Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!

vendredi 2 janvier 2026

L'empire en pire?

Russie: Peut-on parler d'un despotisme impérial?                                                                                                                                                        Ce terme est-il encore approprié?       C'est plus qu'une question de  sémantique...                                                         Oui, si l'on tient compte du sens que lui donne l'historienne Sabine Dullin et des nuances qu'elle apporte.   Une déjà longue histoire...Le "despotisme" est une notion négative que les dirigeants russes eux-mêmes n’assumeraient pas. Elle est le plus souvent utilisée par les détracteurs du pouvoir russe... Pourtant, Déjà Karl Marx, qui prit fait et cause pour les insurgés polonais en 1830 comme en 1863, dénonçait le danger que faisait peser la « sombre puissance asiatique sur l’Europe », dont l’art de la servitude, qu’il jugeait hérité des Mongols, servait une conquête sans fin. ____Qu'en penser, sans caricature ni ostracisme?   

                                                                   Point de vue:        "...Les

Les récentes déclarations russes, arguant d’une douteuse attaque de l’Ukraine contre une résidence de Vladimir Poutine, ont pour finalité de justifier un durcissement de la position de négociation de Moscou. Elles rappellent à quel point la « paix » recherchée en Ukraine dépend avant tout du président russe, qui a déclenché cette guerre pour mieux asseoir son système autoritaire, et l’a légitimée par des motifs clairement impérialistes, voire coloniaux.          Le récent ouvrage de Sabine Dullin, Réflexions sur le despotisme impérial de la Russie (Payot), a pour intérêt d’offrir une perspective de longue durée à l’exercice du pouvoir par Vladimir Poutine. Celui-ci, à la lire, ne fait que reproduire un carcan dans lequel « l’identité russe est enfermée depuis des siècles ».                                                                                    De manière originale, le livre est composé de deux parties. La première est une synthèse écrite par l’historienne, professeure à Sciences Po, dans laquelle elle démontre que « l’autocratie et l’empire se sont nourris l’un l’autre » de manière récurrente. La seconde est un recueil de textes rédigés par des observateurs extérieurs du pays, entre le XVIe et le XXIsiècles, traitant de ce Sonderweg (« chemin spécifique ») russe à partir de points de vue nationaux et idéologiques différents.                                                                                                                          Sabine Dullin rappelle que l’expansion initiale de la grande-principauté de Moscou, avant le couronnement d’Ivan IV comme « tsar » en 1547, s’est faite en parallèle d’une consolidation interne du pouvoir central, et dans une filiation revendiquée avec l’Empire byzantin. Si le pouvoir russe a partagé des traits absolutistes avec d’autres modèles en Europe (dont la France), l’asservissement des paysans a contrasté avec la sortie de la féodalité expérimentée à l’ouest du continent.                                                                                                                                                                    À la tête d’un immense empire multinational, étendu jusqu’en Extrême-Orient et jusqu’à la mer Noire, les tsars de la dynastie des Romanov ont fait, au XIXe siècle, « figure de chef[s] contre-révolutionnaire[s] de l’Europe des princes ». Les troupes et les espions russes ont ainsi contribué à la répression des peuples et des classes ouvrières en dehors de leurs frontières. De quoi inspirer à Karl Marx une défense de la nation polonaise contre une Russie revêtant régulièrement « l’habit […] du sauveur prédestiné de l’ordre ».                     Sans reprendre le vocabulaire essentialiste du philosophe allemand, qui n’hésitait pas à parler de « barbarie asiatique », le géographe anarchiste Élisée Reclus réagissait quelques années plus tard à la révolution avortée de 1905 en présentant les ferments de déstabilisation du régime russe. « La cause première de l’instabilité de toute la nation russe provient du servage et de l’injuste répartition des terres, écrivait-il. Mais une [autre] question s’agitera forcément, celle des peuples de langues différentes, de consciences nationales distinctes [et] asservies. »                                      1917, par contraste avec 1905, fut une révolution réussie en tant qu’elle déboucha sur une redistribution radicale du pouvoir social. Mais s’il changea de mains, sa monopolisation par un centre impérial fut rapidement reconduite, loin des promesses initiales de Lénine et de ses camarades bolcheviks. Sabine Dullin résume ici ce qu’elle avait brillamment développé dans un précédent ouvrageL’Ironie du destin. Une histoire des Russes et de leur empire (Payot, 2021).                                                    Non seulement aucune des formes démocratiques qui s’étaient esquissées en 1917 ne vit le jour, « un absolutisme d’un jour nouveau », exercé par un parti unique, s’y étant substitué, mais les « velléités postcoloniales » des premières années de l’Union soviétique firent également long feu, anéanties par une politique d’annexion, de prédation et de persécutions contre les peuples périphériques, en particulier sous Staline.              