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mardi 23 juin 2015

Quelle (nouvelle) école?

Branle-bas de combat!
                                      A chaque changement ministériel, ou presque, une réforme de l'école  s'annonce, comme la fin de l'hiver annonce le printemps. Comme si la réformite aigüe était la maladie chronique de l'institution depuis la réforme Haby.
  Une Xème remise en question, une nouvelle tentative pour ouvrir l'école sur la vie, pour la désanctuariser un peu plus, pour mélanger gaîment tous les savoirs, pour atteindre enfin une égalité rêvée. Curieusement, l'expression Ecole de la République n'est plus prononcée.
   Donner le maximum de chances à tous, bien sût. Mais on ne s'interroge pas  sur les dérives à l'oeuvre depuis une trentaine d'années, le laxisme institutionnalisé, le pédagogisme ravageur ( l'élève au centre), les avancées du privé, le glissement progressif vers la privatisation et les progrès. du e-learning marchand et utilitaire.
______Faut-il dire avec JP Chevènement que "on a détruit l’école de l’intérieur"?
_Avec JP Legoff que "cette réforme du collège signe la mise mort de l’école républicaine"?
_Ou avec R.Debray  que l'on doit craindre"une école qui reproduirait les vices du monde extérieur"
   Malgré les excès passionnels traditionneles en tous genres, le bon sens est monté souvent au créneau.
      Le  débat semble en tous cas comme halluciné.
  On assiste à une hystérisation du débat, avec ses excès, ses passions. A mettre en relation avec le contexte socio-économique, les crispations en tous genres.
Le tour hystérique pris par le débat ces derniers jours montre à quel point cet horizon de démocratisation continue d’inquiéter des classes moyennes et supérieures qui ont toujours craint de voir leur progéniture broyée par le mouvement de massification scolaire débuté à la fin des années 1970. La droite sait qu’elle a un boulevard devant elle lorsqu’elle fait vibrer la corde sensible de l’angoisse scolaire et, à travers celle-ci, celle du déclassement.
    Un vieux problème: dès la Renaissance, on s'étripe sur l'école/
                      La question est de savoir si cette Nième réforme va faire remonter le niveau.
     Giscard finit par reconnaître que: "Mettre les élèves en difficulté au centre de ce système me semble une erreur capitale ! Le convoi doit être guidé par les meilleurs, les plus talentueux, pas par ceux qui sont à la peine, même s’il ne faut en aucun cas renoncer à les faire progresser.
    La question qui semble éludée est bien celle-ci: et si un ministre de l’éducation nationale proposait aux élèves de... travailler !
   Et si on remettait au premier plan la question de l'autorité  dans le sens le plus positif, une certaine cohérence, et une réflexion sur l'attention?
Pas de réforme sans  un minimum d'exigences
   Il est vrai qu'il faudrait aussi des perspectives sociales d'emploi,  sans lesquelles la motivation devient ptoblématique, et une vraie volonté de réduire les inégalités.
    Le nivellement par le bas est une tendance lourde, tout le contraire d'une égalité républicaine.
La réforme ne donne pas de moyens pour tous d'être ambitieux
              "Le monde politique porte une responsabilité considérable Depuis vingt-cinq, trente ans, les gouvernements successifs ont baissé les bras, ils ont fait semblant de mettre en œuvre des réformes dont ils savaient parfaitement qu’elles ne serviraient pas à grand-chose. Les politiques ont fermé les yeux sur l’injustice de notre système et ça continue encore aujourd’hui… On a simplement assisté à un mouvement pendulaire d’une idéologie de gauche à une idéologie de droite alors même que l’école n’est ni de gauche ni de droite mais simplement juste ou inique.
Un jour, en 1996, j’ai expliqué pendant quatre heures à Jacques Chirac que 11 % des enfants sortaient de l’école sans savoir vraiment lire et écrire, que 3,5 % des rmistes étaient illettrés… Je me souviens qu’il est parti dans une colère noire, a convoqué ses ministres. Pendant quelques mois les choses ont bougé et puis tout est retombé dans la routine. C’est ce renoncement du politique qui est la cause majeure de l’échec de l’école française.

                Avis au géniteur d'apprenantla  pédagogie Nutella  continue, avec des maîtres de moins en moins formés, tiraillés entre des objectifs contradictoires et peu encouragés à se donner à fond à leur métier. 
L'histoire, les langues souffrent de plus en plus.
     Les fondamentaux, ce sera pour l'université....
A moins que la nouvelle marotte en cours, celle de l'école numérique pour tous, ne viennent donner le change.
Les enfants sont-ils destinés à mettre les mains dans le code?        Chaque ministre de l’Education promet de faire « entrer l’école dans l’ère du numérique ». Après Xavier Darcos, Luc Chatel, Vincent Peillon et Benoît Hamon, c’est au tour de Najat Vallaud-Belkacem de s’y coller. Le ministère organisait ce jeudi un grand raout pour clore la concertation lancée en janvier. François Hollande a conclu la journée....
             Une  réforme  à réformer, pour un cycle primaire qui tienne ses promesses et un collège de l'exigence.
            Le reste suivra...
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samedi 22 avril 2017

Une école (encore) républicaine?

