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samedi 13 janvier 2024

Vous avez dit libre-échange?

Manque de lait en France? 

                     Du lait, des carottes de Nouvelle- Zélande, ça vous dit?

              Bruxelles élargit encore le libre marché mondial, après l'Amérique du Nord, le Mercosour, etc... On élargit encore l'espace du libre-échange, devenu un dogme incontournable, bien au-delà de l'espace européen, quitte à mettre en péril des pans entiers de notre économie, en l'occurrence de notre agriculture. Il n'est pas question de défendre un protectionnisme économiquement ravageur, mais de résister au dogme néolibérale du commerce mondial supposé être économiquement toujours positif.  Une certaine ouverture des frontières aux produits étrangers est nécessaire certes, mais d'une manière réfléchie et maîtrisée, non pas comme un dogme aveugle qui met en question notre souveraineté économique, surtout dans les domaines où nous sommes autosuffisants. Les critiques grandissent à l'égard du dogme d'une concurrence aveugle au niveau mondial, surtout quand on sait que les règles ne sont pas appliquées ou le sont peu dans certains pays, en matière de normes, de qualité, de traitement et de coût de la main d'oeuvre. On connaît les critiques légitimes à l'égard de la qualité du soja et du poulet brésiliens, de la viande de porc allemande, du boeuf canadien, etc... des conditions de production de produits du SE asiatique... partenariat privilégié ou pas.                                                                                                                                 L'Europe se réveillera-t-elle? Faut-il une crise sanitaire et économique majeure pour arriver à des prises de conscience bien tardives et revenir à du simple bon sens économique. Le libre échange, c'est bien, comme on le pense depuis A. Smith, mais le libre échange à tout va, érigé en norme internationale et en principe absolu, c'est mortel pout beaucoup d'économies qui finissent par perdre leur substances, dans un système libre et faussé. L'OMC joue double jeu.                                                   Nombre d'économistes orthodoxes sortent des dogmes établis surtout à partir des années 80, surtout sous l'influence reaganienne, du fait du poids de la réalité qui se fait sentir durement aujourd'hui, mettant en évidence nos fragilités et nos erreurs. Ils auraient écouter le vieux Ricardo qui donnait quelques principes simples: « C’est seulement chez des peuples semblables, que les restrictions commerciales en vue de créer et de soutenir une industrie manufacturière peuvent être légitimes ; elles ne le sont que jusqu’à ce que cette industrie devienne assez forte pour ne plus craindre la concurrence étrangère » Friedrich List (1789-1846). 

            La notion de protectionnisme éducateur n'a pas perdu de sa pertinence. Un juste retour à la souveraineté économique semble une nécessité dans les domaines stratégiques et d'avenir. Pas seulement en matière politique. Certes, le protectionisme a été longtemps vilipendé comme facteur de nationalisme, voire de guerre. Celui de Trump, du moins en parole, semble une prise de conscience bien tardive, quoique excessive et électoraliste. Civiliser la mondialisation est une tâche urgente. Maîtriser un processus qui mène beaucoup à le dépendance et à l'appauvrissement est une nécessité, en redéfinissant de nouvelles règles.  Il est toujours intéressant de relire Maurice Allais qui, sur ce point, a eu raison avant les autres:

                L'économiste qui nous a quitté il y a quelques années, à la pensés souvent complexe et technique, n'est pas d'un abord toujours  simple ni à l'abri de criques. Mais il fut aussi caricaturé et instrumentalisé.
     On retiendra surtout de lui sa critique de la pensée néolibérale et du Consensus de Washington, produits politiques et économiques de l'école de Hayek, de Friedman et de leurs disciples, notamment R. Reagan, M. Thatcher et de leurs épigones..
    Sa pensée commence, à la faveur d'une crise qu'il pronostiquait, à être considérée comme prémonitoire sur de nombreux points. Elle est en tous cas stimulante.
         Notamment concernant une certaine forme de mondialisation, menée notamment sous la houlette de l'OMC, qu'il lui semblait nécessaire de réformer, comme la place trop belle laissée à des multinationales de plus en plus puissantes mettant de plus en plus les Etats au service de leurs intérêts...
     Naguère, certains, et non des moindres,  finissaient par reconnaître la nécessité d' une mondialisation régulée.
   Car la libre concurrence, dans une mondialisation sauvage et sans principes, faisant une confiance aveugle aux marchés, est source de déséquilibres et de crises. (La Crise mondiale aujourd’hui)
     L’idéologie que j’appelle « libre-échangiste mondialiste » a déjà fait d’innombrables victimes dans le monde entier. Pour une raison simple, empiriquement vérifiée : la mondialisation généralisée des échanges, entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents, entraîne finalement partout, dans les pays développés comme dans les pays sous-développés, chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Or, cette mondialisation n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.
       Même à l'intérieur de l'Europe, la concurrence sans convergence ni cohérence, sans protections extérieures minimales, ouverte à tous les vents, favorable à toutes sortes de délocalisations, mène aux impasses que nous connaissons, mettant en péril une construction mal pensée.

            Maurice Allais s'est fait le critique sans concession de la politique économique menée à Bruxelles depuis des décennies et avance des arguments souvent proches du bon sens, que Pascal Lamy et les autres ne voulaient (ou ne pouvaient) entendre..
.       ..Ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au nom des prétendues nécessités d’un prétendu progrès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous les vents d’une économie mondialiste dépourvue de tout cadre institutionnel réellement approprié et dominée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée sans aucune protection raisonnable ; ceux qui, par là même, sont d’ores et déjà personnellement et directement responsables d’innombrables misères et de la perte de leur emploi par des millions de chômeurs, ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts d’une gigantesque mystification...

___ Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une seconde erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation.   Comme l’économie mondiale est actuellement dépourvue de tout système réel de régulation et qu’elle se développe dans un cadre anarchique, l’ouverture mondialiste à tous vents des économies nationales ou des associations régionales est non seulement dépourvue de toute justification réelle, mais elle ne peut que les conduire à des difficultés majeures
  .__Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale.__Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement.__Si on considère, par exemple, le cas de l’agriculture communautaire européenne, l’alignement de ses prix sur des prix mondiaux qui peuvent rapidement varier de un à_ deux en raison d’une situation toujours instable n’a aucune justification....Depuis deux décennies une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux....Cette doctrine a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde, qui en fait détiennent partout en raison de leur considérable pouvoir financier et par personnes interposées la plus grande partie du pouvoir politique....La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits.... 
     Une mondialisation généralisée des échanges entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes ne peut qu ’entraîner finalement partout dans les pays développés : chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.  Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, et elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés et de développement économique et social comparable. 
    Il est nécessaire de réviser sans délai les Traités fondateurs de l’Union Européenne, tout particulièrement quant à l’instauration indispensable d’une préférence communautaire. Il faut de toute nécessité remettre en cause et repenser les principes des politiques mondialistes mises en oeuvre par les institutions internationales, tout particulièrement par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  Au regard de l’ensemble de l’évolution constatée de 1974 à 2004, soit pendant trente ans, on peut affirmer aujourd’hui que cette évolution se poursuivra si la politique de libre-échange mondialiste de l’Organisation de Bruxelles est maintenue.    En fait, toutes les difficultés pratiquement insurmontables dans lesquelles nous nous débattons aujourd’hui résultent de la réduction d’au moins 30 % du Produit national brut réel par habitant d’aujourd’hui. La prospérité de quelques groupes très minoritaires ne doit pas nous masquer une évolution qui ne cesse de nous mener au désastre.  L’aveuglement de nos dirigeants politiques, de droite et de gauche, depuis 1974 est entièrement responsable de la situation dramatique où nous nous trouvons aujourd’hui.  Comme le soulignait autrefois Jacques Rueff : « Ce qui doit arriver arrive. »  Toute l’évolution qui s’est constatée depuis 1974 résulte de l’application inconsidérée et aveugle de l’Article 110 du Traité de Rome du 25 mars 1957 constamment repris dans tous les traités ultérieurs... 
         Pierre Mendes-France s'était lui-même montré, de manière presque prémonitoire, très critique  à l'égard du Traite de Rome le 18 janvier 1957, premier jalon d'un processus mal réfléchi.
     L'idée d'un protectionisme raisonnable  fait son chemin. Mais comment changer le poids des dogmes et le cours des choses? La prise de conscience de quelques uns est bien faible et bien tardive.
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mardi 17 mai 2016

