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vendredi 6 août 2021

Un point actuel sur la vaccination

 Ombre et lumière

      Un point assez éclairant sur les débats en cours     Dans les échanges et les confrontations actuels, une petite mise au point est la bienvenue. Merci à l'auteur.  Elle vaut ce qu'elle vaut mais a la mérite de la clarté sur de nombreux points contestés dans le débat public parfois trop tranché ou ultra simplifié.

                                "....Chaque samedi depuis la première manifestation d’ampleur contre le passe sanitaire, Mediapart est allé à la rencontre de celles et ceux qui refusent que la vaccination soit ainsi indirectement imposée, parfois par crainte de possibles effets indésirables.      Le sujet est complexe, les questions, nombreuses, les informations vérifiées sont primordiales pour s’y retrouver dans cet univers scientifique où chacun a tendance à s’improviser épidémiologiste… À commencer par Emmanuel Macron.      Le président de la République répond aux questions des jeunes internautes sur le vaccin contre le Covid-19 sur les réseaux sociaux depuis le 1er août, pour contrer les « fausses informations » et « fausses rumeurs ».      Mediapart reprend une à une les principales raisons évoquées par les hésitants ou réfractaires à la vaccination contre le Covid-19 pour justifier leur position, et apporte son éclairage journalistique, en renvoyant à de précédents articles pour davantage de précisions.        « Je ne me ferai pas vacciner avec une technologie nouvelle comme l’ARN messager, à la limite j’accepterais un vaccin à l’ancienne comme celui que Sanofi prépare », confie Jeff, « gilet jaune » qui bat le pavé parisien contre le passe sanitaire, le 17 juillet.     En réalité, l’ARN messager, sur lequel reposent les vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna, a été découvert en 1961. Les vaccins à ARN messager avaient déjà été testés contre d’autres maladies par le passé, même s’ils n’avaient jamais été commercialisés. « Ils ont été évalués dans le cadre d’essais cliniques destinés à lutter contre Ebola et Zika. Simplement, l’épidémie a disparu avant qu’ils puissent être mis sur le marché », précise Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique et maladies infectieuses au CHU Henri-Mondor de Créteil. Si ce sont les deux premiers vaccins à avoir été autorisés en Europe, c’est aussi parce qu’ils reposent sur une technologie plus rapide à concevoir et à produire que les vaccins traditionnels.     Les réfractaires à la vaccination voient souvent passer sur les réseaux sociaux qu’il ne s’agit pas d’un vaccin mais d’une « thérapie génique » qui modifierait l’ADN, voire « qui contiendrait de l’ADN humain, des fœtus avortés », croit savoir Christine, gilet jaune de 57 ans.      « L’ARN du vaccin ne se retrouvera même pas à proximité de votre ADN (…). La technologie de vaccination à ARN n’est absolument pas une thérapie génique, cela n’a rien à voir. L’ARN n’a d’ailleurs pas grand-chose à voir tout court avec de l’ADN. Alors que l’ADN est fait pour durer, l’ARN n’est qu’un petit message éphémère extrêmement fragile qui ne résistera pas longtemps à la température de votre corps ainsi qu’à vos enzymes, les RNases, qui ont pour unique objectif dans la vie que de le découper en mille morceaux », explique Océane Sorel, docteure en virologie, vidéo à l’appui.       Cette disparition rapide de l’ARN devrait à l’inverse rassurer celles et ceux qui craignent qu’il provoque des effets indésirables tardifs, des mois, voire des années plus tard.       « Je refuse qu’on m’injecte un produit fait à l’arrache », confie Laurence, 53 ans, alors qu’elle manifeste contre le passe sanitaire, le 17 juillet, à Paris. Ce qui est vrai, c’est qu’on n’a jamais découvert un vaccin en si peu de temps.      Mais on n’a jamais autant investi non plus en recherche et développement pour en trouver un. Or plus on met les moyens, plus on cherche, et plus on trouve. Cet investissement sans précédent, à hauteur de 5,4 milliards de dollars selon Policy Cures Research, est la principale explication. ;    Par ailleurs, les laboratoires ne sont pas partis de zéro. Ils ont réutilisé des technologies vaccinales déjà testées pour d’autres maladies, ce qui a permis un gain de temps de recherche considérable.       Généralement, l’industrie pharmaceutique attend les résultats des premières phases de ses expérimentations pour passer aux suivantes : des tests sont d’abord menés sur des animaux puis sur un petit groupe d’humains pour vérifier la sûreté et l’efficacité de ses produits.    Face à l’urgence de cette pandémie, l’aide publique a été telle que les laboratoires ont conduit les toutes premières étapes de la recherche en parallèle plutôt que successivement. Le but ? Une fois la dangerosité immédiate du produit écartée, atteindre le plus rapidement possible la phase finale des expérimentations, la phase 3, celle à large échelle, sur plusieurs milliers de personnes. Elle permet notamment de détecter d’éventuels effets indésirables plus rares. Grâce à cela, on a pu raccourcir le temps de recherche de ce vaccin, qui dure habituellement des années.     Face à l’ampleur de la pandémie, l’Agence européenne des médicaments (AEM) a eu recours à une procédure accélérée de mise sur le marché prévue en cas d’urgence. Elle a évalué les bilans intermédiaires des tests réalisés par les firmes pharmaceutiques quelques mois après le lancement de la dernière étape des essais cliniques. Celle-ci a débuté en juillet 2020 pour le peloton de tête des firmes lancées dans cette course mondiale aux vaccins.                              __L’examen des données par la police sanitaire européenne lui a permis d’émettre une autorisation de mise sur le marché (AMM) dite conditionnelle aux vaccins contre le Covid-19, à commencer par le premier homologué, celui de Pfizer-BioNTech, en décembre 2020.     Le fait que « cette AMM [soit] conditionnelle » est un des arguments de Fabrice Di Vizio, avocat en santé publique connu pour être le défenseur de Didier Raoult, pour s’élever contre les inégalités induites par le passe sanitaire lorsqu’il défile aux côtés de Florian Philippot, président des Patriotes, ex-numéro deux du FN.    Cette AMM conditionnelle « permet l’autorisation de médicaments qui répondent à un besoin médical non satisfait avant que des données à long terme sur l’efficacité et la sécurité ne soient disponibles. Cela est possible uniquement si les bénéfices de la disponibilité immédiate du médicament l’emportent sur le risque inhérent au fait que toutes les données ne sont pas encore disponibles », précise l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).   « Une AMM conditionnelle est accordée pour un an et peut être renouvelée (…). Lorsque les autorités européennes ont reçu et évalué toutes les données complémentaires exigées, l’AMM conditionnelle peut être convertie en une AMM standard », précise l’ANSM. 

« Le vaccin est encore en phase expérimentale »

      C’est vrai, les dizaines de milliers de volontaires engagés dans les essais cliniques sont toujours suivis. Mais ce n’est pas inquiétant pour autant. Pour évaluer l’efficacité et la sûreté d’un produit de santé, le producteur doit réaliser plusieurs phases d’essais cliniques, dont la dernière est la phase 3. Des bilans intermédiaires sont dressés pour vérifier l’innocuité et l’efficacité du produit.    Cette phase 3 n’est pas terminée, même si le produit est mis sur le marché, ce qui est habituel pour les produits de santé innovants. Les firmes ont déjà présenté des données suffisamment solides pour prouver l’efficacité et la sécurité de leurs vaccins afin d’obtenir le droit de les commercialiser.    Le processus d’homologation est complexe. Même Olivier Véran, ministre de la santé, s’y perd. « Parmi les “fake news” que l’on entend, il y aurait celle qui consiste à dire que le vaccin serait encore en cours d’expérimentation, c’est absolument faux. La phase 3 est terminée depuis des mois, elle est validée », a-t-il lâché le 2 juillet, lors d’une conférence de presse.   En réalité, Moderna a prévu de clore son essai clinique le 27 octobre 2022 et Pfizer-BioNTech, le 2 mai 2023. Si l’évaluation se poursuit, c’est surtout pour mesurer la durée de protection du vaccin face au Sars-CoV-2 et ses variants, et donc son efficacité à moyen terme. Cela permet aux laboratoires de définir si une dose de rappel est nécessaire et, le cas échéant, combien de temps après les injections initiales. 

« Je crains les effets secondaires d’un vaccin pour lequel on manque de recul »

      Comme pour tous les produits de santé, il est malheureusement impossible de connaître tous les effets indésirables rares avant leur utilisation grandeur nature, une fois qu’ils ont été administrés à des centaines de milliers de personnes, puisque par définition ces réactions surviennent dans une infime proportion de cas, parfois un sur 100 000.   Pour autant, les experts de la vaccination ne s’inquiètent pas d’un « manque de recul » souvent brandi par les réfractaires au vaccin. Les effets secondaires surviennent généralement à très court terme, dans les premiers jours ou semaines après l’injection : on dispose rapidement du recul nécessaire.    On compte pour cela sur un autre outil classique de surveillance des effets secondaires, qui intervient après la commercialisation : la pharmacovigilance. Elle prend le relais en faisant remonter par les personnes vaccinées, leurs proches et les soignants les cas d’effets indésirables survenus à la suite des piqûres. Des experts des agences du médicament enquêtent ensuite sur le lien de cause à effet possible entre les symptômes et le produit.      En cas de découverte d’une causalité possible entre des effets indésirables et un produit, les autorités sanitaires peuvent alors préconiser d’en suspendre l’utilisation. D’ailleurs, c’est ce que l’EMA a fait, temporairement, pour le vaccin AstraZeneca, le temps de réévaluer la balance bénéfice-risque à la lumière des nouvelles données sur les réactions découvertes.       C’est un système d’alerte a posteriori classique. Comme 4,25 milliards de doses de vaccins anti-Covid-19 ont déjà été administrées, cela réduit les risques d’être passé à côté de rares effets indésirables graves depuis les premières injections réalisées fin 2020.

« J’ai davantage peur de mourir des effets secondaires du vaccin que du Covid-19 »

        Des chiffres faramineux de possibles morts d’effets indésirables du vaccin Covid-19 circulent : c’est le résultat d’une addition de l’ensemble des décès rapportés dans les jours qui ont suivi une injection, que le lien entre la vaccination et l’effet ait été établi ou non.     En réalité, en France, en tout, 13 morts des suites de thromboses atypiques rares avec un lien avéré avec une vaccination à l’AstraZeneca ont été dénombrés à la suite des enquêtes de pharmacovigilance menées.      Dans le contexte épidémique, avec un virus qui fait essentiellement des dégâts chez les plus âgés et qui a causé plus de 112 000 morts en France, les autorités françaises ont estimé que les bénéfices attendus de ce vaccin étaient supérieurs aux risques pour les plus de 55 ans.     En revanche, l’ANSM n’a identifié aucun décès en France directement lié au vaccin Pfizer-BioNTech ou Moderna. Leurs possibles effets indésirables sont aussi sous haute surveillance : l’agence a indiqué le 19 juillet que de très rares cas de myocardite et de péricardite, des inflammations de la région cardiaque, ont été signalés, principalement « dans les 14 jours suivant la vaccination ».    Dans un courrier adressé aux professionnels de santé, elle évoque « une possible association causale » entre les vaccins à ARN-messager contre le Covid-19 et la survenue de ces myocardites et péricardites. L’agence suggère de « conseiller aux personnes vaccinées de consulter immédiatement un médecin en cas de douleurs thoraciques, d’un essoufflement ou de palpitations ».     Par ailleurs, quels que soient les vaccins anti-Covid, ils peuvent provoquer de très rares cas de réactions allergiques graves, dites anaphylactiques, de l’ordre de 0,2 cas pour 100 000 piqûres. Ces réactions surviennent dans les minutes qui suivent l’injection, d’où le quart d’heure d’observation requis. En cas de choc anaphylactique, l’administration d’adrénaline immédiate empêche d’éventuelles séquelles.      Ce qui inquiète aussi Gaëlle, gilet jaune de la première heure, c’est « qu’on ne puisse pas se retourner contre les fabricants en cas de survenue d’effets indésirables. Ça n’inspire pas confiance ». Les fabricants de vaccins Covid-19 ont effectivement signé des clauses avec les pouvoirs publics pour que les États prennent en charge les indemnisations en cas de survenue d’effets indésirables, sauf si la faute du laboratoire est établie.

« Les vaccins ne sont pas efficaces, ils n’empêchent pas de tomber malade »

      Même si l’efficacité des vaccins contre le Covid-19 est très élevée, elle n’est pas de 100 % : une personne entièrement vaccinée a quand même un risque, très faible, de tomber malade du Covid-19.      Ceux à ARN-messager, de Pfizer-BioNTech et Moderna, préviennent la survenue de symptômes de la maladie à plus de 90 % en cas d’infection par la souche initiale ou le variant britannique du Sars-CoV-2, et même si l’efficacité semble un peu moindre face au variant Delta, elle reste importante.    Les vaccins anti-Covid-19 préviennent très bien la survenue de formes graves de la maladie. D’ailleurs, la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) estime que pendant la période du 31 mai au 11 juillet, les patients complètement vaccinés ne représentaient que 7 % des admissions en hôpital pour Covid-19 en France.     Les plus âgés, qui ont eu accès plus tôt à la vaccination en France, sont plus nombreux à être protégés. En proportion, les hôpitaux voient arriver des patients Covid-19 plus jeunes depuis six mois. Du 19 au 25 juillet, l’âge médian des personnes nouvellement admises était de 56 ans selon Santé publique France. En janvier, quand la campagne de vaccination démarrait tout juste, le pic avait été atteint autour de 75-80 ans.

« Les vaccins ne servent à rien puisque les vaccinés transmettent quand même le virus »

       La situation sanitaire en Israël, pays qui a massivement vacciné sa population en premier, est scrutée de près. Début juillet, un chiffre a circulé et a pu inquiéter quant à l’efficacité vaccinale, de prime abord : 40 à 50 % des nouveaux cas de Sars-CoV-2 concerneraient des personnes complètement vaccinées, selon l’ancien directeur général de la santé de l’État hébreu.     Rien de surprenant, finalement. C’est mathématique. Plus la proportion de vaccinés est importante, plus elle augmente dans celle des nouveaux contaminés. Là encore, l’efficacité du vaccin contre la transmission n’est pas totale : les vaccinés peuvent quand même être infectés et contagieux, contrairement au raccourci exposé par Jean Castex, premier ministre, sur TF1 le 13 juillet, quand il a affirmé que  « les analyses faites sur ces personnes [qui ont reçu deux doses] montrent qu’en réalité elles n’ont plus de chance d’attraper la maladie ».    Des personnes infectées par le Sars-CoV-2 – qui seraient tombées malades si elles n’étaient pas vaccinées – peuvent être porteuses du virus sans présenter de symptômes.    Néanmoins, la charge virale est alors moins élevée : « On observe une diminution de la concentration du virus et de sa durée de sécrétion. Ce n’est pas blanc ou noir, les risques de transmission sont moindres mais pas nuls », précise Jean-Daniel Lelièvre, expert en immunologie auprès de la Haute Autorité de santé.

 « Je fais davantage confiance à mes anticorps naturels »

    « J’ai eu le Covid-19 en mars 2020. Les tests sérologiques que j’ai réalisés sont positifs, ils montrent que j’ai encore des anticorps. J’ai davantage confiance en mon corps pour prévenir une nouvelle infection », témoigne Talie, 52 ans, dans la manifestation du 17 juillet.   Sauf que « protection biologique ne veut pas dire protection clinique. Ce n’est pas parce que vous faites des anticorps que vous êtes protégé de l’apparition de la maladie. Contre l’hépatite B, par exemple, certains protègent, d’autres non. La trace d’anticorps révélée par les tests sérologiques est la preuve d’une réponse de l’organisme mais pas forcément d’une protection », distingue Jean-Daniel Lelièvre, professeur d’immunologie.    « Ce que l’on sait, c’est que les personnes qui ont un antécédent de Covid et qui ont reçu une dose de vaccin quelques mois plus tard ont des anticorps neutralisants, ceux efficaces face au Sars-CoV-2 », poursuit-il. Car les anticorps neutralisants induits par les vaccins perdurent plus longtemps dans le corps que ceux produits par une infection naturelle.    « Quand on a eu le Covid-19, il n’y a pas besoin de se faire vacciner. D’ailleurs, même Emmanuel Macron ne le fait pas pour cette raison », considère Gaëlle. Or le président de la République a indiqué avoir reçu une dose de Pfizer-BioNTech le 31 mai, jour de l’ouverture de la vaccination à tous les majeurs, après avoir attendu que s’écoulent cinq mois après son infection au Sars-CoV-    La Haute Autorité de santé (HAS) recommande bien une dose unique de vaccin pour les personnes qui ont eu le Covid-19, au-delà de trois mois et de préférence dans un délai proche de six mois après l’infection.

« On exagère la gravité du Covid-19 qui ne tue pas plus que la grippe »

     Les informations sur le Covid-19 arrivent en masse et ce qui est vrai un jour ne l’est plus forcément quelques mois plus tard, d’où une certaine confusion. Le Covid-19 ne tuerait « pas plus que la grippe », toujours selon Gaëlle, gilet jaune.     « Après la première vague en 2020, il était permis de penser qu’il y aurait moins de décès pendant la deuxième partie de l’année, le Covid-19 ayant accéléré la mort des plus vulnérables. On a observé cet “effet moisson” en 2003. L’espérance de vie aurait même pu continuer d’augmenter, cela a été le cas après la canicule pour les hommes. La deuxième vague de Covid-19 puis le fait que l’épidémie perdure ont tout changé », indique Michel Guillot, spécialiste de la mortalité à l’Institut national d’études démographiques (Ined).   Gaëlle est ouverte à la discussion et se montre attentive à une mise à jour du décompte macabre, le Covid-19 ayant causé plus de 112 000 morts depuis le début de la pandémie. Elle avoue ne plus savoir où trouver une information juste.     Au-delà des morts, il y a les centaines de milliers de patients souffrant d’un Covid long, longtemps passés sous les radars. Une étude de l’Office national des statistiques anglais montre que 10 % des personnes infectées par le Sars-CoV-2 avaient encore des symptômes, parfois très invalidants, trois mois après leur test PCR positif.      Le fait que « les scientifiques changent souvent d’avis » est souvent évoqué dans les cortèges et semble alimenter la défiance. Le nombre de jours à attendre entre les deux doses de vaccin, par exemple, a évolué. « Il n’y a pas de vérité vraie et la vérité est évolutive au fil du temps à mesure que les connaissances s’accumulent. Au début, on ne peut pas avoir toutes les réponses », justifie Daniel Lelièvre. 

« Les vaccinés favorisent l’apparition de variants du Sars-CoV-2 » 

En réalité, plus un virus circule et plus il risque de muter. Comme la vaccination limite la transmission du Sars-CoV-2, elle réduit aussi le risque de voir apparaître un variant préoccupant. D’ailleurs, les premiers sont apparus avant même le début des campagnes de vaccination, au Brésil, au Royaume-Uni et en Inde, notamment.          « Les variants préoccupants naissent là où l’épidémie est très active en tentant de prendre la place du variant qui circulait jusqu’alors majoritairement. Ils touchent surtout la population non immunisée », précise Jean-Michel Pawlotsky, chef du pôle biologie du CHU Henri-Mondor.        « Dans les pays qui connaissent de très fortes poussées épidémiques, de nouveaux variants vont se développer et se propager ailleurs dans le monde. Même si l’Inde a bouclé ses frontières depuis le début de la pandémie, de par ses relations avec la Grande-Bretagne, le variant Delta est entré en Europe », rappelle Jean-Michel Pawlotsky, à la tête d’une plateforme de séquençage du Sars-CoV-2, qui permet d’identifier les différents variants en circulation.      D’où l’importance d’un accès à la vaccination dans le monde entier, et non uniquement dans les pays riches. Moins de 4 % de la population africaine a reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19.     « Pour éradiquer le virus, il faudrait que plus de 80 % de la population mondiale soient vaccinés et on en est loin, constate Jean-Michel Pawlotsky. Ce que l’on recherche, c’est que le Sars-CoV-2 devienne comme la grippe. On vaccine, la plupart de ceux qui sont infectés sont des non-vaccinés mais on n’arrête pas le pays pour autant. » Même si l’objectif d’atteindre l’immunité collective paraît encore loin, s’en approcher permettrait de limiter largement les dégâts du Covid-19. "  ____________________

mercredi 9 décembre 2020

En attendant le vaccin

L'aventure commence   (notes)

                Entre impatience et incertitudes. C'est (presque) parti .   Bojo ouvre la voie, triomphalement, pour faire oublier ses errements sur le sujet et avancer ses pions.   Rien n'est gagné; il reste des zônes d'ombre.

           Il y a un an, ,"... l’arrivée rapide des premiers vaccins contre le Covid-19 semblait improbable. Le temps de la recherche a donc été défié. Mais cette exceptionnelle rapidité, combinée au manque de transparence des firmes pharmaceutiques, suscite une avalanche de questions. D’abord, sur l’efficacité réelle de ces boucliers anti-Covid-19, sur leur capacité ou non à éradiquer le virus. Ensuite, sur les risques de voir apparaître des effets secondaires qui auraient été mal évalués, dans la hâte générale d’emprunter la seule porte de sortie à la pandémie qui semble à notre portée aujourd’hui.                      Les taux d’efficacité annoncés en grande pompe par les laboratoires apportent des premières indications sur la capacité du vaccin à éviter la survenue des signes de Covid-19.   Ce n’est pas parfait. Car dans l’idéal, un vaccin empêche de tomber gravement malade mais permet aussi de stopper la circulation du virus en bloquant la transmission. Les vaccins contre la fièvre jaune et la rougeole s’approchent par exemple de cet idéal.       À défaut d’entraver totalement la propagation du virus, la solution proposée actuellement par les différents laboratoires permet au moins d’éviter que les personnes infectées tombent malades, et on l’espère, contractent des formes graves.    En cela, il est comparable au sérum contre la grippe saisonnière. Avec, semble-t-il, des taux d’efficacité supérieurs, si l’on en croit les annonces spectaculaires de Pfizer-BioNTech le 9 novembre et de Moderna une semaine plus tard, au-delà de 90 % ; puis dans une moindre mesure, d’AstraZeneca, encore une semaine après. Ces résultats très partiels, mais encourageants, laissent escompter que les personnes vaccinées auront de grandes chances de moins tomber malades du Covid-19.                         En revanche, ces données communiquées par voie de presse ne livrent aucun élément sur la capacité de ces produits à empêcher la circulation du virus. Les personnes infectées de manière asymptomatique ne sont pas comptabilisées. Et pour cause, cette information n’est pas recherchée de prime abord. Cela ne fait pas partie de l’objectif principal des expérimentations menées par les fabricants.                        « Pour réussir à savoir si le vaccin limite la transmission du virus, il aurait fallu pratiquer des tests PCR tous les deux jours pour vérifier que les dizaines de milliers de volontaires des essais cliniques ne sont pas infectées par le virus, c’est inimaginable », signifie Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique et maladies infectieuses au CHU Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne).       Dans leur protocole de recherches, Moderna et AstraZeneca ont prévu des analyses de sang régulières des patients avec tests sérologiques pour tenter de déterminer dans un deuxième temps ceux qui ont été infectés, symptomatiques ou non (lire aussi Vaccin contre le Covid-19 : la guerre de communication entre les laboratoires). « En réalité, beaucoup d’asymptomatiques ne deviennent pas séropositifs : ils ont eu le virus mais cela n’est pas détecté. On risque donc de ne pas obtenir de résultats significatifs », prévient Jean-Daniel Lelièvre.      En revanche, l’immunologiste espère en récolter davantage à ce sujet en réalisant une expérimentation académique sur le vaccin Moderna. Elle sera complémentaire aux tests menés par le laboratoire dans le cadre de l’initiative Covireivac, une plateforme française d’essais cliniques sur les vaccins pilotée par l’Inserm, comme annoncé le 2 décembre. Ses conclusions sont attendues avec impatience, mais l’étude n’a pas encore débuté. La grande inconnue risque de demeurer, au moins après l’autorisation de mise sur le marché des premiers vaccins accordée en France, attendue fin décembre ou début 2021..."                   _____La prudence reste de mise. Il y a les vaccinosceptiques de toujours, systématiquement opposés à ce qui leur paraît un danger par définition, et les vaccino-prudents qui se posent légitimement des questions sut l'efficacité du produit et ses effets dans le temps. La course effrénée au "meilleur" produit stimule certes la concurrence, mais l'ampleur du marché et les aides massives d'Etat vont garantir de plus juteux profits aux plus grands groupes pharmaceutiques. Dans les Ehpads, les premiers concernés, la situation sera difficile à gérer. L'aventure est lancée, comme nous n'en avons jamais connue de cette ampleur et de cette urgence, malgré toutes les questions...____________

mercredi 29 décembre 2021

Moderna et les autres...

 Les surprofits des laboratoires pharmaceutiques           

            Je ne suis pas "antivax". J'ai reçu ma troisième dose, plus par prudence, par raison, que par conviction intime, faisant confiance à une majorité de spécialistes fiables de la santé. _______Mais, il va bien falloir en parler et en reparler encore.... L'industrie pharmaceutique est une activité privée, extrêmement concentrée et rentable, non contrôlée par les Etats, les pouvoirs publics, et qui vivent (et comment!) des dépenses de ces Etats en matière de santé publique. Une santé qui n'a pas de prix, mais qui a nécessairement un coût.  Nous sommes tous concernés.     Les actionnaires y font des profits comme nulle par ailleurs, surtout en cette période d'aide publique pour la production des vaccins, les Etats faisant souvent de le surenchère entre eux, aux  dépends des pays les plus pauvres. Il n'y a pas un secteur de l'activité de production qui ait un tel niveau de rentabilité. C'est le moment d'investir dans le secteur, disent les conseillers financiers...  Il est temps que les Etats mettent leur nez dans cette jungle et réagissent, de manière concertée.                                                                                    ___C'est un quotidien économique, habituellement modéré, La Tribune, qui tire lui aussi la sonnette d'alarme, se faisant le porte voix de plusieurs organisations de santé ou humanitaires, et qui fait un rappel sur des engagements pris mais non suivis d'effets:                                               " La "People's Vaccine Alliance", qui compte parmi ses 80 membres l'association Oxfam et le programme Onusida, exhorte les géants pharmaceutiques à lever immédiatement les brevets protégeant les vaccins anti-Covid. La coalition dénonce les bénéfices faramineux engrangés par les grands laboratoires, alors que seulement 2% de la population des pays à faibles revenus sont vaccinés. "Il est indécent que quelques entreprises empochent des millions de dollars de bénéfices chaque heure, alors que seulement 2% des personnes dans les pays à faible revenu ont été entièrement vaccinées contre le coronavirus", a déploré Maaza Seyoum de la branche africaine de People's Vaccine Alliance et African Alliance. Cette organisation a fait un calcul à partir des résultats financiers des trois géants pharmaceutiques qui dominent la vente de vaccins anti-Covid. Selon elle, Pfizer, BioNTech et Moderna engrangent un profit combiné de 65.000 dollars par minute grâce à leurs vaccins contre le Covid-19. Le trio réalisera des bénéfices avant impôts de 34 milliards de dollars cette année, soit plus de 1.000 dollars par seconde (ou 93,5 millions de dollars par jour.)      Après des résultats déjà spectaculaires, Pfizer et Moderna avait décidé d'augmenté le prix de leur vaccin contre le coronavirus dans le cadre d'un accord avec l'Union européenne. Le vaccin Pfizer est alors passé de 15,5 euros à 19,5 euros et celui de Moderna de 19 euros à 21,5 euros.          Ces groupes pharmaceutiques ont amassé des profits massifs en vendant l'immense majorité de leurs doses à des pays riches, aux dépens des nations moins développées qui restent très faiblement vaccinées, déplore l'association. De leur côté, AstraZeneca et Johnson & Johnson vendent pour l'instant leurs vaccins à prix coûtant.     L'alliance déplore aussi qu'en dépit d'un financement public de plus de 8 milliards de dollars, Pfizer, BioNTech et Moderna ont tous rejeté les appels à transférer la technologie des vaccins à des producteurs dans des pays à faible revenu par l'intermédiaire de l'OMS, "une mesure qui pourrait augmenter l'offre mondiale, faire baisser les prix et sauver des millions de vies".          La People's Vaccine Alliance, qui compte parmi ses 80 membres Oxfam et Onusida, exhorte aussi les géants pharmaceutiques à lever immédiatement les brevets protégeant les vaccins anti-Covid, via une initiative de l'Organisation mondiale du commerce, autour de laquelle les tractations continuent.     Et l'inégalité vaccinale a un coût mondial, estimé à 2.300 milliards de dollars en 3 ans. Selon le centre de recherche The Economist Intelligence Unit (EIU), les deux tiers de ces pertes seront subies par des pays émergents, faute d'un taux de vaccination élevé, ce qui va ralentir leur rattrapage économique avec les pays plus développés, alimenter la pauvreté et augmenter le risque de troubles sociaux dans ces zones...." 

             Dans la grande 'industrie, les dysfonctionnement et les conflits d'intérêts ne manquent pas. L'industrie pharmaceutique n'échappe pas à la règle.   D'autant plus qu'elle est florissante et qu'elle jouit d'une clientèle quasiment captive,  dans le cadre de la politique des Etats en matière de santé.     On a déjà beaucoup évoqué les pratiques peu orthodoxes de certains labos pharmaceutiques et, régulièrement, depuis la fin de la guerre, des scandales éclatent, de l'affaire de la thalidomide à celle du Médiator.   La puissance du lobby des labos a déjà souvent été mise en cause, par des institutions, même gouvernementales ou médicales, mais aussi par des particuliers. Tout le monde est malade en puissance et peut être confronté à des prescriptions de médicaments peu fiables, franchement inutiles ou défectueux, voire dangereux.     L'industrie pharmaceutique n'est pas une industrie comme une autre et devrait être mieux encadrée par la puissance publique, comme il est souvent rappelé, souvent en vain.     Le sociologue Q. Ravelli vient de remettre à jour cette nécessité en analysant, de l'intérieur, le fonctionnement des dessous de l’industrie pharmaceutique , tel qu'il a pu l'observer sur le terrain, pointant l'abîme existant entre le discours, au nom de la santé, et la pratique, qu'il ne manque pas d'analyser.        Il s'attache surtout à la question si discutée aujourd'hui des antibiotiques et notamment de la Pyostacine.  D'où le titre de son ouvrage: La stratégie de la bactérie.  Malgré ses manques, ses imperfections, ce voyage au cœur de l’industrie pharmaceutique est d'un grand intérêt et devrait réveiller les instances officielles qui souvent s'assoupissent... Les conflits d'intérêts sont si nombreux et souvent si masqués que ce contrôle est une tâche de tous les instants. De plus les labos ont des stratégies très élaborées et savent résister. De plus, dans cette industrie aux profits parfois exorbitants, quoi qu'elle dise,  les prix  sont fixés  de manière obscure . Alors qu'on nous répète régulièrement que les pratiques des labos sont contrôlées, on est encore loin du compte,  d'énormes progrès restent à faire, leur intrusion subtile dans la formation et la pratique médicale reste à  dénoncer encore. Même si c'est pire ailleurs...    Le malade n'est pas un consommateur comme un autre.
        *__Lire aussi: Covid: une mine d'or pour les laboraroires. ____ La grippe profite à l'industrie pharmaceutique. ______ Les poids lourds de Big Pharma.___________________________

mardi 23 mars 2021

Un pass nommé désir

 Passeport sanitaire pour bientôt? 

                              Qui n'en rêve pas? Pour sortir des contraintes de toutes sortes dans lesquelles nous enserre un virus souvent insaisissable, aux effets rebondissants, aux manifestations sournoises? Certains pays y songent pour favoriser les déplacements internes, les voyages et les échanges dès le début de cet été. Mais l'unanimité n'est pas là. Il y a même des divisions au sein des pays d'Europe, dans cette période faite encore de nombreuses incertitudes. Le manque de vision y est pour quelque chose, tant que l'état sanitaire est ce qu'il est: mouvant, incertain et transfrontalier; autant que le double régime qui pourrait être instauré, entre personnes et entre régions et pays. Le problème porte surtout sur la certitude de l'immunité obtenue véritablement. Pas simple...

             Comme le souligne Lise Bernéoud, "..;Le monde se divise désormais en deux catégories : ceux qui sont immunisés et ceux qui ne le sont pas. En parodiant la célèbre réplique du film Le Bon, la brute et le truand, on peut dire que les premiers sont censés résister au virus, voire ne plus le transmettre, les seconds peuvent encore engorger nos hôpitaux et répandre le mal autour d’eux.     Sauf qu’en réalité, dans la vraie vie comme dans le film, les frontières ne sont jamais tout à fait claires. Comment distinguer les uns des autres ? Sur quels critères biologiques peut-on s’appuyer ? Peut-on réellement affirmer que toute personne immunisée ne contaminera plus son entourage ? Et si l’on restreint certains pans de la vie sociale aux personnes non immunisées, quel impact peut-on en attendre sur la dynamique de l’épidémie ? Face aux différents projets de pass sanitaire, passeport vert ou certificat d’immunité, les questions scientifiques restent nombreuses.                                         _______Immunisé. Tel est donc le nouveau sésame indispensable, celui qui pourrait nous rouvrir les portes d’une vie normale. À l’époque romaine, l’immunitas représentait l’exemption des charges et des obligations imposées aux autres. Des privilèges, des dérogations au droit commun.     Appliquée au domaine biologique, l’immunité représente effectivement un privilège, une dérogation aux lois de la nature, en ce qu’elle nous protège des pathogènes. En temps de pandémie, détenir un certificat d’immunité fait même mieux que nous protéger du virus : comme à l’époque romaine, cela nous donnerait accès à tout un tas d’avantages interdits aux autres, comme le cinéma, les salles de sport, les restaurants, les concerts… Un ticket de sortie de crise, en quelque sorte.     Alors forcément, tout le monde le veut, ce ticket. Là où les choses se compliquent, c’est sur la question de savoir à qui on le distribue. Comment déterminer qui est immunisé et qui ne l’est pas, d’une manière plus juste qu’à l’époque romaine ? À première vue, on pourrait croire cette distinction facile : seuls sont immunisés ceux qui ont été vaccinés ou qui ont guéri d’une infection. Mais lorsqu’on entre dans les détails, on s’aperçoit vite que ce projet de pass sanitaire s’apparente à un casse-tête aux bases scientifiques flottantes.                ____Aujourd’hui, le gold-standard, le test de référence qui permet de juger du statut immunitaire d’une personne, est le taux d’anticorps qui circulent dans le sang. Plus précisément, le taux d’anticorps dits neutralisants, capables de neutraliser le virus. Ces anticorps sont considérés comme la garantie que si des virus commencent à se diffuser dans l’organisme, ils seront repérés puis détruits avant d’infecter nos cellules.     Les études montrent que plus de 90 % des personnes qui ont été infectées ou qui ont reçu un vaccin fabriquent des anticorps qui circulent ensuite dans leur sang les semaines suivantes. Premier problème : peut-on se contenter de détecter la simple présence d’anticorps ou faut-il mesurer leur quantité ?      De fait, la concentration en anticorps dans le sang des convalescents ou des personnes vaccinées varie d’un facteur 100, voire 1 000, selon les personnes ! Elle varie également dans le temps et présente une fâcheuse tendance à diminuer après plusieurs mois, jusqu’à devenir imperceptible chez certains, notamment chez les asymptomatiques. D’après une récente étude publiée dans Science portant sur 188 cas de Covid, 10 % d’entre eux n’avaient plus aucune trace d’anticorps six à huit mois après l’infection.     Faut-il dès lors fixer un seuil minimum, qui serait synonyme de protection effective ? Un tel seuil existe déjà dans le cas de l’hépatite B : l’OMS a fixé un taux d’anticorps appelés anti-HBs au-dessus duquel les personnes sont considérées comme immunisées. « Mais personne ne sait encore quel pourrait être ce taux dans le cas du Covid », fait remarquer Samira Fafi-Kremer, responsable du laboratoire de virologie du CHU de Strasbourg.        Une étude sur des macaques a tenté de fixer ce seuil, en les infectant une première fois puis en les exposant à nouveau au virus. Les chercheurs démontrent qu’en deçà d’un certain seuil, les singes ne sont plus protégés. « Mais ce seuil reste encore à préciser chez l’homme », explique Guy Gorochov, du Centre d’immunologie et des maladies infectieuses (Sorbonne université-Inserm).       « Tant que les techniques sérologiques ne sont pas standardisées entre elles pour qu’on puisse comparer les taux d’anticorps et tant qu’un seuil d’anticorps protecteur n’est pas clairement défini par des études scientifiques, il sera difficile de parler de taux d’anticorps protecteur », ajoute Samira Fafi-Kremer.      Pour autant, force est de constater que les cas de réinfection après des tests sérologiques positifs sont rares. Une étude portant sur 6 614 soignants anglais qui ont eu, entre juin et novembre 2020, un test sérologique positif, n’a observé que 44 cas de réinfection, soit moins de 1 % de l’effectif. Un test d’anticorps positif datant de moins de six mois semble donc un bon critère d’immunité.         En revanche, l’inverse n’est pas forcément vrai : un test négatif ne signifie pas forcément que nous ne sommes pas protégés contre la maladie. « On sait par exemple qu’après une dose de vaccin, 60 % des personnes sont protégées alors qu’elles n’ont pas encore d’anticorps circulants détectables », indique Stéphane Paul, responsable du département d’immunologie du CHU de Saint-Étienne, qui participe au Comité scientifique vaccins Covid.        Si ce n’est par les anticorps, par qui peuvent-elles bien être protégées ? Par d’autres protagonistes de notre système immunitaire. Les anticorps circulants ne sont pas, tant s’en faut, les seuls héros de notre immunité (lire Covid et immunité : des pistes négligées ?).        On peut compter par exemple sur les IgA, des anticorps qui ne circulent pas dans le sang mais dans les muqueuses : ils jouent un rôle important aux premières étapes de l’infection, lorsque le virus s’engage dans le nez ou la bouche.       On bénéficie aussi de l’appui des lymphocytes T, qui traquent quant à eux les virus déjà planqués à l’intérieur de nos cellules et qui semblent efficaces quels que soient les variants du virus (voir notamment cette étude). Ou encore des lymphocytes B à mémoire qui, comme leur nom l’indique, gardent en mémoire le pathogène et sont capables, si le virus se représente un jour, de fabriquer les anticorps spécifiques pour empêcher l’infection.           ____Dans l’étude de Science déjà citée, les chercheurs ont analysé tous ces marqueurs durant six à huit mois pour les 188 cas de Covid. Résultat : « Les simples tests sérologiques de détection d’anticorps anti-Sars-CoV-2 ne reflètent pas la richesse et la durabilité des réponses immunitaires », concluent les auteurs. Ainsi, environ 7 % des individus suivis ne possédaient plus d’anticorps circulants après six mois mais présentaient en revanche des IgA, des lymphocytes T et des cellules à mémoire.               Sont-ils pour autant protégés ? « Il n’est pas possible de tirer des conclusions directes à propos de l’immunité protectrice sur la base de la quantification [des différents acteurs de l’immunité] », préviennent les auteurs de l’étude, tout simplement parce que les mécanismes exacts de protection contre le Sars-CoV-2 ne sont pas encore bien connus. En outre, autant il est facile de tester la présence d’anticorps dans le sang, autant les analyses permettant de repérer les autres acteurs de l’immunité sont plus complexes à réaliser, plus chères et moins reproductibles.                                 _____ Mais il y a autre chose : qu’entend-on exactement par immunité protectrice ? Une protection contre les formes graves de la maladie ? Un bouclier contre l’infection ? Ou carrément une impossibilité de transmettre le virus ? « Les niveaux et le type d’immunité diffèrent selon que l’on considère la maladie, l’infection ou la transmission », explique Alessandro Sette, de l’Institut La Jolla d’immunologie, coauteur de l’étude de Science.         Par exemple, les anticorps, particulièrement ceux dans les muqueuses, peuvent s’attaquer au virus dès son entrée dans l’organisme : en l’empêchant de s’installer, ils préviennent donc sa transmission. À l’inverse, les lymphocytes T détruisent les cellules déjà infectées : ils contribuent donc à limiter la propagation de l’infection à l’intérieur de l’organisme, évitant ainsi les formes graves.                                                   Dans une optique de santé publique, empêcher la transmission interhumaine du virus est bien sûr la forme de protection idéale. Mais pour l’heure, nous manquons encore de données pour distinguer les personnes qui ne porteront plus le virus et ne pourront plus le transmettre à leur entourage. Même pour les vaccins, nous ne savons pas encore exactement à quel point ils empêchent les infections asymptomatiques, et donc la contamination.      Si l’absence de transmission est l’objectif numéro 1, alors les tests PCR ou antigéniques négatifs datant de moins de 48 heures sont l’idéal : c’est la preuve qu’aucune particule virale ne se loge dans nos fosses nasales. Leur utilisation pourrait se généraliser pour pouvoir accéder à des concerts, des événements sportifs ou pour prendre l’avion. Inconvénient : une personne peut s’infecter juste après le test. En outre, il faut répéter ces tests pour chaque événement particulier.        Dernier critère qui pourrait permettre d’obtenir un feu vert immunitaire : un test PCR ou antigénique positif de plus d’un mois, comme confirmation d’une infection passée. « Là, on descendrait d’un cran dans le niveau de preuve », estime Guy Gorochov. De fait, un test positif, on l’a vu, peut révéler de très faibles quantités de virus.         D’où la question : est-ce suffisant pour enclencher une réponse immunitaire efficace ? Récemment, deux études rétrospectives, l’une menée aux États-Unis sur plus de 150 000 personnes et l’autre au Danemark sur quelque 4 millions d’individus, montrent que les personnes qui ont eu un test PCR positif durant la première vague peuvent être réinfectées, mais bien moins fréquemment que les personnes n’ayant jamais croisé la route du virus. La protection offerte par une infection antérieure a ainsi été évaluée à 81,8 % aux États-Unis et à 80 % au Danemark. Cette protection n’était en revanche que de 47 % parmi les Danois âgés de 65 ans.     L’une des limites de ces études, c’est qu’elles ne distinguent pas la nature de la première infection : symptomatique ou asymptomatique. Or cette caractéristique pourrait influencer les résultats. De nombreux travaux vont en effet dans le sens d’une disparition plus rapide des anticorps chez les personnes infectées de manière asymptomatique.    D’après une étude menée en Italie sur 31 sujets exposés au virus sans avoir développé de symptômes, aucun anticorps n’était détectable chez environ 40 % d’entre eux. Ce taux montait à 80 % huit semaines après l’exposition. « Les tests PCR, comme les tests antigéniques, ne reflètent pas directement l’immunité », tranche François Anna, du laboratoire virologie moléculaire et vaccinologie de l’Institut Pasteur.                        Comment faire le tri le plus pertinent parmi l’ensemble de ces marqueurs ? « Il ne faut pas viser l’outil absolu, recommande Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève. Aucun critère ne permettra de s’assurer d’un risque zéro. L’idée n’est pas de bloquer toutes les infections mais de diminuer les risques. »    L’épidémiologiste français, qui vient de publier un panorama de l’épidémie de Covid-19 (Covid, le bal masqué, aux éditions Dunod), ajoute également que les critères pourraient être adaptés aux niveaux de circulation du virus : « Plus le virus circule, plus vous aurez envie d’un pass qui diminue le risque de manière substantielle et plus vous serez regardant sur les critères biologiques acceptés. ».....__________________________________

