Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête Ehpad. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête Ehpad. Trier par date Afficher tous les articles

jeudi 19 août 2021

Ehpad: une affaire en or

Machines à cash

                       Le scandale n'est pas nouveau:   L"or gris" attire les fonds d'investissement. Il y a de la demande auprès d'un certain public, et il y en aura toujours plus,  même si le système fonctionne sous plusieurs régimes, sans que la qualité de l'accompagnement et des soins change beaucoup.                               ____Sommes nous sur la voie de nos voisins anglais, où la privatisation va bon train, où, sous prétexte de "modernisation", les choses empirent à bas bruit, dans une grande indifférence? Il semble bien que oui, malgré les dénégations et les velléités de  réforme            ".....Au Royaume-Uni, où plus de 42 000 résidents des Ehpad sont décédés pendant la pandémie, l’histoire de Philip est loin d’être isolée. La presse anglaise s’est largement fait l’écho de ces tragédies familiales, mais peu d’articles se sont penchés sur le processus de privatisation généralisée des maisons de retraite qui les a souvent permises. Et pourtant, comme nous le dit Eileen Chubb, dirigeante de l’association caritative Compassion in Care, « c’était horrible mais ce n’était pas une surprise ». Cette ancienne aide-soignante sait de quoi elle parle, elle qui défend depuis plusieurs années les droits des résidents des Ehpad, « traités dans ce pays comme des citoyens de seconde zone ».  Outre-Manche, le marché des Ehpad est très fragmenté, « atomisé », dit-on, ce qui est rarement bon signe. C’est une jungle d’entreprises détenant chacune une petite part du marché et se livrant une concurrence acharnée. Au total, cette multitude de sociétés privées détient 76 % des Ehpad, les autres étant gérés par des collectivités locales et des associations.  Cette privatisation généralisée n’est pas unique en Europe mais elle est pourtant bien singulière, selon Bob Hudson, professeur à l’université du Kent et expert en politiques publiques. L’externalisation britannique s’est développée de manière particulièrement agressive et « sans aucun garde-fou », écrit-il pour la revue de la London School of Economics. Les conséquences de cette libéralisation sans limites sont désastreuses : la situation des Ehpad ne « répond plus aux normes ordinaires, que ce soit en matière de choix ou de contrôle des établissements ».-   L’histoire aurait pu s’écrire autrement, d’après un autre professeur anglais, Peter Folkman, de la Manchester Business School. Pour lui, cette privatisation commencée il y a une quarantaine d’années, comme dans tout le secteur de « l’aide sociale », n’avait pas que des mauvais côtés. « Les économies d’échelle et les bonnes techniques managériales » apportées par le privé ont permis aux entreprises de faire « plutôt du bon travail » dans un secteur qui était en décrépitude, nous dit-il. Seulement, même ce libéral en convient, la machine s’est emballée : « Le problème, c’est que lorsqu’on privatise, l’argent passe avant tout. »   La véritable « dégringolade » a commencé avec l’arrivée sur le marché britannique des fonds d’investissement, en particulier des fonds de pension, il y a quelques années, se rappelle John Spellar, ancien ministre et député du parti travailliste. De véritables machines de guerre de la réduction des coûts, qui garantissent à leurs investisseurs des retours importants sur leurs placements. Ces organismes de placement collectifs ont la part belle outre-Manche : un cinquième du secteur repose entre les mains des cinq plus grosses multinationales et trois d’entre elles sont financées par des fonds d’investissement.  Le débarquement des fonds a fait baisser « les standards de qualité des établissements », explique John Spellar. « Désormais, ces derniers ne se sentent plus tenus pour responsables de leur gestion et ruinent les conditions de travail des salariés. » Il en découle, d’après lui, « une crise de recrutement dans les Ehpad et un défaut de soins pour les résidents ».   Pourtant, le député ne regrette pas la privatisation et voit même les avantages d’une « véritable union avec le secteur privé qui propose un système qui fonctionne ». Mais il est désormais convaincu que les « spéculateurs » n’ont pas leur place dans les Ehpad. Tout simplement parce que le secteur, par essence, n’est pas adapté au fonctionnement de ces machines à cash...."              Dans la "gestion des aînés", nous en prenons le chemin ou nous y sommes en partie. Il suffit de voir les offres alléchantes sur FB: Investissez! excellent rendement!  

                   Après l'or noir en déclin, voici le temps de l'or gris.
                                   Celui de l'extrême vieillesse et de la dépendance, qui donne lieu trop souvent à un marché lucratif.
   Le plus souvent, surtout dans le secteur entièrement privatisé, où il est conseillé d'investir (comme dans le secteur de l'industrie pharmaceutique, le plus profitable de tous).


    C'est un marché qui ne pourra que grandir un peu partout, vu les évolutions démographiques, notamment en Europe. De très bons dividendes promis très souvent. Des marges confortables. Korian caracole en tête.
     Un nouveau business est né et se développe. Des Ehpad privés, parfois de luxe, où les services ne sont pas meilleurs qu'ailleurs, dans le secteur public ou semi-public. L'épisode passée de la crise que nous vivons a montré il y a quelques mois dans quelle situation d'abandon beaucoup se sont retrouvés du point de vue sanitaire et humain.
      Une nouvelle poule aux oeufs d'or se développe, sans que l'Etat, malgré ses aides, ne s'oppose. Au contraire, il a laissé la finance investir ce nouveau terrain prometteur..
                                    Il a fallu attendre début avril pour que les résidents décédés commencent à être comptabilisés comme victimes du coronavirus et il a fallu du temps pour que le personnel des Ehpads soient préparés et équipés ne serait-ce que de simples masques. Une imprévoyance? Non, une faute .  Certains avaient anticipé une hécatombe possible. Elle n'a pas eu lieu, mais avec le bilan provisoire, très lourd, on peut estimer que les victimes représentent une moitié des touchés mortellement par le virus fatal.

