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mercredi 10 décembre 2008

Mondialisation et démocratie

Dès 1906, dans La Jungle, le romancier Upton Sinclair (1878-1968) dénonçait la fiction du « paradis américain » et les crimes du grand capital à l’époque des « Barons voleurs » : « Nous sommes au paroxysme d’un siècle de concurrence commerciale féroce - la bataille à mort au corps à corps entre les patrons du Beef Trust et la Standard Oil de Rockefeller pour décrocher le gros lot : faire main basse sur les Etats-Unis »



Mondialisation et democratie:

"La recherche d’une corrélation entre mondialisation et démocratie n’est pas très aisée.
Naturellement, si l’on pose le problème en termes normatifs ou idéologiques, le débat
s’éclaire de lui-même. On peut en effet identifier toute une série d’éléments qui militent en
faveur d’une corrélation positive entre mondialisation et démocratie, surtout si l’on se place
dans le contexte politique mondial de la fin de la guerre froide.
Inversement, il est tout aussi aisé de repérer des facteurs qui tendent à dévitaliser la
démocratie en raison, de la mondialisation du capital qui fait fi des espaces publics nationaux,
du déséquilibre croissant entre l’économique et le politique à l’avantage du premier, de la
démultiplication des dérèglements sociaux engendrés par la mondialisation. On pense
naturellement au développement des mafias, au blanchiment d’argent, aux trafics d’organes,
de médicaments ou d’enfants. On pense également à tous ces emplois supprimés sur la base
de considérations économiques globales sans que les personnes concernées soient toujours
consultées.
Certes, on pourra arguer du fait que ces différents dérèglements n’ont d’une certaine
manière rien à voir avec la démocratie, puisque ceux-ci existent aussi dans les pays non
démocratiques. De surcroît, il est difficile, par exemple, d’attribuer un licenciement
économique à un déficit démocratique, sauf à assimiler la démocratie à l’idée de justice par
exemple. Pourtant cette relation de cause à effet n’est pas non plus totalement incongrue si
l’on admet que la mondialisation entretient un sentiment de dépossession chez les individus,
qui directement ou indirectement perdent confiance dans la démocratie en tant que lieu
d’expression de choix et de préférences. De surcroît, les pays riches ont beaucoup plaidé,
depuis la fin de la guerre froide, en faveur d’une interaction entre démocratie et marché : c’est
la fameuse démocratie de marché. Or dans ce cas, il devient tentant de mêler dans son
appréciation les facteurs qui relèvent du marché et ceux qui sont imputables à la démocratie.
De surcroît, l’imaginaire consumériste gagne le champ du politique et de sa représentation. La
démocratie est de plus en plus identifiée à un marché où les élections tiennent lieu
d’un acte d’achat.
Ceci étant, ces jugements de valeur, si importants soient-ils, ne nous aident pas à
progresser. D’une part, parce qu’ils se situent sur un registre normatif, voire moral. D’autre
part, parce que le catalogue des articulations positives (la mondialisation favorise la
démocratie) peut largement être compensé par un catalogue tout aussi fourni des articulations
négatives (la mondialisation détruit la démocratie)..."
La dissociation des intérêts des entreprises et des nations conduit par la force des choses à une
séparation croissante entre ordre du marché et ordre des droits de l’Homme. Plus
préoccupant encore est le fait que la sphère économique tend parfois à considérer certaines
préférences collectives exprimées démocratiquement comme des obstacles à son
épanouissement. La pression qui s’exerce sur les Etats au plan fiscal est l’exemple même de
cette réalité. Elle vise non seulement à taxer davantage le travail que le capital mais également
à taxer proportionnellement plus les « salariés mobiles » que ceux qui peuvent jouer de leur
mobilité professionnelle pour optimiser leur situation fiscale. Or il est bien évident que les
politiques strictement nationales peuvent contenir mais pas enrayer cette évolution. D’où la
nécessité de se doter d’institutions mondiales ou régionales capables de réguler cette situation.
Autrement dit, la conséquence majeure de la mondialisation est de créer une demande de
démocratie à l’échelle mondiale. Or, la satisfaction de cette demande est extraordinairement
difficile à satisfaire. D’une part, parce que le déplacement vers le mondial ne signifie pas
l’obsolescence du cadre national. D’autre part, parce que l’on ne sait pas encore comment
résoudre la question de la représentation à l’échelle mondiale."

-Mondialisation et démocratie

-Les lieux communs de la mondialisation resistent-ils a l'analyse ?
-Les firmes géantes se jouent des Etats
-TEXTES
"...la mondialisation a deux effets contradictoires. En dissolvant la nation, elle sape le fondement de l’éthique de la liberté et de l’État de droit, et encourage les systèmes de discrimination sociale, ethnique, religieuse et confessionnelle. En outre, en approfondissant la dynamique de la polarisation, elle détruit les équilibres sociaux et politiques nationaux et nourrit les tensions et l’instabilité à l’intérieur des sociétés. De plus, en concentrant les richesses dans certaines régions et entre les mains de catégories limitées, elle abolit les fondements d’une croissance économique qui accompagnerait celle de la population, et élargit le fossé entre le Nord et le Sud, d’où une augmentation du chômage, voire de la famine
Mais d’autre part, en ouvrant les espaces nationaux, à l’intérieur au détriment des secteurs politiques, et à l’extérieur les uns aux autres, la mondialisation contribue à unifier les normes et crée une conscience commune ou mondiale des problèmes humains. Cela signifie qu’elle approfondit la conscience démocratique, fait de la démocratie un modèle de référence pour tous les habitants de la terre et créé progressivement des mécanismes de solidarité mondiale, qui n’existaient pas jusque là, et qui contribuent sans doute à des orientations permettant d’élaborer des solutions mondiales ou collectives."

