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mardi 24 février 2009

Finances: mauvais vent d'Est ?


"La situation est jugée préoccupante. Les pays d'Europe centrale ont assis leur rattrapage économique sur une dépendance toujours plus grande aux investissements étrangers. L'essentiel de leurs banques est passé sous contrôle de groupes de l'Ouest, autrichiens, allemands, italiens, belges, néerlandais, ou français. Crise oblige, ceux-ci rapatrient dans leur pays d'origine une partie des capitaux dont ils manquent. Et resserrent leurs conditions de crédit aux entreprises locales"
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-Europe de l’Est : risque systémique:
"La quasi totalité des emprunts des pays d’Europe de l’Est, d’un montant équivalent à 1700 milliards de dollars, sont détenus par des banques européennes. Lourdement endettés à court terme, ces pays devront rembourser ou refinancer l’équivalent de 400 milliards de dollars cette année. La défaillance de l’un d’entre eux aurait des conséquences catastrophiques sur le système bancaire européen, avertit Evans-Pritchard."

-La crise orientale qui pourrait couler l’Eurozone:
"l’Irlande ne représente pas le plus grand danger pour la zone euro. Si le pays s’effondre, l’eurozone viendra à son aide. Les Allemands eux-mêmes acceptent désormais cette perspective. La situation de l’Europe Centrale et Orientale recèle un danger bien plus imminent. La possibilité d’un effondrement financier pose le problème politique le plus urgent auquel l’Union Européenne ait à faire face en ce moment. Si cette situation est mal gérée elle pourrait mettre à bas l’eurozone.Cette crise frappe l’Europe Centrale et Orientale de manière disproportionnée en raison de deux erreurs politiques commises par les gouvernements de la région. La première a consisté à encourager les ménages à souscrire des prêts hypothécaires en devises étrangères. En Hongrie, la quasi-totalité de ces prêts sont libellés en devises, principalement le franc suisse. Ce choix du franc suisse est manifestement ridicule et témoignage d’une forme d’analphabétisme économique. Je pourrais comprendre à la rigueur que des emprunts en devises aient été effectués en euros, dans la mesure où la Hongrie doit finalement rejoindre la zone euro. Mais la Hongrie ne rejoindra probablement pas la Fédération Suisse. L’argent que les ménages hongrois ont économisé grâce aux taux d’intérêt pratiqués en Suisse a été plus que perdu en raison de la hausse du franc suisse....
Les pays d’Europe centrale et orientale ont tout de même réussi quelque chose. Ils ont fait en sorte que leurs banques soient détenues par des étrangers. Les banques autrichiennes sont parmi les plus impliquées. Leur exposition à l’Europe de l’Est représente d’environ 80% du produit intérieur brut de l’Autriche. Si les ménages hongrois font défaut, ce n’est pas uniquement la Hongrie qui va tomber, mais aussi l’Autriche. L’Italie et la Suède sont également exposées. Une crise en Europe centrale et orientale serait également de nature systémique pour la zone euro..."

-L'Europe de l'Est, bombe à retardement pour l'euro:
"...L'agence de notation Moody's s'est inquiétée, mardi, de l'exposition des banques d'Europe de l'Ouest vis-à-vis de leurs filiales d'Europe de l'Est, en rappelant que les difficultés de ces dernières auraient des répercussions négatives sur leurs maisons mères. Selon Moody's, les banques de six pays (Autriche, Italie, France, Belgique, Allemagne et Suède) concentrent environ 84 % des engagements des banques ouest-européennes en Europe de l'Est. Le système bancaire autrichien est de loin le plus exposé, selon l'agence, devant les banques italiennes et scandinaves.Cette étude a accéléré le plongeon des devises d'Europe centrale. Le forint hongrois a atteint mardi son plus bas niveau historique (à 309,68 forints pour un euro), la couronne tchèque a coté 29,68 couronnes pour un euro, son plus bas niveau depuis novembre 2005 et le leu roumain a approché son plancher historique (à 1 euro pour 4,34 lei). Le zloty est tombé à 4,93 zlotys pour 1 euro, son plus bas depuis l'adhésion de la Pologne à l'Union européenne en 2004Face à cette situation, le commissaire européen aux affaires économiques, Joaquin Almunia, s'est dit, mercredi, "préoccupé par l'évolution de la volatilité des taux de changes de certains Etats membres de l'Union européenne qui ont des régimes flottants" de changes, mais aussi "par la possibilité que certaines déclarations publiques aient accéléré cette évolution". Varsovie s'était en effet déclaré prêt à intervenir, mardi, pour défendre le zloty si son cours tombe sous le seuil de 5 zlotys pour un euro, tandis que le gouvernement tchèque avait rejeté, mercredi, une telle idée.Selon les économistes de la Banque Dresdner, "les devises d'Europe de l'Est sont engluées dans une spirale de dépréciation", et "pour l'euro, c'est une bombe à retardement". Les prévisions pour l'euro sont plutôt pessimistes. Les experts d'ABN Amro, d'UBS et de Natixis voient la devise européenne s'affaiblir jusqu'à 1,233 dollar. Steven Pearson, stratège chez Merrill Lynch, cité par l'agence Bloomberg, le voit s'effondrer à 1,12 dollar d'ici au mois de juin."
-La Banque mondiale appelle l'Occident à aider les pays d'Europe de l'Est:

-La défaillance des économies d'Europe centrale et orientale s'impose au G4:
"...La situation est jugée préoccupante. Les pays d'Europe centrale ont assis leur rattrapage économique sur une dépendance toujours plus grande aux investissements étrangers. L'essentiel de leurs banques est passé sous contrôle de groupes de l'Ouest, autrichiens, allemands, italiens, belges, néerlandais, ou français. Crise oblige, ceux-ci rapatrient dans leur pays d'origine une partie des capitaux dont ils manquent. Et resserrent leurs conditions de crédit aux entreprises locales. Banques, particuliers ou entreprises se sont, de surcroît souvent endettés en devises étrangères, et le coût de ces emprunts explose avec la dépréciation de devises qui ne sont pas toutes arrimées à l'euro...."

-L’Allemagne prête à voler au secours des autres États de la zone euro:
"...la crise actuelle montre à quel point l’Union est au milieu du gué : une monnaie unique, mais pas de politique économique, pas de budget, pas de solidarité. Il est donc urgent d’accélérer l’intégration communautaire afin de consolider la zone euro, celle-ci montrant aujourd’hui toute sa fragilité. En particulier, il faut que l’Union dispose enfin d’un budget européen plus conséquent que celui qui existe aujourd’hui (à peine de 1 % du PIB communautaire, un niveau équivalent au budget américain avant la Première Guerre mondiale). Si le budget avait été plus important, il aurait notamment permis d’aider directement les États les plus fragiles à financer leur plan de relance. Il faudrait aussi mettre en pratique la proposition de Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois, de gérer en commun une partie de la dette des États de la zone euro...Le premier test de la solidarité européenne pourrait avoir lieu rapidement. Les économies des huit pays d’Europe centrale et orientale sont actuellement dans la tourmente : non seulement elles font face à un sévère ralentissement économique, mais leurs banques sont gravement fragilisées et leurs monnaies sont sévèrement attaquées..."

