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lundi 9 novembre 2009

D'un mur aux autres










Berlin: un événement commémoré jusqu'à la démesure


-En fait encore assez mal analysé dans ses racines et ses conséquences

-Un journée symbolique qui nous fait oublier d'autres murs

-Jean Musitelli, ancien conseiller diplomatique de François Mitterrand, constate que vingt ans après la chute du mur de Berlin « le monde se hérisse de barrières, comme si elles devaient être plus efficaces demain qu’elles ne le furent hier […] Ils ont changé, d’échelle, de nature, de fonction. Avec ses 155 km, le Mur de Berlin paraît dérisoire face aux 1139 km prévus pour le mur de séparation Etats-Unis-Mexique ou les 790 km de la « clôture de sécurité » dont Israël a engagé la construction. […] Enfin et surtout, le mur a changé de fonction. A Berlin, il s’agissait d’empêcher la population de fuir. Aujourd’hui, il s’agit d’empêcher des indésirables d’entrer. Hier prison, aujourd’hui citadelle. Les murs d’aujourd’hui reflètent l’état du monde globalisé comme ceux d’hier reflétaient le monde façonné par la Guerre Froide. Ce n’est plus l’ère des affrontements idéologiques, de l’hégémonie des deux superpuissances, des stratégies d’intimidation et de dissuasion. C’est un monde où l’antagonisme dominant est celui qui oppose les riches aux pauvres, les nantis aux laissés pour compte du développement. Ce n’est pas un hasard si les murs poussent sur les lignes de fractures Nord-Sud (Rio Grande, Méditerranée) là où les différentiels de richesse sont les plus accusés. C’est la réincarnation moderne du limes antique, cette frontière fortifiée au-delà de laquelle les Romains cantonnaient le monde barbare ».
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-Mythe du mur de Berlin et vrai mur de la Honte en Palestine - AgoraVox:
"...William Blum nous explique pourquoi le mur a été construit : (...) Pour commencer, rappelons qu’avant que le mur soit construit, des milliers d’Allemands de l’Est faisaient quotidiennement la navette entre Berlin Est et Berlin Ouest pour leur travail, c.-à-d. rentraient chez eux tous les soirs. Ils n’étaient donc aucunement retenus à l’Est contre leur volonté. Le mur a été construit principalement pour deux raisons : __1. L’Ouest était en train de harceler l’Est par une forte campagne de recrutement de professionnels et d’ouvriers hautement qualifiés, qui avaient été éduqués aux frais du gouvernement communiste. Cela finit par provoquer à l’Est une sérieuse crise de la production et de la main-d’oeuvre. À titre indicatif, le New York Times notait, en 1963 : « L’érection du mur a fait perdre à Berlin Ouest à peu près 60.000 ouvriers très qualifiés, qui se rendaient chaque jour de leurs domiciles de Berlin Est à leur lieu de travail de Berlin Ouest ». New York Times, 27 juin 1963, p.12 __2. Pendant les années 50, les « guerriers froids » américains de Berlin Ouest ont déclenché une brutale campagne de sabotages et de subversion contre l’Allemagne de l’Est, dont le but était de détraquer sa machine économique et administrative. La CIA et d’autres services militaires d’espionnage US ont recruté, équipé, entraîné et financé des activistes, individuellement ou par groupes, tant à l’Est qu’à l’Ouest, pour exécuter des actions qui, couvrant tout le spectre des possibilités, allèrent du terrorisme à la délinquance juvénile : n’importe quoi qui pût rendre la vie difficile aux citoyens d’Allemagne de l’Est, et affaiblir le soutien qu’ils apportaient à leur gouvernement, n’importe quoi qui pût donner des cocos une mauvaise image. (...)
___Petit retour en arrière : Egon Krenz dernier président du Conseil d’État de
la République démocratique allemande (RDA) évoque la chute du mur, le rôle de Gorbatchev, ses relations avec Kohl, ses propres erreurs, le socialisme. : « L’histoire me libérera.(...) Mon sort personnel importe peu. En revanche, le calvaire vécu par de nombreux citoyens de la RDA relève de l’inadmissible. Je pense à tous ceux qui ont perdu leur travail alors qu’ il n’y avait pas de chômage en RDA. Je pense à tous ceux qui ont été marginalisés. Mais avez-vous remarqué que les dirigeants de la RFA ont tout mis en oeuvre pour éviter la prison aux nazis ? (..) Au bureau politique du SED, j’étais le plus jeune. Avec la disparition de la RDA, c’est une bonne partie de ma vie que j’ai enterrée ».