-Mondialisation : tout le blé du monde pour les riches.
-Mondialisation democratie
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- Mondialisation implosive ?

mardi 17 mars 2009

Pour une autre mondialisation




La voix d'un Prix Nobel

-Changer les règles du jeu
-

« Le marché est un bon serviteur mais un très mauvais maître ». (R.Correa)

-"L’ironie de l’histoire, c’est que la crise actuelle ne résulte pas d’erreurs commises par les pays en développement, donc bénéficiaires de ce genre d’aides, mais d’erreurs commises aux Etats-Unis qui ont, je vous le rappelle, le droit de véto au FMI. La dernière fois que le FMI a prêté de l’argent, l’instruction qu’il a donné aux pays bénéficiaires était d’imiter l’exemple des institutions financières américaines et leur pratique en matière de réglementation" (J.S.)
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Joseph Stiglitz : une autre mondialisation est possible | AgoraVox:
"...Lorsqu’on demande à Joseph Stiglitz s’il assume le rôle d’éveilleur de conscience il estime qu’ « il ne s’agit pas simplement de se plaindre et de pleurnicher, mais de proposer une solution de rechange. Il y a des façons plus rentable, efficace et juste de gérer ou de réguler une économie mondialisée.
Un autre monde est possible, c’est d’ailleurs le titre du premier chapitre d’un de mes livres. Avec la crise financière telle qu’elle éclate actuellement dans toute son horreur, on a vu que la philosophie ultra-libéraliste débridée qui sous-tendait la façon dont la mondialisation était administrée n’a fonctionné nulle part, ni dans les pays en développement, ni même dans les pays développés, à commencer par les Etats-Unis. Donc il y a un consensus qui commence à se dégager pour reconnaître qu’il faut trouver de nouvelles règles pour gérer l’économie de marché ».

-Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie: «C'est le bon moment pour un Bretton Woods :
II»
"...Selon Joseph Stiglitz, les «cadeaux fiscaux» faits aux Américains dans le cadre du plan de relance de 780 milliards de dollars risquent d'alimenter l'épargne plutôt que la consommation. Simultanément, les Etats fédéraux (le tiers des dépenses publiques aux Etats-Unis) économisent pour réduire leur déficit, ce qui a une influence négative, a-t-il ajouté.La crise immobilière va en outre se prolonger aux Etats-Unis, car les 4,4 millions de personnes qui ont perdu leur emploi depuis le début de la crise ne peuvent plus payer leur maison, a estimé le Prix Nobel. L'accroissement du déficit budgétaire représente en outre une source d'inquiétude, car il compromet les dépenses publiques futures..."
-Joseph Stiglitz - Homepage

-Joseph Stiglitz - Démocratiser la mondialisation
""Je ne suis pas un détracteur farouche de la mondialisation, mais un défenseur lucide d'une mondialisation plus démocratique, qui puisse être bénéfique pour toute l'humanité et pas seulement pour les plus riches, comme c'est le cas actuellement. La mondialisation a eu des effets pervers en ce qui a trait au développement des pays pauvres. Il est incontestable qu'il y a eu une croissance économique grâce à la mondialisation, mais les bénéfices de cette croissance n'ont pas été partagés de façon équitable. Ce n'est pas la mondialisation en tant que telle qui est à critiquer, c'est la façon dont elle a été mise en oeuvre et dont elle est gérée aujourd'hui, surtout par les États-Unis, seule superpuissance économique mondiale détenant le contrôle, quasi absolu, des principaux leviers financiers qui façonnent la globalisation économique. L'unilatéralisme américain met en péril la mondialisation..."

-Joseph Stiglitz : «Le FMI répond aux intérêts de Wall Street»:
"...Les pays industrialisés, et notamment les Etats-Unis, sont de fervents défenseurs de la libéralisation du commerce. Mais si vous regardez ce qui se passe vraiment, ce commerce mondial est très asymétrique, très injuste. Sous la pression des pays développés, le Sud ouvre ses frontières, abolit les subventions, pendant que le Nord, qui devrait pourtant être en mesure de s'adapter beaucoup plus vite, continue d'interdire l'entrée des produits en provenance du Sud et maintient les subventions pour défendre ses propres produits. ..."

-Crise économique : le FMI persiste et signe :
"Pourquoi changer une politique qui conduit à la faillite, lorsque les victimes sont les autres ? Telle est la question qui se pose au Fonds monétaire international et à laquelle il ne répondra pas. Au contraire, sous la houlette de Dominique Strauss-Kahn, le FMI entend utiliser la crise pour réduire. un peu la marge de manœuvre des États pauvres. Pour Damien Millet et Eric Toussaint, responsables du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde), il faut dissoudre sans attendre une institution internationale qui a conçu ses prêts comme un moyen de domination.
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-Mondialisation et démocratie
- Mondialisation implosive ?
-
Quand les pauvres financent les plus riches
-
FMI : Faut-il aider le soldat Strauss-Kahn ?

