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lundi 3 août 2026

Services publics (suite)

Pas de fatalité

          Dans le sillage de la révision des politiques publiques inaugurées par N.Sarkozy et F.Fillon, dans le contexte néolibéral inauguré plus tôt tendant à réduire, parfois drastiquement, le rôle de l'Etat, dans des domaines parfois cruciaux, les services publics, ou encore appelés tels, parfois réduits à la portion congrue, sont devenus des cibles de choix...

           Le manque de moyens apparus lors des incendies en cours, sans parler de l'état souvent désastreux de nos hôpitaux, a mis en évidence une nouvelle fois l'état dégradé de nos services publics. Tout cela est le processus de choix politiques qui ne sont pas si lointains et qui ont provoqué un infléchissement de l'engagement de l'Etat sous l'effet de choix néolibéraux. Réduire les coûts, quelles qu'en soient les conséquences, diminuer les personnels et les crédits alloués, sans perspectives à long terme, sinon favoriser le secteur privé,  libéraliser à tout va, dans le sens contraire des objectifs fixés initialement. N. Sarkozy et F.Fillon, qui se comparait à M. Thatcher, ont donné le ton, avec quelques précautions oratoires d'usage. Le logiciel est resté inchangé, malgré quelques aménagements circonstanciels.                        Depuis l’instauration de la révision générale des politiques publiques (RGPP) imaginée par Nicolas Sarkozy à son arrivée à la présidence en 2007 – devenue par la suite modernisation de l’action publique (MAP) –, la feuille de route du ministère des finances n’a pas changé. Chaque loi de finances est l’occasion de donner un coup de rabot supplémentaire dans les services publics, considérés comme dépensiers et improductifs, de supprimer des effectifs, de lancer des réorganisations permanentes alimentant l’impuissance.                                                                                                                                                                                            Point de vue           « Le logiciel gouvernemental reste le même : il faut réduire la dépense publique. Alors que les besoins augmentent, qu’il faudrait investir massivement pour faire face aux dérèglements climatiques, on assiste à un définancement des services publics. À l’exception de l’intérieur, de l’armée et, dans une moindre mesure, de la justice, mais dans des proportions nettement insuffisantes, tous les budgets des services publics sont en baisse », relève Marie Pla, coporte-parole de l’association Nos services publics, qui documente depuis plusieurs années la mise à sac de nos biens communs.                                     Aussi essentielle soit-elle, la sécurité civile n’a pas échappé à la règle. Vivement critiqué par toutes les oppositions pour le manque de moyens dévolus aux pompiers, le gouvernement se défend d’avoir sacrifié la sécurité de la population et des territoires.   Du côté de Renaissance, on assure que « depuis 2017, les moyens pour la sécurité civile ont été augmenté de plus de 70 % », et notamment chez l’ancien premier ministre Gabriel Attal, sur la sellette après avoir annulé, en 2024, la commande de deux canadairs, pourtant promis en 2017 (lire l’encadré).                             Les chiffres relativisent, toutefois, l’effort de l’État. Il consacre chaque année 800 millions d’euros à la sécurité civile. C’est presque soixante fois moins que le budget de l’armée. Cela représente à peine 10 % des dépenses totales pour les services incendies et de sécurité.  Car l’essentiel est payé par les départements et les collectivités locales. Mais depuis des années, le budget stagne autour de 7 milliards d’euros. « On dépense [deux ou trois fois plus] pour nos déchets » que pour la lutte contre les incendies, constate le député La France insoumise (LFI) Damien Maudet, coauteur de deux rapports sur la sécurité civile...Alors qu’en 1983 la France disposait de 24 canadairs, elle en possède deux fois moins aujourd’hui. Et encore, près de la moitié est clouée au sol. En effet, Sabena Technics, la société sous-traitante chargée de la maintenance, n’a pas tenu ses engagements de disponibilité à l’été, faute de pièces détachées suffisantes, comme l’a expliqué Éric Durand, secrétaire général adjoint du Syndicat du personnel navigant de l’aéronautique civile dans Le Monde.      Au mieux, la France disposera de deux nouveaux appareils en 2030-2032. Le constructeur canadien De Havilland a arrêté la production des canadairs en 2017, faute de commandes suffisantes. Il a accepté de la relancer en 2019 après que l’Union européenne (UE) lui a passé commande de 24 canadairs dans le cadre du plan « Reset ». Mais il a les plus grandes difficultés à retrouver son rythme de production antérieur.   À voir les délais imposés pour seulement obtenir deux avions, la situation est inexplicable. Alors que le secteur aéronautique français est reconnu dans le monde, pourquoi le gouvernement ne lui a-t-il pas demandé de plancher sur des projets de bombardiers d’eau ou de drones capables de lutter contre les feux de forêt ? Pourquoi lui a-t-il préféré De Havilland ?         Certains expliquent que les grands constructeurs aéronautiques ne sont pas tellement intéressés par des projets qui, pour l’instant au moins, ne représentent que des marchés de niche. Le gouvernement français n’aurait donc pas eu d’alternatives industrielles. Dans les faits, elles existent, comme le relève le rapport parlementaire « sur la stratégie de renouvellement de la flotte aérienne de la sécurité civile ». L’entreprise Hynaero est en train de développer un bombardier d’eau dit Frégate F-100, avec le soutien d’Airbus.  Mais le projet le plus avancé est celui mis au point par les ingénieurs de Positive Aviation à Toulouse. Il consiste à transformer des modèles de l’ATR-72, avion de transport régional, en bombardiers d’eau, ce qui permet de réduire les coûts de production. Le premier avion sera disponible en 2029.    Ce qu’il manque pour que ces projets décollent vraiment ? « Le soutien de l’État et des commandes publiques », dit le député insoumis Damien Maudet, coauteur d’un rapport à ce sujet. Même Bpifrance, la banque publique d’investissement, ne semble s’engager qu’avec précaution.     Alors que les moyens stagnent, les charges, elles, explosent. Elles ont augmenté en moyenne de 30 % sur les dix dernières années. D’autant que les services de sécurité doivent assumer de nouvelles missions, comme le transport de malades, à la suite des demandes du gouvernement de centraliser les appels d’urgence afin d’éviter l’engorgement des services d’urgence hospitaliers et de diminuer le coût des ambulanciers privés.       « Cela nous mobilise pendant 80 % de notre temps », dénoncent les syndicats de pompiers. Mais ces missions supplémentaires ne sont pas compensées par les caisses d’assurance-maladie.     Résultat ? Des services de sécurité sous tension permanente ; des pompiers mal payés et mal considérés qui ne veulent plus renouveler leur engagement volontaire après cinq ans ; des équipements hors d’âge et insuffisants ; des moyens financiers qui se réduisent comme une peau de chagrin, au point que certains départements ne peuvent leur acheter des masques filtrants pour les protéger.  Cette description de leurs conditions de travail faite par les pompiers pourrait tout aussi bien être faite par les professeur·es, les personnels de santé, les chercheurs et chercheuses, les personnels pénitentiaires et tant d’autres, tant le secteur public souffre d’un sous-investissement chronique.Pressées de toutes parts, les collectivités territoriales – départements et villes – disent qu’elles ne peuvent guère faire plus. Au nom de la rigueur budgétaire, les gouvernements successifs n’ont cessé de rogner leur autonomie financière et de renforcer la tutelle de Bercy, en les privant de recettes indépendantes (suppression des taxes professionnelle et d’habitation, par exemple) et en ne compensant pas intégralement le manque à gagner. Le ruissellement espéré par ces suppressions d’impôt devait participer à cette compensation. Il est toujours attendu.                                  Dans le même temps, l’État n’a cessé de leur demander d’assumer de nouvelles charges, sociales pour l’essentiel. En 2022 et 2023, deux rapports de l’Assemblée des départements de France (ADF) décrivaient « un système à bout de souffle » et demandaient une remise à plat du système de financement de la sécurité civile. Les catastrophes en cours les amènent à renouveler leur alerte.  « On ne peut pas demander aux départements d’investir toujours davantage alors qu’eux-mêmes sont au bord de l’asphyxie financière. À force d’attendre, c’est notre capacité collective à protéger les Français qui est fragilisée », dit François Sauvadet (UDI), président de l’ADF.                