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samedi 4 avril 2026

Loi yadan sur la sellette

 Une loi très discutée et discutable  

           Cette loi confond gravement antisionisme et antisémitisme. Confusion souvent entretenue du côté de l'extrême doite israëlienne, du Likoud etdes formes extrêmes du sionisme militant actuel. On comprend pourquoi.


           Il renaît de ses cendres, plus  offensif que jamais, sous des formes diverses, pas toujours détectables pour un esprit non averti..  L'antisémitisme vient de loin, lui qu'on voit hélas! refleurir dans la rue, dans la presse, sur les ondes. Comme un virus qui resurgit périodiquement, notamment à l'occasion de crises confessionnelles ou/et politiques. Un phénomène récurrent dont on peut faire la triste histoire depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours et dont on peut analyser les ressorts et les causes, malgré son aspect largement irrationnel. C'est en lisant très jeune Alfred Memmi que j'ai découvert l'ampleur de ce problème, de cette hydre qui revient en ces temps bouleversés, lui qui sévissait sous une forme des plus barbares en 1943: "....« L’antisémitisme bat son plein parmi les Français. Si c’est cet état d’esprit qui s’impose en France après la guerre, nous sommes foutus. À moins qu’une réaction ne vienne de la France même » (Journal, 13 juin) ..."                                         Une forme de racisme, qui revient périodiquement et qui peut servir bien des intérêts, souvent inavoués, Il n'est pas toujours proclamé, érigé même comme doctrine d'Etat. Dans le cadre de la théorie du bouc émissaire, très bien décrit par A. Girard. L'antisémitisme n'est pas constant, mais on en trouve déjà des prémisses dans l'Antiquité. Un phénomène multicausal, qui trouvera son apogée dans le programme génocidaire du Reich. On peut en suivre les aspects et les vicissitudes à travers des documents maintenant abondants.                                                     Aujourd'hui, dans les circonstances tragiques que nous traversons,, les formes d'expression raciste plus ou moins informelles tendent à exploser, parfois dangereusement<;. Sans oublier le racisme anti-arabe dans certaines sphères françaises et dans l'aile d'extrême-droite du Likoud. Elles viennent des deux côtés. Les extrêmes s'attisent. la politique d'extrême-droite actuelle de Netanyahou encourage les extrêmes. et entretient la terrible confusion entre antisémitisme et critique politique (légitime) de son régime. Un véritable piège. Qui marche malheureusement trop souvent. Le conflit actuel brouille la mémoire de l'holocauste... E.Traverso "..Tout en dénonçant la terreur du 7 octobre, il appelle à ne pas tomber dans le piège tendu par le Hamas et par l’extrême droite israélienne, qui conduirait à la destruction de Gaza et à une nouvelle Nakba. « On peut manifester pour la Palestine sans déployer le drapeau du Hamas ; on peut dénoncer la terreur du 7 octobre sans cautionner une guerre génocidaire menée sous prétexte du “droit légitime d’Israël de se défendre” »...

   Faut-il encore le répéter?  l'antisémitisme est à condamner sans ambiguïté. Sous toutes ses formes, anciennes ou contemporaines. Chez nous et ailleurs.

    C'est récurrent en France. Mais pas seulement. Certains s'obstinent à amalgamer antisémitisme et antisionisme, du moins antisémitisme et une certaine critique d'un sionisme, mis en cause par un certain nombre de Juifs eux-mêmes, qui refusent les formes prises par la politique israëlienne;  alignée plus ou moins explicitement sur les principes déjà anciens du sionisme de Herzl et de Jabotinsky.
     Le gouvernement actuel d'extrême droite de Tel Aviv ne perd pas une occasion de pratiquer l'amalgame; toute critique de la ligne Netanyaou, après Sharon surtout, dans ses rapports avec la colonisation continue de la Cisjordanie, doit selon lui être considérée comme antisémite.  Si Israël doit être reconnu de droit, dans les limites définies pas l'ONU, la volonté d'extension non dite mais effective et continue, à la faveur des conflits armés ou pas, mérite d'être contestée.
   La résolution LERM récente divise jusque dans les rangs de juifs, croyants ou pas

