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vendredi 22 octobre 2010

Revisiter Lisbonne?

Europe: blocage ou fuite en avant ?

Entré en vigueur en décembre 2009 après de vifs débats, le traité de Lisbonne, (dit "simplifié"), issu de compromis laborieux, se retrouve sur la sellette.
Une initiative franco-allemande ubuesque, inapplicable, révélatrice de divergences profondes, que la crise exacerbe. Celle d'une Europe apparaissant, telle qu'elle est devenue, plus que jamais impuissante économiquement et politiquement. Un euro exposé, pris en otage.
Une Europe bridée parce que vassalisée?




"La France et l'Allemagne se sont entendues hier soir, à Deauville, pour proposer de modifier le traité européen de Lisbonne d'ici à 2013, et renforcer les sanctions contre les pays de l'Union européenne qui seraient en « déficit excessif » pour, selon le chef de l'Etat Nicolas Sarkozy, « assurer la stabilité financière de la zone euro ». Cette proposition franco-allemande prévoit notamment qu'un Etat « en déficit public excessif qui n'aurait pas pris en six mois les mesures de redressement nécessaires serait sanctionné », a commenté le chef de l'Etat. La France et l'Allemagne souhaitent aussi que le Conseil européen puisse prendre, à la majorité qualifiée, des sanctions de manière préventive si un Etat ne réduit pas suffisamment ses déficits." _(Les Echos)

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Point de vue: __________________"...On a appris que les ministres des Finances de l’Union européenne se sont mis d’accord - un accord de façade, comme toujours - pour renforcer de façon drastique la gestion de leurs finances publiques, suite à la crise grecque et de l’euro du printemps. Le compromis présenté à la presse prévoit de nouvelles sanctions financières contre les pays qui, à l’avenir, afficheraient des niveaux de déficits ou de dette trop importants. Les sanctions pourraient être des dépôts bancaires forcés, des amendes, voire la privation de subventions européennes. Et il est prévu qu’elles devraient s’appliquer de manière plus automatique que jusqu’à présent. Un pays rappelé à l’ordre disposera de six mois pour corriger le tir avant d’être “puni”.
__Le ridicule de ces coups de menton médiatiques tient au fait qu’ils appartiennent à un genre usé jusqu’à la corde. Les européistes aiment se donner des airs de Père Fouettard quand les problèmes ne se posent pas encore, et adorent promettre une rigueur sans faille quand les problèmes se poseront. Mais, dès que la prochaine crise surviendra, ces mêmes Matamores de la BCE et de la Commission passeront immédiatement sous le tapis. Imagine-t-on sérieusement qu’une poignée de technocrates sans la moindre légitimité démocratique et vivant comme des nababs au sein de la nomenklatura européiste puissent réellement
“punir” tout un pays et tout un peuple pour mauvaise gestion, en lui faisant subir des amendes phénoménales ? Du reste, comment ces Messieurs de Francfort et de Bruxelles pourraient-ils “priver de subventions européennes” un pays contributeur net qui ne leur obéirait pas au doigt et à l’oeil, par exemple un pays comme la France qui verse chaque année des milliards d’euros en pure perte à l’usine à gaz bruxelloise ?
__En vérité, l’illégitimité de l’ensemble de la construction européenne est devenue telle, et son sourd rejet par les peuples tellement massif, que l’on peut penser que
la moindre tentative pour mettre en œuvre pour de bon une politique de sanctions drastiques à l’égard des “mauvais élèves” aurait toutes les chances de provoquer un feu d’artifice général qui mettrait à bas l’ensemble de l’édifice européen.
__On remarquera au passage que, l’Allemagne et la France étant les deux premiers
“contributeurs nets” à la construction européenne [c’est-à-dire les deux pays dont les contribuables payent le plus pour les autres], cette déclaration Merkel-Sarkozy en dit long sur leur degré d’exaspération devant la saignée financière que l’Europe occasionne à leurs budgets nationaux et jette une lumière crue sur la prétendue “solidarité européenne” qui anime tout ce petit monde. Derrière les sourires de circonstance, ces menaces méprisantes de “sanctions politiques” et de “suspensions des droits de votes” sont animées par la rancoeur et l’antipathie. C’est d’ailleurs bien une“approche moralisatrice, voire raciste” qu’avait dénoncée Théodoros Pangalos, vice-premier ministre grec, le 5 avril dernier, en évoquant la façon dont l’Allemagne considérait le problème des finances publiques grecques...

Quoi qu’il en soit, et pour se donner les moyens de placer ainsi totalement sous tutelle économique, financière et politique, des peuples souverains dont la gestion nationale n’aurait pas eu l’heur de plaire, M. Sarkozy et Mme Merkel ont annoncé sans vergogne qu’ils s’étaient mis d’accord pour
modifier“d’ici à 2013″ le traité de Lisbonne.
__Franchement, il faut relire à plusieurs reprises les dépêches de presse et se pincer pour croire à cette déclaration. Quand on pense au Chemin de Croix politique et diplomatique que fut l’élaboration de la Constitution européenne, puis sa signature par les 27 États, puis sa ratification, puis son échec du fait des Non français et néerlandais, puis l’élaboration du traité de Lisbonne en remplacement, puis sa ratification par les 27, et la forfaiture que sa ratification par le Congrès a constituée pour la France, et quand on songe que ce calvaire a duré quelque 7 ans, on reste sans voix en apprenant que le président français et la chancelière allemande ont décidé, un an après l’entrée en vigueur au forceps de ce traité de Lisbonne, de le remettre sur le chantier.
_Cette stupéfaction a aussi, semble-t-il, été celle des autres
“Européens”, d’ailleurs certainement furieux de prendre connaissance d’une semblable incartade en écoutant la radio.

Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, qui est également président de l’Eurogroupe et qui prend volontiers la pose du Sage de l’UE, a laissé tomber d’un ton blasé que
“pour avoir assisté à tant de révisions des traités, mon goût pour reprendre cet exercice est assez limité”. Le gouvernement britannique a fait savoir qu’il “ne soutiendra pas” un changement du traité européen s’il “implique un transfert de pouvoirs” de Londres à Bruxelles. Ne sachant pas très bien quoi dire, le ministre des Finances belge Didier Reynders, dont le pays préside l’UE, s’est contenté d’enfoncer une porte ouverte en déclarant que “maintenant il faut un débat entre les chefs d’État et de gouvernement, puisque l’on passe à des changements de traité”.
_En fait, tous les dirigeants européistes savent bien qu’un nouveau changement de traité ouvrirait une nouvelle boîte de Pandore, en offrant l’occasion à de nombreux autres pays de réclamer d’autres changements institutionnels en Europe, chacun les siens bien entendu. La déclaration Sarkozy-Merkel a donc toutes les chances de soulever une tempête lors des prochains sommets européens et des empoignades à n’en plus finir si leur idée devait perdurer...."
-
Merkel intransigeante...

_"Les 12 impasses de l’UE-[Charte_fondatrice_upr]
__Qui gouverne la France ?

samedi 3 octobre 2009

Irlande: oui à Lisbonne?


