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mardi 27 août 2013

Grand jeu bancaire

Boite de Pandore
                              Même si elle n'est pas que financière, la dérégulation dans ce domaine n'a pas été pour rien dans ce qu'il est convenu d'appeler LA crise...
Le laisser-faire généralisé dans le monde d'une spéculation-casino n'est pas que l'effet mécanique des pratiques bancaires délictueuses qui ont d'abord eu lieu aux USA avant de contaminer une partie de la planète..
            Si on en croit un rapport qui parait sérieux, le Trésor américain lui-même aurait joué un rôle actif de premier plan dans le processus de dérégulation généralisée. Une conspiration? Non, une concertation secrète au plus haut niveau, favorisée par l'extrême concentration et puissance des grandes banques US, de leurs relations privilégiées et de leur influence sur la politique monétaire et économique menée à la Maison Blanche.
Selon l’écrivain et journaliste d’investigation américain Greg Palast, un document, authentifié par lui, fait apparaître une pièce compromettante mettant en évidence un plan concerté entre happy fews pour introduire une dérégulation financière massive dans le monde entier, sur le mode de l'OMC concernant les échanges des marchandises.
 "Daté du 24 novembre 1997, son auteur Timothy F. Geithner écrit à son « boss », le secrétaire adjoint au Trésor américain, Larry Summers, à propos des dernières tractations à l’OMC :

« Alors que nous entrons dans la dernière ligne droite des négociations à l’OMC sur le commerce des services, je pense que ce serait une bonne idée pour vous d’en toucher un mot avec les PDG des principales banques et sociétés boursières qui ont suivi de près les négociations. »
Timothy Geithner transmet ensuite la liste des numéros des cinq PDG les plus puissants de la planète (d’alors) : Bank of America, Goldman Sachs, ou encore JP Morgan figurent au tableau...
 Greg Palast explique la suite des évènements qu’il présente comme un « coup d’Etat financier global » pour déréguler d’un seul coup toutes les banques à travers le monde – et les placer sous la domination des vautours américains.
Il fallait d’abord briser le mur entre banque de dépôt et banque d’investissement instauré par le Glass-Steagall Act de 1933 – et censé empêcher une nouvelle « Grande Dépression ». Cela tombe bien : en 1997, le mur est déjà très poreux et les exceptions à la règle pleuvent.
Le Trésor américain, de son côté, fait rempart à toute tentative de régulation des produits dérivés financiers. Dans la foulée, le président Clinton déclarera que la loi « Glass-Steagall Act n’est plus appropriée ». Deux ans plus tard, son abrogation signifiera le début du règne de la dérégulation financière...
Le Trésor américain à la solde du lobby bancaire s’est donc servi des négociations sur le nouvel accord de l’OMC. L’Accord général sur le commerce des services (AGCS) sera conclu en décembre 1997, un mois après le mémo, et entrera en vigueur en 1999.
Alors que l’OMC ne prenait en compte jusque-là que les marchandises, l’AGCS pave la voie au commerce d’instruments et actifs financiers qui seront largement responsables de la crise actuelle.
La boîte de Pandore est maintenant grande ouverte..."
______15 ans après, le bon docteur Lenglet, jusque là très équivoque et  modéré dans ses prestations médiatiques, se laisse aller, lui aussi à une critique féroce de la finance et "dénonce le fait que rien n’ait été fait pour mieux réguler la finance, et que « jamais les marchés avaient été aussi peu régulés  ». Il appelle même à une nationalisation de la finance, pas au sens du rachat par l’Etat des banques, mais d’une démondialisation financière pour remettre le secteur financier sous le contrôle des Etats, quand l’absence de frontière lui permet au contraire d’être partout et nul part, et donc hors de contrôle, tout en imposant à la collectivité de l’aider s’il est en difficulté. Il propose plusieurs solutions : un moratoire de 3 ans sur le remboursement de la dette pour permettre aux pays de se redresser, ou un étalement sur 20 ans (avec décote), un contrôle des changes et une politique de « répression financière ".
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mardi 25 avril 2017

Trump: vers une (nouvelle) dérégulation financière

En route vers le précipice?
                                           Silence! on dérégule.
            Non, pour Donald, la crise de 2008 n'a pas existé. Pas plus que les autres d'ailleurs.
   Le comportement des banques et leur spéculation effrénée n'ont été pour rien dans les ravages qu'elle a suscités, aux effets encore bien visibles.
  Quelques mesures avaient été avancées, par peur plus que par raison, pour contraindre quelque peu la boulimie destructrice de Wall Street et de leurs épigones, favorisée par la dérégulation financière initiée par Clinton. Le contraire des mesures préconisées par Roosevelt dans une situation analogue.
   Et voilà que le Président-gribouille, sous le prétexte de remettre en marche une économie souvent anémique, au vu de l'absurdité de son projet initial de fermer les frontières, se propose de briser quelques digues, de détricoter les mesures Volker, d'ouvrir grandes les vannes pour une prochaine catastrophe financière. Dur d'être au charbon!
   Dans les milieux de la haute finance, on aime le risque et on oublie vite... On adore les rendements à court terme et l'économie-casino. Confiance! La main providentielle du marché se chargera de créer un ordre spontané. Champagne!  C'est l'euphorie, sauf pour la Deuteche Bank et quelques autres, qui mettent la poussière sous le tapis.
    Avec un banquier de Goldman Sachs à son conseil économique, rien ne peut arriver de grave...comme avec A. Greenspan, le faux naïf.
   Et pourtant Trump avait dit:
    "Je connais Wall Street. Je connais les gens de Wall Street. Nous allons avoir les meilleurs négociateurs au monde, mais en même temps je ne vais pas laisser Wall Street s'en tirer en toute impunité. Wall Street nous a causé d'énormes problèmes. On va taxer Wall Street".
   Et le milliardaire de l'immobilier d'assurer qu'il ne se souciait "pas des gars de Wall Street. Je n'accepte pas leur argent".
   Pourtant, quelques mois plus tard, opérant à virage à 180 degrés, Donald Trump s'est rapproché de plusieurs grandes figures de la finance, de l'actionnaire activiste Carl Icahn au gérant de hedge fund John Paulson, qui a fait fortune grâce à l'effondrement du marché des prêts hypothécaires, en vendant à découvert des subprimes. Il a mis en sourdine ses diatribes anti-finance et aurait récolté plus de 5 millions de dollars de l'ensemble du secteur de la finance pour sa campagne, selon l'organisme non partisan Center for responsive politics, qui suit les donations sur son site Op enSecrets.org."
     La régulation, voilà l'ennemi des affaires
          Nous voilà reparti, il faut s'y attendre ,pour un nouveau cycle infernal d'endettements périlleux, sans garantie pour la reprise des affaires Le danger n'est pas fantasmé.
   Même le vice-président de la Fed, Stanley Fischer, a exprimé ses vives inquiétudes, lors d'un entretien sur la chaîne CNBC:
"Il semble que nous ayons oublié qu'il y a eu une crise financière, qui a été causée par le comportement des banques [...] et qui a provoqué des dégâts considérables à cette économie. Des millions de personnes ont perdu leurs emplois, leurs maisons. C'était énorme. "La solidité du système financier est absolument essentielle pour maintenir la capacité de l'économie à croître à un rythme raisonnable et prendre des initiatives qui ôterait les modifications qui ont été faites pour renforcer la structure du système financier est très dangereux."
     Elémentaire, mon cher Donald! Un peu de culture ne nuirait pas...
             Mais voilà, le choix de Donald Trump est celui d'une fuite en avant : tout miser sur la finance et les baisses d'impôts pour faire revenir la croissance d'avant-crise. Et pour dissimuler un protectionnisme très modéré, le nouveau président devrait tenter de séduire son électorat avec une politique agressive envers les immigrés illégaux. C'est pourquoi, dans sa première grande interview à CBS, il a évoqué l'expulsion rapide de « deux ou trois millions » d'immigrés illégaux « criminels ». La manœuvre fonctionnera-t-elle ? Difficile à dire, mais le monde de 2016 n'est pas celui de 2006. La croissance mondiale est faible, le secteur financier reste fragile et les attentes des électeurs sont fortes. Ne pas traiter la question centrale des inégalités et du sous-investissement chronique en misant tout sur la finance risque de conduire encore à une crise majeure.
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lundi 31 mai 2010

Crise: raisons de la colère

Les Raisins de la colère s'inscrivaient déjà dans un contexte de crise et de dettes, mais les raisons de la colère n'étaient pas explicitées, le désespoir submergeant les pauvres en errance.





