Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

jeudi 18 novembre 2010

Prendre la Chine "telle qu'elle est"?


Où vont nos rapports avec la Chine?

____A chacun sa Chine?...___

_Se faire une représentation adéquate de la Chine n'est pas simple. Chacun, chaque pays voit la Chine à travers le prisme de ses préjugés, de ses intérêts, de ses fantasmes. Nos images sur la Chine changent selon que nous la regardons côté cour (son régime autocratique, ses inégalités de développement...) ou côté jardin (sa croissance rapide, ses performances économiques...)Admirations ou critiques, selon les cas.

Notre image de la Chine est ambivalente.Le rapport de force avec la Chine a changé. Faut-il s'accomoder des relations existantes?

Naïveté ou réalisme?
___Deux tendances se manifestent en France:
L'une , exprimée de plus en plus par ceux qui voient dans la Chine une puissance désormais dangereusement concurrente, qui, après avoir représenté un atelier intéressant à faible coût de main d'oeuvre, finit par affaiblir et décomposer finalement nos économies, comme M.Bouygues:

"...« Je fréquente la Chine depuis plus de trente ans et je peux vous dire que le marché chinois du BTP, hormis Hongkong, est inaccessible aux entreprises non chinoises. Les Chinois s'appuient sur un énorme marché intérieur, une devise sous-évaluée et de faibles coûts salariaux pour gagner des marchés. De plus, ils ont un gouvernement et des fonctionnaires qui font bloc pour distribuer des subsides et aider leurs entreprises à conquérir des marchés, ce qui n'est pas vraiment le cas en Europe. Il y a distorsion de concurrence quand on les voit arriver sur des appels d'offres internationaux avec des prix inférieurs de 20% aux nôtres. L'Europe, dans ce domaine, fait preuve de naïveté. Bruxelles doit donc modifier ses relations avec la Chine, sinon cette distorsion de concurrence va intensifier la machine à détruire massivement des emplois. Le préalable serait d'obtenir une réévaluation de leur monnaie face à l'euro. Le laisser-faire en l'occurrence n'est pas une solution. Il serait en tout cas inadmissible que des subventions européennes soient accordées pour des affaires en Europe traitées par des entreprises chinoises qui n'exécuteraient pas les contrats dans les conditions et les standards sociaux, économiques et fiscaux européens. Il faut faire vite. Le phénomène atteint une vitesse et une ampleur considérables. La Chine développe à présent des produits à forte valeur ajoutée et l'Europe se fait distancer. Prenons l'exemple de la téléphonie mobile : il y a trente ans, l'Europe imposait au monde la norme GSM. Aujourd'hui, c'est un Chinois, Huawei, qui est devenu leader de l'équipement avec 60 000 ingénieurs en R&D

- L'énigme de la puissance chinoise
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__"Chaque jour qui passe nous éloigne un peu plus de cette idée, émise dès l'ouverture de Deng Xiao Ping de 1979, que le marché ramène forcément à la démocratie. Sauf à considérer que tous les capitalismes se valent, celui de Pinochet comme celui de Willy Brandt. L'exemple est cité à bon escient : le capitalisme neolibéral qui s'est imposé à la planète a utilisé le Chili de Pinochet comme laboratoire avant d'être étendu au monde entier. ..En trente deux ans, nous n'avons que peu constaté d'améliorations libérales en Chine, sauf à considérer que la consultation de sites de rencontre sur Internet est un progrès démocratique. Et il faut la naïveté de Rocard pour croire que la désignation de ses délégués aux forums Europe-Chine a échappé au Parti communiste chinois comme il l'a dit sur France Inter ce matin. Les dirigeants du PCC n'accepteront jamais la démocratie car elle ruinerait leur pouvoir. C'est la raison de fond pour laquelle, contrairement à ce que nous disent les économistes, les experts et autres raffariniens du lobby pro-chinois français, le marché intérieur chinois progresse si lentement : trente deux ans après l'ouverture aux grands vents de la mondialisation, seuls 60 à 80 millions de Chinois gagnent plus de 20 000 dollars par an. Soixante millions sur 1,4 milliards de personnes, on retrouve à peu près le poids de l'aristocratie et de la bourgeoisie françaises avant la révolution. L'émergence d'une classe moyenne est refusée par la majorité du PCC car, bons connaisseurs de l'histoire, ils savent bien qu'elle amènerait la revendication démocratique. Les princes rouges préfèrent donc créer une toute petite classe de milliardaires qu'une classe moyenne d'entrepreneurs, qui après être apparu au début des années 1980, a été consciemment refoulée et réprimée par le régime : plutôt le néolibéralisme, la priorité aux exportations, que des dizaines de millions d'entrepreneurs ruraux ! Alors bien sûr ces quelques dizaines de millions de nouveaux riches et ces milliers de milliardaires font rêver les chefs de Renault et Peugeot. Mais ils ne signifient pas pour autant l'émergence d'une vraie classe moyenne."
Donc,nous n'aurions rien à gagner aux contrats chinois!