             "...Il faudra plusieurs mois, peut-être des années, pour que les experts établissent avec précision le vrai bilan du Covid-19. En attendant, le comptage quotidien de Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, n'est qu'une estimation assez grossière, particulièrement en ce qui concerne les chiffres des Ehpad. « C'est forcément plus. Ne serait-ce que parce que la plateforme de comptage mise en place par le gouvernement fin mars ne repose que sur les signalements des établissements », constate Nathalie Maubourguet, présidente de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad. Ce médecin a interrogé ses confrères. Aucun d'entre eux n'a lui-même effectué de signalements, laissés à la charge des directeurs, pas toujours pressés, selon elle, de « singulariser » ainsi leur site… Autre indice de la sous-estimation : ces témoignages de salariés des pompes funèbres, qui voient pulluler, ces dernières semaines, des certificats de décès comportant la seule mention de « détresse respiratoire », sans la case Covid. « On nous a remonté de nombreux cas », affirme Claudette Brialix, présidente de la Fédération nationale des associations et amis des personnes âgées et de leurs familles (Fnapaef)....."
   Déjà, nos anciens relevaient de soins et de traitements pas toujours exemplaires, vu le manque de moyens, surtout en personnel, et donc le temps à leur consacrer était notoirement insuffisant, pour ne parler que des seuls soins.. La gestion de certains établissements, avec des aides d'Etat,  étaient surtout commandée par la loi du profit.  
    Un juteux marché pour des groupes privés, profitant de la manne commune et parfois d'astronomiques loyers, que beaucoup de famille ne peuvent assurer. Malgré les moyens, ils n'ont pas été traités là mieux qu'ailleurs.
    La "gestion" des aînés n'a pas été exemplaire, c'est le moins qu'on puisse dire. Surtout en cette période dangereuse où les précautions auraient dû être redoublées. Certains médecins avaient bien anticipé le désastre potentiel.
    Le marché de l'or gris a produit des dérives, malgré les progrès sur la prise en charge des plus dépendants.    
 Les actionnaires n'ont sans doute aucune idée de ce que leur gain a pu produire indirectement comme désastre humain. La crise sanitaire a agi comme un révélateur. Il y a vieillir et vieillir....
             __
_Depuis la création de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) et de la Journée nationale de solidarité (lundi de Pentecôte) après la ­canicule de 2003, l’argent ne manque pas. Les maisons de retraite se partagent 8,2 milliards d’euros. Une somme qui profite également aux établissements privés, financés par de l’argent public à hauteur de 3,9 milliards d’euros. L’Etat, lui, semble avoir le plus grand mal à contrôler ce qui se passe derrière ces murs. Là où nous conduit cet excellent documentaire, hélas diffusé tardivement, en deuxième partie de soirée.   [Maisons de retraite : les secrets d’un gros business, de Xavier Deleu (Fr., 2017, 70 min)]         ______________________________________

mercredi 26 janvier 2022

Business is business

       Quand l'or gris est coté en bourse...

