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mercredi 10 novembre 2021

Très-riches hors-sol

  Bienvenue au club!

     L'entre-soi, c'est mieux! Même pas entre riches, mais entre super-riches, entre very happy fews, dans un environnement de choix, un petit paradis privé qui vous met à l'abri du besoin, des soucis matériels bien sûr, mais surtout vous plonge dans un bonheur sans complexe. Heu-reux! En toute bonne conscience. Un monde à part pour les zeureux zélus. Bien loin de la ville où certains aiment se retrouver en ghettos, parfois avec barrières et gardes privés, du côté d'Auteuil-Passy. Quelques braves petites mains locales assurent les services divers. On est bien!  La richesse ça se gagne. On n'est pas hyper-riche par hasard. Le mérite et la volonté, c'est notre secret. Les pauvres sont responsables de leur sort.  On peut les ignorer. Et pourtant...

                               Il paraît qu'ils existent...__On les appelle défavorisés, malchanceux, victimesassistés...On finit par ne plus les voir ou on s'habitue...Surtout quand ils font partie du paysage, surtout quand ils travaillent. Ils font parfois  des efforts: ils progressent...

Heureusement, les pauvres savent se faire discrets, surtout loin des beaux quartiers.  Ils ont le bon goût de ne pas trop (se) manifester.   Ce qui fait qu'on a tendance à les ignorer.   C'est tout un art. D'autant plus facile à exercer que la solidarité devient une valeur en baisse.
__Aux USA, toute une tradition fait des pauvres des victimes d'eux-mêmes. Ils sont responsables de leur sort. Il y existe un vrai déni de l’inégalité.
 En France, une partie de la droite décomplexée n'est pas loin de ce point de vue.
"...Les riches seraient plus entreprenants s’ils payaient moins d’impôts ; les pauvres seraient plus travailleurs s’ils recevaient moins de subsides. Des parrains aussi anciens que prestigieux fondent cette doctrine. Emissaire de la révolution américaine à Paris et rédacteur de la Déclaration d’indépendance, Benjamin Franklin estimait dès 1766 que, « plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mêmes et, naturellement, plus ils deviennent misérables. Au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d’affaire. » En somme, abandonner les indigents à leur sort serait un moyen de leur rendre service. L’avarice devient ainsi une forme intellectuellement avancée de générosité humaine voire, osons le mot, d’aide sociale....(Reagan n'était pas loin de B.Franklin...)
__D'ailleurs les pauvres existent-ils vraiment? On se le demande:
"...« Quand on est RMiste, relevait ingénument Le Point du 28 septembre 2006, on a aussi droit à : l’allocation-logement à temps plein ; la suspension de ses dettes fiscales ; l’exonération de sa taxe d’habitation, de sa redevance, de sa cotisation à la couverture-maladie universelle ; l’accès gratuit à la complémentaire santé de la CMU ; la prime de Noël ; le tarif téléphonique social ; la réduction dans les transports, la gratuité des musées, diverses allocations supplémentaires (en fonction de son lieu d’habitation). » Le 4 juin 2011, Le Figaro Magazine réservait à son tour sa une à une périlleuse « Enquête sur la France des assistés : ces ‘allocs’ qui découragent le travail »
 Pauvres riches qui doivent toujours cracher au bassinet, ou qui plutôt s'arrangent pour en pas avoir à le faire! Il y a tellement de manières d'échapper au fisc...
__Sarkozy a détourné la crise sur les pauvres, " les effets sélectifs de la crise: du fait de la politique économique et sociale, elle a d'abord frappé les foyers les plus faibles et les plus démunis. Face à la crise, le gouvernement a fait le choix de l'ajustement social: alors que les revenus des entreprises (et surtout des plus grandes) se sont très vite redressés sous l'effet notamment de plans de soutien à l'activité, alors que les très hauts revenus n'ont cessé d'être cajolés avec notamment la suppression partielle de l'impôt de solidarité sur la fortune, les plus bas revenus n'ont profité d'aucune de ces attentions. Sous l'effet d'une crise économique historique, ce sont eux d'abord qui ont été atteints."
Avec la crise, les écarts se sont creusés en FranceLes inégalités sont croissantes. Les chiffres de l'Insee sont "bien en dessous" de la réalité
Les patrimoines, eux, se sont envolés (les revenus du patrimoine progressent actuellement à un rythme de 11% l'an)
. Dur, dur, de participer!...
   D'ailleurs, taxer les riches serait 
" idiot et nul ! " .Pauvres exilés fiscaux!
   On peut dire que les pauvres financent les plus riches. Miracle de l'économie néo-libérale!...

___On remarquera que la gauche est particulièrement muette ou timide sur le sujet.  Même un modéré comme Pierre Rosanvallon remarque qu'elle manque d'une «utopie sociale»
que l'idée d'égalité est en train de devenir une coquille vide.
"En France, les 1% les plus riches possèdent 24% de la richesse du pays tandis que les 50% les moins bien lotis n’en possèdent que 6%. Mais il ne suffit pas de rappeler ces chiffres pour prendre la mesure de la crise historique de l’égalité dont Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France (voir sa biographie ici), fait la description et la genèse dans son dernier ouvrage, La Société des égaux (Seuil).____ Parce qu'«on n’a jamais autant parlé de ces inégalités et, en même temps, aussi peu agi pour les réduire», constate l’historien. Et car cette crise n’est pas seulement arithmétique et économique, mais aussi sociale et démocratique, puisqu’elle sape les fondements d’une vie commune. En remontant à l’origine révolutionnaire de l’idée d’égalité, Pierre Rosanvallon exige de la gauche une autre révolution pour construire une société des égaux, qui passe par le dépassement des cautères sociaux que sont l’égalité des chances, l’équité, la justice distributive ou la méritocratie..."     Construire une société des égaux, cela veut donc dire reconsidérer très sérieusement les questions d’héritage, les conditions de constitution du patrimoine. Quand Thatcher est arrivée au pouvoir, la taxation des plus-values financières était de 80% ! Ce sont des chiffres dont on n’a plus idée aujourd’hui, ils ne datent pourtant pas d’il y a trois siècles ! Il faut donc bâtir, en France, une politique du patrimoine et non seulement une politique des revenus..."______
        __ *Observatoire des inégalités 
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dimanche 11 septembre 2011

Les pauvres existent-ils?

Il paraît...

__On les appelle défavorisés, malchanceux, victimes, assistés...
On finit par ne plus les voir ou on s'habitue...
Surtout quand ils font partie du paysage, surtout quand ils travaillent.
Ils font des efforts: ils progressent...
Heureusement, les pauvres savent se faire discrets, surtout loin des beaux quartiers.
Ils ont le bon goût de ne pas trop (se) manifester.
Ce qui fait qu'on a tendance à les ignorer.
C'est tout un art. D'autant plus facile à exercer que
la solidarité devient une valeur en baisse.
__Aux USA, toute une tradition fait des pauvres des victimes d'eux-mêmes. Ils sont responsables de leur sort. Il y existe un vrai déni de l’inégalité.
En France, une partie de la droite décomplexée n'est pas loin de ce point de vue.
"...Les riches seraient plus entreprenants s’ils payaient moins d’impôts ; les pauvres seraient plus travailleurs s’ils recevaient moins de subsides. Des parrains aussi anciens que prestigieux fondent cette doctrine. Emissaire de la révolution américaine à Paris et rédacteur de la Déclaration d’indépendance, Benjamin Franklin estimait dès 1766 que, « plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mêmes et, naturellement, plus ils deviennent misérables. Au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d’affaire. » En somme, abandonner les indigents à leur sort serait un moyen de leur rendre service. L’avarice devient ainsi une forme intellectuellement avancée de générosité humaine voire, osons le mot, d’aide sociale...." (Reagan n'était pas loin de B.Franklin...)
__D'ailleurs les pauvres existent-ils vraiment? On se le demande:
"...« Quand on est RMiste, relevait ingénument Le Point du 28 septembre 2006, on a aussi droit à : l’allocation-logement à temps plein ; la suspension de ses dettes fiscales ; l’exonération de sa taxe d’habitation, de sa redevance, de sa cotisation à la couverture-maladie universelle ; l’accès gratuit à la complémentaire santé de la CMU ; la prime de Noël ; le tarif téléphonique social ; la réduction dans les transports, la gratuité des musées, diverses allocations supplémentaires (en fonction de son lieu d’habitation). » Le 4 juin 2011, Le Figaro Magazine réservait à son tour sa une à une périlleuse « Enquête sur la France des assistés : ces ‘allocs’ qui découragent le travail »
Pauvres riches qui doivent toujours cracher au bassinet, ou qui plutôt s'arrangent pour en pas avoir à le faire! Il y a tellement de manières d'échapper au fisc...
__Sarkozy a détourné la crise sur les pauvres, " les effets sélectifs de la crise: du fait de la politique économique et sociale, elle a d'abord frappé les foyers les plus faibles et les plus démunis. Face à la crise, le gouvernement a fait le choix de l'ajustement social: alors que les revenus des entreprises (et surtout des plus grandes) se sont très vite redressés sous l'effet notamment de plans de soutien à l'activité, alors que les très hauts revenus n'ont cessé d'être cajolés avec notamment la suppression partielle de l'impôt de solidarité sur la fortune, les plus bas revenus n'ont profité d'aucune de ces attentions. Sous l'effet d'une crise économique historique, ce sont eux d'abord qui ont été atteints."
Avec la crise, les écarts se sont creusés en France.
Les
inégalités sont croissantes. Les chiffres de l'Insee sont "bien en dessous" de la réalité
Les patrimoines, eux, se sont envolés (les revenus du patrimoine progressent actuellement à un rythme de 11% l'an)
. Dur, dur, de participer!...
D'ailleurs, taxer les riches serait
" idiot et nul ! " .Pauvres exilés fiscaux!
On peut dire que les pauvres financent les plus riches. Miracle de l'économie néo-libérale!...