[-C'est l'histoire de la famille Joad, lors de la Grande dépression américaine marquée par les séquelles de la crise économique et le Dust Bowl dans le sud du pays. Il raconte la vie des Américains poussés sur les routes et plongés dans la misère pendant la crise économique de 1929 lorsqu'ils sont chassés de leurs terres par les banques qui prennent possession de leurs biens fonciers
. Déjà, l'activité des banques, mal régulée, a conduit non plus à financer l'économie réelle, mais la spéculation malsaine...]
___________Aujourd'hui, dans un contexte différent, mais au coeur d'une même errance financière et économique, à l'aube d'une dépression qui s'annonce peut-être , en tous cas d'une rigueur d'une grande brutalité , tous dans le même bateau, un premier bilan sur les causes est possible

Crise: les raisons d'être en colère:
"...Partie des Etats-Unis, la crise financière s'est transmuée progressivement en une crise économique historique, sans doute même en une crise de civilisation, et par un effet domino interminable, c'est l'Europe qui en fait aujourd'hui les frais, avec en bout de chaîne une cascade de plans d'austérité, dans la foulée de celui décidé par la Grèce, le plus violent de tous.
__Une punition sociale à l'échelle de toute l'Europe, comme pour apaiser des marchés financiers et la spéculation, dont tout ce maelström provient: on comprend qu'il y ait de quoi s'indigner ou de s'inquiéter!En prélude à cette journée de grève et de manifestations...
__Une crise qui résulte de 25 ans de dérégulation
-S'il y a une première raison d'être en colère, c'est évidemment que cette crise qui secoue la planète depuis plus de deux ans vient de loin, de très loin: c'est en quelque sorte l'aboutissement de 25 ans de politiques de dérégulation, qui, dans la foulée des années Reagan aux Etats-Unis, et des années Thatcher en Grande-Bretagne, ont amoindri les pouvoirs de régulation des Etats et donné aux marchés financiers des pouvoirs exorbitants, sinon même tyranniques.
__En Europe, et donc en France, pays rattaché au modèle rhénan, cette vague de dérégulation a pris une force considérable et a modifié toutes les règles non seulement économiques et sociales, mais aussi sociétales. Réforme financière et boursière, libération définitive des mouvements de capitaux, démantèlement de la fiscalité de l'épargne pour accompagner cette réforme des mouvements de capitaux, très fort allègement de la fiscalité sur le capital, déréglementation du marché du travail et démantèlement du droit du licenciement: la France a vécu depuis le milieu des années 1980 une véritable implosion de son modèle économique. Une implosion voulue, planifiée, organisée, de sorte que les marchés financiers deviennent les gardes champêtres de la vie économique...

__"...La spéculation se localise là où il y a une opportunité créée par une anomalie de marché: la spéculation a un rôle régulateur du marché, c'est le gendarme du marché. Vouloir la supprimer, c'est ne pas comprendre le fond de la philosophie du marché
.» (Acte du colloque organisé par la Commission des finances, de l'économie générale et du plan, page 41.Patrick Devedjan)

__Voilà quel a été le credo des politiques libérales et ultra-libérales qui ont été menées tout au long des années 80 et 90: celui de la soi-disant efficience des marchés, qui seraient les meilleurs juges de paix des pratiques de saines gestions...
________La deuxième raison de la colère, c'est assurément la situation des banques qui peut la fournir.Le sauvetage précipité de la CajaSur par la Banque d'Espagne ramène à une réalité que le monde financier et politique aurait bien voulu oublier: quoi qu'elles en disent, les banques sont loin d'avoir assaini leur situation. Pourtant, les gouvernements ont dépensé des fortunes pour éviter l'écroulement du système financier. Ces aides se traduisent par un besoin de financement accru des Etats: 14.300 milliards de dollars en 2010, soit 10.583 milliards d'euros, selon la Cour des comptes.
__Au cœur de la crise financière, la France a mis en place un dispositif très favorable aux banques: 20,7 milliards d'euros ont été accordés aux six principales banques (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Crédit mutuel, Caisses d'épargne et Banques populaires), sous forme de titres subordonnés et d'actions préférentielles...
__Malgré ce soutien, les banques n'ont pas tenu leurs engagements d'augmentation de crédit à l'économie (voir en particulier notre article Les banques n'ont pas tenu leurs engagements). Faiblesse de la demande, comme l'invoquent les banquiers ou réticence à prêter? «Les banques avaient plus comme objectif de refaire leur bilan», note la Cour
. Pourtant, en dépit de toutes ces aides, la situation est loin d'être totalement assainie contrairement à ce que voudrait faire croire le monde bancaire...
Protégées par les Etats, qui s'interdisent d'avoir la moindre visibilité sur la situation exacte des banques et encore plus de faire le ménage entre les établissements sains et les autres, ces dernières continuent à faire payer à l'ensemble de l'économie leurs errements passés. Après avoir transmis la charge de la crise financière aux Etats, elles s'érigent en professeur de vertu budgétaire auprès des gouvernements. La charge n'est pas désintéressée: conscientes qu'elles vont avoir besoin de lever énormément de capitaux pour renforcer leurs fonds propres sur des marchés très encombrés – Etats, collectivités locales, entreprises ont aussi besoin de se financer –, elles tentent d'évincer les Etats, concurrents dangereux car les plus crédibles, du marché de la dette...