Jusqu’alors, le gouvernement a joué la montre. La dernière grande loi de programmation de la sécurité civile remonte à 2003, reposant sur des bases de taxation à partir des immatriculations qui n’ont jamais été révisées et sont devenues obsolètes. Depuis lors, plus rien.                                                                                              Un Beauvau de la sécurité civile, qui a bien été réuni en 2025, était censé aboutir à une grande réforme permettant la remise à plat du système de financement du secteur. Promis début 2026, le texte a été renvoyé aux calendes grecques, comme le dénonce la députée écologiste Sandra Regol, autrice de nombreuses propositions de loi sur le sujet.                     « La sécurité civile, ce n’est pas un sujet politique. Après l’été, tout le monde oublie les feux de forêt et on passe à autre chose », constate l’insoumis Damien Maudet. Sans guère rencontrer d’opposition, le gouvernement a pu ainsi réécrire une disposition adoptée au Parlement accordant des trimestres supplémentaires pour le calcul de retraite des pompiers. Au lieu de six trimestres supplémentaires, l’exécutif a décidé mesquinement de limiter la compensation à trois trimestres au bout de quarante années de service volontaire. La mesure devait concerner une poignée de pompiers. C’est ce qui s’appelle une gestion « en bon père de famille », sans doute.                                               Dans le même élan, outre la suppression de la commande de deux canadairs en 2024, le gouvernement a décidé, dans sa réécriture du budget 2026, de supprimer l’amendement prévoyant l’achat supplémentaire de retardateur d’incendie, dispersé aujourd’hui lors des vols d’A400M. Il a déjà prévenu les collectivités territoriales qu’elles seraient associées aux nouveaux efforts de réduction du déficit et devaient prévoir des budgets en baisse.    Le nouveau maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, peut désormais mesurer les effets de ses réductions budgétaires, dont il était un fervent défenseur quand il était ministre des comptes publics (2023-2024). Aujourd’hui, il réclame l’aide de l’État. « Quand on fera l’addition financière des catastrophes de cet été, il est probable, compte tenu de l’ampleur des sinistres, qu’elle sera plus élevée que le budget consacré à la sécurité civile », prédit Damien Maudet. Mais Bercy ne compte jamais comme cela : il note les dépenses mais jamais ce qu’elles apportent ou les dégâts qu’elles évitent.                                                                                                                           Une erreur, selon le député socialiste Philippe Brun. Reprenant une idée émise dans un des rapports parlementaires, il préconise que l’État évalue aussi le montant des catastrophes évitées grâce au système public de protection civile et que les assurances participent à son financement.                                                                                     À peine émise, l’idée paraît déjà mort-née. Par principe, le gouvernement se refuse à demander au privé de participer à l’effort général. Et s’il s’est tant désintéressé de la sécurité civile ces dix dernières années, c’est que ces missions ne peuvent pas être déléguées au privé, qu’il n’y a pas moyen d’en tirer profit. Au contraire. Ce ne sont que des externalités négatives qu’il importe de faire supporter au public.                     Quand les missions de service public peuvent être déléguées au privé, l’État s’empresse de les encourager, quel qu’en soit le prix pour la collectivité. Alors que les moyens et les effectifs diminuent partout, les transferts de financement et l’externalisation des missions de service public n’ont jamais été aussi nombreux. Selon les calculs de Nos services publics, l’externalisation s’élève désormais à 160 milliards d’euros par an.                                                                                                                   Tout y passe : de l’établissement des cartes grises, qui donne lieu à des fraudes gigantesques, à la perception des amendes, en passant par certaines tâches douanières ; les réseaux de cliniques privées prospèrent sur le dos du système de santé ; les transporteurs ferroviaires concurrencent la SNCF sans assumer aucune charge pour l’entretien du réseau ; les producteurs indépendants d’électricité sont assurés d’une rente garantie sans aucune obligation, tandis qu’EDF paie toutes les charges.                                                                                                                                            Tandis que les fermetures de classes s’accélèrent dans l’Éducation nationale, les financements de l’enseignement privé ne cessent d’augmenter et dépassent désormais celui de la sécurité civile. Quelques dizaines de milliers d’élèves valent bien qu’on leur consacre plus d’argent qu’à 66 millions d’habitant·es.                                   « Il serait temps de se poser la question de l’efficacité de la dépense publique. Car l’État verse de l’argent au privé sans contrôle, sans évaluation. Ces dépenses doivent être conditionnées, voire, pour certaines, totalement supprimées », dit Marie Pla.  En tout cas, cette politique de réduction du secteur public et de transfert au privé n’a pas permis de diminuer l’endettement : en dix ans, il s’est accru de 1 300 milliards d’euros. Aucun gouvernement n’a affiché un bilan aussi désastreux.                                      Le gouvernement ne semble pas prêt à en prendre le chemin. Les ravages forestiers pourraient même lui donner l’occasion d’étendre encore la politique de mise en coupe réglée des services publics. Depuis quelque temps, l’Office national des forêts (ONF), lointain héritier des services royaux institués par François Ier pour protéger le domaine patrimonial forestier, est entré dans le champ d’intérêt d’Emmanuel Macron.      Une vaste réforme de l’organisme a été entreprise. Objectif : faire le plus d’argent possible en se mettant au service des intérêts privés. Un tiers des effectifs de l’ONF a été supprimé, créant un malaise interne profond. « L’État fait obligation aux propriétaires de débroussailler ses terrains. Mais il n’est pas sûr que l’ONF soit lui-même en capacité de le faire, tant il a supprimé d’emplois », dénonce Damien Maudet.                                                                                                                                  Avec les incendies, le chef de l’État voit une occasion d’accélérer son projet. Comme après l’incendie de Notre-Dame, il a promis, lundi 27 juillet depuis la Gironde, de reconstituer la forêt disparue, mais une « forêt différente » qui tienne compte des changements climatiques, ainsi que de la pression urbaine. Ce même jour, lors du conseil des ministres, il a rappelé qu’il s’agissait d’« un enjeu de premier plan ».                                                                                                                       La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, semble poser les premiers jalons de cette ambition présidentielle. Le week-end des 25 et 26 juillet, alors que les habitant·es, les pompiers et les autorités étaient en pleine panique dans la région bordelaise, elle a annoncé la création d’un fonds, associant public et privé, pour préserver et replanter les massifs forestiers en France, afin de les rendre plus résistants aux dérèglements climatiques. Elle pourrait surtout donner lieu à une vaste redistribution territoriale et foncière entre public et privé.  Les expériences récentes de ce mélange public-privé pour défendre des enjeux climatiques ou environnementaux, que ce soit dans l’énergie, l’automobile ou ailleurs, aboutissent souvent aux mêmes résultats : à la fin, ce sont toujours la vision et les intérêts privés qui priment, et le public paie, surtout en cas d’échec. Nos biens communs, nos services publics, l’intérêt général et, désormais, comme le prouvent les catastrophes en cours, notre sécurité valent mieux que cela..."(Martine Orange _ Merci à Médiapart)     _________    

lundi 16 février 2026

Ehpads (toujours) en question

Repenser le système      (notes)

              Une nécessité et des risques. Ce n'est pas un investissement comme les autres. Un investissement qui ne pourra que croître.                                                                                                                                           Trop de business, parfois sans contrôles suffisant.   Le scandale Orpea a montré certaines dérives majeures et parfois l'absence criant de moyens.   Les ambitions ne manquent pas...mais les financements sont à repenser, dans le cadre d'un système de sécurité sociale repensé et élargi. On peut juger uns société au sot qu'elle réserve aux anciens.