-La crise va détruire le modèle allemand:
"...Ce à quoi nous avons assisté depuis six mois, c'est à l'éclatement de l'illusion allemande d'être invulnérable dans un environnement international toujours plus précaire. Il faut dire que cela faisait presque quatre décennies que l'illusion avait pu être maintenue. Mais à présent de grandes banques allemandes sont au bord de la faillite, des entreprises et même des secteurs entiers de l'industrie devront être soutenus par le gouvernement. Et l'Allemagne devient moins arrogante avec ses partenaires. Le bon élève a perdu son latin dans la crise."
- Sauvons l'Europe avant qu'il ne soit trop tard
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- L'EURO en péril ?

---------Envisager le pire ?-Newropeans Magazine - [Crise systémique globale] 4° trimestre 2009: phase de dislocation géopolitique mondiale


samedi 13 juin 2009

Européennes: un bilan

Une abstention à interpréter

Un mode d'élection à revoir

Un système de fonctionnement parlementaire à réinventer

""Méfiance, méconnaissance, désintérêt… Les citoyens européens n’accordent pas vraiment d’importance au travail de leurs députés. Au point qu’ils n'étaient que 30% à être certains de vouloir voter aux les élections européennes."
Est-ce étonnant ?
L'Europe a failli à son projet initial
Elle est devenue surtout un grand marché , ouverte à la libéralisation et à la mondialisation à l'anglo-saxonne
Une refondation s'impose sous peine d'échec
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-Sapir: «les commentateurs du 7 juin sont aveugles!»:
"Les élections européennes du 7 juin ont été remarquables au moins autant par leurs résultats que par l’aveuglement des commentateurs. Ces derniers ont ainsi mis en avant la « vague conservatrice » à laquelle on aurait assisté. Mais, celle-ci a été des plus relative face à l’abstention, elle, réellement historique, que l’on a connu dans ces élections. Il convient, avec le recul nécessaire, de comprendre ce que ces élections ont révélé. Au-delà des premières réactions, il est probable que nous avons assisté au début de la fin de la construction européenne telle que nous la connaissons.
On l’a dit, l’abstention a été énorme, et pas seulement en France. C’est chez les nouveaux entrants qu’elle a été le plus spectaculaire avec moins de 30% de votant en République Tchèque et à peine plus de 18% en Slovaquie. La France, avec à peine 40% de votants enregistre ici l’un de ses taux les plus faibles de participations. À peine plus d’un électeur sur trois s’est ainsi déplacé en Europe pour aller voter. Ce phénomène est tellement massif qu’il doit être expliqué en priorité.
On peut analyser cette faible participation comme le résultat combiné de plusieurs facteurs :
- les électeurs européens ont à l’évidence sanctionné une Europe qui s’avère incapable de la protéger de la crise et de ses conséquences. Il n’y a pas de « plan de relance » européen et l’addition des plans nationaux représente ainsi à peine 1% du PIB de l’Europe. De plus, cette dernière a été incapable, par ses règles bancaires, de prévenir la contamination issue de la crise américaine. Il y a pire. L’Europe, par ses directives, enracine cette crise et détruit progressivement tous les instruments dont on pouvait disposer au niveau national pour s’y opposer. De ce point de vue, l’application du Traité de Lisbonne ne changera en rien la situation. Ce traité ne fait que consolider les régressions économiques et sociales de ses dernières années.
- ceci nous conduit à un second facteur. Les électeurs ont aussi sanctionné une Europe qui a bafoué à de multiples reprises, et ce depuis le Traité de Maastricht, la volonté démocratiquement exprimée des pays qui la composent. Le tour de passe-passe par lequel on a escamoté le « non » français et hollandais au TCE, et par lequel on va probablement faire de même pour le « non » irlandais au Traité de Lisbonne semble avoir définitivement dégoûté les électeurs. Convoqués aux urnes, ils sont restés chez eux, en dépit des discours grossièrement mensongers que l’on a pu entendre. Il faut ainsi rappeler à ceux qui l’auraient oublié que l’Europe n’a rien « construit » en France. Pour qu’il y ait une contribution nette de l’Europe, il faut que les subventions excèdent les versements faits par un pays. Or, dans le cas de la France, nous payons plus que nous ne recevons. C’est peut-être juste au nom de la solidarité, mais que l’on nous épargne alors ce mensonge d’une Europe venant dispenser ses bienfaits dans notre pays. Ceci explique sans doute les scores faibles des partis Souverainistes, dont une bonne partie des électeurs à préféré ne pas voter.
- à ce tableau sinistre il convient d’ajouter l’absence de solidarité que la crise a révélée. Les Pays baltes, dont la population n’excède pourtant pas 8 millions – soit moins que le nombre d’habitants du Grand Londres ou du Grand Paris – ont été abandonnés au FMI. Ce dernier n’a eu de cesse que de leur proposer une réduction de 25% de salaires de la fonction publique. La Hongrie, qui se débat dans une crise très grave, n’aura pas le plan de stabilisation de ses banques, qui est cependant une chose nécessaire si on veut éviter que les pertes en Europe Centrale ne viennent déstabiliser les banque Autrichiennes et Allemandes. C’est bien cette absence de solidarité qui explique la désaffection brutale des électeurs chez les « nouveaux entrants » de l’Europe.
- enfin, l’Euro lui-même apparaît aujourd’hui comme un facteur de crise. Tout d’abord en raison de son cours. À un taux de change supérieur à 1,35 Dollars US, et aujourd’hui nettement plus proche de 1,40, il plombe les exportations de la Zone Euro, et de l’Allemagne en particulier. Il faut savoir qu’au-delà de 1,20 Dollars l’accroissement de 6% du taux de change est égal à un accroissement de 1% du taux d’intérêt. Cependant, les dégâts de l’Euro ne s’arrêtent pas là. Le phénomène de « L’Eurodivergence » s’est considérablement accru depuis 6 mois . Il touche désormais les écarts de taux sur la dette publique pour les pays membres. Ainsi, l’harmonisation des marchés de la dette, longtemps présentée comme le seul résultat positif de l’introduction de l’Euro, n’aura pas résisté à la première crise sérieuse.
Nul ne peut prévoir le rythme que prendra cette désaffection. Il est cependant clair qu’elle est profonde et, parce qu’elle à de multiples sources, elle va s’avérer durable. Le 7 mai est mort le rêve d’une Europe fédérale. Ce n’était qu’un rêve, mais il avait au moins pour lui une certaine cohérence. Il s’est fracassé sur le mur des réalités.
L’Europe des Nations, soit la vision Confédérale, ne saurait s’accommoder de la construction bruxelloise. Cette dernière, dans sa frénésie réglementaire, est une construction de type fédérale. Il faudra bien accepter de revenir sur les directives européennes et rappeler que, si nous ne sommes pas dans une construction fédérale, alors les lois de chaque Nation sont à nouveau supérieures..."
- Jean-Luc Mélenchon : Après le 7 juin
- L’Europe hors les urnes
-Vote du 7 juin : le PSE déchiré par la crise
- Barroso sert-il à quelque chose?
-Election européenne 2009
-Cohn Bendit ou la victoire de l’Europe des Bisounours
-Cohn Bendit: les paroles et les actes
-Elections européennes 2009 : L'Express prêche dans le désert
- Propositions pour une autre Europe
- Liaisons dangereuses entre institutions et milieux d'affaires européens
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-Parlement européen: impuissance?
-Refonder l'Europe

jeudi 27 mai 2010

Europe vassalisée

Comment l'Europe s'est soumise

-Vers une Europe encore plus asservie ?

