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samedi 14 janvier 2023

IA et nouvelle triche

Comment passer ses examens à l'aise?

         C'est un fléau que dénoncent nombre de professeurs depuis des années, surtout en fac: l'usage abusif d'internet pour faciliter la rédaction de devoirs, qui ainsi perdent toute valeur. Des parades ont été trouvées et, avec l'habitude, ces pratiques de pompage numérique ont pu être largement identifiées. Mais depuis peu, grâce à l'intelligence artificielle, la sophistication dans la triche a fait un pas de géant, à tel point qu'il devient plus difficile de détecter la véritable origine d'une copie, d'un travail rendu, en fac notamment, par un travail de détective, en recoupant les similitudes dans la rédaction du travail rendu.     


                                                                                                                                                      _____Quid du travail personnel et de l'intelligence propre? Depuis 2005, l'intelligence artificielle a fait de grand progrès. Dans certains domaines, cela peut être intéressant, voire aujourd'hui indispensable, mais dans celui du contrôle des connaissances, cela l'est moins. On est dans le délit, sanctionnable. On ne copie plus sur son voisin, comme autrefois. La triche est devenue numérique, plus discrète, de moins en moins détectable. Les générateurs de textes sont de plus en plus performants, grâce à des algorithmes sophistiqués, même dans le domaine du journalisme, de l'élaboration de romans bas de gamme... Voilà qui amène à s'interroger sur l'avenir de la création humaine dans différents domaines, sur le devenir même d'une certaine littérature...                   ___Les générateurs de textes, souvent gratuits, peuvent être une aide à des étudiants défaillants ou peu scrupuleux. Les algorithmes produiront toujours plus de capacités de calcul, car il s'agit toujours de calcul, mais jamais ne parviendront à égaler la puissance et la richesse infinie de la créativité humaine en matière de littérature, de recherche originale, même complexe. Si les "exploits" dans ce domaine n'ont pas finis de nous étonner, les limites de leur usage apparaissent très vite. Il y a lieu de remettre les choses en place, sans fétichisme, sans fantasme, sans enthousiasme délirant. 
_________________                                          L' IA n'a pas fini d'investir notre vie, individuelle et collective. Et on finit par ne plus la remarquer ou même par le soupçonner. Pour le meilleur et le pour le pire.      Cette dite "intelligence" n'en n'est qu'à ses débuts et on peut s'interroger sur le caractère équivoque de son développement dans certains domaines et les menaces qu'elle peut représenter parfois pour nos libertés dans le cadre du contrôle social notamment. Pas seulement en matière de reconnaissance faciale, toujours plus sophistiquée.       ______ Il y a une part d'illusion et parfois de fantasme qui se glisse souvent dans les propos concernant les toujours plus grandes performances des technologies du numérique, les exploits des systèmes experts de plus en plus sophistiqués, des algorithmes toujours plus élaborés .      ____ Il y a lieu de revenir sur les limites de ce qui peut à première vue apparaître comme quasi autonome et infaillible. Voire magique. Les performances de certains ordinateurs (Deepmind), dans les domaines les plus variés, les exploits (relatifs) de Tesla, les systèmes embarqués sur avion, qui peuvent être "faillibles", les techniques de reconnaissance faciale, ...toutes ces applications en croissance rapide peuvent nous amener à croire qu'une véritable intelligence préside à ces réalisations à croissance rapide. Pour le meilleur et pour le pire.

       Or le simple bon sens, la chose la mieux partagée, selon Descartes,  nous amène à reconnaître que c'est l'intelligence humaine qui élabore et encadre ces réalisations dont on ne voit pas les limites techniques, qui sont toutes des applications d'un calcul parfois extrêmement élaboré, qui ne peut fonctionner que encadré, parfois imparfaitement, que par réflexion et décision, dans le contexte de choix qui peuvent être discutables et d'un système de valeurs que la machine elle-même ne peut engendrer.
    Les questions éthiques peuvent toujours être éludées, elles reviennent toujours en force, même dans les cercles les plus spécialisés.
     Il n'est pas besoin d'être grand philosophe pour porter un jugement sur la valeur et les limites de ce produit de l'esprit humain, dont Pascal et Leibniz avaient déjà eu l'intuition, que Turing avait initié. Un esprit qui est l'aboutissement d'une culture, qui ne fonctionne pas sans intuitions, imagination et émotions, qui ne rentreront jamais dans le cadre d'un "calcul", même le plus sophistiqué.
    Nous oscillons souvent entre technophobie et technophilie, ce qui nous égare très souvent et sommes parfois soumis au leurre d'une identification, virant parfois à l'absurdité.
     Il est important de mettre les choses à leur place, de relativiser, et de mettre un terme à certains fantasmes des gars de la Silicon Valley, mais pas seulement.
  Les données de la réflexion humaines, avec leurs limites, se situent toujours en amont.
   Penser l'intelligence, dans sa diversité, est une tâche qui ne sera sans aucun doute jamais terminée.
          Comment freiner et maîtriser un phénomène qui prend toujours plus d'ampleur, investissant une part de notre vie intime et nos libertés sociales?
                               "...Disponibles un peu partout en libre accès, les algorithmes d’Intelligence Artificielle (IA) changent radicalement la donne en matière de sécurité. Là où une organisation malveillante devait investir du temps et de l’expertise pour préparer et mener à bien un petit nombre d’actions criminelles, il suffit désormais de quelques algorithmes courants et de la puissance de calcul de quelques serveurs pour agir avec efficacité et précision sur une vaste échelle.  Hier, l’investissement personnel des malfrats les exposait au risque d’être repérés et identifiés. Aujourd’hui, la délégation du travail à des « bots » garantit aux commanditaires un redoutable anonymat.