Changement de cap par nécessité

Sortir du désastre

Le syndrome islandais
_____________________Fin d'un tigre de papier...
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« Quand on a voté “non”, l'économie vacillait. Maintenant, on coule »
, explique le sénateur indépendant Shane Ross. « L'Irlande est maintenue à flots par la Banque centrale européenne. C'est la vérité crue. Quel esprit suicidaire irait frapper nos alliés européens au moment où les médecins de l'euro sont en train de réanimer le corps ? »
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-Irlande: la crise joue en faveur du «oui» au traité de Lisbonne | Mediapart:
"Depuis le dernier référendum sur le traité de Lisbonne, l'Irlande n'est plus la même. En juin 2008, l'argumentaire des partisans du non au traité trouvait un écho particulier dans la vie quotidienne des Irlandais. Mais aujourd'hui les craintes concernant la remise en cause de l'interdiction de l'avortement, la neutralité militaire et le faible taux d'imposition des sociétés semblent apaisées. Et puis, les chefs d'Etat européens se sont engagés à garantir un poste de commissaire à l'Irlande. Initialement, le texte prévoyait la rotation de 18 commissaires, quand le traité de Nice garantit pour l'instant un commissaire pour chacun des 27 Etats membres.Contrainte par sa constitution à organiser un référendum sur le texte, l'Irlande se rend pour la deuxième fois aux urnes. Lors du premier référendum, il y a plus d'un an, les Irlandais avaient rejeté le traité à 53,4%, remettant en cause la construction de l'Union à 27. Critiqué pour son absence lors de la dernière campagne, José Manuel Barroso, tout juste réélu à la tête de la commission européenne, a cette fois-ci fait le déplacement à Limerick parce que c'est « une question pour toute l'Europe et pas seulement pour l'Irlande ». Il n'a pas échappé au patron de l'exécutif européen que les temps sont difficiles pour les électeurs. « Maintenant ils comprennent l'importance de la solidarité européenne. Sans l'Europe, l'Irlande serait dans une situation bien difficile, regardez l'Islande. Je crois que cette fois-ci le vote sera “oui”», a t-il déclaré à France 24...
C'est qu'entre juin 2008 et octobre 2009, la récession a arrêté le « Tigre celtique » dans son élan. Durement touché par l'éclatement brutal de la bulle immobilière, le pays s'est retrouvé démuni devant l'ampleur de la crise financière. Et pour la première fois en un quart de siècle, le PIB du pays recule. Après avoir connu une croissance de 7% par an entre 1994 et 2007, le produit intérieur brut a plongé de 8,4% en performance annuelle au premier semestre 2009. Et à 12,6%, le taux de chômage de la population active a presque triplé par rapport à juin 2008. Le pays qui assiste impuissant à l'effondrement du secteur de la construction, des dépenses des ménages et aux licenciements des sociétés informatiques Dell ou Intel s'enfonce dans la récession.L'Etat irlandais au bord de la banqueroute en février est loin d'être sorti d'affaire. Malgré un plan d'austérité sévère, les investisseurs semblent à peine rassurés. Et il est encore trop tôt pour savoir si les mesures de soutien du système bancaire irlandais en grande difficulté ont porté leurs fruits. Cela étant, le camp du « oui » souligne que, sans la manne providentielle de 120 milliards d'euros de liquidités injectés par la Banque centrale européenne pour venir en aide aux banques irlandaises, le système se serait totalement effondré...
De toute la zone euro, c'est en effet le pays où la prime sur la dette publique est la plus élevée. Ces sommes que les investisseurs sont prêts à payer pour s'assurer contre la défaillance des obligations de l'État irlandais et qui avaient atteint un niveau record en février dernier sont tout juste revenues, en septembre, sous la barre des 200 points de base. A titre de comparaison, la France oscille autour des 20 points de base. .."

-La crise, meilleure alliée du traité de Lisbonne en Irlande:
"...La crise mondiale a frappé de plein fouet l'économie d'une île dépendante de l'extérieur, qui importe ce qu'elle consomme et exporte ce qu'elle produit. Le fameux "Tigre celtique", passé de la misère à l'extrême richesse en un temps record à la fin des années 1980, découvre tout aussi brutalement sa propre déchéance. Le chômage, à 12,5 % de la population active, a presque triplé en deux ans. Le déficit public, nul en 2007, atteint 11 % du produit intérieur brut (PIB), lequel s'effondre de 8 %. En 2008, les Irlandais se croyaient invulnérables. Aujourd'hui, ils font profil bas. Et ils voient dans l'Union, à qui ils ont dû leur décollage, une bouée de sauvetage.La crise est le meilleur allié des partisans du oui - le gouvernement et tous les partis parlementaires, à l'exception du Sinn Fein (gauche nationaliste). A moins que, à l'inverse, le référendum ne serve de défouloir contre ces "élites" soupçonnées de connivence...."
-Lisbonne : les Irlandais priés de bien voter cette fois-ci - AgoraVox
-Le revirement Irlandais suscite le courroux de Jean-Luc Mélenchon
-Irlande, Espagne, Islande : ces 3 miracles transformés en mirages
-L'UE ne fait plus de miracles:
"...Pour les économistes Alexis Garatti et Romain Sarron, de Natixis, le "miracle irlandais" a pris fin car il était par plusieurs aspects "artificiel". D'abord, l'économie du pays reposait énormément sur les activités financières et de construction. L'effondrement du marché immobilier et l'implosion du système financier ont lourdement pesé dans la balance. Dublin a d'ailleurs volé à plusieurs reprises au secours de ses banques, qui restent parmi les plus fragiles du vieux continent. Ensuite, les économistes de Natixis expliquent que la croissance a été artificiellement soutenue par un gonflement de la dette des ménages et la bulle immobilière, comme cela fut le cas en Grande-Bretagne par exemple, un autre pays européen qui déchante aujourd'hui. Enfin, le boom économique irlandais a rendu le pays très dépendant des Etats-Unis, qui y investissaient lourdement. La récession américaine a donc eu un effet démultiplié sur la République...."
-Irlande : Un référendum pour rien-
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-Pourquoi l'Irlande a finalement dit oui au Traité européen | Rue89-
-Le « oui » irlandais débloque l’Europe ordolibérale
-Ces Irlandais d’où est finalement venu tout le bien - Acrimed
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-Islande en faillite : cas d'école ?

vendredi 22 mai 2020

Berlin, l'UE et Karlsruhe


L'Allemagne inquiète...puis rassure. Pour un temps.
                                   Les mouvements anti-confinements et anti-restictions se répètent, la droite se divise, l'extrême-droite tente de jouer sa partition, la chancelière était réticente à toute aide partagée en ces périodes d'exception et de menaces économiques qui s'annoncent, mettant en péril les économies européennes et le fragile édifice de ce qui n'est pas encore une unité politique, mais un libre marché sous le règne d'un euro fragilisé.
    Après une phase de dé-solidarité renforcée à propos des coronabonds,  il semblerait qu'on assiste à un nouveau départ, une certaine prise de conscience berlinoise de l'urgence de l'union renforcée et de l'aide mutuelle, même si elle n'est pas à la hauteur des enjeux, même si l'aval de tous les pays n'est pas encore acquis.

