber le déficit
commercial, ce qui implique sans doute une dose de récession, et en tout cas
un ralentissement durable de la croissance. De ce point de vue, le principal
résultat de la crise des subprimes est d’avoir mis un point final définitif au
mode de croissance des Etats-Unis mis en place à l’époque de Reagan, dans
toutes ses dimensions, et en particulier l’essor de la finance et le creusement
des inégalités. Toute l’analyse qui précède conduit à établir une sorte de
théorème : puisque le déficit US s’explique en dernière instance par la
surconsommation des riches, le déséquilibre extérieur ne peut être résorbé
que si est mis un terme à l’énorme détournement de richesse dont ils
bénéficient. En d’autres termes, la crise bancaire débouche sur une crise
sociale, et sur une remise en cause de la mondialisation libérale."

-Fin d'un certain capitalisme ?
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mercredi 11 janvier 2017

Sale temps pour les économistes

L'économie au tournant
                                   Les débats sont plus vifs qu'ils n'ont jamais été au sujet de la compréhension de la connaissance économique et de ses présupposés.
     Les effets de la crise, qui a pris (presque) tout le monde au dépourvu,, y compris l'ancien directeur de la Fed, Alan Greebspan, y sont pour qielque chose.
     Certains découvrent enfin naïvement que l'économie n'est ni une science neutre, ni une science dure, ni une connaissance de type scientifique classique, mais qu'elle participe des sciences humaines, malgré certains de ses aspects économétriques, auxquels elle ne peut se ramener. La quantophrénie a régné trop longtemps, au détriment de la prise en compte de l'aspect qualitatif des phénomènes observés et de la critique des présupposés du moment.
     Les dogmes de l'économie néo-classique, à dominante mathématique, a amené ses adeptes à se fourvoyer, comme la crise l'a mis en évidence. (*)
    Sa capacité d'anticipation a été prise de cours et son optimisme de base sur l'exubérance des marchés a été mise en défaut. Mais ne c'était pas la première fois. La capacité d'oublier, le manque de prudence méthodologique lié à l'appât du gain financier se sont  une nouvelle fois manifestés.
    L'économie néo-classique s'est fourvoyée, en suivant des présupposés et des dogmes qui subissent aujourd'hui des démentis cinglants, notamment les croyances à l'existence d' individus rationnels et du marché spontanément autorégulé.
     La pensée de Hayek et de Friedman, imposée comme indépassable,,vulgarisée et appliquée par M. Thatcher et R.Reagan sont à l'origine du tournant néolibéral des années 70, de la financiarisation tous azimuts de l'économie devenue mondialisée, au détriment des pouvoirs régulateurs étatiques.
   Le capitalisme actionnarial, c'est-à-dire le primat de la rentabilité financière, n'est pas seulement injuste et inefficace. Il engendre la souffrance au travail, il tue des gens et détruit notre écosystème. L'analyse économique dominante n'est pas simplement discutable, elle est souvent absurde. Et les politiques anticrises aggravent les crises ! Tout cela est à la fois stupéfiant, incroyable, stupide...
   Il n'est donc pas étonnant que l'on parle de la faillite des économistes, que l'on évoque une.crise de la science économique et de son enseignement.
      Comme si le débat critique et la confrontation des idées ne devaient pas être la norme en ce domaine, qui touche de si près aux choix politiques majeurs, comme Keynes et la politique économique de Roosevelt l'ont si bien démontré en son temps.
      Les économistes classiques sont à la peine et beaucoup le reconnaissent, come Krugman et Stiglitz,, surtout depuis la déroute de 2008. Mais certains, accrochés aux dogmes pourtant déconsidérés, peinent à le reconnaître encore
     Les dits pris Nobel ne changent rien...
        L'économie est l'affaire de tout homme cultivé, qui peut en comprendre l'essentiel.
 :Une certaine imposture économique n'a pas fini de vouloir s'imposer 
     Les modèles mathématiques ,si en vogue, ne sauveront pas une discipline déconsidérée par ses pratiques récentes.qui étaient tout, sauf neutres.
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(*)  ... Thomas Philippon, auteur du Capitalisme d'héritiers (Ed. du Seuil, 2007), pointe du doigt la «trop forte segmentation de la recherche académique». Faute d'«économistes généralistes», personne, ou presque, n'a pu observer la propagation de la crise, surgie d'un coin obscur du droit immobilier américain (le contrat subprime) pour se propager à l'économie réelle, passant par les dernières innovations de la finance (les mécanismes de «titrisation» et de crédit dérivés). «Il aurait fallu plusieurs cerveaux dans la même tête pour voir venir les choses», résume Philippon.
   Gilles Raveaud, professeur d'économie à l'Institut d'études européennes de l'université Paris-8, reprend l'argument, pour le pousser un peu plus loin: «Depuis des années, on a assisté à un morcellement du savoir économique terrifiant, avec l'apparition de spécialistes très pointus, ici sur le travail, là sur le commerce international... On se retrouve à l'université avec des thésards très calés sur leur sujet, mais dénués de toute culture générale en économie!»
____Et Raveaud, qui connaît bien la recherche américaine pour avoir enseigné deux ans à Harvard, de s'inquiéter de ces manquements: «Un économiste peut traiter du chômage, sans rien connaître aux marchés boursiers ou aux banques... C'est conforme à la théorie de l'équilibre général, selon laquelle on peut analyser le fonctionnement d'un seul marché pris séparément, celui du travail par exemple, puisqu'on suppose que les autres sont naturellement à l'équilibre. Mais cela ne tient pas!»
___En fait, la macroéconomie des dix dernières années a subi de lourdes transformations. Vexés de ne pas pouvoir prétendre au statut de scientifiques purs et durs, la plupart des économistes ont versé dans un formalisme mathématique effréné, sur les conseils de Milton Friedman et ses collègues monétaristes. Profusion de courbes, modèles et équations, qui ont éloigné les chercheurs du monde «réel». Les maths sont devenues une fin en soi.
___Aveu de Thomas Philippon: «Nous étions devenus des enfants gâtés, puisque nous n'avions pas connu de vraie crise depuis longtemps. Sous la présidence Clinton, la politique monétaire était devenue répétitive. Notre intérêt pour le réel s'est donc logiquement atténué.»
___Une enquête étonnante, réalisée auprès des doctorants en économie des grandes facs américaines (téléchargeable ici), confirme ces propos. Plus de la moitié des personnes interrogées (51%) estiment que «connaître l'économie de façon approfondie» est «sans importance»... Et à peine 9% des thésards se disent convaincus du contraire («connaître le réel est très important») !...
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