          Après l'or noir en déclin, voici le temps de l'or gris.
                                   Celui de l'extrême vieillesse et de la dépendance, qui donne lieu trop souvent à un marché lucratif.
   Le plus souvent, surtout dans le secteur entièrement privatisé, où il est conseillé d'investir (comme dans le secteur de l'industrie pharmaceutique, le plus profitable de tous).


    C'est un "marché" qui ne pourra que grandir un peu partout, vu les évolutions démographiques, notamment en Europe. De très bons dividendes promis très souvent. Des marges confortables. Korian caracole en tête.
     Un nouveau business est né et se développe. Des Ehpad privés, parfois de luxe, où les services ne sont pas meilleurs qu'ailleurs, dans le secteur public ou semi-public. L'épisode passée de la crise que nous vivons a montré il y a quelques mois dans quelle situation d'abandon beaucoup se sont retrouvés du point de vue sanitaire et humain.
      Une nouvelle poule aux oeufs d'or se développe, sans que l'Etat, malgré ses aides, ne s'oppose. Au contraire, il a laissé la finance investir ce nouveau terrain prometteur..
                                    Il a fallu attendre début avril pour que les résidents décédés commencent à être comptabilisés comme victimes du coronavirus et il a fallu du temps pour que le personnel des Ehpads soient préparés et équipés ne serait-ce que de simples masques. Une imprévoyance? Non, une faute .  Certains avaient anticipé une hécatombe possible. Elle n'a pas eu lieu, mais avec le bilan provisoire, très lourd, on peut estimer que les victimes représentent une moitié des touchés mortellement par le virus fatal.

             "...Il faudra plusieurs mois, peut-être des années, pour que les experts établissent avec précision le vrai bilan du Covid-19. En attendant, le comptage quotidien de Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, n'est qu'une estimation assez grossière, particulièrement en ce qui concerne les chiffres des Ehpad. « C'est forcément plus. Ne serait-ce que parce que la plateforme de comptage mise en place par le gouvernement fin mars ne repose que sur les signalements des établissements », constate Nathalie Maubourguet, présidente de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad. Ce médecin a interrogé ses confrères. Aucun d'entre eux n'a lui-même effectué de signalements, laissés à la charge des directeurs, pas toujours pressés, selon elle, de « singulariser » ainsi leur site… Autre indice de la sous-estimation : ces témoignages de salariés des pompes funèbres, qui voient pulluler, ces dernières semaines, des certificats de décès comportant la seule mention de « détresse respiratoire », sans la case Covid. « On nous a remonté de nombreux cas », affirme Claudette Brialix, présidente de la Fédération nationale des associations et amis des personnes âgées et de leurs familles (Fnapaef)....."
   Déjà, nos anciens relevaient de soins et de traitements pas toujours exemplaires, vu le manque de moyens, surtout en personnel, et donc le temps à leur consacrer était notoirement insuffisant, pour ne parler que des seuls soins.. La gestion de certains établissements, avec des aides d'Etat,  étaient surtout commandée par la loi du profit.  
    Un juteux marché pour des groupes privés, profitant de la manne commune et parfois d'astronomiques loyers, que beaucoup de famille ne peuvent assurer. Malgré les moyens, ils n'ont pas été traités là mieux qu'ailleurs.
    La "gestion" des aînés n'a pas été exemplaire, c'est le moins qu'on puisse dire. Surtout en cette période dangereuse où les précautions auraient dû être redoublées. Certains médecins avaient bien anticipé le désastre potentiel.
    Le marché de l'or gris a produit des dérives, malgré les progrès sur la prise en charge des plus dépendants.    
 Les actionnaires n'ont sans doute aucune idée de ce que leur gain a pu produire indirectement comme désastre humain. La crise sanitaire a agi comme un révélateur. Il y a vieillir et vieillir....
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_Depuis la création de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) et de la Journée nationale de solidarité (lundi de Pentecôte) après la ­canicule de 2003, l’argent ne manque pas. Les maisons de retraite se partagent 8,2 milliards d’euros. Une somme qui profite également aux établissements privés, financés par de l’argent public à hauteur de 3,9 milliards d’euros. L’Etat, lui, semble avoir le plus grand mal à contrôler ce qui se passe derrière ces murs. Là où nous conduit cet excellent documentaire, hélas diffusé tardivement, en deuxième partie de soirée.   [Maisons de retraite : les secrets d’un gros business, de Xavier Deleu (Fr., 2017, 70 min)]         ____________________________________

samedi 27 décembre 2025

Vassalisation

 Réindustrialiser: un enjeu fondamental, une urgence.                                                                                                                                              Une nécessité impérieuse. On peut ne pas aimer Arnaud Montebourg, ancien ministre de l'industrie, qui dut quitter son poste pour son trop libre propos sur des affaires de cessions industrielles qui lui semblaient aberrantes et quasi suicidaires pour notre avenir industriel. N'empêche qu'il visait juste, comme on peut s'en rendre compte surtout maintenant, à l'heure où Washington voue Bruxelles aux gémonies. On se souvient notamment de l'affaire Alstom, qui fut un scandale pour qui avait les yeux ouverts. Mais il en eut d'autres...Une emprise inquiétante, accomplie dans la plus grandes des inconscience, où les banquiers d'affaires s'en donnèrent à coeur joie.                                                  La réindustrialisation est (re)devenue un objet de débat central dans l'horizon économique français. Après des années où la France a laissé disparaître ou filer sous d'autres cieux des fleurons de son activité économique. La volonté de relative dé-mondialisation actuelle, surtout suite à la prise de conscience de nos fragilités à la suite du l'épisode de la covid, qui a servi de révélateur, pousse les responsables économico-politiques à revenir à une souveraineté largement compromise.                                                                                                               Il fut un temps pas si lointain où Alain Minc s'imposait comme le grand gourou de la "mondialisation heureuse", de l'ouverture au grand large, transocéanique, où iraient s'exercer à bas coût des tâches et des productions qui ne nous reviendraient plus, le développement des services étant devenu le nouveau graal de l'activité économique, l'Etat abandonnant des pans de sa fonction régulatrice, conformément à la doctrine anglo-saxonne en vogue de la dérégulation généralisée. Les délocalisations à tout va passèrent par là, dans un nouvel "ordre mondial".  Aujourd'hui, le roi est nu, du fait des dogmes néolibéraux qui inspirèrent des décisions au niveau le plus élevé.