 « Nous devons agir en Européens pour que l’Europe sorte renforcée par cette crise », a avancé Angela Merkel pour justifier le glissement de la position allemande. Voilà un ton nouveau, qui contraste avec les rigidités précédentes, l'orthodoxie économique imposée, l'ordolibéralisme officiel, les avis de Karlsruhe. Le renforcement européen dont elle parle est en fait un égoïsme bien compris. Que seraient la surproduction allemande sans débouchés assurés, sans partenaires solvables
     L'ancien chancelier E. Schmidt  parlait "... d’une Allemagne dont la puissance économique inquiète les autres Européens. Or, cette puissance, souligna-t-il, n’aurait pas été possible sans le plan Marshall, sans la communauté européenne, sans l’OTAN, « sans l’aide de nos voisins ni sans l’effondrement du bloc de l’Est ». Cette « solidarité reçue », l’Allemagne en était donc redevable, lorsque à leur tour, ses « voisins » frapperaient à la porte de la solidarité.  Ce chancelier qui, par dérision, conseillait aux hommes politiques se vantant d’avoir une vision d’aller voir un médecin, pouvait évidemment se montrer visionnaire lui-même : l’Allemagne, résuma-t-il ce jour-là, « a besoin de l’intégration européenne  ne serait-ce que pour nous protéger de nous-mêmes ».
    L’arrêt de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe contestant la prééminence du droit de l’Union, le 5 mai, semble avoir servi de choc, en favorisant un repositionnement européen de la chancelière.
Au milieu des turbulences et des oppositions  ouvertes ou masquées, rien n'est encore joué, quand la menace plane sur la monnaie unique, dans la montée des pulsions souverainistes ou de retrait d'un certain muticulturalisme.
     Merkel reprend à son compte, contre Karlsruhe, les paroles J. Delors:  "Il faut une union politique, une union monétaire ne suffira pas. " C'est un peur tard, mais dans l'urgence, il est plutôt rassurant que la chancelière s'engage vers plus de solidarité, d'union concertée, même si le fédéralisme est encore de l'ordre de la chimère. Mais le temps presse et les défis à court terme sont gigantesques .. L'ordolibéralisme d'outre-Rhin risque de poursuivre encore longtemps.son cours
                 ____".....Sur le plan juridique (tout d’abord), dans la mesure où la Cour allemande se dresse contre la Cour de justice de l’Union, qui avait jugé légal, en 2018, le «quantitative easing» de la Banque centrale européenne, l’arrêt pose la question de la primauté du droit communautaire sur les droits nationaux. Le principe de primauté est ancien, il a été posé par la Cour de justice de l’UE dans un célèbre arrêt de 1964, Costa c/Enel. Sans doute les États membres ne se rendaient-ils pas compte à l’époque de la portée de cette jurisprudence car aucun n’a protesté. Mais cette portée est immense.
    La CJUE écrit notamment qu’«à la différence des traités internationaux ordinaires, le traité CEE a institué un ordre juridique propre intégré au système juridique des États membres». Elle énonce ensuite que l’engagement européen des États entraîne pour eux «une limitation définitive de leurs droits souverains contre laquelle ne saurait prévaloir un acte unilatéral ultérieur». En somme, la Cour sort le droit communautaire de la catégorie «droit international» et invente un ordre juridique nouveau, intégré aux ordres juridiques nationaux. Elle le place au sommet de leur hiérarchie des normes et affirme qu’aucun acte de droit interne - même ultérieur - ne doit le contredire. Ce faisant, elle fait du droit communautaire une sorte de droit «quasi constitutionnel». Les juristes parlent d’ailleurs de «constitutionalisation des traités européens».
   Il est important de connaître la genèse de la primauté du droit communautaire et de savoir que c’est la Cour de Luxembourg qui en posé le principe. À vrai dire, lorsqu’on nous a fait voter sur le projet de Traité constitutionnel européen (TCE) en 2005, la «quasi-constitution» était déjà là. Cela dit, le principe de primauté ne vaut que si les juridictions nationales y consentent. C’est-à-dire si elles acceptent, lorsqu’elles jugent de quelque chose, de l’appliquer strictement. En France, ça a pris du temps. La Cour de cassation ne s’y est mise qu’en 1975 (avec l’arrêt société des cafés Jacques Vabre), et le Conseil d’État en 1989 (arrêt Nicolo).
     Puisqu’on parle du TCE, il faut maintenant parler de son clone, le traité de Lisbonne, et de la manière dont il a été reçu en Allemagne. Sa réception éclaire en effet beaucoup l’arrêt du 5 mai. Même s’il y a un raidissement évident aujourd’hui, la Cour de Karlsruhe avait déjà exprimé que la primauté du droit communautaire n’était pas absolue pour elle. En 2009, les juges de Karlsruhe étudient le traité de Lisbonne pour vérifier sa compatibilité avec la loi fondamentale allemande. Ils rendent alors un arrêt magistral, l’arrêt «Lisbonne», sorte de longue réflexion philosophique sur ce que sont un peuple, un État, sur ce qu’est la souveraineté. Ils rappellent que même si elle en a certaines caractéristiques, l’UE n’est pas un État fédéral mais une organisation internationale. Ils insistent sur le fait qu’il n’existe aucun peuple européen comme source de légitimité, et préviennent que la fédéralisation ne peut pas se faire «en douce» mais qu’un «saut fédéral» ne peut intervenir qu’à la suite d’une décision explicite du peuple allemand de s’autodissoudre dans plus grand.
     Concernant la primauté du droit communautaire, qu’une annexe au traité de Lisbonne prévoit de consacrer, la Cour de Karlsruhe prévient que «la République fédérale d’Allemagne ne reconnaît pas une primauté absolue d’application du droit de l’Union» et que cette primauté s’arrête là où commence «l’identité constitutionnelle» des États. Elle se réserve donc le droit d’écarter parfois l’application du droit européen («il n’est pas contradictoire avec l’objectif d’ouverture à l’égard du droit européen, c’est-à-dire à la participation de la République fédérale d’Allemagne dans la réalisation d’une Europe unie (...) qu’à titre exceptionnel et sous certaines conditions strictes, la Cour constitutionnelle fédérale puisse déclarer inapplicable le droit de l’Union européenne en Allemagne») et de s’opposer s’il le faut à la CJUE ( «La Cour constitutionnelle fédérale ne peut, toutefois, reconnaître le caractère définitif des décisions de la Cour de justice «qu’en principe».» ).
      Oui, et c’est ce qu’elle a fait le 5 mai en estimant que la jurisprudence de la CJUE sur l’action de la BCE ne la liait pas. Indépendamment du contenu de ce jugement et des mots très durs qu’il contient (les juges allemands qualifient l’arrêt de la CJUE d’«incompréhensible» et d’ «arbitraire», ce qui est d’une violence rarissime), il faut donc replacer ce conflit de légitimité dans le contexte de cette «guerre du dernier mot» entre juridictions qu’a longuement étudiée Alain SupiotCar ce sont bien deux légitimités qui s’affrontent. Celle du Tribunal constitutionnel allemand d’une part, né des dispositions de la loi fondamentale allemande qui le créent et fixent ses attributions. Celle de la CJUE d’autre part, qui s’est en quelque sorte arrogée sa propre compétence de surplomb, puisque c’est elle-même qui a décidé de la primauté du droit européen et que, ce faisant, elle s’est auto-instituée - par une simple jurisprudence - en Cour suprême...."(Coralie Delame Figarovox)
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samedi 20 avril 2019

Autant en parler

OTAN:
                Plus que jamais, la question est posée aujourd'hui, surtout dans le nouveau contexte international, après le Kosovo, la Libye...
                                    Comment s'en désengager?
      Point de vue:

« Je ne veux pas d’une Europe qui soit juste une zone de libre-échange attachée à l’OTAN… » (Ségolène Royal). Qu’est-ce que l’OTAN ? L’OTAN est une des expressions de l’atlantisme. Qu’est-ce que l’atlantisme ? L’atlantisme est le courant politique conceptualisé au début de la guerre froide qui prône une alliance militaire centrée sur les États adjacents à l’océan Atlantique Nord et, par extension, entre l’Europe et l’Amérique du Nord (spécialement les États-Unis et le Canada). Cette alliance s’accompagne d’une coopération dans les domaines politiques, économiques et culturels. Ce courant politique donne pour objectifs à cette alliance d’assurer la sécurité des pays membres et de protéger les valeurs qui les unissent : la démocratie, les libertés individuelles, et l’État de droit (rule of law)1. Un retour en arrière s’impose pour mieux appréhender cette problématique de l’OTAN, de l’atlantisme et d’une éventuelle défense européenne, sorte de serpent de mer.
           4 Avril 1949, création de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN ou NATO sous son acronyme en langue anglaise)2. 4 avril 2019, soixante-dix après, qu’est devenue cette institution internationale ? Le résultat est mitigé, en demi-teinte. Le moins que l’on puisse dire est que le cœur n’y est plus tant ses évolutions intervenues depuis la fin de la Guerre froide, soit trente ans après, soulèvent de multiples questions importantes que pose Donald Trump3. Si tôt posées, si tôt évacuées tant elles mettent en cause les dogmes intangibles d’une église dont les fondations se fissurent. Un simple sommet des ministres des Affaires étrangères pour célébrer l’évènement4. Rappelons la genèse de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord en 1949 avant de nous souvenir du tournant de la fin de la Guerre froide en 1989 qui voit la renaissance de l’Alliance atlantique pour conclure sur les interrogations légitimes au sujet de la pertinence et de la pérennité de la structure en 2019 (« toujours vitale » pour certains, « en finir avec l’OTAN » ou « lui accorder sa retraite », pour d’autres) !
Comment définir simplement l’Alliance atlantique créée en 1949 pour protéger les démocraties occidentales européennes et le Canada d’une menace de déstabilisation par l’ours soviétique et ses satellites ? Pour être un outil de sécurité, l’OTAN n’en demeure pas moins un instrument d’asservissement.
Reportons-nous à la situation de l’Europe en 1945 et aux accords de Yalta ! Avec la fin de la Seconde Guerre mondiale et la défaite de l’Allemagne nazie en mai 1945, la suspicion grandit entre les alliés du temps de la guerre. L’entrisme de Moscou à l’est inquiète à l’ouest. En mars 1946, l’ambassadeur des États-Unis à Moscou, George Kennan incite Washington à contenir (« containment ») l’expansion de la Russie avec vigilance et fermeté. Winston Churchill parle de « rideau de fer descendu à travers le continent de Stettin à Trieste ». Staline l’accuse de « calomnie ». En 1947, « l’année terrible » est marquée par l’entrée dans la « guerre froide » (Walter Lippmann), l’approfondissement des failles idéologiques entre Moscou et Washington. Deux Europe s’affirment sous la tutelle des deux Grands. En 1948, on assiste au « coup de Prague », au blocage des secteurs occidentaux de Berlin. L’antagonisme est-ouest constitue alors l’élément fondamental structurant l’ordre international de l’après-guerre.
A l’ouest, la réaction s’organise. Britanniques et Français concluent un traité d’alliance et d’assistance mutuelle le 4 mars 1947 à Dunkerque. Il s’élargit aux trois pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) qui créent « l’Union occidentale » à Bruxelles le 17 mars 1948. Ce traité comporte un engagement d’assistance automatique en cas d’agression. Mais comment convertir la défense européenne en défense occidentale ? Des négociations se tiennent d’abord entre anglo-saxons, élargies par la suite à plusieurs autres États entre les deux rives de l’Atlantique. Elles débouchent finalement par la signature du traité de l’Atlantique nord le 4 avril 1949 à Washington. Ses parties sont les cinq États du traité de Bruxelles auxquels se joignent le Canada, le Danemark, les États-Unis, l’Islande, l’Italie, la Norvège et le Portugal. Ce sont donc douze États qui forment l’avant-garde de la défense occidentale face à l’URSS5.
À l’est, la riposte s’organise. Le pacte de Varsovie est une ancienne alliance militaire groupant les pays d’Europe de l’Est avec l’URSS dans un vaste ensemble économique, politique et militaire.
Il est conclu le 14 mai 1955 entre la plupart des pays communistes du bloc soviétique par un traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle. Nikita Khrouchtchev, qui en fut l’artisan, l’avait conçu dans le cadre de la guerre froide comme un contrepoids à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) qui avait vu le jour en avril 1949. La principale raison ayant motivé la formation du pacte de Varsovie, selon l’exposé des motifs, fut l’adhésion de la République fédérale d’Allemagne « en voie de remilitarisation » au traité de l’Atlantique nord au moment de la ratification des accords de Paris le 9 mai 1955. Le pacte de Varsovie est dissout en juillet 19916.
Sur le plan de l’étymologie : le terme d’atlantisme est un dérivé d’atlantique, concept contenu dans l’appellation de l’« Organisation du traité de l’Atlantique Nord » (OTAN sous son acronyme français et NATO en anglais). Le mot atlantique est issu du grec atlantikos, Atlantique. Il est un dérivé d’Atlas, du nom d’une chaîne de montagnes situées en Afrique du Nord. L’adjectif "atlantique" qualifie ce qui concerne l’Océan atlantique et les pays riverains.
L’atlantisme désigne une politique extérieure caractérisée par le soutien apporté aux Etats-Unis, notamment dans le cadre de l’OTAN. Conceptualisé au début de la Guerre froide, l’atlantisme prône une étroite coopération entre les Etats-Unis, le Canada et les pays européens dans les domaines politique, militaire, économique et culturel. L’objectif avoué consiste, en principe, à assurer la sécurité des pays membres de l’OTAN (clause de solidarité de l’article 5 qui veut qu’une attaque contre l’un de ses membres est considérée comme une attaque contre tous) et de protéger les valeurs qui les unissent : démocratie, libertés individuelles et Etat de droit.
L’atlantisme désigne aussi l’attitude politique, l’opinion, la doctrine de ceux qui font du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) la base de leur action extérieure et qui, au nom de ces principes, s’alignent de manière plus ou moins systématique, idéologique sur la politique extérieure des Etats-Unis qu’elle soit entièrement justifiée ou totalement infondée, ce qui arrive parfois7.
C’est que l’Amérique, le pays à la destinée manifeste, n’est pas une nation sentimentale. Accorder une assurance tout-risque à ses alliés comporte un prix, un prix fort que ces derniers doivent acquitter sous peine d’excommunication. Sur le plan politique, d’abord, cela signifie un alignement inconditionnel sur toutes les positions diplomatiques américaines, y compris les plus critiquables. On se souvient des foucades du général de Gaulle contre l’impérialisme américain (Cf. le discours de Phnom Penh de 1966 au cours duquel il critique l’intervention américaine au Vietnam) et de sa volonté de ne pas adhérer automatiquement à la politique étrangère de Washington. Sur le plan économique et commercial, ensuite, cela signifie se plier au primat du dollar comme monnaie d’échange et aux règles de droit américain sur le commerce international. Sur le plan militaire, enfin, cela signifie faire sienne, d’endosser la doctrine du Pentagone en matière d’interventions extérieures (Afghanistan, Irak, Syrie…) et surtout acheter exclusivement du matériel américain au nom du sacro-saint principe de l’interopérabilité. L’Amérique, c’est aussi « Buy American First ».
    Quarante ans après sa création, l’OTAN est confrontée à un défi qu’elle n’avait pas envisagé, la disparition de l’ennemi (l’URSS et du Pacte de Varsovie) qui en était sa principale justification et de la menace (nucléaire et conventionnelle) qui pesait sur ses membres.
   Que faire logiquement lorsque l’ennemi (le méchant ours russe) disparait ainsi que l’organisation qui lui servait de bras armé (le Pacte de Varsovie). Telle est la question de nature existentielle qui est posée à l’Amérique et à ses alliés fin 1989 et durant toute l’année 1990 ? Alors que certains prévoyaient sa fin, nous assistons à une sorte de renaissance de l’OTAN.
    Chargée de protéger les pays occidentaux face à la menace du bloc soviétique, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) n’aurait-elle pas dû naturellement disparaître avec la fin de la Guerre froide, l’effondrement de l’URSS et la dissolution du Pacte de Varsovie (1991) ? Et cela d’autant plus que, dès avant la fin des années 1980, les « ennemis » avaient décidé de se lancer dans une politique de détente entre l’Est et l’Ouest, entre les deux Allemagnes. N’allait-on pas enfin substituer au vieux système d’alliances celui de la sécurité collective, fondement de la Charte de l’ONU ?8 Les prémisses d’un tel système n’existaient-elles pas avec les différents accords conclus durant la Guerre froide : accord d’Helsinki, document sur les mesures de confiance et de sécurité, traité sur les forces classiques en Europe, traité ciel ouvert, accords américano-soviétiques (SALT, START, ABM…) ? Les internationalistes se plaisent alors à le croire.
     La fin de la Guerre froide ne signifie-t-elle pas à terme la solution de tous les conflits, y compris les conflits menés par procuration par les deux Grands ? Ne rend-elle pas l’OTAN obsolète, décalée par rapport au monde de paix et de sécurité qui se dessinait après 1989, « année de toutes les ruptures » ? L’ONU ne va-t-elle pas enfin jouer son rôle de pourvoyeuse de stabilité par la mise en place d’une diplomatie préventive des conflits potentiels ? « L’Agenda pour la paix » adoptée en 1992 à New York par l’institution new yorkaise ne préfigure-t-il pas une sorte de paix universelle et perpétuelle chère à Emmanuel Kant ? Tel est le rêve secret que l’on caresse à Paris. François Mitterrand envisage la mise en place d’une « confédération européenne » excluant les États-Unis et le Canada, laissant aux Européens le monopole de leur avenir (1989) ayant pour conséquence la fin de la « Sainte-Alliance » (Cf. sa diatribe lors du sommet de l’OTAN à Rome, 1991). En vain !
Malheureusement, l’Histoire est tout autre. Au lieu d’une logique d’effacement, l’OTAN va petit à petit renaître de ses cendres, Washington a quelques idées sur la question après avoir été un temps dépassé. Désormais qualifiée d’ «Alliance unique », elle subit une triple transformation sans modification de son traité constitutif : élargissement à ses anciens adversaires sans pour autant en définir les limites géographiques ; modification de sa doctrine d’emploi pour une meilleure prise en compte des nouvelles menaces et mue en bras séculier de l’ONU, de l’OSCE, voire de l’Union européenne qui ne parvient pas toujours à mettre sur pied une défense européenne autonome en dépit de l’absorption de l’UEO (Union de l’Europe occidentale). La fin de la Guerre froide s’accompagne de la multiplication des guerres concrètes, réelles. L’éclatement de l’ex-Yougoslavie lui fournit une première occasion de désigner un nouvel ennemi9.
     La guerre du Kosovo, contre la Serbie de Slobodan Milosevic, est lancée au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Elle crée un précédent sur la possibilité d’attaquer sans aval de l’ONU un pays ne constituant pas une menace pour la sécurité des membres de l’OTAN. A cette époque, Moscou fait part de son opposition à cette manière de procéder avertissant que ce précédent sera utilisé par la Russie le moment venu (ce sera parole tenue). Cette première intervention est suivie d’une seconde, hors du continent européen (qualifiée en son temps de hors-zone), par l’attaque de l’Afghanistan conduite au titre de la « guerre contre le terrorisme » après les attentats du 11 septembre 2001. Ainsi, l’Alliance atlantique place les armées de ses pays membres en ordre de bataille10. Devenue le gendarme du monde, l’OTAN prête main-forte à la coalition internationale chargée de renverser le guide libyen au titre de sa contribution aux « printemps arabes ». Elle guerroie également au Proche et au Moyen-Orient avec les succès que l’on sait…
     Soixante-dix ans après sa création que faire de cet enfant légitime de la (première) Guerre froide alors que le monde a changé, que de nouveaux acteurs ont fait leur apparition sur la scène internationale et que certains évoquent une « Guerre froide, deuxième version »12, à quoi sert l’OTAN ? Œuvre-t-elle pour le renforcement de la paix et de la sécurité internationales et donc pour le bien des peuples ou pour les seuls intérêts bien compris des États-Unis et de son puissant lobby militaro-industriel ?
      L’OTAN (faux-nez de Washington) s’intronise gendarme du monde à la maladie duquel elle contribue grandement. Elle pousse à l’effacement de l’Europe, à l’alignement de la France. Tel est le bref bilan que l’on peut dresser d’une organisation alors qu’un nouveau siècle commence.
     « Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi ! » prédit Alexandre Arbatov, conseiller diplomatique de Mikhaïl Gorbatchev en 1989. C’est panique à bord à l’OTAN au début des années 1990. Il faut se trouver un nouvel ennemi13 pour justifier de son existence. C’est d’abord l’ex-Yougoslavie, ensuite le terrorisme après les attentats du 11 septembre 2001 et, par un bégaiement de l’histoire, de nouveau la Russie depuis les crises géorgienne (2008) et ukrainienne (2014). A Washington, on méprise de plus en plus les Nations unies et le multilatéralisme qu’elles représentent. On préfère déporter les problèmes de New York vers Evere, les alliés y étant réduits au rôle de faire-valoir des États-Unis. Tout ce beau monde est mû par une double force : une inertie phénoménale qui pousse au statu quo et un panurgisme qui pousse à la servitude volontaire. « On vous demande la quadrature du cercle : trouver une solution militaire à une crise politique »14. Il y a un déficit de lucidité sur les risques inhérents aux solutions préconisées par Washington et entérinées par ses alliés en dépit des déconvenues régulières. Le discours politique devient synonyme de mensonge.
     Le sommet des chefs d’État et de gouvernement de Varsovie (8- 9 juillet 2016) est marqué par des décisions qui ne sont ni rassurantes, ni de nature à créer de la confiance et de la sécurité entre l’Occident et la Russie15 : exercice de 2000 soldats en Pologne pour tester les nouvelles capacités de réaction de l’OTAN dans un pays voisin de la Russie dans le cadre d’une opération militaire d’entraînement comme il n’en avait pas été élaboré depuis 1989 et la fin du système communiste ; déploiement de quatre bataillons d’ici 2017 en Pologne et dans les pays baltes16 ; activation d’un nouveau site de défense antimissile en Roumanie qui devrait être suivi par un autre en Pologne (« initiative de réassurance européenne » lancée en juin 2014 par Barack Obama) ; protocole d’accession d’un 29ème État membre, le Monténégro qui aura le statut d’observateur (réunion des ministres des Affaires étrangères des 19 et 20 mai 2016) : étude des candidatures de la Bosnie, de la Géorgie17 et de la Macédoine ; dissuasion ; adaptation aux nouvelles menaces…
     Malgré la reprise annoncée des activités du conseil OTAN/Russie ou COR (13 juillet 2016), ce sommet est frappé au sceau de la « menace russe » et sur la nécessaire « fermeté » de l’Alliance (Barack Obama). Pour se démarquer, François Hollande déclare au quotidien Le Monde que la Russie n’est « ni un adversaire, ni une menace ». Comprenne qui pourra ! Aujourd’hui, certains insistent sur la « nécessité de relancer le conseil OTAN/Russie »18
     Force est de constater qu’à Washington, on ne sait pas reconnaître ses échecs. « Les États-Unis sont en partie responsables de la multiplication de leurs propres ennemis »19. Aujourd’hui, rien ne menace son pouvoir, sinon son propre hubris. Or, les Vingt-Huit (les Vingt-Sept bientôt ?) sont incapables de mettre sur pied une politique de sécurité et de défense, faute de s’entendre sur une vision commune alors même que la défense de l’Europe, c’est l’affaire des Européens. Ces derniers sont « drogués à l’hégémonie américaine, préféreraient une grande Suisse à une Europe puissance »20. Notre réintégration de la structure militaire intégrée n’a en rien changé les choses. Pourquoi dupliquer les missions de l’OTAN à l’Union européenne, nous rétorquent nos partenaires ? La PESD n’est qu’une coquille vide qui satisfait la grande majorité d’entre eux. La défense de l’Europe se pense, se fait à Evere et non au Berlaymont, plus encore après le « Brexit » et en dépit de la déclaration commune OTAN/UE adoptée à Varsovie. De l’UEO qui devait préfigurer une défense européenne robuste, il ne reste qu’un vague souvenir. Les traités de Maastricht et de Lisbonne se bornent à la réaffirmation de principes sans la moindre consistance. En masquant des intentions différentes, ils font au moins autant partie du problème que de sa solution.
       L’explosion de sa première bombe nucléaire (1960), la fin de la guerre d’Algérie (1962), le remboursement de ses dernières créances conduisent le général de Gaulle à s’émanciper de la tutelle pesante des États-Unis en quittant la structure militaire intégrée de l’OTAN en 1966. Cette distance vis-à-vis de Washington vaut à la France un capital de sympathie inestimable dans le Tiers-Monde. Ceci va évoluer : « Si tu y pensais un peu plus souvent, tu ne ferais pas tout le temps des propositions idiotes »21. Jacques Chirac amorce un mouvement de rapprochement avec l’Alliance : réintégration du comité militaire, tentative de retour dans certains commandements du flanc sud sans passer la ligne rouge. Nicolas Sarkozy s’enorgueillit de retrouver la « famille occidentale » en rejoignant en 2009 la structure militaire intégrée quittée en 1966 pour démontrer son indépendance face à Washington22. Indépendance par rapport à « l’hybris, la folie des grandeurs, une ignorance condescendante du monde extérieur : ‘The West and the Rest’, dit-on outre-Atlantique »23. Le rapport Védrine ne remet pas en cause ce retour qui s’accompagne de l’émergence d’un courant néo-conservateur au Quai d’Orsay diffusant au sein des plus hauts cercles de l’État24. Manifestement, le plus jeune président de la Cinquième République, Emmanuel Macron s’agite beaucoup (il brandit les mots de défense européenne, d’armée européenne…) mais ne parvient pas pour l’instant à emporter les suffrages de ses partenaires européens, qui ne pensent que NATO pour leur sécurité. Son opération de charme auprès de Donald Trump tourne court25. L’Allemagne ne succombe pas aux sirènes jupitériennes.
    Quel constat peut-on dresser en 2019 sur l’OTAN, sur son fonctionnement, sa pertinence ? Si l’OTAN n’est pas aussi solide que ses thuriféraires le prétendent, c’est bien parce qu’elle est bâtie sur de nombreux malentendus, sous-entendus que le temps et Donald Trump mettent à nus.
  « Historiquement, on n’a jamais vu une alliance survivre longtemps à la disparition des causes qui l’ont créée »26. Au stade où nous sommes parvenus, le temps n’est plus à la diplomatie déclaratoire aussi inutile qu’inefficace. Tel un médecin, le diplomate se doit d’abord de porter le diagnostic pertinent sur le malade NATO (le temps du constat objectif) avant de lancer le temps du remède approprié (le temps de la réflexion sans tabou)27.
      Un sérieux doute sur son efficacité. Tous les théâtres d’opération extérieurs de l’OTAN présentent la même caractéristique : une bataille gagnée, une guerre perdue. Aucun n’échappe à la règle : Afghanistan (presque vingt ans après les avoir chassé d’Afghanistan dans la foulée des attentats du 11 septembre 2011, Donald Trump négocie dans le dos des alliés le retour des Talibans) ; Irak (le pays n’a toujours pas retrouvé la paix après la ballade de la coalition en 2003 effectuée sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU et cela en dépit de la victoire annoncée sur l’EIIL le 22 mars 2019 par Donald Trump) ; Libye (presqu’une décennie après l’intervention prétendument humanitaire de l’Alliance atlantique, le pays et la zone sahelo-sahérienne ne sont toujours pas remis de ce tsunami atlantiste et de la folie de Nicolas Sarkozy particulièrement bien inspiré par le philosophe-diplomate BHL) ; Syrie ( en voulant chasser Bachar Al-Assad, la coalition l’a conforté comme elle a contribué à un renforcement de la présence russe et iranienne dans le pays et chez ses voisins ici aussi en dépit de la défaite de Daesh sur le terrain28)… Veut-on/peut-on tirer les leçons qui s’imposent de cette chronique de défaites annoncées ? Veut-on se souvenir que toutes les alliances sont mortelles ? Nous n’en avons pas l’impression.
      Un sérieux doute sur sa pérennité. Depuis, l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump29, les alliés de Washington semblent avoir découvert, qu’un jour ou l’autre, les États-Unis pourraient, au mieux, revoir la nature de leur engagement à leur égard (en particulier l’automaticité de la mise en œuvre de la clause de solidarité prévue à l’article 5 du traité de Washington), au pire décréter que soixante-dix ans, ça suffit et qu’ils ont mieux à faire qu’à assurer la sécurité en Europe surtout lorsque cette dernière ne prend pas suffisamment sa part du fardeau financier. En un mot, l’assurance tout-risque a un coût. Au cours des dernières semaines, la ministre des Armées, Florence Parly a mis les pieds dans le plat lors d’une visite au Grand Frère. Elle déclare le 18 mars 2019 lors d’une visite à Washington que l’Europe s’inquiétait de la pérennité de l’engagement des Etats-Unis dans l’OTAN et a implicitement critiqué l’attitude de Donald Trump vis-à-vis de l’Alliance atlantique. « Ce qui préoccupe les Européens est de savoir si l’engagement des Etats-Unis est pérenne », souligne Florence Parly, avant de rencontrer le même jour son homologue américain, le secrétaire d’Etat à la Défense Patrick Shanahan. Nous avions soulevé la question incongrue à l’été 201830. D’autres, plus experts, se la posent sans ambages aujourd’hui alors que règne dans notre pays un silence assourdissant sur le sujet. Il y a urgence à ouvrir ce débat interdit à l’occasion des élections européennes du 26 mai prochain.31.
      Le dispositif militaire en Irak et en Syrie est évoqué lors de cet entretien. Donald Trump réclame régulièrement, depuis son accession au pouvoir en janvier 2017, davantage d’efforts financiers de la part des autres pays membres de l’Alliance et promeut sans relâche les armes et équipements militaires américains. Il exige que les pays membres consacrent 2% de leur produit intérieur brut à leurs dépenses militaires, faute de quoi il menace de retirer les Etats-Unis de l’OTAN. « L’alliance ne devrait pas être soumise à des conditions, sinon ce n’est pas une alliance », a estimé lundi Florence Parly. « La clause de solidarité de l’OTAN est baptisée Article 5 et non article F-35 », a-t-elle ironisé, par allusion à l’avion de combat américain fabriqué par Lockheed-Martin. Les Etats-Unis ne devraient pas considérer comme un geste hostile, ni comme un prétexte pour se désengager, la volonté des Européens d’être plus autonomes sur le plan militaire, estime Florence Parly. En novembre dernier, Donald Trump avait jugé « très insultant » que son homologue français Emmanuel Macron ait proposé la création d’une armée européenne pour que l’Union puisse se protéger de potentiels adversaires32. Au pays de la statue de la Liberté, on n’apprécie pas trop que le dogme de la prééminence américaine sur le plan militaire soit remis en cause par les officiants européens. Le message est particulièrement clair et particulièrement bien ciselé en théorie. Mais, une fois encore, la question est de savoir si tout ceci n’est que bonne parole ou si cela peut déboucher sur une réflexion, et qui sait le moment venu, sur des décisions fortes ? Alors que le 45ème président américain contraint les Européens à s’interroger sur l’essence même de leur projet, ces derniers vont-ils, une bonne fois pour toutes, s’interroger sur l’avenir de la relation transatlantique ainsi que, question connexe, sur l’avenir de la défense européenne ? Quelques mots s’imposent sur la farce de Washington.