      En survie?
                      Depuis un certain nombre d'années, l'école est soumise à des adaptations successives et brouillonnes, qui mettent en péril ses missions premières.
   Sous la pression des évolutions économiques et culturelles, elle est sommée de se moderniser, de "s'adapter" à des publics nouveaux, de s'ouvrir au monde, d'épouser son temps, jusqu'à finir par perdre de vue ses fondamentaux républicains.
   La modernisation est une notion équivoque. Elle a souvent servi d'alibi à tous les abandons, toutes les dérives.  L'Etat a fini par perdre de vue le sens de ses missions et c'est peu dire que l'école est en crise, à tous les niveaux, et se trouve soumise à toutes sortes de glissements, idéologiques et mercantiles.
    L'influence anglo-saxonne ne cesse de se faire sentir et l'école républicaine subit  des offensives répétées avec une résistance de moins en moins forte. L'éducation, ci-devant républicaine subit de multiples réformes assauts, souvent convergents,  Ceux-ci entrent dans le cadre d'une réduction des efforts de l'Etat, de l'allègement des dépenses, dans le cadre du recul des investissement publics, dans une logique toute libérale. Bref, l'Education nationale n'est plus une priorité. La privatisation gagne du terrain et les investisseurs sont à l'affût. Le marché de l'éducation est en route.
       ...Le système libéral anglo-saxon des compétences débouchant sur les curricula est arrivé en France sous le ministère de François Fillon. Il a été poursuivi et amplifié par les hauts fonctionnaires sous les ministres qui lui ont succédé, qu’ils soient de gauche ou de droite. Parce que ces réformes réduisent le coût de la scolarité. Parce que, faisant fuir les classes moyennes dans le privé, elles réduisent les besoins en investissement de l’État. Xavier Timbeau, directeur à l’Observatoire français des conjonctures économiques, écrit dans le numéro d’avril 2017 d’Alternatives économiques que l’analyse des chiffres sur l’éducation montre que notre pays semble avoir fait le « choix délibéré de dépenser moins pour éduquer moins. » C’est ce que l’enseignement des compétences permet. Il n’y a qu’à voir les filières proposées et cette volonté de casser les orientations vers des voies industrielles d’excellence. C’est qu’un lycée professionnel offrant des filières tertiaires peu qualifiantes (secrétariat, accueil…) coûte quatre fois moins cher qu’un lycée professionnel industriel qui a de plus l’avantage d’absorber une plus grande masse d’élèves. Ils sortiront diplômés, mais leur diplôme n’aura aucune valeur.
......La mise en série fait sens : c’est une offensive globale dont il nous faut appréhender le périmètre et la nature. C’est sous les ordres de l’UE et de l’OCDE que la France renonce de plus en plus à son modèle scolaire républicain, pour reprendre, avec trente années de retard, la voie du modèle anglo-saxon. Les inégalités socio-scolaires ne cesseront de s’aggraver. Basil Bernstein évoquait le problème du « gaspillage du potentiel éducatif de la classe ouvrière ». C’est en effet un gâchis et un sabotage orchestré par les pédagogistes et les hauts fonctionnaires. Et il n’a jamais été plus important que sous le ministère de Mme Vallaud-Belkacem...."
    La "nouvelle" école se met en place petit à petit, subrepticement, par glissements successifs, souvent inaperçus, l'enfant-roi étant devenu "le centre du système et le savoir relégué en périphérie."
  Pour certains observateurs critiques, l'école n'est plus vraiment ni nationale, ni républicaine.
   Les valeurs fondatrices s'estompent peu à peu, dans l'indifférence de parents consommateurs plus que citoyens.
    Le désenchantement est grand, surtout à la suite des réformes multiples et brouillonnes qui se succèdent.  Le quinquennat de François Hollande, placé sous le signe de Jules Ferry, s'est ouvert sur la promesse d'une «refondation de l'école. «États généraux», «loi d'orientation»: tout l'arsenal des grandes mises en scène en matière de politique publique fut mobilisé. Mais la mystique républicaine a fini en gestion technocratique ordinaire....
      Au mieux, le pragmatisme sans perspectives ni idéaux prévaut, au pire le marche pavoise .
   L'Europe libérale  subit les effets d'une marchandisation affectant tous les secteurs, de la santé à l'école. Déjà la stratégie  de Lisbonne avait programmé cette évolution, dans un véritable esprit thatcherien. La casse du Service public d’Éducation est bien envisagée depuis 1996 par l’OCDE. (*)
    Il n'y a pas que les profs dans leur majorité qui sont chagrins...
           A quels enfants allons-nous laisser le monde?
                          Relisons F.Buisson, à la lumière de notre époque
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_(*) __...Les conceptions de l’OCDE dans le domaine de l’éducation vont dans le sens d’une forte libéralisation du système éducatif. Dans Repenser l’enseignement. Des scénarios pour agir (dernier volume de la série « l’école de demain »), l’OCDE donne la parole à Jay Ogilvy, « grand pionnier de la réflexion prospective au sein des entreprises ». Celui-ci préconise une « décentralisation » et « une autonomie accrue des établissements scolaires, avec une influence plus forte des parties prenantes »1. Il fait l’éloge du projet anglais FutureSight, qui a consisté à renforcer le pouvoir des chefs d’établissement2. Il « préconise l’application des principes du marché contre l’excès de bureaucratie, qui risque d’étouffer l’innovation dans l’enseignement »3.
    Cet expert promeut l’idée d’un enseignement adapté à chaque élève. Il affirme : « À l’avenir nous disposerons d’outils d’apprentissage qui nous permettront de faire chez chaque élève un diagnostic personnalisé qui nous donnera la possibilité de mettre à sa disposition, à chaque heure de la journée, des outils d’enseignement et des préparations de leçons les mieux adaptés à ses besoins et à ses aptitudes »4. Il faut selon lui « traiter chaque école et chaque élève différemment et singulièrement en fonction de leurs besoins propres », et « individualiser [l’] enseignement. » « Pour atteindre l’équité devant l’éducation à l’ère de l’information, nous devons rompre avec le vieux modèle de production de masse d’élèves bien socialisés et identiques de l’ère industrielle. Nous devons recueillir des informations sur chaque circonscription, chaque école, chaque élève, et les utiliser pour moduler les quantités de “nutriments” – qu’il s’agisse de dollars, d’enseignants, de manuels ou d’ordinateurs – en fonction des besoins de chaque école et de chaque élève »5. Ces idées sont entièrement au diapason de celles de notre gouvernement de droite, qui veut en finir avec le collège unique, créer des collèges de haut niveau dans les centres-villes et des collèges où l’enseignement se réduirait au minimum, au « socle commun », dans les banlieues défavorisées. Les 7 piliers du socle commun de connaissances sont d’ailleurs inspirés par l’OCDE. Ce que prône l’OCDE, c’est de renoncer à l’objectif ambitieux d’une école, d’un collège et d’un lycée pour tous, et trier dès le plus jeune âge les élèves en fonction de leurs résultats ; ce qui revient en fait à les trier en fonction de leur niveau social, donc à accentuer les inégalités. Ces préconisations vont à l’encontre du caractère démocratique et universel du système éducatif.
    Dans ce long rapport pétri de langue de bois, l’OCDE préconise aussi que l’enseignement public soit désormais « concerné par les mécanismes du marché ». L’organisation déplore que « les conseils d’établissement et l’administration centrale de la circonscription fonctionnent comme des monopoles d’État. Parents et élèves n’ont pas le choix du fournisseur, comme ce serait le cas sur un marché libre ». Elle fait valoir que « dans la plupart des entreprises, un directeur peut opérer des changements pour répondre aux différents besoins d’une clientèle diverse », et conclut : « Nous devons commencer par dégripper ce mécanisme ». Elle propose en outre de « donner aux élèves et aux parents la possibilité de choisir l’école et les enseignants qui correspondent le mieux à leurs besoins. Le financement ira dans le sens du choix des élèves » ; ainsi « les forces du marché récompenseront les résultats »6. L’assouplissement de la carte scolaire, l’autonomie des établissements, l’idée de payer les enseignants « au mérite », le recrutement massif d’enseignants contractuels tandis que les places aux concours sont drastiquement réduites et que des milliers de postes d’enseignants titulaires sont supprimés chaque année, toutes ces initiatives du gouvernement trouvent leur source dans les préconisations de l’OCDE qui est aujourd’hui véritablement le fer de lance de la libéralisation des systèmes éducatifs. Il est temps de démystifier l’OCDE, de se démarquer de cette influence ultra-libérale, et d’entreprendre une politique éducative ambitieuse et démocratique, visant à la réussite de tous les élèves...
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samedi 10 septembre 2022

Ecoles suédoises

Cherchez le modèle...

                                       En matière économique et sociale, nous aimons bien nous comparer aux autres pays, soit en bien soit en mal. Nous avons tendance à chercher des modèles de bonne gestion chez nos voisins les plus proches, comme si nous n'étions pas capable politiquement de faire les choix qui s'imposent à la lumière de nos traditions et de nos valeurs. Quitte à être vite conscients qu'il y a des problèmes chez les autres aussi et que l'herbe n'est pas plus verte ailleurs. Notre myopie parfois nous aveugle. Il y eut à une époque le "modèle japonais" qui inspira maints dirigeants, puis le "modèle allemand", qui actuellement montre ses faiblesses. Aujourd'hui, c'est plutôt le "modèle suédois" que l'on juge performant en haut lieu. Jupiter y pense souvent dans sa volonté de réformes brouillonne.   


                   ...Sauf que la Suède n'est plus ce qu'elle était. La privatisation sans complexe et sans limites apparentes est en train de modifier profondément le mythe d'un pays social et progressiste sur plus d'un point. Par exemple en matière scolaire. Chez nous l'école va mal.  Il y a des raisons structurelles à cet état de fait, ce qui n'est pas nouveau. La gouvernance scolaire a suivi la pentes des anciennes recommandations de l'OCDE en matière de tout ce qui éest service public et certains pensent fortement à une privatisation encore plus rapide qui supprimerait les problèmes qu'ils ont eux-mêmes contribués à créer.      La dérégulation/déstructuration, nouveau dogme néo-libéral, est à l'oeuvre aussi en Suède et on peut déjà en voir les effets: ils sont édifiants! Certains observateurs parlent de fiasco. Au nom de la "liberté", on a créé une situation ubuesque et inquiétante pour l'avenir de ce pays.          "...C'est une école “deux en une” », résume Mme Elsa Heuyer. Cette professeure de français du lycée Drottning Blanka a dû apprendre à « optimiser » le temps et l’espace au bénéfice d’AcadeMedia, l’« entreprise éducative » cotée en Bourse qui l’emploie à temps (très) partiel : 28,7 %. Situé au sud de Stockholm, son lycée, un établissement privé sous contrat, dit friskola (friskolor au pluriel), partage ses locaux avec un autre du même groupe. Rentabilité oblige, Mme Heuyer doit gérer deux niveaux dans la même classe : « En pratique, je suis obligée de diviser le temps de cours par deux. »    Exerçant, eux, à temps plein, ses collègues professeurs d’espagnol, Mme Sandra Nylen et M. Adrian Reyes, enseignent également une autre matière — un fait commun en Suède. Ils assurent en outre un tutorat pour une quinzaine d’élèves chacun, jouant le rôle de ce qu’on appelle en suédois un mentor. Par courriel ou par téléphone, ils doivent maintenir un contact permanent avec les parents pour le suivi des absences et de la scolarité, toutes matières confondues. « Lorsqu’un élève rencontre des difficultés, c’est de la faute du mentor », soupire M. Reyes. Il n’est ainsi pas rare de voir un professeur aider un élève à faire remonter ses notes dans une autre matière que celles qu’il enseigne. « Je m’assure sans cesse auprès de mes élèves que tout va bien, car je sais que mon directeur va me demander des comptes, raconte Mme Nylen avec nervosité. Mais que faire lorsqu’ils échouent dans plusieurs matières ? »   Le directeur du lycée Drottning Blanka « demande des comptes » parce qu’il lui faut de bons résultats pour conserver ses élèves ou en attirer davantage. Après le retour au pouvoir des « partis bourgeois », en 1991, le premier ministre du Parti modéré, M. Carl Bildt, instaura le système des « chèques éducation ». Depuis, il n’y a plus de carte scolaire, et chaque famille peut inscrire gratuitement ses enfants dans l’école publique ou privée de son choix..."                                      L'ex-modèle suédois n'en est plus vraiment un... 