mardi 3 juillet 2018

D'une mondialisation à l'autre

Démondialisation en question
                                                 Après la vaste extension des échanges internationaux, par phases successives, entrecoupées de périodes parfois plus isolationnistes, nous serions entrés, nous dit-on, dans une époque de démondialisation, suite aux excès d'une mondialisation exubérante qui suit l'après-guerre et surtout la fin de la guerre froide.
     Une certaine démondialisation serait en cours, après l'expansion des échanges tous azimuts, des produits, des cerveaux comme celle des capitaux, sous l'égide de l'OMC, du FMI et d'autres instances internationales.
  Il semble que nous soyons à un tournant
      La mondialisation heureuse dont parlait Alain Minc serait révolue, du moins sous ses formes les plus optimistes, les plus libérales, où le marché le moins régulé possible serait la loi et les prophètes et un facteur nécessaire de rapprochement des peuples, en créant des interdépendances bénéfiques, ce que Montesquieu évoquait déjà à son époque comme le doux commerce, facteur d'interdépendance, donc de paix.
      Mais vu son ampleur et les déséquilibres qu'elle crée, la globalisation, telle qu'elle s'est développée depuis ces trente dernières années, est devenue une source d' âpres débats, de contradictions,  et aussi une source d'inquiétudes, Les effets attendus officiellement ne sont pas toujours au rendez-vous ou créent des tensions qui incitent à freiner sa logique. Le pouvoir politique perd la main et les souverainetés sont mises à mal, au profit des multinationales qui imposent leurs intérêts, directement ou indirectement.
    Le phénomène n'est pas nouveau et a toute une histoire. Mais les formes nouvelles depuis les années 80, qui ont vu le retour en force d'un libéralisme sans frein, ont changé les données d'une tendance ancienne. L'histoire de la mondialisation  a connu un tournant sans précédent.
                La mondialisation semble avoir atteint ses limites. Les délocalisations rapides et brutales installent des conditions de mutations socio-économiques qui sont sources de tensions et de déplacement des inégalités en même temps que de leur creusement.
   Des économistes "orthodoxes" comme Allais, et plus proches de nous, comme Stiglitz ou même Lenglet ont mis le doigt sur un système qui connaît des dérives visibles ou méconnues. L'idée d'un libéralisme raisonnable, d'une mondialisation contrôlée,  refait son chemin, après les avertissements de Mendès-France au Traité de Rome.
      Certains évoquent même la notion de balkanisation pour décrire  certains effets dissolvants des abandons de souveraineté.
...Le GMT prévoit de soumettre les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique aux règles du libre-échange, qui correspondent le plus souvent aux préférences des grandes entreprises. Les Etats consentiraient, à travers l’accord, à un abandon considérable de souveraineté : les contrevenants aux préceptes libre-échangistes s’exposent en effet à des sanctions financières pouvant atteindre des dizaines de millions de dollar.    Selon le mandat de l’Union européenne, l’accord doit « fournir le plus haut niveau possible de protection juridique et de garantie pour les investisseurs européens aux Etats-Unis » (et réciproquement). En clair : permettre aux entreprises privées d’attaquer les législations et les réglementations, quand elles considèrent que celles-ci représentent des obstacles à la concurrence, à l’accès aux marchés publics ou à l’investissement.   L’article 4 du mandat précise : « Les obligations de l’accord engageront tous les niveaux de gouvernement. » Autant dire qu’il s’appliquerait non seulement aux Etats, mais également à toutes les collectivités publiques : régions, départements, communes, etc. Une réglementation municipale pourrait être attaquée non plus devant un tribunal administratif français, mais devant un groupe d’arbitrage privé international. Il suffirait pour cela qu’elle soit perçue par un investisseur comme une limitation à son « droit d’investir ce qu’il veut, où il veut, quand il veut, comme il veut et d’en retirer le bénéfice qu’il veut. »  Le traité ne pouvant être amendé qu’avec le consentement unanime des signataires, il s’imposerait indépendamment des alternances politiques.
              Que serait une mondialisation partielle, régulée et raisonnée?
       Le processus de démondialisation, dont on pouvait voir les premiers signes dans le courant des années 2000, s’est radicalement accéléré. Il est probablement devenu irréversible, du moins pour la période historique dans laquelle nous sommes entrés.
       Mais, qu’appelle-t-on « démondialisation » ? Certains confondent ce terme avec une interruption volontaire des flux d’échanges qui courent tout à travers la planète. Ils confondent ainsi un protectionnisme, qui peut être amplement justifié dans la théorie économique et la pratique de l’autarcie. Mais, surtout, ils oublient que les échanges, échanges de bien mais aussi échanges culturels voire échanges financiers, sont bien plus ancien que le phénomène nommé « mondialisation » ou « globalisation ». Car la « mondialisation » pour ne garder que ce seul mot, ne se réduit pas à l’existence de ces flux. Ce qui avait fait émerger le phénomène de la mondialisation était un double mouvement. Il y avait à la fois la combinaison, et l’intrication, des flux de marchandises et des flux financiers ET le développement d’une forme de gouvernement (ou de gouvernance) où l’économique semblait l’emporter sur le politique et les entreprises sur les Etats. Or, sur ce point, nous ne pouvons que constater une reprise en mains par les Etats des flux, un retour victorieux du politique.
     Alors, disons-le, la démondialisation ce sera le grand retour du politique sur le « technique », et le « technique » est ici incarné dans l’économique et le financier. Non que les raisonnements économiques et financiers perdront toute importance. Ils continueront de devoir être pris en compte. Mais, il deviendront désormais second par rapport au politique, qui recouvrera ses droits. L’économique et le financier redeviendront des instruments au service du politique. Et, avec ce retour en force du politique, nous pourrons avoir celui de la démocratie, d’un ordre qui tire sa légitimité non du marché mais du peuple, qui est mis au service des intérêts du peuple, et qui se matérialise dans le pouvoir du peuple. La phrase de Lincoln[1], « Du peuple, pour le peuple, par le peuple » va retrouver tout son sens. La démondialisation, doit donc être comprise comme le retour de la souveraineté, celle des Nations bien sûr que l’on avait analysée dans un ouvrage de 2008[2], mais une souveraineté qui prend la forme en démocratie de la souveraineté du peuple.
               Le protectionnisme et ses différents avatars récents ne peuvent être la solution. Par ses rodomontades, Trump se tire une balle dans le pied.
      En pleine escalade dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, après l'annonce de nouveaux droits de douane sur les importations chinoises par le président Trump la semaine dernière, les tensions protectionnistes sont au cœur des préoccupations des chefs d'État et des banques centrales. Le protectionnisme constitue même l'un des « deux grands risques mondiaux », avec l'instabilité financière, identifiés par le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau dans sa "lettre introductive au rapport annuel" de l'institution adressée au président de la République.
    « Le protectionnisme ne fait que des perdants », a déclaré François Villeroy de Galhau ce mercredi 20 juin lors d'une présentation à la presse. « L'augmentation des prix des importations pénalise davantage les ménages défavorisés qui consomment en proportion plus de produits importés. L'incertitude qu'induit [le protectionnisme] pèse sur l'investissement des entreprises et sur les marchés financiers », a-t-il souligné.
                      La voie vers une mondialisation modérée reste à réinventer, à renégocier. 
Pour une mondialisation modérée
         En 2003, le très libéral hebdomadaire britannique The Economist écrivait: « Désastres financiers périodiques, crises de la dette, fuites de capitaux, crises de change, faillite de banques, krachs boursiers… c’est assez pour forcer un bon libéral à s’arrêter pour réfléchir ». Le coup de semonce était donné la même année par l’économiste en chef du tout aussi libéral FMI, Kenneth Rogoff, affirmant qu’il n’y avait aucun élément pour « soutenir l’argument théorique selon lequel la mondialisation financière en soi permet d’obtenir des taux de croissance plus élevés. » Le célèbre économiste et Prix Nobel 2008 Paul Krugman en rajoutait une couche en 2007 en se montrant désormais circonspect quant au faible impact jusque-là affirmé de la montée des émergents sur la répartition des revenus des pays riches.
      Dans ce numéro, Alter-éco fait un compte-rendu du dernier livre de Dani Rodrik (The Globalization Paradox. Democracy and the Futur of the World Economy), économiste turc connu pour ses analyses originales de la mondialisation, ni libérales, purement dénonciatrices, comme certains altermondialistes. Dans ce livre, Rodrik pose un dilemme triangulaire (donc un trilemne), à l’image du célèbre triangle d’incompatibilité de Mundell...
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jeudi 9 avril 2009