         L’avenir de la relation transatlantique. Une fois de plus, les Européens devraient accepter de débattre de questions qui les embarrassent, et cela, le plus rapidement possible pour éviter de se trouver, un jour prochain, devant la politique du fait accompli, grand classique de Washington à l’égard de ses alliés, de ses vassaux. Dans quels buts, l’OTAN créée pour faire face à la menace des États communistes, URSS en tête, n’a pas été dissoute à la disparition de leur pacte de Varsovie ? Quels sont les intérêts de toutes natures qui poussent les États-Unis à remettre sur la table la question du partage de la charge financière de l’Alliance ? Rappelons que dans le cadre de la présentation du rapport annuel sur les dépenses de Défense des membres de l’Alliance, « l’Allemagne a été appelée par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg à respecter son engagement d’augmenter ses dépenses de Défense », rapporte l’AFP. Alors que ces dépenses à 1,23 % du PIB sont « demeurées inchangées en 2018 », certains qualifient Berlin de « mauvais élève de l’OTAN ». Jens Stoltenberg affirme que « les risques que fait courir Huawei à la sécurité des futurs réseaux de communications mobiles de cinquième génération doivent être pris au sérieux ». En effet, « les Alliés, américains et européens s’inquiètent des négociations avec le groupe chinois pour le déploiement de la 5G, notamment en Allemagne ». On constate que, derrière des intérêts sécuritaires, se dissimulent souvent des intérêts encore plus importants, de nature commerciale, à savoir la compétition entre Pékin et Washington. Pourquoi, les Européens sont-ils dans l’incapacité structurelle d’organiser leur défense de manière indépendante alors que « l’Alliance atlantique court aujourd’hui un risque mortel » ?33 Les Européens veulent-ils ou se poser les questions existentielles sur l’avenir de la relation transatlantique ?34 En dernière analyse, revient de manière récurrente une question lancinante : ce qui est bon pour l’OTAN est-il bon pour l’Europe ?35
        L’avenir de la défense européenne36. Manifestement, les Européens restent encore, pour une durée indéterminée, sous tutelle de l’Oncle Sam et cela d’autant plus qu’ils sont divisés sur la meilleure façon de garantir la sécurité du continent. Les ministres de la Défense se réunissent régulièrement et collectivement à Evere pour pratiquer la liturgie otanienne et vont individuellement faire leurs dévotions au Pentagone (comme vient de le faire la ministre des Armées, Florence Parly). Cela ne changera pas encore de sitôt malgré les grandes annonces successives de l’Union européenne empêtrée dans les méandres d’un « Brexit » fluctuant37 : coopération structurée permanente (CSP), Fonds européen de défense, Initiative européenne d’intervention… Au mieux, le « soft », c’est pour l’Europe, le « hard », c’est pour les Américains. Car, au-delà de la conception théorique de la défense, un problème plus technique mais plus politique se pose à travers le concept d’interopérabilité. Pour être plus efficaces, parlons la même langue (l’anglais), achetons les mêmes matériels et les mêmes munitions (américaines), adoptons les mêmes manières de conduire la guerre (à l’américaine38) avec les succès que l’on sait… Le Pentagone n’a aucune raison de voir les choses évoluer dans le sens d’une plus grande intégration militaire européenne au risque de perdre tous ses avantages industriels et ils sont nombreux. La volonté européenne – si tant est qu’elle existe – se heurte à la réalité d’une Alliance dominatrice qui étend sa toile jusqu’aux confins russes. Au mieux, les États-Unis consentiraient à la mise en place d’une annexe européenne de l’OTAN (le fameux pilier européen qui n’a jamais existé) baptisée « défense européenne » pour tromper le gogo et augmenter la note payée par l’Union européenne (revendication chère à Donald Trump)39. On comprend mieux pourquoi l’idée d’une « armée européenne » chère à Emmanuel Macron relève à ce stade de la chimère ou de l’utopie pure. L’idéal serait de dissoudre l’OTAN pour sauver l’Europe40. Et surtout de savoir ce que nous attendons véritablement d’une Europe de la défense41.
       La farce de Washington. Le sommet de l’OTAN de Washington au niveau des ministres des Affaires étrangères (3-4 avril 2019) est un pur exercice de diplomatie déclaratoire sans lendemain. Le discours du secrétaire général de l’Alliance atlantique, le norvégien Jens Stoltenberg devant le Congrès frise le ridicule. Il met en garde contre la menace que fait peser sur l’Alliance une « Russie plus affirmée » sur la scène internationale ». Toujours la même rhétorique consistant à désigner un ennemi pour resserrer les rangs de la mauvaise troupe. Et d’ajouter : « L’OTAN n’a aucune intention de déployer des missiles nucléaires terrestres en Europe. Mais elle prendra toujours les mesures nécessaires pour fournir une dissuasion crédible et efficace ». Un exercice d’autosatisfaction ne peut pas faire de mal. Et notre servile courtisan de se présenter l’OTAN comme « l’alliance la plus efficace de l’Histoire ». Rien de moins… « L’OTAN a été bénéfique pour l’Europe, mais aussi pour les Etats-Unis », a-t-il insisté. Le dirigeant norvégien s’était entretenu le 2 avril 2019 avec le président américain, qui lui a dit que ses coups de pression sur les Alliés, à commencer par l’Allemagne, les avaient conduits à augmenter leur contribution financière. « Depuis mon arrivée à la présidence, cela a décollé en flèche », lui a-t-il notamment déclaré. « Nous avons récupéré 140 milliards de dollars en investissement supplémentaire, et il semble que nous aurons au moins 100 milliards de dollars de dépenses en plus par les pays (…) d’ici 2020 ». Réclamé de longue date par Washington, ce rééquilibrage de l’effort de défense entre alliés de l’OTAN a pris une nouvelle dimension depuis son arrivée à la Maison blanche. Pour sa part, Mike Pence, le vice-président américain, a une nouvelle fois ciblé l’Allemagne, critiquant la décision de Berlin de soutenir la construction du gazoduc Nord Stream 2. « Nous ne pouvons garantir la défense de l’Ouest si nos alliés se rendent dépendants de la Russie », a-t-il déclaré42. Russie accusée de s’ingérer dans les processus électoraux en Occident43. C’est pourquoi l’OTAN est contrainte, à son corps défendant, de durcir sa posture vis-à-vis de la Russie44. La Russie, toujours l’ennemi russe. Encore, une carabistouille atlantiste. Quant au secrétaire d’État, Mike Pompeo, il appelle ses alliés de l’OTAN à s’adapter aux nouvelles formes de menaces à travers le monde, pour faire face notamment aux ambitions de la Russie, à la concurrence stratégique de la Chine, à la menace iranienne et aux migrations incontrôlées. Certains en appellent l’Allemagne à plus contribuer au budget de l’Alliance et à trop faire preuve d’attentisme sur les sujets stratégiques45. D’autres stigmatisent l’attitude de la Turquie qui s’apprête à acquérir des missiles de fabrication russe46. En un mot, tout va très bien madame la marquise du côté d’Evere « for ever ».
     Même si ce n’est pas la fin du monde, nous approchons de la fin d’un monde. À l’instar d’autres institutions internationales qu’elles soient universelles ou régionales, l’OTAN ou organisation sur l’insécurité et la coercition, sorte de nouveau gendarme du monde libre, commence à vaciller sur ses fondements sous les coups de boutoir répétés du 45ème président des États-Unis. On s’y querelle sur des chiffres en lieu et place de s’interroger sur sa pertinence réelle en ce début de XXIe siècle. La machine otanienne tourne à vide. Plus elle s’élargit en nombre, plus elle se dégonfle en substance ! Mais, les atlantistes et autres néo-conservateurs continuent de la vénérer tel le Saint Chrême. Quoi de mieux que de la célébrer à échéances régulières pour faire oublier aux croyants dubitatifs la remise en cause des évangiles américaines repris par les idiots utiles européens ! L’absence de grand-messe au niveau des chefs d’État et de gouvernement pour les cérémonies du 70ème anniversaire de sa création (Washington, 3-4 avril 2019) traduit à l’évidence un malaise certain sur le devenir de cette organisation, héritage de la Guerre froide.
    Manifestement, les Européens sont indécrottables lorsqu’il s’agit de l’OTAN47. Ils pratiquent à la perfection la politique de l’autruche. La perle revient à Florence Parly, précitée qui déclare, sans trembler et avec la plus grande piété, lors de son dernier voyage de dévotion à Washington : « Une Europe forte n’est pas synonyme d’un lien transatlantique distendu ». Bravo, Miss OTAN ! Toute brillante énarque que vous êtes, vous n’avez toujours pas compris la différence entre être allié et être aligné. Vous seriez bien inspirée de relire quelques excellents discours du général de Gaulle et l’éternel Discours de la servitude volontaire d’Etienne de La Boétie en lieu et place des notes que vous préparent vos brillants conseillers néo-cons. Quant à notre stratège de « Breton madré » du Quai des Brumes présent à cette grand-messe atlantiste, on peine à comprendre sa pensée tant elle brille par le flou, par le brouillard marin. (Guillaume Berlat)

