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jeudi 12 janvier 2017

Post-vérité ou l'invention de l'eau chaude

   C'est comme une fureur sémantique
                   Elle a commencé Outre-Atlantique, toujours en mal de nouveaux concepts frappeurs.
   Après la post-modernité, la post- et la trans-humanité des rêveurs de la Silicon Valley, c'est maintenant le règne de la post-vérité, en attendant l'apparition de la post-ceci ou cela...
     Mais sans atteindre le niveau de la post-connerie...qui, elle, n'a pas d'âge.
            Comme si le problème du mensonge, de la désinformation, de la propagande, comme on le disait déjà en 14, en politique notamment, de l'enfumage des esprits, de la manipulation de hommes était un problème de notre temps, même si les moyens de transmissions et de pression sont aujourd'hui décuplés. 
   Il suffit de relire le Gorgias de Platon, Spinoza ou Machiavel, entre autres,  pour voir que le problème ne date pas d'aujourd'hui.
    Le mensonge est devenu une manière (jugée habile, et de fait efficace) de communiquer. Les hâbleurs, baratineurs, bonimenteurs, en s’y prenant bien, parviennent à faire tenir pour vrai n’importe quel mensonge ou calomnie. Le phénomène des « fake news » (fabrication et propagation de fausses nouvelles), prend le pas sur l’effort de « fact checking » (vérification des chiffres et des faits). Les fables sont plus appréciées que les faits. Un bon « bobard » vaut mieux que l’austère, ou dérangeante, vérité....
      Quid novi sub sole?
            Quoi de plus ancien, de plus courant et de plus "normal"?
    La vérité n'est jamais donnée, surtout dans le domaine médiatique. Elle est à (re)construire,à relativiser, à redresser,  contre la mauvaise foi, les partis-pris, les rumeurs, les approximations et les propagandes de toutes sortes.
   Voilà qui n'a rien de post-révolutionnaire, vu l'humaine condition....même à l'ère de la post-présidentielle macronienne ou trumpienne.
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mercredi 8 février 2017

Les censeurs et l'éthique journalistique

Le problème se repose régulièrement:
                                    Qu'est-ce que la vérité journalistique?
      Assez facile à définir. Pas si facile à respecter.
        Même en sachant qu'elle ne peut être jamais atteinte dans l'absolu, qu'elle est toujours relative, fragmentaire et provisoire, l'important étant le souci permanent de l'objectivité des faits et l'éthique journalistique.
      Tout bon journaliste le sait, même s'il sait aussi qu'y être fidèle est une tâche permanente, un pari difficile, un objectif jamais vraiment atteint.
    Aujourd'hui, la lutte contre les informations  parasites et les manipulations diverses, les fake news, dont les sources se sont multipliées. avec le développement des caneaux parallèles, fait partie de ses visées, dans le souci de s'alimenter aux meilleures sources, de les confronter et les analyser de manière critique, pour en faire une synthèse la plus complète et fidèle possible, sans négliger les  interprétations prudentes qui leur donnent sens.
     Mais le journaliste ne travaille pas le plus souvent tout seul et hors sol, mais se trouve intégré au sein d'organes qui peuvent implicitement ou non, outre ses propres préjugés,  lui donner des orientations, des grilles d'analyses, des lignes éditoriales, qui méritent éclairage et discussion.
   Une question à se poser est de savoir à quel type de journalisme a-t-on à faire.
      Combattre ce qu'on appelle aujourd'hui la  post-véritéest nécessaire au sein des rédactions, à condition de bien les identifier et d'être soi-même irréprochable.
    Difficile d'éviter soi-même le formage de l'opinion, puisque les medias contribuent à faire l'opinion.
:         Quand un journal se propose de jouer au gendarme de la presse, dont il fait partie, et de jouer au père la morale, il prend des risques.
     L'appel à la censure est rarement la meilleure formule.
      Difficile et scabreux de se présenter comme  modèle en matière la qualité de l'information, même quand on s'est appelé journal de référence. C'est une question de plus ou de moins.
   L'indépendance d'un organe de presse doit toujours être questionnée, même s'il est considéré comme le "meilleur".
    Si les menteurs prennent souvent le pouvoir, même au niveau de l'écrit, une grande vigilance s'impose.
  Ce que dit Frédéric Lordon ne manque pas d'intérêt, concernant la prétendue objectivité d'organes de presse se croyant hors du champ des croyances et des idéologies: ...les décodeurs recodent sans le savoir, c’est-à-dire, comme toujours les inconscients, de la pire des manières. Ils recodent la politique dans le code de la post-politique, le code de la « réalité », et les désintoxiqueurs intoxiquent — exactement comme le « décryptage », cette autre abysse de la pensée journalistique, puisque « décrypter » selon ses ineptes catégories, c’est le plus souvent voiler du plus épais brouillard....
    Remettre les medias en question est une nécessité.
           Car le journalisme ne s'exerce pas hors du champ des pouvoirs, qu'ils soient apparents ou non,  revendiqués ou niés.
     Quand la presse est malade par excès de concentration ou de dépendance aux puissances surtout financières, quand la connivence peut-être si grande, la question de la vérité prend un sens plus aigü et plus.impératif.
  La question n'est pas seulement éthique mais elle est aussi politique. De la qualité de l'information dépend la qualité de la citoyenneté.
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-  Charlot ministre de la vérité, par Frédéric Lordon
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jeudi 17 octobre 2019