Vers la déglobalisation ?

Vers une gouvernance économique mondiale ou une fragmentation en blocs économiques homogènes et relativement indépendants, sous l'effet de la crise ?

"La notion de « déglobalisation » a été développée par Walden Bello dans un livre de 2002 dans un livre intitulé Deglobalisation : Ideas for au New World Economy (« Déglobalisation : Idées pour une nouvelle économie mondiale »). Il y précise que la « déglobalisation » ne veut pas dire le retrait de la communauté mondiale : « Il s’agit de réorienter les économies, de la priorité à la production pour l’exportation, à celle pour la production destinée aux marchés locaux »
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La gouvernance mondiale est un mythe:
"...Le G20 était avant tout une grande messe médiatique destinée à traiter la dimension psychologique de la crise. De ce point de vue, ses résultats réels importent moins que le fait que la réunion ait eu lieu et se soit conclue par un accord, aussi creux et aussi partiel soit-il. En revanche, la portée historique de l’évènement est plus délicate à percevoir. On peut tout aussi bien y voir comme Nicolas Baverez l’avènement d’un « nouvel ordre mondial » caractérisé par une nouvelle mondialisation, désormais politique et multipolaire, ou comme Pierre Antoine Delhommais le triomphe de la mondialisation néolibérale qui annonce un nouveau monde qui sera la copie conforme de l’ancien, avec les mêmes fragilités et les mêmes travers.... Un embryon de gouvernement mondial -L’ordre du jour de ce G 20 était incontestablement celui d’un gouvernement économique mondial. Les Américains voulaient accentuer les programmes de relance. Les Européens, moraliser le capitalisme et en finir avec les paradis fiscaux. Les Russes et les Chinois, jeter les bases d’une monnaie de réserve supranationale. Le FMI, augmenter ses moyens d’intervention et nettoyer les bilans des banques. Même si aucun de ces objectifs n’a été pleinement atteint, plusieurs annonces laissent clairement entrevoir le début d’une gouvernance mondiale du capitalisme : création du conseil de stabilité financière, contrôle des hedge funds présentant un risque systémique, assouplissement des normes comptables, soutien au commerce mondial etc … Sans discuter le caractère suffisant ou approprié de ces mesures, constatons une intention claire de réguler collectivement le capitalisme mondialisé. Si cette tendance se confirmait, on pourrait alors envisager un traité mondial, une constitution économique chère à Paul Jorion, un conseil exécutif adossé à l’ONU et une assemblée représentant les peuples qui aurait la tutelle sur toutes les institutions multilatérales participant l’encadrement de l’économie mondiale : OMC, FMI, Banque mondiale, OIT... L’hypothèse d’une gouvernance économique mondiale est pourtant une chimère. Les piètres résultats du G 20 au regard des ambitions initiaux attestent des limites de cet exercice...
Pour rechercher cette optimisation des profits, la mondialisation s’est attachée à désarmer les Etats en les mettant en concurrence les uns avec les autres dans un système où gagnant est toujours le plus laxiste. La mondialisation est une construction clairement post-politique dans le sens où elle a voulu échapper au politique. Elle a progressé à chaque fois que les Etats ont libéralisé, dérégulé ou encouragé la circulation des hommes, des capitaux et des entreprises au niveau mondial. La mondialisation qui a prospéré sur l’absence de normes au niveau étatique ne va pas spontanément se soumettre à des normes au niveau mondial...
La mondialisation se fragmentera en différents ensemble continentaux où les nouvelles puissances définiront souverainement les règles applicables à leur marché intérieur. Ca en sera fini du terrain de jeu mondial, de la totale liberté de circulation des capitaux, des marchandises et des entreprises et de la domination des forces du marché sur le pouvoir politique. Il y aura toujours des échanges entre ces grandes zones continentales et un besoin de normes pour les organiser. On sera donc toujours dans un système mondialisé mais ce ne sera plus la mondialisation.
" (Malakine)