samedi 13 juin 2009

Européennes: un bilan

Une abstention à interpréter

Un mode d'élection à revoir

Un système de fonctionnement parlementaire à réinventer

""Méfiance, méconnaissance, désintérêt… Les citoyens européens n’accordent pas vraiment d’importance au travail de leurs députés. Au point qu’ils n'étaient que 30% à être certains de vouloir voter aux les élections européennes."
Est-ce étonnant ?
L'Europe a failli à son projet initial
Elle est devenue surtout un grand marché , ouverte à la libéralisation et à la mondialisation à l'anglo-saxonne
Une refondation s'impose sous peine d'échec
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-Sapir: «les commentateurs du 7 juin sont aveugles!»:
"Les élections européennes du 7 juin ont été remarquables au moins autant par leurs résultats que par l’aveuglement des commentateurs. Ces derniers ont ainsi mis en avant la « vague conservatrice » à laquelle on aurait assisté. Mais, celle-ci a été des plus relative face à l’abstention, elle, réellement historique, que l’on a connu dans ces élections. Il convient, avec le recul nécessaire, de comprendre ce que ces élections ont révélé. Au-delà des premières réactions, il est probable que nous avons assisté au début de la fin de la construction européenne telle que nous la connaissons.
On l’a dit, l’abstention a été énorme, et pas seulement en France. C’est chez les nouveaux entrants qu’elle a été le plus spectaculaire avec moins de 30% de votant en République Tchèque et à peine plus de 18% en Slovaquie. La France, avec à peine 40% de votants enregistre ici l’un de ses taux les plus faibles de participations. À peine plus d’un électeur sur trois s’est ainsi déplacé en Europe pour aller voter. Ce phénomène est tellement massif qu’il doit être expliqué en priorité.
On peut analyser cette faible participation comme le résultat combiné de plusieurs facteurs :
- les électeurs européens ont à l’évidence sanctionné une Europe qui s’avère incapable de la protéger de la crise et de ses conséquences. Il n’y a pas de « plan de relance » européen et l’addition des plans nationaux représente ainsi à peine 1% du PIB de l’Europe. De plus, cette dernière a été incapable, par ses règles bancaires, de prévenir la contamination issue de la crise américaine. Il y a pire. L’Europe, par ses directives, enracine cette crise et détruit progressivement tous les instruments dont on pouvait disposer au niveau national pour s’y opposer. De ce point de vue, l’application du Traité de Lisbonne ne changera en rien la situation. Ce traité ne fait que consolider les régressions économiques et sociales de ses dernières années.
- ceci nous conduit à un second facteur. Les électeurs ont aussi sanctionné une Europe qui a bafoué à de multiples reprises, et ce depuis le Traité de Maastricht, la volonté démocratiquement exprimée des pays qui la composent. Le tour de passe-passe par lequel on a escamoté le « non » français et hollandais au TCE, et par lequel on va probablement faire de même pour le « non » irlandais au Traité de Lisbonne semble avoir définitivement dégoûté les électeurs. Convoqués aux urnes, ils sont restés chez eux, en dépit des discours grossièrement mensongers que l’on a pu entendre. Il faut ainsi rappeler à ceux qui l’auraient oublié que l’Europe n’a rien « construit » en France. Pour qu’il y ait une contribution nette de l’Europe, il faut que les subventions excèdent les versements faits par un pays. Or, dans le cas de la France, nous payons plus que nous ne recevons. C’est peut-être juste au nom de la solidarité, mais que l’on nous épargne alors ce mensonge d’une Europe venant dispenser ses bienfaits dans notre pays. Ceci explique sans doute les scores faibles des partis Souverainistes, dont une bonne partie des électeurs à préféré ne pas voter.
- à ce tableau sinistre il convient d’ajouter l’absence de solidarité que la crise a révélée. Les Pays baltes, dont la population n’excède pourtant pas 8 millions – soit moins que le nombre d’habitants du Grand Londres ou du Grand Paris – ont été abandonnés au FMI. Ce dernier n’a eu de cesse que de leur proposer une réduction de 25% de salaires de la fonction publique. La Hongrie, qui se débat dans une crise très grave, n’aura pas le plan de stabilisation de ses banques, qui est cependant une chose nécessaire si on veut éviter que les pertes en Europe Centrale ne viennent déstabiliser les banque Autrichiennes et Allemandes. C’est bien cette absence de solidarité qui explique la désaffection brutale des électeurs chez les « nouveaux entrants » de l’Europe.
- enfin, l’Euro lui-même apparaît aujourd’hui comme un facteur de crise. Tout d’abord en raison de son cours. À un taux de change supérieur à 1,35 Dollars US, et aujourd’hui nettement plus proche de 1,40, il plombe les exportations de la Zone Euro, et de l’Allemagne en particulier. Il faut savoir qu’au-delà de 1,20 Dollars l’accroissement de 6% du taux de change est égal à un accroissement de 1% du taux d’intérêt. Cependant, les dégâts de l’Euro ne s’arrêtent pas là. Le phénomène de « L’Eurodivergence » s’est considérablement accru depuis 6 mois . Il touche désormais les écarts de taux sur la dette publique pour les pays membres. Ainsi, l’harmonisation des marchés de la dette, longtemps présentée comme le seul résultat positif de l’introduction de l’Euro, n’aura pas résisté à la première crise sérieuse.
Nul ne peut prévoir le rythme que prendra cette désaffection. Il est cependant clair qu’elle est profonde et, parce qu’elle à de multiples sources, elle va s’avérer durable. Le 7 mai est mort le rêve d’une Europe fédérale. Ce n’était qu’un rêve, mais il avait au moins pour lui une certaine cohérence. Il s’est fracassé sur le mur des réalités.
L’Europe des Nations, soit la vision Confédérale, ne saurait s’accommoder de la construction bruxelloise. Cette dernière, dans sa frénésie réglementaire, est une construction de type fédérale. Il faudra bien accepter de revenir sur les directives européennes et rappeler que, si nous ne sommes pas dans une construction fédérale, alors les lois de chaque Nation sont à nouveau supérieures..."
- Jean-Luc Mélenchon : Après le 7 juin
- L’Europe hors les urnes
-Vote du 7 juin : le PSE déchiré par la crise
- Barroso sert-il à quelque chose?
-Election européenne 2009
-Cohn Bendit ou la victoire de l’Europe des Bisounours
-Cohn Bendit: les paroles et les actes
-Elections européennes 2009 : L'Express prêche dans le désert
- Propositions pour une autre Europe
- Liaisons dangereuses entre institutions et milieux d'affaires européens
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-Parlement européen: impuissance?
-Refonder l'Europe