___On remarquera que la gauche est particulièrement muette ou timide sur le sujet.
Même un modéré comme Pierre Rosanvallon remarque qu'elle manque d'une «utopie sociale»
, que l'idée d'égalité est en train de devenir une coquille vide.
"En France, les 1% les plus riches possèdent 24% de la richesse du pays tandis que les 50% les moins bien lotis n’en possèdent que 6%. Mais il ne suffit pas de rappeler ces chiffres pour prendre la mesure de la crise historique de l’égalité dont Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France (voir sa biographie ici), fait la description et la genèse dans son dernier ouvrage, La Société des égaux (Seuil).____ Parce qu'«on n’a jamais autant parlé de ces inégalités et, en même temps, aussi peu agi pour les réduire», constate l’historien. Et car cette crise n’est pas seulement arithmétique et économique, mais aussi sociale et démocratique, puisqu’elle sape les fondements d’une vie commune. En remontant à l’origine révolutionnaire de l’idée d’égalité, Pierre Rosanvallon exige de la gauche une autre révolution pour construire une société des égaux, qui passe par le dépassement des cautères sociaux que sont l’égalité des chances, l’équité, la justice distributive ou la méritocratie..."
Construire une société des égaux, cela veut donc dire reconsidérer très sérieusement les questions d’héritage, les conditions de constitution du patrimoine. Quand Thatcher est arrivée au pouvoir, la taxation des plus-values financières était de 80% ! Ce sont des chiffres dont on n’a plus idée aujourd’hui, ils ne datent pourtant pas d’il y a trois siècles ! Il faut donc bâtir, en France, une politique du patrimoine et non seulement une politique des revenus..."

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Observatoire des inégalités

vendredi 11 janvier 2019

Bons et mauvais pauvres

    Heureux les pauvres?
                                Difficile de parler de la pauvreté en termes généraux, trans-historiques et trans-culturels.
   Elle est toujours à contextualiser, dans une époque particulière, dans des données économiques variables, selon des critères et des jugements de valeur évolutifs.
    Ce n'est pas une donnée historique permanente, mais relative et historique, elle n'a pas le même sens aujourd'hui qu' hier. Le pauvre est considéré de plusieurs manières selon les époques, les croyances, les idéologies et il y a bien des degrés, dans nos sociétés, qui caractérisent diverses formes de pauvreté, entre pauvreté absolue et pauvreté relative, notions dépendantes d'un niveau moyen de ressources, dans un mode de production particulier      Chez nous comme ailleurs.
      La pauvreté peut être reconnue comme telle ou peut être non reconnue, voire déniée.  
        Au Moyen-Age, du moins à une certaine période, elle faisait partie du lot commun et s'intégrait dans une vision du monde où le manque de ressources n'apparaissait pas pour la majorité des croyants comme un scandale, mais comme s'intégrant à une vision biblique qui imposait un ordre naturel (voire surnaturel) dans l'espace social.
    « Dieu aurait pu faire tous les hommes riches, mais il voulut qu’il y ait des pauvres en ce monde, afin que les riches aient une occasion de racheter leurs péchés » (Vie de St Eloi)
       Mais à partir du 14° siècle, la tendance s'inverse, et les gueux n'ont plus la même aura. Ils commencent à être redoutés et parfois relégués. Les très pauvres et les infirmes commencent à être ostracisés et souvent rendus responsables de leur propre sort, conséquence du péché, originel et individuel.
    Ce n'est vraiment qu'au 19°siècle que les débuts de la société industrielle avec ses déplacements, ses concentration de travailleurs déracinés, voient  apparaître une conscience de la pauvreté, parfois de l'extrême misère, comme une injustice à combattre et que naissent des courants de pensée socialisante et les débuts d'une conscience politique, réformiste, parfois révolutionnaire.
    On ne peut plus valoriser les pauvres, l' Eglise étant déclinante, et il devient difficile de les ignorer, toute une littérature, de Hugo à Zola s'employant à décrire un monde parfois ignoré.
 Certains se font mendiants à l’âge où, jeune et fort, et en pleine santé on pourrait travailler : pourquoi se fatiguer […] Tous les faux estropiés et gibier de potence qui rôdent dans les foires lui font joyeuse escorte. […] L’autre pendant le jour traîne sur des béquilles, mais quand il se voit seul, il trotte allégrement
       L'art d'ignorer les pauvres resurgit à nouveau aujourd'hui. On utilise des euphémismes (on disait déjà naguère "économiquement faibles"), on les dénie ou à nouveau on les culpabilise. Ils méritent leur sort. C'est tout particulièrement vrai aux USA, où grossit la pauvreté, parallèlement aux très grosses fortunes qui explosent (mais pas seulement aux USA), le mérite personnel par le travail et la réussite financière jusqu'à l'excès étant, comme le mythe du self made man, surévalués. Il n'y aurait pas de pauvres, mais seulement des paresseux.
    La peur du déclassement et de la précarité, qui peuvent arriver rapidement, contribue à fausser les jugements et les choix. Le rejet du pauvre du salaud de pauvre, est parfois même revendiqué.
   Les plans pauvreté ne sont pas exempts d'ambiguïtés.
       Tant que les causes profondes ne sont pas mises à jour pour s'y attaquer, dans le contexte d'une démocratie qui ne soit pas seulement formelle, la pauvreté, sous toutes ses formes, a encore de beaux jours devant elle, ainsi que son déni, partiel ou total.
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lundi 18 juin 2018

Histoire de dingues

  • Le dingue feuilleton continue
  •                        Après le pognon de dingue, voici les dingues de pognon.
  •                     Un coup de barre à droite, un coups de barre (symbolique) à gauche.
  •       C'est ça la justice.
     
  •                        Il a raison Emmanuel, les rémunérations des patrons du CAC40, pas seulement celle de Mr Plaçat, atteignent des sommets stratosphériques, quand celles des modestes collaborateurs n'atteignent souvent même pas un niveau permettant une vie décente. 
  •        Comme une caissière de chez Carrefour, même s'il y a pire chez Lidl ou McDo. Mais quand on est une femme seule avec enfants, un loyer et tout le reste, on compte les quelques euros qui restent en fin de mois. Il y a tant de travailleurs pauvres. Pas seulement en Allemagne.
  •      Les salaires des grands patrons, eux, continuent leur montée ascensionnelle. Vous allez me dire: avec ça, difficile de s'acheter une deuxième yacht. Quoique...
  •    Donc, il y a de gros arbres qui cachent la grande forêt. Et il y a les causes, dont on ne parle guère....
  •      Dix fois le smic pour les plus hautes rémunérations, disait-on naguère, c'est rester dans la décence relative. On en est loin...
  •                                                 Pourtant, quitte à se répéter, vu la conjoncture actuelle, les aides sociales ne sont ni trop coûteuses, ni inefficaces, même si elles dépassent celles de certains pays voisins, en prenant des modes de calcul similaires, en comparant le comparable:
  •          Il faut d’abord éclaircir un point, pas si anodin : de quoi parle-t-on ? En 2015, dernière année pour laquelle tous les chiffres sont connus, les prestations sociales se sont élevées à 701 milliards d’euros, ce qui correspond à 32 % du PIB (soit un tiers de la totalité de la richesse produite en France). C’est beaucoup ? Bien sûr, mais ces montants comprennent des services bénéficiant à tous, l’assurance-maladie, les allocations familiales et les retraites par exemple. D’autres aides sont plus ciblées, mais très largement répandues, comme les aides au logement ou celles réservées aux parents de jeunes enfants.
  •         Certes, la France est bien le pays d’Europe qui dépense le plus pour cette question, au regard du PIB. Mais, comme le signale dans une tribune du Monde Thibault Gajdos, économiste spécialiste des inégalités, cet indicateur ne dit pas grand-chose : il ne tient pas compte de la taille de la population concernée, et il est mécaniquement d’autant plus grand que le PIB est faible. Il reflète donc autant le niveau du PIB que celui des dépenses sociales.   
  •        Eurostat, signale le chercheur, s’appuie aussi sur le niveau de dépenses de protection sociale par habitant. Or, « en France, les dépenses sociales par habitant s’élevaient en 2015 à 11 180 euros, ce qui nous place au cinquième rang au sein de l’Europe des Douze [Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni et Portugal] et à un niveau proche de l’Allemagne (10 839 euros) ».
  •        Le débat politique du jour porte en fait sur les aides ciblant les plus pauvres, et qui demandent bien moins d’argent : la prime d’activité, versée aux salariés aux plus petits revenus, et les minima sociaux proprement dits, qui bénéficient à 11 % des Français (le RSA, le minimum vieillesse, l’allocation spécifique de solidarité, l’allocation pour adulte handicapé, l’allocation veuvage)… Ces aides coûtent environ 25 milliards d’euros par an à la France, soit en gros 1 % du PIB.
  •          D’accord, peut-être, évacueront alors les responsables politiques. Pour mieux souligner que ces aides sont inefficaces. « Le sujet n’est pas combien d’argent on met. Il faut mettre l’argent qu’il faut. La question est : est-ce efficace ? C’est cela qu’on veut améliorer »a assuré ce mardi matin la ministre du travail Muriel Pénicaud. « Si les aides sociales étaient efficaces, ça se saurait et ça se verrait et ça se verrait mieux que ça »a balancé de son côté Gérald Darmanin. Propos de bon sens, serait-on tenté de penser ? Raté. En fait, les aides sociales sont efficaces, et cela se sait. On peut évidemment toujours améliorer les dispositifs existants, mais insinuer qu’ils ne sont pas efficients est tout bonnement faux. Et l’Insee le prouve chaque année.
  •       Dans son portrait social de la France, mis à jour tous les ans, l’institut statistique national analyse ce qu’il nomme la « redistribution monétaire », qui mesure exactement l’efficacité des dispositifs mis en place en France, à savoir l’impôt sur le revenu, où les ménages les plus aisés sont appelés à payer plus, et les prestations sociales dans leur ensemble. Les chiffres, pour qui se donne la peine de les lire, sont éloquents. 
  •       En 2016, le niveau de vie moyen des 20 % des Français les plus riches était 8,5 fois supérieur au niveau de vie moyen des 20 % les plus pauvres, avant toute redistribution. Mais la distribution des prestations sociales et le paiement des impôts ont permis de diviser cet écart par plus de deux. La réduction des écarts est encore plus grande si on s’intéresse aux 10 % des plus riches et des plus pauvres : avant redistribution, le niveau de vie des plus riches est presque 24 fois supérieur. Après redistribution, l’écart est divisé par quatre. Et l’Insee se donne même la peine de quantifier le rôle joué par les prestations sociales dans cette réduction des écarts de richesse : elles y contribuent pour les deux tiers…