Biais cognitifs

Quès aco?
                    Un phénomène simple et compliqué à la fois.
  La pensée n'est pas automatiquement ajustée au réel. Elle en est même parfois bien éloignée, malgré l'illusion d'en être proche.
                   Penser "vraiment", c'est penser contre soi.
 Contre la pente facile des idées toutes faites, prémâchées, communes, partagées par le plus grand nombre.

   La vérité, toujours provisoire, est une conquête. La pensée (plus) juste ne va pas de soi. Elle se construit. Pas seulement dans le domaine de la recherche scientifique,  Comme l'a répété Bachelard, notamment dans la Philosophe du non. Non à sa nature profonde, dont la tendance est plutôt de s'en laisser conter.
  La priorité étant d'abord de penser les obstacles épistémologiques qui font barrage à une connaissance (plus) juste du réel, même partielle,  et qui sont constitués par toutes sortes de croyances, d'erreurs ou d'illusions, dont nous sommes le plus souvent à peine conscient, sans esprit critique.
 L'ignorance et son inconscience sont la pente la plus facile pour l'esprit.
    L'esprit est ainsi fait que l'accès à la vérité ne va pas de soi, ne peut être que partielle et parfois tardive. Quand elle aboutit...
 Nous voyons le monde à travers le prisme de nos préjugés, de nos ignorances, de nos passions aveuglantes...
  Cette attitude "naturelle" (au sens de "spontanée" ) peut prendre de multiples formes et n'est pas facile à détecter par le sujet lui-même.
     Repérer les biais cognitifs n'est pas simple. Cela nécessite un certain recul et déjà des connaissances constituées poussant à leur dépassement.
  La raison est continuellement sous influence. Dans de multiples domaines.
     Ce qu'on appelle post-vérité aujourd'hui, qui n'est pas nouveau, en est un des aspects, dans quelque domaine que ce soit.
  Nous sommes parfois marqués, de bonne ou de mauvaise foi, par des vérités alternatives, dont la force entraînante  est le partage commun.

  Nous n'en aurons jamais fini avec les exigences de la rigueur rationnelle, la prudence vis à vis notamment des faux nez de la science. là où beaucoup s'égarent. Les illusionnistes sont légion.
    Ascèse mentale, rigueur et modestie sont les conditions pour progresser toujours un peu plus, loin des sentiers de l'erreur. notre condition première. "LA" vérité est un mirage, même si cette notion guide nos pas vers un horizon qui fuit sans cesse.
           «L'ignorance qui se connaît, qui se juge et qui se condamne, écrit Montaigne, n'est pas une entière ignorance: pour l'être, il faut qu'elle s'ignore elle-même
                                   ______________________________________

mercredi 28 octobre 2020

Biais cognitifs

 Quès aco?

                    Un phénomène simple et compliqué à la fois.
  La pensée n'est pas automatiquement ajustée au réel. Elle en est même parfois bien éloignée, malgré l'illusion d'en être proche.
                   Penser "vraiment", c'est penser contre soi.
 Contre la pente facile des idées toutes faites, prémâchées, communes, partagées par le plus grand nombre.

   La vérité, toujours provisoire, est une conquête. La pensée (plus) juste ne va pas de soi. Elle se construit. Pas seulement dans le domaine de la recherche scientifique,  Comme l'a répété Bachelard, notamment dans la Philosophe du non. Non à sa nature profonde, dont la tendance est plutôt de s'en laisser conter.
  La priorité étant d'abord de penser les obstacles épistémologiques qui font barrage à une connaissance (plus) juste du réel, même partielle,  et qui sont constitués par toutes sortes de croyances, d'erreurs ou d'illusions, dont nous sommes le plus souvent à peine conscient, sans esprit critique.
 L'ignorance et son inconscience sont la pente la plus facile pour l'esprit.
    L'esprit est ainsi fait que l'accès à la vérité ne va pas de soi, ne peut être que partielle et parfois tardive. Quand elle aboutit...
 Nous voyons le monde à travers le prisme de nos préjugés, de nos ignorances, de nos passions aveuglantes...
  Cette attitude "naturelle" (au sens de "spontanée" ) peut prendre de multiples formes et n'est pas facile à détecter par le sujet lui-même.
     Repérer les biais cognitifs n'est pas simple. Cela nécessite un certain recul et déjà des connaissances constituées poussant à leur dépassement.
  La raison est continuellement sous influence. Dans de multiples domaines.
     Ce qu'on appelle post-vérité aujourd'hui, qui n'est pas nouveau, en est un des aspects, dans quelque domaine que ce soit.
  Nous sommes parfois marqués, de bonne ou de mauvaise foi, par des vérités alternatives, dont la force entraînante  est le partage commun.