                                                                                    Point de vue: Pour Nicolas Dufourcq, qui en reste plus au niveau des symptômes que des causes profondes:    "... Entre 1995 et 2015, la France s'est vidée de près de la moitié de ses usines, et du tiers de ses emplois industriels. "En 1994-1995, on est dans un moment idéologique très particulier, à Londres, à Paris et aux Etats-Unis, où la croyance dans le libre-échange est totale. Tout le monde conçoit qu'il ne fera aucun perdant, sauf que ça ne va pas se passer comme ça", commence Nicolas Dufourcq, Directeur général de BPI France depuis sa création en 2013.                  "Un long courant est monté pendant les années 1970 sur la question de savoir si l'industrie c'était Zola ou pas. L'industrie c'était sale mais aussi extraordinairement autoritaire. A cette époque, commence à émerger une nouvelle génération de jeunes français qui ne veulent plus de ça", poursuit-il.     La politique sociale de la France est-elle une des causes de la désindustrialisation ? Oui, selon Nicolas Dufourcq, même si "ce n'est pas la seule". "Il y a eu un moment d'accélération radicale, entre 1995 et 2003, où on aurait dû prendre conscience du fait que l'industrie française pouvait être détruite, comme on a pris consciente au début des années 1960 que la paysannerie française pourrait être détruite par le traité de Rome. Au début des années 1960, on a fait ce qu'il fallait : on a créé la politique agricole commune (PAC). Mais [pour l'industrie], on a pensé que ça irait, sauf que non. On a même mis en œuvre des réformes qui étaient absolument orthogonales aux besoins de l'industrie : l'augmentation des cotisations sociales, sans parler des 35h qui ont totalement déstabilisé l'industrie française", estime Nicolas Dufourcq.   Ce débat se résume-t-il à un clivage gauche-droite ? "Non, ce qui est très intéressant dans cette affaire, c'est qu'à peu près tout le monde est coupable : l'éducation nationale, les médias, les banques, les industriels eux-mêmes qui ne s'étaient pas bien préparés." Il ajoute : "Il y a une différence incroyable entre les lièvres et les tortues : l'écart-type entre ceux qui se préparent réellement à l'avenir, par une fuite en avant dans l'innovation, et ceux qui pensent qu'on peut persévérer dans l'être. Le rôle de la BPI que je dirige est d'emmener tout le monde dans l'innovation."   Pourquoi la France est d'un des pays européens qui a vécu la plus forte désindustrialisation ? "La deuxième désindustrialisation, celle qui commence en 1995 en Europe continentale, ne touche pratiquement que la France. Il y a une spécificité française : il y a eu un contrat social contre l'industrie. Le chômage de masse créé lui-même une fuite en avant dans l'imaginaire, consistant à penser que la solution au chômage ce sont les services, que ça ne sera jamais l'industrie."    Nicolas Dufourcq estime aussi qu'il y a eu un soucis dans la formation des jeunes, avec la généralisation de l'accès au baccalauréat général, au détriment des lycées professionnels. "Tout le monde a choisi de faire partie de la bourgeoisie des villes, or l'industrie c'est la campagne. Rapidement, les familles ont compris que les lycées professionnels, ça n'était pas le lieu où on allait pouvoir capter les éloges de la société française. On a un énorme sujet aujourd'hui sur l'enseignement professionnel", poursuit-il. "La conviction de la BPI est claire : c'est que ce sont les entrepreneurs qui vont régler le problème."      "Fallait-il sacrifier l'environnement sur l'autel de l'industrie ?", l'interroge-t-on. "Il faut savoir ce qu'on veut. On est dans une explosion d'innovation technologique dans l'industrie. C'est tout à fait compatible avec l'environnement, mais il faut faire vite. Il y a une compétition à la réindustrialisation. Nous sommes beaucoup trop lents. On ne peut plus se payer le luxe d'attendre six, sept, huit ans pour avoir des autorisations pour des motifs environnementaux quand on réouvre une usine dans un village." Nicolas Dufourcq cite en conclusion de "belles histoires de réindustrialisation dans les régions françaises". "Le textile tout le monde pense que c'est mort mais pas du tout. On est en train de réinventer le textile français". "L'industrie, c'est l'amour de la machine. J'ai voulu faire ce livre car au moment où on rebascule vers un possible, le possible d'une industrie magnifique, il faut qu'on soit tous d'accord sur la désindustrialisation des années 2000"..."  ___________

_Pour un retour à l'Etat stratège                                                                                                                                                             A la recherche d'une souveraineté perdue?   On peut suivre ce document.  Nous revenons de loin. La mondialisation est passée par là.  L'Angleterre a ouvert la voie, avec le tatcherisme, sous produit du reaganisme, inspiré de la pensée de Milton Friedman et de sa croyance aveugle au marché et aux vertus du libre-échange tous azimuts. Elle revient partiellement en arrière, redonnant à l'Etat un rôle régulateur.                                                         La question de la désindustrialisation relative de la France agite les esprits depuis plus d'une décennie. La croyance naïvement libérale en la "mondialisation heureuse" est aujourd'hui remise en question et les crises récentes ont renforcé l'idée d'un retour à une certaine souveraineté  économique, les crises menant à un renforcement de ces exigences. C'est la course en avant vers les investissements pour les technologies du futur, notamment, en faisant appel aux groupes étrangers, dont on connaît la capacité à se déplacer au gré de leurs intérêts. N'y a-t-il pas une part de fièvre illusoire?   Nous sortons de vingt de stagnation industrielle. La désindustrialisation de la France n'était pas une fatalité...

                "... La hâte macronienne, impatiente d'effets d'annonce, pour masquer ses insuccès, ne parle pas de l' autre face du problème: "... ce mythe de la réindustrialisation n’a pas d’autres ambitions que de servir aux foules de belles histoires de construction d’usines pour lui faire oublier une réalité bien plus terne. Car si la région de Dunkerque se rêve en hub des batteries électriques, la destruction de l’outil industriel local se poursuit. Les ouvriers de la région sont ainsi inquiets et en lutte. Ceux de l’entreprise sidérurgique Valdunes à Leffrinckoucke dans la banlieue est de Dunkerque viennent d’être lâchés par leur investisseur chinois, mettant le site en danger et montrant, en passant, la dure et cruelle réalité de ce que sont les « investissements étrangers » en régime de liberté totale de circulation de capitaux dans une économie ultra-financiarisée. Mais les cas se multiplient dans les alentours comme l’a souligné l’intersyndicale locale dans un communiqué publié le 10 mai : outre Valdunes, les sites ArcelorMittal et Aluminium Dunkerque sont au plus mal...."  On connaît la fragilité de ces investissements étrangers, qui peuvent partir comme ils sont venus. Les exemples ne manquent pas. Et le chemin sera encore long.                       La question touche aussi toute l'Europe, face aux défits de la Chine et du néoprotectionnisme américain de circonstance.  "...Depuis quelques années la faiblesse de l’industrie française est régulièrement pointée du doigt. Cette faiblesse soulève plusieurs questions. La situation de la France est-elle singulière au sein des pays avancés ? Quelles sont les causes de la désindustrialisation de la France, au-delà de la question des coûts élevés souvent invoquée ? Quelles sont les conséquences économiques de l’affaiblissement industriel ?  Enfin, si on doit faire de la réindustrialisation une priorité de la politique économique de la France, quelles sont les décisions à prendre ?  ...                                                                                                                          Si la désindustrialisation a débuté avec les crises pétrolières des années 1970, elle s’est accélérée dans les années 2000.  Cette désindustrialisation a touché de nombreux pays développés, mais la tendance française a été plus forte. La part de l’industrie manufacturière (hors énergie) dans le PIB est de 11,5% en 2020 (Insee). C’est une proportion bien plus basse que celle de la plupart des pays de l’Union Européenne :  20% en Allemagne, 16,4% en Italie, et de celle des pays d’Europe centrale et orientale : c’est 18,2% en Pologne et 24% en Tchéquie. De plus, cette part de l’industrie dans le PIB a baissé beaucoup plus vite en France que dans le reste de l’UE (6,1 points de pourcentage entre 2000 et 2020 en France contre 3,3 pour l’ensemble de l’UE). Qu’est-ce qui peut expliquer cet effondrement de l’industrie française au cours des dernières décennies ?   Comment l’industrie française a perdu la guerre des idées: De façon globale, l’industrie a longtemps eu en France une très mauvaise presse dans l’environnement socio-culturel. Elle a une image passéiste, elle pollue, elle génère des risques, le travail y est difficile. Cette image reste beaucoup plus positive en Allemagne et les pays du nord qui souffrent moins de cette idéologie post-industrielle. 