Sous prétexte de dépoussiérer le mammouth, on vide progressivement de sa substance un système qui, sous l'effet de la massification, demandait certes bien des adaptations, mais que beaucoup ne reconnaissent plus, tant il s'éloigne des missions fondamentales de l'école, qui est d'abord de former l'homme et le citoyen, avec un minimum d'exigences de culture, de maîtrise de la langue.  Tout se passe comme si l'accent était mis sur une nouvelle ambition, et cela très précocément: préparer le plus tôt possible de futurs producteurs et d'excellents consommateurs.   Ce que l'on déplore chez nous est encore plus visible dans d'autres pays, qui ont pris à grande vitesse les voies indiquées par de nouveaux pédagogues, marquées par la permissivité, l'idéal d'auto-apprentissage, le recul de l'autorité légitime du maître, les exigences minimales exigées le plus souvent, le fameux "apprendre à apprendre   En même temps la privatisation va bon train, accompagnant et accentuant les inégalités.                                                                      En Suède, par exemple, qui a engagé un vaste tournant libéral et que l'on veut mimer, après d'autres modes, qui vont et viennent. Le modèle scolaire suédois est très souvent vanté, mais c'est se fier à l'apparence et ne pas comprendre ce qui se joue dans le fond ainsi que les dérives en cours.   Certes, l'élève est "au centre" du système" (comme on le répète chez nous comme un mantra); il est aussi roi, avec toutes les effets pervers de cette promotion. Les parents ont une autorité  sur un système en fait très contrôlé, malgré la libéralisation proclamée. Un marché scolaire trop concurrentiel commence à être remis en question là-bas, ainsi qu'une baisse de niveau. La communication devient prioritaire aux dépends des contenus et des matières que l'on sacrifie peu à peu. La France prend le même chemin.  La ségrégation scolaire va de pair avec une privatisation de plus en plus poussée.  Les qualités de "modèle" suédois ont aussi des revers, à cette échelle. Il est discuté au coeur même du pays et du monde enseignant, après s'être trop ouvert.  Etant donnée l'extrême permissivité qui s'est mise en place sous le gouvernement libéral, certains se demandent si l'on est pas en train de former là-bas des "petits cons".  C'est la fin d'un mythe, de toute évidence..

       La privatisation galopante de l'école s'imprègne des lois du marché. La recherche de la "satisfaction client" pousse à une inflation de bonnes notes , qui fausse tout le système, les parents demandant souvent aux enseignant de revoir leur copie. Un système qui tend à devenir à la carte. Il n'est pas étonnant que le métier d'enseignant, assez mal payé, ne séduise plus.
       L'obsession  de nos chefs d'Etat, c'est de trouver des modèles pour sortir des difficultés qu'ils ont eux-mêmes souvent contribué à créer.
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lundi 6 février 2012

Ecole en campagne

L'école, en danger, s'invite dans la campagne

__C'est devenu un rituel: à chaque grande élection, l'école réoccupe le devant de la scène.
Plus particulièrement cette fois-ci. Cristallisant tous les malaises et toutes les fausses espérances dans un société en crise, ce thème sera forcément porteur et passionnel. Le corps enseignant, souvent découragé, représente une masse électorale non négligeable...Mais sera-il dupe?

_Sarkozy annonce que ce sera son objectif de campagne dominant, prétendant instaurer un débat sur l'école,, alors que les enseignants fustigent son bilan et qu'elle n'est plus une prorité depuis longtemps.
Leurs représentants avancent 10 propositions pour sortir de la crise scolaire, ne voulant plus être de simples exécutants caporalisés, mais redevenir des acteurs de l'école, retrouver une légitime autonomie.
Luc Chat
el, le Moody's de l'éducation, l'homme de l'anglais à trois ans, chaud partisan d'une autonomie dans le nouveau marché scolaire privatisé qu'il appelle de ses voeux, prétend vouloir changer l'école, passer de la la craie aux technologies modernes, pour aboutir sans doute au e-learning généralisé.
_Bayrou l'opportuniste, ex ministre de l'EN,
qui n'a rien vu venir, propose lui aussi ses recettes: «Nous avons l’intention d’installer le verbe "instruire" au coeur de la campagne électorale comme nous avons installé le verbe "produire"»
Instruire pour mieux produire, pour être plus compétitif, veut-il dire?
Si l'école n'a
que cette visée pratique, alors on peut se poser des questions...Enseigner, est-ce seulement se préparer efficacement à un métier? L'école n'est pas une entrepris", contrairement à ce pense l'OCDE.
Déjà, la
culture générale s'efface des concours, à l'heure où on ne parle plus de culture mais de compétences, quand le plaisir d'enseigner ne semble plus guère au rendez-vous, quand les examens sont dévalorisés.
Nobles intentions que celles de nos candidats, à l'heure où l'institution scolaire sombre et semble s'orienter vers une forme non avouée de privatisation, en s'alignant sur le modèle anglo-saxon.
_Hollande entre aussi dans la bataille, de manière floue et équivoque, s'engageant sur le seul plan quantitatif.

_« Aujourd’hui, nous pouvons légitimement nous poser la question: l’Etat a-t-il toujours les mêmes ambitions en ce qui concerne l’instruction de ses citoyens et l’intérêt commun de la société portés par un service public d’éducation de qualité soutenu par une volonté politique forte? »
___ Le diagnostic est accablant. Il est temps de reconstruire l'édifice, de prendre à bras le corps l' échec scolaire sans céder sur l'essentiel, de redonner le goû et le plaisir de lire, fondement de tout vrai savoir, de retrouver un peu de bon sens, loin des pressions des marchés, de redonner en toute souveraineté la priorité à l'Education Nationale, préparant la recherche et les investissements de demain.
Quel candidat entamera la reconstruction de ce projet libérateur, inspiré des principes indépassables mais réactualisés de Condorcet, de Ferry et de Langevin-Wallon?
___
L'éducation coûte trop cher ? Essayez l'ignorance !... (Lincoln)
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-Capitalisme cognitif et culture individuelle
-Education et attention_(1)
-Repenser l'école
-La télé et l'école
-Lectures diverses

mardi 27 mars 2012

UK: privatisation tous azimuts

Laboratoire anglais

_____L'exemple vient souvent d'Outre-Manche

Le meilleur comme le pire...
La révolution industrielle a fait là-bas ses premiers pas
La désindustrialisation aussi, au profit de la financiarisation et la primauté accordée aux services, avec le virage hayekien et reaganien de Maggie, qui a fait école en matière de privatisation et d'austérité, au-delà de ses espérances...ce qui explique en partie l'état de l'économie aujourd'hui.
_______Le Royaume-Uni montre aujourd'hui la voie de la marchandisation généralisée des services, de l'edu-business notamment.
Il est maintenant question de privatiser les routes... les plus rentables, bien sûr.
Tout en continuant à accorder des cadeaux aux plus favorisés, alors que la pauvreté s'installe dans le pays.
Après le privatisation de British Rail ( que se révèla être une catastrophe), les prisons (en partie),l'éducation, les forêts ... la guerre même, l'opération va bon train, affectant les fonctions régaliennes, puisqu'on se met à privatiser la police. Le value for money va nécessairement primer en GB.
Les "bobbies" privés sont en cours d'expérimentation...
En ce qui concerne l'école, "L’Angleterre est depuis des années le laboratoire de la mise en œuvre du programme de marchandisation de l’école en Europe. Préparée par une réforme des modes de management du secteur public, la création d’une industrie de l’éducation à but lucratif, capable de lutter dans la « nouvelle économie globale », s’opère dans sept domaines majeurs : publicité, sponsoring, services gouvernementaux nationaux, initiative de financement privé, services des autorités éducatives locales, direction des écoles à but lucratif, technologies informatiques et zones d’action éducatives."
Pourquoi cette course à la privatisation, dont on sait qu'elle ne manque pas d'augmenter les coûts, pour l'énergie, pour la santé, comme pour le reste?
Parce que c'est bon pour les actionnaires...
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Article paru dans Agoravox

mercredi 18 mai 2022

OCDE: côté cour (suite)

Quand l'OCDE est fidèle à son esprit

                                                     Parfois un éclair de lucidité, mais le naturel reprend vite là-dessus. Notamment lors de ses préconisations concernant les mesures de libéralisations des services publics. Le new public management est passé par là...Une promotion du libéralisme, prônant un désengagement de l'Etat en faveur des forces du marché.                                                                                                                     Notamment au niveau des différents services publics,  Particulièrement dans l'éducation nationale: "...il ne s’agit pas d’une simple intervention technique qu’il suffit de justifier par la rationalité économique, mais d’une opération politique longue et complexe.    […] La réduction des salaires et de l’emploi dans l’administration et dans les entreprises parapubliques figure, habituellement, parmi les principales mesures des programmes de stabilisation. En principe, elle est moins dangereuse politiquement que la hausse des prix à la consommation : elle suscite des grèves plutôt que des manifestations et elle touche les classes moyennes plutôt que les pauvres (il y a peu de fonctionnaires parmi les 40 % les plus pauvres). Mais ce n’est pas parce que cette mesure peut se justifier du point de vue de l’équité qu’elle ne comporte pas de risque politique. En effet, il s’agit de secteurs où la proportion de salariés syndiqués est la plus élevée, où les salariés ne prennent pas de risque en faisant grève comme dans le secteur privé et, enfin, où la grève peut être une arme très efficace : l’économie est paralysée par une grève des transports ou de la production d’électricité ; et l’État est privé de recettes si les agents du fisc cessent de travailler.   La grève des enseignants n’est pas, en tant que telle, une gêne pour le gouvernement mais elle est indirectement dangereuse, comme on l’a noté, puisqu’elle libère la jeunesse pour manifester. Ces grèves peuvent donc devenir des épreuves de force difficiles à gérer. […] "                                                                                                                         __________Le marché de l'éducation est en route Depuis un certain nombre d'années, l'école est soumise à des adaptations successives et brouillonnes, qui mettent en péril ses missions premières.

   Sous la pression des évolutions économiques et culturelles, elle est sommée de se moderniser, de "s'adapter" à des publics nouveaux, de s'ouvrir au monde, d'épouser son temps, jusqu'à finir par perdre de vue ses fondamentaux républicains.
   La modernisation est une notion équivoque. Elle a souvent servi d'alibi à tous les abandons, toutes les dérives.  L'Etat a fini par perdre de vue le sens de ses missions et c'est peu dire que l'école est en crise, à tous les niveaux, et se trouve soumise à toutes sortes de glissements, idéologiques et mercantiles.
    L'influence anglo-saxonne ne cesse de se faire sentir et l'école républicaine subit  des offensives répétées avec une résistance de moins en moins forte. L'éducation, ci-devant républicaine subit de multiples réformes assauts, souvent convergents,  Ceux-ci entrent dans le cadre d'une réduction des efforts de l'Etat, de l'allègement des dépenses, dans le cadre du recul des investissement publics, dans une logique toute libérale. Bref, l'Education nationale n'est plus une priorité. La privatisation gagne du terrain et les investisseurs sont à l'affût. Le marché de l'éducation est en route.
       ...Le système libéral anglo-saxon des compétences débouchant sur les curricula est arrivé en France sous le ministère de François Fillon. Il a été poursuivi et amplifié par les hauts fonctionnaires sous les ministres qui lui ont succédé, qu’ils soient de gauche ou de droite. Parce que ces réformes réduisent le coût de la scolarité. Parce que, faisant fuir les classes moyennes dans le privé, elles réduisent les besoins en investissement de l’État. Xavier Timbeau, directeur à l’Observatoire français des conjonctures économiques, écrit dans le numéro d’avril 2017 d’Alternatives économiques que l’analyse des chiffres sur l’éducation montre que notre pays semble avoir fait le « choix délibéré de dépenser moins pour éduquer moins. » C’est ce que l’enseignement des compétences permet. Il n’y a qu’à voir les filières proposées et cette volonté de casser les orientations vers des voies industrielles d’excellence. C’est qu’un lycée professionnel offrant des filières tertiaires peu qualifiantes (secrétariat, accueil…) coûte quatre fois moins cher qu’un lycée professionnel industriel qui a de plus l’avantage d’absorber une plus grande masse d’élèves. Ils sortiront diplômés, mais leur diplôme n’aura aucune valeur.
......La mise en série fait sens : c’est une offensive globale dont il nous faut appréhender le périmètre et la nature. C’est sous les ordres de l’UE et de l’OCDE que la France renonce de plus en plus à son modèle scolaire républicain, pour reprendre, avec trente années de retard, la voie du modèle anglo-saxon. Les inégalités socio-scolaires ne cesseront de s’aggraver. Basil Bernstein évoquait le problème du « gaspillage du potentiel éducatif de la classe ouvrière ». C’est en effet un gâchis et un sabotage orchestré par les pédagogistes et les hauts fonctionnaires. Et il n’a jamais été plus important que sous le ministère de Mme Vallaud-Belkacem...."
    La "nouvelle" école se met en place petit à petit, subrepticement, par glissements successifs, souvent inaperçus, l'enfant-roi étant devenu "le centre du système et le savoir relégué en périphérie."
  Pour certains observateurs critiques, l'école n'est plus vraiment ni nationale, ni républicaine.
   Les valeurs fondatrices s'estompent peu à peu, dans l'indifférence de parents consommateurs plus que citoyens.
    Le désenchantement est grand, surtout à la suite des réformes multiples et brouillonnes qui se succèdent.  Le quinquennat de François Hollande, placé sous le signe de Jules Ferry, s'est ouvert sur la promesse d'une «refondation de l'école. «États généraux», «loi d'orientation»: tout l'arsenal des grandes mises en scène en matière de politique publique fut mobilisé. Mais la mystique républicaine a fini en gestion technocratique ordinaire....
      Au mieux, le pragmatisme sans perspectives ni idéaux prévaut, au pire le marche pavoise .
   L'Europe libérale  subit les effets d'une marchandisation affectant tous les secteurs, de la santé à l'école. Déjà la stratégie  de Lisbonne avait programmé cette évolution, dans un véritable esprit thatcherien. La casse du Service public d’Éducation est bien envisagée depuis 1996 par l’OCDE. (*)
    Il n'y a pas que les profs dans leur majorité qui sont chagrins...
           A quels enfants allons-nous laisser le monde?
                          Relisons F.Buisson, à la lumière de notre époque
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_(*) __...Les conceptions de l’OCDE dans le domaine de l’éducation vont dans le sens d’une forte libéralisation du système éducatif. Dans Repenser l’enseignement. Des scénarios pour agir (dernier volume de la série « l’école de demain »), l’OCDE donne la parole à Jay Ogilvy, « grand pionnier de la réflexion prospective au sein des entreprises ». Celui-ci préconise une « décentralisation » et « une autonomie accrue des établissements scolaires, avec une influence plus forte des parties prenantes »1. Il fait l’éloge du projet anglais FutureSight, qui a consisté à renforcer le pouvoir des chefs d’établissement2. Il « préconise l’application des principes du marché contre l’excès de bureaucratie, qui risque d’étouffer l’innovation dans l’enseignement »3.
    Cet expert promeut l’idée d’un enseignement adapté à chaque élève. Il affirme : « À l’avenir nous disposerons d’outils d’apprentissage qui nous permettront de faire chez chaque élève un diagnostic personnalisé qui nous donnera la possibilité de mettre à sa disposition, à chaque heure de la journée, des outils d’enseignement et des préparations de leçons les mieux adaptés à ses besoins et à ses aptitudes »4. Il faut selon lui « traiter chaque école et chaque élève différemment et singulièrement en fonction de leurs besoins propres », et « individualiser [l’] enseignement. » « Pour atteindre l’équité devant l’éducation à l’ère de l’information, nous devons rompre avec le vieux modèle de production de masse d’élèves bien socialisés et identiques de l’ère industrielle. Nous devons recueillir des informations sur chaque circonscription, chaque école, chaque élève, et les utiliser pour moduler les quantités de “nutriments” – qu’il s’agisse de dollars, d’enseignants, de manuels ou d’ordinateurs – en fonction des besoins de chaque école et de chaque élève »5. Ces idées sont entièrement au diapason de celles de notre gouvernement de droite, qui veut en finir avec le collège unique, créer des collèges de haut niveau dans les centres-villes et des collèges où l’enseignement se réduirait au minimum, au « socle commun », dans les banlieues défavorisées. Les 7 piliers du socle commun de connaissances sont d’ailleurs inspirés par l’OCDE. Ce que prône l’OCDE, c’est de renoncer à l’objectif ambitieux d’une école, d’un collège et d’un lycée pour tous, et trier dès le plus jeune âge les élèves en fonction de leurs résultats ; ce qui revient en fait à les trier en fonction de leur niveau social, donc à accentuer les inégalités. Ces préconisations vont à l’encontre du caractère démocratique et universel du système éducatif.
    Dans ce long rapport pétri de langue de bois, l’OCDE préconise aussi que l’enseignement public soit désormais « concerné par les mécanismes du marché ». L’organisation déplore que « les conseils d’établissement et l’administration centrale de la circonscription fonctionnent comme des monopoles d’État. Parents et élèves n’ont pas le choix du fournisseur, comme ce serait le cas sur un marché libre ». Elle fait valoir que « dans la plupart des entreprises, un directeur peut opérer des changements pour répondre aux différents besoins d’une clientèle diverse », et conclut : « Nous devons commencer par dégripper ce mécanisme ». Elle propose en outre de « donner aux élèves et aux parents la possibilité de choisir l’école et les enseignants qui correspondent le mieux à leurs besoins. Le financement ira dans le sens du choix des élèves » ; ainsi « les forces du marché récompenseront les résultats »6. L’assouplissement de la carte scolaire, l’autonomie des établissements, l’idée de payer les enseignants « au mérite », le recrutement massif d’enseignants contractuels tandis que les places aux concours sont drastiquement réduites et que des milliers de postes d’enseignants titulaires sont supprimés chaque année, toutes ces initiatives du gouvernement trouvent leur source dans les préconisations de l’OCDE qui est aujourd’hui véritablement le fer de lance de la libéralisation des systèmes éducatifs. Il est temps de démystifier l’OCDE, de se démarquer de cette influence ultra-libérale, et d’entreprendre une politique éducative ambitieuse et démocratique, visant à la réussite de tous les élèves..."__________

mercredi 29 juin 2022

Certains jettent l'éponge

       Et pourtant ils aiment leur métier.

                                   Ce n'est pas encore une hémorragie, comme à l'hôpital. Mais beaucoup sont épuisés ou sont démoralisés après les réformes qui se succèdent sans fin depuis des années sans grande cohérence.. Les job dating pratiqués à la hâte ne changeront rien à l'affaire....Un faisceau de causes ont produit une situation souvent critique. Mais ce n'est pas d'aujourd'hui...A-t-on voulu, conformément aux recommandations déjà anciennes de l'OCDE, laisser filer le système pour mieux le privatiser? C'est dans l'air....Le projet du FN ne manque pas d'inquiéter et penche nettement vers une conception libérale et régressive du système. 


                                                                                                                                                       S'il n'était question que d'orthographe, même minimale parfois, le problème ne serait pas si alarmant pour un nombre toujours plus grand d'élèves, mais , plus inquiétant, c'est le niveau de raisonnement qui pèche et la culture générale qui fait défaut dans ce qu'elle a de plus basique parfois. Et il ne s'agit pas que des fameuses perles traditionnelles? Les causes sont multiples et déjà anciennes, culturelles comme institutionnelles. Le travail régulier et approfondi, comme le plaisir d'apprendre sont des valeurs en baisse. La langue française est parfois devenue comme une langue étrangère...Le constat, souvent fait, pas toujours pour de bonnes raisons, s'impose maintenant, même pour des professeurs d'université, qui s'arrachent les cheveux. Pour ce qui est de la politique générale de l'institution qui tend vers la privatisation et qui n'est plus une priorité nationale, l'OCDE, fidèle au modèle libéral, continue à inspirer à des degrés divers les orientations scolaires au niveau pas seulement français:                                                                                                                                                                     ...Les conceptions de l’OCDE dans le domaine de l’éducation vont dans le sens d’une forte libéralisation du système éducatif. Dans Repenser l’enseignement. Des scénarios pour agir (dernier volume de la série « l’école de demain »), l’OCDE donne la parole à Jay Ogilvy, « grand pionnier de la réflexion prospective au sein des entreprises ». Celui-ci préconise une « décentralisation » et « une autonomie accrue des établissements scolaires, avec une influence plus forte des parties prenantes »1. Il fait l’éloge du projet anglais FutureSight, qui a consisté à renforcer le pouvoir des chefs d’établissement2. Il « préconise l’application des principes du marché contre l’excès de bureaucratie, qui risque d’étouffer l’innovation dans l’enseignement »    _________Cet expert promeut l’idée d’un enseignement adapté à chaque élève. Il affirme : « À l’avenir nous disposerons d’outils d’apprentissage qui nous permettront de faire chez chaque élève un diagnostic personnalisé qui nous donnera la possibilité de mettre à sa disposition, à chaque heure de la journée, des outils d’enseignement et des préparations de leçons les mieux adaptés à ses besoins et à ses aptitudes »4. Il faut selon lui « traiter chaque école et chaque élève différemment et singulièrement en fonction de leurs besoins propres », et « individualiser [l’] enseignement. » « Pour atteindre l’équité devant l’éducation à l’ère de l’information, nous devons rompre avec le vieux modèle de production de masse d’élèves bien socialisés et identiques de l’ère industrielle. Nous devons recueillir des informations sur chaque circonscription, chaque école, chaque élève, et les utiliser pour moduler les quantités de “nutriments” – qu’il s’agisse de dollars, d’enseignants, de manuels ou d’ordinateurs – en fonction des besoins de chaque école et de chaque élève »5. Ces idées sont entièrement au diapason de celles de notre gouvernement de droite, qui veut en finir avec le collège unique, créer des collèges de haut niveau dans les centres-villes et des collèges où l’enseignement se réduirait au minimum, au « socle commun », dans les banlieues défavorisées. Les 7 piliers du socle commun de connaissances sont d’ailleurs inspirés par l’OCDE. Ce que prône l’OCDE, c’est de renoncer à l’objectif ambitieux d’une école, d’un collège et d’un lycée pour tous, et trier dès le plus jeune âge les élèves en fonction de leurs résultats ; ce qui revient en fait à les trier en fonction de leur niveau social, donc à accentuer les inégalités. Ces préconisations vont à l’encontre du caractère démocratique et universel du système éducatif.                                                    Dans ce long rapport pétri de langue de bois, l’OCDE préconise aussi que l’enseignement public soit désormais « concerné par les mécanismes du marché ». L’organisation déplore que « les conseils d’établissement et l’administration centrale de la circonscription fonctionnent comme des monopoles d’État. Parents et élèves n’ont pas le choix du fournisseur, comme ce serait le cas sur un marché libre ». Elle fait valoir que « dans la plupart des entreprises, un directeur peut opérer des changements pour répondre aux différents besoins d’une clientèle diverse », et conclut : « Nous devons commencer par dégripper ce mécanisme ». Elle propose en outre de « donner aux élèves et aux parents la possibilité de choisir l’école et les enseignants qui correspondent le mieux à leurs besoins. Le financement ira dans le sens du choix des élèves » ; ainsi « les forces du marché récompenseront les résultats »6. L’assouplissement de la carte scolaire, l’autonomie des établissements, l’idée de payer les enseignants « au mérite », le recrutement massif d’enseignants contractuels tandis que les places aux concours sont drastiquement réduites et que des milliers de postes d’enseignants titulaires sont supprimés chaque année, toutes ces initiatives du gouvernement trouvent leur source dans les préconisations de l’OCDE qui est aujourd’hui véritablement le fer de lance de la libéralisation des systèmes éducatifs. Il est temps de démystifier l’OCDE, de se démarquer de cette influence ultra-libérale, et d’entreprendre une politique éducative ambitieuse et démocratique, visant à la réussite de tous les élèves..."