  Nous n'en aurons jamais fini avec les exigences de la rigueur rationnelle, la prudence vis à vis notamment des faux nez de la science. là où beaucoup s'égarent. Les illusionnistes sont légion.
    Ascèse mentale, rigueur et modestie sont les conditions pour progresser toujours un peu plus, loin des sentiers de l'erreur. notre condition première. "LA" vérité est un mirage, même si cette notion guide nos pas vers un horizon qui fuit sans cesse.
           «L'ignorance qui se connaît, qui se juge et qui se condamne, écrit Montaigne, n'est pas une entière ignorance: pour l'être, il faut qu'elle s'ignore elle-même
                                   ______________________________________

mercredi 28 janvier 2026

Contagion....

 Un inquiétant glissement .

     La haine de l'étranger gagne de toute évidence des secteurs entiers de la société américaine, contaminée par les propos sans complexes de certains leaders d'opinion, à commencer par le premier citoyen, qui n'avait pas peur de traiter des Haïtiens de "mangeurs de chiens" et qui assimile tout étranger, légal ou non, à un potentiel délinquant. On le voit clairement à Minneapolis, où la brutalité est érigée en mode de gouvernement, par le biais d'une milice sans principes et sans règles. Ce n'est pas nouveau dans ce pays, si on jette un coup d'oeil sur son passé. Il suffit de relire l'historien H Zinn pour avoir une idée assez peu connue des exactions exercées sur le monde ouvrier à certaines époques où, plus qu'aujourd'hui encore, les "étrangers" s'intégraient peu à peu, plus ou moins bien selon les périodes et les demandes de main d'oeuvre.                                                                                                                                             Hélas, rien ne semble arrêter cette montée de haine qui gangrène une grande partie de la société et légitime le pire, comme la séparation familiale, par des nervis sans droit, sinon de créer la peur et la division. Quelle régression! Les rares limites sautent. En France et en Europe, des formes de haine s'expriment parfois sans  complexe et même tendent à se banaliser. Vis à vis des migrants en particulier, même intégrés. L'étranger reste l'étranger, pas seulement dans le sketche de Fernand Raynaud... 