Des sommets internationaux impuissants-En dix-huit mois, les réunions internationales n'ont pas manqué (voir en particulier nos articles Régulation financière: Etats-Unis 1, Europe 0, La régulation financière européenne se hâte lentement, Réguler la finance et sortir de l'économie de la dette) . Au lendemain de la faillite de Lehman Brothers, les chefs d'Etat et de gouvernement du G-20 se retrouvaient à Washington le 15 novembre 2008 pour tirer les premiers enseignements de la crise. Défaillance des marchés financiers, opacité et fragilité du système, endettement excessif, cupidité et irresponsabilité des acteurs, paradis fiscaux, bonus et rémunération des dirigeants bancaires et des traders: tout devait être mis sur la table et rediscuté.__A Londres, le 2 avril 2009, les premières résolutions devaient tomber. Que vit-on? Une focalisation sur les paradis fiscaux, qui en quelques jours quittèrent tous les listes noires et grises de l'OCDE et redevinrent tous fréquentables par une opération de secours mutuel. Une surenchère politique dans la dénonciation des bonus et des rémunérations, comme si le sujet était au cœur de la crise financière, mais sans réelle retombée pratique. Sinon, une bataille entre Etats-Unis et Europe pour définir les normes prudentielles les plus favorables à leurs banques...
__La punition grecque:"Ce programme censé assainir la situation de la Grèce risque de l'emmener dans une spirale déflationniste sans issue. D'autant qu'elle n'a ni la ressource d'une dévaluation monétaire, étant dans l'euro, ni celle d'un réaménagement de la dette, refusé par les autres Etats européens plus prompts à défendre leurs banques qu'Athènes.__Selon les prévisions du gouvernement, la récession ne sera pas de 2% du PIB comme prévu antérieurement mais de 4% du PIB cette année et 2,6% en 2011. Au mieux. L'endettement public qui représente 114% du PIB devrait atteindre 148% du PIB en 2013, avant de diminuer, selon les estimations. Autant dire que la charge de la dette sera insupportable dans une économie en récession.__De nombreux économistes ont souligné le danger d'explosion de l'économie grecque confrontée à ce plan de redressement jugé irréaliste. Ni ces avertissements ni les manifestations de la population de la Grèce n'ont amené des changements de programme..."
-«L'abeille et l'économiste», une lecture iconoclaste de la crise financière
-La mémoire courte des marchés
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-La Grèce, l'euro et les spéculateurs

- Finance prédatrice
-Rigueur: pour qui?
-Fin de crise ?

vendredi 28 décembre 2018

L'Etat détricoté

Rétrécir l'Etat. (notes de lectures)
                                  Depuis 1945, on voit, selon des temporalités différenciées, les fonctions de l’État se déliter, suivant un enchaînement complexe dans l’effacement successif de ses prérogatives, jusqu’à LREM, ultime avatar.
    Sous l'influence de la doctrine de Hayek et l'impulsion de R.Reagan, dès les années 70, le rôle de l'Etat est repensé, pour ne plus vouloir assurer que ses fonctions régaliennes. C'est le début de la mondialisation financière, de la dérégulation, de l'expansion du "marché libre", de l'érosion des valeurs sociales, quand M.Teatcher affirmait que la société" n'existe pas".
   