P.Mendés-France: " L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot nationale et internationale. "


-"Il était naïf de croire que grâce à un simple coup de peinture, l’UE deviendrait un poids lourd politique mondial. Pendant des années, nombreux ont été ceux qui ont cru a une « Europe-puissance » autonome sur la scène internationale. L’entrée des nouveaux membres depuis les années 90 a fait basculer les rapports de force internes et tué définitivement les velléités de ceux qui rêvaient d’une Europe politiquement forte. C’est donc le schéma anglo-saxon qui s’est imposé, une Europe de plus en plus réduite à une zone de libre-échange très intégrée dans un ensemble politico-économique transatlantique au sein duquel ce qui faisait la force et l’originalité du « modèle européen », cède chaque jour un peu plus de terrain devant l’avancée des conceptions les plus ultralibérales." (P.Charasse)
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Points de vue:
-Entretien avec Pierre Charasse sur la crise européenne:
__________________________"...Il faut resituer cette crise dans le cours des événements de ces 20 dernières années et dans une perspective géopolitique à moyen et long terme. La crise grecque et ses derniers développements ont confirmé, si c’était nécessaire, que l’Europe politique n’existe plus. L’Europe a projeté l’image de sa désunion et a révélé sa faiblesse au reste du monde. La monnaie européenne aurait dû être l’expression la plus forte d’une union politique achevée. Phénomène incroyable, on a instauré l’Euro sans créer un gouvernement économique. Entre les présidents de la BCE, de l’Eurogroupe, de la Commission, du Conseil, la présidence semestrielle (Espagne) et les “poids lourds Européens” Sarkozy, Merkel, c’est une belle cacophonie !

Il est ahurissant que les gouvernements de la zone euro se soient interdits de contrôler leur monnaie ! Aucun pays au monde, même le plus libéral, n’applique avec autant de zèle le dogme ultra-libéral du “laisser-faire”. La BCE ne répond à personne, les gouvernements sont impuissants, mais apparemment satisfaits de l’être, car aucun ne propose de remettre la BCE et l’euro sous contrôle ! La nature ayant horreur du vide, à partir du moment où l’on demande au FMI de participer au plan d’aide à la Grèce, on place l’Europe sous la coupe des Etats-Unis, puisque aucune décision du FMI ne peut se prendre sans l’accord des américains. La réforme des droits de vote au FMI annoncée au G20 va réduire le poids des européens, mais les Etats-Unis conservent intacte leur minorité de blocage (16% des votes).

Donc, la concertation entre les présidents Obama, Sarkozy, et la chancelière Angela Merkel s’inscrit tout à fait dans le cadre d’un transfert du pouvoir de décision aux Etats-Unis puisque les Européens ne peuvent plus rien faire sans l’accord de Washington. C’est pourquoi le Président Obama se sent tout à fait autorisé à prescrire aux pays en crise les conditionnalités de l’aide : réduire les dépenses publiques, diminuer les retraites, les salaires des fonctionnaires etc. Lui, au moins exerce sans états d’âme le pouvoir que lui donne l’architecture financière mondiale. Et nos gouvernements se disent soulagés que les Etats-Unis, enfin, les « prennent en charge » ! C’est sans doute ce qu’ils entendent par « gouvernance mondiale »...

La situation serait humiliante pour l’Europe si ses gouvernants avaient encore deux doigts d’amour propre. Mais ce n’est pas le cas. Depuis quelques années et particulièrement avec le Traité de Lisbonne, le pouvoir politique européen, dans les différents pays, a choisi de se placer dans le sillage ou sous la coupe des Etats-Unis. Les gouvernants pensent qu’ils sont « mandatés » pour suivre cette ligne, qu’ils ont été élus sur ce programme, le seul possible, et c’est pourquoi ils n’ont pas le sentiment de trahir les intérêts européens. D’une part ils sont convaincus qu’ils incarnent le désir conscient ou inconscient des européens de se sentir de plus en plus américains.
D’autre part, ils pensent que « soudés » aux Etats-Unis ils seront plus forts pour faire face à la montée en puissance des pays émergents non-européens ou aux éventuelles « menaces » réelles ou supposées contre l’ordre occidental du monde. Dans ces conditions, on ne peut même pas définir l’UE comme une organisation régionale. C’est un espace politique, économique, financier et militaire européen subsidiaire du territoire nord-américain. Paradoxalement, avec la crise de l’euro cet ensemble transatlantique achève de se structurer au moment où les Etats-Unis s’enfoncent dans une crise profonde et où leur leadership mondial est contesté. Avec le traité de Lisbonne on a confié à l’OTAN la défense de l’Europe, maintenant c’est la monnaie qui passe sous contrôle américain : défense et monnaie sont les deux attributs fondamentaux de l’indépendance auxquels l’Europe a renoncé.
La politique américano-britannique a finalement atteint son objectif de torpiller le projet d’une Europe politiquement et économiquement forte et indépendante.
..

Avec une Europe contrôlée par les Etats-Unis il me paraît logique que l’Euro tende progressivement vers la parité avec le dollar, c’est à dire que l’on s’achemine vers une dollarisation de la zone euro. Dans la logique économique et financière dominante, ceci conviendrait à la fois à l’Europe car elle retrouverait la compétitivité qu’elle a perdue avec un euro fort et aux Etats-Unis qui parachèveraient ainsi leur main mise sur l’Europe. __Le poids de l’Europe dans le commerce mondial diminue rapidement, et face à l’irruption de nouveaux acteurs commerciaux comme la Chine, l’euro ne pourra pas conserver sa place de grande monnaie d’échange à côté du dollar. Il faut aussi se souvenir qu’avec l’élargissement à l’Est de l’UE dans les années 90, les nouveaux venus se sont ouvertement prononcés pour la dollarisation de l’Europe. Leur aspiration profonde est d’appartenir à la zone dollar, ce qui « verrouillerait » le dispositif de sécurité au sens large que leur donne leur appartenance à l’OTAN : ils souhaitent un double parapluie américain, la défense et la monnaie. Pour eux l’euro c’est bien, mais le dollar c’est mieux ! Et peu importe si l’économie américaine est en ruine. Ce sont des restes des traumatismes de la guerre froide et de leur perception de la « menace » que constitue toujours pour eux la Russie.

Le plan de « sauvetage » euro-américain fera d’une pierre deux coups :
d’une part il permettra de consolider le leadership américain face aux BRIC et en particulier à la Chine, qui est la véritable obsession des américains. L’Europe comme centre de pouvoir mondial pouvant faire contrepoids aux Etats-Unis dans la « famille » occidentale » est rayée de la carte. La consigne est donc de faire bloc derrière le leader naturel du monde occidental, c’est ce qu’Obama a demandé à ses alliés européens dès son élection, pour tenter d’enrayer une perte inexorable d’influence dans le monde. Mais de la part des européens c’est une politique à courte vue, une fuite en avant, qui nie la réalité des nouveaux rapports de force qui se mettent en place dans le monde.
D’autre part, il donnera le coup de grâce à ce qui reste du modèle social européen en généralisant le tatcherisme à tout le continent.

Pourtant il n’y avait aucune fatalité dans cette évolution de l’Europe, elle a été délibérément décidée. Au risque de paraître nostalgique et ringard, je pense que l’Europe aurait dû et pouvait suivre un autre chemin que celui de sa dissolution/désintégration dans le bloc occidental. Mais y a-t-il aujourd’hui une majorité d’européens pour partager cette aspiration ? Les élections qui ont lieu dans les différents pays n’indiquent pas que les européens demandent un changement de cap. Malgré les mouvements sociaux qui commencent à se manifester, les gouvernements n’auront pas d’autre choix que de se plier aux injonctions du FMI et du marché. Les « socialistes » au pouvoir ou dans l’opposition acceptent comme inévitable le traitement de choc imposé par leur ami Dominique Strauss-Khan...

Je suis frappé par l’influence qu’exerce, pas toujours discrètement, et souvent avec cynisme, la Grande-Bretagne. Elle ne fait pas partie de la zone euro, mais son poids dans toutes les discussions financières est énorme. En général toutes ses décisions s’inscrivent dans la continuité de sa politique atlantiste. Elle a su habilement tirer profit de son appartenance à l’UE tout en gardant les mains libres. Son déficit public est colossal, mais elle invente l’expression péjorative des « PIGS » pour désigner les parias de l’Europe (en majorité méditerranéens). Elle ne participe pas au sauvetage de la Grèce, et bloque toute tentative de réguler les fonds spéculatifs situés dans leur grande majorité à la City de Londres. Très fort ! L’Allemagne est aussi très proche des Etats-Unis mais défend des intérêts qui lui sont propres. Quand au Président Sarkozy, sa crédibilité est très faible. Tout en prétendant peser sur les grands débats mondiaux et « refonder le capitalisme », il accepte en réalité que tout continue comme avant. La réforme du système financier international est en panne, ses grandes déclarations contre les spéculateurs ou les excès du marché ne sont suivis d’aucun effet. Au-delà de nos frontières, son discours n’est pas pris au sérieux et ses gesticulations paraissent bien dérisoires...."

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La vision Européenne de Pierre Charasse
_______-Geopolintel
- PROPOSITION DE RÉSOLUTION DU PARLEMENT EUROPÉEN, par Pervenche Berès
- Pourquoi il faut sortir de l'U.E
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L’architecture du bloc euro-atlantique
-Régulation financière: Etats-Unis 1-Europe 0
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- Vers deux euros ?
-Une France américanisée ?
-Nouvel ordre politique mondial ?
- Vers l'Union atlantique ?
-Vers une Europe asservie ?

mercredi 20 mai 2015

L’Europe des dominos?

 Vers un éclatement?
                                   Ce qui apparaissait inimaginable autrefois devient du domaine du possible, voire du souhaitable pour certains.
  Tout se passe comme si les fondements même de Maastricht s'effritaient peu à peu. L'impuissance des institutions à juguler la crise et les forces centrifuges deviennent de plus en plus évidentes...  
    Le problème est que les textes fondateurs sont gravés dans le marbre et que tout new deal paraît impossible. L'Europe se clive de plus en plus entre nord et sud et les tensions, issues de la crise, semblent exacerber les contradictions et saper les fondements mêmes des institutions imparfaitement réalisées et mal pensées.
   Certains pays et des organismes financiers pensent déjà à l'après Maastricht, anticipant de nouvelles relations sur des bases rénovées, renégociées, dans un esprit où le néolibéralisme et les égoïsmes financiers ne seraient plus la loi et les prophètes, où la monnaie  ne serait plus un frein, mais un moteur. En évitant un éclatement sauvage.
  L' Europe au fédéralisme inatteignable semble se désagréger sous nos yeux sous l'effet d'une crise multiforme.
            Comme le reconnaissent certains., La crise que connaît l’Europe actuellement est une crise à la fois économique et démocratique. La première était prévisible au moins depuis la création de l'euro. La seconde trouve son origine très en amont, dans les choix mêmes des pères fondateurs de l’Europe. Ceux-ci ont fait le choix dès le début de mettre sur pied non une Europe politique mais une Europe technique, supposée devoir générer des solidarités de fait.
C’est ce que l’on a appelé la « méthode des petits pas » de Jean Monnet, qui consistait à imbriquer des secteurs précis de plus en plus nombreux, et à mettre les peuples devant le fait accompli. Une sorte de « fédéralisme furtif » si l'on veut. Il n'y a jamais eu de grande ambition démocratique là derrière, au contraire. Une ponction lente des prérogatives des nations pour les transférer à des échelons supranationaux ne pouvait qu'aboutir à terme à un déficit démocratique. Le choix de la supranationalité plutôt que la coopération traditionnelle entre nations européennes — par la voie simple de la diplomatie classique — portait nombre de problèmes en germe.
Pour ce qui est de la crise économique, on trouve l'une de ses sources principales dans la création de la monnaie unique. Le partage d'une même monnaie par des pays aux structures économiques très différentes, la mise en place d'une monnaie fédérale sans Etat fédéral auquel s'adosser, était voué à l'échec. Au lieu de les faire converger, l'euro a contribué à faire diverger les différentes économies, notamment en imposant aux pays d'Europe du Sud un fonctionnement « à l’allemande » fait de rigueur budgétaire et d'inflation quasi nulle, qui ne leur convient pas...

   Comment peut se dérouler une désagrégation à la fois souhaitée et redoutée? Le cas grec vient à l'esprit, pais ce n'est pas le seul.
  L'ancien ministre de Romano Prodi et Jacques Delors n'avaient pas prévu cette dérive, aveuglés qu'ils étaient par les principes d'un gouvernance purement technique, dans l'esprit de l'internationalisation de la finance des années 70-80, matrice d'une crise majeure.
    C'est cette Europe-là qui ne peut durer en l'état. Son fonctionnement et son indépendance posent problème. Ils constituent une sorte de piège,.même si certains tentent de se rassurer...
Comment éviter une sortie de route?
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mardi 5 janvier 2010

Espagne en difficulté


Zapatero à la peine

-Une Espagne affaiblie par la crise prend la présidence tournante de l'Europe-

Le béton, le tourisme, le crédit: les trois mamelles de l'Espagne

-"Moins de deux ans après avoir caressé l'idée de rejoindre la France, voire l'Allemagne, l'économie espagnole est en chute libre, les clignotants sont au rouge et tous les experts prédisent une relance plus tardive qu'ailleurs. "L'Espagne va mal, diagnostiquait récemment La Vanguardia. Nous nous éloignons de l'Europe tandis que le gouvernement s'apprête à faire de la présidence de l'Union le principal pari politique d'une législature que menace le naufrage." (Le Monde)


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Face à la crise, Zapatero a-t-il tout faux ? | Mediapart
"Il y a encore quinze ans, Madrid aurait dévalué la peseta pour redonner du souffle à son économie. Les choses se seraient apaisées, pour un temps au moins, et l'Espagne serait rentrée dans le rang. En 2009, zone euro oblige, l'option dévaluation est impossible. Résultat, le pays se débat, en pleine déprime, englué dans la récession, piégé par un enchevêtrement de crises d'une violence inédite en Europe. ___Un nouveau front, un de plus, s'est ouvert à la mi-décembre pour le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero : celui des comptes publics... Ll'ampleur de la dette publique en Espagne (66% du Produit intérieur brut attendu en 2010) n'a rien à voir avec celle la Grèce, au bord du dépôt de bilan (120%).
Pour sortir la péninsule du marasme, un socialiste, l'un des seuls encore au pouvoir en Europe en cette fin des années 2000, est aux manettes. Autrefois dynamique représentant d'une social-démocratie au mieux de sa forme, Zapatero, 49 ans, réélu l'an dernier pour un mandat de quatre ans, est aujourd'hui éreinté de tous côtés pour sa gestion brouillonne d'une crise qu'il n'aurait pas su anticiper. La presse ne lui fait pas de cadeaux – y compris le quotidien de centre-gauche El País, d'habitude plus consensuel ... Et le Parti populaire de Mariano Rajoy, à droite, frétille dans les sondages, sans trop forcer. Zapatero a-t-il tout faux ? Alors que l'Espagne va présider, à partir du 1er janvier, une Union européenne mal en point, que vaut la politique anti-crise des dirigeants espagnols, à rebrousse-poil de bien des pays du continent ?
Les chiffres tendent à donner tort à l'équipe de Zapatero. A l'approche de 2010, l'Espagne n'en finit pas de s'effondrer. Son produit intérieur brut (PIB) a reculé de 0,3% de juillet à septembre, selon Eurostat – sa sixième baisse trimestrielle d'affilée. Au même moment, la zone euro reprenait des couleurs et sortait de la récession (+0,4%). Le pays devrait afficher cette année une chute de 4% environ de son PIB et les prévisions pour l'an prochain restent dans le rouge.
Préférant l'optimisme à la précision, Zapatero ne cesse de répéter que la reprise pourrait désormais intervenir «à n'importe quel moment». Sur le front de l'emploi, les chiffres sont vertigineux. La crise a détruit plus d'un million et demi d'emplois en deux ans. Et l'on s'attend à 400 000 destructions supplémentaires l'an prochain. Le taux de chômage, proche de 18%, place l'Espagne à l'avant-dernier rang de l'Union européenne en matière d'emploi, juste devant la Slovénie...
l'économie espagnole n'a pas grand-chose à voir avec celle des poids lourds européens. Une myriade de petites et moyennes entreprises se sont développées dans des secteurs en forte croissance ces dernières années, la construction (12% du PIB avant la crise à elle seule) et le tourisme. Des PME qui ont recruté à tout-va une main-d'œuvre bon marché et très peu formée, bien souvent via des contrats à durée déterminée. Si bien que la formidable croissance du début des années 2000 s'est accompagnée, dans le même temps, d'une fonte de la productivité. Un comportement à rebours du reste de l'Europe occidentale qui, aujourd'hui, pèse lourd dans la balance.
L'immobilier, longtemps la face la plus visible du miracle espagnol, s'est transformé en boulet, avec son parc d'un million d'appartements invendus. Incapable d'ajuster par les prix (qui ont à peine baissé de 9% par rapport à leurs plus hauts, contre 33% aux Etats-Unis), le secteur a ajusté par les quantités. C'est-à-dire qu'il s'est arrêté net de construire, jetant à la rue des milliers d'employés. Fin novembre, la construction en Espagne comptait 730.000 chômeurs. Pour se faire une idée des dégâts, on peut visiter une ville fantôme de Castille ravagée par l'éclatement de la bulle immobilière .
Si bien qu'à Madrid, plus personne n'en doute : l'économie espagnole serait entrée dans une récession profonde, même si la crise américaine des subprime n'avait pas éclaté...."


-Le grand Meccano régional complique la sortie de crise:
"...Dans le sillage du Parti populaire, la presse de Madrid, El Mundo en tête, se déchaîne contre le milieu politique de la Catalogne, qui reste, malgré un sérieux coup de mou, la communauté d'Espagne la plus active (19% du Produit intérieur brut, contre 17% pour Madrid). Un vrai-faux référendum sur l'indépendance organisé dans 161 villes et villages de Catalogne, dimanche 13 décembre, a encore raidi les positions (bilan des opérations, une participation de 30%, et un «oui» à plus de 90%). Alors que l'Espagne traverse une crise économique sans pareil en Europe, avec un taux de chômage attendu à 20% l'an prochain, l'avenir du pays se trouve donc suspendu à la décision d'un Conseil constitutionnel apparemment tétanisé à l'idée de devoir trancher un texte si délicat. (Ci-contre le logo d'Ezquerra Republicana de Catalunya, seul parti indépendantiste représenté au Parlement catalan, soutien de l'organisation du référendum de la mi-décembre.)
Pour le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero, ce climat explosif ne facilite pas la sortie de crise. Au contraire : les 17 communautés autonomes du Meccano espagnol tendent à fragiliser les orientations économiques fixées par le Palais de la Moncloa. Déjà privé du levier monétaire pour colmater les brèches, l'exécutif madrilène se voit aussi contester ses choix budgétaires par ses régions. A l'heure où le monde entier ne jure plus que par Keynes et le soi-disant retour d'un «Etat fort» pour lutter contre la crise, Madrid se retrouve bien dépareillé. Peut-on faire de la relance keynésienne avec un Etat atomisé ? Le fédéralisme est-il une partie du problème espagnol ?

-Surproduction immobilière et crise du logement en Espagne
-A Madrid, avec près de 20% de chômage, le travail au noir est partout
>>>http://www.dailymotion.com/_espagne-la-crise-immobiliere_news
-Espagne Les « cimetières de béton » de la crise
-L’Espagne en crise découvre un nouveau profil de pauvres
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-Châteaux en Espagne ?

vendredi 20 mars 2009

Quelle crise?

Il serait temps de faire un geste à l'égard de ceux qui ont beaucoup perdu!...
L'age d'or reviendra-t-il pour eux ?
Faisons un geste!...

Si on en croit les privilégiés du système, ceux qui ont contribué à mener l'économie dans l'état où elle est, et une certaine presse économique, il n'y aurait pas lieu de dramatiser: la crise ne serait que de confiance perdue, il suffirait de continuer comme avant sans renoncer aux privilèges exorbitants de naguère...il suffirait même d'"oublier la crise" !
A l'heure où des économistes américains(et Obama en personne) sonnent le tocsin, où la désindustrialisation s'accélère, ne s'agit-il pas là d'une " pensée" magique, expression de l'aveuglement, du déni de réalité, d'intérêts âprement défendus ?
Faut-il en rire ou en pleurer?

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La crise :Quelle crise?:

"Alors que les usines ploient sous la crise et les chômeurs s’alignent devant les services publics de l’emploi, ils sont une poignée à continuer de suivre la route de briques jaunes du marché. Ces néo-libéraux avancent vers leur Magicien d’Oz sans avoir compris la fable et écoutent l’enchanteur : « Nous sommes au sein d’un cauchemar, leur dit Warren Buffet. Retournons par la pensée vers l’Âge d’Or où tout allait encore bien et… tout redeviendra comme avant ! »
"Comme Buffet, les éditorialistes de The Economist voient bel et bien les demandeurs d’emplois se multiplier. Que conseillent-ils pour résoudre le problème ? Faciliter les limogeages bien sûr : l’hebdomadaire britannique recommandait dans son dernier numéro « des marchés de l’emploi flexibles, d’où seraient abolies toutes les subventions pour l’emploi, tous les privilèges des employés et où les licenciements seraient facilités. » A l’instar du Medef, leur discours ne change en rien : la crise ne sert qu’à accélérer la mise en place des réformes nécessaires pour les patrons.
Et ces derniers ne changent guère de méthode : sauvée par près de 180 milliards de dollars du trésor américain, la société d’assurance AIG, qui avait déjà payé à ses cadres un luxueux séjour en Californie, distribuera 450 millions de dollars de primes à sa filiale londonienne, responsable à elle seule de 99,3 milliards de dollars de pertes en 2008. « Mauvais goût », selon Lawrence Summers, le principal conseiller économique de la Maison blanche, la pratique relève surtout de la mauvaise gouvernance: le bonus étant par nature une rémunération complémentaire « incitative », on n’ose imaginer comment les cadres interpréteront le message pour le prochain exercice. Mais il ne s'agirait pas de bousculer les spéculateurs en perdant les mauvaises habitudes..."

-Pour Trichet, la crise est une maladie psychosomatique!
"« Je dirais que (…) l’année 2009 est très très difficile, sera très très difficile (…). En même temps, je dois dire qu’il y a un accord assez général de toutes les institutions publiques et privées pour penser que 2010 peut être l’année de la reprise modérée de la croissance. Mais cela dépend de nous, cela dépend de la confiance. Ceci n’est pas acquis d’avance. Cela dépend de la manière dont les autorités (…), mais aussi nos concitoyens, mais aussi les entreprises, sauront retrouver la confiance. Car le problème essentiel, ce n’est pas de faire des prévisions dans un monde incertain. Le problème essentiel, c’est de retrouver la confiance. »

Invité ce matin d’Europe 1 , Jean-Claude Trichet a joué les Kaa, le serpent hypnotiseur du Livre de la Jungle (voir vidéo ci-dessous). Comme lui, l’ancien gouverneur de la Banque de France a entonné le fameux « Aie confiance ». Car pour le patron de la Banque centrale, comme pour Alain Minc ou pour Warren Buffet et consorts, la crise n’est finalement qu’une question de confiance, une sorte de « crise de foi » dans le système, une maladie psychosomatique. Mais elle n’a surtout rien avoir avec une crise du système lui-même ! « Nos concitoyens ne sont pas idiots ! »

Et lorsque Monsieur Trichet estime détenir un argument de poids, il le sert à toutes les sauces. Quand viendra la reprise ? « Je ne suis pas un oracle et j’insiste sur le fait que ce qui est important, c’est, aujourd’hui, de retrouver la confiance. Car si on retrouve la confiance aujourd’hui progressivement, on pourra avoir en effet la reprise en 2010. » Les plans de relance européens ? « D’une manière générale, [ce] sont des plans qui sont audacieux (…). Et en même temps, il est évidemment nécessaire de convaincre nos concitoyens que le retour à l’équilibre est dans la perspective stratégique de moyen terme. Parce que sinon, nos concitoyens n’auront pas confiance, ils ne sont pas idiots ! »

-Dangereuse insuffisance de la réaction européenne face à la crise:
"...Le danger immédiat et manifeste pour l’Europe à l’heure actuelle réside ailleurs, dans l’incapacité du continent à réagir efficacement à la crise financière.L’Europe agit trop peu en termes de politique budgétaire et monétaire : elle fait face à une crise au moins aussi grave qu’aux États-Unis, mais elle fait beaucoup moins pour lutter contre le ralentissement économique.Sur le plan budgétaire, la comparaison avec les États-Unis est frappante. Nombre d’économistes, dont moi-même, ont fait valoir que le plan de relance de l’administration Obama était insuffisant, compte tenu de l’ampleur de la crise. Mais les mesures prises aux Etats-Unis surpassent de loin tout ce que font les Européens.La différence en matière de politique monétaire est également frappante. La Banque centrale européenne a été beaucoup moins dynamique que la Réserve Fédérale. Elle a été lente à réduire les taux d’intérêt (et les a relevé en juillet dernier), et a hésité à prendre des mesures fortes pour dégeler les marchés du crédit.Le seul élément qui travaille en faveur de l’Europe est celui pour lequel elle est le plus critiquée : la taille et la générosité de ses Etats-providence, qui ont amorti l’impact de la crise économique.Ce n’est pas peu de chose. La garantie de l’assurance maladie et des prestations de chômage généreuses assure que, du moins jusqu’à présent, il n’y aura pas autant de souffrance humaine en Europe qu’il n’en existe en Amérique. Et ces programmes permettront également de soutenir la consommation durant le marasme.Mais ces « stabilisateurs automatiques » ne peuvent se substituer à l’action...
... il existe une Banque Centrale Européenne. Mais la BCE ne ressemble pas à la Fed, qui peut se permettre de sortir du cadre établi, car elle est soutenue par un gouvernement national unifié - un gouvernement qui a déjà agi afin de partager les risques induits par l’audace de la Fed, et ne manquera pas de couvrir les pertes de la Banque Centrale si ses efforts pour débloquer les marchés financiers tournent mal. La BCE, qui doit répondre de ses actes devant des gouvernements qui se querellent souvent, ne peut pas compter sur le même niveau de soutien..."

-La crise en 2009 sonnera la mort de l’Industrie en France, Sarkozy ne l’a pas annoncé ! | AgoraVox
-Récession d'une ampleur inédite pour la France
-Bouclier fiscal: tout pour les riches | Mediapart:
"«Il n'est pas question de revenir sur le bouclier fiscal. C'est une mesure de justice», assurait Eric Woerth, mardi 17 mars, sur Europe 1. Au moment où le ministre du budget parlait, il ne pouvait ignorer les chiffres des bénéficiaires de la loi Tepa (Travail, emploi, pouvoir d'achat). Tous les chiffres et pas seulement ceux transmis par le ministère des finances la veille. Un document issu de Bercy que Mediapart s'est procuré donne la réalité de la mesure. Jamais il n'y a eu mesure fiscale aussi coûteuse, aussi inégalitaire, aussi disproportionnée. Si aucun remède n'est apporté, Nicolas Sarkozy méritera sa réputation de président du Cac 40..."
-SOS richesse en détresse !
-Sauvons les riches !
-Après le champagne, les oligarques russes boivent la tasse




jeudi 20 mars 2014

Où est passé le "peuple européen"?

La nation est-elle un gros mot?                      
                                                      [Quelques notes sur une lecture du dernier livre de JP Chevènement]

