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mardi 5 novembre 2019

Réunification en question

       Les dessous de la réunification allemande.
                                                      A l'occasion de l'anniversaire du processus que déclencha la chute du Mur, un certains nombre de débats resurgissent, par delà l'événementiel, sur les conditions de cette réunification, anticipée, souhaitée, mais arrivée plus vite que prévu, dans des conditions très spécifiques qui étonnèrent l'Europe.
     1989 marque le début d'un processus, dont on mesure mieux aujourd'hui la nature et les conditions, longtemps occultées ou peu diffusées. Conditions qui pourraient, dans une certaines mesure, expliquer les réactions actuelles, notamment électorales, d'une partie de la population de l'ex-Allemagne de l'Est.
  Dire que les choses auraient pu mieux se passer, surtout au niveau économique et social, est une évidence.
    La polémique resurgit, notamment dans certains débats publics. La discussion continue, comme sur Public Sénat. Des historiens continuent de s'interroger de manière critique sur les conditions imposées par Bonn à Berlin. Les critiques engendrées pas l'agence  de circonstance Treuhand n'ont pas fini de provoquer des réactions. 
   L'histoire aurait pu s'écrire autrement, après la faillite d'un système...
    Ce fut la politique de la tabula rasa qui prévalut. Une privatisation au pas de charge, selon le catéchisme ultralibéral de Kohl et de Schäuble. qui laisse encore des traces.
     Il est bien sûr encore trop tôt pour fournir une analyse assez exhaustive et nuancée de l'impressionnante réunification allemande, qui a pris tout le monde de court, et qu'il fallu largement inventer, voire bricoler.
   Arte a eu l'heureuse idée de diffuser un document sur ce événement déterminant dans l'histoire récente de l'Allemagne.       Mais  le sujet a été trop vite traité, de manière trop anecdotique.  Quelques aspects furent abordés concernant le climat affairiste, la brutalité et l'improvisation lors du démantèlement de l'ex-Allemagne de l'Est, par des capitaux privés de l'Ouest et d'autres pays.
    Quand on relit les déclarations des responsables politiques français avant les faits, on est frappé par les doutes et les réticences devant une éventualité marquée par tant d'inconnues. La gestion de ce redoutable héritage d'après-guerre n'était pas sans risque.
   L'accouchement fut difficile, après la chute du Mur, l'incertitude dominait.
L'inquiètude aussi dans les pays voisins européens, dans un climat de tension que nous avons oublié.
     Le succès de l'opération fut mitigé, avec une série d'erreurs, chères payées, dont le poids financier ne retomba pas que sur Bonn..
  La réunification fut jugée totalement asymétrique:
  ...la privatisation de l’économie est-allemande via un organisme spécialisé le Treuhand, dont la gestion ne fut pas exempte de diverses dérives. Plutôt que d’assainir dans la durée les entreprises publiques concernées, on les dépeça : 85% d’entre elles furent acquises par des Allemands de l’Ouest qui en prirent les commandes, y compris pour les liquider au plus vite ; 5% par des Allemands de l’Est. Des millions de kilomètres carrés de forêts et de terres arables furent de même cédées à très bon marché. Selon une plaisanterie répandue en ex-Allemagne de l’Est : « Les événements de 1989 ont été une vraie révolution»
    Treuhand aux commandes: les bilans furent contrastés, les décisions souvent opaques, les pratiques parfois douteuses.
    Un  bilan mitigé, en tous cas. La polémique sur les modalités de la transition, qui fut une vraie déchirure, bien qu'atténuée aujourd'hui, n'est pas éteinte et il reste beaucoup à comprendre pour les historiens sur l'événement qui reconfigura l'Europe..La crise de l'euro aurait là une de ses origines importantes selon le journaliste allemand W.Münchau..
  Les écrivains furent  plutôt partagés sur le sujet.  On se rappelle comment le romancier Gunter Grass, lui, ne fit pas dans la dentelle. 
     L'affaire coûta cher à l'Europe. Le décalage est persistant.Le dossier reste ouvert...Pour un inventaire politique?