    La privatisation à tout va est devenu le mot d'ordre, jusqu'au coeur des services publics.
      Le culte de la performance est devenu l'horizon indépassable, quelles qu'en soient les incidences.
    Le rôle de l'Etat stratège est lui-même parfois mis en question
Le conte de fées libéral continue à jouer de sa séduction dans les milieux d'affaires.    
           Cette libéralisation économique se fait donc « à bas bruit » entre 1960 et 1992. Elle « émane pour l’essentiel du milieu restreint des hauts fonctionnaires financiers ou économiques, avec l’appui de quelques hommes politiques, sans nécessairement engendrer un débat public, et demeurent l’objet de réflexions confidentielles » (p. 64). Il en va ainsi du Plan, remis en cause par l’intégration au Marché commun, mais aussi par la présence nouvelle du patronat dans ses instances, tandis que la CGT et la CFDT affirment leur hostilité aux orientations du nouveau plan lancé en 1970. Si les nationalisations sont relancées avec l’arrivée de Mitterrand au pouvoir en 1981, les auteurs désignent de « grand revirement intellectuelle et symbolique » les évolutions initiées en 1982, que l’on a résumé par le mot de « rigueur ». Celles-ci se concrétisent par un blocage des prix et pour la première fois des salaires, qui va s’avérer durable, tandis que F. Mitterrand fait la même année l’apologie des profits et des entreprises ; bientôt c’est la dépense publique elle-même qui est remise en cause et les « prélèvements obligatoires » présentés comme une charge et non plus comme  nécessaire à la redistribution des richesses, une valeur que la gauche gouvernementale en vient à délaisser. Cette dérive néolibérale se confirme sous le gouvernement Fabius par des mesures de libéralisation bancaire, boursière et financière… qui n’empêchent pas la droite de gagner les élections de 1986 et de poursuivre la dynamique de libéralisation, avec les privatisations d’entreprises menées sous l’égide d’Édouard Balladur. Pour le début des années 1990, les auteurs font le constat d’un déphasage entre la libéralisation économique et la dérégulation financière d’une part, et l’attachement idéologique d’une grande partie des Français pour la régulation d’une économie mixte, fondée sur des services publics puissants. Ce fut sans doute la force de F. Mitterrand d’avoir réussi à maintenir un équilibre entre les deux dynamiques, non sans menacer l’identité politique de la gauche à plus long terme.
      La seconde partie s’attelle à montrer les dynamiques de l’État depuis un quart de siècle, en commençant par rappeler le contexte du début des années 1990, selon un jeu d’échelle, allant de la mondialisation croissante, notamment financière, à l’approfondissement de l’Union européenne avec le traité de Maastricht, tandis qu’en France est poursuivie la politique de privatisation, par la droite comme par la gauche, en même temps que s’accentue le déclin industriel et technologique par manque d’investissement dans les équipements et les secteurs de l’innovation.
     Le chapitre 4, concernant les années 1993-2007, s’intitule « Libéralisation ou « réforme de l’État » ? ». C’est à Michel Rocard que l’on doit le changement de paradigme en matière d’organisation administrative, dénommée « nouvelle gestion publique » et expérimentée d’abord en Nouvelle-Zélande dans les années 1970 : il valorise les méthodes du secteur privé en intégrant désormais une « logique de responsabilité »… que la droite, vainqueur des élections de 1993 et 1995, s’empresse de poursuivre. C’est au même moment que le thème de la « réforme de l’État » s’impose dans le milieu des hauts fonctionnaires et qu’il s’invite dans le débat public, mais il faudra attendre la campagne de 2002 pour voir Jacques Chirac se prononcer pour une réduction de nombre de fonctionnaires. L’autre tendance lourde de cette période concerne les atteintes à l’État social, qui s’accompagnent d’une explosion de la pauvreté. Elle s’accompagne d’un changement dans les représentations économiques, par la dénonciation des cotisations sociales comme une taxation à alléger pour les entreprises et des salaires comme un coût. Et ce sont les finances publiques qui supportent la politique de flexibilité et de baisse du coût de travail, avec les emplois jeunes ou le passage aux 35 heures, tandis que le niveau de chômage ne baisse qu’à la marge. Néanmoins, c’est en décembre 1995 qu’a lieu la plus forte mobilisation sociale depuis 1968 : elle permet de s’opposer avec succès au Plan Juppé sur les retraites et au contrat de Plan Bergougnoux sur le statut des cheminots. Elle ressemble pourtant à la dernière victoire de la « démocratie protestataire » pour la défense d’un État régulateur, « jouant le rôle de garant du lien social et de pourvoyeur d’emplois » (p. 124).
     Lorsque Nicolas Sarkozy devient président en 2007 (chapitre 5 : « La crise et la « rupture », 2007-2012), il avait déjà clairement annoncé ses projets aux Français-es : il s’agit « de refonder l’État, de refonder le service public, de refonder la fonction publique. Comme on l’a fait en 1945 avec le programme nationale de la résistance. Comme on l’a fait en 1958 avec le général de Gaulle ». Sarkozy met ses pas dans ceux de glorieuses figures, tandis qu’il appelle « à tourner la page de Mai 1968 ». Mais l’irruption de la crise financière mondiale de 2008 et celle des dettes publiques en Europe l’obligent à modifier les ambitions de son projet de rupture. Il affirme néanmoins sa volonté de renforcer l’exécutif, ou plutôt la fonction présidentielle, au dépens du 1er ministre que devient un simple rouage d’exécution, tandis que ses rapports avec le pouvoir judiciaire se tendent. La réforme de l’État est marquée surtout par la décision du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, toujours dans le but de réduire la dépense publique. Car l’équilibre des comptes des administrations publiques devient un dogme constitutionnel à l’origine de la réorganisation des administrations centrales (armée, justice santé, ambassades…), mais aussi de la volonté de simplifier le « mille feuille administratif », avec le projet de supprimer les départements dans dix ans… On peut considérer « ce coup d’État contre les départements » comme le premier acte d’une tension entre État central et collectivités territoriales, dont un nouvel épisode se jouent en ce moment entre E. Macron et les élus territoriaux. Si N. Sarkozy ne réussit pas à modifier le statut de la fonction publique, en revanche les effectifs de la police, de l’Éducation nationale ou de l’hôpital sont en baisse et est opéré le gel du point d’indice dans un contexte de crise déjà évoqué. L’université comme l’Hôpital restent pourtant sous le contrôle de l’État, avec néanmoins des procédures contractuelles destinées à réaliser des gains de performance, mais l’appel au service marchand privé se multiplie pour certaines dépenses, de l’Armée comme de la justice.
      Tout cela est facilité par le renversement de tendance qui rend les mobilisations inopérantes, d’autant que le président affirme que « ce n’est pas la rue qui gouverne… » ou encore que « l’État bureaucratique, paralysé par la lourdeur de son appareil administratif, gaspille les impôts des Français ». En même temps, la politique de baisse de l’impôt se poursuit, en particulier pour les plus grosses fortunes, tandis que le « travailler plus pour gagner plus » renforce le pouvoir d’achat des salariés, mais creusent les inégalités entre les travailleurs à temps plein et les autres salariés, en majorité des femmes. Il en va de même du régime de retraite qui augmente le temps de cotisation des travailleurs et creuse lui aussi les inégalités. En contrepoint de cet affaiblissement de la taille de l’État, ce dernier s’affirme de plus en plus sécuritaire : le discours de Grenoble de 2010 marque une rupture quant à la politique migratoire du pays, en restreignant le regroupement familial, en amalgamant insécurité et immigration, en stigmatisant l’étranger. Autre cible visée : les mineurs délinquants pour lesquels les mesures éducatives sont remplacées par une pénalisation et une sanction des familles. Sans surprise le taux d’occupation des prisons grimpe alors à 200 %, l’une des raisons pour lesquelles la France est condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme.
    Le titre du 6e et dernier chapitre est particulièrement éclairant sur l’évolution très récente : « Du social-libéralisme au libéralisme décomplexé (2012-2018) ». Les auteurs rappellent d’abord les deux grandes tendances des deux dernières décennies : le terrorisme global qui entraîne un glissement sécuritaire des États ; le marché globalisé combiné aux contraintes budgétaires européennes qui permettent de légitimer une réforme de l’État selon des modalités de fonctionnement du secteur privé. Le retour de la gauche au pouvoir avec François Hollande favorise la libéralisation sociétale, dont la mesure phare est la loi Taubira de 2013 sur le mariage et l’adoption, qui prolonge le Pacs du gouvernement Jospin. La politique territoriale est en demi-teinte, avec la mise en place d’un nouveau statut pour les grandes métropoles et surtout la réorganisation-fusion des régions en 2015, tandis que la loi Fioraso sur les universités précipite les regroupements d’université et fait craindre un désengagement financier de l’État au profit des collectivités territoriales. En revanche, dans les autres domaines, c’est la continuité avec les gouvernements précédents de droite qui domine. Il en va ainsi de l’obsession de la recherche d’économies dans toutes les administrations publiques, tandis que les entreprises bénéficient du controversé CICE de 40 milliards d’euros, censé relancer l’activité et donc l’emploi. C’est avec l’arrivée de Manuel Valls à la tête du gouvernement que les réorientations libérales deviennent la règle, même si c’est au ministre de l’Économie E. Macron qu’elles sont associées : travail du dimanche, réforme des prud’hommes, vente de milliards d’actifs d’entreprises publiques, et surtout la loi sur le code du travail (dite « loi El Khomri ») en 2016. Enfin, la fin du mandat, marquée par les terribles attentats de 2015 et 2016, voit une renforcement de la politique sécuritaire (état d’urgence renouvelé, loi de Renseignement et loi Antiterrorisme), dont M. Valls admet qu’elles restreignent les libertés des citoyens. Mais la volonté de constitutionnaliser la déchéance de nationalité pour les binationaux nés en France engendre une cassure avec les forces politiques ayant ramené la gauche socialiste au pouvoir, aggravée par les oppositions à la « loi El Khomri », achèvent de dissuader le président de se représenter en 2017, fait unique dans la VeRépublique.
     L’ouvrage consacre des pages nourrirs à « L’État selon Macron : l’exécutif expert face à l’entreprise » (p. 171-188), sur lesquelles tenterai une approche globale de la philosophie macronienne du rôle de l’État. L’idée directrice est la responsabilisation individuelle et l’extension de l’action privée aux dépens des protections collectives ou, pour le dire plus simplement, « reporter sur l’individu une partie des défaillances de l’organisation sociale ». Ainsi, la politique d’assistance, sans cesse rognée et mise sous surveillance, vise à « soutenir l’inactivité imposée par les restructurations du marché du travail plutôt qu’à développer l’activité ». Il en va de même dans les services publics où la précarisation progresse et où les méthodes de management du privé remettent en cause l’idée d’une mission de service public. Pourtant la « forte demande d’État, rarement exprimée publiquement par nos élus » (p. 174) se fait sentir, en particulier dans certains territoires. Finalement, le concept de « société civile », tant utilisé lors de la campagne présidentielle de 2017, est un bon révélateur des dynamiques sociétales et des conceptions politiques en cours : elle intègre des individus bien insérés dans la société, des acteurs ayant réussi dans la champ professionnel, des « premiers de cordée » pour reprendre l’expression présidentielle, mais elle laisse au bord du chemin tous les vaincus de la mondialisation victimes de la précarité : ne serait-elle pas le révélateur d’un effacement progressif de l’État dans le cadre néolibéral aux profit de l’ensemble des acteurs privés  ? Ayant favorisé son accession au pouvoir, elle devient un des moyens d’exercice de ce pouvoir, mais elle s’accompagne « en même temps » d’une présidentialisation croissante du pouvoir, d’un « État réduit à l’exécutif expert », au dépens des corps intermédiaires. De leur côté, les collectivités territoriales sont soumises à un « pacte girondin » qui s’apparente à un donnant-donnant inégal, puisque le gain d’autonomie est contrebalancé par la demande d’économie (13 milliards d’euros sur le quinquennat), que des associations d’élus qualifient de « recentralisation à outrance », s’inquiétant de l’accroissement des inégalités territoriales. Finalement, pour le dire brutalement, La République En Marche (LREM) serait le premier gouvernement en capacité d’acter la fin de l’État social.
       La brillante conclusion de Danielle Tartakowsky et Michel Margairaz ouvre des perspectives plurielles, à la fois dans la durée historique de l’histoire française, comme dans celle de la place de l’État dans un monde globalisé. Ils rappellent que le pays a connu trois configurations successives du compromis social : le compromis républicain de la IIIe République, auquel s’est greffé l’État social né de la période 1936-1946, tandis que les années 1980 ont vu émerger le modèle néolibéral, lequel continue à rogner les derniers acquis de l’État social, à dissocier le lien entre mouvement social et politique et finalement à renforcer les inégalités sociales entre « premiers de cordée », assistés et classes moyennes (salariés et retraités) soumises à l’impôt. Mais les auteurs insèrent aussi cette dynamique dans une perspective plus large, celle de « l’État du nouvel âge global » analysé par Saskia Sassen : si la mondialisation ne s’est pas développée sur les ruines de l’État national, elle a fragilisé les acteurs politiques traditionnels au profit d’une horizontalité des pratiques individuels. « Et ce sont les individus qui absorbent désormais le citoyen et les principes d’égalité et de souveraineté. Les droits de l’homme, dépolitisés, tiennent désormais lieu de support aux demandes des individus » (p. 196). De même, elle a bouleversé l’équilibre entre les pouvoirs, au profit de l’exécutif, dont on voit depuis quelques années les dérives dans bon nombre de pays démocratiques. Enfin, elle a favorisé la collusion entre les milieux financiers et politiques, accru le nombre d’affaires de corruption mises à jour, en somme elle a permis de substituer au politique la « question morale ». Finalement, ne serait-ce pas tout simplement la démocratie qui serait menacée par ces dynamiques historiques ou, pour le dire autrement, ne serions-nous pas en train de vivre un « âge de la régression » démocratique ? 
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lundi 7 juin 2021