____Et voilà pourquoi votre fille est malade...         "Sous Blanquer, l'école privée a prospéré comme jamais...stimulée par les défaillances du public...."..._« La différence fondamentale, c’est que le privé n’a pas d’obligation d’accueil, contrairement au service public », s’insurge Yannick Trigance, ancien directeur d’école en Seine-Saint-Denis, ancien inspecteur, chargé des questions d’éducation au Parti socialiste.     Tirer le bilan de ces ballons d’essai, aller au bout de la réforme de l’éducation prioritaire « par contrat » et non plus « par territoire », reviendra au nouveau ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye. Lui qui s’est défini comme un « pur produit de la méritocratie » lors de sa prise de fonction, tout en mettant ses enfants à la très select (et privée) École alsacienne, n’a pas encore réussi à convaincre qu’il pourrait changer radicalement de direction.    « Évidemment, les deux parcours n’ont rien à voir, mais Pap Ndiaye apparaît comme un homme de la sélection et du mérite, qui croit dans l’idée qu’il faut amener les meilleurs au plus haut. Et puis quelles marges de manœuvre aurait-il au sein de ce gouvernement dominé par la droite ? », s’interroge Marine Roussillon, maîtresse de conférences en littérature, spécialiste des politiques éducatives pour le Parti communiste (PCF).         Selon le service statistiques du ministère, la baisse démographique qui fait chuter la fréquentation des établissements scolaires publics de premier degré (1,2 % d’élèves en moins) épargne le secteur privé, qui lui voit ses effectifs se stabiliser, notamment grâce à la loi sur l’instruction obligatoire dès 3 ans.     Mais les mécanismes de financement (fixés dans la loi Debré) et les usages ont pour le moment empêché la bascule du système, fixant à environ 20 % le nombre total d’élèves pouvant être scolarisés en dehors de l’éducation nationale pour les collèges et lycées. C’est donc moins un transfert d’un secteur à l’autre que l’on observe, qu’un système de vases non communicants, le privé captant les meilleurs élèves, et le public perdant en mixité sociale.     « Il y a deux types de ségrégation scolaire, rappelle Pierre Merle. À l’intérieur du secteur public, entre ceux de l'éducation prioritaire et les collèges du centre ville, et entre le public et le privé avec des établissements privés qui ont un recrutement sélectionné et une localisation surtout dans les capitales régionales, spécifiquement dans les quartiers privilégiés de ces mêmes capitales régionales. »                    L’état de délabrement assez avancé de l’école publique, mis au jour à la lumière de la crise sanitaire, encore plus criant cette année en raison du grand nombre de professeur·es non remplacé·es, favorise ces deux mécanismes. Pour beaucoup de familles, l’école ou le collège de quartier deviennent repoussoirs. Mais le choix d’un établissement privé, que l’on va chercher parfois à des kilomètres de son domicile, reste le fait des catégories les plus aisées de la population.  « Après le premier confinement notamment, on a vu le privé très à l’offensive, assurant que chez eux, “tous les cours avaient été assurés”, et on a même vu, à l’occasion de Parcoursup, des lycées privés qui pouvaient “certifier” que tous les cours avaient eu lieu en présentiel, se souvient Marine Roussillon (PCF). Dans un univers scolaire de plus en plus concurrentiel, toute dégradation du public pousse vers le privé... »___________________________