          "...Chez LREM, moins de la moitié du groupe a pris part au vote : 84 députés ont voté pour, 26 contre, 22 se sont abstenus. Les Républicains (LR) ont apporté 46 voix.  C’est peu de dire que la résolution de Sylvain Maillard fracture la majorité. Soutenu à bout de bras par Gilles Le Gendre, président du groupe au Palais-Bourbon, et Stanislas Guerini, délégué général du mouvement, le texte voté par les députés indique que « critiquer l’existence même d’Israël en ce qu’elle constitue une collectivité composée de citoyens juifs revient à exprimer une haine à l’égard de la communauté juive dans son ensemble ». En clair : la définition de l’antisémitisme est élargie à l’antisionisme......Le même jour, c’est une autre tribune, cette fois-ci signée par 127 intellectuels juifs, et toujours publiée dans Le Monde, que plusieurs élus de la majorité s’étaient transmise. « Nous prions l’Assemblée nationale de ne pas soutenir une résolution qui assimile à tort l’antisionisme à l’antisémitisme, affirment les signataires, avec force arguments. Ne soutenez pas une résolution qui approuve la définition politisée de l’antisémitisme par l’IHRA, d’autant plus si elle le fait sans se distancier des exemples problématiques de la définition qui concernent Israël
    Autrement dit il serait interdit de critiquer Israël, sa politique extensive et coloniale du moment, maites fois condamnée.. C'est le suggère Esther Benbassajuive laïque parlementaire. Comment sortir de ce piège?  
   L'exclusion de l'autre, sous toutes ses formes, est une valeur bien partagée. Hélas!  ______      
             Depuis des temps indéterminés. A certaines époques plus qu'à d'autres. De l'ethnocentrisme diffus au racisme institutionnel, il y a bien des degrés dans le rejet psychologique, culturel, parfois physique de l'autre.  L'antisémitisme, en particulier, ne date pas hélas! d'aujourd'hui.
   Le dénoncer sous toutes ses formes est un devoir autant moral que civique  L'affaire est entendue. Comme toutes les autres formes de racisme, qui ne se limite pas à cet aspect.
   Ses formes le plus virulentes se développent le plus souvent sur un terreau favorable, quand la peur sociale domine, souvent amplifiée par des crises diverses, exploitée parfois politiquement pour détourner des colères, des frustrations. La théorie du bouc émissaires est maintenant mieux identifiée. 
  Mais se pose la question du comment. Comment protester au mieux, collectivement, sous forme de pétitions, par exemple. Sans tomber dans les approximations, les confusions, les amalgames, la polémique discutable.
    L'Appel récents des 300, à cet égard, s'est attiré nombre de critiques, certains ayant dû signer sans avoir lu le texte ou l'ayant seulement survolé.
   Il est des démarches qui peuvent être contre-performantes et, en mélangeant le vrai au faux, se retourner contre leurs auteurs en ne jouant pas dans le sens désiré.
      Surtout quand le sujet est sensible et déclenche trop d'erreurs historiques, d'a priori, de parti-pris, de polémiques masquées.
   Des amalgames aussi, basées sur trop d'approximations et de généralisations.
   Malgré les tensions récentes très médiatisées, parfois imprudemment, il semble que, s'il y a autant de préjugés (ce qui est difficilement mesurable), les actes de racisme en France ont plutôt tendance à diminuer et à être catalogués comme tel trop rapidement, comme dans le cas très litigieux de Mme Knoll.
  Il faut rester prudent et méfiant vis à vis des chiffres qu'on fait parler trop vite, sans tenir compte du contexte.
    Sans contester les véritables dérives, qui ne sont pas que salafistes, il faut tenir compte de l'arrière-plan politique auquel certains font référence sans le dire clairement.  Il y a une prise de parti et une confusion manifeste entre une cause noble et la défense d'une politique qui l'est moins. Des officines de Netanyahou au Crif, l'amalgame est largement diffusé; la critique de la politique sioniste actuelle serait une forme moderne de l'antisémitisme. 
    Il faut rappeler que  l’antisionisme n’est pas un antisémitisme réinventé. Beaucoup de Juifs eux-mêmes, religieux ou non, savent faire la distinction, en Israël ou ailleurs, entre l'Etat actuel sans frontières définies  et colonisateur et la politique menée depuis dix ans surtout pas l'équipe actuellement au pouvoirComme disait de manière raccourcie Esther BenbassaLa thèse de l’antisémitisme a été utilisée comme une arme pour rehausser l’image d’Israël et défendre sa politique. 
   L'histoire est souvent oubliée. Un certains nombre de Juifs européens, comme Buber ou Einstein, furent opposés déjà au mouvement sioniste naissant, dans toute sa rigueur initiale.
   Qu'il soit déjà ancien, de 610 à 1492, plus récent, de1300-1800 notamment, ou cruellement moderne, l'antisémitisme est une constante épisodique en l'Europe, sur fond historique de doctrine chrétienne ostracisante. Les problèmes de la Palestine et du “rêve brisé”   comme dit Charles Enderlin sont encore vifs.
     La grande confusion risque encore de durer, alimentée par un conflit qui s'éternise, de même que des amalgames et les non-dits.
        ...Amalgame entre antisionisme et antisémitisme qui assimile la contestation de la politique coloniale et raciale d’Israël à l’égard des Palestiniens (sans oublier les discriminations à l’égard des Falachas juifs d’Ethiopie et de la récente émigration africaine, commises notamment par les courants ultra-orthodoxes) à la dite « volonté de destruction des juifs » par des mouvements extrémistes au Proche-Orient. En oubliant que l’Etat israélien s’autoproclame « Etat juif » et s’arroge le droit de parler au nom des juifs du monde entier. Amalgame dont plusieurs personnalités « hors de tout soupçon »  ont fait les frais (Maspero, Charles Enderlin et tant d’autres) lorsque l’on a cherché à les faire condamner par la justice comme antisémites ou en les empêchant de continuer à exercer leur métier. De même pour tous ceux et celles, juifs et juives, qui ont subi diffamations ou calomnies publiques comme par exemple l’ex-ambassadeur et ancien déporté Stéphane Hessel, auteur du manifeste «  Indignez-vous », Edgar Morin ou l’ancien président du CRIF, Théo Klein dés qu’ils refusèrent de cautionner inconditionnellement la politique l’Etat d’Israël. Et dernièrement, l’actrice Natalie Portman, traînée dans la boue parce qu’elle avait refusé de participer aux cérémonies du prix Genésis ne voulant soutenir ni la politique de Netanyahou ni « la violence, la corruption, les inégalités et l’abus de pouvoir ».
     Il ne faut pas pour autant négliger, dans les prisons comme dans les quartiers que la République française nomme de « non droits », la progression d’idéologies salafiste et wahhabite, qui reprennent la « théorie du complot juif », revisitée par l’extrême-droite et relayée par les réseaux sociaux. Il faut rappeler que cette même république a été sourde aux appels de travailleurs sociaux – laïques et musulmans (mais pourquoi définirait-on certains citoyens par leur appartenance religieuse ?) pour lutter contre les prêches de ces imams. Cette même république a été sourde également aux études des anthropologues et des sociologues sur la montée des mouvements religieux servant de rempart ou de colmatage socio-éducatif au retrait des services publics et des pouvoirs régaliens dans certaines périphéries paupérisées. Les attaques contre la pensée critique, appelée par le manifeste pensée de la « gauche radicale »  réduisent les analyses des phénomènes de paupérisation et de ségrégation sociale – conjugués à la montée du consumérisme et au ressentiment de ne pas être du bon côté de la fracture – à une position idéologique. Les détracteurs de la pensée critique, eux, pensent si bien qu’ils parlent d’épuration ethnique pour désigner la fuite des quartiers paupérisés vers des quartiers plus « sécurisés » et gentrifiés de certaines fractions de la population juive. Quand, dans l’Afrique du Sud post-apartheid, des fractions aisées de la population noire ont quitté les townships pour des quartiers blancs, et que les Blancs ont déserté ces mêmes quartiers a-t-on parlé d’une « épuration ethnique..?____
      Contre l’antisémitisme, avec détermination et sang-froid