Le piège de l'Eurozone

Asphyxie financière
                                Si les banques grecques se portent mieux, l'économie, elle, ne sort pas du marasme et de la désespérance.
    Elle est même en situation catastrophique.
        Ce n'est pas un hasard, étant donnée l'orientation des choix économiques inspirés par l'idéologie de Bruxelles et du FMI.
    Comme le dit M.Aglietta, l'eurozône s'est transformée en piège austéritaire, où la dette, largement construite, fonctionne comme un garrot.
       Comme disait T.PIketty, accordant une interview au quotidien allemand Die Zeit,  dans laquelle il prend clairement parti pour une restructuration de la dette grecque, jugeant que maintenir les Grecs dans l’austérité est une solution intenable et injuste. Piketty estime que «les conservateurs, en particulier en Allemagne, sont sur le point de détruire l’Europe et l’idée européenne, tout ça à cause de leur ignorance choquante de l’histoire.» Et pour convaincre le lectorat allemand, il établit un parallèle entre la situation actuelle de la Grèce et celle de l’Allemagne soixante ans plus tôt: «Ce qui m’a frappé pendant que j’écrivais, c’est que l’Allemagne est vraiment le meilleur exemple d’un pays qui, au cours de l’histoire, n’a jamais remboursé sa dette extérieure, ni après la Première, ni après la Seconde Guerre mondiale.» Et plus loin, insistant: «L’Allemagne est LE pays qui n’a jamais remboursé ses dettes. Elle n’est pas légitime pour faire la leçon aux autres nations.» «L’Europe a été fondée sur le pardon de la dette et l’investissement dans le futur. Pas sur l’idée d’une pénitence infinie. Nous devons nous souvenir de cela.» «Nous ne pouvons demander à ce que les nouvelles générations doivent payer pendant des décennies pour les erreurs de leurs parents.
    L'Europe, en échec, est à refonder , au dire même de certains responsables lucides.
            L'Eurozône a une histoire qui nous a amené là où nous en sommes.
                    Nikos Chountisdéputé européen, membre de Laïki Enotita (Unité Populaire) fait la lumière sur le sujet, à la lumière de l'expérience grecque (Source : Iskra.gr http://iskra.gr/index.php) et donne un autre éclairage sur la Grèce.
         L’Euro zone a développé un arsenal légal et institutionnel qui ne permet à aucun gouvernement, quel que soit le mandat qu’il a reçu de son peuple, d’appliquer des politiques économique et sociales qui ne cadreraient pas avec le dogme néolibéral de dérégulation totale. En d’autres termes, l’intégration à la monnaie unique d’un état ou d’un peuple équivaut à l’annulation du droit même d’un peuple à choisir la teneur de sa politique économique en ne laissant comme seule solution que l’austérité, la flexibilité des relations de travail, et les privatisations.
___________Le gouvernement grec s’est montré profondément embarrassé par les révélations de Wikileaks concernant les conversations Thomsen-Velculescu et l’éventualité que soit provoquée en Grèce une asphyxie financière. Selon les révélations en question, les employés du FMI discutaient d’un éventuel retard de la première évaluation, pour faire pression, en liaison avec le référendum en Grande Bretagne, à la fois sur la Grèce, afin qu’elle applique des mesures d’austérité plus sévères, et sur les créanciers européens afin qu’ils acceptent une forme de restructuration de la dette.
____Indépendamment des intentions politiques de ces révélations, et de l’issue finale des négociations entre la Grèce et les créanciers pour le bouclage de la première évaluation, le gouvernement s’est montré « embarrassé » par le fait que deux employés du Front Monétaire International puissent discuter sur l’éventualité de provoquer une asphyxie financière artificielle dans un pays indépendant, pour lui faire accepter des mesures de politique économique plus dures, dans le cadre d’un programme d’ajustement des finances publiques.
              Ce n’est pourtant pas la première fois qu’est adoptée cette tactique qui consiste à provoquer une asphyxie financière dans un pays indépendant pour lui faire accepter un mémorandum ou des mesures sévères de politique budgétaire. Le gouvernement actuel, en particulier, aurait dû bien avoir en mémoire le fait que pour l’Union Européenne et les institutions de l’Eurozone la menace d’un étranglement est devenue « la meilleure des pratiques » dans leurs négociations avec les états membres qui se trouvent sous pression financière.
____Qu’ont dit de façon répétée et, qui plus est, lors de déclarations publiques et de décisions officielles, des institutions telles que la BCE, l’Euro groupe, et le Conseil Européen ?   Qu’ont dit Messieurs Trichet, Draghi, Moscovici aux pays soumis à des mémorandums, comme la Grèce, Chypre, l’Espagne et l’Irlande, mais aussi en s’adressant à des pays qui sont dans les « normes » de l’Eurozone, tels que l’Italie et la France ?
___Si vous n’appliquez pas le dogme de l’austérité, des réformes néolibérales antisociales et de l’entière soumission de la démocratie aux forces du marché, attendez-vous à une asphyxie financière, à une faillite, et même à une sortie chaotique de l’Euro.   Tel est le cadre de la gouvernance de la monnaie commune et de l’Union économique et Monétaire (UEM), tel qu’il s’est construit aujourd’hui après les changements institutionnels qui ont eu lieu à partir de la crise grecque et de la crise de la dette dans l’Eurozone. Totale soumission des états membres au dogme du néolibéralisme, cadre budgétaire asphyxiant et destruction de la moindre notion de démocratie et de souveraineté au nom de la « compétitivité », des « marchés libres » et de la « stabilité de l’Euro.
Reprenons le fil au début...
          L’accord de Maastricht en 1992 fonde l’Union Européenne et met en place les premières bases en vue de la création d’une monnaie unique, l’Euro, mais aussi dans la perspective d’une coordination des politiques économiques et budgétaires des états membres (UEM).   
   Plus précisément, les pays de l’Eurozone partagent la même monnaie, l’Euro et par extension la même politique monétaire, la même politique de taux d’intérêts et de taux de changes. L’institution qui s’est chargée de ce pouvoir est la BCE, qui jouit de privilèges d’immunité inconcevables, étant donné qu’elle dispose d’un pouvoir immense, autonome par rapport aux institutions politiques de l’UE, tant en ce qui concerne la conception et la réalisation de la politique monétaire que pour la surveillance du système financier ?
    En ce qui concerne notamment la surveillance du système financier, la BCE a assumé, par le biais de l’Union bancaire, des fonctions et des pouvoirs en plus de ceux que lui attribuaient les traités fondateurs de l’UE. Désormais, la BCE contrôle directement les plus grandes banques européennes, la qualité de leurs capitaux, leur politique de crédit, et même la nomination de dirigeants dans leurs conseils d’administration, et par ailleurs, sa participation aux procédures de restructuration (y compris la procédure de bail-in, ou renflouement par ponction sur les comptes de déposants) en cas de risque de faillite d’un établissement bancaire est énorme.