L'Etat détricoté

 Rétrécir l'Etat(notes de lectures_ bis repetita)

                                  Depuis 1945, on voit, selon des temporalités différenciées, les fonctions de l’État se déliter, suivant un enchaînement complexe dans l’effacement successif de ses prérogatives, jusqu’à LREM, ultime avatar.
    Sous l'influence de la doctrine de Hayek et l'impulsion de R.Reagan, dès les années 70, le rôle de l'Etat est repensé, pour ne plus vouloir assurer que ses fonctions régaliennes. C'est le début de la mondialisation financière, de la dérégulation, de l'expansion du "marché libre", de l'érosion des valeurs sociales, quand M.Teatcher affirmait que la société" n'existe pas".
   
    La privatisation à tout va est devenu le mot d'ordre, jusqu'au coeur des services publics.
      Le culte de la performance est devenu l'horizon indépassable, quelles qu'en soient les incidences.
    Le rôle de l'Etat stratège est lui-même parfois mis en question
Le conte de fées libéral continue à jouer de sa séduction dans les milieux d'affaires.    
           Cette libéralisation économique se fait donc « à bas bruit » entre 1960 et 1992. Elle « émane pour l’essentiel du milieu restreint des hauts fonctionnaires financiers ou économiques, avec l’appui de quelques hommes politiques, sans nécessairement engendrer un débat public, et demeurent l’objet de réflexions confidentielles » (p. 64). Il en va ainsi du Plan, remis en cause par l’intégration au Marché commun, mais aussi par la présence nouvelle du patronat dans ses instances, tandis que la CGT et la CFDT affirment leur hostilité aux orientations du nouveau plan lancé en 1970. Si les nationalisations sont relancées avec l’arrivée de Mitterrand au pouvoir en 1981, les auteurs désignent de « grand revirement intellectuelle et symbolique » les évolutions initiées en 1982, que l’on a résumé par le mot de « rigueur ». Celles-ci se concrétisent par un blocage des prix et pour la première fois des salaires, qui va s’avérer durable, tandis que F. Mitterrand fait la même année l’apologie des profits et des entreprises ; bientôt c’est la dépense publique elle-même qui est remise en cause et les « prélèvements obligatoires » présentés comme une charge et non plus comme  nécessaire à la redistribution des richesses, une valeur que la gauche gouvernementale en vient à délaisser. Cette dérive néolibérale se confirme sous le gouvernement Fabius par des mesures de libéralisation bancaire, boursière et financière… qui n’empêchent pas la droite de gagner les élections de 1986 et de poursuivre la dynamique de libéralisation, avec les privatisations d’entreprises menées sous l’égide d’Édouard Balladur. Pour le début des années 1990, les auteurs font le constat d’un déphasage entre la libéralisation économique et la dérégulation financière d’une part, et l’attachement idéologique d’une grande partie des Français pour la régulation d’une économie mixte, fondée sur des services publics puissants. Ce fut sans doute la force de F. Mitterrand d’avoir réussi à maintenir un équilibre entre les deux dynamiques, non sans menacer l’identité politique de la gauche à plus long terme.
      La seconde partie s’attelle à montrer les dynamiques de l’État depuis un quart de siècle, en commençant par rappeler le contexte du début des années 1990, selon un jeu d’échelle, allant de la mondialisation croissante, notamment financière, à l’approfondissement de l’Union européenne avec le traité de Maastricht, tandis qu’en France est poursuivie la politique de privatisation, par la droite comme par la gauche, en même temps que s’accentue le déclin industriel et technologique par manque d’investissement dans les équipements et les secteurs de l’innovation.
     Le chapitre 4, concernant les années 1993-2007, s’intitule « Libéralisation ou « réforme de l’État » ? ». C’est à Michel Rocard que l’on doit le changement de paradigme en matière d’organisation administrative, dénommée « nouvelle gestion publique » et expérimentée d’abord en Nouvelle-Zélande dans les années 1970 : il valorise les méthodes du secteur privé en intégrant désormais une « logique de responsabilité »… que la droite, vainqueur des élections de 1993 et 1995, s’empresse de poursuivre. C’est au même moment que le thème de la « réforme de l’État » s’impose dans le milieu des hauts fonctionnaires et qu’il s’invite dans le débat public, mais il faudra attendre la campagne de 2002 pour voir Jacques Chirac se prononcer pour une réduction de nombre de fonctionnaires. L’autre tendance lourde de cette période concerne les atteintes à l’État social, qui s’accompagnent d’une explosion de la pauvreté. Elle s’accompagne d’un changement dans les représentations économiques, par la dénonciation des cotisations sociales comme une taxation à alléger pour les entreprises et des salaires comme un coût. Et ce sont les finances publiques qui supportent la politique de flexibilité et de baisse du coût de travail, avec les emplois jeunes ou le passage aux 35 heures, tandis que le niveau de chômage ne baisse qu’à la marge. Néanmoins, c’est en décembre 1995 qu’a lieu la plus forte mobilisation sociale depuis 1968 : elle permet de s’opposer avec succès au Plan Juppé sur les retraites et au contrat de Plan Bergougnoux sur le statut des cheminots. Elle ressemble pourtant à la dernière victoire de la « démocratie protestataire » pour la défense d’un État régulateur, « jouant le rôle de garant du lien social et de pourvoyeur d’emplois » (p. 124).
     Lorsque Nicolas Sarkozy devient président en 2007 (chapitre 5 : « La crise et la « rupture », 2007-2012), il avait déjà clairement annoncé ses projets aux Français-es : il s’agit « de refonder l’État, de refonder le service public, de refonder la fonction publique. Comme on l’a fait en 1945 avec le programme nationale de la résistance. Comme on l’a fait en 1958 avec le général de Gaulle ». Sarkozy met ses pas dans ceux de glorieuses figures, tandis qu’il appelle « à tourner la page de Mai 1968 ». Mais l’irruption de la crise financière mondiale de 2008 et celle des dettes publiques en Europe l’obligent à modifier les ambitions de son projet de rupture. Il affirme néanmoins sa volonté de renforcer l’exécutif, ou plutôt la fonction présidentielle, au dépens du 1er ministre que devient un simple rouage d’exécution, tandis que ses rapports avec le pouvoir judiciaire se tendent. La réforme de l’État est marquée surtout par la décision du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, toujours dans le but de réduire la dépense publique. Car l’équilibre des comptes des administrations publiques devient un dogme constitutionnel à l’origine de la réorganisation des administrations centrales (armée, justice santé, ambassades…), mais aussi de la volonté de simplifier le « mille feuille administratif », avec le projet de supprimer les départements dans dix ans… On peut considérer « ce coup d’État contre les départements » comme le premier acte d’une tension entre État central et collectivités territoriales, dont un nouvel épisode se jouent en ce moment entre E. Macron et les élus territoriaux. Si N. Sarkozy ne réussit pas à modifier le statut de la fonction publique, en revanche les effectifs de la police, de l’Éducation nationale ou de l’hôpital sont en baisse et est opéré le gel du point d’indice dans un contexte de crise déjà évoqué. L’université comme l’Hôpital restent pourtant sous le contrôle de l’État, avec néanmoins des procédures contractuelles destinées à réaliser des gains de performance, mais l’appel au service marchand privé se multiplie pour certaines dépenses, de l’Armée comme de la justice.