                       La vieillesse, tant vantée pas ailleurs, n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Même dans nos sociétés dires avancées, même dans ces établissements parfois flambant neufs, qu'on n' appelle plus "maisons de retraite", mais EHPADS. Cela fait plus moderne, mais en fait, malgré les publicités alléchantes et les appels à investissements, la réalité n'y est pas toujours aussi séduisante que ce qu'en disent les dépliants parfois luxueux. On commence à le savoir.               ____Ce n'est pas seulement un problème de coût, pas toujours contrôlés, mais surtout une question d'accompagnement et de soins, qui sont souvent réduits au minimum, même dans les établissements privées, à la rentabilité avouée ou non.         ___Une récente enquête, après d'autres, met le doigt sur les conditions indignes qui, par souci de rentabilité, règnent encore ici ou là.        C'est trop souvent l'appât de "l'or gris"  qui est la logique de dérives connues ou silencieuses. On sait que la vieillesse n'est pas toujours un long fleuve tranquille, que les fins de saisons sont difficiles, mais une autre politique de la vieillesse est possible.   Il faut arrêter les machines à cash.                     _____ Le scandale n'est pas nouveau:   L"or gris" attire les fonds d'investissement. Il y a de la demande auprès d'un certain public, et il y en aura toujours plus,  même si le système fonctionne sous plusieurs régimes, sans que la qualité de l'accompagnement et des soins change beaucoup.                               ____Sommes nous sur la voie de nos voisins anglais, où la privatisation va bon train, où, sous prétexte de "modernisation", les choses empirent à bas bruit, dans une grande indifférence? Il semble bien que oui, malgré les dénégations et les velléités de  réforme            ".....Au Royaume-Uni, où plus de 42 000 résidents des Ehpad sont décédés pendant la pandémie, l’histoire de Philip est loin d’être isolée. La presse anglaise s’est largement fait l’écho de ces tragédies familiales, mais peu d’articles se sont penchés sur le processus de privatisation généralisée des maisons de retraite qui les a souvent permises. Et pourtant, comme nous le dit Eileen Chubb, dirigeante de l’association caritative Compassion in Care, « c’était horrible mais ce n’était pas une surprise ». Cette ancienne aide-soignante sait de quoi elle parle, elle qui défend depuis plusieurs années les droits des résidents des Ehpad, « traités dans ce pays comme des citoyens de seconde zone ».  Outre-Manche, le marché des Ehpad est très fragmenté, « atomisé », dit-on, ce qui est rarement bon signe. C’est une jungle d’entreprises détenant chacune une petite part du marché et se livrant une concurrence acharnée. Au total, cette multitude de sociétés privées détient 76 % des Ehpad, les autres étant gérés par des collectivités locales et des associations.  Cette privatisation généralisée n’est pas unique en Europe mais elle est pourtant bien singulière, selon Bob Hudson, professeur à l’université du Kent et expert en politiques publiques. L’externalisation britannique s’est développée de manière particulièrement agressive et « sans aucun garde-fou », écrit-il pour la revue de la London School of Economics.                  _____Les conséquences de cette libéralisation sans limites sont désastreuses : la situation des Ehpad ne « répond plus aux normes ordinaires, que ce soit en matière de choix ou de contrôle des établissements ».-   L’histoire aurait pu s’écrire autrement, d’après un autre professeur anglais, Peter Folkman, de la Manchester Business School. Pour lui, cette privatisation commencée il y a une quarantaine d’années, comme dans tout le secteur de « l’aide sociale », n’avait pas que des mauvais côtés. « Les économies d’échelle et les bonnes techniques managériales » apportées par le privé ont permis aux entreprises de faire « plutôt du bon travail » dans un secteur qui était en décrépitude, nous dit-il. Seulement, même ce libéral en convient, la machine s’est emballée : « Le problème, c’est que lorsqu’on privatise, l’argent passe avant tout. »   La véritable « dégringolade » a commencé avec l’arrivée sur le marché britannique des fonds d’investissement, en particulier des fonds de pension, il y a quelques années, se rappelle John Spellar, ancien ministre et député du parti travailliste. De véritables machines de guerre de la réduction des   coûts, qui garantissent à leurs investisseurs des retours importants sur leurs placements. Ces organismes de placement collectifs ont la part belle outre-Manche : un cinquième du secteur repose entre les mains des cinq plus grosses multinationales et trois d’entre elles sont financées par des fonds d’investissement.  Le débarquement des fonds a fait baisser « les standards de qualité des établissements », explique John Spellar. « Désormais, ces derniers ne se sentent plus tenus pour responsables de leur gestion et ruinent les conditions de travail des salariés. » Il en découle, d’après lui, « une crise de recrutement dans les Ehpad et un défaut de soins pour les résidents ».   Pourtant, le député ne regrette pas la privatisation et voit même les avantages d’une « véritable union avec le secteur privé qui propose un système qui fonctionne ». Mais il est désormais convaincu que les « spéculateurs » n’ont pas leur place dans les Ehpad. Tout simplement parce que le secteur, par essence, n’est pas adapté au fonctionnement de ces machines à cash...."              Dans la "gestion des aînés", nous en prenons le chemin ou nous y sommes en partie. Il suffit de voir les offres alléchantes sur FB: Investissez! excellent rendement!  

                   Après l'or noir en déclin, voici le temps de l'or gris.
                                   Celui de l'extrême vieillesse et de la dépendance, qui donne lieu trop souvent à un marché lucratif.
   Le plus souvent, surtout dans le secteur entièrement privatisé, où il est conseillé d'investir (comme dans le secteur de l'industrie pharmaceutique, le plus profitable de tous).


    C'est un marché qui ne pourra que grandir un peu partout, vu les évolutions démographiques, notamment en Europe. De très bons dividendes promis très souvent. Des marges confortables. Korian caracole en tête.
     Un nouveau business est né et se développe. Des Ehpad privés, parfois de luxe, où les services ne sont pas meilleurs qu'ailleurs, dans le secteur public ou semi-public. L'épisode passée de la crise que nous vivons a montré il y a quelques mois dans quelle situation d'abandon beaucoup se sont retrouvés du point de vue sanitaire et humain.
      Une nouvelle poule aux oeufs d'or se développe, sans que l'Etat, malgré ses aides, ne s'oppose. Au contraire, il a laissé la finance investir ce nouveau terrain prometteur..
                                    Il a fallu attendre début avril pour que les résidents décédés commencent à être comptabilisés comme victimes du coronavirus et il a fallu du temps pour que le personnel des Ehpads soient préparés et équipés ne serait-ce que de simples masques. Une imprévoyance? Non, une faute .  Certains avaient anticipé une hécatombe possible. Elle n'a pas eu lieu, mais avec le bilan provisoire, très lourd, on peut estimer que les victimes représentent une moitié des touchés mortellement par le virus fatal.