Après la victoire contre les nazis, le credo anticolonial prêché à l’extérieur n’empêchait pas, à l’intérieur du bloc soviétique, l’application de discriminations ethniques et de la théorie de la « souveraineté limitée » des prétendues « démocraties populaires ». Et c’est une guerre de type colonial, en Afghanistan au cours de la décennie 1980, qui contribua à l’effondrement du régime prétendument communiste. Avec Mikhaïl Gorbatchev, note Sabine Dullin, « les périphéries de l’empire furent les plus réceptives aux nouvelles possibilités de changement et entamèrent, avec leur démocratisation, leur décolonisation ».                                                      Pour la Russie, cœur de l’empire qui se détacha également de l’Union soviétique en décembre 1991, les choses étaient plus compliquées. D’une part, sa « libération » s’est accompagnée du développement d’un discours mensonger et xénophobe faisant de la Russie la victime d’un système ayant profité aux « non-Russes ». D’autre part, la Russie est restée une fédération multinationale et il fallut moins de cinq ans pour que le front d’une « guerre coloniale » s’ouvre en Tchétchénie.   C’est dans cette configuration que s’est édifié le pouvoir de Vladimir Poutine. Despotisme et impérialisme allant toujours de pair, ce dernier a fait coïncider sa « verticale de la peur » avec l’écriture d’un récit historique falsificateur, afin de s’ouvrir le droit de reconstituer un « monde russe » indûment fragmenté.                                                                                              La traversée historique que propose Sabine Dullin est convaincante, même si des développements auraient été bienvenus pour distinguer plus précisément les dimensions « multinationale » et strictement « coloniale » de l’Empire russe, et préciser à quels territoires elles se sont appliquées à travers les siècles.    Concernant la notion de « despotisme », Sabine Dullin note elle-même à quel point elle se prête à des dérives essentialisantes, en « orientalisant » la Russie et en la figeant dans une altérité rassurante. Pour sa part, l’historienne entend user du mot en ayant conscience du « miroir tendu à l’Europe, lui renvoyant ce qu’elle fut : coloniale, impérialiste et fasciste, et ce qu’elle pourrait bien redevenir : antidémocratique ». Les alliances et les échanges de pratiques autoritaires et dominatrices démentent toute étanchéité géographique en la matière.                                            C’est ce que notait l’intellectuel russe Ilya Budraitskis dans un texte donné à l’automne 2022 à la revue Spectre. Le régime poutinien, expliquait-il, a suivi en deux décennies une évolution graduelle depuis un « autoritarisme néolibéral dépolitisé » jusqu’à une « dictature brutale » – ce qu’il qualifie de « développement grotesque à partir de la “normalité” d’une société capitaliste, quand elle est sujette aux crises économiques, aux inégalités sociales massives et à un ordre maintenu à travers la répression ».                                                                            Ce qui nous amène à une autre limite du terme de « despotisme », qui tend à confondre les dynamiques très différentes des régimes qui se sont succédé en Russie. Qualifier de « despote » Nicolas II, Staline ou Poutine n’est pas inexact, si l’on cherche à désigner un pouvoir personnel autocratique. Mais leur férule respective, tout en réinvestissant certains instruments de pouvoir et certains imaginaires les ayant précédés, ne s’est pas exercée dans les mêmes cadres.    Les tsars régnaient dans des régimes hiérocratiques, c’est-à-dire en prétendant tirer leur puissance d’un principe sacré supérieur, religieux en l’occurrence – d’où la formule « orthodoxie, autocratie, esprit national » des Romanov, rappelée par Sabine Dullin. Les dirigeants soviétiques ont exercé le pouvoir au nom d’une idéologie séculière devenue totalitaire, et dans une structure de classe moderne au sein de laquelle les « cadres organisateurs » ont écrasé à la fois la bourgeoisie et le petit peuple pour jouir de leurs privilèges.            ___________Poutine, lui, tire sa domination de ses ressources passées dans les services secrets et de celles extraites d’un capitalisme rentier perclus de pratiques mafieuses. L’enrôlement de l’Église orthodoxe et l’exaltation nationaliste sont des expédients qui cachent mal l’absence initiale d’utopie mobilisatrice ou d’une sacralité largement admise dans la population.                                                                                         Il reste ce constat qu’à chaque changement de régime le cadre impérial, voire colonial a persisté, et donc nécessairement le caractère autocratique. « Je pense que le colonialisme et l’identité coloniale russes ne sont pas réformables, tout comme le communisme ne l’était pas »confiait d’ailleurs l’historienne Botakoz Kassymbekova au Kyiv Independent, en décembre de l’année dernière. Échapper à la récurrence infernale du despotisme impérial nécessite, pour les Russes, d’affronter cette question. " [ Merci à Fabien Escalona_ Mediapart_ Souligné par moi_]                                                                                                                                                _____       Bibliographie:   Mer Noire convoitée   ___  Géopolitique de la Russie  __ La grande Catherine   ___ L'Ukraine en tenailles ___ La verticale du pouvoir __ Marx et la Russie (Notamment à partir de ici) ___ La question russe __ The First Russian Revolution: The Decembrist Revolt of 1825 (« la première révolution russe : la révolte décembriste de 1825 », Reaktion, non traduit) __ _____________


Aucun commentaire: