Retour sur une notion qui revient en force
Surfant sur les peurs
On ne s'attendait pas à un tel retour sur la scène publique. Un retour de plus en plus décomplexé en cette période que certains jugent critique du point de vue de certaines formes les plus spectaculaires de violence publique, hautement instrumentalisée, qui serait de plus en plus ouverte, partagée, décomplexée, dangereuse, voire exponentielle.. Certains médias en font leurs choux gras. Des hommes politiques au petits pieds et certains relais ayant pignon sur tété en font un thème central de leurs discours partisans et anxiogènes, sûrs de son impact auprès d'un population parfois déboussolée, qui ne sait voir les multiples formes de violence tues ou invisibles. Un discours vendeur, au coeur d'une période où certains repères se volatilisent, où le discours rationnel tend à perdre de sa possibilité de persuasion, où la notion même de justice est mise en cause...
...Un signe de plus. Commentant les violences après la victoire du PSG, dimanche 1er juin, le ministre de l’intérieur a fustigé ces « barbares [qui] sont venus dans les rues de Paris pour commettre des délits et provoquer les forces de l’ordre ». Plus tard il a persisté, en conférence de presse : « Oui, ce sont des barbares. La barbarie, c’est quand tout devient prétexte à la violence, au plaisir, au désir désinhibé de la destruction et du pillage. »Des propos qui rappellent ceux de Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance police nationale, à la veille des législatives anticipées de 2024, disant en avoir « marre des raclures, des nuisibles, des jeunes d’origine étrangère ». L’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison, auteur de Racismes d’État, États racistes. Une brève histoire (éditions Amsterdam, 2024), rappelle l’histoire du mot « barbares » et toutes les représentations racistes qu’il charrie. Il s’agit à ses yeux d’une stratégie électorale délibérée à l’approche des municipales et de la présidentielle, qui doit appeler une riposte unitaire de la gauche. Il faut d’abord rappeler que la qualification de « barbares » n’est pas nouvelle. Michel Foucault en avait fait l’analyse dans un cours célèbre prononcé au Collège de France en 1976. Il faisait une très juste et pertinente distinction entre le « barbare » et le « sauvage ». À la différence du sauvage, qui peut être domestiqué, le barbare campe lui à l’extérieur des murs de la Cité, voire à l’intérieur, et il incarne ce faisant une menace jugée existentielle...."
Ils viennent jusque dans nos bras...♪♫♪
S'il est un terme ambigü, à connotations variées et à forts jugements de valeurs, c'est bien celui-là. IL y aurait des hommes, au marge de l'humanité, proches de certaines formes d'animalité parmi les plus dangereuses et nuisibles, dont on ne pourrait espérer quelconques améliorations.
Au point que l'on n'oserait plus l'employer, tant ses acceptions sont diverses et confuses
Dans le langage courant, la connotation de ce terme est le plus souvent morale et implique une répulsion, une condamnation implicite devant des actes individuels ou collectifs marqués par l'excès de violence, la démesure dans le déchaînement du mal, de la cruauté humaine dans certaines situations.
Mais, il faut dépasser ce point de vue spontané, comme l'avait fait Lévi-Strauss , parlant en ethnologue, en disant de manière en apparence paradoxale: le barbare, c'est celui qui croit à la barbarie, faisant référence aux meurs de ceux qu'on appelait "primitifs" et dont on pensait qu'ils étaient hors humanité, les rejetant hors de la culture par méconnaissance et ethnocentrisme.
Les barbares, ce sont aussi les peuples qui surtout à la fin de l'Empire romain, ont traversé nos régions, en s'y fixant souvent, dont toute une tradition disait qu'ils semaient désolation et terreur. Ces barbares, dont beaucoup d'entre nous descendent, qu'ils soient Bourguignons ou Normands...
Un historien, Bruno Dumézil, nous a montré toute la diversité et les apports de ceux dont nous pensions longtemps que nous ne leur devions rien, ou pire (Les Normands pilleurs, les Huns massacreurs...selon une légende tenace)