             "...Il faudra plusieurs mois, peut-être des années, pour que les experts établissent avec précision le vrai bilan du Covid-19.   En attendant, le comptage quotidien de Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, n'est qu'une estimation assez grossière, particulièrement en ce qui concerne les chiffres des Ehpad. « C'est forcément plus. Ne serait-ce que parce que la plateforme de comptage mise en place par le gouvernement fin mars ne repose que sur les signalements des établissements », constate Nathalie Maubourguet, présidente de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad. Ce médecin a interrogé ses confrères. Aucun d'entre eux n'a lui-même effectué de signalements, laissés à la charge des directeurs, pas toujours pressés, selon elle, de « singulariser » ainsi leur site… Autre indice de la sous-estimation : ces témoignages de salariés des pompes funèbres, qui voient pulluler, ces dernières semaines, des certificats de décès comportant la seule mention de « détresse respiratoire », sans la case Covid. « On nous a remonté de nombreux cas », affirme Claudette Brialix, présidente de la Fédération nationale des associations et amis des personnes âgées et de leurs familles (Fnapaef)....."
   Déjà, nos anciens relevaient de soins et de traitements pas toujours exemplaires, vu le manque de moyens, surtout en personnel, et donc le temps à leur consacrer était notoirement insuffisant, pour ne parler que des seuls soins.. La gestion de certains établissements, avec des aides d'Etat,  étaient surtout commandée par la loi du profit.  
    Un juteux marché pour des groupes privés, profitant de la manne commune et parfois d'astronomiques loyers, que beaucoup de famille ne peuvent assurer. Malgré les moyens, ils n'ont pas été traités là mieux qu'ailleurs.
    La "gestion" des aînés n'a pas été exemplaire, c'est le moins qu'on puisse dire. Surtout en cette période dangereuse où les précautions auraient dû être redoublées. Certains médecins avaient bien anticipé le désastre potentiel.
    Le marché de l'or gris a produit des dérives, malgré les progrès sur la prise en charge des plus dépendants.    
 Les actionnaires n'ont sans doute aucune idée de ce que leur gain a pu produire indirectement comme désastre humain. La crise sanitaire a agi comme un révélateur. Il y a vieillir et vieillir....
             __
_Depuis la création de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) et de la Journée nationale de solidarité (lundi de Pentecôte) après la ­canicule de 2003, l’argent ne manque pas. Les maisons de retraite se partagent 8,2 milliards d’euros. Une somme qui profite également aux établissements privés, financés par de l’argent public à hauteur de 3,9 milliards d’euros. L’Etat, lui, semble avoir le plus grand mal à contrôler ce qui se passe derrière ces murs. Là où nous conduit cet excellent documentaire, hélas diffusé tardivement, en deuxième partie de soirée.   [Maisons de retraite : les secrets d’un gros business, de Xavier Deleu (Fr., 2017, 70 min)]         ______________________________________

vendredi 17 mai 2024

Profiteurs de vieillesse

 C'est le temps de l'or gris

                  Les Ehpads, c'était une bonne idée, mais les dérives qu'ils connaissent trop souvent exigent une refonte complète de leur gestion, trop souvent défaillante, parfois coupable: manque cruel de personnel, défections de l'Etat, qui a manqué à ses engagements, celui de contrôle notamment.... On a laissé des sociétés privées faire la pluie et le beau temps dans un domaine où le profit, et même le surprofit, ne devrait pas décemment être la règle, surtout à l'heure où la grande vieillesse devient une question centrale dans nos sociétés. Certes, il y a pire ailleurs, mais nos anciens, qui ont fait la richesses du pays, méritent-ils la relégation, voire parfois la maltraitance.                                                                                               De bonnes affaires pour des sociétés privées dont la spécialité est la gestion de la grande vieillesse. La Silver Economy se porte bien et même très bien si on se réfère aux grands groupes qui en ont fait une spécialité, plus encore en Espagne et surtout au Royaume Uni, comme le montrait l'enquête de Arte avant-hier soir sur le sujet. Business is Business. On se souvient du scandale Orpéa. Les profiteurs de vieillesse n'ont pas baissé la garde pour autant et les sanctions furent légères.  ____                                                            "  Aujourd’hui, un Européen sur cinq a plus de 65 ans. En 2050, ce sera un sur trois. D’ici à 2070, la prise en charge de la dépendance des personnes âgées pourrait représenter 30 % du produit intérieur brut européen. Sans surprise, de grands groupes du secteur privé y voient une manne sur laquelle spéculer. En janvier 2022, le livre de Victor Castanet, « les Fossoyeurs » (Fayard), avait ébranlé tout le secteur des Ehpad : son enquête montrait comment les établissements du groupe Orpea avaient rogné sur les soins et l’alimentation de ses pensionnaires pour doper son cours de Bourse.     Dans ce remarquable documentaire, Laurence Delleur et Nathalie Amsellem reviennent à leur tour sur les pratiques délétères opérées en Europe par ces marchands de vieillesse. Trois multinationales dominent le secteur : Orpea, donc (devenu Emeis en mars dernier pour se refaire une virginité), Korian (appelé désormais Clariane) et DomusVi, toutes françaises et en partie financées par l’Etat - les coûts liés aux soins et à la dépendance étant à la charge des pouvoirs publics. En une dizaine d’années, elles ont doublé, voire triplé leur chiffre d’affaires. Nos voisins européens partagent les mêmes vicissitudes. En Espagne, où le privé règne sur 89 % du marché, une grand-mère a dû être hospitalisée après avoir passé deux mois en maison de retraite : « Quand les soignants ont su qu’elle venait de DomusVi, ils se sont décomposés… », raconte sa petite-filleDénutrie, déshydratée, elle souffrait d’une thrombose pulmonaire et d’escarres.    Au Royaume-Uni, où l’immobilier flambe, les terrains sur lesquels sont implantés des Ehpad sont revendus à prix d’or, laissant les familles sans solution d’accueil. En Allemagne, le recours massif aux aides à domicile a entraîné l’exploitation de jeunes femmes venues de Pologne, payées au lance-pierres.    Seule exception positive, le modèle danois permet aux anciens de rester majoritairement chez eux et d’être pris en charge à 100 % par les municipalités. Pas pour longtemps : face au vieillissement de la population, ces dernières sont désormais étranglées financièrement...."                                                                                         