mardi 17 mars 2026

Des gens comme vous et moi..

 Au cœur de la Philo 

                       Relire Orwell, plus que jamais d'actualité                                                                                                                                                                             Comment faites-vous au quotidien pour résister à la pression du groupe et/ou pour vous prémunir contre la haine collective ? Tout le monde connaît le célèbre ouvrage de George Orwell, 1984. Dans ce roman, il y a une scène qui m’a toujours marqué : C’est le fameux passage des Deux Minutes de la Haine. Pour rappel, chaque jour, les membres du Parti doivent regarder un film montrant Emmanuel Goldstein, l’ennemi de l’État. Et lorsque le visage de ce dernier apparaît à l’écran, la foule se met à hurler, insulter, crier sa haine. Deux minutes de haine pure et de rage si bien que même ceux qui pourraient être plus timides au départ finissent par être emportés par le mouvement collectif.


La scène m’a toujours troublée, car j’ai le sentiment que nous en avons des illustrations tous les jours [à des degrés moindres bien sûr] et ce malgré nos progrès en matière de droits humains et de tolérance.
Car pour peu qu’on fasse véritablement preuve de sincérité, et surtout d’honnêteté intellectuelle, il suffit juste de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur de l’histoire pour constater que les exemples de foules entières abandonnées à la haine sont malheureusement légion.
Les violences n’ont pas été uniquement le fait de “monstres” ou de “marginaux”. Elles ont malheureusement impliqué bien souvent des individus ordinaires, des gens comme vous et moi, qui, la veille encore, n’auraient sans doute pas fait de mal à une mouche. Et pourtant, dans certaines circonstances, parfois en l’espace de quelques jours, voire de quelques heures, ces mêmes personnes se sont retrouvées entraînées dans des violences collectives, parfois meurtrières.
Au Rwanda, lors du génocide, des centaines de milliers de Hutus qui entretenaient parfois des relations cordiales avec leurs voisins ont pu, en quelques semaines, se transformer en meurtriers de leurs voisins tutsis.
Avant et pendant la révolution française, les exécutions publiques étaient parfois accompagnées d’une véritable ferveur populaire. Des foules exaltées acclamaient la chute des têtes, brandies au bout de piques, parfois manipulées comme des trophées dans une atmosphère qui tenait presque de la fête.
Durant l’entre-deux guerre, une partie de la société allemande fut chauffée à blanc contre les juifs. L’un des sujets qui traverse l’œuvre Le Monde d’hier est d’ailleurs le basculement de ce monde. Dans son livre, Stefan Zweig s’interroge : comment une société si raffinée, à la pointe des arts, de la science et de la technique, a-t-elle pu basculer ?
De nos jours encore, il suffit d’observer la réception collective de certains discours pour s’en convaincre. Il y a des centaines de milliers de nos compatriotes qui applaudissent des propos appelant parfois aux pires exactions contre d’autres êtres humains, simplement parce qu’ils ont une couleur de peau différente ou parce qu’ils n’ont pas les « bons » papiers.
À la fin de la seconde guerre mondiale, après la découverte du génocide juif, beaucoup ont dit : « Plus jamais ça. » L’idée même qu’un tel crime puisse se reproduire semblait et semble encore inconcevable de nos jours pour nombre de nos compatriotes. Mais en est-on vraiment sûrs aujourd’hui ? Sommes-nous si différents, si supérieurs moralement à ceux qui nous ont précédés ?
Nous aimons croire que oui. Nous aimons penser que nos sociétés, plus instruites, plus démocratiques, plus tolérantes et plus conscientes de l’histoire, seraient désormais protégées contre de telles dérives. Mais nos prédécesseurs ont sans doute pensé la même chose de leur propre époque (Nos prédécesseurs disaient aussi de la première Guerre mondiale que ce serait « La Der des Ders »)
Et c’est peut-être là ce que je trouve le plus inquiétant, peut-être même le plus effrayant, dans toutes ces histoires. Lorsqu’on lit les témoignages et les travaux des historiens, on découvre que ceux qui ont participé/qui participent à ces violences sont rarement persuadés d’agir mal. Bien au contraire : ils pensent souvent agir au nom de bonnes raisons, au nom de la justice, des droits de l’homme (libération de peuples opprimées, fin des dictatures etc.), de leurs convictions.
« Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges » dit l’ami Nietzsche.
Je pense que si l’on avait interrogé des français moyens à l’époque de la colonisation, ou certains Américains au début de la guerre en Irak, ou encore les ouvriers français lorsqu’ils massacraient des travailleurs italiens à Aigues-Mortes du 17 août 1893, beaucoup auraient donné des justifications qui leur semblaient parfaitement légitimes.
On aurait peut-être entendu des phrases comme :
« Oui, mais tu comprends… les Boches nous ont quand même pris l’Alsace. »
Ou encore : « Oui, mais nous allons coloniser ces territoires pour apporter la civilisation à des peuples arriérés, pour mettre fin à leur pratiques barbares, aux violences qu’ils infligent dans le coin »
Ou bien : « Oui, mais les Juifs complotent, ils contrôlent tout, ils menacent notre société. »
Autant de propos qui nous paraissent aujourd’hui absurdes et spécieux. Et pourtant, à l’époque, ils pouvaient sembler plausibles, parfois même évidents, à ceux qui les prononçaient.