     Par ailleurs, en dehors de la politique monétaire, les états-membres de l’UME ont l’obligation de suivre également des règles précises, étouffantes, en ce qui concerne la conception et la réalisation de leur politique budgétaire. La base sur laquelle repose l’intervention de l’UEM dans le domaine des finances publiques est le Traité de stabilité et de développement, c’est-à-dire l’obligation juridiquement contraignante des états membres de présenter des déficits bas (3 % du PIB) et une dette publique modérée (60 % du PIB). Sur cette base s’est édifié un fatras étouffant de Règles et de Directives, qui s’est encore enrichi dans la période 2011-2013, grâce au train de mesures qui portent le nom de « 6-pack » et « 2-pack » ; elles systématisent et durcissent le système établi d’intervention dans les politiques budgétaires nationales et de contrôle des budgets nationaux par la Commission et le conseil ECOFIN. 
    Plus précisément, à travers la procédure du semestre européen, les budgets des états membres sont contrôlés sous l’angle de leur conformité avec les règles de Maastricht par la Commission, dont les pouvoirs de contrôle et de sanction par des amendes ont désormais la prééminence. Ainsi, si un budget national sort des strictes limites de l’austérité, il est renvoyé au gouvernement, et le parlement national est obligé d’appliquer les changements proposés par la commission sous forme de recommandations.
          Les états-membres doivent également présenter à la commission pour homologation, en plus des budgets nationaux, deux autres documents politiques, un Programme de stabilité, pour lequel a prévalu en Grèce l’expression Programme à moyen terme, et un Programme de réforme. Le Programme de stabilité englobe les hypothèses macroéconomiques de base et les politiques économiques et budgétaires de l’état-membre à moyen terme, de sorte que les indicateurs du déficit et de la dette soient compatibles avec l’Accord de stabilité et de développement. Le Programme de réforme condense les réformes reprises par l’état en question en vue de leur application ; elles doivent entrer dans le cadre des orientations politiques générales de l’UE, telles qu’elles sont définies par les sommets du Conseil européen. Dans le cas, à présent, où un état-membre laisse paraître des « insuffisances réformatrices » ou a besoin « d’aide » pour la programmation et la réalisation des réformes, il peut alors s’adresser -probablement sans être volontaire-à la Task force permanente qui s’est formée à la suite de « l’immense succès » remporté par la Task force grecque, Task force permanente qui portera désormais le nom de Service de soutien aux réformes structurelles. (Structural Reform Support Service).  
    Qu’arrive-t-il cependant lorsqu’un état-membre sort des limites de 3 % pour le déficit et de 60 % pour la dette ? Dans ce cas s’enclenche la procédure de déficit excessif, et l’état en cause est placé en situation de « mini-mémorandum », qui portera le nom de programme économique de collaboration. Dans ce mini mémorandum seront inventoriées les politiques économiques et budgétaires que le pays devra accepter pour corriger le dépassement du déficit et de la dette, le calendrier de leur réduction et les réformes structurelles qui renforceront l’effort budgétaire (systèmes de retraites, administration publique, santé publique, fiscalité etc.). L’élément nouveau dans cette procédure, c’est l’obligation de mesures budgétaires qui devront avoir un résultat tel que la dette publique sera réduite de 5 % par an, tant qu’elle dépasse la limite des 60 %.
         Le contrôle des déséquilibres macroéconomiques des états-membres constitue un autre volet du semestre européen. Dans cette procédure, la Commission surveille les économies nationales des états-membres en fonction de certains critères qu’elle a institués en variables macroéconomiques, comme le chômage, la dette privée, les crédits des banques dans l’économie privée, les prix de l’immobilier, le coût du travail, les exportations etc. et il publie des recommandations de politique économique au cas où une économie présente des déséquilibres excessifs. Ce qui mérite d’être noté, dans le cas du dit mécanisme de surveillance des déséquilibres macroéconomiques, c’est l’apparition d’un mécanisme de contrôle de la zone Euro qui tente d’imposer un modèle précis de développement et de gestion économique, bien qu’il ne convienne pas à tous les états-membres. Le modèle ultra exportateur de développement économique suivi par l’Allemagne, est inscrit dans le mécanisme de vigilance de l’UEM, tant en ce qui concerne les agrégats macroéconomiques observés, dont un grand nombre ne peuvent être contrôlés facilement par un gouvernement, que pour les différences d’évaluation des états membres lorsqu’ils présentent de gros excédents de changes courants, au lieu de déficits, comme c’est le cas pour l’Allemagne.
     Au cas où un état-membre « désobéit » ou apparaît simplement dans l’incapacité de corriger sa situation budgétaire en fonction de ce qui a été convenu, la Commission a la possibilité d’imposer au membre en question des amendes qui varient de 0,2 % jusqu’à 0,5 % du PIB. Ces sanctions sont infligées presqu’automatiquement, étant donné que le conseil ECOFIN n’a pas la possibilité de les entériner avant qu’elles ne soient imposées, sauf à les annuler s’il existe une majorité adéquate, sans que l’état-membre concerné n’ait de droit de vote !!! Une autre catégorie de sanctions que peut infliger la Commission à un état-membre « désobéissant » consiste à le priver de certains fonds du CRSN (Cadre de référence stratégique national, qui centralise des subventions européennes Ndt) et du budget communautaire, en application de la clause de conditionnalité macroéconomique qui a été introduite dans les règles du CRSN en 2014.
        Les menaces de chantage à l’asphyxie financière.  Parallèlement à tout ce cadre institutionnel destiné à imposer l’austérité s’est constitué un arsenal d’ingérences politiques para institutionnelles de l’Union Européenne qui combine les hyper pouvoirs antidémocratiques et opaques de la Banque Centrale Européenne, de l’Eurogroupe, et des mécanismes de gestion des crises, comme le MES (Mécanisme Européen de Stabilité).
       Ce programme parallèle destiné à imposer une souveraineté économique a déjà révélé toute son inhumanité dans les pays qui ont été soumis à des mémorandums, et tout particulièrement en Grèce. Ce cadre se caractérise par une pression politique, économique, et financière exercée sans limites ni règles sur un gouvernement et un état-membre pour lui faire appliquer les « politiques justes », c’est-à-dire les politiques d’austérité, et les réformes de type néolibéral, en échange du financement de la dette publique lorsqu’elle devient non viable pour un pays.