              L'extrême vieillesse et  la dépendance, donnent lieu trop souvent à un marché lucratif.
   Le plus souvent, surtout dans le secteur entièrement privatisé, où il est conseillé d'investir (comme dans le secteur de l'industrie pharmaceutique, sans doute le plus profitable).

    C'est un marché qui ne pourra que grandir un peu partout, vues les évolutions démographiques, notamment en Europe. De très bons dividendes promis très souvent. Des marges confortables. Korian caracole en tête.
     Un nouveau business est né et se développe. Des Ehpad privés, parfois de luxe, où les services ne sont pas meilleurs qu'ailleurs, dans le secteur public ou semi-public. L'épisode passée de la crise que nous vivons a montré il y a quelques mois dans quelle situation d'abandon beaucoup se sont retrouvés du point de vue sanitaire et humain.
      Une nouvelle poule aux oeufs d'or se développe, sans que l'Etat, malgré ses aides, ne s'oppose. Au contraire, il a laissé la finance investir ce nouveau terrain prometteur..
                                    Il a fallu attendre début avril pour que les résidents décédés commencent à être comptabilisés comme victimes du coronavirus et il a fallu du temps pour que le personnel des Ehpads soient préparés et équipés ne serait-ce que de simples masques. Une imprévoyance? Non, une faute .  Certains avaient anticipé une hécatombe possible. Elle n'a pas eu lieu, mais avec le bilan provisoire, très lourd, on peut estimer que les victimes représentent une moitié des touchés mortellement par le virus fatal.

      "...Il faudra plusieurs mois, peut-être des années, pour que les experts établissent avec précision le vrai bilan du Covid-19. En attendant, le comptage quotidien de Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, n'est qu'une estimation assez grossière, particulièrement en ce qui concerne les chiffres des Ehpad. « C'est forcément plus. Ne serait-ce que parce que la plateforme de comptage mise en place par le gouvernement fin mars ne repose que sur les signalements des établissements », constate Nathalie Maubourguet, présidente de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad. Ce médecin a interrogé ses confrères. Aucun d'entre eux n'a lui-même effectué de signalements, laissés à la charge des directeurs, pas toujours pressés, selon elle, de « singulariser » ainsi leur site… Autre indice de la sous-estimation : ces témoignages de salariés des pompes funèbres, qui voient pulluler, ces dernières semaines, des certificats de décès comportant la seule mention de « détresse respiratoire », sans la case Covid. « On nous a remonté de nombreux cas », affirme Claudette Brialix, présidente de la Fédération nationale des associations et amis des personnes âgées et de leurs familles (Fnapaef)....."

   Déjà, nos anciens relevaient de soins et de traitements pas toujours exemplaires, vu le manque de moyens, surtout en personnel, et donc le temps à leur consacrer était notoirement insuffisant, pour ne parler que des seuls soins.. La gestion de certains établissements, avec des aides d'Etat,  étaient surtout commandée par la loi du profit.  
    Un juteux marché pour des groupes privés, profitant de la manne commune et parfois d'astronomiques loyers, que beaucoup de famille ne peuvent assurer. Malgré les moyens, ils n'ont pas été traités là mieux qu'ailleurs.
    La "gestion" des aînés n'a pas été exemplaire, c'est le moins qu'on puisse dire. Surtout en cette période dangereuse où les précautions auraient dû être redoublées. Certains médecins avaient bien anticipé le désastre potentiel.
    Le marché de l'or gris a produit des dérives, malgré les progrès sur la prise en charge des plus dépendants.    
 Les actionnaires n'ont sans doute aucune idée de ce que leur gain a pu produire indirectement comme
désastre humain. La crise sanitaire a agi comme un révélateur. Il y a vieillir et vieillir....
             ___Depuis la création de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) et de la Journée nationale de solidarité (lundi de Pentecôte) après la ­canicule de 2003, l’argent ne manque pas. Les maisons de retraite se partagent 8,2 milliards d’euros. Une somme qui profite également aux établissements privés, financés par de l’argent public à hauteur de 3,9 milliards d’euros. L’Etat, lui, semble avoir le plus grand mal à contrôler ce qui se passe derrière ces murs. Là où nous conduit cet excellent documentaire, hélas diffusé tardivement, en deuxième partie de soirée.   [Maisons de retraite : les secrets d’un gros business, de Xavier Deleu (Fr., 2017, 70 min)]

                                              ___________________________________

mardi 4 août 2020

Ehpad's business

          Après l'or noir en déclin, voici le temps de l'or gris.
                Celui de l'extrême vieillesse et de la dépendance, qui donne lieu trop souvent à un marché lucratif.
   Le plus souvent, surtout dans le secteur entièrement privatisé, où il est conseillé d'investir (comme dans le secteur de l'industrie pharmaceutique, sans doute le plus profitable).