-La déglobalisation ou quand la mondialisation recule toute seule
-Les mots de la crise
- Walden Bello et la « déglobalisation »:
"...Par ses propositions, le paradigme de la déglobalisation propose une approche stratégique alternative qui repose sur deux idées : « déconstruire » le pouvoir des grandes firmes et des marchés financiers, et reconstruire des solidarités sociales, de communautés, un environnement vivable, et une économie locale. Malgré cela, les critiques de la déglobalisation persistent à la confondre avec l’autarcie et le protectionnisme, et la considèrent comme un refus rétrograde des aspects « positifs » de la globalisation. Telle que nous avons résumé les grandes lignes, la déglobalisation parvient peu, du moins jusqu’à présent, à intégrer dans sa proposition les nouveaux réseaux économiques, politiques, sociaux et technologiques représentatifs dans la phase actuelle de l’opposition au capitalisme global..."
-Le dilemme de la “déglobalisation”:
"...S’agit-il aujourd’hui de “protectionnisme” ou de “déglobalisation”? “Les deux, mon colonel”, répond l’expert, finaud. Ce n’est pas faux, on l’a vu, et c’est un dilemme, qui se reflète d’ailleurs dans l’embarras de certains critiques du protectionnisme qui admettent par ailleurs “comprendre” le mouvement de déglobalisation. C’est le cas lorsque Pascal Lamy, qui dirige l’OMC, dit à Davos: «Il est naturel qu’il y ait dans une telle crise une grande demande de protection. Mais cela ne signifie pas qu’il devrait y avoir du protectionnisme» («It is natural in such a crisis that there is a big call for protection. But that does not mean there should be protectionism»). Traduisons, mais traduisons vraiment, en fonction de la tournure un peu alambiquée, c’est-à-dire gênée aux entournures, des deux phrases: “un peu de protection c’est naturel, le protectionnisme ce n’est pas bien”. On se demande qui fera la différence entre “protection” et “protectionnisme”, à part le “isme” qui permet aux éditoriaux du Financial Times de paraître vertueux.
Il est vrai que la globalisation est ce mouvement déstructurant, prédateur des identités et des souverainetés, qui a très largement contribué à massacrer les particularismes économiques, les équilibres des nations et des régions, l’équilibre universel de l’environnement; qui a très largement contribué à massacrer les cultures (dans les deux sens, après tout), les sociétés, etc.; et ainsi de suite. De ce point de vue, qui est fondamental pour définir la crise, la déglobalisation, dans tous les cas un peu ou pas mal de déglobalisation, se justifie, sinon s’impose, notamment pour lutter contre la crise. Mais la globalisation ne “marche” qu’appuyée sur le libre-échange avec le moins de restriction possible, et pas de restriction si possible, et, par conséquent, le protectionnisme est son grand ennemi; dito, le protectionnisme, c’est par conséquent aussi la déglobalisation, – et le tout, si l’on accepte aussi que le protectionnisme est effectivement une menace d’aggravation de la crise, forme un dilemme entre deux appréciations et deux politiques éventuelles, entre lesquelles il est bien difficile de trancher puisqu'il se pourrait bien qu'elles soient semblables...
Le protectionnisme, dans cette atmosphère générale de déglobalisation, est quelque chose dont on voit mal comment il pourra ne pas se développer, d’une façon ou l’autre, notamment sous le nom de déglobalisation. Les USA mènent la charge, eux qui sont spécialisés dans le domaine de la tromperie à cet égard, grands donneurs de leçons et dénonciateurs du protectionnisme, et mainteneur du protectionnisme chez eux par des moyens variés; mais, cette fois, bien peu préoccupés du qu’en dira-t-on, ne dissimulant pas leurs intentions, parce que la maison brûle. Dira-t-on (les puristes de la logique) qu’ils se tirent une balle dans le pied, eux qui ont lancé la globalisation, faux-nez pour l’américanisation? Qui a dit que la cohérence intellectuelle était la caractéristique du monde civilisé dans les heures que nous traversons, alors que ce ne fut même pas le cas lorsque tout allait bien? ..."
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- Nouvel ordre politique mondial ?
-Libre- échange en question

samedi 12 octobre 2019

Relire Maurice Allais

A contre-courant
                            Prophète, non. Lucide, oui, dans une grande mesure.
      Même s'il fut récupéré par des mouvements qu'il aurait sans doute réprouvé.
 Maurice Allais mérite une relecture.
    A l'heure où la mondialisation, telle qu'elle a fonctionné surtout depuis les années 80, commence à être remise en question dans le monde des économistes et des instances politiques, à cause des effets pervers que provoquent l'excès de financiarisation et l'effacement progressif du rôle des Etats et d'une partie toujours plus grande de leur souveraineté, il est opportun de revenir sur la pensée d'un économiste plutôt atypique en son temps et de se demander comment peut nous inspirer une pensée souvent de simple bon sens.
            Et si Allais n'avait pas eu tort?
                                                L'économiste qui nous a quitté il y a quelques années, à la pensés souvent complexe et technique, n'est pas d'un abord toujours  simple ni à l'abri de criques. Mais il fut aussi caricaturé et instrumentalisé.
     On retiendra surtout de lui sa critique de la pensée néolibérale et du Consensus de Washington, produits politiques et économiques de l'école de Hayek, de Friedman et de leurs disciples, notamment R. Reagan, M. Thatcher et de leurs épigones..
    Sa pensée commence, à la faveur d'une crise qu'il pronostiquait, à être considérée comme prémonitoire sur de nombreux points. Elle est en tous cas stimulante.
         Notamment concernant une certaine forme de mondialisation, menée notamment sous la houlette de l'OMC, qu'il lui semblait nécessaire de réformer, comme la place trop belle laissée à des multinationales de plus en plus puissantes mettant de plus en plus les Etats au service de leurs intérêts...
     Naguère, certains, et non des moindres,  finissaient par reconnaître la nécessité d' une mondialisation régulée.
   Car la libre concurrence, dans une mondialisation sauvage et sans principes, faisant une confiance aveugle aux marchés, est source de déséquilibres et de crises. (La Crise mondiale aujourd’hui)
     L’idéologie que j’appelle « libre-échangiste mondialiste » a déjà fait d’innombrables victimes dans le monde entier. Pour une raison simple, empiriquement vérifiée : la mondialisation généralisée des échanges, entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents, entraîne finalement partout, dans les pays développés comme dans les pays sous-développés, chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Or, cette mondialisation n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.
       Même à l'intérieur de l'Europe, la concurrence sans convergence ni cohérence, sans protections extérieures minimales, ouverte à tous les vents, favorable à toutes sortes de délocalisations, mène aux impasses que nous connaissons, mettant en péril une construction mal pensée.