           ";..Contre ces nouvelles menaces, le panel d’experts reconnaît qu’il n’existe guère de parade évidente. Seule, disent-ils, la mise au point de systèmes défensifs plus intelligents encore pourrait permettre, sinon de prévenir, du moins d’endiguer les attaques. Incitant à une fuite en avant technologique dont les conséquences seront de fournir toujours davantage de moyens aux criminels potentiels.  Pour la première fois, la question de la libre diffusion des algorithmes est posée. Mais est-il vraiment possible de restreindre la diffusion de codes informatiques ..?...On discerne alors le rôle que seront appelées à jouer les grandes entreprises technologiques dans la préservation de la confiance et la défense contre la malveillance. Elles seules détiendront les moyens de contrecarrer les pratiques nuisibles, comme par exemple d’authentifier une vidéo, de bloquer des infiltrations de virus informatiques générés automatiquement ou encore de protéger la multitude des objets connectés dont nous sommes, de plus en plus, entourés et dépendants. Déjà, ces entreprises disposent de leviers considérables, et en grande partie discrétionnaires, sur la visibilité d’une société ou la diffusion d’une information.      Garant de la confiance qui permet le lien social, l’État de droit devra, de plus en plus, s’effacer derrière les entreprises technologiques, celles qui maîtrisent la « bonne » IA et peuvent assurer cette mission. Tendance en tout point comparable aux conditions d’émergence de la féodalité dans l’Europe médiévale....Alléguant la sauvegarde de la souveraineté politique ou économique, la plupart des responsables politiques estiment qu’il est crucial de favoriser le développement d’une « industrie nationale » de l’Intelligence Artificielle. C’est qu’ils redoutent la mainmise des géants technologiques étrangers sur les données, et donc sur les personnes.     Ils craignent, en outre, l’effet des destructions d’emplois liées à la robotisation , et brandissent désormais comme une vérité indiscutable l’argument-choc selon lequel « les économies les plus équipées en intelligence artificielle et en robotique sont celles qui connaissent le moins de chômage ».     Mais le rêve de donner naissance à des champions européens de l’IA n’est pas sans contradiction dans une économie ouverte et globalisée, où lesdits champions peuvent, à tout moment, passer sous contrôle étranger.      Les entreprises technologiques promouvant l’IA, largement transnationales, l’ont bien compris puisqu’elles omettent soigneusement toute référence à une bien illusoire défense de souveraineté. Il n’est guère besoin d'invoquer celle-ci, au demeurant, pour que la compétition économique et la promesse de miracles techniques suffisent à alimenter une fuite en avant totalement débridée...." ______________


Emmanuel Vincent, Inria

Les IA décident désormais pour nous, et nous conseillent sur nos décisions. Peuvent-elles expliquer leurs décisions ? Sont-elles sûres et équitables ?

Les IA ne saisissent pas les finalités, les conséquences et le contexte de ce qu’on leur demande. 

___Les IA comprennent-elles ce qu’elles font ?

Fabien Gandon, Inria

Les IA sont aux commandes de systèmes qui vont trop vite pour les humains, comme le « flash trading » et les réseaux sociaux d’informations.

La motivation, clef de l'apprentissage, chez les IA… comme chez les humains.

______Comment motiver une IA ?

Ahmed Akakzia, Sorbonne Université

Les intelligences artificielles apprennent. Mais pourrait-elle avoir « envie » d’apprendre quelque chose que l’on avait pas prévu ?

Les robots peuvent-ils nous aider à exprimer nos émotions ? 

Et si les machines pouvaient nous rendre plus humains ?

Les ordinateurs et les robots sont aujourd’hui dotés de compétences sociales leur permettant de converser avec nous en se montrant capables d’exprimer des émotions.

L'amour humain, robot : bientôt une réalité ? 

_________Intelligence artificielle : entre science et fiction


Les mots de la science.

Podcast « Les mots de la science » : IA comme intelligence artificielle____________



vendredi 5 février 2016

GO!