      Tout cela est facilité par le renversement de tendance qui rend les mobilisations inopérantes, d’autant que le président affirme que « ce n’est pas la rue qui gouverne… » ou encore que « l’État bureaucratique, paralysé par la lourdeur de son appareil administratif, gaspille les impôts des Français ». En même temps, la politique de baisse de l’impôt se poursuit, en particulier pour les plus grosses fortunes, tandis que le « travailler plus pour gagner plus » renforce le pouvoir d’achat des salariés, mais creusent les inégalités entre les travailleurs à temps plein et les autres salariés, en majorité des femmes. Il en va de même du régime de retraite qui augmente le temps de cotisation des travailleurs et creuse lui aussi les inégalités. En contrepoint de cet affaiblissement de la taille de l’État, ce dernier s’affirme de plus en plus sécuritaire : le discours de Grenoble de 2010 marque une rupture quant à la politique migratoire du pays, en restreignant le regroupement familial, en amalgamant insécurité et immigration, en stigmatisant l’étranger. Autre cible visée : les mineurs délinquants pour lesquels les mesures éducatives sont remplacées par une pénalisation et une sanction des familles. Sans surprise le taux d’occupation des prisons grimpe alors à 200 %, l’une des raisons pour lesquelles la France est condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme.
    Le titre du 6e et dernier chapitre est particulièrement éclairant sur l’évolution très récente : « Du social-libéralisme au libéralisme décomplexé (2012-2018) ». Les auteurs rappellent d’abord les deux grandes tendances des deux dernières décennies : le terrorisme global qui entraîne un glissement sécuritaire des États ; le marché globalisé combiné aux contraintes budgétaires européennes qui permettent de légitimer une réforme de l’État selon des modalités de fonctionnement du secteur privé. Le retour de la gauche au pouvoir avec François Hollande favorise la libéralisation sociétale, dont la mesure phare est la loi Taubira de 2013 sur le mariage et l’adoption, qui prolonge le Pacs du gouvernement Jospin. La politique territoriale est en demi-teinte, avec la mise en place d’un nouveau statut pour les grandes métropoles et surtout la réorganisation-fusion des régions en 2015, tandis que la loi Fioraso sur les universités précipite les regroupements d’université et fait craindre un désengagement financier de l’État au profit des collectivités territoriales. En revanche, dans les autres domaines, c’est la continuité avec les gouvernements précédents de droite qui domine. Il en va ainsi de l’obsession de la recherche d’économies dans toutes les administrations publiques, tandis que les entreprises bénéficient du controversé CICE de 40 milliards d’euros, censé relancer l’activité et donc l’emploi. C’est avec l’arrivée de Manuel Valls à la tête du gouvernement que les réorientations libérales deviennent la règle, même si c’est au ministre de l’Économie E. Macron qu’elles sont associées : travail du dimanche, réforme des prud’hommes, vente de milliards d’actifs d’entreprises publiques, et surtout la loi sur le code du travail (dite « loi El Khomri ») en 2016. Enfin, la fin du mandat, marquée par les terribles attentats de 2015 et 2016, voit une renforcement de la politique sécuritaire (état d’urgence renouvelé, loi de Renseignement et loi Antiterrorisme), dont M. Valls admet qu’elles restreignent les libertés des citoyens. Mais la volonté de constitutionnaliser la déchéance de nationalité pour les binationaux nés en France engendre une cassure avec les forces politiques ayant ramené la gauche socialiste au pouvoir, aggravée par les oppositions à la « loi El Khomri », achèvent de dissuader le président de se représenter en 2017, fait unique dans la VeRépublique.
     L’ouvrage consacre des pages nourries à « L’État selon Macron : l’exécutif expert face à l’entreprise » (p. 171-188), sur lesquelles tenterai une approche globale de la philosophie macronienne du rôle de l’État. L’idée directrice est la responsabilisation individuelle et l’extension de l’action privée aux dépens des protections collectives ou, pour le dire plus simplement, « reporter sur l’individu une partie des défaillances de l’organisation sociale ». Ainsi, la politique d’assistance, sans cesse rognée et mise sous surveillance, vise à « soutenir l’inactivité imposée par les restructurations du marché du travail plutôt qu’à développer l’activité ». Il en va de même dans les services publics où la précarisation progresse et où les méthodes de management du privé remettent en cause l’idée d’une mission de service public. Pourtant la « forte demande d’État, rarement exprimée publiquement par nos élus » (p. 174) se fait sentir, en particulier dans certains territoires. Finalement, le concept de « société civile », tant utilisé lors de la campagne présidentielle de 2017, est un bon révélateur des dynamiques sociétales et des conceptions politiques en cours : elle intègre des individus bien insérés dans la société, des acteurs ayant réussi dans la champ professionnel, des « premiers de cordée » pour reprendre l’expression présidentielle, mais elle laisse au bord du chemin tous les vaincus de la mondialisation victimes de la précarité : ne serait-elle pas le révélateur d’un effacement progressif de l’État dans le cadre néolibéral aux profit de l’ensemble des acteurs privés  ? Ayant favorisé son accession au pouvoir, elle devient un des moyens d’exercice de ce pouvoir, mais elle s’accompagne « en même temps » d’une présidentialisation croissante du pouvoir, d’un « État réduit à l’exécutif expert », au dépens des corps intermédiaires. De leur côté, les collectivités territoriales sont soumises à un « pacte girondin » qui s’apparente à un donnant-donnant inégal, puisque le gain d’autonomie est contrebalancé par la demande d’économie (13 milliards d’euros sur le quinquennat), que des associations d’élus qualifient de « recentralisation à outrance », s’inquiétant de l’accroissement des inégalités territoriales. Finalement, pour le dire brutalement, La République En Marche (LREM) serait le premier gouvernement en capacité d’acter la fin de l’État social.
       La brillante conclusion de Danielle Tartakowsky et Michel Margairaz ouvre des perspectives plurielles, à la fois dans la durée historique de l’histoire française, comme dans celle de la place de l’État dans un monde globalisé. Ils rappellent que le pays a connu trois configurations successives du compromis social : le compromis républicain de la IIIe République, auquel s’est greffé l’État social né de la période 1936-1946, tandis que les années 1980 ont vu émerger le modèle néolibéral, lequel continue à rogner les derniers acquis de l’État social, à dissocier le lien entre mouvement social et politique et finalement à renforcer les inégalités sociales entre « premiers de cordée », assistés et classes moyennes (salariés et retraités) soumises à l’impôt. Mais les auteurs insèrent aussi cette dynamique dans une perspective plus large, celle de « l’État du nouvel âge global » analysé par Saskia Sassen : si la mondialisation ne s’est pas développée sur les ruines de l’État national, elle a fragilisé les acteurs politiques traditionnels au profit d’une horizontalité des pratiques individuels. « Et ce sont les individus qui absorbent désormais le citoyen et les principes d’égalité et de souveraineté. Les droits de l’homme, dépolitisés, tiennent désormais lieu de support aux demandes des individus » (p. 196). De même, elle a bouleversé l’équilibre entre les pouvoirs, au profit de l’exécutif, dont on voit depuis quelques années les dérives dans bon nombre de pays démocratiques. Enfin, elle a favorisé la collusion entre les milieux financiers et politiques, accru le nombre d’affaires de corruption mises à jour, en somme elle a permis de substituer au politique la « question morale ». Finalement, ne serait-ce pas tout simplement la démocratie qui serait menacée par ces dynamiques historiques ou, pour le dire autrement, ne serions-nous pas en train de vivre un « âge de la régression » démocratique ? 
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lundi 23 février 2009