                     Difficile de rester de marbre devant la dernière parution de JP Chevènement, qui brosse une large synthèse historique et en même temps élabore une réflexion approfondie sur une Europe  engagée sur des voies qu'il juge désastreuses.
  Si sa pensée ne convainc pas toujours, notamment quand elle invoque l'Histoire en elle-même porteuse se sens, elle a le mérite de stimuler la pensée au coeur de la crise européenne, tout en étant en cohérence avec elle-même depuis ses débuts.
L'Europe des nations solidaires, oui. L'Europe fédérant des entités régionales abstraites, les ci-devant nations, non. Or, sans fédéralisme (prônée par le chroniqueur J.Quatremer, pourtant souvent très critique), l'Europe ne sera jamais qu'une vaste zône de libre-échange, ce qui plaît aux intérêts anglo-saxons, qui n'ont eu de cesse que de pousser à l'élargissement sans fin...compromettant toute harmonisation.
      Comme le dit P. Angel dans Mediapart
" Germanophile, européen mais pas européiste, J-P Chevènement signe là un livre qu'il faut avoir lu. Notre avenir passe par l'amitié et le partenariat avec l'Allemagne. Nous nous complétons, et cette complémentarité doit être encouragée parce qu'elle est notre force face à l'hégémonie binaire des USA et de la Chine.
 Aurons-nous des responsables politiques capables d'entendre ces conseils sages et lucides ? A suivre...
 "Depuis si longtemps, nos histoires nationales, à nous, Français et Allemands, sont si entremêlées que nous devons, ensemble, nous les réapproprier en les confrontant aux enjeux devenus mondiaux, même à notre insu depuis un siècle. Aucun peuple ne peut continuer son histoire s'il ne recouvre pas une raisonnable estime de soi. Et cela vaut pour le peuple allemand comme pour le peuple français qui ne peuvent se comprendre mieux qu'à la Lumière de "l'Histoire longue" et des changements d'échelle qu'elle induit." (p 271)
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                                  C'est peu de le dire: L'UE, telle qu'elle fonctionne, a déçu, politiquement et économiquement. La crise économique n'a fait que révéler ses faiblesses congénitales et le caractère artificiel de son élaboration;
  En suivant le principes d'un libéralisme dogmatique, dans le sillage des USA cherchant à étendre leur influence économique, les défauts inhérents à son mode de fonctionnement peu démocratique sont mis en évidence.
(C'est surtout à partir du chapitre VIII que l'auteur décrit le processus qui a fait dériver l'Europe vers ce qu'il appelle l'"européisme", qui est "l'idéologie d'une Europe aboulique, qui, au lieu de se construire dans le prolongement des nations, a prétendu le faire en se substituant à elles..)
  Le rêve de MonnetJ a échoué, même teinté plus tard de démocratie chrétienne à la De Gasperi, Schuman... Une vieille idée kantienne, mais mal digérée. Une utopie, portée aux fonds baptismaux aux USA, qui ne pouvait se réaliser, car faisant fi de la réalité des nations.
   On a mis la charrue avant les boeufs dans un élan volontariste, dans le contexte compréhensible du désastre.de l'après guerre Plus jamais ça! Mais quoi?
   Effacer les nations, c'est ce que voulaient les pères fondateurs, aller vers l'union, à marche forcée, puis vers le fédéralisme, par le biais économique et plus tard par l'imposition de la monnaie unique, entraînant  la dépossession progressive des prérogatives des parlements et des gouvernements nationaux jugés obsolètes. Comme le dit Viviane  Reding, vice-présidente de la Commission : « Il faut lentement, mais sûrement, comprendre qu’il n’y a plus de politique intérieure nationale »
         Chevenement  fait la critique d'une Europe passoire, réduite à l'impuissance. Sous prétexte de lutter contre les nationalismes, on est en passe de détruire les nations, de les diluer dans une superstructure lointaine et sans âme.
  Une nation, qui suppose une communauté de destin et des liens forts d'identité, ne se décrète pas et ne se construit pas en quelques décennies. Les intérêts communs entre un Maltais et un Finlandais n'apparaissent pas à première vue. Un nation se construit sur le socle d'un long passé commun.
  L'Etat-nation est en crise. Une crise provoquée. Les marchés n'aiment pas les frontières, même légères.
                            L'auteur insiste:l'idée de nation n'est pas obsolète, elle n'implique pas nécessairement le nationalisme et la guerre.
     Le néolibéralisme triomphant a seulement imposé sa loi, l'ouverture maximale des marchés, la fin des résistances, d'un protectionnisme minimal.
   "C'est une Europe qui est dominée par le principe de la concurrence libre et non faussée, au nom de ce principe qui a été réaffirmé vigoureusement dans l'Acte Unique négocié en 85 et adopté par le Parlement en 1987 : dans l'Acte Unique, vous avez ce principe de la concurrence qui est la négation de toute politique industrielle et la condamnation de l'idée-même de « services publics». Tout cela au nom de l'Europe! Donc il y a un élément de mystification..."
        La  monnaie unique (non commune, comme elle aurait pu être), cette camisole de force, montre ses limites.       "Le système de l’euro, pour des raisons très profondes, ne tient pas compte de l’hétérogénéité des nations. Au départ, en tout cas dans l’esprit de Jean Monnet, l’Europe s’est voulue une sorte de substitut des nations. Bien loin de faire l’Europe dans le prolongement des nations, beaucoup d’ « européistes » ont conçu l’Europe comme l’entité qui allait remplacer les nations. Et la monnaie unique reposait sur ce pari que, devant l’obstacle, les nations allaient définitivement faire le saut fédéral et accepter les transformations, notamment les immenses transferts que rendrait nécessaires la constitution d’un État fédéral, étant donné qu’il n’y a pas d’État fédéral qui ne soit aussi un État national (voyez l’Allemagne, voyez les États-Unis)..."
     L'auteur prône une autre  Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain.
               "Les blocages européens sont évidents. L’Europe est un grand corps impotent doté d’institutions qui ne marchent pas.
La Commission à 28 avec un commissaire représentant chaque pays c’est la mort de la Commission.
Le Conseil européen est l’institution qui marche le moins mal parce qu’il a quand même une légitimité, celle des gouvernements européens qui sont représentés.

 Mais on voit bien qu’une Europe où le Conseil européen pèse de plus en plus son poids est une Europe à géométrie variable, une Europe à plusieurs vitesses, avec des coopérations renforcées, où certains pays qui ne veulent pas avancer se mettent en marge. D’ailleurs, quoi de plus démocratique ? La démocratie vit dans les Nations et si on veut faire une Europe démocratique, il faut avancer sur les grands sujets avec les pays qui le veulent.
Les grands sujets c’est quoi ? Le cadrage macroéconomique, et en particulier le cours de la monnaie, l’industrie, l’énergie, la défense, la politique extérieure.
Si vous voulez absolument réglementer la couleur des bérets ou la teneur du chocolat en cacao, vous pouvez, mais c’est un exercice vain. On peut admettre qu’une certaine normalisation est souhaitable mais il n’y a pas besoin de passer par une fédération. On peut très bien mettre en place une commission technique avec tous les gouvernements représentés pour définir un système de normes que les industries acceptent..."

 La  France n'est plus un Etat-nation.   Il s'agit de la réinvestir, si c'est encore possible...
     "Nous assistons à l’effondrement d’une vision du monde économiciste. Cela est vrai pour le capitalisme financier fondé sur la théorie de Milton Friedman sur l’efficience des marchés ; cela est vrai pour la conception de l’Europe selon Jean Monnet où on mettait de côté les États nations, réduits, je le cite, à un rôle de purs agents d’exécution parce que l’Europe ne pouvait se construire que sur la base de souveraineté nationale marginaliste. Elle ne pouvait accéder à la prospérité que si on en finissait avec les souverainetés nationales...
     La France est un un pays sous tutelle dans une Europe en échec. L'Euro, comme monnaie unique, est une utopie monétaire. 
Est-il encore temps de sauver l'Europe par les nations? 
« Pour faire l’Europe, il faut défaire la France » disait Bethmann Hollweg
         C'est ce à quoi Chevènement ne se résigne pas, mais sans céder au repli, à la tentation identitaire, invitant à sortir des impasses par la renégociation. Faudra-t-il attendre que de graves désordres nous contraignent à le faire?
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- L’Union européenne est née d’une idée généreuse mais vague : faire advenir « la Paix ». Ceci ne suffit pas à constituer un projet politique. Paradoxalement, le défaut de projet n’a pas empêché la multiplication des institutions technocrates chargées de le mettre en œuvre. On a fabriqué des outils avant d’en déterminer l’usage. Fortes d’un désengagement complice des Etats européens, ces institutions se sont désormais affranchies. Leur principale raison d’être est à présent de créer de la contrainte voire de la coercition. Ce faisant, elles contribuent à vider progressivement de leur substance les Etats membres de l’Union, trop heureux, pour certains, de pouvoir se défausser des leurs responsabilités sur « Bruxelles » ou sur « Francfort ». Mais aussi sur Berlin. Car il semble qu’un Etat, à la différence de tous les autres, soit parvenu à réchapper de la maladie d’impuissance qui frappe ses voisins. Mieux, l’Allemagne est parvenue à faire des institutions européennes ses meilleures alliées et les courroies de transmission de ses propres intérêts. Partout ailleurs, la démission du politique est devenue la règle. Elle s’accompagne le plus souvent d’une crise économique effroyable. Une situation que les peuples acceptent de plus en plus mal, sentant bien qu’au nom de « la Paix », on leur demande d’entériner tout à la fois leur appauvrissement, et l’abandon de leur souveraineté. Epuisés par la rigueur économique, de plus en plus défiants vis-à-vis de la construction européenne, ceux-ci ne comptent plus sur leurs dirigeants pour tâcher d’en infléchir le cours. Dès lors, ils pourraient bien être tentés d’y mettre un terme brutal, en recourant à des partis politiques pour lesquels on doute que « la Paix » soit la principale priorité..." (Coralie Delaume)