Aujourd’hui encore, des guerres continuent parfois d’être justifiées au nom de la défense des droits humains ou de la nécessité de « remettre de l’ordre » des sociétés jugées arriérées, sur fond de campagnes médiatiques contribuant parfois à enfermer des populations et des nations entières dans des catégories simplificatrices.
Les formes ont changé, le vocabulaire aussi, mais le mécanisme demeure remarquablement efficace.
Contrairement à ce que nous aimons croire, nous ne sommes pas immunisés contre la propagande. J’ai même parfois l’impression que nos sociétés contemporaines ont simplement développé des formes plus raffinées, plus subtiles et plus sophistiquées en termes de propagande.
Dès lors, une question me hante.
Comment s’en prémunir ?
Comment être certain que, placés dans certaines circonstances, nous ne serions pas nous-mêmes emportés par la logique du groupe, par l’émotion collective, par la pression de l’époque ?
Car cela m'a semblé toujours facile, depuis le présent, de juger les foules du passé. Mais l’histoire nous rappelle malheureusement ceci : collectivement, nous ne sommes pas immunisés. Nous pouvons, nous aussi, devenir la proie de peurs attisées, d’ennemis fabriqués de toutes pièces.
Et lorsqu’on croise les enseignements de la psychologie, de la sociologie et même de l’évolution, ce constat devient encore plus troublant. De nombreuses expériences en psychologie sociale (expérience de Solomon Ash pour exemple) ont montré/montrent à quel point les individus sont conformistes.
Et après tout, cela n’a peut-être rien d’étonnant. Nous sommes des êtres profondément sociaux. Depuis toujours, notre espèce dépend du groupe pour survivre. L’assentiment des autres nous rassure ; l’exclusion, elle, nous inquiète, pour des raisons encore une fois profondément anthropologiques. Dans ces conditions, résister à la dynamique collective demande parfois beaucoup plus de courage qu’on ne l’imagine.
Et il n’est même pas nécessaire d’aller chercher des exemples historiques extrêmes pour le constater au quotidien
Combien de fois n’ai-je pas vu, de mes propres yeux, des étudiants sympathiques et/ou même des collègues pourtant « bien sous tous rapports » se laisser entraîner dans ce type de mécanisme ? Il suffit parfois qu’une classe prenne quelqu’un en grippe pour que, sous la pression du groupe, certains camarades se mettent à participer eux aussi aux moqueries ou aux mises à l’écart. Comme si, sous l’emprise de la foule, notre esprit critique s’éteignait peu à peu.
D’ailleurs, qui d’entre nous n’a jamais, sous l’effet du groupe ou simplement par peur du regard des autres, fait ou dit des choses qu’il a regrettées plus tard; des choses dont il savait pourtant, au fond de lui, qu’elles étaient stupides ou injustes ?
Alors, je vous pose la question.
Dans un monde malheureusement polarisé, en proie quotidiennement à des indignations permanentes (et encore une fois, pour de bonnes raisons !) et de passions collectives, sommes-nous réellement capables d’échapper à cette fameuse mécanique des Deux Minutes de la Haine telle que décrite dans le roman d’Orwell ?
Comment faites-vous concrètement, pour que votre esprit critique/indépendance d’esprit ne soit pas emporté par le mouvement du groupe ? Comment résistez-vous à la tentation d’hurler avec les loups au quotidien ?
Votre opinion/avis m'intéresse vraiment.
Wilfried M.
Quelques commentaires subsidiaires :
1. Que les choses soient claires : dans cet article, je ne suis nullement en train de dire qu’il faudrait se méfier de toute conviction et renoncer à agir dans le cadre d’une dynamique collective. L’histoire montre au contraire que certains des plus grands progrès moraux ont été portés par des femmes et des hommes animés de convictions extrêmement fortes, adossées à un réel élan populaire (cf Martin Luther King, Nelson Mandela, Rosa Parks etc.)
Je sais également que trop de recul, trop d’analyse, trop d’intellectualisation peuvent aussi conduire à une autre forme de dérive : l’inaction ou la passivité. On peut passer sa vie à disséquer les mécanismes du monde sans jamais rien faire pour le transformer.
Bref, ce que je défends ici est autre chose : une certaine éthique de la vigilance et du doute. Une disposition d’esprit qui consiste à se méfier de la facilité des certitudes, à examiner ses propres jugements, et à rester attentif aux mécanismes collectifs qui peuvent parfois nous entraîner plus loin que nous ne l’aurions imaginé.
2. Je ne prétends nullement être une autorité morale, ni détenir des réponses définitives. J’en suis même très loin. Comme tout un chacun, je suis moi aussi exposé à quantité de biais, d’erreurs de jugement et de perceptions trompeuses.
Cet article n’a donc pas pour ambition d’asséner des vérités ou une vérité, mais plutôt d’ouvrir un espace de questionnement. Une invitation à réfléchir, collectivement, aux mécanismes qui peuvent parfois nous entraîner là où nous n’aurions jamais imaginé aller.
A ce titre, c’est sans doute la raison pour laquelle j’ai toujours apprécié certains dialogues de Platon, les fameux dialogues dits aporétiques. Ceux dans lesquels la discussion ne se clôt pas par une réponse définitive, mais par une conclusion ouverte : les interlocuteurs n’ont pas nécessairement trouvé la vérité, mais ils ont, au fil de l’échange, déplacé leur regard, affiné leurs questions, et parfois même remis en cause certaines de leurs certitudes.
Bref, comme le dit si bien Bernard Werber : « L’important n’est pas de convaincre, mais de donner à réfléchir. » ____