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Des années 1980 aux années 2000, de nombreux économistes français soutiennent que les pays développés doivent délaisser une grande partie de l’industrie. Le raisonnement est très simple : les coûts des pays les plus avancés étant bien plus élevés que ceux des pays émergents, les premiers doivent se spécialiser dans les produits innovants et les services, et les seconds dans la production manufacturière, intense en main d’œuvre peu qualifiée (voir Artus et Virard, 2011). La désindustrialisation est alors considérée par ces économistes comme un signe du développement économique, une conséquence logique et souhaitable de la division internationale du travail. C’est le cas de deux économistes renommés, pour qui la réindustrialisation est un « poncif », une « baliverne », une « nostalgie », un « mythe » qu’il convient de dénoncer. Pour eux, « chercher à inverser le sens de ce basculement de l’industrie vers les services est un contresens strict » (Landier et Thesmar, 2013).  Les plus grandes entreprises industrielles françaises ont alors inscrit leurs stratégies dans la délocalisation de la production. Au début des années 1990, le patron d’Acer, Stan Shih, introduit l’image de la « courbe du sourire » : les phases amont (R&D) et aval (Marketing et distribution) de la chaîne de valeur produisent plus de valeur que les phases intermédiaires, production ou logistique. Cette idée sera relayée en France par Serge Tchuruk, alors dirigeant d’Alcatel, qui défendra l’idée de l’entreprise sans usine, « fabless ». Les entreprises sont donc incitées à externaliser, le plus souvent à l’étranger, dans des pays à faible coût de main d’œuvre ou proches des lieux de consommation en croissance. Ce faisant, elles sont bien sûr également largement responsables de la désindustrialisation. L'essentiel des voitures des marques tricolores est construit et assemblé hors de nos frontières.  Pendant longtemps, le déclin industriel français n’a pas non plus déclenché de réaction politique très forte. Les politiques publiques françaises sont souvent d’inspiration keynésienne, privilégiant la demande à l’offre notamment dans le domaine fiscal. Il faudra attendre le rapport Gallois de 2012, rédigé à la demande de Jean-Marc Ayrault, pour que la classe politique, particulièrement à gauche de l’échiquier, prenne conscience que soutenir l’offre est important, qu’« il n’y a pas d’économie forte sans industrie forte » pour reprendre les termes du Premier ministre Jean-Marc Ayrault dans sa lettre de mission à Louis Gallois...."                                                                   _______Point de vue
 "...Pourquoi l’industrie française est partie depuis quarante ans ? Parce que nos élites ont décidé que les usines, c’était passé, dépassé, que ça polluait, qu’il fallait se tourner vers les services, les banques et les assurances, qu’on pouvait juste garder, éventuellement, l’aéronautique et le luxe.

Emmanuel Macron reste quand même l’homme de la « start up nation », qui comme ministre à Bercy, a bradé notre fleuron Alstom aux Américains, Tecnip aux Texans, Alcatel à Nokia, avec au final 1800 emplois en moins malgré les engagements… Alors, si conversion d’Emmanuel Macron, et de nos élites, il y a, tant mieux.   Maintenant, il faut que ça parte d’un bon diagnostic, sinon on n’aura pas les bons remèdes. Quel est le diagnostic ? Nous avons subi une double emprise. Par un dumping sur le travail à l’est, via la Chine et les élargissements européens, avec une main d’oeuvre moins chère, une faible fiscalité, des normes environnementales moindres. Et par une prédation du capital à l’ouest, avec les fonds de pension anglo-saxons qui ont pillé les plus beaux morceaux de notre industrie nationale. Depuis quarante ans, dans mon coin, on a déshabillé notre industrie dans une grande indifférence. Macron dit qu’il a « cessé d’être naïf », mais les gens de mon coin, les ouvriers, ont payé un prix cher à sa prétendue « naïveté ». Et eux ne l’étaient pas « naïfs ».   Ne vendons pas des illusions : il n’y a aucun redressement industriel aujourd’hui. La part de l’industrie dans la valeur ajoutée a baissé : de 14,3% à 12,7% en un mandat de Macron. Affirmer le contraire, c’est un mensonge. Et on va continuer de plonger si on ne se saisit pas des bons outils.

Selon vous, le président fait un mauvais diagnostic à ce sujet ? Lui parie notamment sur les investissements extérieurs. Ce n’est pas la solution ? François Bayrou, le haut commissaire au plan, fait pour moi un travail remarquable sur l’industrie. Il souligne notamment que notre gros problème, depuis les années 2000, c’est que les multinationales françaises ont choisi de délocaliser, y compris pour nourrir le marché intérieur ! Ca représente, d’après lui, 2 points de PIB, c’est énorme.    Par ailleurs, aujourd’hui, 34 % de l’industrie française appartient déjà aux capitaux internationaux. Du coup, la priorité est-elle de faire la danse du ventre à Versailles devant les fonds américains, ou de demander aux entreprises nationales de participer à refonder de l’industrie ici ? Par exemple, quand les fonderies en aluminium, nécessaires à la voiture électrique, sont abandonnées par Renault ou Stellantis, dont l’Etat est actionnaire, ça ne construit pas une filière, ça l’affaiblit, ça la détruit. Et c’est une autre chose qu’on trouve dans le Plan, et pas chez le président de la République : la pensée par filière.