 Nouveau pas en avant.
                                     Une nouvelle révolution dans la concurrence homme/ machine?
     La performance de Deeper Blue a étonné le monde quand il est arrivé à battre Kaspavov aux échecs. Sans tuer pour autant le jeu.
     Un pas de plus a été franchi: un pro du GO a été battu par un algorithme.
    Faut-il s'en étonner?
  Oui, bien sûr, quand on sait à quel rythme va la puissance de calcul, mas surtout concernant la faculté humaine de concevoir et de mettre en place une telle capacité  logique, combinatoire, essentiellement calculatrice.
              DeepMind vient de battre Fan Hui, le champion d’Europe de jeu de go, à l’aide de son programme AlphaGo – en octobre, ce que vient seulement de révéler la revue Nature.
  Le jeu de go, pourtant un des jeux qui, par sa complexité, semblait ne pas pouvoir être appréhendé par la logique de l'ordinateur. Et pourtant...
     Le nombre de coups légitimes sur un plateau de go est de 10 puissance 170 c’est à dire 1 avec 170 zéros derrière.
     Impossible à se représenter ? On peut calculer par approximation combien il y a d’atomes dans nos corps (environ 7x10 puissance 27). Puis combien d’atomes composent la terre en fonction de sa masse complète, puis faire de même pour les planètes avoisinantes puis inclure le soleil, puis les étoiles et les galaxies qui nous entourent dans le vide puis enfin faire une estimation du nombre d’atomes dans l’univers… Au total il y en aurait entre 10 puissance 78 et 10 puissance 82 dans l’univers visible.
   Il y a donc plus de possibilités de parties de go que d’atomes dans tout l’univers. Combien de fois plus ? Un milliard de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de fois plus....
     Cela fait rêver. Ce qui fait dire qu'on assiste là à une véritable révolutions copernicienne, à un pas de géant dans la capacité de calcul d'une machine, qui gagne toujours plus en miniaturisation..
    Difficile à dire. L'avenir nous permettra de mieux juger le phénomène..
 2016 serait donc devenue l'année de l'intelligence artificielle ?
      Intelligence? En un sens, oui. Mais en un sens seulement. L'intelligence humaine a la particularité de ne pas être univoque, d'être spécifique sur plus d'un point (intuition, émotion...), pas seulement calculatrice et combinatoire et elle reste à l'origine de toute technologie, même la plus poussée, grâce au développement algorithmique.
    De plus la définiton de l'intelligence pose encore problème:
      Il n'existe pas de définition unique de l'intelligence humaine...Yves Coppens a daté sa première manifestation : il y a trois millions d'années, un « hominidé » a eu l'idée de se saisir d'un caillou, puis d'un autre et de taper sur le premier avec le second afin de le transformer. Pour Yves Coppens, c'est cet événement, premier signe de l'intelligence, qui a fait basculer l'histoire de l'humanité. Il n'y a pas non plus de définition très précise de l'intelligence artificielle, mais on sait qu'elle consiste à doter un logiciel d'un certain nombre de compétences et de savoir-faire, d'une efficacité comparable, voire supérieure à celle de l'intelligence humaine, le tout en se fondant sur les mathématiques, les algorithmes, la sémantique..."
  Mais c'est toujours l'homme le concepteur.
   Le monde de robots de plus en plus élaborés pointe à l'horizon de ces performances..
         On peut donc légitimement s'étonner, mais il est nécessaire de les  relativiser.
_________________________

mardi 24 novembre 2020

Quelques aspects de l'intelligence dite artificielle

 Notes sur une notion équivoque, mais une réalité galopante.

                        Elle est partout.     Elle n'a pas fini d'investir notre vie, individuelle et collective. Et on finit par ne plus la remarquer ou même par le soupçonner. Pour le meilleur et le pour le pire.      Cette dite "intelligence" n'en n'est qu'à ses débuts et on peut s'interroger sur le caractère équivoque de son développement dans certains domaines et les menaces qu'elle peut représenter parfois pour nos libertés dans le cadre du contrôle social notamment. Pas seulement en matière de reconnaissance faciale, toujours plus sophistiquée.       ______ Il y a une part d'illusion et parfois de fantasme qui se glisse souvent dans les propos concernant les toujours plus grandes performances des technologies du numérique, les exploits des systèmes experts de plus en plus sophistiqués, des algorithmes toujours plus élaborés .      ____ Il y a lieu de revenir sur les limites de ce qui peut à première vue apparaître comme quasi autonome et infaillible. Voire magique. Les performances de certains ordinateurs (Deepmind), dans les domaines les plus variés, les exploits (relatifs) de Tesla, les systèmes embarqués sur avion, qui peuvent être "faillibles", les techniques de reconnaissance faciale, ...toutes ces applications en croissance rapide peuvent nous amener à croire qu'une véritable intelligence préside à ces réalisations à croissance rapide. Pour le meilleur et pour le pire.

       Or le simple bon sens, la chose la mieux partagée, selon Descartes,  nous amène à reconnaître que c'est l'intelligence humaine qui élabore et encadre ces réalisations dont on ne voit pas les limites techniques, qui sont toutes des applications d'un calcul parfois extrêmement élaboré, qui ne peut fonctionner que encadré, parfois imparfaitement, que par réflexion et décision, dans le contexte de choix qui peuvent être discutables et d'un système de valeurs que la machine elle-même ne peut engendrer.
    Les questions éthiques peuvent toujours être éludées, elles reviennent toujours en force, même dans les cercles les plus spécialisés.
     Il n'est pas besoin d'être grand philosophe pour porter un jugement sur la valeur et les limites de ce produit de l'esprit humain, dont Pascal et Leibniz avaient déjà eu l'intuition, que Turing avait initié. Un esprit qui est l'aboutissement d'une culture, qui ne fonctionne pas sans intuitions, imagination et émotions, qui ne rentreront jamais dans le cadre d'un "calcul", même le plus sophistiqué.
    Nous oscillons souvent entre technophobie et technophilie, ce qui nous égare très souvent et sommes parfois soumis au leurre d'une identification, virant parfois à l'absurdité.
     Il est important de mettre les choses à leur place, de relativiser, et de mettre un terme à certains fantasmes des gars de la Silicon Valley, mais pas seulement.
  Les données de la réflexion humaines, avec leurs limites, se situent toujours en amont.
   Penser l'intelligence, dans sa diversité, est une tâche qui ne sera sans aucun doute jamais terminée.