    Le jeu est plus ou moins connu : L’Euro groupe, un « forum de discussion » sans légitimité institutionnelle, exige d’un pays en crise des mesures précises de politique économique pour donner au MES son accord en vue du financement d’un programme d’ajustement macroéconomique. Ce processus, nous l’avons vu mis en œuvre récemment dans le cas de la Grèce, qui avait demandé une aide économique à l’Euro groupe et au MES parce que sa dette publique avait été jugée non viable à long terme. Les réglementations qui encadrent les procédures de soumission d’un pays à un programme d’ajustement budgétaire prévoient que la commission et la BCE négocieront, en liaison avec le FMI, et tant que cela sera jugé indispensable, un Mémorandum de collaboration qui sera signé par le MES et l’état-membre, dans lequel seront inventoriées en détail les politiques économiques, budgétaires, et réformatrices que l’état concerné est invité à adopter.
          Mais dans le cas où un gouvernement ne se plie pas totalement aux politiques imposées par les « institutions », alors commencent les menaces et le chantage. Au début, on repousse à plus tard les procédures d’évaluation normale, et on retarde de cette façon le versement au pays emprunteur des sommes incluses dans l’accord. Par la suite, la BCE reprend l’initiative, et crée avec la complicité des marchés internationaux les conditions d’une asphyxie financière au moyen de la menace de l’effondrement du système bancaire national en n’acceptant pas les obligations d’état en garantie et en restreignant la fourniture de liquidités d’urgence (ELA)
     Le rapport des cinq présidents : achever la construction néolibérale de l’UEM   L’édification de l’UEM ne s’arrête pas là. Les efforts des dirigeants européens pour l’assemblage du cadre institutionnel de l’UEM se poursuivent à travers les procédures prévues dans le rapport des cinq Présidents.
       Le 22 juin 2015 la Commission a présenté un rapport des cinq présidents concernant les perspectives d’achèvement de l’Euro zone. Plus précisément, les présidents de la Commission, de Conseil, de la BCE, de l’Euro groupe et du Parlement (pour les rapports précédents, le parlement était absent), proposent le renforcement des procédures d’édification de l’Euro zone en s’appuyant sur quatre piliers. a) une véritable union économique, qui aura pour objectif la convergence des économies européennes, au moyen de réformes structurelles dans les domaines de l’économie, du marché du travail, de l’administration publique et du marché des produits et des services. Différentes procédures et mécanismes sont proposés pour imposer ces réformes, et les soumettre à la surveillance du « gendarme » européen par le recours aux « meilleures pratiques » des autorités nationales en matière de compétitivité et de traitement des déséquilibres macroéconomiques
 b) une union financière, qui englobera l’union bancaire et l’union des marchés financiers, avec l’objectif d’un seul et unique marché monétaire et financier européen. Les nouveaux éléments que proposent les cinq Présidents sont : l’achèvement des étapes de l’union bancaire, l’union des marchés de capitaux (instauration d’un marché unique du capital pour financer les entreprises sur le modèle des USA), et l’adoption d’une garantie de dépôt européenne.
 c) une union budgétaire, avec d’un côté la garantie d’une dette publique viable et de l’autre, l’adoption et la mise en service d’une austérité perpétuelle, au moyen de « stabilisateurs automatiques » qui diminueront les dépenses et augmenteront les impôts automatiquement, sans décisions politiques, chaque fois que la stabilité budgétaire sera menacée. d) une union politique qui, d’après les auteurs du rapport, signifiera une représentation unique de l’Euro zone, un poste permanent de Président de l’Eurogroupe, et des « auditions » plus fréquentes des planificateurs de la politique économique européenne (Conseil, Commission, ministres des états-membres, troïka) par le parlement européen.
    La première étape de ces changements s’est concrétisée le 21 octobre 2015, lorsque la commission a présenté les propositions législatives suivante, sans exiger toutefois l’accord du parlement :
- durcissement du cadre du semestre européen sur l’application des « meilleures pratiques » et sur la liaison entre les démarches réformatrices d’un état-membre et son financement par les fonds communautaires.
– instauration de conseils nationaux de compétitivité qui contrôleront la compétitivité sur tous les plans (prix, salaires, cadre de régulation) et qui « conseilleront » le gouvernement pour les réformes structurelles, et les partenaires sociaux pour la fixation des salaires)
- instauration d’un conseil budgétaire européen indépendant, qui évaluera la stabilité budgétaire de l’Euro zone dans sa globalité et celle des états-membres, et qui fonctionnera comme parapluie institutionnel des conseils budgétaires nationaux correspondants.
- la garantie paneuropéenne des dépôts bancaires au moyen de contributions des banques ; mais, comme cela arrive désormais sous bien des aspects pour l’union bancaire, cette garantie ne sera déclenchée que sous de strictes conditions politiques, qui, augmenteront de fait le risque et l’instabilité, au lieu de les réduire
    En guise de conclusion...L’Eurozone n’est pas une simple union monétaire qui a été imaginée par des experts et réalisée par des hommes politiques. L’Euro zone constitue un outil économique, institutionnel, et politique très précieux en vue de l’accélération de la transformation néolibérale des économies européennes qui ont choisi d’entrer dans l’Euro. En d’autres termes, il s’est créé une union d’états qui, au nom de la « stabilité des prix » et de la « prospérité », impose par la contrainte, tant politique qu’économique, la restructuration des relations de travail, dans l’intérêt du capital, la pérennisation et l’inscription dans la loi de la politique des déficits réduits (austérité), les privatisations, et dernièrement ressort des restrictions à l’ordre constitutionnel même des pays et à la démocratie.
  L’Euro zone a développé un arsenal légal et institutionnel qui ne permet à aucun gouvernement, quel que soit le mandat qu’il a reçu de son peuple, d’appliquer des politiques économique et sociales qui ne cadreraient pas avec le dogme néolibéral de dérégulation totale. En d’autres termes, l’intégration à la monnaie unique d’un état ou d’un peuple équivaut à l’annulation du droit même d’un peuple à choisir la teneur de sa politique économique en ne laissant comme seule solution que l’austérité, la flexibilité des relations de travail, et les privatisations.
    Par conséquent, il est paradoxal pour Syriza et le gouvernement grec de manifester de l’embarras en face de la position du FMI, alors que dans le même temps l’Union Européenne et ses institutions ont démontré qu’ils étaient les meilleurs élèves des politiques économiques du FMI, les meilleurs élèves pour les tactiques de sanctions et de chantage en direction des peuples.
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mardi 3 juillet 2018