Justement, François Bayrou en appelle dans son dernier rapport à une réorientation « des choix d’internationalisation » de nos entreprises et en particulier de nos multinationales. Mais concrètement, on fait comment ? Il suffit d’en appeler au patriotisme de nos entreprises ?On se retrouve aujourd’hui avec 163 milliards d’euros de déficit commercial. Un record. Pas seulement sur l’énergie, ça se dégrade grandement sur les produits manufacturés aussi. Sur deux tiers des produits, nous sommes en déficit ! Nous sommes dans une évidente dépendance, qu’a révélé l’épidémie de Covid.   Comment Macron propose d’en sortir ? Par le dumping, comme c’est prôné par notre élite depuis quarante ans. Lundi, lors de son intervention au journal de 20 heures, il a affirmé qu’on allait gagner car il avait baissé les impôts, qu’il avait baissé le « coût » du travail, et à Dunkerque, il a évoqué les normes environnementales, à baisser aussi… Sur les réponses, rien n’a changé, il est dans la même lignée que l’économiste libéral Gary Becker, qui expliquait en 1993 dans Business Week « dans nos pays développés, les droits sociaux et les droits de l’environnement étaient devenus trop élevés, mais qu’on pouvait faire confiance au libre-échange pour éroder à la fois le droit du travail et le droit à l’environnement. » On ne gagnera pas comme ça, et c’est par ailleurs une spirale mortifère. Non, contre ça, il nous faut des protections.  Les USA ont un Buy American Act et mettent en œuvre l’IRA. En Chine, pour qui veut vendre des voitures à Pékin, il faut installer une usine sur place, et même opérer un transfert de compétences. Et nous, l’Europe, la France, on devrait être ouvert à tous vents ? Sans protection, pas de solution. Et quand Emmanuel Macron se déplace en Chine et n’évoque pas notre déficit commercial, 35 milliards rien qu’avec la Chine, quand il n’engage pas le dialogue avec ce partenaire sur les marchés qu’on souhaite protéger, j’hallucine. C’est la première discussion à avoir avec le président Xi Jinping. Pas de politique industrielle sans une politique commerciale qui lui est liée.   La deuxième chose, c’est que même dans l’industrie, Emmanuel Macron reste dans la « start up nation ». Il parle des produits du futur, des batteries, mais il y a des choses plus ordinaires… Nous avons, par exemple, un déficit avec l’Allemagne sur les brosses à dent. La Suisse a deux usines de lave-linge, après le départ de Whirlpool, il ne nous en reste aucune. Les meubles, je vous parle autour d’une table, assis sur une chaise, comment se fait-il qu’on exporte du bois brut pour qu’il nous revienne transformé ? Au fond, il n’a pas rompu avec sa pensée schumpeterienne, de la destruction créatrice, les vieux trucs doivent mourir, et on se tourne vers les « new tech ».

La part de l’industrie manufacturière en France se situe désormais au niveau de celui de la Grèce ! Mais comment relancer la machine ? Avez-vous eu l’occasion de parler de réindustrialisation à des chefs d’entreprise, à des responsables patronaux ? Très régulièrement, dans la sous-traitance automobile, des briquetteries, etc. L’exemple le plus parlant, c’est celui des masques. Le président de la fédération, un patron, m’a invité dans son usine, à Frontignan : elle était à l’arrêt. Il avait reçu 700 000 € de l’Etat, pour monter la boîte rapidement, mais derrière, les chaînes ne tournaient pas. Pourquoi ? Parce qu’Emmanuel Macron a distribué des dizaines de millions d’euros pour créer ces usines, bonne idée, bonne nouvelle. Mais deux années plus tard, seules 20 % ont survécu. Parce qu’on n’a protégé aucun marché, et que 99 % des masques provenaient de Chine. Ca n’a aucun sens.   Il nous faut un Buy French Act, ou un Buy European Act, avec l’obligation, ou au moins la possibilité, pour les services publics, les régions, d’acheter local. Il nous faut, sur certains produits, identifiés, ciblés, la mise en place de quotas d’importation, ou des taxes aux frontières. Sans cela, c’est un leurre : il n’y aura pas de résurrection industrielle.   Je reviens, enfin, sur les filières. Sur des dossiers, j’ai dû monter à Bercy, rencontrer le CIRI, Comité interministériel de restructuration industrielle, mais personne dedans ne réfléchissait en filières. Personnes ne mettait autour de la table tous les acteurs d’une filière, sous-traitant, donneur d’ordre, etc., pour rétablir les chaînons manquants, pour se demander comment agir ensemble, où il fallait investir, comment se soutenir. C’est pour moi le rôle de l’Etat, pivot, chef d’orchestre, qu’il ne joue pas.

La semaine dernière, Emmanuel Macron a évoqué l’idée d’une « pause réglementaire européenne » sur les objectifs environnementaux. Ce que vous proposez-là, c’est une mise à distance d’autres règles européennes… Le chemin est compliqué… Sur le plan environnemental, comme sur le plan social ou fiscal, nous ne devons pas avoir comme horizon de dégringoler la pente, d’aller vers le bas. Au contraire, il nous faut tirer vers le haut. Donc, le libre-échange est à tempérer, à modérer, le politique doit faire tampon.   Ca bouge beaucoup, dans les discours en tout cas. Il y a déjà la taxe carbone aux frontières de l’Union, avec ses limites. Mais la semaine dernière, les députés européens ont voté une motion pour que les produits venant de pays avec de faibles normes sociales soient taxés à l’entrée de l’UE. Emmanuel Macron devrait appuyer cela, chercher des alliés pour cette régulation, aller dans cette direction-là avec des partenaires européens, ou en bilatéral. Mais non, il ne dit rien. Il y a une logique à inverser. Pour réduire notre déficit commercial, le mot d’ordre depuis quarante ans était : « il faut exporter plus ». La vraie question, aujourd’hui, c’est : « comment importer moins ? »

Comment alors ? Il y a plusieurs biais. Concernant nos dépenses d’énergie, qui cause la moitié de notre déficit commercial, c’est en finir avec un gaspillage colossal. Depuis cinq ans, je le répète en commission des Affaires Économiques de l’Assemblée Nationale : il nous faut investir, des dizaines de milliards, sur l’isolation des logements. C’est un investissement, pas une dépense. Pour les factures des gens, pour la planète, pour l’emploi, soit, mais surtout : pour la souveraineté nationale. Il y faut un plan massif, et pas ma prime Rénov’. Ensuite, il faut une vraie discussion, ouverte, avec les chefs d’entreprise, des firmes aux PME, les syndicats, avec la société, pour décider : quelles productions doit-on relocaliser en France ? Quelles priorités ? Quelles filières ? Le Haut commissariat au plan offre un début de cartographie. Au coeur de la crise covid, Emmanuel Macron a eu un moment de lucidité, quand il a déclaré : « Déléguer notre santé, notre protection, au fond notre cadre de vie, à d’autres, c’est une folie. » Mais après cette épiphanie, on est retourné à la normale, et on signe des accords de libre-échange comme avant. Enfin, sur certains produits, je pense à l’électronique, à la téléphonie, on doit avoir comme objectif de moins consommer, par des garanties étendues, par des centres de réparations partout dans le pays. Ceci, pour des raisons à la fois écologiques et économiques, pour notre balance commerciale. On retrouve là l’idée d’une « planification écologique » porté par Jean-Luc Mélenchon au cours de la campagne présidentielle. Le président Macron a d’ailleurs repris l’expression. Dans votre conception de cette planification, il faudra prendre en compte toutes les énergies, et pas uniquement attendre une impulsion venant du haut…’Etat a un rôle de chef d’orchestre. Je songe à Roosevelt 1942. Il lui manque des bombardiers, des porte-avions, des tanks… Et il fait quoi ? Il ne nationalise pas tout, non : il canalise toutes les énergies du pays, tous les savoir-faire, tous les capitaux, toute la main d’oeuvre en une direction, l’économie de guerre. Je pense qu’aujourd’hui, il faudrait canaliser tous cela vers une direction : l’économie de guerre climatique. Ces derniers mois, les États-Unis ont mis en place leur Inflation Reduction Act (IRA) avec 370 milliards de dollars, la Chine subventionne également fortement ses industries. Comment financer un plan de la même ampleur ? Faut-il porter ça au niveau européen ? Oui, au niveau européen, quand c’est possible. Et national, quand ça bloque. Mais avec un autre échelon à penser, aussi : un groupe de pays, qui veulent avancer ensemble… C’est ainsi que s’est construit Airbus, et pas en pas en attendant l’accord de vingt-sept Etats… Nous n’aurions aucune filière aéronautique, à ce rythme là.   Finalement, vous en appelez au retour d’un « État stratège » ?C’est une évidence. Au fond, c’est comme si Emmanuel Macron avait été élu à contre-temps de l’histoire. Comme Mitterrand, en 1981 : il arrive après la grande vague socialiste, keynésienne et autogestionnaire, et il doit faire face à la grande vague libérale. Là, en 2017, arrive à l’Elysée le petit-fils de Margaret Thatcher, Emmanuel Macron, mais sans doute à contre-temps de l’histoire. Car, finalement, la grande vague libérale, sur le plan idéologique, elle est morte, elle est derrière nous. On voit qu’il y a un retour de l’État. Mais un retour de l’État qui n’a pas pensé son rôle. C’est en permanence du ponctuel, du non-pensé, ça apparaît comme du bricolage, et donc, ça ne structure rien. Oui, il faut le retour d’un l’État qui coordonne, qui stimule, qui repère les chaînons manquants, qui offre une stratégie. Qui fasse passer les besoins de la Nation, des citoyens, avant le marché. Ce que je retrouve davantage dans les notes du Haut commissariat au plan que dans les discours d’Emmanuel Macron." ( F Ruffin)  ______________