                Maurice Allais s'est fait le critique sans concession de la politique économique menée à Bruxelles depuis des décennies et avance des arguments souvent proches du bon sens, que Pascal Lamy et les autres ne voulaient (ou ne pouvaient) entendre..
.       ..Ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au nom des prétendues nécessités d’un prétendu progrès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous les vents d’une économie mondialiste dépourvue de tout cadre institutionnel réellement approprié et dominée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée sans aucune protection raisonnable ; ceux qui, par là même, sont d’ores et déjà personnellement et directement responsables d’innombrables misères et de la perte de leur emploi par des millions de chômeurs, ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts d’une gigantesque mystification...
___ Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une seconde erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation.   Comme l’économie mondiale est actuellement dépourvue de tout système réel de régulation et qu’elle se développe dans un cadre anarchique, l’ouverture mondialiste à tous vents des économies nationales ou des associations régionales est non seulement dépourvue de toute justification réelle, mais elle ne peut que les conduire à des difficultés majeures
  .__Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale.__Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement.__Si on considère, par exemple, le cas de l’agriculture communautaire européenne, l’alignement de ses prix sur des prix mondiaux qui peuvent rapidement varier de un à_ deux en raison d’une situation toujours instable n’a aucune justification....Depuis deux décennies une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux....Cette doctrine a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde, qui en fait détiennent partout en raison de leur considérable pouvoir financier et par personnes interposées la plus grande partie du pouvoir politique....La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits.... 
     Une mondialisation généralisée des échanges entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes ne peut qu ’entraîner finalement partout dans les pays développés : chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.  Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, et elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés et de développement économique et social comparable. 
    Il est nécessaire de réviser sans délai les Traités fondateurs de l’Union Européenne, tout particulièrement quant à l’instauration indispensable d’une préférence communautaire. Il faut de toute nécessité remettre en cause et repenser les principes des politiques mondialistes mises en oeuvre par les institutions internationales, tout particulièrement par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  Au regard de l’ensemble de l’évolution constatée de 1974 à 2004, soit pendant trente ans, on peut affirmer aujourd’hui que cette évolution se poursuivra si la politique de libre-échange mondialiste de l’Organisation de Bruxelles est maintenue.    En fait, toutes les difficultés pratiquement insurmontables dans lesquelles nous nous débattons aujourd’hui résultent de la réduction d’au moins 30 % du Produit national brut réel par habitant d’aujourd’hui. La prospérité de quelques groupes très minoritaires ne doit pas nous masquer une évolution qui ne cesse de nous mener au désastre.  L’aveuglement de nos dirigeants politiques, de droite et de gauche, depuis 1974 est entièrement responsable de la situation dramatique où nous nous trouvons aujourd’hui.  Comme le soulignait autrefois Jacques Rueff : « Ce qui doit arriver arrive. »  Toute l’évolution qui s’est constatée depuis 1974 résulte de l’application inconsidérée et aveugle de l’Article 110 du Traité de Rome du 25 mars 1957 constamment repris dans tous les traités ultérieurs... 
         Pierre Mendes-France s'était lui-même montré, de manière presque prémonitoire, très critique  à l'égard du Traite de Rome le 18 janvier 1957, premier jalon d'un processus mal réfléchi.
     L'idée d'un protectionisme raisonnable  fait son chemin. Mais comment changer le poids des dogmes et le cours des choses? La prise de conscience de quelques uns est bien faible et bien tardive...
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mardi 27 avril 2021

Relire Maurice Allais

 A contre-courant

                            Prophète, non. Lucide, oui, dans une grande mesure.
      Même s'il fut récupéré par des mouvements qu'il aurait sans doute réprouvé.
 Maurice Allais mérite une relecture. Surtout à notre époque.
    A l'heure où la mondialisation, telle qu'elle a fonctionné surtout depuis les années 80, commence à être remise en question dans le monde des économistes et des instances politiques, à cause des effets pervers que provoquent l'excès de financiarisation et l'effacement progressif du rôle des Etats et d'une partie toujours plus grande de leur souveraineté, il est opportun de revenir sur la pensée d'un économiste plutôt atypique en son temps et de se demander comment peut nous inspirer une pensée souvent de simple bon sens.
            Et si Allais n'avait pas eu tort?
                                                L'économiste qui nous a quitté il y a quelques années, à la pensés souvent complexe et technique, n'est pas d'un abord toujours  simple ni à l'abri de criques. Mais il fut aussi caricaturé et instrumentalisé.
     On retiendra surtout de lui sa critique de la pensée néolibérale et du Consensus de Washington, produits politiques et économiques de l'école de Hayek, de Friedman et de leurs disciples, notamment R. Reagan, M. Thatcher et de leurs épigones..
    Sa pensée commence, à la faveur d'une crise qu'il pronostiquait, à être considérée comme prémonitoire sur de nombreux points. Elle est en tous cas stimulante.
         Notamment concernant une certaine forme de mondialisation, menée notamment sous la houlette de l'OMC, qu'il lui semblait nécessaire de réformer, comme la place trop belle laissée à des multinationales de plus en plus puissantes mettant de plus en plus les Etats au service de leurs intérêts...
     Naguère, certains, et non des moindres,  finissaient par reconnaître la nécessité d' une mondialisation régulée.
   Car la libre concurrence, dans une mondialisation sauvage et sans principes, faisant une confiance aveugle aux marchés, est source de déséquilibres et de crises. (La Crise mondiale aujourd’hui)
     L’idéologie que j’appelle « libre-échangiste mondialiste » a déjà fait d’innombrables victimes dans le monde entier. Pour une raison simple, empiriquement vérifiée : la mondialisation généralisée des échanges, entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents, entraîne finalement partout, dans les pays développés comme dans les pays sous-développés, chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Or, cette mondialisation n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.
       Même à l'intérieur de l'Europe, la concurrence sans convergence ni cohérence, sans protections extérieures minimales, ouverte à tous les vents, favorable à toutes sortes de délocalisations, mène aux impasses que nous connaissons, mettant en péril une construction mal pensée.