          Comment freiner et maîtriser un phénomène qui prend toujours plus d'ampleur, investissant une part de notre vie intime et nos libertés sociales?
                               "...Disponibles un peu partout en libre accès, les algorithmes d’Intelligence Artificielle (IA) changent radicalement la donne en matière de sécurité. Là où une organisation malveillante devait investir du temps et de l’expertise pour préparer et mener à bien un petit nombre d’actions criminelles, il suffit désormais de quelques algorithmes courants et de la puissance de calcul de quelques serveurs pour agir avec efficacité et précision sur une vaste échelle.  Hier, l’investissement personnel des malfrats les exposait au risque d’être repérés et identifiés. Aujourd’hui, la délégation du travail à des « bots » garantit aux commanditaires un redoutable anonymat.

           ";..Contre ces nouvelles menaces, le panel d’experts reconnaît qu’il n’existe guère de parade évidente. Seule, disent-ils, la mise au point de systèmes défensifs plus intelligents encore pourrait permettre, sinon de prévenir, du moins d’endiguer les attaques. Incitant à une fuite en avant technologique dont les conséquences seront de fournir toujours davantage de moyens aux criminels potentiels.  Pour la première fois, la question de la libre diffusion des algorithmes est posée. Mais est-il vraiment possible de restreindre la diffusion de codes informatiques ..?...On discerne alors le rôle que seront appelées à jouer les grandes entreprises technologiques dans la préservation de la confiance et la défense contre la malveillance. Elles seules détiendront les moyens de contrecarrer les pratiques nuisibles, comme par exemple d’authentifier une vidéo, de bloquer des infiltrations de virus informatiques générés automatiquement ou encore de protéger la multitude des objets connectés dont nous sommes, de plus en plus, entourés et dépendants. Déjà, ces entreprises disposent de leviers considérables, et en grande partie discrétionnaires, sur la visibilité d’une société ou la diffusion d’une information.      Garant de la confiance qui permet le lien social, l’État de droit devra, de plus en plus, s’effacer derrière les entreprises technologiques, celles qui maîtrisent la « bonne » IA et peuvent assurer cette mission. Tendance en tout point comparable aux conditions d’émergence de la féodalité dans l’Europe médiévale....Alléguant la sauvegarde de la souveraineté politique ou économique, la plupart des responsables politiques estiment qu’il est crucial de favoriser le développement d’une « industrie nationale » de l’Intelligence Artificielle. C’est qu’ils redoutent la mainmise des géants technologiques étrangers sur les données, et donc sur les personnes.     Ils craignent, en outre, l’effet des destructions d’emplois liées à la robotisation , et brandissent désormais comme une vérité indiscutable l’argument-choc selon lequel « les économies les plus équipées en intelligence artificielle et en robotique sont celles qui connaissent le moins de chômage ».     Mais le rêve de donner naissance à des champions européens de l’IA n’est pas sans contradiction dans une économie ouverte et globalisée, où lesdits champions peuvent, à tout moment, passer sous contrôle étranger.      Les entreprises technologiques promouvant l’IA, largement transnationales, l’ont bien compris puisqu’elles omettent soigneusement toute référence à une bien illusoire défense de souveraineté. Il n’est guère besoin d'invoquer celle-ci, au demeurant, pour que la compétition économique et la promesse de miracles techniques suffisent à alimenter une fuite en avant totalement débridée...." ______________


Emmanuel Vincent, Inria

Les IA décident désormais pour nous, et nous conseillent sur nos décisions. Peuvent-elles expliquer leurs décisions ? Sont-elles sûres et équitables ?

Les IA ne saisissent pas les finalités, les conséquences et le contexte de ce qu’on leur demande. 

___Les IA comprennent-elles ce qu’elles font ?

Fabien Gandon, Inria

Les IA sont aux commandes de systèmes qui vont trop vite pour les humains, comme le « flash trading » et les réseaux sociaux d’informations.

La motivation, clef de l'apprentissage, chez les IA… comme chez les humains.

______Comment motiver une IA ?

Ahmed Akakzia, Sorbonne Université

Les intelligences artificielles apprennent. Mais pourrait-elle avoir « envie » d’apprendre quelque chose que l’on avait pas prévu ?

Les robots peuvent-ils nous aider à exprimer nos émotions ? 

Et si les machines pouvaient nous rendre plus humains ?

Les ordinateurs et les robots sont aujourd’hui dotés de compétences sociales leur permettant de converser avec nous en se montrant capables d’exprimer des émotions.

L'amour humain, robot : bientôt une réalité ? 

_________Intelligence artificielle : entre science et fiction


Les mots de la science.