Faillite d'un modèle          


Echec prévisible , mais salutaire?...

"La crise financière actuelle, la plus violente depuis 1929, marque la fin d'une finance massivement «désintermédiée» où la «titrisation», avec son cortège de produits financiers dérivés de moins en moins contrôlables, était la règle. Après les excès, le système bancaire devrait reprendre un rôle plus traditionnel. Mais surtout, les pouvoirs économiques respectifs des pays développés et des pays émergents vont peut-être s'inverser tant le monde occidental aura désormais du mal à trouver les fonds propres nécessaires au financement de ses entreprises et de ses banques. Il va falloir partager. Et dans les pays occidentaux, notamment aux Etats-Unis, il faudra recréer une richesse qui ne sera pas uniquement financière. Bref, redonner de la valeur «manufacturière» à l'économie. Après l'hégémonie de Wall Street, voici peut-être le retour de la Silicon Valley."(J.-H. Lorenzi)
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L’échec du modèle anglo-saxon:

"-Roubini estime que le risque de stag-déflation généralisé n’est toujours pas écarté. D’une part en raison des réticences américaines à nettoyer le système bancaire - y compris par la nationalisation qui est souvent, rappelons-le, la solution la moins coûteuse - et à organiser la réévaluation à la baisse de la valeur nominale des dettes immobilières. D’autre part à cause de l’insuffisance des mesures prises en Europe tant au niveau des Etats que de la BCE. Cette crise d’une ampleur exceptionnelle marque pour lui le constat de décès du modèle anglo-saxon de laisser-faire et de déréglementation, basé sur l’illusion d’un marché efficient et la croyance en la possibilité pour les acteurs de s’auto-réguler. Il convient donc de définir de nouvelles règles du jeu plus strictes, conclut-il, en tirant les leçons de la période précédente, c’est-à-dire en anticipant la capacité du secteur à contourner les règles et transformer par capillarité les organismes de régulations en complices bienveillants."
"...Le processus de socialisation des pertes du secteur privé à l’oeuvre durant cette crise s’est déjà traduit par le transfert dans le bilan des Etats d’un grand nombre de dettes du secteur privé : celles des banques, des autres établissements financiers et bientôt peut-être, de certains ménages et d’entreprises hors secteur financier. À un certain point, un Etat pourrait faire défaut, et dans ce cas, la capacité des gouvernements à s’engager à agir de façon crédible en tant que soutiens pour le système financier - y compris par la garantie des dépôts - pourrait être remise en cause. De ce fait, un scénario de dépression en forme de L est encore tout à fait possible - j’évalue cette probabilité à 30% - à moins que des politiques appropriées et agressives ne soient mises en oeuvre aux États-Unis et ailleurs.Cette grave crise économique et financière provoque également une réaction marquée contre la mondialisation financière, le libre-échange et le modèle économique de libre marché. Mais, pour paraphraser Churchill, l’économie capitaliste de marché ouverte aux échanges et aux flux financiers est peut-être le pire régime économique, à l’exception de tous les autres, car les modèles d’économie hors marché ont échoué.Toutefois, si cette crise ne signifie pas la fin d’une économie de marché capitaliste, elle a montré l’échec d’un modèle particulier de capitalisme : celui du laissez-faire non réglementé (ou agressivement déréglementé), du modèle d’un capitalisme de marché du « far-west » caractérisé par l’absence de réglementation prudentielle, de supervision des marchés financiers et par l’absence de prise en charge adéquate des biens publics par les gouvernements...
Il est clair que le modèle anglo-saxon de supervision et de régulation du système financier a échoué. Il tablait sur une auto-régulation qui dans les faits signifiait une absence de réglementation, sur une discipline de marché qui n’existe pas lorsque s’installent l’euphorie et l’exubérance irrationnelle, et sur des modèles internes de gestion des risques qui ne réussissent pas parce que - comme le disait un ancien dirigeant de la banque Citi : tant que joue l’orchestre, tout le monde danse.

-La banqueroute idéologique des héritiers de Reagan et Thatcher | Mediapart:
"Il ne fait pas bon, ces temps-ci, être un élu républicain aux Etats-Unis. Les fortunes de leurs confrères Tories, en Grande-Bretagne, sont un peu meilleures après douze années d'opposition, mais le parti dirigé par David Cameron ne respire pas la joie non plus. En effet, en cette période de crise financière, de récession et de plans de relance keynésiens, il faut avoir du courage pour s'afficher en héritiers de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher.

Et pourtant, malgré l'avis relativement consensuel des économistes occidentaux, dont de nombreux théoriciens néo-libéraux, de la nécessité d'une relance étatique massive par l'investissement, la consommation, la création d'emplois et la sauvegarde des banques, les républicains comme les Tories freinent des quatre fers face à ces plans gouvernementaux.

La "sainte Trinité" conservatrice anglo-saxonne

Aux Etats-Unis, le «stimulus» de près de 800 milliards de dollars échafaudé par Barack Obama a été voté à la Chambre des représentants sans aucune voix républicaine, et au Sénat avec trois voix de droite (sur quarante). Pendant l'élaboration du projet, le leader républicain du Sénat, Mitch McConnell, a manqué de s'étrangler sur Fox News en dénonçant «ce programme socialiste [visant] à transformer l'Amérique en Europe occidentale». Pour ceux qui ne sont pas au fait de la rhétorique de la droite américaine, il faut savoir que l'épouvantail de l'Europe occidentale sert de raccourci verbal pour décrire une forte protection sociale, des impôts élevés, un droit du travail favorable aux salariés, mais aussi un taux de chômage important....

il n'a échappé à personne que la crise financière actuelle est le résultat direct des politiques de dérégulation des banques et du crédit initiées par Ronald Reagan, puis poursuivies par ses trois successeurs (Bush I-Clinton-Bush II) avec l'assentiment de l'inamovible président de la réserve fédérale de 1987 à 2006, l'ultra-libéral Alan Greenspan.Le plus curieux, dans la situation présente, c'est qu'une partie de l'establishment républicain, en dehors des élus, a compris la nécessité de faire évoluer leur pensée, ou au moins de tendre vers une certaine forme de pragmatisme. Greenspan lui-même, devant le Congrès, a reconnu il y a quelques mois «avoir trouvé des failles [dans les théories néo-libérales]. J'en suis très perturbé».