___« Avec le chancelier Kohl, nous avions décidé d’ouvrir plusieurs points de passage. La date avait été fixée par mon gouvernement au 10 novembre 1989. Or, la veille, un membre du bureau politique, Schabowski, a annoncé publiquement, non pas l’ouverture de passages, mais la « destruction du mur ». J’avais une grande confiance en Gorbatchev, une grande confiance dans la perestroïka comme tentative de renouvellement du socialisme. J’ai rencontré Gorbatchev, le 1er novembre 1989, à Moscou. Quatre heures d’entretien. Je lui ai dit : « Que comptez-vous faire de votre enfant ? » II me regarde étonné et me répond : « Votre enfant ? Qu ’entendez-vous par là ? » J’ai poursuivi : « Que comptez-vous faire de la RDA ? » II m’a dit : « Egon, l’unification n’est pas à l’ordre du jour. » Et il a ajouté : « Tu dois te méfier de Kohl. » Au même moment, Gorbatchev envoyait plusieurs émissaires à Bonn. Gorbatchev a joué un double jeu. Il nous a poignardés dans le dos. Egon Krenz, le « Gorbatchev allemand », disait-on à l’époque. En 1989, je l’aurais accepté comme un compliment car l’interprétant comme reconnaissant mon action visant à améliorer, à moderniser, à démocratiser le socialisme. Pas à l’abattre. Aujourd’hui, si certains me collaient cette étiquette, j’aurais honte. (...) L’idée socialiste, les valeurs socialistes vivent et vivront. Je reste persuadé que l’avenir sera le socialisme ou la barbarie. Le système ancien est définitivement mort. Je considère que j’ai failli. À d’autres de construire le socialisme moderne et démocratique. Un nouveau socialisme. ___Une autre version moins édulcorée lui attribue un rôle trouble. C’est Egon Krenz avec trois autres membres qui poussa Erich Honecker vers la sortie avec la bénédiction de Gorbatchev. Nous lisons : (...) Quant à la direction soviétique livrée au courant liquidateur de Gorbatchev et des traîtres qui l’entourent, elle encourage et favorise le mouvement. Le chef de l’Etat et du Parti communiste soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, engagé lui-même dans le même processus liquidateur, leur a déjà souhaité « bonne chance », rapporte Harry Tisch, un des comploteurs, alors chef de la « Fédération libre des syndicats de RDA », parti à Moscou chercher du soutien. Le 17 octobre, la succession de Honecker est mise à l’ordre du jour de la réunion du bureau politique. Lors du tour de table, Honecker ne trouve pas de soutien, même chez ceux en qui il avait confiance. La trahison est complète et définitive. Egon Krenz est élu à la succession de Honecker le 18 octobre. Il ne parviendra pas à rester au pouvoir. Comme leur modèle Gorbatchev, les opportunistes ont ouvert la voie du malheur pour leur peuple. Quelques semaines après les premiers « McDo » ouvrent à Moscou. Quant à Erich Honecker, il est mort en mai 1994 il avait été emprisonné par le régime libéral de RFA. Réfugié à Moscou, il avait été livré par Eltsine....
Ce sera la « réunification officielle », en fait une opération de colonisation de l’Est par l’Ouest, où l’ex-RDA sera livrée au capitalisme sauvage et au chômage. L’exemple de Leipzig, capitale industrielle de la RDA, qui rivalisait techniquement avec l’Occident dans les années 60-80, est significatif. « Leipzig ville fantôme » le Courrier International (Paris) « La municipalité incite les propriétaires à faire démolir leurs immeubles, car ils ne les loueront plus jamais », résume Der Spiegel. « Ensuite, ils sont invités à faire don des terrains à la ville. Quant à ceux qui refusent, ils finiront par vendre leur bien, devenu inexploitable, à très bas prix, estiment les urbanistes ».
On aurait pensé alors, propagande aidant, que la libération était synonyme de bonheur. Il n’en fut rien. En 1999, USA Today écrivait « Quand le Mur de Berlin est tombé, les Allemands de l’Est se sont imaginé une vie de liberté et d’abondance, où les difficultés auraient disparu. Dix ans plus tard, un remarquable 51% aux élections a fait savoir qu’ils étaient plus heureux sous le communisme ». USA Today, 11 octobre 1999...
_____Marquant le 20e anniversaire depuis la chute du mur de Berlin, les Palestiniens ont démoli ce vendredi dans le village cisjordanien de Ni’lin, un pan de mur [d’Apartheid] construit par Israël.Lors de la manifestation hebdomadaire contre le mur, qui traverse le centre du village situé dans la région de Ramallah et isole les habitants de 60% de leurs terres agricoles, quelque 300 manifestants ont méthodiquement démantelé une section en béton avant que les forces israéliennes n’ouvrent le feu. Ils ont brûlé des pneus et abattu une dalle de béton de huit mètres de haut en s’aidant d’un vérin mécanique pour voiture. « Il y a vingt ans, personne n’imaginait que la monstruosité d’un Berlin divisé en deux pourrait jamais être abattue, mais il n’a fallu que deux jours pour le faire », a déclaré Muhib Hawaja, un des manifestants, au journal israélien Yedioth Aharonot. « Aujourd’hui, nous avons prouvé que nous aussi pouvions l’imposer, ici et maintenant. Ce sont nos terres au-delà de ce mur, et nous n’avons pas l’intention d’accepter son existence. Nous triompherons car la justice est de notre côté. »...