  •        Dans le détail, les prestations les plus efficaces pour réduire les inégalités sont les aides au logement, qui ont justement été visées par le gouvernement dès le début du quinquennat, et la prime d’activité, que le gouvernement a aussi envisagé de réduire, avant de faire savoir qu’il y renonçait. S’il faut donner des chiffres concrets, l’Insee est tout aussi utile. Dans une récente étude, elle a évalué que dans les Hauts-de-France, les prestations sociales permettent aux 10 % les plus modestes de presque doubler leurs revenus, passant de 460 à 840 euros mensuels. Dans l’ensemble de la France métropolitaine, ces 10 % les moins favorisés voient leur revenu passer de 590 à 890 euros en moyenne.
  •    De plus, un tiers des personnes ayant droit aux aides sociales ne les demandent pas 
  •         Pour mémoire, le seuil de pauvreté est établi entre 846 et 1 015 euros, selon le mode de calcul. Autant dire que ces aides sont tout juste suffisantes pour vivre décemment, dans le meilleur des cas. Et qu’il est particulièrement présomptueux d’expliquer, comme le président, que la politique actuelle « déresponsabilise » les pauvres, à coup de « pognon » trop ou mal versé. En vérité, les pauvres sont tellement « irresponsables » qu’environ 30 % des personnes qui pourraient solliciter les aides les plus importantes ne le font pas. C’est le phénomène du non-recours, connu et documenté depuis des années.    
  •        Fin 2017, le Secours catholique a publié ses constatations sur ce phénomène, se basant sur l’observation du million et demi de personnes accueillies en 2016. Il en ressort que près d’un quart des personnes ayant droit aux aides au logement ne les avaient pas demandées, et que 40 % des ménages éligibles au RSA n’avaient pas fait les démarches pour se le faire verser. Des proportions en hausse d’une année sur l’autre.
  •      Ces situations, connues, peuvent être réglées par des solutions simples. En 2011, seules 32 % des personnes éligibles au RSA-activité le touchaient. Le dispositif a été remplacé par la prime d’activité, plus simple à demander et à obtenir. Résultat, le taux de recours a doublé. C’est en grande partie cette raison qui explique que la prime d’activité coûte de plus en plus cher… et que le gouvernement a hésité à en réduire le nombre de bénéficiaires.
  •      Pour battre en brèche le discours qui veut « responsabiliser » les pauvres, il faut aussi rappeler que de nombreux pauvres travaillent. « Environ 700 000 salariés vivent sous le seuil de pauvreté, soit parce qu’ils travaillent à temps partiel avec de très bas salaires, soit parce qu’ils n’ont travaillé qu’une partie de l’année »rappelle l’observatoire des inégalités.
  •      Ces données montrent comment l’emploi de mauvaise qualité alimente la pauvreté. Et cet emploi précarisé monte toujours plus. Comme nous l’avons rappelé récemment, près de la moitié des demandeurs d’emplois acceptent déjà des emplois temporaires de courte durée et à faible temps de travail, même s’ils cherchent un poste en CDI à plein temps.
  •      Près de la moitié des 5,5 millions d’inscrits à Pôle emploi le sont dans les catégories B et C (moins de 78 heures de travail par mois pour la catégorie B, et plus de 78 heures pour la catégorie C). Le nombre de demandeurs d’emploi dans cette situation a augmenté de 25 % en trois ans, et a doublé en dix ans ! Penser que les chômeurs chipotent dans leur recherche d’emploi ne tient donc pas face à la réalité.   
  •    La confiance va plus aux premiers de cordée qu’aux pauvres.
  •        On peut encore s’interroger sur les projets du gouvernement : aujourd’hui, les demandeurs d’emploi en « activité réduite » ont intérêt à cumuler leur petit salaire et une partie des allocations-chômage. La mesure est tout spécialement destinée à favoriser ceux qui travaillent, même un peu, par rapport à ceux qui ne font que toucher une allocation-chômage. Une mesure, donc, qui devrait satisfaire l’exécutif.
  •      Et pourtant, le rapporteur du projet de loi qui va réformer l’assurance-chômage, en discussion cette semaine à l’Assemblée, a confirmé ce mercredi que le cumul salaires-allocations risque d’être sérieusement limité dans le temps. Il serait « désincitatif pour rechercher un travail », assure le député. Une assertion non justifiée, et fausse, mais au cœur des critiques récurrentes formulées par le patronat contre le cumul, jugé trop onéreux…
  •       Reste à souligner que le discours du gouvernement en faveur de la « responsabilité » des acteurs relève du deux poids, deux mesures. Lorsque l’impôt sur la fortune est concentré uniquement sur les fortunes immobilières et qu’une « flat tax » est appliquée sur tous les revenus du capital, même pour les plus riches, Emmanuel Macron ne cache pas qu’il s’agit d’un pari pour soutenir l’investissement. Car rien ne dit que l’argent dégagé ira réellement financer l’économie française. Il s’agit donc de faire confiance aux investisseurs.
  •       Même constat pour la suppression de l’« exit tax », dont Bercy vient de reconnaîtrequ’elle pourrait coûter plus cher que prévu. Elle était pensée pour éviter que des entrepreneurs s’installent à l’étranger afin de ne pas avoir à payer les taxes sur les plus-values réalisées lors de la vente de leur entreprise. Emmanuel Macron préfère que les premiers de cordée choisissent librement où ils paieront leurs impôts, pariant une fois de plus qu’ils feront le bon choix. Démontrant définitivement à qui il accorde sa confiance, et qui il entend surveiller, et contrôler, de près.
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mercredi 1 octobre 2025