lundi 28 juillet 2025

Comment ne plus en parler?

A GAZA, l'indignation ne suffit plus

            A l'heure où Trump veut en finir, où la pression internationale s'accentue, que Netannyahou tente de gagner du temps., créant l'indignation et le désarroi....                                                                                             Il  importe d' entendre certaine voix qui dérangent. Notamment celle de deux ONG israëliennes, de Mona Chollet, qui livrait ses premières impressions.   Mais aussi d'écouter les échos de la consciences déchirée de certains juifs, israëliens on non, en plein désarrroiEst-ce possible de lire ce témoignage avec d'autres sentiments que ce "mélange de bouleversement, de honte et de rage ? Oui, apparemment c'est possible : ces jeunes israéliens qui vont boire des bières à Sderot en contemplant les bombes tombant sur Gaza en sont la preuve. Mes larmes et ma rage ne changeront rien à mon impuissance, je le sais. Mais il y a au moins une guerre, fut-elle insignifiante, que je peux déclarer : à celles et ceux qui je connais et qui me connaissent, et qui seront tenté·es de nier, ou même de minimiser, peut-être en mettant en balance les victimes du 7 octobre et les otages. Il n'y a rien à mettre en balance, rien !D'un côté, les terroristes du Hamas, qui ont fait ce que les terroristes font, et que je refuse de nommer résistants. On ne fera pas revenir les victimes, mais le compteur s'est arrêté (ou quasiment) depuis bien longtemps. De l'autre, des fascistes, oui des fascistes, qui tuent, affament, torturent. On va arrêter de se pignoler pour savoir s'il faut ou non employer le mot génocide, je m'en fous en fait : la réalité, c'est que des juifs peuvent se comportent comme des fascistes. Les preuves sont là, et on ne peut plus se cacher derrière la théorie "des faits impossibles à vérifier" et du "Hamas qui fait exprès de mettre les civils en bouclier". Tous les gouvernements, même ceux qui restent inactifs, même ceux qui sont complices, le savent. Je n'ai plus aucun espoir : Les palestiniens qui survivront haïront les juifs, tous les juifs, pour des générations. Le reste du monde se sentira également légitime à haïr les juifs, tous les juifs, pour des générations, tout comme le monde entier a détesté les allemands, tous les allemands, à cause des nazis. En écrivant ça, je sais que je vais fâcher (notamment) une grande partie de ma famille, qui sont des gens que j'aime pour la plupart. Mais la tension entre la situation des palestiniens et le conflit de loyauté qui commanderait de se taire n'est plus supportable. Je rejoins à 1000% Mandy Patinkin, qui appelle tous les juifs dans le monde entier à réfléchir pour se poser ces questions. Le fascisme est en train de gagner partout, jusque dans le pays où je vis, où je me pensais protégé de ça. Je n'ai plus d'espoir, et donc plus rien à perdre. Donc les gens qui pensent que j'exagère, voire que mon propos est intolérable, sortez de ma vie; vous n'y trouverez rien qui vous convienne...." (PJA)

L'innomable a lieu sous nos yeux   Des silences assourdissants. Les masques tombent. Une certaine continuité de l'histoire?   Il n'y aura pas de procès. Un business lucratif. La Cisjordanie est en sursis.        LA KNESSET VOTE L'ANNEXION TOTALE DE LA CISJORDANIE:
Ce vote scandaleux devrait faire la Une de tous les médias occidentaux, il est pourtant relégué au second plan de l'actualité. Ce mercredi 23 juillet, la Knesset, le Parlement israélien, a voté l'annexion totale et définitive de la Cisjordanie occupée. En d'autres termes : Israël ne se content pas de commettre un génocide à Gaza après avoir intégralement rasé l'enclave, l’État colonial est aussi en train de s'accaparer tout le reste du territoire palestinien. C'est la fin officielle de la possibilité même d'une «solution à deux États».
Cette mesure a été adoptée par 71 voix contre 13, et proclame le soi-disant «droit naturel, historique et légal» d’Israël sur ce territoire palestinien. Le texte affirme que cela «renforcera l'État d'Israël, sa sécurité et empêchera toute remise en question du droit fondamental du peuple juif à la paix et la sécurité» et que «la souveraineté en Judée-Samarie [le nom biblique par lequel l'extrême droite coloniale désigne la Cisjordanie] fait partie intégrante de la réalisation du sionisme et de la vision nationale du peuple juif». Il a été voté par la coalition d'extrême droite de Netanyahou mais aussi par les élus d'opposition, ce qui souligne que le problème n'est pas simplement le gouvernement actuel, mais toute la classe politique israélienne et l'écrasante majorité de la population, qui soutiennent les pires exactions.
La colonisation israélienne de la Cisjordanie est une violation du droit international, dénoncée très régulièrement par l'ONU, mais sans qu'aucune sanction réelle ne soit appliquée. En juillet 2025, des colons armés ont détruit les puits d’Ein Samiya, à Ramallah, au centre de la Cisjordanie, coupant totalement l’accès à l’eau pour des dizaines de villages palestiniens de la région. En mai, Israël donnait le feu vert à la construction de 22 nouvelles colonies en Cisjordanie. Un village de la localité de Masafer Yatta était rasé par l’armée israélienne, c'était l'endroit où le documentaire «No Other Land», qui a reçu un oscar il y a quelques semaines, avait été tourné, montrant la réalité que subissent les palestiniens sous occupation. Israël envisage un transfert forcé total de l'ensemble des habitants de Masafer Yatta. En mars 2024, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, annonçait la saisie de 800 hectares de terres en Cisjordanie pour y implanter de nouvelles colonies.
Les colons détruisent des oliviers, volent l’eau, rasent des maisons, les routes principales leur sont réservées : tout est fait pour rendre la vie impossible aux palestinien-nes qui habitent sur les dernières terres qui leur appartiennent. Entre autres crimes, en 2015, un bébé de 18 mois était mort brûlé vif dans l’incendie de sa maison, allumé par des colons qui avaient ensuite chanté et dansé. Leur racisme est décomplexé et leurs exactions systématiques. Régulièrement, des pogroms visent des village palestiniens : des colons armés viennent incendier des maisons et des voitures, et tuer au hasard des habitant-es pour les forcer à partir.
Ces colons fascistes ne sont pas une anomalie, ni des gens isolés. Ils sont une force politique majeure en Israël. En 1974, un parti est créé, le «Bloc de la foi» : celui-ci se base sur la Torah pour justifier le vol des terres qu’il reste aux palestiniens. Ce mouvement envoie ses membres s’installer directement dans les zones peuplées de palestiniens au nom d’une interprétation littérale du judaïsme. En 50 ans, le mouvement a pris une place énorme dans la société israélienne. Ils étaient 100.000 en 1992 et plus de 500.000 en 2022, avec des moyens, des armes, des partis, des relais… Depuis l’an dernier, les colons religieux d’extrême droite sont même représentés dans le gouvernement de Netanyahou. Et les vols de terres se sont encore accélérés, sous la protection de l’armée.
Nous assistons donc à un projet global de nettoyage ethnique fasciste, totalement assumé et soutenu par l’Occident. Ce grignotage de ce qu’il reste du territoire palestinien est une façon de rendre impossible tout accord de paix et d’empêcher toute possibilité de solution à deux États. En effet, les colons ont annexé par la force tellement de zones pour y construire leurs maisons que même si un accord était trouvé, l’État palestinien ne serait pas viable. La décision du 23 juillet vient finaliser cette stratégie. Il n'y aura bientôt plus aucune terre pour le peuple qui vivait en Palestine avant 1948. Et cela ne s'arrêtera pas à ces seuls territoires.
Les fascistes messianiques rêvent de «Grand Israël», pour réaliser leurs prophéties religieuses. Bezalel Smotrich a déjà déclaré qu'il voulait que l’État juif s’étende sur l'Arabie Saoudite, la Jordanie, l'Égypte, l'Irak, la Syrie et le Liban. Les interventions israéliennes en Syrie ces dernières semaines et au Liban l'an dernier vont dans ce sens : étendre le territoire hébreu toujours plus loin, pour réaliser des projets de conquêtes écrits dans des livres religieux il y a plus de 2000 ans.
Souvenez-vous, le 25 octobre 2023, Netanyahou l'annonçait très clairement : «Nous sommes le peuple de la lumière, eux sont le peuple des ténèbres… nous réaliserons la prophétie d’Isaïe»....______________________________