__________Comment on a réécrit la chute du mur de Berlin
-Mur de séparation en Palestine : l’avis de la Cour de Justice doit être mis en oeuvre

-“Abattez le mur !” - AgoraVox
-Personne n'a rien compris à la chute du Mur
-Mur de Berlin - Wikipédia
-Derrière le Mur, les peuples ne rêvaient pas de capitalisme
-L'histoire secrète de la chute du mur de Berlin - France Info
- Vingt ans après la chute du mur, l’Europe est toujours divisée par les inégalités
-La convergence interrompue
-États-Unis, Israël, Espagne, Inde… La construction d’un mur
-Il y a 20 ans, la chute du Mur de Berlin… Mais aujourd'hui ? - AgoraVox
-Le nouveau mur de l’argent
__________Au pied du mur

samedi 7 octobre 2017

Point d'histoire

Allemagne: hier et aujourd'hui
                                      Le retour sur le passé, proche ou lointain, n'est jamais inutile pour comprendre le présent, du moins en partie et dans certains de ses aspects et ses lignes de force.
      Les dernières élections allemandes, qui ont vu la montée d'une contestation surtout d'origine des Länders de l'ex-Allemagne de l'Est, est à analyser à la lumière des conditions dans lesquelles s'est effectuée la réunification allemande, dont certains analystes reconnaissent que, bien qu'inéluctable, elle aurait pu se faire d''une autre manière, plus réfléchie, plus progressive moins brutale.
     Les traces économiques, culturelles et politiques de ce passage au forceps sont loin d'avoir disparu et on a oublié les rapports de forces géopolitiques de l'époque.
       La volonté de privatisation rapide et massive de l'Est et le démantèlement brutal des structures productives ont créé les conditions d'un ressentiment d'une partie de la population, touchée au plus profond de son identité qui s'était construite depuis la fin de la guerre, malgré l'attraction créée par l'autre côté du Mur.
  On a oublié aussi l'inquiètude de l'époque dans  les pays voisins européens, dans un climat de tension assez forte.
     Le succès de l'opération fut mitigé, avec une série d'erreurs, chères payées, dont le poids financier ne retomba pas que sur Bonn..
  La réunification fut jugée totalement asymétrique:
  ...la privatisation de l’économie est-allemande via un organisme spécialisé le Treuhand, dont la gestion ne fut pas exempte de diverses dérives. Plutôt que d’assainir dans la durée les entreprises publiques concernées, on les dépeça : 85% d’entre elles furent acquises par des Allemands de l’Ouest qui en prirent les commandes, y compris pour les liquider au plus vite ; 5% par des Allemands de l’Est. Des millions de kilomètres carrés de forêts et de terres arables furent de même cédées à très bon marché. Selon une plaisanterie répandue en ex-Allemagne de l’Est : « Les évènements de 1989 ont été une vraie révolution. Pourquoi ? Bah, Marx avait bien dit que la révolution mènerait à un bouleversement des rapports de propriété »…
    Le Treuhand aux commandes, les bilans furent contrastés, les décisions souvent opaques, les pratiques parfois douteuses.
    Un  bilan mitigé, en tous cas. La polémique sur les modalités de la transition, qui fut une vraie déchirure, bien qu'atténuée aujourd'hui, n'est pas éteinte et il reste beaucoup à comprendre pour les historiens sur l'événement qui reconfigura l'Europe..La crise de l'euro aurait là une de ses origines importantes selon le journaliste allemand W.Münchau: 
Très coûteuse, la réunification allemande a imposé des déficits à l’Allemagne, et l’euro était une monnaie trop forte pour elle au moment où elle l’a adoptée, ce qui a suscité sa marche forcée vers la compétitivité pour essayer de compenser. Mais ce faisant, elle a gagné une productivité hors norme qui l’a coupée des autres pays européens et a contribué à renforcer l’euro, et c’est cet euro trop fort pour les pays de la périphérie de la zone qui a été le creuset de la crise de la dette.
       Les écrivains furent  plutôt partagés sur le sujet.  On se rappelle comment le romancier Gunter Grass, lui, ne fit pas dans la dentelle. 
          Les relations franco-allemandes  ne furent pas simples à l'époque et la diplomatie américaine joua un rôle déterminant sur les orientations de Bonn. 
      Les conséquences sur l'économie européenne ne furent pas nulles:
  Le coût de la réunification estimé à 1500 milliards d’euros explique en partie pourquoi l’Allemagne est aujourd’hui réticente à aider les pays du sud de l’Europe. Cependant, c’est l’Europe entière via le jeu des monnaies qui a subi l’ajustement allemand. Les fortes dépenses qui suivirent la réunification ont provoqué une forte inflation (5,1% en 1992), la Bundesbank a alors décidé unilatéralement de remonter son taux directeur à 9,5% pour freiner l’inflation. Or, la stabilité des taux de change faisant partie des conditions requises pour la création de l’euro, les Européens n’eurent d’autre choix que de faire de même. La remontée des taux entraîne une asphyxie de la croissance, et une augmentation du chômage (10% en 1993). La réunification suivie de la politique monétaire non coopérative allemande expliquent en partie la stagnation économique européenne du milieu des années 1990.
   Ajoutons que ce fut un atout pour l'industrie que cette ouverture vers un Hinterland économiquement favorable, du point de vue salarial comme de l'ouverture vers les anciens pays frères.
      La monnaie unique fut donc une chance pour Berlin, confronté à des défis de grande ampleur, mais qui furent finalement l'occasion de rebondir sur de nouvelles bases élargies, comme l'indiquait l'économiste allemand Wolfgang Munschau" Le résultat a été que pendant toute une décennie les politiques économiques allemandes se sont concentrées sur sa propre compétitivité par rapport aux états tiers plutôt qu’à un renforcement de la zone euro dans son ensemble. Et ceci a été la cause majeure de la crise"."
    Ce fut l'origine d'une mutation ambigüe.
         L'analyse que fait aujourd'hui Vladimir Giacché est particulièrement éclairante sur cette période déjà presque oubliée:
                  Vladimiro Giacchè est un économiste italien, actuellement président du Centre de recherche européenne de Rome. Fin connaisseur de l'Europe et de l'Allemagne, il est l'auteur d'un ouvrage original et riche sur la réunification allemande, Le second Anschluss – l'annexion de la RDA(édition Delga, 2015). Alors que l'Allemagne vient de voter dans le cadre d'élections législatives dont les résultats fragilisent Angela Merkel et quelques jour après le vingt-septième anniversaire de l'unité du pays, il a bien voulu répondre aux questions de L'arène nue. 
               "Les résultats des élections législatives en Allemagne ont révélé de profondes divergences entre l'Ouest et l'Est du pays. Dans l'ex-RDA, le parti AfD fait 21,5 %, et est arrivé second. Die Linke y a réalisé ses meilleurs score (16 % contre 9 % au niveau national). J'imagine que vous n'en être guère surpris. Comment l'expliquez-vous ?
___Aucune surprise, en effet. C’est la conséquence d’un pays qui reste toujours divisé vingt-sept ans après son unification, en même temps que d’un accroissement des inégalités sociales ces dernières années. Un citoyen qui vit en Allemagne de l’Est a deux fois plus de chances d’être chômeur que s’il vivait à l’Ouest. Et lorsqu’il travaille, il perçoit un salaire inférieur de 25 % à ce que perçoit un travailleur de l’Ouest.
     Cela n'a pas grand chose à voir avec l’incapacité supposée des Allemands de l’Est à travailler (car oui, cet argument a parfois été avancé). C'est au contraire lié aux modalités de l’unification allemande. C’est lié au fait qu’à la nécessité de réaliser rapidement l’unité politique, qu’à la nécessité idéologique de supprimer complètement la RDA, ont été sacrifiées des exigences économiques élémentaires, en particulier celle de sauvegarder autant que possible l’industrie et les emplois des citoyens de l’Est. On a pratiqué la politique de la tabula rasa, en établissant le taux de change à un contre un entre le mark de l’Ouest et le mark de l’Est. Ce faisant, on a mis l’industrie de la RDA hors-jeu. Par ailleurs, l’ensemble du patrimoine industriel de l'ex-RDA a été confié à une société fiduciaire, la Treuhandanstalt, qui l’a liquidé, créant instantanément des millions de chômeurs. Il est beaucoup plus facile de fermer une industrie que de la reconstruire. Mais depuis, on s'est hélas rendu compte que lorsqu’on désindustrialise un pays (la désindustrialisation de la RDA n’a aucun autre exemple en Europe en période de paix) les conséquences peuvent durer des décennies, sinon des siècles. Le «Financial Times Deutschland» du 18 juin 2008 affirmait d'ailleurs que pour aligner complètement les revenus des deux parties de l’Allemagne, il faudrait 320 ans…Il est dès lors normal que les citoyens qui vivent dans ces territoires se sentent abandonnés par la politique, et qu’ils expriment leur protestation par le vote. D'autant que comme on le sait, le pourcentage de pauvres (et de travailleurs pauvres – les working poors) en Allemagne a augmenté partout ces dernières années, et pas seulement à l’Est....
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mardi 5 novembre 2019