Ignorer les pauvres?

 C'est tout un art

     Paradoxe apparent                                                                                                                                                                             Comme le remarque J.C. Michéa, la gauche s'est détournée du problème de la grande pauvreté et des  populations  les moins favorisées, influencée par le néo-libéralisme ambiant des années 1980 d'inspiration reaganienne. Elle a privilégié certaines catégories de la classe moyenne. Elle s'installe même peu à peu dans une sorte de déni de la pauvreté.  Pauvreté qui a encore progressé en France.... Mais  on a tendance à l' ignorer.   C'est tout un art. D'autant plus facile à exercer que la solidarité devient une valeur en baisse.


__Aux USA, toute une tradition fait des pauvres des victimes d'eux-mêmes. Ils sont jugés responsables de leur sort. Il y existe un vrai déni de l’inégalité. En France, une partie de la droite décomplexée n'est pas loin de ce point de vue.
"...Les riches seraient plus entreprenants s’ils payaient moins d’impôts ; les pauvres seraient plus travailleurs s’ils recevaient moins de subsides. Des parrains aussi anciens que prestigieux fondent cette doctrine. Emissaire de la révolution américaine à Paris et rédacteur de la Déclaration d’indépendance, Benjamin Franklin estimait dès 1766 que, « plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mêmes et, naturellement, plus ils deviennent misérables. Au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d’affaire. » En somme, abandonner les indigents à leur sort serait un moyen de leur rendre service. L’avarice devient ainsi une forme intellectuellement avancée de générosité humaine voire, osons le mot, d’aide sociale.
      Une bonne partie de la gauche s'est "droitisée". Son quasi naufrage est devenu une évidence.    Il est donc paradoxalement explicable que de plus en plus de  pauvres votent à droite, objectivement contres leurs intérêts réels.                                                                                   Surtout après le ralliement d'une partie inattendue de citoyens américains modestes aux thèses trumpiennes, dont on ne peut dire qu'elles vont dans le sens des intérêts des plus démunis.       "La victoire de Trump  recouvre un énorme paradoxe. Elle va coûter très cher aux personnes de condition modeste qui ont cru devoir voter pour lui..."                                                                             _____      Mais d'où vient ce paradoxe, ce constat contre-intuitif? Faut-il croire Rousseau qui dit que L'esclave se croit libre dans ses fers ou donner raison à La Boétie .                                 Pourquoi les moins favorisés arrivent à voter contre leurs intérêts? On l'a vu dans le succès d'un Trump, par exemple, beaucoup se ralliant à sa ligne ultralibérale, malgré les apparences populistes. La rhétorique populiste des Républicains  est parvenue à transformer toute forme de lutte des classes en une guerre culturelle opposant des Américains « authentiques », pauvres et conservateurs, à des démocrates libéraux et urbains, cultivés et en général plus aisés. Bref, les regards ont été détournés des véritables enjeux. C'est un phénomène en apparence surprenant qui a connu plusieurs explications, le manque d'esprit critique et de culture politique étant le terreau de cette tendance. Le conditionnement et la naïveté faisant le reste. Mais pas seulement.