  __Point de vue: Une unité encore problèmatique.
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__ Point de vue:  
                           ....L’hebdomadaire « Der Spiegel », « « Bild » Zeitung pour bacheliers » selon l’humoriste Volker Pispers, saisit l’occasion pour expliquer à ses lecteurs les vraies raisons des succès électoraux de la droite identitaire, notamment dans les Länder de l’ancienne RDA : « Les « Ossis » sont tout simplement racistes ». Sous le titre « Les électeurs de l’AFD sont des privilégiés » le tabloïd pour intellectuels formatés vient de présenter une étude du sociologue Alexandre Yendell, contredisant la thèse selon laquelle les gens voteraient AFD parce que les partis traditionnels ne leur offrent plus aucune perspective d’avenir.        L’argumentaire, étayé par l’hebdomadaire hambourgeois, est essentiellement basé sur un amoncellement de sondages. L’article commence par une boutade, annonçant la couleur « scientifique » d’un exposé dégoulinant de mépris. « Ce n’est pas parce que le nombre de cigognes a baissé dans les pays industrialisés et que simultanément le taux de natalité y a baissé également, que nous devrions en tirer des conclusions sur la fécondité des citoyens. De la même manière, il n’y a aucune corrélation entre les motivations des électeurs à voter AFD et une supposée pauvreté, engendrée par un chômage supposément endémique dans l’ancienne RDA. »     « Der Spiegel » fournit pourtant une analyse plus « nuancée » dans un autre article, paru en février 1997 celui-ci, intitulé « La République démocratique allemande en promotion », dans lequel l’hebdomadaire s’insurge contre « la guilde des managers rapaces, avides de dépecer l’ancienne RDA. »               L’hebdomadaire y reproche ainsi à l’establishment ouest-allemand d’avoir « laissé un des leurs, le directeur de la « Treuhandanstalt » en l’occurrence, à la vindicte populaire, préférant se servir une fois le sale boulot effectué », le licenciement de centaines de milliers d’ouvriers suite aux privatisations forcées sous le contrôle de la « Treuhandanstalt », dans le but de préparer le terrain pour les « rapaces ».    Les « Ossis » en revanche n’ont jamais été dédommagés pour le pillage de leur économie, bien que ceci fut prévu dans un paragraphe du traité entre la République fédérale d’Allemagne et la République démocratique allemande, signé le 1er juillet 1990 par les ministres des finances Theodor Waigel et Walter Romberg, formant « l’Union économique monétaire et sociale », paragraphe prévoyant « la distribution de bons de participation à tous les citoyens de la ex-RDA », une promesse jamais réalisée. De l’ensemble des firmes privatisées, 85% furent acquises par des allemands de l’Ouest, 10% par des investisseurs étrangers et 5% par des citoyens de l’ex-RDA.    Pour financer le bradage, fut introduit, en 1995, une « taxe de solidarité », « Soli », de 5,5 % de l’impôt sur le revenu à partir d’une facture fiscale de 972 EU par année, taxe qui rapporte à l’état, à ce jour, 16,8 milliards EU par année. ...
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samedi 13 avril 2024

Inquiétude allemande.

 Tandis que le pays est à la la peine,

                          Olaf Stoltz va prêcher la bonne parole économique à Pékin, et y faire son marché, alors que l'économie tangue. Ça va être compliqué de renouer avec l'ancien partenaire économique, pour retrouver les fructueuses affaires d'antan. La Chine est un point de bascule.  Ça ne va plus, outre Rhin. L'incertitude gagne et inquiète.  Un terreau pour la droite extrême se développe.               Il n'y pas lieu de se réjouir de la récession (relative) qui gagne...Un retour de situation dont on peut s'inquiéter.  Le pays n'est pas vacciné. Il inquiète même.                                                                                              Les partis qui se réclament de la droite extrême ne tombent pas du ciel. Ils s'imposent essentiellement dans un contexte de crise, économique- financière et/ou politique. Les exemples ne manquent pas depuis la montée du nazisme jusqu'à celle du FN, Particulièrement dans le Nord de la France, appauvri par une transition- libéralisation économique brutale, à partir des années 80.                                      L'inquiétante montée de forces du même type  en Allemagne et sa localisation ne sont pas étrangères à la façon dont fut menée la réunification, désavantageant la partie de l'ex- Allemagne de l'Est, ma Saxe en premier lieu.   La montée de l'AfD concerne surtout la partie de l'Allemagne qui subit les conséquences les plus défavorables d'une réunification qui ne fut pas un modèle d'équilibre et d'équité.                                                                                                                                                Le retour sur le passé, proche ou lointain, n'est jamais inutile pour comprendre le présent, du moins en partie et dans certains de ses aspects et ses lignes de force.