D'une mondialisation à l'autre

Démondialisation en question
                                                 Après la vaste extension des échanges internationaux, par phases successives, entrecoupées de périodes parfois plus isolationnistes, nous serions entrés, nous dit-on, dans une époque de démondialisation, suite aux excès d'une mondialisation exubérante qui suit l'après-guerre et surtout la fin de la guerre froide.
     Une certaine démondialisation serait en cours, après l'expansion des échanges tous azimuts, des produits, des cerveaux comme celle des capitaux, sous l'égide de l'OMC, du FMI et d'autres instances internationales.
  Il semble que nous soyons à un tournant
      La mondialisation heureuse dont parlait Alain Minc serait révolue, du moins sous ses formes les plus optimistes, les plus libérales, où le marché le moins régulé possible serait la loi et les prophètes et un facteur nécessaire de rapprochement des peuples, en créant des interdépendances bénéfiques, ce que Montesquieu évoquait déjà à son époque comme le doux commerce, facteur d'interdépendance, donc de paix.
      Mais vu son ampleur et les déséquilibres qu'elle crée, la globalisation, telle qu'elle s'est développée depuis ces trente dernières années, est devenue une source d' âpres débats, de contradictions,  et aussi une source d'inquiétudes, Les effets attendus officiellement ne sont pas toujours au rendez-vous ou créent des tensions qui incitent à freiner sa logique. Le pouvoir politique perd la main et les souverainetés sont mises à mal, au profit des multinationales qui imposent leurs intérêts, directement ou indirectement.
    Le phénomène n'est pas nouveau et a toute une histoire. Mais les formes nouvelles depuis les années 80, qui ont vu le retour en force d'un libéralisme sans frein, ont changé les données d'une tendance ancienne. L'histoire de la mondialisation  a connu un tournant sans précédent.
                La mondialisation semble avoir atteint ses limites. Les délocalisations rapides et brutales installent des conditions de mutations socio-économiques qui sont sources de tensions et de déplacement des inégalités en même temps que de leur creusement.
   Des économistes "orthodoxes" comme Allais, et plus proches de nous, comme Stiglitz ou même Lenglet ont mis le doigt sur un système qui connaît des dérives visibles ou méconnues. L'idée d'un libéralisme raisonnable, d'une mondialisation contrôlée,  refait son chemin, après les avertissements de Mendès-France au Traité de Rome.
      Certains évoquent même la notion de balkanisation pour décrire  certains effets dissolvants des abandons de souveraineté.
...Le GMT prévoit de soumettre les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique aux règles du libre-échange, qui correspondent le plus souvent aux préférences des grandes entreprises. Les Etats consentiraient, à travers l’accord, à un abandon considérable de souveraineté : les contrevenants aux préceptes libre-échangistes s’exposent en effet à des sanctions financières pouvant atteindre des dizaines de millions de dollar.    Selon le mandat de l’Union européenne, l’accord doit « fournir le plus haut niveau possible de protection juridique et de garantie pour les investisseurs européens aux Etats-Unis » (et réciproquement). En clair : permettre aux entreprises privées d’attaquer les législations et les réglementations, quand elles considèrent que celles-ci représentent des obstacles à la concurrence, à l’accès aux marchés publics ou à l’investissement.   L’article 4 du mandat précise : « Les obligations de l’accord engageront tous les niveaux de gouvernement. » Autant dire qu’il s’appliquerait non seulement aux Etats, mais également à toutes les collectivités publiques : régions, départements, communes, etc. Une réglementation municipale pourrait être attaquée non plus devant un tribunal administratif français, mais devant un groupe d’arbitrage privé international. Il suffirait pour cela qu’elle soit perçue par un investisseur comme une limitation à son « droit d’investir ce qu’il veut, où il veut, quand il veut, comme il veut et d’en retirer le bénéfice qu’il veut. »  Le traité ne pouvant être amendé qu’avec le consentement unanime des signataires, il s’imposerait indépendamment des alternances politiques.
              Que serait une mondialisation partielle, régulée et raisonnée?
       Le processus de démondialisation, dont on pouvait voir les premiers signes dans le courant des années 2000, s’est radicalement accéléré. Il est probablement devenu irréversible, du moins pour la période historique dans laquelle nous sommes entrés.
       Mais, qu’appelle-t-on « démondialisation » ? Certains confondent ce terme avec une interruption volontaire des flux d’échanges qui courent tout à travers la planète. Ils confondent ainsi un protectionnisme, qui peut être amplement justifié dans la théorie économique et la pratique de l’autarcie. Mais, surtout, ils oublient que les échanges, échanges de bien mais aussi échanges culturels voire échanges financiers, sont bien plus ancien que le phénomène nommé « mondialisation » ou « globalisation ». Car la « mondialisation » pour ne garder que ce seul mot, ne se réduit pas à l’existence de ces flux. Ce qui avait fait émerger le phénomène de la mondialisation était un double mouvement. Il y avait à la fois la combinaison, et l’intrication, des flux de marchandises et des flux financiers ET le développement d’une forme de gouvernement (ou de gouvernance) où l’économique semblait l’emporter sur le politique et les entreprises sur les Etats. Or, sur ce point, nous ne pouvons que constater une reprise en mains par les Etats des flux, un retour victorieux du politique.
     Alors, disons-le, la démondialisation ce sera le grand retour du politique sur le « technique », et le « technique » est ici incarné dans l’économique et le financier. Non que les raisonnements économiques et financiers perdront toute importance. Ils continueront de devoir être pris en compte. Mais, il deviendront désormais second par rapport au politique, qui recouvrera ses droits. L’économique et le financier redeviendront des instruments au service du politique. Et, avec ce retour en force du politique, nous pourrons avoir celui de la démocratie, d’un ordre qui tire sa légitimité non du marché mais du peuple, qui est mis au service des intérêts du peuple, et qui se matérialise dans le pouvoir du peuple. La phrase de Lincoln[1], « Du peuple, pour le peuple, par le peuple » va retrouver tout son sens. La démondialisation, doit donc être comprise comme le retour de la souveraineté, celle des Nations bien sûr que l’on avait analysée dans un ouvrage de 2008[2], mais une souveraineté qui prend la forme en démocratie de la souveraineté du peuple.
               Le protectionnisme et ses différents avatars récents ne peuvent être la solution. Par ses rodomontades, Trump se tire une balle dans le pied.
      En pleine escalade dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, après l'annonce de nouveaux droits de douane sur les importations chinoises par le président Trump la semaine dernière, les tensions protectionnistes sont au cœur des préoccupations des chefs d'État et des banques centrales. Le protectionnisme constitue même l'un des « deux grands risques mondiaux », avec l'instabilité financière, identifiés par le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau dans sa "lettre introductive au rapport annuel" de l'institution adressée au président de la République.
    « Le protectionnisme ne fait que des perdants », a déclaré François Villeroy de Galhau ce mercredi 20 juin lors d'une présentation à la presse. « L'augmentation des prix des importations pénalise davantage les ménages défavorisés qui consomment en proportion plus de produits importés. L'incertitude qu'induit [le protectionnisme] pèse sur l'investissement des entreprises et sur les marchés financiers », a-t-il souligné.
                      La voie vers une mondialisation modérée reste à réinventer, à renégocier. 
Pour une mondialisation modérée
         En 2003, le très libéral hebdomadaire britannique The Economist écrivait: « Désastres financiers périodiques, crises de la dette, fuites de capitaux, crises de change, faillite de banques, krachs boursiers… c’est assez pour forcer un bon libéral à s’arrêter pour réfléchir ». Le coup de semonce était donné la même année par l’économiste en chef du tout aussi libéral FMI, Kenneth Rogoff, affirmant qu’il n’y avait aucun élément pour « soutenir l’argument théorique selon lequel la mondialisation financière en soi permet d’obtenir des taux de croissance plus élevés. » Le célèbre économiste et Prix Nobel 2008 Paul Krugman en rajoutait une couche en 2007 en se montrant désormais circonspect quant au faible impact jusque-là affirmé de la montée des émergents sur la répartition des revenus des pays riches.
      Dans ce numéro, Alter-éco fait un compte-rendu du dernier livre de Dani Rodrik (The Globalization Paradox. Democracy and the Futur of the World Economy), économiste turc connu pour ses analyses originales de la mondialisation, ni libérales, purement dénonciatrices, comme certains altermondialistes. Dans ce livre, Rodrik pose un dilemme triangulaire (donc un trilemne), à l’image du célèbre triangle d’incompatibilité de Mundell...
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mardi 14 avril 2020