                                                                                              Point de vue:                                                 
 "...La vérité alternative de Donald Trump s’est imposée aux États-Unis à une vitesse fulgurante, balayant sur son passage l’édifice des valeurs républicaines et démocratiques de son pays. Elle tente aujourd’hui d’étouffer la colère des citoyen·nes qui refusent de céder à l’autoritarisme d’une administration qui continue de défendre l’action meurtrière de ses forces de l’ordre à Minneapolis (Minnesota), où deux personnes ont récemment été tuées par des agents fédéraux.    Deux semaines après le meurtre de Renee Good par un agent de la police fédérale de l’immigration (ICE), Alex Pretti, un infirmer de 37 ans, est à son tour mort sous les balles d’un policier le 24 janvier, alors qu’il était en train de défendre une manifestante brutalisée par les agents des services des douanes et de la protection des frontières (CPB). Malgré des images on ne peut plus claires sur les circonstances de ces deux drames, l’administration Trump s’évertue à rejeter la faute sur les victimes, certain·es allant même jusqu’à les accuser de « terrorisme ».      Ce récit mortifère gagne aussi du terrain en France, où plusieurs personnalités vantent les politiques du président états-unien, se bornant à regretter du bout des lèvres des « accidents » (Marion Maréchal) ou des « erreurs » (Arno Klarsfeld) commises par les agents fédéraux à Minneapolis. « Les accidents arrivent parce qu’il y a des militants d’extrême gauche qui s’interposent dans l’action de cette police », a osé l’eurodéputée d’extrême droite sur France Inter, quand Le Journal du dimanche écrit, toute honte bue, que ce sont « les antifas [qui] traquent la police de l’immigration de Trump ».                                                                                                                    « Si on veut se débarrasser des OQTF [personnes sous obligation de quitter le territoire français – ndlr], il faut organiser, comme fait Trump avec ICE, des sortes de grandes rafles un peu partout ; mais en organisant des grandes rafles, c’est-à-dire en essayant d’attraper le plus d’étrangers en situation irrégulière, on commet aussi des injustices », a même lancé sur CNews le juriste Arno Klarsfeld, fils des chasseurs de nazis Beate et Serge Klarsfeld, le jour de la mort d’Alex Pretti.                         Il faut mesurer le niveau abyssal atteint depuis quelques années par le débat public pour que de telles déclarations s’y frayent un chemin aussi naturellement. La fascination exercée par Donald Trump et la galaxie Maga (« Make America Great Again ») sur une partie du champ politico-médiatique français est le dernier symptôme d’un fléau qui ronge la société et cogne chaque jour davantage contre son édifice démocratique, sur fond de crispations identitaires et d’ambitions ultrasécuritaires.                Dans cette société sens dessus dessous et cette ère de la post-vérité, les antiracistes sont taxé·es de racisme, les humanistes sont considéré·es comme des ignorant·es, et les antifascistes traité·es comme des ennemis de la République. Cette dérive confinant à la grande bascule est palpable dans les discours proférés à longueur de journée, sur toutes les antennes, par les extrêmes droites, mais aussi par celles et ceux qui prétendent leur faire barrage en construisant des passerelles.            Le pouvoir macroniste a ainsi plusieurs fois sombré dans un argumentaire qui n’a pas grand-chose à envier à ceux de Marine Le Pen et Donald Trump. Pour délégitimer ses adversaires ou attiser les peurs, Gérald Darmanin n’a par exemple cessé de surenchérir à l’inflation des anathèmes, parlant tour à tour d’« écoterrorisme »d’« ensauvagement » ou de « terrorisme intellectuel de l’extrême gauche ». Emmanuel Macron n’est pas en reste, lui qui avait entonné en 2023 le refrain idéologique des droites extrêmes, en appelant à contrer un curieux « processus de décivilisation ».                                                                                         Pour caresser l’air pestilentiel du temps, criminaliser ses opposant·es ou faire taire les voix critiques, l’exécutif a plus d’une fois démontré qu’il était capable de tout, et surtout du pire, notamment dans le registre verbal. En vidant les mots de leur sens et en ayant recours aux infox, ces responsables politiques – qui n’en ont que le nom – ont aussi contribué à rendre toute discussion impossible. Avec eux, la puissance du performatif a remplacé les faits, et « le bon sens du boucher-charcutier de Tourcoing », si cher à Gérald Darmanin, a supplanté les enquêtes statistiques.                   Cette rhétorique a aussi permis d’accompagner la mise en place de politiques répressives, notamment en matière d’immigration. Comme aux États-Unis, ce sujet est devenu en France la variable d’ajustement des personnages politiques sans colonne vertébrale idéologique, en mal d’autorité. À l’image de Gérald Darmanin – encore lui – qui continue depuis le ministère de la justice de polariser le débat sur les « délinquants étrangers », sans jamais questionner les effets des politiques macronistes en la matière.                                                                                Plutôt que de réfléchir à la manière d’accueillir dignement celles et ceux qui, pour des raisons diverses, tentent de rejoindre la France, le garde des Sceaux a récemment préféré « jeter un pavé dans la mare », selon l’expression de CNews, en proposant de suspendre l’immigration pendant « deux, trois ans »« Sur la question de l’immigration, il faut pouvoir répondre aux besoins de notre peuple », a-t-il plastronné dimanche 25 janvier sur LCI, évoquant la possibilité de consulter celui-ci sur la question des quotas, « même si aujourd’hui la Constitution ne le permet pas ».       