                Maurice Allais s'est fait le critique sans concession de la politique économique menée à Bruxelles depuis des décennies et avance des arguments souvent proches du bon sens, que Pascal Lamy et les autres ne voulaient (ou ne pouvaient) entendre..
.       ..Ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au nom des prétendues nécessités d’un prétendu progrès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous les vents d’une économie mondialiste dépourvue de tout cadre institutionnel réellement approprié et dominée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée sans aucune protection raisonnable ; ceux qui, par là même, sont d’ores et déjà personnellement et directement responsables d’innombrables misères et de la perte de leur emploi par des millions de chômeurs, ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts d’une gigantesque mystification...
___ Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une seconde erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation.   Comme l’économie mondiale est actuellement dépourvue de tout système réel de régulation et qu’elle se développe dans un cadre anarchique, l’ouverture mondialiste à tous vents des économies nationales ou des associations régionales est non seulement dépourvue de toute justification réelle, mais elle ne peut que les conduire à des difficultés majeures
  .__Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale.__Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement.__Si on considère, par exemple, le cas de l’agriculture communautaire européenne, l’alignement de ses prix sur des prix mondiaux qui peuvent rapidement varier de un à_ deux en raison d’une situation toujours instable n’a aucune justification....Depuis deux décennies une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux....Cette doctrine a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde, qui en fait détiennent partout en raison de leur considérable pouvoir financier et par personnes interposées la plus grande partie du pouvoir politique....La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits.... 
     Une mondialisation généralisée des échanges entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes ne peut qu ’entraîner finalement partout dans les pays développés : chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.  Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, et elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés et de développement économique et social comparable. 
    Il est nécessaire de réviser sans délai les Traités fondateurs de l’Union Européenne, tout particulièrement quant à l’instauration indispensable d’une préférence communautaire. Il faut de toute nécessité remettre en cause et repenser les principes des politiques mondialistes mises en oeuvre par les institutions internationales, tout particulièrement par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  Au regard de l’ensemble de l’évolution constatée de 1974 à 2004, soit pendant trente ans, on peut affirmer aujourd’hui que cette évolution se poursuivra si la politique de libre-échange mondialiste de l’Organisation de Bruxelles est maintenue.    En fait, toutes les difficultés pratiquement insurmontables dans lesquelles nous nous débattons aujourd’hui résultent de la réduction d’au moins 30 % du Produit national brut réel par habitant d’aujourd’hui. La prospérité de quelques groupes très minoritaires ne doit pas nous masquer une évolution qui ne cesse de nous mener au désastre.  L’aveuglement de nos dirigeants politiques, de droite et de gauche, depuis 1974 est entièrement responsable de la situation dramatique où nous nous trouvons aujourd’hui.  Comme le soulignait autrefois Jacques Rueff : « Ce qui doit arriver arrive. »  Toute l’évolution qui s’est constatée depuis 1974 résulte de l’application inconsidérée et aveugle de l’Article 110 du Traité de Rome du 25 mars 1957 constamment repris dans tous les traités ultérieurs... 
         Pierre Mendes-France s'était lui-même montré, de manière presque prémonitoire, très critique  à l'égard du Traite de Rome le 18 janvier 1957, premier jalon d'un processus mal réfléchi.
     L'idée d'un protectionisme raisonnable  fait son chemin. Mais comment changer le poids des dogmes et le cours des choses? La prise de conscience de quelques uns est bien faible et bien tardive...
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samedi 25 octobre 2008

Mondialisation implosive ?

En 2006 , Roubini avait prévu la crise

Un point de vue inédit sur la crise actuelle , qui nous met face à la puissance de l'imprévisible...__________

Tous les livres sur la mondialisation parlent de son efficacité, et ainsi de suite. Ils ratent le principal. L’effet réseau, qui fait qu’un choc peut avoir des conséquences bien plus grandes. »(NNT)______

-"Les gens se demandent si cette crise était ou non prévisible. Si elle était prévisible, pourquoi n’a-t-on rien fait avant ? Si elle était imprévisible, n’est-ce pas la preuve que plus personne ne contrôle un système financier lancé dans une folle course en avant ?"(A de B)___________

-"Plus la finance est mathématisée, plus c'est du baratin"-

Selon Nassim Nicholas Taleb :

"La mondialisation, ce n’est pas seulement un concept, mais un réseau, une gigantesque et complexe toile d’araignée reliant des dizaines de milliers d’acteurs, entreprises, banques, bourses, Hedges Funds, Etats et autres paradis fiscaux, banques centrales, institutions internationales, etc.. sur laquelle circulent des flux physiques bien sûr, les marchandises, mais aussi d’énormes flux financiers et de capitaux.Ce réseau s’est construit sans architecte, par prolifération, chaque acteur ajoutant un lien ici, une boite noire là, dans le désordre le plus complet. L’image d’Internet peut venir à l’esprit, mais il existe une différence fondamentale. Dans la toile, les interfaces, les rôles, les protocoles d’échanges sont normalisés, prédéfinis, et la couche physique s’est appuyée sur la longue expérience des opérateurs téléphoniques qui mettent en œuvre les règles de bases de la redondance, de la répartition de charge, et s’assurent de la qualité du signal. Dans la mondialisation, rien de tel.