samedi 8 novembre 2025

Question d'identité

 Les Gaulois revisités (entre autres)                                                                                                                                                                               La France "éternelle" comme disait De Gaulle: un mythe.  Plutôt un grand remplacement perpétuel                                 ...L’enquête de Jean-Paul Demoule, qui publie “La France éternelle, une enquête archéologique aux éditions La Fabrique met en lumière une population française, résultat de brassages incessants poussés par l'histoire des frontières et des mouvements de populations.  Les évènements historiques qui forment les chapitres du "roman national" contredisent l'idée reçue d'une nation forgée à partir d'un peuple homogène et éclaire sur le défi qui est celui de la France depuis les temps anciens : sa capacité à gérer la cohabitation des populations issues de ces mouvements historiques..."         La France ne vient pas "du fond des âges", elle s'est constituée tardivement, après bien des vicissitudes, dont beaucoup restent ignorées. A condition que l'on tienne compte de la préhistoire, qui est aussi de l'histoire. Et quelle histoire!                      

                                           Les "barbares" (notions toute relatives) ont aussi leur histoire propre.   Quant aux Gaulois, ils formaient une réalité multiple, éloignée des images d'Epinal encore présentes dans certains discours, idélogiques ou non.                                                    Revient le plat mal réchauffé de l'identité nationale, cette pente glissante, propre à tous les dérapages, qui, obsessionnellement répété, finit par ne plus avoir grand sens, comme une nébuleuse floue, objet de toutes les idées simples et de tous les amalgames, de toutes les arrière-pensées.. Avant et depuis Sarkozy

     Il nous refait le coup, audacieux mais un peu empêtré; nous sommes tous des Gaulois, même descendants de Magyars ou petit-fils de Zorba..
      Comme si l'injonction d'assimilation à une culture avait besoin de passer par des idées simplistes.
     La manipulation des symboles et les approximations historiques ont  souvent servi les ambitions des bateleurs de préau d'école en mal de notoriété. Parler à l'inconscient des gens, même sous les formes les plus grossières, n'a pas fait reculer celui qui veut gagner les émotions, faute de gagner les intelligence.
      Revisiter l'histoire avec de gros sabots, tordre et instrumentaliser les faits de manière intéressée sur le théâtre politique ne trompent pourtant pas longtemps.
                Evoquer l'histoire avec un minimum de sérieux demande un autre esprit, d'autres moyens et d'autres circonstances.
        Les Gaulois  (noms donnés par les Romains) ne formaient pas un groupe homogène,encore moins une nation. On a beaucoup fabulé sur une réalité historique complexe .. Il y avait des peuples gaulois.
       Il faut du temps et des connaissances pour faire la part des choses et éventuellement déconstruire modestement certains mythes historiques pour façonner une image un peu moins floue de ce que l'on peut savoir de nos origines.
    L'histoire de France élaborée à une époque bien particulière par Lavisse, qui a forgé l'esprit patriotique de nos grands pères, cette histoire largement mythique et hagiographique, n'a pas encore déserté certains manuels ou certains discours engagés.     Lavisse reste encore parfois un peu présent dans les esprits, lui qui disait: « Il y a dans le passé le plus lointain une poésie qu'il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons-leur aimer nos ancêtres les Gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroi de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d'Arc, Bayard, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes car c'est un malheur que nos légendes s'oublient, que nous n'ayons plus de contes du foyer, et que, sur tous les points de la France, on entende pour toute poésie que les refrains orduriers et bêtes, venus de Paris. Un pays comme la France ne peut vivre sans poésie.
     Il est toujours important de s'attacher à une histoire bien enseignée, qui permette de contribuer à entretenir une mémoire essentielle, à construire un  civisme et une  vraie identité, à mieux comprendre le présent pour mieux préparer l'avenir.
          La défense de l'histoire n’est jamais bien loin de la défense de la démocratie.   _
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mercredi 6 août 2025

Terreur venue du ciel

  Dernier degré de sauvagerie

          Il y eut peu de rescapés 

                     Après Tokyo

           

       Un orphelin raconte sa guerre      

                                                                                                  Des irradiés  frustrés et un retournement qui inquiète...  Un procès discuté.  CAMUS s'inquiète


                    Un héritage éternel?