Ce faisant, Gérald Darmanin continue de labourer le terrain du Rassemblement national (RN), qui réclame depuis des années un référendum sur le sujet. Comme il l’avait fait en 2023, en portant depuis la Place-Beauvau une loi entérinant de facto la logique de la préférence nationale et rompant ainsi avec l’égalité des droits, le ministre de la justice se dit prêt à renier nos principes fondamentaux dans le seul but de complaire à l’extrême droite. La ritournelle en est presque lassante.                                   On le voit tous les jours, dans tous les médias : les discours xénophobes ont contaminé le quotidien, transformant la haine des étrangers et des étrangères en simple opinion. Comme le souligne le dernier rapport sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), il y a pourtant sur ce sujet une « déconnexion entre les sphères médiatiques et politiques d’une part et citoyennes d’autre part ».      Mais les discours clivants et discriminants infusent. Surtout, ils ont des conséquences concrètes, comme le démontrait le même rapport, puisque les chiffres des actes racistes et antisémites perpétrés en France demeurent à un niveau très élevé. Sans compter le « racisme au quotidien »« diffus » et « insidieux », selon les mots de la CNCDH, qui se manifeste à travers des micro-agressions répétées, des discriminations systémiques ou des stéréotypes persistants.    Ces discours se transforment aussi en loi, comme l’ont prouvé les derniers textes du gouvernement sur l’immigration, donc, et comme le démontrent encore ses projets sur un autre sujet de crispation commune avec les États-Unis : la répression policière. La mort de Nahel Merzouk, tué à bout portant par un policier le 27 juin 2023 à Nanterre (Hauts-de-Seine), avait déjà donné lieu à des commentaires ignobles, mélange de relativisme et de contre-vérités.                                                                                                                                            Sur ce sujet encore, tout est utilisé depuis vingt ans par les pouvoirs successifs et par une extrême droite galopante pour nier la réalité : celle d’une société qui tombe, en oubliant ses principes fondamentaux et les valeurs qui en découlent. Pourtant, à chaque nouveau drame, les micros se tendent vers des personnalités promises à l’oubli, qui contestent jusqu’à l’absurde l’existence des violences policières. Et en viennent à défendre les forces de l’ordre contre la réalité des faits.                         Quand des coups de poing, de pied et de matraque pleuvent sur le producteur de musique Michel Zecler, Gérald Darmanin – décidément – préfère parler de « gens qui déconnent »« Quand j’entends le mot “violences policières”, personnellement, je m’étouffe », avait-il aussi affirmé en juillet 2020, répondant à l’injonction qu’Emmanuel Macron avait lui-même lancée en mars 2019, en pleine répression du mouvement des Gilets jaunes : « Ne parlez pas de “répression” ou de “violences policières”, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. »          Mais dans un État de droit, justement, tout le monde devrait pouvoir exprimer librement un point de vue sur la police. Tout le monde devrait aussi s’inquiéter ouvertement et bruyamment du fait que l’actuel ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, joint aujourd’hui sa voix à celles des élu·es RN pour défendre la proposition de loi de la droite Les Républicains (LR) visant à instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, hérésie juridique écartée en son temps par Claude Guéant.                                                                                                                                          L’adoption de ce texte, entièrement réécrit par un amendement gouvernemental, n’a échoué le 22 janvier que par l’action conjuguée des groupes de gauche, qui se sont ligués pour éterniser les débats lors de la journée de niche parlementaire du groupe de Laurent Wauquiez à l’Assemblée. « Favorable, à titre personnel », à cette revendication historique de l’extrême droite politique et policière, Laurent Nuñez a toutefois promis de « se battre » pour la porter au sein du gouvernement.     Avec le temps, le cynisme des un·es et le renoncement des autres, la France a ainsi vu s’installer un récit alternatif, écrasant les faits au profit de visées politiciennes et de calculs dangereux. Un récit qui inverse nos valeurs, balaie nos principes et prépare au pire. Désormais, il ne suffit plus d’observer avec horreur les États-Unis de Donald Trump, en se répétant que nous sommes encore protégé·es d’une telle dérive. Mais il convient de regarder bien en face ce chemin glissant que certain·es voudraient nous faire emprunter. Et d’en trouver rapidement un autre. [Ellen Salvi ________________