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mercredi 7 janvier 2015

Ulrich Beck: un veilleur

 Mort d'un lanceur d'alertes et d'un sociologue engagé
                   Auteur connu de La société du risque, disparu trop tôt, il laisse une oeuvre inachevée.
                     Un penseur de notre époque, essayant de comprendre à sa manière les tendances lourdes et les mutations de nos temps difficiles.
    Fukushuma avait constitué un tournant dans sa pensée, mais aussi les dérives d'une mondialisation sauvage et d'une Europe sans projet. Vigie en alerte sur le pont d'un bateau sans boussole, il s'efforçait d'informer ses contemporains sur les risques nouveaux engendrés par nos sociétés hypercomplexes.
    Son cosmopolitisme, comme projet rénové et en recherche, lui semblait être est la projection d'une tendance historique inédite, inhérente aux relations nouvelles qui se créent sur un unique planète.
  Que l'on soit ou non parfois en accord avec certaines de ses thèses, notamment sur la nécessité d'un saut fédéral européen, ses analyses restent stimulantes.
  ________  Il avait mis en garde, avec d'autres, la chancelière de son pays de faire cavalier seul, dans une Europe déséquilibrée et sans vraie démocratie interne.
  En avril 2010, Ulrich Beck, comme Allemand luttant contre un conformismr pesant,  estimait que Merkel « à l'instar du président américain George W. Bush, qui utilisa la logique du risque pour dicter au reste du monde son unilatéralisme par une déclaration de guerre au terrorisme, (…) a utilisé le risque financier en Europe pour imposer au reste de l'UE la politique allemande de stabilité ». L’écologiste Joschka Fischer, ancien ministre des Affaires étrangères (98-05), a, lui aussi, tiré la sonnette d’alarme en juin 2012 : « nous, Allemands, comprenons-nous notre responsabilité paneuropéenne ? Cela ne semble vraiment pas être le cas. En fait, l’Allemagne a rarement été aussi isolée qu’aujourd’hui. Quasiment personne ne comprend notre politique d’austérité dogmatique, qui va à l’encontre des expériences passées, et nous sommes considérés comme faisant fausse route ou comme étant franchement à contre-courant »
   Comme Wolfgang Münschau, il critiquait une sorte de consensus de Berlin. 
Il estimait que la politique économique de la droite allemande condamnait l' Europe à l'anorexie.
      Il avait créé l'expresssion Merkaviel, pour signifier une gestion réaliste-cynique d'une politique surtout centrée sur ses propres intérêts à court terme.
     Il a fallu plus de six mois pour traduire en français le bref essai d'Ulrich Beck sur l'Europe allemande (Autrement). C'est un laps de temps suffisant, à l'échelle de la crise européenne, pour que le travail du sociologue allemand ait un léger goût daté. Aujourd'hui, la « relance » de l'Europe par François Hollande a du plomb dans l'aile, et la pression des marchés financiers sur les États les plus endettés s'est – pour combien de temps ? – estompée.
    Si certains paramètres du livre sont devenus caducs, sa thèse reste, elle, d'une actualité majeure : « L'Europe est devenue allemande », tempête Ulrich Beck, qui s'inquiète de voir Angela Merkel, « la reine sans couronne de l'Europe », piétiner les valeurs du continent. Il y aurait donc urgence à bâtir un nouveau « contrat social européen », en réaction à cet impérialisme. 
L'auteur estime « briser un tabou », à l'approche des élections allemandes (septembre 2013) et européennes (mai 2014) : « La nouvelle puissance allemande en Europe ne repose pas comme jadis sur l'emploi de la violence en dernier recours. Elle n'a pas besoin d'armes pour imposer sa propre volonté à d'autres États. (…) Cette nouvelle puissance qui se fonde sur l'économie a beaucoup plus de marge de manœuvre ; nul besoin d'envahir le pays, elle y est omniprésente. »
  Cette description des « nouvelles coordonnées du pouvoir » s'accompagne d'une vive dénonciation de la manière dont la crise est gérée depuis quatre ans, tout en austérité : « Dans quel monde, dans quelle crise vivons-nous donc pour qu'une telle mise sous tutelle d'une démocratie par une autre n'éveille aucun sursaut ? » s'interroge-t-il, après avoir évoqué le vote décisif du parlement allemand, en février 2012, débloquant une nouvelle aide à la Grèce. 
  « Dans l'orgueil que les pays du Nord montrent à l'égard de ceux du Sud, supposés paresseux et indisciplinés, se révèlent un oubli de l'Histoire assez brutal ainsi qu'une ignorance culturelle. (…) Les Allemands ont-ils oublié à quel point l'histoire de leurs idées et de leur pensée est redevable de l'Antiquité grecque ? » poursuit le sociologue. 
  Ulrich Beck s'était fait connaître du grand public en Allemagne en 1986, année de la publication de La Société du risque (tardivement traduit en 2001 en français). Dans ce classique contesté, il décrit les sociétés modernes comme des « manufactures à risques », et théorise le basculement, pour le dire très vite, d'une société industrielle à une société du risque, dominée par la peur.
  Comment en est-on arrivé à cette « Europe allemande » ? Pour Beck, c'est justement la « logique du risque » qui aurait joué à fond. Le scénario redouté d'un effondrement économique, et d'une désintégration de l'union monétaire, a servi de prétexte formidable. Il a installé un « état d'exception » en Europe, autorisant certains à prendre des décisions en dehors de toute légitimité démocratique. Ce « risque lié à l'euro » a légitimé une autre forme d'action politique, hors des cadres traditionnels de la légalité.
  Dans cette phase de transition incertaine ouverte par la crise, les « bâtisseurs de l'Europe », partisans d'un « saut fédéral » vers plus d'Europe en réponse à la crise, ont tenté de faire gagner leurs idées – en vain jusqu'à présent. De l'autre côté du spectre politique, les souverainistes ont « le droit constitutionnel national » avec eux, mais ils ne détiennent pas pour autant la « réponse à la menace qui pèse sur l'Europe », juge Beck. Conclusion : c'est la chancelière Merkel qui engrange les bénéfices de cette « logique du risque » – ou plutôt « Merkiavel »... (Mediapart)
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