            ___  J'avais cinq ans. Mais la nouvelle venue de loin ne me laissa aucun souvenir marquant. Et pourtant!... Ce fut un point final et le début d'une nouvelle ère.
   Une tragédie qui met fin à un conflit meurtrier et place le monde face à une radicale nouveauté et un péril inédit. L'histoire a tranché: ce fut la prolifération qui s'imposa, jusqu'à la démesure.
     Même si le bombardement de Tokyo provoqua à peu près autant de victimes, ce fut par des armes conventionnelles. Tandis qu'à Hiroshima et Nagasaki, une seule et nouvelle arme d'un nouveau genre fut utilisée, née de la collaboration des experts physiciens les plus éminents, malgré des réticences diverses.
    On connaît les faits, malgré les secrets longtemps gardés et les justifications, les légendes et la propagande qui suivirent. Bien des points restent encore à éclaircir sur le choix américain.
      Les débats continuent, même si beaucoup de mythes ont disparu petit à petit.
    L'Enfer fut décidé et froidement programmé, alors que certains stratèges US entrevoyaient un fin proche ou son accélération par un dernier blocus auquel n'aurait pas résisté longtemps l'empire nippon exsangue.
                                 Le 6 août 1945, à 8h15 heure locale, un bombardier B-29 américain baptisé « Enola Gay » larguait sur Hiroshima la bombe atomique « Little Boy »...
                 Le Japon commémore la tragédie inédite, bientôt suivie d'une autre. Recueillement et interrogations.
      La question se pose toujours à de nombreux Japonais et à d'autres, historiens compris:  POURQUOI?
             Un drame évitable, décidé par Truman en dernière instance, malgré les craintes de Niels Bohr et de certains scientifiques du projet Manhattan, les réticences de certains conseillers et chefs militaires, faisant valoir des arguments contre cette première dans l'histoire humaine.
           Par exemple, "le secrétaire d'Etat James Byrnes - qui, au Sénat, avait été le mentor de Truman avant que ce dernier n'accède à la présidence après la mort de Roosevelt le 12 avril 1945 - ne le cachait d'ailleurs pas. Leo Szilard, qui l'avait rencontré le 28 mai rapporte ainsi que "Byrnes ne prétendait pas qu'il était nécessaire d'utiliser la bombe contre les villes japonaises pour gagner la guerre. Son idée était que la possession et l'usage de la bombe rendraient la Russie plus contrôlable". Le mot-clé n'est ni "compromis" ni "négociation" mais "contrôlable". Ce que Truman confirma lui-même : "Byrnes m'avait déjà dit [en avril 1945] qu'à son avis la bombe nous permettrait de dicter nos conditions à la fin de la guerre."
           La [destruction] d'Hiroshima et de Nagasaki servit donc de prélude et de prétexte à un déploiement mondial de la puissance économique et diplomatique américaine. Après 
l'explosion, couronnée de succès, de la première bombe atomique, le 16 juillet 1945, dans les 
sables du désert du Nouveau-Mexique, Truman avait décidé d'exclure l'URSS de tout rôle significatif dans l'occupation et le contrôle du Japon. Le même personnage, alors sénateur, répondant à Roosevelt qui plaidait pour un prêt-bail à une URSS en proie aux pires difficultés, s'était exclamé : "Si nous voyons que l'Allemagne est en train de gagner la guerre, il faudrait que nous aidions la Russie, et si la Russie est sur le point de l'emporter, il faudrait que nous aidions l'Allemagne, pour qu'ils s'entretuent le plus possible." L'arme [de destruction] massive ne fit pas l'unanimité au sein du petit noyau des décideurs..."
   __Plus tard  "Dans ses mémoires, l'amiraLeahy, chef d'état-major particulier des présidents Roosevelt puis Truman, expliquait :
       "Les Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre. (...) L'utilisation à Hiroshima et à Nagasaki de cette arme barbare ne nous a pas aidés à remporter la guerre. (...) En étant le premier pays à utiliser la bombe atomique, nous avons adopté (...) la règle éthique des barbares."
       Quant au général Eisenhower, qui dénonça plus tard les dangers du complexe militaro-industriel, il écrivait lui aussi dans ses Mémoires : "À ce moment précis [août 1945], le Japon cherchait le moyen de capituler en sauvant un peu la face. (...) Il n'était pas nécessaire de frapper avec cette chose horrible."
                            _ 6 août 1945 - Une bombe atomique sur Hiroshima
           "... L'opinion publique ne prit guère la mesure des événements qui venaient de se produire ces 6 et 9 août 1945. Ainsi le quotidien français Le Monde titra-t-il le 8 août 1945, comme s'il s'agissait d'un exploit scientifique quelconque : « Une révolution scientifique. Les Américains lancent leur première bombe atomique sur le Japon ».
Parmi les rares esprits lucides figure le jeune romancier et philosophe Albert Camus, qui écrit dans Combat, le même jour, un article non signé : « Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes, que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer une découverte qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles ».
     Document d'Arte
        Le premier témoignage de John Hersey. - Le constat. - Nous avons vu trois avions...
           Débat toujours en cours sur les véritables raisons de la destruction d'Hiroshima.
                Une autre interprétation...et ici, et là.
                        Diplomatie et ambigüité
                               De Hiroshima à Fukushima.
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Le jugement de l'histoire:...La décision de détruire Hiroshima et Nagasaki fut une décision politique et non militaire. Les objectifs ne furent pas militaires, les effets ne furent pas militaires. Les attaques furent menées contre la volonté de tous les grands chefs militaires. L’Amiral William Leahy, chef d’État-major interarmées à l’époque, écrit dans ses mémoires que « l’utilisation de cette arme barbare à Hiroshima et Nagasaki n’était d’aucune aide matérielle dans notre guerre contre le Japon. Les Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre … » Le général Eisenhower, le général MacArthur, et même le général Hap Arnold, commandant de la Force aérienne, se sont opposés à l’usage de cette arme. Le Japon était déjà dévasté par des bombes incendiaires, faisait face à une famine généralisée à cause du blocus naval des États-Unis, se retrouvait démoralisé par la reddition de son allié allemand, et craignait une attaque russe imminente..... 