Podcast « Les mots de la science » : IA comme intelligence artificielle____________


mercredi 2 septembre 2020

Intelligence artificielle

Elle est partout.
        Elle n'a pas fini d'investir notre vie, individuelle et collective. Et on finit par ne plus la remarquer ou même à le soupçonner. Pour le meilleur et le pour le pire.
    Cette dite "intelligence" n'en n'est qu'à ses débuts et on peut s'interroger sur le caractère équivoque de son développement dans certains domaines et les menaces qu'elle peut représenter parfois pour nos libertés dans le cadre du contrôle social notamment. Pas seulement en matière de reconnaissance faciale, toujours plus sophistiquée.
   Il y a une part d'illusion et parfois de fantasme qui se glisse souvent dans les propos concernant les toujours plus grandes performances des technologies du numérique, les exploits des systèmes experts de plus en plus sophistiqués, des algorithmes toujours plus élaborés .
      Il y a lieu de revenir sur les limites de ce qui peut à première vue apparaître comme quasi autonome et infaillible. Voire magique. Les performances de certains ordinateurs (Deepmind), dans les domaines les plus variés, les exploits (relatifs) de Tesla, les systèmes embarqués sur avion, qui peuvent être "faillibles", les techniques de reconnaissance faciale, ...toutes ces applications en croissance rapide peuvent nous amener à croire qu'une véritable intelligence préside à ces réalisations à croissance rapide. Pour le meilleur et pour le pire.
       Or le simple bon sens, la chose la mieux partagée, selon Descartes,  nous amène à reconnaître que c'est l'intelligence humaine qui élabore et encadre ces réalisations dont on ne voit pas les limites techniques, qui sont toutes des applications d'un calcul parfois extrêmement élaboré, qui ne peut fonctionner que encadré, parfois imparfaitement, que par réflexion et décision, dans le contexte de choix qui peuvent être discutables et d'un système de valeurs que la machine elle-même ne peut engendrer.
    Les questions éthiques peuvent toujours être éludées, elles reviennent toujours en force, même dans les cercles les plus spécialisés.
     Il n'est pas besoin d'être grand philosophe pour porter un jugement sur la valeur et les limites de ce produit de l'esprit humain, dont Pascal et Leibniz avaient déjà eu l'intuition, que Turing avait initié. Un esprit qui est l'aboutissement d'une culture, qui ne fonctionne pas sans intuitions, imagination et émotions, qui ne rentreront jamais dans le cadre d'un "calcul", même le plus sophistiqué.
    Nous oscillons souvent entre technophobie et technophilie, ce qui nous égare très souvent et sommes parfois soumis au leurre d'une identification, virant parfois à l'absurdité.
     Il est important de mettre les choses à leur place, de relativiser, et de mettre un terme à certains fantasmes des gars de la Silicon Valley, mais pas seulement.
  Les données de la réflexion humaines, avec leurs limites, se situent toujours en amont.
   Penser l'intelligence, dans sa diversité, est une tâche qui ne sera sans aucun doute jamais terminée.

          Comment freiner et maîtriser un phénomène qui prend toujours plus d'ampleur, investissant une part de notre vie intime et nos libertés sociales?
                               "...Disponibles un peu partout en libre accès, les algorithmes d’Intelligence Artificielle (IA) changent radicalement la donne en matière de sécurité. Là où une organisation malveillante devait investir du temps et de l’expertise pour préparer et mener à bien un petit nombre d’actions criminelles, il suffit désormais de quelques algorithmes courants et de la puissance de calcul de quelques serveurs pour agir avec efficacité et précision sur une vaste échelle.  Hier, l’investissement personnel des malfrats les exposait au risque d’être repérés et identifiés. Aujourd’hui, la délégation du travail à des « bots » garantit aux commanditaires un redoutable anonymat.
Contre ces nouvelles menaces, le panel d’experts reconnaît qu’il n’existe guère de parade évidente. Seule, disent-ils, la mise au point de systèmes défensifs plus intelligents encore pourrait permettre, sinon de prévenir, du moins d’endiguer les attaques. Incitant à une fuite en avant technologique dont les conséquences seront de fournir toujours davantage de moyens aux criminels potentiels.  Pour la première fois, la question de la libre diffusion des algorithmes est posée. Mais est-il vraiment possible de restreindre la diffusion de codes informatiques ..?...On discerne alors le rôle que seront appelées à jouer les grandes entreprises technologiques dans la préservation de la confiance et la défense contre la malveillance. Elles seules détiendront les moyens de contrecarrer les pratiques nuisibles, comme par exemple d’authentifier une vidéo, de bloquer des infiltrations de virus informatiques générés automatiquement ou encore de protéger la multitude des objets connectés dont nous sommes, de plus en plus, entourés et dépendants. Déjà, ces entreprises disposent de leviers considérables, et en grande partie discrétionnaires, sur la visibilité d’une société ou la diffusion d’une information.      Garant de la confiance qui permet le lien social, l’État de droit devra, de plus en plus, s’effacer derrière les entreprises technologiques, celles qui maîtrisent la « bonne » IA et peuvent assurer cette mission. Tendance en tout point comparable aux conditions d’émergence de la féodalité dans l’Europe médiévale....Alléguant la sauvegarde de la souveraineté politique ou économique, la plupart des responsables politiques estiment qu’il est crucial de favoriser le développement d’une « industrie nationale » de l’Intelligence Artificielle. C’est qu’ils redoutent la mainmise des géants technologiques étrangers sur les données, et donc sur les personnes.     Ils craignent, en outre, l’effet des destructions d’emplois liées à la robotisation 4, et brandissent désormais comme une vérité indiscutable l’argument-choc selon lequel « les économies les plus équipées en intelligence artificielle et en robotique sont celles qui connaissent le moins de chômage ». 5    Mais le rêve de donner naissance à des champions européens de l’IA n’est pas sans contradiction dans une économie ouverte et globalisée, où lesdits champions peuvent, à tout moment, passer sous contrôle étranger.      Les entreprises technologiques promouvant l’IA, largement transnationales, l’ont bien compris puisqu’elles omettent soigneusement toute référence à une bien illusoire défense de souveraineté. Il n’est guère besoin d'invoquer celle-ci, au demeurant, pour que la compétition économique et la promesse de miracles techniques suffisent à alimenter une fuite en avant totalement débridée...." ______________