-Gordon Brown, le naufrageur devenu sauveteur | Mediapart:
"...le Royaume-Uni se trouve dans une situation économique encore pire que celle des nations d'Europe continentale. « Quand la crise des "subprimes" a démarré aux Etats-Unis, nous avons regardé quels étaient les pays qui possédaient des caractéristiques similaires et qui étaient susceptibles d'être affectés », se remémore Gilles Moec, économiste en chef à la Bank of America, à Londres. « On est tout de suite tombé sur la Grande-Bretagne, qui possédait un mélange identique de bulle immobilière, de fort endettement des ménages et d'économie reposant sur la consommation à crédit. » La recette toxique par excellence;
Si l'on ajoute à cette situation le fait que la City de Londres est (était ?) la plate-forme financière d'une grande partie des placements pourris qui ont gangrené le système bancaire mondial, les Anglais possédaient effectivement un siège au premier rang de la crise quand elle a éclaté. C'est pour cette raison que Gordon Brown fut le premier dirigeant occidental à jaillir des starting-blocks, avec un plan de relance de l'économie basé sur une forte intervention de l'État et la nationalisation partielle des banques. À l'automne, pendant toute la longue mise en place du plan de relance aux Etats-Unis, durant les dernières semaines du mandat de George W. Bush, les analystes américains n'avaient que le nom de Brown à la bouche....
Les perspectives pour 2009 sont effectivement sombres. Le FMI a prévu un recul de 2,8% de la croissance britannique, et la Banque d'Angleterre table sur un recul de 4%. Le chômage frise la barre des deux millions de demandeurs d'emplois (6,3% de la population active), le plus mauvais chiffre depuis 1997, et il va encore augmenter. Sans oublier la chute de la livre sterling (au plus bas depuis les années 1970) ou la chute des prix immobiliers (-16% en un an)...
Grant Doherty, un syndicaliste de la puissante fédération Unite: « À chaque fois que les banquiers ont demandé davantage de dérégulations, ils les ont obtenues, et c'était Brown qui était aux commandes de l'économie sous Blair. Aujourd'hui, je veux bien croire qu'il est sincère et qu'il a appris de ses erreurs, mais il est quand même l'un des principaux responsables de la situation actuelle. »
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- Merkel demande la fin du système anglo-saxon en zone euro
-Expertise économique en France : l’emprise du modèle anglo-saxon
-A qui profite désormais la fin du règne du capitalisme anglo-saxon ?
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-Quand l'esprit vient aux banquiers...
-Crise: quelle sortie ?
-Crise en Grande Bretagne
- Crise: Que peut, que doit faire l'Etat ?

mardi 7 octobre 2008

Crise : et l'Europe ?...



«Les dirigeants européens doivent unir leurs efforts pour mettre un terme à cette crise avant qu’elle ne devienne incontrôlable, cela leur évitera d’avoir ensuite à se disputer sur la manière d’en gérer les conséquences»________

Un groupe des partis socialistes européens demande «une refonte complète du système de dérégulation des marchés mis en place par la droite conservatrice et libérale depuis plus de 20 ans»
Que ne les a-t-on pas entendus plus tôt !____________

Mais que fait donc Bruxelles ?:
"...Face à cette absence des instances européennes en temps de crise, l'idée que la zone euro est une "construction boiteuse" prend un nouveau sens. La Banque centrale européenne (BCE) contrôle la fourniture des banques en liquidités et veille à ce que la circulation sanguine du système financier ne s'interrompe pas. Mais si et quand de grandes banques sont frappées, les Etats interviennent en toute autorité comme s'il n'y avait pas de marché intérieur européen, comme si les relations en termes de concurrence n'étaient pas affectées...
L'UE ne dispose d'aucune instance capable d'intervenir et disposant des ressources financières et en personnel pour agir au bon moment. Quand une grande banque se retrouve au bord du gouffre, personne ne se soucie de savoir si la reprise agrée ou non aux poussifs contrôleurs de la concurrence de Bruxelles, toujours prompts à se quereller au sujet de leurs compétences. C'est aussi en temps de crise que se dessine l'authentique stature des responsables politiques. Il n'est donc pas surprenant que l'on n'ait rien entendu de particulièrement éclairant de la part de José Manuel Barroso, rappelons-le, président de la Commission européenne..."

- Crise financière : la Commission persiste à refuser la régulation:
"...on est toujours loin d’un plan de sauvetage européen, ce qui est préoccupant dans un marché unique doté d’une monnaie unique. Comme l’a dit très justement le grand argentier suédois, Anders Norg, « la solution d’un pays est le problème d’un autre ». Manifestement, ni l’Allemagne, ni la Grande-Bretagne, ni surtout la Commission ne semblent le comprendre. Coup de chance, si l’on ose dire, le choc n’est pas asymétrique, mais touche l’ensemble des pays. Que se passerait-il si un seul pays était touché par une telle crise ? En refusant de se saisir de ce problème, la Commission Barroso prend une responsabilité historique, celle d’affaiblir gravement l’Union européenne..."
-L'Europe face à la crise financière
-«Crise financière: que faire ?»
-Refondation ou « moralisation » du capitalisme financier ?:
-L'Europe a besoin d'un plan de relance massif:
"...Nous avons besoin d'une réglementation internationale. Pour ce qui concerne les banques, celle dite de Bâle II est fondamentalement une supercherie. Elle s'appuie sur la réglementation des banques par elles-mêmes, c'est un oxymore. Le FMI a un problème : les Etats-Unis, qui sont cause de la crise, y ont un droit de veto. Nous avons besoin d'une nouvelle véritable institution multilatérale."
-La double crise européenne : financière et démocratique:
"...Voici donc venu le moment où se révèle l’impasse de la construction européenne néolibérale. En ayant inscrit le principe de circulation des capitaux sans entraves dans tous les traités européens et en ayant dérégulé et libéralisé systématiquement, l’UE se préparait à subir de plein fouet la tempête financière. D’autre part, en ayant fait de l’UE une construction non démocratique, confiée à une armada de politiques et de technocrates inféodés à l’idéologie du marché et incapables de penser autrement qu’en termes de concurrence des marchands et jamais en termes de coopération entre les peuples, aucune autorité politique démocratique n’est aujourd’hui en mesure de parer la plus grave crise depuis l’entre-deux guerres.C’est donc la double crise : parce que l’UE a été insérée dans le gigantesque Maelstrom de la financiarisation mondiale, et parce qu’elle est une entité non démocratique, elle est aujourd’hui en panne..."
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-Les rêves islandais partent en fumée:
"...Ce bouleversement a pour origine la privatisation des banques et la fondation de la Bourse locale, au milieu des années 1990. Les réformes néolibérales ont accouché d'une jeune génération d'hommes d'affaires entreprenants, dont beaucoup ont appris le métier aux Etats-Unis. Ils étaient décidés à tout faire pour que leur pays n'ait plus jamais à dépendre de la pêche en tant que principale ressource. Après avoir été l'un des pays les plus pauvres d'Europe, l'Islande pouvait se féliciter de voir le revenu moyen des foyers augmenter de 45 % en cinq ans, tandis que son PIB enregistrait une croissance de 4 à 6 % par an. Mais, quand la crise internationale du crédit a éclaté, déclenchée par le pire tsunami financier depuis 1929, il était presque logique que l'Islande ne puisse pas résister à l'onde de choc. Le pays a garanti tous les dépôts de ses épargnants, mais n'a pas pu étendre cette garantie aux centaines de milliers d'épargnants britanniques qui ont investi de l'argent dans les caisses d'épargne islandaises en ligne..."

-Le cas DEXIA
-Impuissance européenne ?
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