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mercredi 11 juin 2025

Vous avez dit "barbare" ?

 Retour sur une notion qui revient en force

              Surfant sur les peurs

             On ne s'attendait pas à un tel retour sur la scène publique. Un retour de plus en plus décomplexé  en cette période que certains jugent critique du point de vue de certaines formes les plus spectaculaires de  violence publique, hautement instrumentalisée, qui serait de plus en plus ouverte, partagée, décomplexée, dangereuse, voire exponentielle.. Certains médias en font leurs choux gras. Des hommes politiques au petits pieds  et certains relais ayant pignon sur tété en font un thème central de leurs discours partisans et anxiogènes, sûrs de son impact auprès d'un population parfois déboussolée, qui ne sait voir les multiples formes de violence tues ou invisibles.  Un discours vendeur, au coeur d'une période où certains repères se volatilisent,  où le discours rationnel tend à perdre de sa possibilité de persuasion, où la notion même de justice est mise en cause...   


                                                                                             ..
.Un signe de plusCommentant les violences après la victoire du PSG, dimanche 1er juin, le ministre de l’intérieur a fustigé ces « barbares [qui] sont venus dans les rues de Paris pour commettre des délits et provoquer les forces de l’ordre ». Plus tard il a persisté, en conférence de presse : « Oui, ce sont des barbares. La barbarie, c’est quand tout devient prétexte à la violence, au plaisir, au désir désinhibé de la destruction et du pillage. »Des propos qui rappellent ceux de Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance police nationale, à la veille des législatives anticipées de 2024, disant en avoir « marre des raclures, des nuisibles, des jeunes d’origine étrangère »L’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison, auteur de Racismes d’État, États racistes. Une brève histoire (éditions Amsterdam, 2024), rappelle l’histoire du mot « barbares » et toutes les représentations racistes qu’il charrie. Il s’agit à ses yeux d’une stratégie électorale délibérée à l’approche des municipales et de la présidentielle, qui doit appeler une riposte unitaire de la gauche.                                                                                                 Il faut d’abord rappeler que la qualification de « barbares » n’est pas nouvelle. Michel Foucault en avait fait l’analyse dans un cours célèbre prononcé au Collège de France en 1976. Il faisait une très juste et pertinente distinction entre le « barbare » et le « sauvage ». À la différence du sauvage, qui peut être domestiqué, le barbare campe lui à l’extérieur des murs de la Cité, voire à l’intérieur, et il incarne ce faisant une menace jugée existentielle...."

       Ils viennent jusque dans nos bras...♪♫♪
                                                     S'il est un terme ambigü, à connotations variées et à forts jugements de valeurs, c'est bien celui-là. IL y aurait des hommes, au marge de l'humanité, proches de certaines formes d'animalité parmi les plus dangereuses et nuisibles, dont on ne pourrait  espérer  quelconques  améliorations.
        Au point que l'on n'oserait plus l'employer, tant ses acceptions sont diverses et confuses
  Dans le langage courant, la connotation de ce terme est le plus souvent morale et implique une répulsion, une condamnation implicite devant des actes individuels ou collectifs marqués par l'excès de violence, la démesure dans le déchaînement du mal, de la cruauté humaine dans certaines situations.
      Mais, il faut dépasser ce point de vue spontané, comme l'avait fait  Lévi-Strauss , parlant en ethnologue,  en disant de manière en apparence paradoxale: le barbare, c'est celui qui croit à la barbarie, faisant référence aux meurs de ceux qu'on appelait "primitifs" et dont on pensait qu'ils étaient hors humanité, les rejetant hors de la culture par méconnaissance et ethnocentrisme.
    Les barbares, ce sont aussi les peuples qui surtout  à la fin de l'Empire romain, ont traversé nos régions, en s'y fixant souvent, dont toute une tradition disait qu'ils semaient désolation et terreur. Ces barbares, dont beaucoup d'entre nous descendent, qu'ils soient Bourguignons ou Normands...
    Un historien, Bruno Dumézil, nous a montré toute la diversité et les apports de ceux dont nous pensions longtemps que nous ne leur devions rien, ou pire (Les Normands pilleurs, les Huns massacreurs...selon une légende tenace)