mercredi 3 décembre 2025

A quoi ça sert...

 De se décarcasser à l'Université?..                                                                                                                                                                 On se le demande. Que de temps perdu, d'efforts vains et de connaissances vite dépassées!  On peut rêver d'un autre monde où on peut gagner du temps et de l'argent, même pour des formations les plus pointues. Il est déjà là et va se développer à grande vitesse. L'IA est là pour nous, dont le développement semble sans limites:  Chat Gpt, Gemini et tous les autres outils qui vont naître demain. Comme un deuxième cerveau qui peut se développer à l'infini.   Finie, la  triche!     Et ce n'est pas seulement les cerveaux qui auront des prothèses pour corriger ses imperfections, sa lenteur,... L'avenir est à l'homme augmenté, comme l'ont déjà envisagé les boss de la Silicon Valley. L'immortalité est même en vue, comme le pense aussi le bon Mr Trump.      L'homme bionique, dans son accomplissement sans fin, serait pour demain. C'est la posthumanité qui est en marche, vers des horizons insoupçonnés.

       Le biologiste J.Testard a fait une mise au point utile sur la faiblesse, l'irrationnelle et la potentielle dangerosité de ces fantasmes si séduisants et puissants.
  Le déraisonnable et l'inhumain nous guetteront et nous guetteront toujours prévient A.Kahn.
    Les risques sont multiples, les nanotechnologies présentant notamment encore de nombreuses inconnues.
Augmenté? Mais de quoi?...IL faudrait d'abord mieux définir l'intelligence..
       Il est à craindre que ce qui pourrait être augmenté, c'est une part d'hubris inquiétante.

    La super intelligence serait pour demain.   Oui, mais...Et l'intelligence naturelle?  Peut-on faire toujours confiance à Chat GPT ?

   Le bon Mr Alexandre s'avance beaucoup, sûr de lui, en expert largement autoproclamé.

   Il est aux limites du mythe.    Visionnaire, utopiste, ou provocateur? Il a inventé une nouvelle religion et a  déjà fait des adeptes...