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jeudi 22 mai 2025

Orwell et nous

Plus actuel que jamais

                  Raoul Peck n'est pas le seul et le premier a être fasciné par l'oeuvre et la pensée de Georges Orwell, que l'on peut considérer comme ayant une portée universelle. Avec Adlous Huxley, son contemporain, il développe une pensée particulièrement critique à l'égard de nos sociétés de plus en plus centralisées, parfois totalitaires, où le langage officiel se pervertit, à  seul fin de dominer les esprits, en prétendant dire le vrai pour imposer son pouvoir. Le rapprochement avec la montée du trumpisme, où il nous fait entrer dans l'ère de la post-vérité est aujourd'hui éclairante. Il n'est pas étonnant que la vente  de 1984 monte en flèche aux USA. La vérité se définit au gré des humeurs, des projets, des fantasmes de décideurs hors du contrôle de critères démocratiques, de débats éclairés et contradictoires, de limites institutionnelles acceptables. La common decency est battue en brèche dans le règne de l'arbitraire et des rapports de force, quand fleurit la novlangue, quel que soit le régime, quel que soit les sytème et l'époque.  Les exigences orwelliennes sont intactes, aujourd'hui d'une actualité brûlante. De Moscou à Pékin, en passant par Washington et...Paris.                                                                                                               "...l’édification du totalitarisme s’érige particulièrement sur le langage, comme le met en avant Orwell avec la novlangue, en tant qu’il est le premier vecteur idéologique des humains. La question est de savoir dans quelle mesure la novlangue peut être mise en parallèle avec le travail fait sur la langue contemporaine. Nous avons vu que la novlangue s’emploie à supprimer des termes afin d’annihiler la pensée. À l’inverse, notre langage contemporain foisonne d’un lexique toujours plus riche et complexe de mots ou d’expressions nouvelles. Ce phénomène a notablement été étudié par François-Bernard Huyghe, qui a proposé, en 1991, de baptiser ce nouveau langage « langue de coton »1 pour illustrer la caractéristique d’un argumentaire nouveau qui entrave la réfutation et qui est constitué de nombreux euphémismes périphrastiques, procédé qui consiste à cacher une réalité en la noyant sous des concepts adoucis jugés moralement plus louables et dont la connotation positive empêche la critique. Le terme « licenciement » se voit par exemple remplacé par  » réallocation de la main d’œuvre « , et la langue de coton se charge ainsi d’euphémismes périphrastiques en périphrases euphémistiques : le malentendant devient le porteur d’un handicap de surdité ; la personne âgée, une personne en situation de dépendance physique dû au vieillissement, etc. Or, un tel procédé qui consiste à utiliser de jolis termes détournés permet non seulement de cacher la dure réalité, mais, pire encore, abolit la possibilité de critiques. En effet, comme l’analyse très justement Corinne Gobin2, qui peut se dire contre la croissance de l’emploi ? Ou bien encore contre la formation tout au long de sa vie ; contre la promotion du bonus budgétaire ou encore contre la lutte contre les déficits publics sans paraître aussitôt « suspect de s’attaquer à l’essence même de l’ordre social » ? Aboutissant à la conclusion que la « pensée unique » d’Ignacio Ramonet caractérise bel et bien notre société actuelle, Corinne Gobin écrit : « Le fait [EST] que nous ne sommes plus dans un univers discursif de type contradictoire. Non seulement le même vocabulaire politique, et les mêmes expressions, se trouvent dans la bouche de quasi tous les membres de la classe politique mais encore ce vocabulaire « percole » au quotidien, via une intense diffusion médiatique, dans les discours socio-politiques les plus variés : de l’autorité universitaire jusqu’à l’assistant social, en passant par l’administrateur d’un hôpital ou l’animateur d’un centre culturel. Il y a ainsi homogénéisation forte du vocabulaire socio-politique général et infiltration intense de ce vocabulaire dans de plus en plus de sphères sociales au sens large. »3    Le langage de nos sociétés contemporaines n’est donc pas l’objet d’une déstructuration volontaire et réfléchie comme dans 1984, mais, au contraire, d’une impression de richesse accrue et d’une sorte de foisonnement novateur d’une terminologie conciliante, généreuse et tolérante. Or, dans cette profusion sirupeuse de bons sentiments et de gentilles attentions, les mots finissent par ne plus rien dire tant ils sont radicalement détachés de la réalité qu’ils entendent signifier. C’est ainsi que l’oligarchie capitaliste a créé le langage typique de la « doublepensée » : un langage spécifique qui permet de désigner des faits réels en les nommant joliment à l’inverse de ce qu’ils sont réellement afin de les nier. La générosité lexicale n’est donc pas incompatible avec la censure intellectuelle et le décervelage dogmatique, imposé par le langage unique, est la condition essentielle pour permettre la pensée unique qui n’est rien d’autre qu’un totalitarisme intellectuel...."

    Lire et relire ne nuisent pas...                                     __________________________