Réunification en question

       Les dessous de la réunification allemande.
                                                      A l'occasion de l'anniversaire du processus que déclencha la chute du Mur, un certains nombre de débats resurgissent, par delà l'événementiel, sur les conditions de cette réunification, anticipée, souhaitée, mais arrivée plus vite que prévu, dans des conditions très spécifiques qui étonnèrent l'Europe.
     1989 marque le début d'un processus, dont on mesure mieux aujourd'hui la nature et les conditions, longtemps occultées ou peu diffusées. Conditions qui pourraient, dans une certaines mesure, expliquer les réactions actuelles, notamment électorales, d'une partie de la population de l'ex-Allemagne de l'Est.
  Dire que les choses auraient pu mieux se passer, surtout au niveau économique et social, est une évidence.
    La polémique resurgit, notamment dans certains débats publics. La discussion continue, comme sur Public Sénat. Des historiens continuent de s'interroger de manière critique sur les conditions imposées par Bonn à Berlin. Les critiques engendrées pas l'agence  de circonstance Treuhand n'ont pas fini de provoquer des réactions. 
   L'histoire aurait pu s'écrire autrement, après la faillite d'un système...
    Ce fut la politique de la tabula rasa qui prévalut. Une privatisation au pas de charge, selon le catéchisme ultralibéral de Kohl et de Schäuble. qui laisse encore des traces.
     Il est bien sûr encore trop tôt pour fournir une analyse assez exhaustive et nuancée de l'impressionnante réunification allemande, qui a pris tout le monde de court, et qu'il fallu largement inventer, voire bricoler.
   Arte a eu l'heureuse idée de diffuser un document sur ce événement déterminant dans l'histoire récente de l'Allemagne.       Mais  le sujet a été trop vite traité, de manière trop anecdotique.  Quelques aspects furent abordés concernant le climat affairiste, la brutalité et l'improvisation lors du démantèlement de l'ex-Allemagne de l'Est, par des capitaux privés de l'Ouest et d'autres pays.
    Quand on relit les déclarations des responsables politiques français avant les faits, on est frappé par les doutes et les réticences devant une éventualité marquée par tant d'inconnues. La gestion de ce redoutable héritage d'après-guerre n'était pas sans risque.
   L'accouchement fut difficile, après la chute du Mur, l'incertitude dominait.
L'inquiètude aussi dans les pays voisins européens, dans un climat de tension que nous avons oublié.
     Le succès de l'opération fut mitigé, avec une série d'erreurs, chères payées, dont le poids financier ne retomba pas que sur Bonn..
  La réunification fut jugée totalement asymétrique:
  ...la privatisation de l’économie est-allemande via un organisme spécialisé le Treuhand, dont la gestion ne fut pas exempte de diverses dérives. Plutôt que d’assainir dans la durée les entreprises publiques concernées, on les dépeça : 85% d’entre elles furent acquises par des Allemands de l’Ouest qui en prirent les commandes, y compris pour les liquider au plus vite ; 5% par des Allemands de l’Est. Des millions de kilomètres carrés de forêts et de terres arables furent de même cédées à très bon marché. Selon une plaisanterie répandue en ex-Allemagne de l’Est : « Les événements de 1989 ont été une vraie révolution»…
    Treuhand aux commandes: les bilans furent contrastés, les décisions souvent opaques, les pratiques parfois douteuses.
    Un  bilan mitigé, en tous cas. La polémique sur les modalités de la transition, qui fut une vraie déchirure, bien qu'atténuée aujourd'hui, n'est pas éteinte et il reste beaucoup à comprendre pour les historiens sur l'événement qui reconfigura l'Europe..La crise de l'euro aurait là une de ses origines importantes selon le journaliste allemand W.Münchau..
  Les écrivains furent  plutôt partagés sur le sujet.  On se rappelle comment le romancier Gunter Grass, lui, ne fit pas dans la dentelle. 
     L'affaire coûta cher à l'Europe. Le décalage est persistant.Le dossier reste ouvert...Pour un inventaire politique?
  __Point de vue: Une unité encore problèmatique.
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__ Point de vue:  
                           ....L’hebdomadaire « Der Spiegel », « « Bild » Zeitung pour bacheliers » selon l’humoriste Volker Pispers, saisit l’occasion pour expliquer à ses lecteurs les vraies raisons des succès électoraux de la droite identitaire, notamment dans les Länder de l’ancienne RDA : « Les « Ossis » sont tout simplement racistes ». Sous le titre « Les électeurs de l’AFD sont des privilégiés » le tabloïd pour intellectuels formatés vient de présenter une étude du sociologue Alexandre Yendell, contredisant la thèse selon laquelle les gens voteraient AFD parce que les partis traditionnels ne leur offrent plus aucune perspective d’avenir.        L’argumentaire, étayé par l’hebdomadaire hambourgeois, est essentiellement basé sur un amoncellement de sondages. L’article commence par une boutade, annonçant la couleur « scientifique » d’un exposé dégoulinant de mépris. « Ce n’est pas parce que le nombre de cigognes a baissé dans les pays industrialisés et que simultanément le taux de natalité y a baissé également, que nous devrions en tirer des conclusions sur la fécondité des citoyens. De la même manière, il n’y a aucune corrélation entre les motivations des électeurs à voter AFD et une supposée pauvreté, engendrée par un chômage supposément endémique dans l’ancienne RDA. »     « Der Spiegel » fournit pourtant une analyse plus « nuancée » dans un autre article, paru en février 1997 celui-ci, intitulé « La République démocratique allemande en promotion », dans lequel l’hebdomadaire s’insurge contre « la guilde des managers rapaces, avides de dépecer l’ancienne RDA. »               L’hebdomadaire y reproche ainsi à l’establishment ouest-allemand d’avoir « laissé un des leurs, le directeur de la « Treuhandanstalt » en l’occurrence, à la vindicte populaire, préférant se servir une fois le sale boulot effectué », le licenciement de centaines de milliers d’ouvriers suite aux privatisations forcées sous le contrôle de la « Treuhandanstalt », dans le but de préparer le terrain pour les « rapaces ».    Les « Ossis » en revanche n’ont jamais été dédommagés pour le pillage de leur économie, bien que ceci fut prévu dans un paragraphe du traité entre la République fédérale d’Allemagne et la République démocratique allemande, signé le 1er juillet 1990 par les ministres des finances Theodor Waigel et Walter Romberg, formant « l’Union économique monétaire et sociale », paragraphe prévoyant « la distribution de bons de participation à tous les citoyens de la ex-RDA », une promesse jamais réalisée. De l’ensemble des firmes privatisées, 85% furent acquises par des allemands de l’Ouest, 10% par des investisseurs étrangers et 5% par des citoyens de l’ex-RDA.    Pour financer le bradage, fut introduit, en 1995, une « taxe de solidarité », « Soli », de 5,5 % de l’impôt sur le revenu à partir d’une facture fiscale de 972 EU par année, taxe qui rapporte à l’état, à ce jour, 16,8 milliards EU par année. ...
                             ___________________________________________________

samedi 13 avril 2024

Inquiétude allemande.

