Le retour
Rarement, Orwell n'aura été lu autant qu'aujourd'hui, à l'heure où l'arbitraire s'est installé à la Maison Blanche, qu'en Europe un glissement vers l'extrême droite s'installe ou est en voie de le faire. Il faut dire que l'écrivain anglais a vécu ce qu'il décrit sour forme de fiction, de dystopie, où le pouvoir politique s'impose hors de toute norme démocratique, prend les commandes de la pensée, du langage lui-même, en vue d'une obéissance sans critiques, d'une soumission acceptée. Pas seulement à Moscou ou à Pékin. Le totalitarisme, sous ses forme variées se trouve au coeur d'un ouvrage dont on redécouvre aujourd'hui l'actualité brûlante. Engagé contre le franquisme dans la guerre d'Espagne, ayant choisi clairement on camp, l'auteur est parfois instrumentalisé par des courants ou des personnes qui le lisent à contre-sens, trahissant ses propos et l'esprit de ses écrits. ___ Le meilleur des mondes de Huxley mérite d'être lu en parallèle. ___
Orwell est encore repris et adapté dans le monde du spectacle, notamment la petite oeuvre symboloqie appelée La ferme des animaux __ "...Quand Raoul Peck, le réalisateur d’I Am Not Your Negro (2016), se voit ouvrir, au début des années 2020, les portes de l’œuvre entière de George Orwell pour la réalisation d’un documentaire, il écrit trois courtes phrases en introduction de sa note d’intention pour les diffuseurs : « Il a tout vu, tout prédit, nous a tous avertis. » Comme nombre d’intellectuels avant lui, le cinéaste est frappé par la clarté et l’évidence de la pensée de l’écrivain anglais. « Il nous parle avec force, explique-t-il, car il a fourni l’analyse la plus claire de la structure du totalitarisme et de ses mécanismes. Il en décrypte les signes, en détaille les instruments, et met au jour un mode d’emploi suivi par de nombreux régimes. » Le réalisateur haïtien, qui a grandi aussi au Congo et en France et a fait l’expérience des régimes tyranniques et du double langage des sociétés impérialistes, s’embarque tout entier dans l’aventure malgré les réserves amusées de son grand ami l’écrivain américain Russell Banks (« Bon courage ! ») qui sait quelles réactions enfiévrées suscite Orwell, à gauche comme à droite. Il se trouve d’autant plus excité par le défi qu’il ne peut que constater la méconnaissance de l’œuvre, telle que l’expose l’essayiste Simon Leys : « Quand les Français lisent [Orwell], c’est généralement dans une optique digne du Reader’s Digest. Son œuvre est réduite au seul 1984 privé de son contexte, arbitrairement réduit aux dimensions d’une machine de guerre anticommuniste. On ignore trop souvent que c’est au nom du socialisme qu’il a mené sa lutte antitotalitaire. »... ___ "Orwellien: un concept ambigü, entré dans le langage courant pour qualifier toute restriction de liberté. " Au point que même la droite extrême l'oppose à ses contradicteurs. Un comble..." (voir l'Esprit du totalitarisme de JJ Rosat) ____________________
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