      Les dernières élections allemandes, qui ont vu la montée d'une contestation surtout d'origine des Länders de l'ex-Allemagne de l'Est, est à analyser à la lumière des conditions dans lesquelles s'est effectuée la réunification allemande, dont certains analystes reconnaissent que, bien qu'inéluctable, elle aurait pu se faire d''une autre manière, plus réfléchie, plus progressive moins brutale.
     Les traces économiques, culturelles et politiques de ce passage au forceps sont loin d'avoir disparu et on a oublié les rapports de forces géopolitiques de l'époque.
       La volonté de privatisation rapide et massive de l'Est et le démantèlement brutal des structures productives ont créé les conditions d'un ressentiment d'une partie de la population, touchée au plus profond de son identité qui s'était construite depuis la fin de la guerre, malgré l'attraction créée par l'autre côté du Mur.
  On a oublié aussi l'inquiètude de l'époque dans  les pays voisins européens, dans un climat de tension assez forte.
     Le succès de l'opération fut mitigé, avec une série d'erreurs, chères payées, dont le poids financier ne retomba pas que sur Bonn..
  La réunification fut jugée totalement asymétrique:
  ...la privatisation de l’économie est-allemande via un organisme spécialisé le Treuhand, dont la gestion ne fut pas exempte de diverses dérives. Plutôt que d’assainir dans la durée les entreprises publiques concernées, on les dépeça : 85% d’entre elles furent acquises par des Allemands de l’Ouest qui en prirent les commandes, y compris pour les liquider au plus vite ; 5% par des Allemands de l’Est. Des millions de kilomètres carrés de forêts et de terres arables furent de même cédées à très bon marché. Selon une plaisanterie répandue en ex-Allemagne de l’Est : « Les évènements de 1989 ont été une vraie révolution. Pourquoi ? Bah, Marx avait bien dit que la révolution mènerait à un bouleversement des rapports de propriété »
    Le Treuhand aux commandes, les bilans furent contrastés, les décisions souvent opaques, les pratiques parfois douteuses.
    Un  bilan mitigé, en tous cas. La polémique sur les modalités de la transition, qui fut une vraie déchirure, bien qu'atténuée aujourd'hui, n'est pas éteinte et il reste beaucoup à comprendre pour les historiens sur l'événement qui reconfigura l'Europe..La crise de l'euro aurait là une de ses origines importantes selon le journaliste allemand W.Münchau
Très coûteuse, la réunification allemande a imposé des déficits à l’Allemagne, et l’euro était une monnaie trop forte pour elle au moment où elle l’a adoptée, ce qui a suscité sa marche forcée vers la compétitivité pour essayer de compenser. Mais ce faisant, elle a gagné une productivité hors norme qui l’a coupée des autres pays européens et a contribué à renforcer l’euro, et c’est cet euro trop fort pour les pays de la périphérie de la zone qui a été le creuset de la crise de la dette.
       Les écrivains furent  plutôt partagés sur le sujet.  On se rappelle comment le romancier Gunter Grass, lui, ne fit pas dans la dentelle. 
          Les relations franco-allemandes  ne furent pas simples à l'époque et la diplomatie américaine joua un rôle déterminant sur les orientations de Bonn. 