jeudi 2 janvier 2020

Perplexité

Ombres et perspectives
                               En cette année symbolique de 2020, en prenant le maximum de recul par rapport à l'évolution géopolitique du monde, on peut s'interroger sur ce qu 'annoncent les tendances actuelles, qui représentent comme un basculement par rapport au cours des choses depuis les années 80-90, période qui semblait annoncer une "mondialisation heureuse", une période d'extension des relations internationales générée par la grâce du marché et l'extension de la financiarisation de l'économie, jugée apte à rapprocher les peuples et à refonder de nouvelles relations entre les nations.
    Cela se vérifia an partie, surtout à partir de l'effondrement de l'ex-Union soviétique, qui laissa entrevoir une sorte de "fin de l'histoire", en dégelant une partie de l'ordre du monde et en relançant un nouvel optimisme historique, largement mythique.
  Nous assistons aujourd'hui, et de plus en accéléré, à  un remaniement en profondeur de l' ordre antérieur, aussi bien politique qu'économique.
    A la recherche de nouveaux repères, nous assistons à ces nouvelles mutations, sans en comprendre toute la logique, en quête de nouveaux repères dans la montée d'un monde en mutation. Les analyses parfois convergent sur l'interprétation des nouvelles tendances en cours et leur possibles aboutissements.
                     Celle qui est proposée ici, avec ses limites, permet de jeter une certaine lumière sur cette question, sur le sens du mouvement qui nous emporte, en sachant que l'homme fait l'histoire mais sans (trop) savoir l'histoire qu'il fait:
                                         « Le monde post-guerre froide sera chaotique pendant longtemps » prédisait, il y a plusieurs années déjà, l’ex-ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, Hubert Védrine. Qui peut nier pareille évidence au terme de cette année 2019 ? Cent ans après le refus par le sénat américain de ratifier le traité de Versailles qui met fin à la Première Guerre mondiale et prévoit la création de la Société des nations (SDN), quarante après l’invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques et la révolution iranienne, trente ans après la chute du mur de Berlin, vingt ans après le lancement de l’euro, nous constatons – souvent impuissants – les multiples ruptures engendrées par un nouveau monde qui peine à émerger des décombres de l’ancien. Dans un monde qui bascule, nos dirigeants n’excellent-ils pas dans l’art de l’inconstance à l’ère de la post-vérité ? Ne vivent-ils pas encore bercés par les illusions de la fin de l’Histoire et du triomphe de l’Occident ? Or, l’illusion, c’est souvent le meilleur révélateur de l’ignorance, réelle ou feinte. Ignorance face à un monde aussi complexe et instable qu’imprévisible.   Incapacité des dirigeants à répondre aux multiples défis d’un monde dont la logique semble les prendre de court, les dépasser. La multiplication des « surprises stratégiques » semble être leur lot quotidien. Dans ces conditions, et si tant est que cela ne relève pas de la gageure, comment dépeindre à grands traits le monde d’aujourd’hui qui préfigure étrangement celui de demain ?     C’est d’abord, un monde fragmenté, en mille morceaux, à tel point que l’on pourrait affirmer, sans grand risque d’erreur, que la terre perd la boule. C’est ensuite, un monde désorienté qui semble n’avoir ni cap, ni boussole pour progresser sur des mers démontées. C’est enfin, un monde questionné en raison d’une période qui perd tout à la fois confiance, en elle et en son avenir, mais aussi en ses intellectuels, ses penseurs qui pensent de moins en moins temps long, stratégie, prévision et prospective.
     Un constat s’impose : la gouvernance de la mondialisation – présentée hier encore comme « heureuse » – se fragmente sous les coups de butoir de deux phénomènes parfaitement documentés aujourd’hui : la prégnance de multiples crises ainsi que l’effondrement de l’ordre international qui secouent le monde du XXIe siècle. Deux éléments qui vont de pair mais que l’on aurait trop tendance à dissocier.
    Jamais dans un passé récent, la planète n’aura connu autant de crises aussi variées les unes que les autres (dans son discours du 24 décembre 2019, la reine Elisabeth II évoque une « année semée d’embûches »). Fait inquiétant, leurs conséquences négatives s’ajoutent les unes aux autres contribuant à alimenter un cercle vicieux qu’il paraît difficile de briser, du moins à échéance raisonnable. Citons quelques-unes de ces crises de toutes natures qui se sont développées, étendues au cours de l’année 2019 : crise démographique ; crise climatique, crise environnementale ; crise écologique (tant les prévisions du GIEC que du PNUE sur l’état de la planète sont pour le moins inquiétantes pour la génération de Greta Thunberg) ; crise migratoire ; crise alimentaire ; crise énergétique, crise sanitaire ; crise démocratique ; crise de confiance aussi bien intérieure qu’extérieure ; crise sécuritaire ; crise de la prolifération, crise économique ; crise financière ; crise monétaire ; crise sociale ; crise entre générations ; crise du numérique ; crise de la diplomatie; crise du multilatéralisme ; crise de la gouvernance mondiale ; crise de la négociation ; crise de la justice pénale internationale ; crise de l’intelligence, crise du caractère à travers une défaite de « l’école de la vraie liberté de l’esprit » (Marc Bloch) doublée d’un « déclin du courage » sans oublier le mirage de l’intelligence artificielle, des mythes technologiques, crise de la lucidité ; … crise de l’Occident qui perd de sa superbe à vitesse « V ». Une sorte d’inventaire à la Prévert revu à la sauce du monde numérique. La conséquence de cette prolifération de crises est claire, sauf pour les aveugles et sourds aux déplacements des plaques tectoniques. Actuellement, le monde connait un niveau de conflictualité jamais aussi élevé durant la dernière décennie. La liste des spasmes, des dérèglements, des crises n’est pas exhaustive en cette Annus horribilis intervenant dans un contexte de dislocation progressive, pour ne pas dire d’effondrement de l’ordre international qualifié de néo-libéral.