samedi 7 janvier 2023

Retraites (suite)

 Et si on en reparlait...(contribution à un débat mal engagé)

                   Pourquoi cette précipitation, alors qu'il n'y a pas le feu au lac, qu'il n'y a pas urgence et que les avis sont si partagés? Même pour ceux qui y sont favorables, les modalités sont contestées, .En allant à l'essentiel, même d'un point de vue libéral, on peut juger des faiblesses des propositions faites, ou plutôt de leur parti pris.  Rassurer les marchés financiers? Les arguments ne manquent pas:  "...Non, le système de financement des retraites n’est pas en déficit. En tout cas plus maintenant. Le déficit était de 13 milliards d’euros en 2020 mais, un an plus tard, les caisses de retraites étaient excédentaires de près de 900 millions d’euros, d’après le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR) publié en septembre 2022. Le Conseil, composé de parlementaires, de chercheurs, de représentants de syndicats et des administrations, a pour fonction de remettre régulièrement ses analyses et recommandations à la Première ministre.  Cette amélioration des finances « s’explique en très grande partie par la croissance importante des ressources due au rebond de l’activité, alors que l’effet de la surmortalité des retraités liée à la Covid sur les dépenses de retraite est resté limité ». Le COR estime que l’amélioration « se prolongerait » en 2022 avec « un excédent de 3,2 milliards d’euros.... "                                            Une nouvelle mouture revient en force, qui sent la précipitation et l'improvisation, qui fait l'impasse sur une récente étude. Alors que le COR ne tire pas la sonnette d'alarme, qu'une partie de la droite rechigne, que le patronat lui-même n'est pas enthousiaste, que les syndicats s'opposent frontalement et que surtout la situation économique que nous vivons demande une urgence prioritaire. Ce n'est pas le moment de mettre le feu aux poudres. Cela sent le passage en force, dans le plus grand des brouillards. De plus cela peut être un piège pour le chef de l'Etat qui en fait une affaire personnelle? Et la solidarité nationale serait un peu plus en péril. Il y a d'autres moyens pour réduire la dépense publique...                                                                                                                                                 C'est récurrent, quasi prévisible. Même quand le problème est prétendu réglé. il se passe peu de temps entre les projets de réforme des retraites, qui se suivent et se ressemblent beaucoup dans leur logique de fond, malgré les discours parfois contradictoires. Mais le diable se cache dans les détails.  Qu' une simplification et une certaine harmonisation soit nécessaire en ce domaine complexe, parfois illisible,  là n'est pas la question. Pour consolider aujourd'hui la cohésion sociale, y compris entre les générations, il n'est tout de même pas anormal qu'un pays riche dont la population vieillit consacre progressivement une part plus forte du PIB aux retraités. Mais il doit aussi améliorer l'équité du système. Car si les inégalités chez les retraités sont aujourd'hui du même ordre que chez les actifs, c'est en partie le résultat d'une illusion statistique : parce que les pauvres vivent nettement moins longtemps, leur poids est plus faible chez les retraités que chez les actifs...Il faut du temps pour réformer le moins mal possible un problème de cette ampleur, qui engage l'avenir.  « Hâte-toi lentement », comme disait Auguste. Ou comme Euripide: «Chez un chef, prudence vaut mieux que témérité. »       Comme l'exprime à sa manière Hervé le Bras aujourd'hui. Quand il a fallu dix ans dans certains pays pour réformer (imparfaitement) le système des retraites....La précipitation et le passage en force sont souvent contre-performants dans le domaine social et politique.   Il y a plus d' un paradoxe à  relever. Le brouillard s'épaissit...derrière la simplicité des messages envoyés ( "On vit plus longtemps"), surtout quand il est en partie artificiellement entretenu.      Le pourrissement? Non, vous n'y pensez pas...  Un glissement progressif vers le privé.   Des problèmes en suspens..                                                                                                                                  ____Il faut écouter la parole d'un "sage "... Tant qu'on n'a pas réglé le problème du chômage, dans notre pays, franchement, ce serait assez hypocrite de décaler l'âge légal. Quand, aujourd'hui, on est peu qualifié, quand on vit dans une région qui est en difficulté industrielle, quand on est soi-même en difficulté, qu'on a une carrière fracturée, bon courage déjà pour arriver déjà à 62 ans...Mais on va dire: "Maintenant il faut passer à 64 ans?...Vous ne savez déjà plus comment faire après 55 ans. Les gens vous disent: les emplois ne sont plus bons pour vous. C'est ça la réalité.. ...On doit alors gagner ce combat avant d'aller expliquer aux gens: "Mes bons amis, travaillez plus longtemps." Ce serait hypocrite...." (E.Macron, conf. de presse, 25 avril 2019). ....Contraste...            