Au contraire, les noeuds du réseau ont consacré toute leur énergie à contourner les quelques règles existantes, ou à les interpréter de façon pour le moins extensive avec la bienveillance complice d’autorités de régulation qui observaient avec attendrissement la capacité d’invention de ces garnements de la finance, y voyant sans doute une promesse de succès à venir.

Aujourd’hui, dans la panique du sauve qui peut, chaque acteur agit pour son propre compte, et les décisions prises localement se transmettent d’un bout à l’autre du système à la vitesse des échanges numériques, en ondes de choc mettant sous stress les nœuds interconnectés, et qui provoquent des boucles de rétroaction dont les oscillations désordonnées et de grande amplitude font « tomber » l’un après l’autre les éléments du réseau incapables de supporter la charge.

Ce qui hier était une force se révèle une faiblesse. Plus nombreuses étaient les interconnections, plus intenses les flux circulants, et plus les nœuds subissent aujourd’hui de plein fouet le déchaînement de forces globales, démesurées à l’aune du local, qui les submergent et les détruisent. Le mot est usé. Mais l’analogie du Tsunami reprise hier par Greenspan s’impose effectivement.Ce à quoi nous assistons, c’est à un « bank run, » à une vague de retrait panique, à l’échelle de la mondialisation. La perte de confiance de chaque contrepartie, de chaque acteur, envers tous les autres provoque un rapatriement désordonné de tous les investissements, de tous les capitaux, de tous les dépôts, provoquant un mouvement de liquidation généralisé à l’échelle de la planète qui écrase tout sur son passage.

Chacun veut à tout prix disposer immédiatement et sous forme liquide de ses placements. Nous avons décrit hier comment ce mouvement de retrait généralisé était par nature impossible et ruineux. Mais il prend désormais des proportions incontrôlables. Ce sont maintenant les économies des pays émergents - et par voie de conséquence les Etats eux-mêmes - que la surcharge subite de flux risque de faire exploser. Les canaux de transmissions - i.e. le cours des devises - sont partis en vrille.La Livre Britannique a perdu près de 20% de sa valeur face au dollar depuis juillet. En une semaine, le Zloty Polonais a abandonné 16%, le Florin Hongrois 14%, le Rand Sud Africain 17%.Ce qui signifie que les dettes souscrites en dollars deviennent chaque jour plus impossibles à rembourser. Mais aussi que nombre de pays ne pourront bientôt plus acquérir l’énergie, les matières premières et dans certains cas la nourriture dont ils ont besoin. Le spectre du défaut de paiement des Etats - et de la ruine des économies - est à nouveau à nos portes.

Mais les désordres ne sont pas uniquement financiers. Les échanges physiques de marchandises, cheville ouvrière de la mondialisation, commencent eux aussi à s’interrompre.L’indice Baltique du Fret Sec, qui reflète le coût du transport maritime, poursuit sa chute vertigineuse. Pour certaines compagnies le prix proposé pour l’affrètement est maintenant inférieur au coût d’exploitation du navire. A ceci s’ajoute la méfiance généralisée dans les lettres de créances émises par les banques présentées par les acheteurs, qui fait que les vendeurs refusent parfois de laisser partir les chargements.

Dans l’entretien que nous avons reproduit hier, Nassim Nicholas Taleb se montre très inquiet. La capacité du système monde qui s’est bâti ces dernières années à amplifier les chocs est complètement sous estimée, juge-t-il.Au train où vont les choses, elle ne le sera pas longtemps. Tant qu’aucun accident systémique n’a eu lieu, les hommes sont incapables de comprendre les potentialités des machines qu’ils construisent. C’est la loi du genre. Le problème étant cette fois ci que le système en question c’est ni plus ni moins le monde. Comme dans le cas du changement climatique soit dit en passant. La courbe d’apprentissage s’annonce donc abrupte et pénible. Pour tout le monde.(Contre-info)

-Entretien : Nassim Nicholas Taleb & Benoit Mandelbrot
-Nassim Nicholas Taleb : "Plus la finance est mathématisée, plus c'est du baratin"
-La puissance de l'imprévisible par Nassim Nicholas Taleb
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- La crise financière mondiale de l’automne 2008:
"...La transmission brutale de la crise hypothécaire américaine aux marchés européens est le fruit direct d’une mondialisation conçue et réalisée par les apprentis sorciers de la finance. Au-delà de sa cause immédiate, elle constitue l’aboutissement de 40 ans de déréglementation voulue par un modèle économique globalisé selon les recettes libérales. C’est en effet l’idéologie de la dérégulation qui a rendu possible le surendettement américain, tout comme elle avait déjà été à l’origine des crises mexicaine (1995), asiatique (1997), russe (1998), argentine (2001), etc. D’autre part, c’est aussi la globalisation qui a créé une situation dans laquelle les crises majeures se propagent désormais presque instantanément, de façon « virale » aurait dit Jean Baudrillard, à l’ensemble de la planète. C’est pourquoi la crise américaine a touché aussi vite les marchés financiers européens, à commencer par les marchés du crédit, avec toutes les conséquences que peut avoir une pareille onde de choc à un moment où l’économie américaine comme celle de l’Europe sont au bord de la récession, sinon de la dépression...."

-Crise financière, Etats-Unis, mondialisation
-La crise financière reflète la mondialisation