vendredi 27 juin 2025

Libre-échange à géométrie variable

 Et protectionnisme relatif

                 L'idée d'une liberté de commercer entre pays, de manière relativement libre, dans le cadre de traités négociés, d'échanger des biens qui font défaut ici en échange tarifé d'autres qui abondent là, pour une plus grande prospérité, partagée ne date pas d'aujourd'hui. Montesquieu, à son époque, avait traité de "doux commerce" cette pratique, variable historiquement, proche à rapprocher les peuples, en évitant les affrontements brutaux pour s'accaparer des biens convoités. Le commerce, pas la guerre...Ce principe d'échanges contractuels a connu bien des formes et en connaîtra bien d'autres. D'échanges limités, on est passé à des accords plus larges dans le cadre de conventions internationales, dans le cadre notamment de l'OMC, de date relativement récente, dans le contexte qu'il fut convenu d'appeler la "mondialisation heureuse", avec Alain Minc, surfant sur le libéralisme échevelé des décennies  récentes, où toute forme de protectionnisme, même relatif, était vouée aux gémonies, considéré comme forme de régression économique et de danger d'affrontement potentiel. C'est l'époque de la globalisation tant célébrée, qui n'a pas tardé ses limites et ses impasses, voire ses absurdités, certains pays développés déléguant la fabrication de productions essentielles pour des raisons de baisse de coups de production et se retrouvant démunis de biens fondamentaux en cas de crise, comme dans le domaine des médicaments de base, de masques en période de Covid, etc... Sans parler des coûts écologiques parfois énormes et absurdes dus à la circulation de produits, comme l'automobile ou certains produits alimentaires.   


                                                                 Néanmoins Clinton voyait cette évolution comme une sorte de processus naturel: "La mondialisation n'et pas quelque chose que nous pouvons arrêter. C'est l'équivalent d'une force de la nature" tandis que B.Obama disait plus tard: "Le libre échange est bon pour les USA..." On comprend mieux le relatif succès électoral de Trump dans certains milieux: depuis 2008, les ravages de la mondialisation sans contraintes ont accéléré la désindustrialisation: depuis l'Alena, aux USA, 90000 usines ont disparu avec son cortèfe de chômage et de bas salaires, notamment dans l'Ohio et le Michigan. Mme von der Leyen pousse aujourd'hui à conclure avec l'Inde "le plus grand accord de libre-échange jamais accompli..."           La politique commerciale à la tronçonneuse de Trump pousse vers de nouvelles directions, et en partie vers l'inconnu, en tous cas vers un rebrassage des choix passés, des nouveaux rapports politiques qui se font jour, pleins d'incertitudes, même en Europe. Le Mercosur reste en suspens. La Nouvelle Zélande est encore discutée..                                                                                       En tous cas, depuis Paul Kugman, la valorisation naïve du libre échange de Delors et consorts est discutée, parfois âprement, en attendant de retrouver de nouveaux équilibres... "... La valorisation des vertus du libre-échange a cédé la place à une mise en valeur de ses défauts. Peut-être y a-t-il, dans cette mise en balance d’avantages et de défauts, un arbitrage difficile, voire impossible. Nul ne sait aujourd’hui à la fois capitaliser sur les vertus de l’échange, protéger les populations les plus fragiles, et tenir la promesse de la solidarité et de la redistribution. Une chose est sûre, les doutes ne vont pas s’évanouir et le libre-échange se voit exiger, désormais, de faire ses preuves. Si l’on ne veut pas renoncer à ses bénéfices, reste donc pour les politiques à faire inlassablement la pédagogie des accords commerciaux en explicitant les enjeux de chaque accord, en mettant à nu les avantages et les coûts de chaque accord, en prenant au sérieux les politiques de remédiation pour les perdants. "                 Il est urgent de repenser les règles.                                                                                                                                    Paradoxe __   ...L
e credo réaffirmé dans les vertus de la concurrence. « Notre industrie et nos entreprises technologiques aiment la concurrence. Elles savent que la concurrence mondiale est bonne pour les affaires ». Mais dans quel monde vit Madame von der Leyen ! En plein IRA américain (Inflation Reduction Act), en plein effort massif d’investissements chinois sur les technologies de pointe, domaines dans lesquels le pays mène une guerre économique à outrance, le message de l’UE consiste à réaffirmer le principe de concurrence et à se plaindre du fait que les autres sont des méchants qui ne croient pas au libre jeu des marchés. D’où l’annonce du lancement d’une enquête antisubventions sur les véhicules électriques en provenance de la Chine. Pas besoin d’y passer du temps et de l’argent, on peut donner le résultat tout de suite : le secteur des voitures électriques a été, comme bien d’autres, largement subventionné en Chine. Les experts ont du mal à estimer les montants précis mais le Cepii a montré cet été qu’ils sont importants..."   __________________