          ____ L'hypothèse qui est souvent retenue, d'ordre socio-psychologique, est celle-ci:    "... Les hommes sont motivés moins par un désir de réussir que par une crainte d’échouer complètement. Nos économistes baptisent ce phénomène le « dégout de la dernière place » (« last place aversion »). Leur modèle se bâtit sur l’idée que l’utilité économique n’est pas simplement déterminée par une volonté d’accumuler les richesses, mais par son positionnement relatif vis-à-vis d’autrui.  Nous considérons la grandeur de notre maison non pas comme une valeur absolue, mais en le comparant à celles de nos voisins. Nous nous rappelons peut-être de notre crainte, en classe de gym, d’être choisi en dernier lorsque nos camarades furent appelés à former des équipes sportives. Comme le soulignent Kuziemko et Norton, ce modèle insiste sur le caractère déterminant pour le comportement économique de phénomènes psychologiques tels que la honte et le gène, qui se révèlent aussi sinon plus important que le seul intérêt matériel.    Kuziemko et Norton prétendent que le caractère déterminant du « dégout de la dernière place » augmente à mesure que le revenu diminue. La crainte de se retrouver en dernier place n’empêche pas de dormir ceux qui se retrouvent au milieu d’une distribution salariale. Par contre, les plus démunis et ceux qui se trouvent dans une situation économique légèrement supérieur à ceux-ci sont hantés par le fait qu'ils pourraient se trouver en dernier place – ou qu'ils y sont déjà.   Les conséquences de cette intuition pour l’économie politique sont considérables. Elle explique, en somme, pourquoi certains seraient portés à voter contre leur intérêt économique (celui-ci étant compris comme simple désir d’augmenter son revenu). Ceux qui se trouvent dans la tranche salariale légèrement au-dessus de la tranche inférieure s’opposeraient à des politiques de redistribution qui risqueraient de donner un coup de pouce aux plus infortunés qu'eux. La redistribution, en somme, menace leur statut d’« avant-derniers ». Kuziemko et Norton montrent très clairement que ces considérations se révèlent déterminants, par exemple, dans les attitudes envers le salaire minimum. Selon leurs recherches, ce sont précisément les Américains qui gagnent entre $7,26 et $8,25 par heure – soit un peu plus que le salaire minimum actuel ($7,25) – qui sont les plus susceptibles de s’opposer à ce que le salaire minimum augmente...."     ___ La redistribution possible menacerait les intérêts de ceux qui se sentent les plus exposés.                                                                                                          _____Mais l'explication ne peut se réduire à cette dimension. Il existe aussi, et peut-être plus, le problème de l'offre. Si les travailleurs et les moins chanceux donnent souvent crédit à la droite, c'est aussi parce qu'en face, il n'y a pas ou plus d'alternative, comme le disait Mme Thatcher. Que les idéaux du socialisme ont fondu, se sont dilués dans un discours sans consistance et sans perspectives, que la réalité du néolibéralisme a fini par s'imposer à ceux qui promettaient la réalisation d'une justice sociale plus effective, au nom du mirage de la "modernité", dans le sillage de la pensée de Reagan et de Thatcher.                                ________Comme beaucoup le disent, le PS a abandonné la classe ouvrière, les plus modestes, se situant même parfois à la pointe de la  libèralisation du monde.      Le  (social)- libéralisme, cette "troisième voie", s'est épanoui. Les éléphants de Maastricht ont encore pignon sur rue.   Bref, l'état des lieux est consternant, après une  histoire des gauches vivantes et variées, Terra Nova représentant la pointe la plus visible de cette adaptation mimétique à l'air du temps. La gauche française serait  devenue une droite qui ne s'assume pas.....       _____________________                               

lundi 7 juin 2010

Bombe démographique?

Quel contrôle démographique?

Le "ventre des femmes":

Une excellente émission sur Arte, récemment diffusée, illustre de manière précise le traitement subi par des femmes indiennes pauvres au Pérou notamment, entre 1995 et 2000, au nom d'un programme de contrôle démographique d'une rare coercition, au nom d'une idéologie discutable , au mépris des droits humains. La presse en avait déjà fait écho il y a des années. _____ (Photo personnelle)

___Rockefeller lui-même avait donné le ton.
_Kissinger n'était pas en reste:
["Dans le National Security Memo 200, daté du 24 avril 1974, et intitulé « Implications de la croissance de la population mondiale sur la sécurité des Etats-Unis et ses intérêts à l’étranger », on peut lire :
"Le Dr. Henry Kissinger proposa dans son mémorandum au NSC que la dépopulation devrait être la plus haute priorité de la politique étrangère des Etats-Unis en ce qui concerne le Tiers-Monde. Il invoqua des raisons de sécurité nationale, parce que l’économie US aura besoin de quantités importantes et croissantes de matières premières de l’étranger, en particulier des pays moins développés... Là où une diminution de la population peut augmenter la perspective d’une telle stabilité, la politique démographique devient en rapport avec les ressources, les fournitures et les intérêts économiques des Etats-Unis." Kissinger prépara un manifeste de dépopulation pour le président Jimmy Carter appelé Global 2000 qui détaillait l’usage de la nourriture comme une arme pour dépeupler le Tiers-Monde.
http://www.schillerinstitute.org/food_for_...sm_jb_1995.html]

______-Quand l'équilibre démographique peut devenir enjeu(ou alibi) politique...-
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-"C’est l’accès pour les femmes, et plus globalement pour les populations pauvres, à l’éducation et à un emploi, qui régulerait le plus sûrement la croissance démographique, de manière consentie..."