Re-souveraineté?

Qui sont les néo-coronaconvertis?      
                                La question de la souveraineté, en ces temps où le phénomène de la mondialisation maximale est l'objet de profondes remises en question, voire de vives critiques, même de la part de certains de ceux qui la défendaient hier avec une foi inébranlable, revient au premier plan  
                  Par conviction ou par opportunisme? La question se pose, à l'heure ou l'Etat, par nécessité, reprend l'initiative, comme ce fut partiellement le cas lors de la crise de 2008, où les positions furent longtemps étroitement  contradictoires sur le sujet. Jupiter  parle de refondation et veux changer de logiciel! Chiche!

          Les récents coronaconvertis, qu'on n'attendait parfois pas, sont-ils crédibles à terme?
   Points de vue:
              ___ ".... La crise sanitaire que nous vivons a fait d’un coup exploser tous les verrous idéologiques et politiques, toutes les idées préconçues, toutes les réserves prudentielles que l’on pouvait opposer à une remise en question majeure de l’éco-système libéral et productif hégémonique depuis la crise des années soixante-dix. De fait, la modernisation de l’État-providence, telle que la concevait le projet macroniste au début de son quinquennat n’apparaît plus recevable intellectuellement ni politiquement praticable en l’état. Il faut changer de braquet, de paradigme, de philosophie de l’histoire et donc de politique, c’est aujourd’hui une évidence.   Toutes les grandes crises qu’a traversées notre pays à l’époque contemporaine ont débouché sur des reconfigurations essentielles de notre éco-système politique et social, à commencer par le choc initial de la Révolution française, qui nous a fait basculer de la société d’ordres à la société de classes, et de la monarchie absolue vers la démocratie représentative. Au sortir du second conflit mondial, en 1945, le modèle de la démocratie libérale issu du XIXe siècle s’est mué en une nouvelle démocratie plus sociale, plus solidaire, plus protectrice, qui s’est appelée l’Etat-Providence. Ce fut en France le fruit d’une évolution intellectuelle commencée dès les années 1920, jalonnée par les acquis du Front populaire, et que l’union nationale de la Libération a rendu possible, par la convergence des gauches, inspirant le Conseil National de la Résistance, et du dirigisme gaullien. La nationalisation de l’énergie, du transport et du crédit, la création de la Sécurité sociale, la création des comités d’entreprise furent les piliers de cette nouvelle démocratie qui se voulait protectrice et sociale, fondée sur la vigilance et l’interventionnisme d’un État à la fois planificateur, stimulateur et redistributeur.      Ce modèle qui avait fait rêver nos grands-parents a volé peu à peu en éclats à partir du moment où la crise des années soixante-dix a inoculé le virus du chômage de masse et de la stagflation dans les sociétés industrielles. Mais l’on voit bien à la faveur de cette crise sanitaire à quel point le remède néo-libéral, administré selon les lois aveugles de la financiarisation mondialisée, a été bien pire que le mal.         Ce que nous indique la crise actuelle, annoncée par celles qui l’ont précédées, c’est que l’Etat-Providence ne doit pas s’adapter aux contraintes de la mondialisation mais bien que la mondialisation doit s’adapter aux exigences de l’État-providence. Il est urgent de rapatrier vers la France un certain nombre d’industries délocalisées par la logique du profit. Il faut nationaliser un certain nombre de secteurs industriels stratégiques et investir massivement dans la réorganisation de notre système de santé, comme le réclament les professionnels depuis des décennies. Idem pour les enseignants, scandaleusement sous-rétribués par rapport à leurs homologues européens ou pour les forces de l’ordre, usées jusqu’à la corde par la crise des gilets jaunes.       Ce réinvestissement massif dans la fonction publique d’État, ces relocalisations, ces renationalisations auront bien sûr un coût, à l’instar des réformes déployées à l’origine de l’État-providence.... 
          __ "...  Nous avons besoin de plus de production de ressources en France et donc d'une adaptation des lois et codes, plus d'affinage et de métallurgie des métaux stratégiques (comme c'était le cas en France avec le Comptoir-Lyon-Alemand-Louyot avant que son actionnariat ne le fasse sauter à la dynamite pour vendre ses stocks de métaux stratégiques), plus de travail dans l'acier en France et en Europe, plus de production dans les turbines énergétiques comme le faisait Alstom en France et en Europe et jusqu'à plus d'usines de machines à laver en France et en Europe. L'ensemble de ces « plus » deviennent une autosuffisance désirée et des emplois choisis, c'est-à-dire les nouveaux dividendes du capitalisme de souveraineté qui n'est pas donc l'antithèse de l'union européenne. Certes, c'est une renaissance moins rémunératrice pour l'actionnaire individuel mais plus enrichissante pour la communauté. A l'image des scientifiques qui effacent magistralement leurs egos et coopèrent pour lutter contre le coronavirus, les politiques devront coopérer pour se sauver de la crise ?
   Bien que nous ne connaissions pas encore le pic de cette crise dont nous espérons pourtant commencer à sortir en fin du deuxième trimestre de cette année, les indicateurs sont mauvais : le marché automobile est attendu à -25 %, le tourisme, et donc l'aéronautique, est prévu en difficulté pendant deux ans, avant de retrouver le « monde d'avant », les statistiques avancées d'achats indiquent une récession et sont historiquement bas en Italie. Dans ces conditions, il est impossible pour les États européens de démarrer un nouveau modèle de capitalisme de souveraineté sans accommodements, sans mutualisation d'une nouvelle dette dont la trajectoire sera stratosphérique. La Banque centrale européenne (BCE) doit avoir un nouveau rôle, gérer cette nouvelle dette, sans exclure de l'effacer d'une manière ou d'une autre, sans nouvelle taxe.
            Nous ne connaissons pas encore le pic de la crise, mais la Chine sort déjà du marasme, son indice d'achats est supérieur à 50. Depuis 30 ans, son intelligence économique a entièrement tourné ses doctrines agricoles, énergétiques et métallurgiques et minières vers sa souveraineté, elle en est championne du monde.
          Il faut donc nous activer car son industrie va bénéficier avant la nôtre d'avantages compétitifs liés aux prix des ressources naturelles. Ceux des métaux sont affaiblis sauf l'or. Les cotations des matières premières agricoles baissent également sauf celles liées au stockage (l'huile de palme, le blé, le thé, le café, le riz). Le prix du gaz naturel est historiquement bas (sous les 2 dollars), le pétrole entre 20 dollars et 30 dollars est déjà surstocké un peu partout. Il tombera à 10 dollars, à moins que plus d'aires de stockage deviennent disponibles et, surtout, si une alliance inédite entre Washington, Toronto, Moscou et Riyad marginalise la guerre énergétique et abaisse de 10 % à 15 % l'offre mondiale d'hydrocarbures. Mais forcer la baisse de la production privée états-unienne est  légalement très hypothétique. De plus, cette cohabitation entre capitalisme privé du pétrole de schiste très endetté et Etats de l'OPEP et OPEP+ porterait le risque d'une méga crise obligataire chez les producteurs nord américain.Avec de tels handicaps, muter d'un ancien capitalisme vers un nouveau rencontre au moins  deux obstacles, l'un technique l'autre moral
           Le premier problème de la souveraineté est sa dimension. Trop courte et elle réplique notre situation de dépendance lamentable liée au laissez-faire d'aujourd'hui, qui s'incarne par des États qui se font une guerre de pirates pour des masques sur des aéroports chinois ; c'est ce que j'ai nommé il y a déjà bien longtemps la « consommation compétitive » dans le cadre de la doctrine des métaux stratégiques lié aux énergies renouvelables. Trop longue et la souveraineté impose la fin de l'interdépendance organisée qui garantit une paix entre nations, notamment celle chère à l'Union européenne. Le curseur a des conséquences populistes évidentes, il doit trouver un juste milieu et sera d'ailleurs différent selon les pays.
        Deuxièmement, il n'y a pas deux mois, l'expression «souveraineté industrielle ou économique » était un oxymore pour les mêmes qui la revendique aujourd'hui. Abandonner la mondialisation et endosser bravement cet autre modèle n'est pas si simple. « Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré », n'est pas Clovis qui veut. Avant de devenir le bâtisseur de nouvelles doctrines industrielles, énergétiques et agricoles souveraines, avant de muter en un crédible mystagogue de la doctrine du capitalisme souverain, il faut en avoir été un vrai guerrier. C'est à dire être dans l'idée de « l'étrange défaite » de Marc Bloch, avoir souffert dans sa chair d'étranges défaites économiques, en avoir subi les conséquences : être une gueule-cassée de la mondialisation, un blessé du licenciement ou avoir été un mort industriel ; bis repetita: Péchiney, Comptoir-Lyon-Alemand-Louyot, Metaleurop, l'uranium, le nickel, Alstom, le ciment, etc.
          Ces hommes là savent ce que souveraineté veut dire, ils ont éprouvé et résisté à son absence, tout comme les experts de l'intelligence économique qui ont déjà et depuis longtemps dénoncé avec sagesse et réflexions les fausses vérités de la dépendance industrielle. Les inclurent pour bénéficier de leurs vécus est indispensable. Agir différemment, avec indifférence, sera toujours comme être entre deux hésitations, indécis entre deux communicants et cela pousse à la révolte..."
                                     _________________________________________

samedi 12 février 2011

Europe: nouvelle potion libérale

Pacte de compétitivité ou de régression?