___________Un point de vue qui ne manque pas d'intérêt:   Valérie Rabault: : « Dans cette campagne présidentielle, les retraites constituent une vraie ligne de clivage entre les différents candidates et candidats. Pour l’illustrer, voici 5 vérités que les tenants d’un départ à la retraite à 65 ans peinent à voir. __ Première vérité : Les réformes des retraites sont révélatrices des boussoles politiques. Ainsi, entre 2007 et 2012, Nicolas Sarkozy a augmenté, à la fois, l’âge légal de départ et la durée de cotisation. Dès mai 2012, François Hollande a permis aux personnes qui ont commencé à travailler tôt de prendre leur retraite à 60 ans : ce sont environ 60 000 Français qui chaque année en bénéficient. Il a également pérennisé le financement des retraites avec une hausse des contributions à laquelle chacun prend sa part : 1/3 employeurs, 1/3 Etat et 1/3 salariés. Quant au Président sortant, il a été mis en échec sur son projet de refonte de tout notre système de retraite, projet pour lequel il n’a jamais établi de maquette budgétaire claire, ce qui lui permettait de raboter des droits en catimini.     __  Deuxième vérité : c’est le quinquennat Hollande qui a remis à l’équilibre les régimes de retraite. Ainsi, grâce à la réforme de 2013, le régime général devient - dès 2016 - excédentaire de 900 millions d’euros, et les régimes obligatoires de base de la sécurité sociale de 1,6 milliards d’euros. Pour mémoire, ils étaient déficitaires en 2012 de respectivement 4,8 milliards d’euros et de 6,1 milliards d’euros. Dès 2019, ces régimes redeviennent à nouveau déficitaires du fait notamment de la décision du Gouvernement d’exonérer de cotisations sociales les heures supplémentaires, sans en compenser le manque de recettes induit. Ce déficit s’est aggravé avec la crise du Covid qui a eu pour conséquence de réduire les cotisations encaissées et en 2021, il s’élève, pour le régime général, à 3 milliards d’euros.    __ Troisième vérité : contrairement à ce que prétendent le Président-candidat et les autres candidats de droite, l’âge actuel de 62 ans pour le départ à la retraite ne met pas en péril notre régime de retraite. Ainsi, dans son dernier rapport de juin 2021, le Conseil d’Orientation des Retraites prévoit qu’à long terme, même une fois les retraites des générations du "papy-boom" liquidées, le système de retraites serait à l’équilibre voire excédentaire d’ici 2070, pour 11 des 12 scénarii établis sur la base d’un âge légal de départ à la retraite de 62 ans. Seul l’un des 12 scénarii affiche un déficit autour de 0,7 point de PIB.    __  Quatrième vérité : celles et ceux qui veulent reporter à 65 ans l’âge de départ à la retraite privent cyniquement de retraite celles et ceux qui décèdent entre 62 et 65 ans : ils sont statistiquement près de 27 000 par an. Ils contribuent aussi à accroître les inégalités face à la mort. En effet, les 5% de Français les plus pauvres risquent - statistiquement -5 fois plus d’être morts à 65 ans que les 5% des Français les plus riches. Quant à la pénibilité, il est curieux qu’elle soit désormais évoquée par le Président-candidat qui l’a tout simplement balayée lors de son quinquennat, en supprimant 4 des 10 situations de pénibilité (port de charges lourdes, postures pénibles, poste de travail soumis à des vibrations mécaniques et à des risques chimiques) qui ouvraient droit à un départ anticipé. La prise en compte de la pénibilité était une avancée sociale créée par la gauche sous la présidence Hollande, et financée via une cotisation patronale dédiée.   __  Cinquième vérité : l’allongement à 65 ans de l’âge de départ à la retraite n’a qu’un seul objectif : augmenter les recettes publiques pour couvrir une partie des dépenses engagées lors de la crise Covid. En la matière, les chiffrages de celles et ceux qui proposent un âge de départ à la retraite à 65 ans, laissent apparaître 15 milliards d’euros de recettes supplémentaires, sans qu’aucune affectation ne soit indiquée. Dès lors, il est à supposer que par une mécanique de transferts à construire, cet argent soit en réalité utilisé pour éponger une partie de la dette de la crise Covid.     Plutôt que recourir à ce tour de passe-passe, il eût été plus démocratique d’engager un débat national sur le financement de la crise Covid, comme nous l’avions demandé dès avril 2020. En reportant l’âge de la retraite à 65 ans, ce sont mécaniquement les plus pauvres de nos concitoyens qui vont le plus contribuer au paiement de la facture Covid, tout simplement parce que c’est essentiellement à eux qu’on va confisquer des années en retraite. C’est injuste.  Maintenir à 62 ans l’âge légal de départ à la retraite, comme le propose Anne Hidalgo, relève de la justice indispensable pour assurer la cohésion de notre pays. Engager un vrai débat sur le financement de la crise sanitaire relève d’une impérieuse responsabilité démocratique. Manifestement, les candidats de la droite et de la République en marche ne veulent ni de l’un ni de l’autre. »                _________________________________