- « Il existe à mes yeux une relation étroite entre la politique néolibérale imposée au Pérou par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, et le plan de planification familiale manigancé par Fujimori, soutient-il. En échange de crédits et d’une renégociation de la dette, le FMI a exigé les privatisations – y compris dans le secteur de la santé – et l’ouverture au capital étranger, mais aussi un contrôle de la croissance démographique. Les secteurs pauvres, voire très pauvres, potentiellement “dangereux”, sont visés. Cela a violé les droits individuels, les droits des familles, et plus largement les principes éthiques sur lesquels devrait reposer la société. » (A.Toledo)
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-Le ventre des femmes:
"Ce document enquête sur la stérilisation forcée de centaines de milliers de femmes au Pérou dans les années 90, une politique mise en place par l'Etat.En cinq ans, au Pérou, plus de 300 000 femmes et près de 30 000 hommes ont été stérilisés de force par le gouvernement d'Alberto Fujimori, soutenu par les instances internationales. Au nom de la lutte contre la pauvreté, les Indiennes quechua en ont été les premières victimes. Yoni raconte qu'elle a été emmenée en salle d'opération, comme un animal. Comme des milliers d'autres femmes, elle a subi une ligature des trompes, une opération irréversible réalisée dans des conditions dangereuses. Beaucoup de femmes sont mortes après leur stérilisation. D'autres souffrent aujourd'hui encore de graves séquelles.
___Entre 1995 et 2000, au Pérou, 330 000 femmes et 25 000 hommes ont été stérilisés de force avec le soutien d'instances internationales. C'est ce que nous apprend ce remarquable document consacré à une tragédie longtemps cachée.
Tout commence avec l'élection d'Alberto Fujimori à la tête du Pérou en 1990, un pays de 26 millions d'habitants parmi les plus pauvres au monde, encore marqué par le mouvement de guérilla maoïste du Sentier lumineux. Pour plaire aux bailleurs de fonds internationaux, Fujimori décide d'engager une campagne de planning familial pour lutter contre la pauvreté en réduisant le nombre des naissances. Condition obligatoire pour bénéficier de prêts de la Banque mondiale et réduire la dette auprès du Fonds monétaire international (FMI).
Le président péruvien s'engage à utiliser toutes les formes de contraception afin de faire passer, en cinq ans, de 3,5 à 2,5 le taux de fécondité par femme.
Mais, en réalité, vasectomie pour les hommes et ligature des trompes pour les femmes sont privilégiées. Population visée ? Les Indiens de la forêt amazonienne et des hauts plateaux andins. Des paysans démunis, analphabètes, ne parlant que la langue quechua, dont les familles comptent en moyenne 5 ou 6 enfants. Des miséreux perçus comme une menace pour la sécurité du pays. Avec la collaboration de l'Unsaid, l'agence des Etats-Unis pour le développement international, de l'Association pour la Contraception chirurgicale volontaire (AVSC) qui en émane, et du Fonds des Nations unies pour la Population (FNUAP), le Pérou lance une vaste opération de stérilisation jusque dans les villages les plus reculés. « Quand mon fils est né ils m'ont dit : «Combien de fois tu vas encore mettre bas ?, raconte Michaela. Tu veux faire comme les lapins ou les truies ?» » Les médecins mentent à ces mères sans éducation en leur assurant que l'opération est réversible.
Au fur et à mesure que s'installe la dictature militaire d'Alberto Fujimori, les mutilations forcées s'accélèrent, jusqu'à la destitution du président péruvien en 2000. Comme en Inde, dans les années 1970, où 8 millions de personnes furent stérilisées, avec la complicité d'organismes mondiaux censés défendre les droits de l'homme..
.(Sylvie Véran)

-Le ventre des femmes, un combat:
"...le scandale a fini par éclater en 1997. Mais, ironie de l’histoire, ces pratiques abusives ont été récupérées par le lobby anti-avortement, instrumentalisées au service d’une autre idéologie, conservatrice. Ce qui a eu pour effet de faire reculer, encore, la cause des femmes ! Aux Etats-Unis, le PRI (Population Research Institute), pilier du mouvement anti-avortement, utilise sans vergogne les stérilisations péruviennes pour mener campagne contre l’IVG et la contraception. En Equateur, la pilule du lendemain a depuis été déclarée anti-constitutionnelle Autre effet collatéral : le retrait par l’administration Bush en 2002 des aides allouées au Fonds de la population des Nations unies. Du coup, ce sont à nouveau les femmes qui trinquent, puisque ce sont autant de soins qui ne seront pas prodigués, notamment, aux femmes enceintes dans des pays où la mortalité en couche n’est pas rare
.Ce documentaire choc offre une réflexion globale, étayant son propos éclairé du témoignage des principaux acteurs : ex-responsables de la Santé au Pérou, représentants du PRI ou de l’Usaid, historiens, avocate féministe Avec toujours, au premier plan, la parole des victimes. Et ces visages qui en disent plus long que tous les discours.On retiendra le point de vue, juste, de cet historien de l’Université de Columbia en guise de conclusion : c’est l’accès pour les femmes, et plus globalement pour les populations pauvres, à l’éducation et à un emploi, qui régulerait le plus sûrement la croissance démographique, de manière consentie..."
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« Le Ventre des femmes » sur Arte
- Les stérilisations forcées au Pérou sous la présidence d’Alberto Fujimori

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-Pauvreté - Démographie en Afrique
-DEMOGRAPHIE ET PAUVRETE : LES FEMMES D'ABORD
-Enjeux de la démographie politique
-Démographie et politique (selon Sarkozy)

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-Climatologie et démographie