    C'est un marché qui ne pourra que grandir un peu partout, vues les évolutions démographiques, notamment en Europe. De très bons dividendes promis très souvent. Des marges confortables. Korian caracole en tête.
     Un nouveau business est né et se développe. Des Ehpad privés, parfois de luxe, où les services ne sont pas meilleurs qu'ailleurs, dans le secteur public ou semi-public. L'épisode passée de la crise que nous vivons a montré il y a quelques mois dans quelle situation d'abandon beaucoup se sont retrouvés du point de vue sanitaire et humain.
      Une nouvelle poule aux oeufs d'or se développe, sans que l'Etat, malgré ses aides, ne s'oppose. Au contraire, il a laissé la finance investir ce nouveau terrain prometteur..
                                    Il a fallu attendre début avril pour que les résidents décédés commencent à être comptabilisés comme victimes du coronavirus et il a fallu du temps pour que le personnel des Ehpads soient préparés et équipés ne serait-ce que de simples masques. Une imprévoyance? Non, une faute .  Certains avaient anticipé une hécatombe possible. Elle n'a pas eu lieu, mais avec le bilan provisoire, très lourd, on peut estimer que les victimes représentent une moitié des touchés mortellement par le virus fatal.

      "...Il faudra plusieurs mois, peut-être des années, pour que les experts établissent avec précision le vrai bilan du Covid-19. En attendant, le comptage quotidien de Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, n'est qu'une estimation assez grossière, particulièrement en ce qui concerne les chiffres des Ehpad. « C'est forcément plus. Ne serait-ce que parce que la plateforme de comptage mise en place par le gouvernement fin mars ne repose que sur les signalements des établissements », constate Nathalie Maubourguet, présidente de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad. Ce médecin a interrogé ses confrères. Aucun d'entre eux n'a lui-même effectué de signalements, laissés à la charge des directeurs, pas toujours pressés, selon elle, de « singulariser » ainsi leur site… Autre indice de la sous-estimation : ces témoignages de salariés des pompes funèbres, qui voient pulluler, ces dernières semaines, des certificats de décès comportant la seule mention de « détresse respiratoire », sans la case Covid. « On nous a remonté de nombreux cas », affirme Claudette Brialix, présidente de la Fédération nationale des associations et amis des personnes âgées et de leurs familles (Fnapaef)....."

   Déjà, nos anciens relevaient de soins et de traitements pas toujours exemplaires, vu le manque de moyens, surtout en personnel, et donc le temps à leur consacrer était notoirement insuffisant, pour ne parler que des seuls soins.. La gestion de certains établissements, avec des aides d'Etat,  étaient surtout commandée par la loi du profit.  
    Un juteux marché pour des groupes privés, profitant de la manne commune et parfois d'astronomiques loyers, que beaucoup de famille ne peuvent assurer. Malgré les moyens, ils n'ont pas été traités là mieux qu'ailleurs.
    La "gestion" des aînés n'a pas été exemplaire, c'est le moins qu'on puisse dire. Surtout en cette période dangereuse où les précautions auraient dû être redoublées. Certains médecins avaient bien anticipé le désastre potentiel.
    Le marché de l'or gris a produit des dérives, malgré les progrès sur la prise en charge des plus dépendants.    
 Les actionnaires n'ont sans doute aucune idée de ce que leur gain a pu produire indirectement comme
désastre humain. La crise sanitaire a agi comme un révélateur. Il y a vieillir et vieillir....
             ___Depuis la création de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) et de la Journée nationale de solidarité (lundi de Pentecôte) après la ­canicule de 2003, l’argent ne manque pas. Les maisons de retraite se partagent 8,2 milliards d’euros. Une somme qui profite également aux établissements privés, financés par de l’argent public à hauteur de 3,9 milliards d’euros. L’Etat, lui, semble avoir le plus grand mal à contrôler ce qui se passe derrière ces murs. Là où nous conduit cet excellent documentaire, hélas diffusé tardivement, en deuxième partie de soirée.   [Maisons de retraite : les secrets d’un gros business, de Xavier Deleu (Fr., 2017, 70 min)]
                                              ___________________________________