Révolution ou involution?
Le plan franco-allemand pour la zone euro ne fait pas l'unanimité. "Initialement proposé par l’Allemagne, le pacte promeut l’application de six mesures:
  • L’abolition de l’indexation des salaires sur l’inflation. C'est déjà le cas en Allemagne. Mais le Luxembourg, la Belgique, l’Espagne et la Slovaquie sont concernés par ce changement. De son côté, Nicolas Sarkozy a indiqué que l’indexation du salaire minimum en France ne serait pas concernée.
  • La reconnaissance mutuelle des diplômes pour faciliter la mobilité des travailleurs en Europe.
  • La prévision d’un taux minimim d’impôt sur les sociétés. L’Irlande est dans la ligne de mire. Dublin possède l’impôt sur les sociétés le plus faible d’Europe. Il s’établit à 12,5%.
  • L’ajustement des systèmes de retraites sur le développement de la démographie
  • L’obligation pour les Etats membres d’inscrire dans leur constitution une «règle d’or» sur le respect des règles budgétaires européennes
  • L’établissement d’un régime national de gestion de crises à destination des banques
  • _Les mesures ne viseront que les membres de la zone euro, mais d’autres Etats pourront les adopter, a précisé Nicolas Sarkozy._Interrogée, dimanche 6 février dans l’émission C Politique (France 5), sur la perte de souveraineté des Etats membres qui adopteraient ce pacte, la ministre de l’Economie, Christine Lagarde a concédé: «Je suis d’accord avec vous.» Avant d’ajouter: «Il faut que l’on avance ensemble dans la même direction»..." Laquelle?....
  • ______________________Trop tôt ou trop tard? Au plus mauvais moment...
« Angela Merkel a désormais basculé du côté européen », se réjouit-on à Paris : « elle s’est résolue à plus d’Europe, mais elle veut que ce soit une Europe plus allemande ».
Autrement dit, si Berlin est prête à renforcer la solidarité financière européenne, c’est-à-dire à pérenniser et à renforcer le FESF, dont elle est la principale garante devant la France, c’est à condition que la zone euro s’engage à procéder à une série de réformes structurelles destinées à améliorer sa compétitivité comme l’a fait l’Allemagne au prix d’une décennie de sacrifices sociaux et salariaux. « Pour la chancelière, la zone euro doit harmoniser ses normes sociales et fiscales, mais cela ne doit pas se traduire par un abaissement de tous en terme de compétitivité », explique-ton à l’Élysée.

Quadrature du cercle?
Ces mesures seront gravées dans le marbre constitutionnel.
________Les décisions sont reportées en mars.
" Pour empêcher une nouvelle crise qui pourrait être fatale à la monnaie unique, l'Allemagne et la France ont convaincu vendredi leurs partenaires européens de convoquer en mars un sommet exceptionnel de la zone euro. Leur objectif est de resserrer la convergence des politiques économiques, budgétaires et sociales des dix-sept États membres, afin d'instaurer une discipline générale qui s'impose à tous. De quoi rassurer les marchés et renforcer la compétitivité de l'Europe face aux pays émergents."
La discussion sur les détails entraine déjà des mises en question.
Ce pacte survivra-t-il aux critiques déjà vives de nombreux pays?
__Un pas de plus vers une Europe ultralibérale, conforme aux voeux des agences de notation
(" « Nous avons un problème de crédibilité vis-à-vis des marchés, car la zone euro n’est pas perçue comme suffisamment unie », reconnaît-on à l’Élysée. Autrement dit, il faut que les dix-sept pays qui partagent l’euro s’intègrent davantage en se dotant d’un « gouvernement économique » et remédient ainsi à son défaut de conception originel : une politique monétaire unique, des politiques économiques souveraines, ce qui a abouti à la catastrophe actuelle."), mais qui suscite de vives réserves surtout dans les plus petits pays.
Faut-il écouter les leçons de l’Allemagne ?
__Le Luxembourg, la Belgique
réagissent vivement: "Nous n'accepterons pas que notre modèle de concertation sociale soit détricoté", a réagi vendredi le Premier ministre belge, Yves Leterme dont le pays applique notamment l'indexation des salaires sur les prix à l'instar du Portugal ou du Luxembourg. "Je ne suis pas contre la convergence économique, mais nous devons laisser les moyens d'y parvenir dans les mains des Etats membres"
L'Espagne de même...
En France, le P.S. réagit négativement, y voit "une menace sur le modèle social" , tout comme NDA dénonçant "les casseurs de l'Europe"
__Une Europe, toujours plus austère, toujours moins démocratique, agenouillée devant les diktats de la finance mondiale, dont a déjà vu certains effets désastreux?

"...Le pire semble encore à venir avec cette Europe, qui, pour reprendre un bon mot d’Emmanuel Todd, « utilise sa propre puissance économique pour se torturer ». C’est exactement ce que semble proposer le nouveau plan franco-allemand. S’il y a des idées intéressantes (plancher d’imposition, plan de gestion de crise des banques), le fond du plan
L’Allemagne souhaite mettre fin à l’indexation des salaires sur l’inflation : organisant en clair une baisse du pouvoir d’achat des travailleurs ! Cette Europe n’a pas compris que la quête sans fin de la compétitivité est totalement illusoire sachant que le salaire minimum au Bangladesh est de trente euros. De combien faudra-t-il baisser les salaires pour que le vieux continent soit à nouveau compétitif à l’échelle mondiale ? Ne faudrait-il pas chercher à éviter une telle course au moins-disant salarial ?
Enfin, le fait de constitutionnaliser des règles budgétaires poursuit la même logique anti-démocratique de cette Europe qui veut absolument limiter le choix réel des citoyens et entraver la marge de manœuvre des gouvernements nationaux. Après la suppression des politiques monétaires nationales avec l’euro, voici que l’encadrement des politiques budgétaires (soumises à la Commission puis encadrées constitutionnellement) promet de ligoter plus encore les capacités d’actions des États.
Le seul point positif de ces derniers mois est de montrer le vrai visage de cette Europe, soucieuse d’augmenter son pouvoir et son contrôle des États, et qui mène une véritable politique antisociale au service de la finance et des multinationales. Les masques sont tombés : aux peuples de réagir !"
risque d’enfermer notre continent dans une stagnation économique prolongée et empêcher toute croissance. (L.P.)
L'Allemagne joue contre son propre intérêt
L'Allemagne, un modèle à relativiser
La France ne doit pas copier l'AllemagneLa souveraineté économique des Etats bientôt enterrée?
Jacques Sapir: Pourquoi les politiques d'ajustement vont échouer
L'europe sociale n'aura pas lieu
Acharnement thérapeutique

 Règle d’or, cette blague de potache