      Les conséquences sur l'économie européenne ne furent pas nulles:
  Le coût de la réunification estimé à 1500 milliards d’euros explique en partie pourquoi l’Allemagne est aujourd’hui réticente à aider les pays du sud de l’Europe. Cependant, c’est l’Europe entière via le jeu des monnaies qui a subi l’ajustement allemand. Les fortes dépenses qui suivirent la réunification ont provoqué une forte inflation (5,1% en 1992), la Bundesbank a alors décidé unilatéralement de remonter son taux directeur à 9,5% pour freiner l’inflation. Or, la stabilité des taux de change faisant partie des conditions requises pour la création de l’euro, les Européens n’eurent d’autre choix que de faire de même. La remontée des taux entraîne une asphyxie de la croissance, et une augmentation du chômage (10% en 1993). La réunification suivie de la politique monétaire non coopérative allemande expliquent en partie la stagnation économique européenne du milieu des années 1990.
   Ajoutons que ce fut un atout pour l'industrie que cette ouverture vers un Hinterland économiquement favorable, du point de vue salarial comme de l'ouverture vers les anciens pays frères.
      La monnaie unique fut donc une chance pour Berlin, confronté à des défis de grande ampleur, mais qui furent finalement l'occasion de rebondir sur de nouvelles bases élargies, comme l'indiquait l'économiste allemand Wolfgang MunschauLe résultat a été que pendant toute une décennie les politiques économiques allemandes se sont concentrées sur sa propre compétitivité par rapport aux états tiers plutôt qu’à un renforcement de la zone euro dans son ensemble. Et ceci a été la cause majeure de la crise"."
    Ce fut l'origine d'une mutation ambigüe.
         L'analyse que fait aujourd'hui Vladimir Giacché est particulièrement éclairante sur cette période déjà presque oubliée:
                  Vladimiro Giacchè est un économiste italien, actuellement président du Centre de recherche européenne de Rome. Fin connaisseur de l'Europe et de l'Allemagne, il est l'auteur d'un ouvrage original et riche sur la réunification allemande, Le second Anschluss – l'annexion de la RDA(édition Delga, 2015). Alors que l'Allemagne vient de voter dans le cadre d'élections législatives dont les résultats fragilisent Angela Merkel et quelques jour après le vingt-septième anniversaire de l'unité du pays, il a bien voulu répondre aux questions de L'arène nue. 
               "Les résultats des élections législatives en Allemagne ont révélé de profondes divergences entre l'Ouest et l'Est du pays. Dans l'ex-RDA, le parti AfD fait 21,5 %, et est arrivé second. Die Linke y a réalisé ses meilleurs score (16 % contre 9 % au niveau national). J'imagine que vous n'en être guère surpris. Comment l'expliquez-vous ?
___Aucune surprise, en effet. C’est la conséquence d’un pays qui reste toujours divisé vingt-sept ans après son unification, en même temps que d’un accroissement des inégalités sociales ces dernières années. Un citoyen qui vit en Allemagne de l’Est a deux fois plus de chances d’être chômeur que s’il vivait à l’Ouest. Et lorsqu’il travaille, il perçoit un salaire inférieur de 25 % à ce que perçoit un travailleur de l’Ouest.
     Cela n'a pas grand chose à voir avec l’incapacité supposée des Allemands de l’Est à travailler (car oui, cet argument a parfois été avancé). C'est au contraire lié aux modalités de l’unification allemande. C’est lié au fait qu’à la nécessité de réaliser rapidement l’unité politique, qu’à la nécessité idéologique de supprimer complètement la RDA, ont été sacrifiées des exigences économiques élémentaires, en particulier celle de sauvegarder autant que possible l’industrie et les emplois des citoyens de l’Est. On a pratiqué la politique de la tabula rasa, en établissant le taux de change à un contre un entre le mark de l’Ouest et le mark de l’Est. Ce faisant, on a mis l’industrie de la RDA hors-jeu. Par ailleurs, l’ensemble du patrimoine industriel de l'ex-RDA a été confié à une société fiduciaire, la Treuhandanstalt, qui l’a liquidé, créant instantanément des millions de chômeurs. Il est beaucoup plus facile de fermer une industrie que de la reconstruire. Mais depuis, on s'est hélas rendu compte que lorsqu’on désindustrialise un pays (la désindustrialisation de la RDA n’a aucun autre exemple en Europe en période de paix) les conséquences peuvent durer des décennies, sinon des siècles. Le «Financial Times Deutschland» du 18 juin 2008 affirmait d'ailleurs que pour aligner complètement les revenus des deux parties de l’Allemagne, il faudrait 320 ans…Il est dès lors normal que les citoyens qui vivent dans ces territoires se sentent abandonnés par la politique, et qu’ils expriment leur protestation par le vote. D'autant que comme on le sait, le pourcentage de pauvres (et de travailleurs pauvres – les working poors) en Allemagne a augmenté partout ces dernières années, et pas seulement à l’Est....