mardi 30 janvier 2018

Ehpad: ça déborde

Ils sont cassés, usés
                           Les personnels jettent l'éponge. Tout en assumant leurs charges. Un travail souvent très lourd et surtout psychologiquement frustrant.
   N'aimeraient-ils pas leur travail? C'est tout le contraire, comme maintes infirmières en hôpital.
    C'est parce qu'ils ne peuvent plus correctement accomplir leur tâche, essentiellement humaines, qu'ils veulent dire leur colère.
    Pourtant une Ehpad, quand on y va pour la première fois ou en passant, cela paraît tourner correctement, surtout les après-midi. Mais il faut y aller tous les jours pour s'apercevoir des dysfonctionnements. Soins trop rapides, peu de présences aimantes, de paroles. de reconnaissance.
   Beaucoup de résidents sont négligés. même dans les établissements les plus huppés.
    On voit souvent des anciens murés dans un silence obstinés, qui n'est pas toujours liés à des perturbations psychologiques, voire psychiatriques.
   On comprend que certains veulent s'échapper, comme celui qui ne voulait pas fêter son anniversaire.
   Mais c'est un roman. Ou cette dame qui veut surtout rester chez elle jusqu'au bout.
     C'est l'idéal, mais ce pas toujours possible et les soins à domicile sont souvent soumis au même stakhanovisme institutionnel. Quand la famille n'est plus là on ne joue pas son rôle, c'est le triste abandon.
   Certes on a beaucoup investi et rénové depuis une vingtaine d'années. La triste maison de retraite a vécu. Mais l'apparence ne suffit pas.
   Certains soignants parlent de « machines à broyer » développant la culpabilité.
 D'autres de "cynisme à l'égard des personnes âgées", qui est tout autant institutionnel que politique.
  On sacrifie beaucoup dans les ehpad, au profit de l'équilibre des comptes.
  Diverses formes de maltraitance passent souvent inaperçues.
  Certes il y a une grande diversité dans les établissements, mais les plus huppés ne sont pas toujours les mieux lotis. Les failles sont nombreuses.
   C'est la solidarité nationale qui fait défaut.  Une question de choix.       Les rendements financiers ne doivent pas être la logique du système. Chez Orpéa comme ailleurs.
  Les vieux, que nous seront tous, ne doivent pas être de simples éléments de la silver economy.
_________________________

lundi 16 février 2026

Ehpads (toujours) en question

Repenser le système      (notes)

              Une nécessité et des risques. Ce n'est pas un investissement comme les autres. Un investissement qui ne pourra que croître.                                                                                                                                           Trop de business, parfois sans contrôles suffisant.   Le scandale Orpea a montré certaines dérives majeures et parfois l'absence criant de moyens.   Les ambitions ne manquent pas...mais les financements sont à repenser, dans le cadre d'un système de sécurité sociale repensé et élargi. On peut juger uns société au sot qu'elle réserve aux anciens.

          Après l'or noir en déclin, voici le temps de l'or gris.
                                   Celui de l'extrême vieillesse et de la dépendance, qui donne lieu trop souvent à un marché lucratif.
   Le plus souvent, surtout dans le secteur entièrement privatisé, où il est conseillé d'investir (comme dans le secteur de l'industrie pharmaceutique, le plus profitable de tous).


    C'est un "marché" qui ne pourra que grandir un peu partout, vu les évolutions démographiques, notamment en Europe. De très bons dividendes promis très souvent. Des marges confortables. Korian caracole en tête.
     Un nouveau business est né et se développe. Des Ehpad privés, parfois de luxe, où les services ne sont pas meilleurs qu'ailleurs, dans le secteur public ou semi-public. L'épisode passée de la crise que nous vivons a montré il y a quelques mois dans quelle situation d'abandon beaucoup se sont retrouvés du point de vue sanitaire et humain.
      Une nouvelle poule aux oeufs d'or se développe, sans que l'Etat, malgré ses aides, ne s'oppose. Au contraire, il a laissé la finance investir ce nouveau terrain prometteur..
                                    Il a fallu attendre début avril pour que les résidents décédés commencent à être comptabilisés comme victimes du coronavirus et il a fallu du temps pour que le personnel des Ehpads soient préparés et équipés ne serait-ce que de simples masques. Une imprévoyance? Non, une faute .  Certains avaient anticipé une hécatombe possible. Elle n'a pas eu lieu, mais avec le bilan provisoire, très lourd, on peut estimer que les victimes représentent une moitié des touchés mortellement par le virus fatal.

             "...Il faudra plusieurs mois, peut-être des années, pour que les experts établissent avec précision le vrai bilan du Covid-19. En attendant, le comptage quotidien de Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, n'est qu'une estimation assez grossière, particulièrement en ce qui concerne les chiffres des Ehpad. « C'est forcément plus. Ne serait-ce que parce que la plateforme de comptage mise en place par le gouvernement fin mars ne repose que sur les signalements des établissements », constate Nathalie Maubourguet, présidente de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad. Ce médecin a interrogé ses confrères. Aucun d'entre eux n'a lui-même effectué de signalements, laissés à la charge des directeurs, pas toujours pressés, selon elle, de « singulariser » ainsi leur site… Autre indice de la sous-estimation : ces témoignages de salariés des pompes funèbres, qui voient pulluler, ces dernières semaines, des certificats de décès comportant la seule mention de « détresse respiratoire », sans la case Covid. « On nous a remonté de nombreux cas », affirme Claudette Brialix, présidente de la Fédération nationale des associations et amis des personnes âgées et de leurs familles (Fnapaef)....."
   Déjà, nos anciens relevaient de soins et de traitements pas toujours exemplaires, vu le manque de moyens, surtout en personnel, et donc le temps à leur consacrer était notoirement insuffisant, pour ne parler que des seuls soins.. La gestion de certains établissements, avec des aides d'Etat,  étaient surtout commandée par la loi du profit.  
    Un juteux marché pour des groupes privés, profitant de la manne commune et parfois d'astronomiques loyers, que beaucoup de famille ne peuvent assurer. Malgré les moyens, ils n'ont pas été traités là mieux qu'ailleurs.
    La "gestion" des aînés n'a pas été exemplaire, c'est le moins qu'on puisse dire. Surtout en cette période dangereuse où les précautions auraient dû être redoublées. Certains médecins avaient bien anticipé le désastre potentiel.
    Le marché de l'or gris a produit des dérives, malgré les progrès sur la prise en charge des plus dépendants.    
 Les actionnaires n'ont sans doute aucune idée de ce que leur gain a pu produire indirectement comme désastre humain. La crise sanitaire a agi comme un révélateur. Il y a vieillir et vieillir....
             __
_Depuis la création de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) et de la Journée nationale de solidarité (lundi de Pentecôte) après la ­canicule de 2003, l’argent ne manque pas. Les maisons de retraite se partagent 8,2 milliards d’euros. Une somme qui profite également aux établissements privés, financés par de l’argent public à hauteur de 3,9 milliards d’euros. L’Etat, lui, semble avoir le plus grand mal à contrôler ce qui se passe derrière ces murs. Là où nous conduit cet excellent documentaire, hélas diffusé tardivement, en deuxième partie de soirée.   [Maisons de retraite : les secrets d’un gros business, de Xavier Deleu (Fr., 2017, 70 min)]         ____________________________________