      Les barbares viennent d'au-delà des frontières de l'Empire romain. Sur ce point, tout le monde s'accorde. Mais les origines réelles de ces populations demeurent incertaines.__Les sources des VIe et VIIe siècle affirment que les barbares ont accompli un long périple avant de franchir le limes rhéno-danubien, qui forme la limite septentrionale du monde romain.__Leur lieu de naissance serait à chercher au nord de la Germanie, voire en Scandinavie.__Toutefois, depuis une trentaine d'années, historiens et archéologues remettent en cause les affirmations des textes médiévaux.__Beaucoup de spécialistes croient désormais que les peuples barbares se sont constitués au contact direct de l'Empire, à partir de petites tribus déjà largement romanisées.   ______ Les Francs   représentent une partie de nos racines, beaucoup de Wisigoths ont fait souche et les Gaulois,,enrobés de légendes, sont loin d'avoir eu la vie fruste qu'on leur a longtemps prêtée.  Bref, le terme de barbarie est d'abord basé sur l'ignorance,historique longtemps explicable. Il nous reste beaucoup à apprendre sur eux..                                                                                                                ___ Les Grecs, à l'origine de la notion de barbare, ont eux-mêmes eu du mal à la définir. L'historien Thucydide, au Ve siècle av. J.-C., y introduit déjà une nuance péjorative. Chez lui, le terme « englobe aussi bien d'authentiques non-Grecs, comme les Thraces ou les indigènes de Sicile, que des peuples du nord-ouest de la Grèce tels que les Illyriens, les Étoliens ou la Acarnaniens. Si Thucydide désigne ces derniers comme des barbares, c'est parce qu'il considère comme arriérées ces populations des marges de la Grèce qui n'étaient pas organisées en cités ».  _____À l'époque romaine ou plutôt gréco-romaine, cette vision tend à prévaloir, par exemple dans le regard que portent Grecs et Romains sur les Gaulois, au IIe siècle av. J.-C. « Que les Gaulois aient dès cette époque incarné la figure du barbare sauvage par excellence, les sources grecques en attestent amplement. L'accent est mis sur l'impiété des Gaulois, pillards, sacrilèges que seule l'intervention d'Apollon put détourner de Delphes, mais aussi sur leur férocité guerrière, comme en témoignent les statues du type du Galate mourant en provenance du royaume hellénistique de Pergame. »____Cette vision change au début de notre ère à mesure que Rome étend son empire. « L'ex-ennemi barbare devient un provincial, construit temples et thermes, et adopte la toge, en un mot se romanise (...). Ainsi, les auteurs de l'époque impériale décrivent les Germains au combat en des termes identiques à ceux dont usaient César ou Tite-Live à propos des Gaulois ». Au terme de cette évolution, après l'édit de Caracalla (212) qui accorde la citoyenneté à tous les hommes libres de l'empire, le barbare n'est plus que l'étranger qui vit en-dehors de l'empire.                                                     En 235, la fin de la dynastie des Sévères marque le début du Bas-Empire ou de l'Antiquité tardive, ainsi que l'irruption des barbares sur la scène intérieure de l'empire romain. « Le péril barbare devint progressivement un facteur central de la vie de l'Empire ».___Au siècle suivant, sans que les barbares en soient forcément responsables, les richesses tendent à se concentrer. Dans les campagnes, une poignée de grandes villae au luxe démonstratif se substituent au tissu de villae antérieur. « L'ancienne pyramide sociale s'orienta dès lors vers une bipartition entre les puissants et les pauvres (...). Dès lors, les pauvres pouvaient être facilement amenés à se révolter, si le maître dont ils dépendaient était trop dur, si la pression fiscale devenait trop forte, si la justice impériale était trop favorable aux puissants. Quitte à passer dans le camp des ennemis de l'Empire s'ils estimaient ne plus rien avoir à perdre. Parmi les barbares du IVe et surtout du Ve siècle, on trouvait probablement beaucoup de Romains déclassés, notamment dans les espaces frontaliers où les identités étaient malléables ».____Les vrais barbares, en échange de leur accueil dans l'Empire, sont astreints à une forme de service, dont le plus saillant est le service militaire. Quelques-uns mènent une belle carrière et parviennent même au consulat malgré le handicap de leurs origines. Plusieurs tentent de faire oublier celles-ci. « En 397 et 398, Stilicon, devenu régent de l'Empire d'Occident, fit ainsi passer des lois pour interdire le port de vêtements non romains à l'intérieur de la ville de Rome » (hum, hum)._____À côté de ces barbares qui servent l'Empire avec loyauté et diligence, « on voit se multiplier les groupes résidant sur le sol romain mais dont le statut est difficile à définir : entrées plus ou moins légalement, ces troupes réglaient leur comportement sur l'attitude que le pouvoir impérial avait envers elles. Correctement nourries et soldées, elles soutenaient loyalement le prince qui les payait. Mais si leurs chefs s'estimaient mal traités ou mésestimés, ils menaient des opérations d'intimation, voire de pillage »._____À partir des années 370, les autorités concluent avec les nouveaux arrivants des traités (foedus) qui en font des « fédérés ». « Une fois installés dans une province, les barbares fédérés avaient le droit de conserver leurs chefs et leur organisation interne ; ils recevaient en outre un ravitaillement en vivres ou en terres permettant de se nourrir ».                                                                                                                                                                                            Les historiens et archéologues contemporains tendent à s'accorder sur le fait que les tribus barbares qui ont assailli l'empire romain étaient moins des ethnies que des groupes d'intérêts. ____ Pour comprendre la naissance des royaumes barbares, sans doute faut-il considérer que beaucoup de peuples dont les historiens romains nous relatent les ravages au Ve siècle étaient avant tout des groupes militaires. On y trouvait des individus d'origines très variées, et notamment beaucoup de populations de la frontière, que rejoignaient un nombre important de Romains déclassés. Parfois, il est vrai, le chef d'une armée errante s'appuyait sur une identité ethnique jugée prestigieuse : Alaric se présenta ainsi comme un roi des Goths, même si tous ses hommes n'étaient pas d'ascendance gothique.___Chez ces groupes militaires, le sentiment d'appartenance ethnique s'accroissait à mesure que l'on remportait des victoires en commun ».___Paraphrasant Simone de Beauvoir (et Guillaume Tabard, Le Figaro, 20 septembre 2016), nous pourrions écrire à la suite de Bruno Dumézil : « On ne naît pas Goth, on le devient ». À vrai dire, ce processus d'acculturation nous semble universel. Ainsi, en Afrique australe, au début du XIXe siècle, le prestigieux chef Chaka réunit autour de lui des aventuriers de diverses origines et constitue par le fer et le sang la nation zouloue. ___Aux siècles mérovingiens, les qualificatifs de Francs et Romains n'ont plus rien d'ethnique. À l'époque carolingienne, au IXe siècle, la fusion est consommée entre les différentes populations. La frontière entre civilisation et barbarie redevient géographique et distingue les chrétiens des païens. (Merci à Hérodote.net et à André Larané)  ________