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mercredi 23 septembre 2015

Point d'histoire

  Quelques dessous de la réunification allemande.
       Cela fait 25 ans...
    Il est bien sûr encore trop tôt pour fournir une analyse assez exhaustive et nuancée de l'impressionnante réunification allemande, qui a pris tout le monde de court, et qu'il fallu largement inventer, voire bricoler.
    Hier soir, Arte a eu l'heureuse idée de diffuser un document sur ce événement déterminant dans l'histoire récente de l'Allemagne.       Mais  le sujet a été trop vite traité, de manière trop anecdotique.  Quelques aspects furent abordés concernant le climat affairiste, la brutalité et l'improvisation lors du démantèlement de l'ex-Allemagne de l'Est, par des capitaux privés de l'Ouest et d'autres pays.
    Quand on relit les déclarations des responsables politiques français avant les faits, on est frappé par les doutes et les réticences devant une éventualité marquée par tant d'inconnues. La gestion de ce redoutable héritage d'après-guerre n'était pas sans risque.
   L'accouchement fut difficile, après la chute du Mur, l'incertitude dominait.
L'inquiètude aussi dansles pays voisins européens, dans un climat de tension que nous avons oublié.
     Le succès de l'opération fut mitigé, avec une série d'erreurs, chères payées, dont le poids financier ne retomba pas que sur Bonn..
 La réunification fut jugée totalement asymétrique:
  ...la privatisation de l’économie est-allemande via un organisme spécialisé le Treuhand, dont la gestion ne fut pas exempte de diverses dérives. Plutôt que d’assainir dans la durée les entreprises publiques concernées, on les dépeça : 85% d’entre elles furent acquises par des Allemands de l’Ouest qui en prirent les commandes, y compris pour les liquider au plus vite ; 5% par des Allemands de l’Est. Des millions de kilomètres carrés de forêts et de terres arables furent de même cédées à très bon marché. Selon une plaisanterie répandue en ex-Allemagne de l’Est : « Les évènements de 1989 ont été une vraie révolution. Pourquoi ? Bah, Marx avait bien dit que la révolution mènerait à un bouleversement des rapports de propriété »
    Treuhand aux commandes: les bilans furent contrastés, les décisions souvent opaques, les pratiques parfois douteuses.
    Un  bilan mitigé, en tous cas. La polémique sur les modalités de la transition, qui fut une vraie déchirure, bien qu'atténuée aujourd'hui, n'est pas éteinte et il reste beaucoup à comprendre pour les historiens sur l'événement qui reconfigura l'Europe..La crise de l'euro aurait là une de ses origines importantes selon le journaliste allemand W.Münchau..
  Les écrivains furent  plutôt partagés sur le sujet.  On se rappelle comment le romancier Gunter Grass, lui, ne fit pas dans la dentelle. 
     Le dossier reste ouvert...
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samedi 7 octobre 2017

Point d'histoire

Allemagne: hier et aujourd'hui
                                      Le retour sur le passé, proche ou lointain, n'est jamais inutile pour comprendre le présent, du moins en partie et dans certains de ses aspects et ses lignes de force.