_____D'un autre côté, il y a ceux qui, au nom du "réalisme politique", comme Raffarin et Rocard, incitent à prendre la Chine telle qu'elle est" et parient sur la nécessité de continuer à faire du commerce avec ce pays, en estimant qu'il se transformera progressivement de l'intérieur et finira par rééquilibrer ses échanges avec nos économies_
"A l'antenne de France inter, Michel Rocard a pu rebondir sur la visite du président chinois Hu Jintao à Paris et plus largement sur la question de la Chine. Il a notamment insisté sur la nécessité de
"prendre cette nation telle qu'elle est". Il a également précisé que la Chine était consciente des efforts à fournir pour améliorer les conditions des droits de l'homme. "La France, tout en critiquant ce qu'il faut critiquer, ne doit pas en rajouter". Selon lui, la condition des droits et libertés des Chinois est perfectible mais s'améliore progressivement à mesure que son expansion économique se poursuit...."
___Rocard n'exclut pas cependant un certaine forme de protectionnisme limité et provisoire
"...La question de la protection fait partie de ces idées qui ont été massacrées par un excès de symbolique. Je conviens que tout au long de l'histoire le protectionnisme a signifié la mort des pays qui s'y sont voués, qu'il est même porteur de guerre. Je suis un libre-échangiste convaincu, mais je partage aussi l'avis de Maurice Allais : le libre-échange est pertinent entre des pays dont le niveau de développement est comparable. Le monde a fait une folie suicidaire en ouvrant le libre-échange à des pays de niveaux tout à fait différents. L'Afrique illustre tragiquement cette erreur. Elle vit un drame alimentaire, une baisse de l'autosuffisance, et elle doit importer pour manger. La clef pour qu'elle importe moins passe par l'agriculture vivrière. Or celle-ci est détruite par les importations, venues d'Europe et du Brésil notamment. Il faut corriger cela. De manière pragmatique, il faut reconnaître que certains domaines sont stratégiques et doivent faire l'objet d'un protectionnisme sectoriel et temporaire. Mais, pour que cela marche, la mesure doit être mise sous contrôle international"

_______Difficile d'anticiper sur l'évolution politique et économique de la Chine, à la fois forte et faible, dans les années à venir. Bien des choses peuvent se passer, que nous ne pouvons imaginer. En tous cas, des transformations géopolitiques profondes se dessinent, qui ne sont pas sans ambiguïtés. A travers la grande récession, c’est donc une vaste redistribution des cartes géopolitiques qui s’opère à l’échelle planétaire. Avec le lot d’instabilités qui peuvent en découler.
« Halte à la géopolitique des naïfs », c’est le leitmotiv de François Lenglet, directeur de la rédaction du quotidien La Tribune qui, dans La guerre des Empires démonte point par point le mythe du G2 : un condominium sino-américain qui « dirigerait la planète et serait en charge du bien commun ». Les deux géants seraient condamnés à s’entendre dans un équilibre de la terreur post guerre froide : « pour l’Amérique surendettée, il n’y a pas de salut sans le banquier de Pékin, qui achète des dizaines de milliards de bons du Trésor. Et pour le premier exportateur mondial qu’est désormais la Chine, il n’y a pas de croissance sans accès au marché clé : celui des Etats-Unis ». Autant d’idées reçues qui n’existent que dans l’esprit de diplomates « qui sont à peu près aussi clairvoyants que les économistes avant la crise » ironise l’auteur. Si cette interdépendance des puissances trouve une certaine logique en période de croissance économique, il en va tout autrement en temps de crise. Loin du concept survendu de « Chinamérique », François Lenglet auteur, en 2007, de La crise des années 30 est devant nous, voit venir au loin une inéluctable confrontation des empires : « Nous sommes à la veille d’un choc comme notre planète en connaît à intervalles réguliers, toutes les trois ou quatre générations lorsque le leader en devenir affronte la puissance déclinante. L’histoire montre que cette lutte pour la puissance ne se déroule jamais de façon paisible. Au contraire, elle constitue le ressort des guerres les plus violentes ».
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-Haro sur la Chine?__-
Chine en pointe__-Chine , la mutante__-La Chine déstabilise__- Chine: si loin, si près___- Chine-USA : entente (moins) cordiale ?_- Craindre la Chine ?__- Que fera la Chine ?___-Chine d'hier, Chine d'aujourd'hui...
- CHINE : notre énigme ?_
__- Mondialisation à crédit__- Economie chinoise : fragilités__--Chine et Etats-Unis : condamnés à vivre en paix ?

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