          Laurent Alexandre, médecin et énarque, et Olivier Babeau, professeur d’université, sont les auteurs de nombreux ouvrages. Si le premier s’est très tôt intéressé à l’intelligence artificielle et à ses applications médicales (La mort de la mortLa guerre des intelligencesLa défaite du cancer), le second s’est plutôt penché sur les conséquences psychologiques et politiques du développement des technologies numériques (Le nouveau désordre numérique, La tyrannie du divertissementL’ère de la flemme).     Dans Ne faites plus d’études (Éditions Buchet-Chastel, 2025), les auteurs plaident pour une réforme totale de l’enseignement supérieur, aujourd’hui concurrencé par des technologies qui remettent en cause son utilité. Les temps, selon eux, ne sont plus aux formations longues, aux diplômes et aux concours, qu’ils assimilent à des artefacts d’un monde mourant. Appelant à une « déscolarisation » des savoirs et de l’intelligence, ils exhortent les jeunes à penser « hors du système ». L’avenir appartient aux étudiants disciplinés, curieux, et capables d’utiliser l’IA pour apprendre par eux-mêmes. Convoquant de nombreuses études, Alexandre et Babeau livrent ici un essai audacieux, propre à nourrir une réflexion quant au devenir de notre système d’éducation.                                                La première partie de l’ouvrage révèle l’étendue des bouleversements engendrés par le développement de l’IA générative. Souvent tenu pour une simple évolution instrumentale, le perfectionnement de ces technologies marquerait, en réalité, une rupture comparable à la domestication du feu. Il s’en distinguerait cependant par son rythme incroyablement rapide et par ses effets. Là où le feu avait permis à l’homme de dominer son environnement (au terme, toutefois, de 300 000 ans d’essais), l’IA concurrencerait l’humain dans ce qu’il a longtemps pensé relever de son apanage : la pensée. Pour la première fois de l’histoire, « l’intelligence sort du corps ». Elle devient exogène et gratuite.                                                                            Les conséquences de cette révolution se font déjà sentir. Les auteurs empruntent à l’historien Yuval Noah Harari une métaphore frappante : l’irruption des LLM (pour Large Language Models) dans nos sociétés pourrait être comparée à l’arrivée massive et soudaine de milliards d’immigrés à très haut QI. Associés à des coûts de plus en plus faibles, infatigables, plus productifs et plus efficaces que l’immense majorité des humains, ces agents menacent la plupart des métiers, des fonctions et des statuts actuels. La réponse institutionnelle diffère selon les régions. Si la Chine et les États-Unis semblent avoir pris la mesure des enjeux associés à la maîtrise de ces technologies, l’Europe se limite à une posture de consommation et de réglementation. Or, sans ambition industrielle dans le domaine, notre continent s’expose à d’importants problèmes de souveraineté cognitive.                                                                                           Les décideurs européens se rassurent en raillant les « hallucinations » (pourtant de moins en moins nombreuses) des LLM et en se persuadant que l’IA demeurera éternellement déconnectée du monde physique. C’est sans compter sur la « robolution », c’est-à-dire l’avènement de robots humanoïdes dopés à l’IA. Des entreprises comme Tesla Optimus (propriété d’Elon Musk) sont aujourd’hui capables de produire des automates habiles et intelligents, propres à abolir la distinction entre métiers manuels et intellectuels. Ces robots, dont il est prévu qu’ils soient mis sur le marché dans cinq ans, pourront aussi bien travailler en usine qu’à la maison. Ils peupleront nos cabinets médicaux, nos écoles et nos rues. Notre tendance à déléguer les tâches pénibles et répétitives aux machines, le manque de main-d’œuvre dans nos sociétés et l’efficacité de ces nouvelles technologies nous conduiront, sans nul doute, à les adopter massivement. Cols blancs et bleus souffriront donc autant de la concurrence que leur livreront bientôt ces dispositifs. Seuls semblent pouvoir résister à cette révolution les métiers du care (aide-soignant, sage-femme, éducateur spécialisé, etc.) et des arts du spectacle, dont la nature, profondément humaine, les protège pour un temps. Il demeurera également nécessaire de confier à des personnes la charge d’assumer la responsabilité des choix opérés par l’IA.                                                                                                                                                                  Comment demeurer compétitif dans ces conditions ? Les auteurs ne balancent pas : dans un monde où ChatGPT frôle les 150 de QI, l’avenir est à l’hybridation neuronale. Cette option, qui fonde le projet transhumaniste, semble déjà avoir les préférences de certains magnats de la tech. Alexandr Wang, qui supervise le projet de super-intelligence de Meta, explique ainsi vouloir attendre la maturation des implants neuronaux pour devenir père. Plus d’un tiers des Américains se déclarent aujourd’hui favorables à la perspective d’augmenter le QI de leurs enfants par manipulation embryonnaire ou via des implants cérébraux. Alexandre et Babeau parient sur une émulation générale : quel parent, dans le futur, acceptera de condamner son enfant à la stagnation intellectuelle quand d’autres feront le choix d’augmenter leur progéniture ? Tout porte à croire que nous nous préparons à entrer dans l’ère du « design cognitif ».                                                                                                                  Cette époque ne consacrera pas la « mort du travail » (vieille lune technophobe) car les avancées techniques permettront d’envisager la création de nouveaux métiers. Les auteurs, en lecteurs de Schumpeter, envisagent ainsi très sérieusement que puissent exister, dans les prochaines décennies, des « designers de bébés ». D’autres professions, en revanche, semblent inéluctablement vouées à disparaître. Alexandre et Babeau prédisent ainsi la fin prochaine des emplois liés à la rédaction, à la veille, au consulting, à l’analyse juridique et au service client. Selon eux, « [les] cols blancs [sont en passe de découvrir] qu’ils sont peut-être les ouvriers spécialisés de la nouvelle ère numérique, menacés par un taylorisme algorithmique ».                                                                                                                            L’enjeu consiste désormais à déterminer de quelle façon nous pouvons compléter une IA qui analyse, synthétise et crée mieux que nous. Le défi est de taille, car les agents actuels, loin de se réduire à de simples dispensateurs de savoirs, investissent le champ de la connaissance (entendue comme le produit d’une authentique réflexion). Il devient nécessaire d’envisager des formations nouvelles, propres à permettre aux jeunes de travailler de concert avec l’IA. Or, en la matière, tout, ou presque, reste à faire.                                                                                                