La confiance n'y est plus
C'est la brutalité à sens unique. L'homme est dangereusement imprévisible. Le divorce s'accentue. De quoi affoler le mondes des affaires
si la rupture doit s'accentuer. Faire son deuil?...C'est une ère de défiance qui commence. Certains relativisent: ce n'est pas la première fois et la période faste de mondialisation était sans doute destine à être une exception.....
"... Les USA ne sont plus considérés comme sûrs. C'est sans doute la seule force qui peut contraindre Donald Trump à changer de position, à limiter son ivresse de pouvoir : les marchés. Mais à la différence du Liberation Day – ce jour d’avril où le président états-unien avait lancé sa guerre commerciale mondiale –, les marchés en ce début d’année semblaient indifférents à l’instabilité grandissante du monde. Les tensions géopolitiques et financières ont pourtant atteint une intensité inégalée. La confiance a disparu. En confirmant ses menaces sur le Groenland, le président états-unien ébranle un des piliers qui ont assuré la domination économique et financière américaine : les États-Unis ne sont plus considérés comme sûrs. .....
???Tous les marchés ont plongé dans le rouge, mais aux États-Unis encore plus qu’ailleurs. À Wall Street, les grands indices boursiers ont effacé tous les gains enregistrés depuis le début de l’année. Le Dow Jones a baissé de 1,8 %, le S&P 500 de 2,1 %, le Nasdaq de 2,4 %. Les sanctions ont été beaucoup plus sévères pour les groupes de la high tech et du numérique. Le géant mondial des puces, Nvidia, a reculé de 4,3 %, Apple de 3,46 %, et l’informaticien Dell a perdu plus de 7 %.
Le véritable avertissement a été donné ailleurs, sur les bons du Trésor états-uniens. Le taux des obligations états-uniennes à trente ans est passé au-dessus de 4,95 %, celui des bons du Trésor à dix ans est au-dessus de 4,3 %. Établis par les marchés en fonction de l’offre et de la demande – à la différence des taux courts fixés par la Réserve fédérale –, ils indiquent un niveau de défiance palpable : les taux états-uniens sont désormais parmi les plus hauts des pays occidentaux.
Dans le même temps, le dollar a continué à se déprécier par rapport aux autres devises – il ne vaut désormais que 0,86 euro – tandis que l’or poursuit son ascension himalayenne : l’once est à plus de 4 864 dollars. Elle était à 2 770 dollars il y a tout juste un an.
L’annonce de Donald Trump, dans son discours très attendu de Davos le 21 janvier, que les États-Unis ne recourraient pas « à la force » mais qu’ils voulaient engager des négociations « immédiatement » pour s’emparer du Groenland, a à peine inversé la tendance. À l’ouverture de Wall Street, le S&P 500 progressait de 0,3 %, le Nasdaq de 0,2 %, et l’or continuait à monter.
L’administration Trump refuse d’y voir un signal, encore moins une mise en garde du monde financier. À Davos, le secrétaire au Trésor états-unien, Scott Bessent, a balayé toutes les critiques ou même les questionnements sur la politique de Donald Trump, sur ses prétentions à vouloir s’emparer du Groenland et la remise en cause de l’Otan. Tout est sublime, forcément sublime. Pour lui, la chute des bons du Trésor états-uniens n’est en aucun cas liée aux décisions de la Maison-Blanche mais aux ventes énormes intervenues sur le marché japonais...
;;;Les observateurs et les analystes ont une autre lecture. « Je pense que quand nous nous retournerons sur ce moment, nous considérerons avec le recul qu’il a marqué un point de bascule », confie au Wall Street Journal Adam Posen, président de l’Institut Peterson.
Longtemps incontestée, la domination monétaire, financière et économique états-unienne ne va plus de soi. La Chine, au travers des Brics notamment, remet en cause depuis plusieurs années déjà la suprématie du dollar. Mais personne ne s’attendait à ce qu’un président états-unien porte les coups les plus durs, les plus dangereux, contre cette domination financière et économique.
Une vraie crise de confiance s’est nouée depuis le retour de Donald Trump. L’engagement des guerres commerciales avec ses alliés d’autrefois, ses décisions unilatérales d’extorsion et d’appropriation, la remise en cause des alliances passées, à commencer par l’Otan, au-delà des désordres provoqués, créent un sentiment de malaise : les États-Unis ne sont plus aussi sûrs qu’auparavant. La lente chute des bons du Trésor états-uniens depuis un an, considérés jusqu’alors comme l’actif le plus sûr du monde, de même que la baisse des réserves en dollars dans les banques centrales illustrent cette défiance grandissante.
« Vendre les États-Unis » est même devenu un mot d’ordre chez certains analystes. Même si l’argent du monde entier continue d’affluer sur les marchés états-uniens, un certain ralentissement apparaît dans tous les secteurs. Et c’est encore plus vrai dans les échanges commerciaux, où la domination du dollar comme unique monnaie de réserve s’effrite. « Il existe des canaux pratiques et efficaces qui ne se limitent pas aux canaux du dollar états-unien », relevait à Davos le directeur général de Standard Chartered, Bill Winters, justifiant les besoins de diversification par l’émergence d’un monde multipolai
La montée des tensions avec l’Union européenne (UE) pourrait encore accélérer le mouvement. Dès le 18 janvier, un analyste de la Deutsche Bank publiait une note en réaction aux annonces des hausses de droits de douane imposées au Danemark, à l’Allemagne, à la France, à la Grande-Bretagne, à la Finlande, à la Suède et à la Norvège pour les punir de s’opposer aux volontés trumpiennes de s’emparer du Groenland.
Les sommes engagées par le fonds de pension danois représentent une goutte d’eau dans la masse des investissements européens : à peine 100 millions de dollars. Mais si l’exemple danois faisait tache d’huile, ce serait une autre histoire. L’Europe détient plus de 8 000 milliards de dollars d’actions et d’obligations états-uniennes, soit le double de tous les investissements détenus par les investisseurs étrangers dans le monde.
Alors que le gouvernement états-unien a plus besoin que jamais d’argent pour financer ses déficits et ses investissements, la menace d’un retrait de l’épargne européenne constituerait une catastrophe pour l’administration Trump. Le secrétaire au Trésor états-unien exclut par avance ce scénario. « Je n’ai aucune inquiétude. Je vois nos adjudications. Nous enregistrons des investissements étrangers record », a-t-il déclaré, avant d’assurer que le président de la Deutsche Bank s’était désolidarisé de la note de son analyste.
Les observateurs sont beaucoup moins affirmatifs. Si tous excluent une liquidation éclair des actifs européens, ils envisagent très bien un découplage plus ou moins rapide, la domination états-unienne étant devenue une menace pour tous les alliés. « Nous sommes au milieu d’une rupture et non d’une transition », a insisté le premier ministre canadien – auparavant ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre –, Mark Carney, ovationné à la fin de son discours mardi à Davos.
Pour les États-Unis, cette rupture risque d’être au moins aussi lourde que pour ses alliés. Pendant des décennies, en contrepartie d’une stabilité économique et financière, ces derniers ont accepté d’apporter leur épargne, d’investir aux États-Unis, de financer les déficits états-uniens, de soutenir le dollar. Jamais pays n’avait bénéficié de tels privilèges. Même si le statut des États-Unis était en train de s’éroder avec l’émergence d’un monde multipolaire, il conservait encore une grande importance. Depuis un an, Donald Trump est en train de tout mettre à bas." [Martine Orange] ______________
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