      Les dernières élections allemandes, qui ont vu la montée d'une contestation surtout d'origine des Länders de l'ex-Allemagne de l'Est, est à analyser à la lumière des conditions dans lesquelles s'est effectuée la réunification allemande, dont certains analystes reconnaissent que, bien qu'inéluctable, elle aurait pu se faire d''une autre manière, plus réfléchie, plus progressive moins brutale.
     Les traces économiques, culturelles et politiques de ce passage au forceps sont loin d'avoir disparu et on a oublié les rapports de forces géopolitiques de l'époque.
       La volonté de privatisation rapide et massive de l'Est et le démantèlement brutal des structures productives ont créé les conditions d'un ressentiment d'une partie de la population, touchée au plus profond de son identité qui s'était construite depuis la fin de la guerre, malgré l'attraction créée par l'autre côté du Mur.
  On a oublié aussi l'inquiètude de l'époque dans  les pays voisins européens, dans un climat de tension assez forte.
     Le succès de l'opération fut mitigé, avec une série d'erreurs, chères payées, dont le poids financier ne retomba pas que sur Bonn..
  La réunification fut jugée totalement asymétrique:
  ...la privatisation de l’économie est-allemande via un organisme spécialisé le Treuhand, dont la gestion ne fut pas exempte de diverses dérives. Plutôt que d’assainir dans la durée les entreprises publiques concernées, on les dépeça : 85% d’entre elles furent acquises par des Allemands de l’Ouest qui en prirent les commandes, y compris pour les liquider au plus vite ; 5% par des Allemands de l’Est. Des millions de kilomètres carrés de forêts et de terres arables furent de même cédées à très bon marché. Selon une plaisanterie répandue en ex-Allemagne de l’Est : « Les évènements de 1989 ont été une vraie révolution. Pourquoi ? Bah, Marx avait bien dit que la révolution mènerait à un bouleversement des rapports de propriété »
    Le Treuhand aux commandes, les bilans furent contrastés, les décisions souvent opaques, les pratiques parfois douteuses.
    Un  bilan mitigé, en tous cas. La polémique sur les modalités de la transition, qui fut une vraie déchirure, bien qu'atténuée aujourd'hui, n'est pas éteinte et il reste beaucoup à comprendre pour les historiens sur l'événement qui reconfigura l'Europe..La crise de l'euro aurait là une de ses origines importantes selon le journaliste allemand W.Münchau
Très coûteuse, la réunification allemande a imposé des déficits à l’Allemagne, et l’euro était une monnaie trop forte pour elle au moment où elle l’a adoptée, ce qui a suscité sa marche forcée vers la compétitivité pour essayer de compenser. Mais ce faisant, elle a gagné une productivité hors norme qui l’a coupée des autres pays européens et a contribué à renforcer l’euro, et c’est cet euro trop fort pour les pays de la périphérie de la zone qui a été le creuset de la crise de la dette.
       Les écrivains furent  plutôt partagés sur le sujet.  On se rappelle comment le romancier Gunter Grass, lui, ne fit pas dans la dentelle. 
          Les relations franco-allemandes  ne furent pas simples à l'époque et la diplomatie américaine joua un rôle déterminant sur les orientations de Bonn. 
      Les conséquences sur l'économie européenne ne furent pas nulles:
  Le coût de la réunification estimé à 1500 milliards d’euros explique en partie pourquoi l’Allemagne est aujourd’hui réticente à aider les pays du sud de l’Europe. Cependant, c’est l’Europe entière via le jeu des monnaies qui a subi l’ajustement allemand. Les fortes dépenses qui suivirent la réunification ont provoqué une forte inflation (5,1% en 1992), la Bundesbank a alors décidé unilatéralement de remonter son taux directeur à 9,5% pour freiner l’inflation. Or, la stabilité des taux de change faisant partie des conditions requises pour la création de l’euro, les Européens n’eurent d’autre choix que de faire de même. La remontée des taux entraîne une asphyxie de la croissance, et une augmentation du chômage (10% en 1993). La réunification suivie de la politique monétaire non coopérative allemande expliquent en partie la stagnation économique européenne du milieu des années 1990.
   Ajoutons que ce fut un atout pour l'industrie que cette ouverture vers un Hinterland économiquement favorable, du point de vue salarial comme de l'ouverture vers les anciens pays frères.
      La monnaie unique fut donc une chance pour Berlin, confronté à des défis de grande ampleur, mais qui furent finalement l'occasion de rebondir sur de nouvelles bases élargies, comme l'indiquait l'économiste allemand Wolfgang Munschau" Le résultat a été que pendant toute une décennie les politiques économiques allemandes se sont concentrées sur sa propre compétitivité par rapport aux états tiers plutôt qu’à un renforcement de la zone euro dans son ensemble. Et ceci a été la cause majeure de la crise"."
    Ce fut l'origine d'une mutation ambigüe.
         L'analyse que fait aujourd'hui Vladimir Giacché est particulièrement éclairante sur cette période déjà presque oubliée:
                  Vladimiro Giacchè est un économiste italien, actuellement président du Centre de recherche européenne de Rome. Fin connaisseur de l'Europe et de l'Allemagne, il est l'auteur d'un ouvrage original et riche sur la réunification allemande, Le second Anschluss – l'annexion de la RDA(édition Delga, 2015). Alors que l'Allemagne vient de voter dans le cadre d'élections législatives dont les résultats fragilisent Angela Merkel et quelques jour après le vingt-septième anniversaire de l'unité du pays, il a bien voulu répondre aux questions de L'arène nue. 
               "Les résultats des élections législatives en Allemagne ont révélé de profondes divergences entre l'Ouest et l'Est du pays. Dans l'ex-RDA, le parti AfD fait 21,5 %, et est arrivé second. Die Linke y a réalisé ses meilleurs score (16 % contre 9 % au niveau national). J'imagine que vous n'en être guère surpris. Comment l'expliquez-vous ?
___Aucune surprise, en effet. C’est la conséquence d’un pays qui reste toujours divisé vingt-sept ans après son unification, en même temps que d’un accroissement des inégalités sociales ces dernières années. Un citoyen qui vit en Allemagne de l’Est a deux fois plus de chances d’être chômeur que s’il vivait à l’Ouest. Et lorsqu’il travaille, il perçoit un salaire inférieur de 25 % à ce que perçoit un travailleur de l’Ouest.
     Cela n'a pas grand chose à voir avec l’incapacité supposée des Allemands de l’Est à travailler (car oui, cet argument a parfois été avancé). C'est au contraire lié aux modalités de l’unification allemande. C’est lié au fait qu’à la nécessité de réaliser rapidement l’unité politique, qu’à la nécessité idéologique de supprimer complètement la RDA, ont été sacrifiées des exigences économiques élémentaires, en particulier celle de sauvegarder autant que possible l’industrie et les emplois des citoyens de l’Est. On a pratiqué la politique de la tabula rasa, en établissant le taux de change à un contre un entre le mark de l’Ouest et le mark de l’Est. Ce faisant, on a mis l’industrie de la RDA hors-jeu. Par ailleurs, l’ensemble du patrimoine industriel de l'ex-RDA a été confié à une société fiduciaire, la Treuhandanstalt, qui l’a liquidé, créant instantanément des millions de chômeurs. Il est beaucoup plus facile de fermer une industrie que de la reconstruire. Mais depuis, on s'est hélas rendu compte que lorsqu’on désindustrialise un pays (la désindustrialisation de la RDA n’a aucun autre exemple en Europe en période de paix) les conséquences peuvent durer des décennies, sinon des siècles. Le «Financial Times Deutschland» du 18 juin 2008 affirmait d'ailleurs que pour aligner complètement les revenus des deux parties de l’Allemagne, il faudrait 320 ans…Il est dès lors normal que les citoyens qui vivent dans ces territoires se sentent abandonnés par la politique, et qu’ils expriment leur protestation par le vote. D'autant que comme on le sait, le pourcentage de pauvres (et de travailleurs pauvres – les working poors) en Allemagne a augmenté partout ces dernières années, et pas seulement à l’Est....
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mardi 3 septembre 2019

Péril en la demeure

Soucis d'outre-Rhin
                              Consternation à Berlin. Aux élections locales, l'AfD fait une poussée remarquée et redoutée dans certains Länder de l'Est, notamment au Brandebourg et en Saxe. Ce qui n'était pas tout à fait inattendu, étant données les tendances récentes.
   Une percée qui est le symptôme de ce qui est vécu dans certains milieux, surtout en zone rurale, comme un déclassement et une sorte de relégation.
   Le problème vient de loin. Les modalités de la transition d'après la chute du Mur ne sont pas encore digérées et les insatisfactions s'expriment maintenant sans complexe. Ce qui fait trembler la grande coalition.
   L'Afd se classe ainsi au deuxième rang avec 27,5 % des voix. Il s'agit d'un quasi-triplement des voix par rapport au scrutin de 2014. Ce qui a fait dire à Jörg Urban, la tête de liste de l'AfD en Saxe, que ce scrutin marquait un « jour historique » : « Notre jeune parti a déstabilisé la forteresse de la CDU en Saxe », a-t-il lancé. 
   Cela n'annonce rien de bon, surtout dans le contexte économique peu brillant actuellement en Allemagne, où la récession guette, où l'on cherche à relancer l'économie. Une crise structurelle qui fragilise le "modèle allemand" aux pieds d'argile.
   Parmi les soucis d'Angela, il n'y a pas seulement ceux qui touchent à une économie surtout mercantiliste montrant des signes de défaillance, voire de recul, le contexte géopolitique aidant.
  Il y a aussi des signes inquiétants: la montée continue de l'extrême droite , surtout dans l'Est du pays, en Saxe notamment:
        ...Aux côtés du raciste Björn Höcke, à la tête de l'AfD en Thuringe (centre de l'Allemagne), les deux têtes de liste Andreas Kalbitz (Brandebourg) et Jörg Urban (Saxe) sont des piliers du courant identitaire nommé « L’Aile » (Die Flügel), bien connu pour ses contacts avec les milieux néonazis.
       D’année en année, cette « aile » gagne en influence au sein du parti et se bat de moins en moins souterrainement contre l’aile « modérée » du parti. Selon les experts, Andreas Kalbitz, un ancien para venu de l’Ouest, à la pensée très radicale, pourrait briguer la coprésidence du parti lors du congrès annuel de décembre.
   Ces régionales, qui seront suivies d'une troisième élection en Thuringe le 26 octobre, risquent une fois de plus de mettre en lumière les divisions internes de la CDU (droite) et la descente aux enfers du SPD (sociaux-démocrates), partis associés dans une coalition au fédéral.... 
      Ce n'est pas tout à fait une surprise:
           ...Le succès de l’AfD en ex-RDA est un symptôme. Il se nourrit d’inquiétudes liées à la situation socio-économique des Länder de l’Est, où la population vieillit plus vite qu’à l’Ouest, où le chômage est en moyenne de 6,6 % (contre 4,7 % à l’Ouest), où le revenu moyen par habitant est de 29 477 euros (contre 40 301 euros à l’Ouest), et où se trouvent les sièges sociaux de seulement 37 des 500 plus grandes entreprises du pays. Il prospère également sur des frustrations, le sentiment d’un manque de reconnaissance et de visibilité. Un exemple : sur les dix-sept ministres du gouvernement fédéral, une seule, Angela Merkel, a sa circonscription en ex-RDA...
     L'histoire de la réunification allemande, de ses modalités discutées, des paris de Schröder, des inégalités parfois criantes, du manque d'investissements internes et de leurs conséquences expliquent largement cette dérive, qui n'inquiète pas que Berlin.
  Les pratiques ultralibérales du Treuhand après la réunification sont loin d'avoir laissé de bons souvenirs. Le Treuhand aux commandes, les bilans furent contrastés, les décisions souvent opaques, les pratiques parfois douteuses.
          Fin de l'angélisme? L'histoire aurait pu s'écrire autrement.
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