 Tandis que le pays est à la la peine,

                          Olaf Stoltz va prêcher la bonne parole économique à Pékin, et y faire son marché, alors que l'économie tangue. Ça va être compliqué de renouer avec l'ancien partenaire économique, pour retrouver les fructueuses affaires d'antan. La Chine est un point de bascule.  Ça ne va plus, outre Rhin. L'incertitude gagne et inquiète.  Un terreau pour la droite extrême se développe.               Il n'y pas lieu de se réjouir de la récession (relative) qui gagne...Un retour de situation dont on peut s'inquiéter.  Le pays n'est pas vacciné. Il inquiète même.                                                                                              Les partis qui se réclament de la droite extrême ne tombent pas du ciel. Ils s'imposent essentiellement dans un contexte de crise, économique- financière et/ou politique. Les exemples ne manquent pas depuis la montée du nazisme jusqu'à celle du FN, Particulièrement dans le Nord de la France, appauvri par une transition- libéralisation économique brutale, à partir des années 80.                                      L'inquiétante montée de forces du même type  en Allemagne et sa localisation ne sont pas étrangères à la façon dont fut menée la réunification, désavantageant la partie de l'ex- Allemagne de l'Est, ma Saxe en premier lieu.   La montée de l'AfD concerne surtout la partie de l'Allemagne qui subit les conséquences les plus défavorables d'une réunification qui ne fut pas un modèle d'équilibre et d'équité.                                                                                                                                                Le retour sur le passé, proche ou lointain, n'est jamais inutile pour comprendre le présent, du moins en partie et dans certains de ses aspects et ses lignes de force.