    En réalité, ce sont les fondements même de l’ordre international néo-libéral tel qu’il a été imaginé, pensé et mis en œuvre progressivement après la Seconde Guerre mondiale qui sont remis en cause. Rien de moins ! Paradoxe de cette évolution historique : le meilleur fossoyeur en est son principal géniteur, à savoir les États-Unis. Troisième président des États-Unis à être mis en accusation par la chambre des représentants pour abus de pouvoir et obstruction (18 décembre 2019)5, Donald Trump proclame, urbi et orbi, son aversion pour l’ordre international libéral et ses trois principaux piliers que sont les institutions internationales, les alliances et les accords de libre-échange. Son mantra se résume en deux mots : America First. Conséquence de ce qui précède, la parole américaine est aujourd’hui réduite à néant. Les États-Unis abandonnent toute prétention à la morale et à l’exemplarité. De facto, si ce n’est de jure, pour ce qui le concerne, le monde – écartons l’utilisation du mot-valise qu’est celui de communauté internationale – semble renouer avec un passé qui semblait révolu, avec ses plaies que l’on croyait cicatrisées. Une sorte d’effet de balancier de l’Histoire, d’éternel retour de concepts désuets : histoire, géographie, guerre, nations, peuples, identités, égoïsmes, murs, protectionnisme, puissance, coercition, sanctions, course aux armement, prolifération, terrorisme, pauvreté, malnutrition, migrations sauvages, concurrence déloyale… Au-delà du changement de grammaire des relations internationales, toutes ces tendances centrifuges contribuent lentement mais sûrement à une dislocation de l’ordre néo-libéral. En un mot, la gouvernance internationale, hier fondée sur la coopération, s’est fragmentée au fil des ans, se fragmente encore aujourd’hui, voire risque de se fragmenter, un peu plus encore, dans un avenir proche. La confrontation tient désormais le haut du pavé. En un mot, la déconstruction de l’ordre international néo-libéral se traduit par un lent délitement des mécanismes de gestion de crises, indispensable au maintien de la paix et de la sécurité internationales ; au développement des relations amicales entre les nations ; à la réalisation de la coopération internationale6.
     L’impression prévaut que « l’immobilisme est en marche et que rien ne saurait l’arrêter » (Henri Queuille). Ce dont la monde a par-dessus tout en horreur se produit inéluctablement. Il y a des vagues, des fortes vagues, voire parfois quelques cyclones et autres tsunamis. Chahuté, balloté par une mer démontée, le monde semble désorienté tel un frêle esquif ayant perdu cap et boussole
    Quels sont les principaux dérèglements du système international qui contribuent aujourd’hui à façonner un monde aussi désorienté que celui que nous connaissons en ce début de XXIe siècle ? Pour la commodité de l’exposé, on peut, une fois encore, les ramener à deux qui façonnent, à leur manière, l’« agouvernance »7 actuelle : montée en puissance de la puissance et déclin progressif du multilatéralisme.
     Elle peut se définir ainsi : « Une puissance est un État qui dans le monde se distingue non seulement par son poids territorial, démographique et économique mais aussi par les moyens dont il dispose pour s’assurer une influence durable sur toute la planète en termes économiques, culturels et diplomatiques… enfin les capacités diplomatiques et militaires achèvent de constituer la puissance en super-puissance ». C’est ainsi que la géopolitique définit le concept de puissance. Hubert Védrine qualifiait en son temps l’Amérique « d’hyperpuissance » comme il existe des hypermarchés dans la grande distribution ! La puissance constitue de nos jours l’alpha et l’oméga des relations internationales (Cf. les nouvelles routes de la soie chinoises, la réimplantation russe au Moyen-Orient ou son entrisme en Afrique). La guerre de souveraineté s’intensifie dans l’espace et en mer. À côté de ce mode de puissance classique en apparaît un nouveau. Celui que représentent les géants du Net ou GAFAM (qui entrent désormais en conflit entre eux) au regard de la relation entre technologie et puissance. Aujourd’hui, les experts évoquent une « militarisation des relations internationales » tant la coercition l’emporte sur la coopération comme mode de régulation de la vie internationale. La conséquence de cette situation est incontestable et incontestée. Elle combine « avantageusement » retour des logiques de puissance et rivalités croissance entre puissances, essentiellement Chine et États-Unis qui se livrent à une guerre commerciale9 sans merci et à une compétition stratégique sur terre, sur mer et dans l’espace aérien et numérique. Les rapports de force purs dominent les relations internationales et la confrontation l’emporte sur le compromis..."
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