jeudi 17 mai 2018

Gestion des aînés

Comment la France (mal)traite ses vieux
                                                             La fin de vie, on s'en doute, n'est pas toujours ce que chante le poète: une période valorisée pour son détachement, son expérience, sa sagesse tranquille, son simple bonheur d'exister au milieu des siens, détaché des soucis du monde et des passions. Cette situation rêvée par les plus jeunes est en fait très minoritaire.
   
Quand le corps se déglingue, que la mémoire défaille, que les maux physiques s'accumulent ou s'enchaînent, le troisième âge (on ne sait quoi inventer comme euphémismes pour nommer cette période variable mais terminale) est souvent une période de souffrances répétées. Mais surtout, aujourd'hui, dans nos sociétés éclatées et individualistes, même si l'on vit plus longtemps et avec plus de moyens, la solitude est trop souvent le lot de beaucoup de personnes vieillissantes. Et c'est ce qui  est le plus pesant, le plus douloureux.
    Il y avait les maisons de retraites, de triste réputation bien souvent, lieux de relégation, de promiscuité et de soins aléatoires. Les tristes mouroirs ont été justement vilipendés. Les vieux sont devenus des résidents.
        Les EHPAD furent un progrès, c'est certain. Les départements mirent la main à la poche et les investissements privés y virent une manne pour exploiter le filon grandissant de l'or gris.
 Des bâtiments souvent modernes sortirent de terre, avec leur moyens fonctionnels et un personnel dédié. On semblait passer à une autre ère, où la société suppléait aux défaillances diverses des familles, reconnaissant enfin la place que prenait ceux qui avaient participé à la richesse nationale sous tous ses aspects.
   Mais les divers mouvements récents montrent qu'il y a un malaise, au coeur même de l'institution, où la solitude des patients n'a pas disparu, loin de là.
           Une question de moyens? Pas seulement.
                                 C'est tout un mode de gestion qui est mis en cause, lié à de nouvelles normes que l'on retrouve dans d'autres institutions publiques, pas seulement de santé, liées au new public managemnt. Une méthode se voulant "moderne", rationnelle économiquement, mais finalement technocratique et déshumanisante.
    "La France est (en effet) engagée dans un vaste mouvement de « modernisation » des soins aux personnes âgées dépendantes, qui s’aligne sur les standards d’un nouveau management public en vigueur dans un nombre croissant de pays. Les besoins des résidents sont désormais évalués selon une grille baptisée Autonomie gérontologique et groupes iso-ressources (Aggir). Cet outil vise à mieux ajuster les ressources des Ehpad aux besoins, mais il est également source de standardisation et de déshumanisation des soins. Un constat qui fait écho à l'avis sévère du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur les Ehpad et « les enjeux éthiques du vieillissement », rendu public le 16 mai...."
Des tâches minutées
    On retombe dans de nouvelles formes de mal-traitance, par lesquelles les soins sont donnés trop rapidement, les relations humaines sont négligées faute de temps et de personnels bien formés,  Une standardisation poussée qui en vient à déterminer le temps à passer auprès de chaque résident en fonction de son "degré d'autonomie". Certes , un classement est nécessaire, mais, poussé jusqu'à ce point, on imagine bien les effets négatifs pour tout le monde. Géré, code-barré, le résident est devenu le centre d'un système qui ne voit pas ses carences.
     Ce tournant gestionnaire, qui convient aux responsables auxquels on exige des économies, ces soins sous tension sont inévitablement sources de souffrances, dite ou non, pour toutes les parties.
   Les anciens n'ont pas seulement besoin de soins, mais de temps, surtout quand la famille, pour des raisons diverses, se fait rare ou absente.
    De nouvelles formes de maltraitance apparaissent, malgré les dénégations, variables d'un établissement à l'autre, malgré les dévouements.
         Soigner, c'est bien. Et les soins (care) vont bien au-delà de l'aspect physique. Humaniser aussi, c'est mieux.
   Bien gérer est nécessaire, mais manager, parfois jusqu'à l'absurde, est désastreux. Ici, comme à l'hôpital.
       Réparer les corps n'est souvent plus possible, mais revoir un système l'est toujours.
___________________________