      Les dernières élections allemandes, qui ont vu la montée d'une contestation surtout d'origine des Länders de l'ex-Allemagne de l'Est, est à analyser à la lumière des conditions dans lesquelles s'est effectuée la réunification allemande, dont certains analystes reconnaissent que, bien qu'inéluctable, elle aurait pu se faire d''une autre manière, plus réfléchie, plus progressive moins brutale.
     Les traces économiques, culturelles et politiques de ce passage au forceps sont loin d'avoir disparu et on a oublié les rapports de forces géopolitiques de l'époque.
       La volonté de privatisation rapide et massive de l'Est et le démantèlement brutal des structures productives ont créé les conditions d'un ressentiment d'une partie de la population, touchée au plus profond de son identité qui s'était construite depuis la fin de la guerre, malgré l'attraction créée par l'autre côté du Mur.
  On a oublié aussi l'inquiètude de l'époque dans  les pays voisins européens, dans un climat de tension assez forte.
     Le succès de l'opération fut mitigé, avec une série d'erreurs, chères payées, dont le poids financier ne retomba pas que sur Bonn..
  La réunification fut jugée totalement asymétrique:
  ...la privatisation de l’économie est-allemande via un organisme spécialisé le Treuhand, dont la gestion ne fut pas exempte de diverses dérives. Plutôt que d’assainir dans la durée les entreprises publiques concernées, on les dépeça : 85% d’entre elles furent acquises par des Allemands de l’Ouest qui en prirent les commandes, y compris pour les liquider au plus vite ; 5% par des Allemands de l’Est. Des millions de kilomètres carrés de forêts et de terres arables furent de même cédées à très bon marché. Selon une plaisanterie répandue en ex-Allemagne de l’Est : « Les évènements de 1989 ont été une vraie révolution. Pourquoi ? Bah, Marx avait bien dit que la révolution mènerait à un bouleversement des rapports de propriété »…
    Le Treuhand aux commandes, les bilans furent contrastés, les décisions souvent opaques, les pratiques parfois douteuses.
    Un  bilan mitigé, en tous cas. La polémique sur les modalités de la transition, qui fut une vraie déchirure, bien qu'atténuée aujourd'hui, n'est pas éteinte et il reste beaucoup à comprendre pour les historiens sur l'événement qui reconfigura l'Europe..La crise de l'euro aurait là une de ses origines importantes selon le journaliste allemand W.Münchau: 
Très coûteuse, la réunification allemande a imposé des déficits à l’Allemagne, et l’euro était une monnaie trop forte pour elle au moment où elle l’a adoptée, ce qui a suscité sa marche forcée vers la compétitivité pour essayer de compenser. Mais ce faisant, elle a gagné une productivité hors norme qui l’a coupée des autres pays européens et a contribué à renforcer l’euro, et c’est cet euro trop fort pour les pays de la périphérie de la zone qui a été le creuset de la crise de la dette.
       Les écrivains furent  plutôt partagés sur le sujet.  On se rappelle comment le romancier Gunter Grass, lui, ne fit pas dans la dentelle. 
          Les relations franco-allemandes  ne furent pas simples à l'époque et la diplomatie américaine joua un rôle déterminant sur les orientations de Bonn. 
      Les conséquences sur l'économie européenne ne furent pas nulles:
  Le coût de la réunification estimé à 1500 milliards d’euros explique en partie pourquoi l’Allemagne est aujourd’hui réticente à aider les pays du sud de l’Europe. Cependant, c’est l’Europe entière via le jeu des monnaies qui a subi l’ajustement allemand. Les fortes dépenses qui suivirent la réunification ont provoqué une forte inflation (5,1% en 1992), la Bundesbank a alors décidé unilatéralement de remonter son taux directeur à 9,5% pour freiner l’inflation. Or, la stabilité des taux de change faisant partie des conditions requises pour la création de l’euro, les Européens n’eurent d’autre choix que de faire de même. La remontée des taux entraîne une asphyxie de la croissance, et une augmentation du chômage (10% en 1993). La réunification suivie de la politique monétaire non coopérative allemande expliquent en partie la stagnation économique européenne du milieu des années 1990.
   Ajoutons que ce fut un atout pour l'industrie que cette ouverture vers un Hinterland économiquement favorable, du point de vue salarial comme de l'ouverture vers les anciens pays frères.
      La monnaie unique fut donc une chance pour Berlin, confronté à des défis de grande ampleur, mais qui furent finalement l'occasion de rebondir sur de nouvelles bases élargies, comme l'indiquait l'économiste allemand Wolfgang Munschau" Le résultat a été que pendant toute une décennie les politiques économiques allemandes se sont concentrées sur sa propre compétitivité par rapport aux états tiers plutôt qu’à un renforcement de la zone euro dans son ensemble. Et ceci a été la cause majeure de la crise"."
    Ce fut l'origine d'une mutation ambigüe.
         L'analyse que fait aujourd'hui Vladimir Giacché est particulièrement éclairante sur cette période déjà presque oubliée:
                  Vladimiro Giacchè est un économiste italien, actuellement président du Centre de recherche européenne de Rome. Fin connaisseur de l'Europe et de l'Allemagne, il est l'auteur d'un ouvrage original et riche sur la réunification allemande, Le second Anschluss – l'annexion de la RDA(édition Delga, 2015). Alors que l'Allemagne vient de voter dans le cadre d'élections législatives dont les résultats fragilisent Angela Merkel et quelques jour après le vingt-septième anniversaire de l'unité du pays, il a bien voulu répondre aux questions de L'arène nue. 
               "Les résultats des élections législatives en Allemagne ont révélé de profondes divergences entre l'Ouest et l'Est du pays. Dans l'ex-RDA, le parti AfD fait 21,5 %, et est arrivé second. Die Linke y a réalisé ses meilleurs score (16 % contre 9 % au niveau national). J'imagine que vous n'en être guère surpris. Comment l'expliquez-vous ?
___Aucune surprise, en effet. C’est la conséquence d’un pays qui reste toujours divisé vingt-sept ans après son unification, en même temps que d’un accroissement des inégalités sociales ces dernières années. Un citoyen qui vit en Allemagne de l’Est a deux fois plus de chances d’être chômeur que s’il vivait à l’Ouest. Et lorsqu’il travaille, il perçoit un salaire inférieur de 25 % à ce que perçoit un travailleur de l’Ouest.
     Cela n'a pas grand chose à voir avec l’incapacité supposée des Allemands de l’Est à travailler (car oui, cet argument a parfois été avancé). C'est au contraire lié aux modalités de l’unification allemande. C’est lié au fait qu’à la nécessité de réaliser rapidement l’unité politique, qu’à la nécessité idéologique de supprimer complètement la RDA, ont été sacrifiées des exigences économiques élémentaires, en particulier celle de sauvegarder autant que possible l’industrie et les emplois des citoyens de l’Est. On a pratiqué la politique de la tabula rasa, en établissant le taux de change à un contre un entre le mark de l’Ouest et le mark de l’Est. Ce faisant, on a mis l’industrie de la RDA hors-jeu. Par ailleurs, l’ensemble du patrimoine industriel de l'ex-RDA a été confié à une société fiduciaire, la Treuhandanstalt, qui l’a liquidé, créant instantanément des millions de chômeurs. Il est beaucoup plus facile de fermer une industrie que de la reconstruire. Mais depuis, on s'est hélas rendu compte que lorsqu’on désindustrialise un pays (la désindustrialisation de la RDA n’a aucun autre exemple en Europe en période de paix) les conséquences peuvent durer des décennies, sinon des siècles. Le «Financial Times Deutschland» du 18 juin 2008 affirmait d'ailleurs que pour aligner complètement les revenus des deux parties de l’Allemagne, il faudrait 320 ans…Il est dès lors normal que les citoyens qui vivent dans ces territoires se sentent abandonnés par la politique, et qu’ils expriment leur protestation par le vote. D'autant que comme on le sait, le pourcentage de pauvres (et de travailleurs pauvres – les working poors) en Allemagne a augmenté partout ces dernières années, et pas seulement à l’Est....
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lundi 3 octobre 2022

Il était une fois...

 ...Un certain  Trois Octobre

                             Qui a vu notamment la Réunification de l'Allemagne, aux modalités encore contestées ... 