Les auteurs établissent un constat : l’émergence de l’intelligence générative ne fait qu’accélérer le processus de décomposition de l’université, très largement consommé en France. Rétive à tisser des liens avec le monde du travail et confrontée à la massification de ses effectifs, elle perd de son utilité à l’heure où l’IA peut expliquer plus vite et plus efficacement que le plus compétent des professeurs. Figée dans des pratiques anciennes, elle persiste à fétichiser le diplôme, dont Laurent Alexandre et Olivier Babeau, pourtant issus des meilleurs établissements, prédisent qu’il sera bientôt assimilé à une « relique barbare », incapable d’attester du niveau réel d’un étudiant.                                                                        Et c’est là que le bât blesse : l’université, née à la fin du XIe siècle, a rendu d’immenses services à l’humanité mais peine désormais à accomplir ses missions. La démocratisation de l’enseignement supérieur a conduit à une inflation du nombre de diplômés et à la dévalorisation de nombre de certifications. Pire : le fonctionnement de l’université, demeuré largement inchangé depuis l’ère industrielle, l’empêche de s’adapter au « tsunami » engendré par l’apparition des LLM. Il devient pourtant urgent de proposer aux étudiants des formations à l’IA et d’intégrer ces technologies aux cursus.                                                                                     Qu’en est-il actuellement ? Alexandre et Babeau brossent un portrait apocalyptique de la situation de l’enseignement supérieur en France (mais la situation semble identique dans la plupart des universités publiques des pays de l’OCDE). L’explosion des capacités de l’intelligence artificielle, expliquent-ils, coïncide avec une diminution des compétences des étudiants. Globalement moins performants et moins cultivés que leurs aînés, les jeunes sont aujourd’hui menacés d’ « abdication cognitive ». Souvent tentés de briller à moindre coût, nombre d’entre eux délègueraient aux IA la réalisation de leurs devoirs. Le phénomène serait massif : les auteurs, relayant un récent article du Financial Times, révèlent que 88 % des étudiants britanniques utilisent aujourd’hui ChatGPT lors de leurs partiels, sans que les surveillants de salle interviennent. Si ces pratiques achèvent de démonétiser les diplômes, elles posent un problème à l’ensemble de la société : comment gérer, demain, des cohortes de jeunes totalement dépendants de l’IA ? Où et comment les employer ? Faut-il envisager la création d’un revenu universel ? Qui imaginera des solutions originales à des problèmes nouveaux ?                                        Ces questions, vertigineuses, ne semblent pas avoir été prises en compte par les établissements d’enseignement supérieur. Rien (ou si peu) n’est entrepris pour éviter que les étudiants ne creusent davantage leur « dette cognitive ». Le danger tient à ce que le capitalisme cérébral exige des hommes qu’ils travaillent et se forment sans discontinuer. Les auteurs entrevoient ici une possible fracture, qui résulterait d’un « darwinisme cognitif et économique ». L’avenir serait aux esprits agiles, curieux, et disposés à « un mépris lucide pour les anciens signaux de valeur » (les diplômes et les concours, qui, loin d’attester de l’intelligence de ceux qui les réussissent, ne sanctionnent qu’une capacité à penser dans des cadres figés).                Si l’IA conteste aux établissements d’enseignement supérieur leur monopole éducatif, elle les concurrence également en matière de recherche. En 2024, le prix Nobel de chimie a ainsi été décerné à Demis Hassabis, le directeur général de Google DeepMind, dont le modèle AlphaFold 2 est parvenu à prédire la structure des protéines (une tâche qui, sans IA, aurait nécessité le travail de « milliards » de biologistes pendant un an). L’ingression de l’IA dans le champ scientifique contribue à une redistribution des lieux de production du savoir. Beaucoup d’étudiants talentueux, d’ailleurs, ne s’y trompent pas. Le livre révèle ainsi qu’un nombre croissant d’entre eux quitte les universités pour intégrer des laboratoires privés. Sam Altman, le co-fondateur d’OpenAI, estime même que son fils, né d’une récente GPA, n’aura aucun intérêt à suivre un cursus universitaire. Les motivations de ces jeunes cerveaux sont multiples, entre conditions de travail optimales et accès à des rémunérations extrêmement attractives (Mark Zuckerberg proposerait à ses meilleurs ingénieurs des salaires 3 000 fois plus élevés que ceux qu’ils pourraient espérer percevoir à l’université).                                                                                                                                        Face à ces bouleversements, les auteurs avertissent : entreprendre des études longues dans un monde où la durée de vie d’un savoir technique est passé, en quatre décennies, de trente à deux ans constitue une « faute stratégique ».   Alexandre et Babeau exhortent plutôt les jeunes à se livrer à un « auto-diagnostic ». Les lycéens doivent réfléchir à la façon dont ils deviendront complémentaires de l’IA. L’idéal, dès aujourd’hui, n’est pas d’avoir été validé par une instance officielle mais de devenir « non-standard », c’est-à-dire irremplaçable, de se cultiver sans relâche, de développer son esprit critique et de s’auto-discipliner. Dans le monde qui vient, dont l’ouvrage assure qu’il sera violemment inégalitaire, la persévérance, le travail, la culture générale et la connaissance de l’histoire « fer[ont] la différence de destins et fonder[ont] les hiérarchies ».                                                                                                                           La dernière partie du livre est consacrée aux « principes de nouvelle éducation » qu’Alexandre et Babeau appellent de leurs vœux. Ceux-ci consacrent le droit universel à l’IA éducative, le droit à l’apprentissage personnalisé dans un monde où la pensée sera « déscolarisée », le droit à la souveraineté cognitive, le droit à un professeur humain (dont la fonction consistera désormais à guider l’étudiant dans un contexte d’explosion du savoir), le droit à la portabilité cognitive (qui garantira le transfert des échanges d’un modèle d’IA à un autre), l’inaliénabilité de l’identité numérique, le droit à la neutralité (qui impliquera une transparence épistémologique intégrale des modèles utilisés), le droit à la confidentialité de l’apprentissage, le droit à l’oubli pédagogique (afin de ne pas être assigné pour toujours à d’anciens échecs) et le droit à la neuro-augmentation, censée prévenir l’émergence d’une humanité « à deux vitesses ...."       _______________________