          "...Menée au pas de charge, la réunification s'effectue par l'intégration de l'ex-RDA dans le système politique, économique et social de l'Allemagne de l'Ouest, sans période de transition. Il en résulte un effondrement économique brutal et une hausse massive du chômage. En , la production industrielle chute de 43,7 % par rapport à l’année précédente, de 51,9 % en août et de près de 70 % fin 1991, tandis que le nombre officiel de chômeurs grimpe d’à peine 7 500 en  à 1,4 million en , et plus du double en comptant les travailleurs au chômage technique, en reconversion ou en préretraite8.  Trente ans après la chute du mur de Berlin, l’écart en termes économique, social ou même culturel persiste entre l’ex-RDA et l'Allemagne de l’Ouest, même s'il diminue régulièrement. Ainsi, alors que le PIB par habitant de la RDA représentait 43 % de celui de l’Allemagne de l'Ouest en 1990, le niveau des cinq Länder de l’Est est de 75 % de celui des Länder de l'Ouest en 2018. Le chômage demeure aussi plus important à l'Est où il atteint 7,6 % de la population en 2017 contre 5,3 % à l'Ouest..." (Wiki)                              ________________

mardi 3 octobre 2023

Point d'histoire

 Ça s'est passé un 3 Octobre

      Jour de l'unité allemande

                  "Le 3 octobre 1990, la République Démocratique Allemande (RDA) a été officiellement absorbée par la République Fédérale d'Allemagne (RFA, Bundesrepublik Deutschland). Loin d'être un aboutissement, cette réunification s'avère être le début d'un long chemin semé d'embûches. L'Allemagne réunifiée allait-elle surmonter ses vieux démons et devenir une puissance « comme les autres » ? Comment les anciennes régions de la RDA allaient-elles s'intégrer dans l'Allemagne capitaliste? Et quelle place celle-ci allait-elle se tailler au sein de l'Union européenne ?..."


           Une réunification dans des conditions discutées.      ___________________

mardi 3 septembre 2019

Péril en la demeure

Soucis d'outre-Rhin
                              Consternation à Berlin. Aux élections locales, l'AfD fait une poussée remarquée et redoutée dans certains Länder de l'Est, notamment au Brandebourg et en Saxe. Ce qui n'était pas tout à fait inattendu, étant données les tendances récentes.
   Une percée qui est le symptôme de ce qui est vécu dans certains milieux, surtout en zone rurale, comme un déclassement et une sorte de relégation.
   Le problème vient de loin. Les modalités de la transition d'après la chute du Mur ne sont pas encore digérées et les insatisfactions s'expriment maintenant sans complexe. Ce qui fait trembler la grande coalition.
   L'Afd se classe ainsi au deuxième rang avec 27,5 % des voix. Il s'agit d'un quasi-triplement des voix par rapport au scrutin de 2014. Ce qui a fait dire à Jörg Urban, la tête de liste de l'AfD en Saxe, que ce scrutin marquait un « jour historique » : « Notre jeune parti a déstabilisé la forteresse de la CDU en Saxe », a-t-il lancé. 
   Cela n'annonce rien de bon, surtout dans le contexte économique peu brillant actuellement en Allemagne, où la récession guette, où l'on cherche à relancer l'économie. Une crise structurelle qui fragilise le "modèle allemand" aux pieds d'argile.
   Parmi les soucis d'Angela, il n'y a pas seulement ceux qui touchent à une économie surtout mercantiliste montrant des signes de défaillance, voire de recul, le contexte géopolitique aidant.
  Il y a aussi des signes inquiétants: la montée continue de l'extrême droite , surtout dans l'Est du pays, en Saxe notamment:
        ...Aux côtés du raciste Björn Höcke, à la tête de l'AfD en Thuringe (centre de l'Allemagne), les deux têtes de liste Andreas Kalbitz (Brandebourg) et Jörg Urban (Saxe) sont des piliers du courant identitaire nommé « L’Aile » (Die Flügel), bien connu pour ses contacts avec les milieux néonazis.
       D’année en année, cette « aile » gagne en influence au sein du parti et se bat de moins en moins souterrainement contre l’aile « modérée » du parti. Selon les experts, Andreas Kalbitz, un ancien para venu de l’Ouest, à la pensée très radicale, pourrait briguer la coprésidence du parti lors du congrès annuel de décembre.
   Ces régionales, qui seront suivies d'une troisième élection en Thuringe le 26 octobre, risquent une fois de plus de mettre en lumière les divisions internes de la CDU (droite) et la descente aux enfers du SPD (sociaux-démocrates), partis associés dans une coalition au fédéral.... 
      Ce n'est pas tout à fait une surprise:
           ...Le succès de l’AfD en ex-RDA est un symptôme. Il se nourrit d’inquiétudes liées à la situation socio-économique des Länder de l’Est, où la population vieillit plus vite qu’à l’Ouest, où le chômage est en moyenne de 6,6 % (contre 4,7 % à l’Ouest), où le revenu moyen par habitant est de 29 477 euros (contre 40 301 euros à l’Ouest), et où se trouvent les sièges sociaux de seulement 37 des 500 plus grandes entreprises du pays. Il prospère également sur des frustrations, le sentiment d’un manque de reconnaissance et de visibilité. Un exemple : sur les dix-sept ministres du gouvernement fédéral, une seule, Angela Merkel, a sa circonscription en ex-RDA...
     L'histoire de la réunification allemande, de ses modalités discutées, des paris de Schröder, des inégalités parfois criantes, du manque d'investissements internes et de leurs conséquences expliquent largement cette dérive, qui n'inquiète pas que Berlin.
  Les pratiques ultralibérales du Treuhand après la réunification sont loin d'avoir laissé de bons souvenirs. Le Treuhand aux commandes, les bilans furent contrastés, les décisions souvent opaques, les pratiques parfois douteuses.
          Fin de l'angélisme? L'histoire aurait pu s'écrire autrement.
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