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mercredi 24 juin 2026

Yves Lacoste et la géopolitique (suite)

Quelques précisions

               Sur la nouvelle, mais complexe notion de géopolitique.                                                     Au sujet de la géopolitique aujourd'hui et les problèmes d'une discipline de plus en plus sollicitée. Surtout pout tenter de comprendre un peu mieux ce qui se passe et se prépare à Ormuz, à Washington, à Moscou ou à Pékin, dans les coulisses des mutations économiques, politiques  et idéologiques en cours.                                                               Il importe de clarifier la notion la géopolitique, de plus en plus revendiquée, mais parfois galvaudée, qui n'est qu'une science humaine, avec ses limites et ses "écoles"; pas une science exacte: "...elle un mixte de connaissances géographiques et historiques combinées, liées à  "une méthode d'étude de la politique étrangère pour comprendre, expliquer et prédire le comportement politique international à travers les variables géographiques. Il s'agit notamment des études régionales, du climat, de la topographie, de la démographie et des ressources naturelles."     Certains dans le passé faisaient déjà de la géopolitique sans le savoir: Alexandre le Grand savait où le menait son audacieuse conquête vers l'Est. Napoléon étudiait longuement les cartes de l'époque avant ses aventures extra-européennes. Ils faisaient de la géopolitique sans le savoir, au services de leurs propres intérêts bien sûr. C'est encore plus clair pour Hitler, qui finit pas s'aveugler lui-même. Les Usa avaient de bons experts pendant la guerre Vietnam, mais à courte vue, comme Kissinger, mais se sont fourvoyés dans un aventure sans issue . Aujourd'hui, à Ormuz, les experts des deux bords sont aveuglés par les intérêts erratiques des parties engagées. Bref, on peut être bien informés sur une situation et des enjeux sans avoir de perspectives rationnelles sur les issues réalistes à proposer. Le géopoliticien, déclaré ou autoproclamé, est lui- aussi souvent aveuglé par le préjugés du présent. Sa fonction est de s'en dégager le plus possible, mas aucun expert ne survole son époque...Ce que rappelait souvent Yves Lacoste, lui-même. 


                                                                                                                                 
Je ne veux surtout pas être considéré comme un géopoliticien ou un géopolitologue, moi je suis géographe ! À la rigueur, si vous voulez, spécialiste des questions géopolitiques. Je suis capable de mener des raisonnements qu’un géopolitologue ne fera pas. Par exemple, un géopolitologue me dira que les questions géologiques ne sont pas importantes. Or le pétrole, c’est de la géologie !...   Pour les grandes entreprises, le raisonnement géographique, c’est extraordinaire ! Si on se rend compte que la géographie c’est un outil, qui sert à faire la guerre… Par exemple, les problèmes de l’eau : Comment vous contrôlez l’eau ? Comment vous détournez l’eau d’un fleuve pour tel projet ? Vous allez présenter ce projet comme parfait, et en plus, parfaitement écologique...."

       Il ajoutait par ailleurs: " ....Les gens qui discourent de géopolitique n’ont aucun raisonnement géographique, et souvent aucun raisonnement d’historien non plus. Les problèmes géopolitiques résultent d’une évolution historique, qui peut parfois s’étaler sur des siècles, il importe de le comprendre, car l’idée que s’en font aujourd’hui les protagonistes aboutissent à des malentendus ou des certitudes très fâcheuses.           ___ La guerre d’Ukraine en est un bel exemple : on passe sous silence tout une partie des raisonnements historiques. Les problèmes en Ukraine sont beaucoup plus compliqués qu’on ne nous le dit, car ce sont des histoires fâcheuses. Poutine dit que cela fait partie de la Grande Russie, ça a été le cas pendant très longtemps. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la situation en Ukraine, comme on ose le dire de temps en temps, était différente : les Allemands étaient accueillis très bien. La famine, oh, mauvais souvenir. L’antisémitisme en Ukraine, où les juifs jouaient un rôle important, a été fort et s’explique par le fait que l’exportation des céréales se faisait depuis longtemps par des négociants juifs. Ces juifs d’Ukraine, on ne sait pas trop d’où ils viennent, d’Europe centrale, d’autres sans doute, sont venus du Caucase. Ces problèmes-là, on les passe trop sous silence. Puis il y a le rôle des fleuves, du climat…                                                                                                                                    On pensait il y a quelques années qu’une invasion russe était impossible contrairement aux logiques qu’on peut trouver dans les grandes théories géopolitiques, dans lesquelles notamment les invasions viennent toujours en Europe d’est vers l’ouest.  Dans l’histoire, les rapports de ce qu’on appellera les Ukrainiens sont d’abord très mauvais avec les Polonais. Aujourd’hui, ce qui est très intéressant est que les Polonais soutiennent les Ukrainiens en dépit de ces antagonismes : les Polonais sont catholiques, les Ukrainiens orthodoxes....."          ___________________

   A propos d'Hérodote:    "... Hérodote, prépare Alexandre. Hérodote est un Grec d’Asie Mineure qui fait alors partie de l’Empire perse. Il sait très bien qu’à déjà deux reprises les Perses ont envahi la Grèce, et par conséquent, ce qui est génial chez Hérodote, c’est qu’il estime que cela va se reproduire. Il se lance dans l’analyse de l’Empire perse en s’y déplaçant, en étudiant les peuples qu’il regroupe. Il va jusqu’à l’Indus et il est ainsi un peu le conseiller et l’informateur de Périclès. L’offensive qu’Hérodote croit prochaine ne se fera pas, et c’est Alexandre qui tire parti de ces informations et va les exploiter. Et Xénophon avant lui. Hérodote est déjà un fort bon géographe – par exemple, c’est lui qui s’étonne que le Nil se divise en trois branches et qui propose le mot delta, car, sur une carte, cela forme la lettre grecque. Il est surpris de constater qu’en été, alors que les cours d’eau autour de la Méditerranée sont à sec, le Nil lui a sa grosse crue. Il propose alors l’hypothèse de sa venue d’un pays lointain où il pleut l’été. Et c’est vrai. Périclès, Xénophon, Alexandre, ont certainement lu Hérodote. Ce dernier parce que ses conquêtes jusqu’en Inde se font sur les éléments décrits par l’historien géographe grec.      Est-ce qu’il y a un raisonnement géographique semblable à un raisonnement militaire ?   Sur certaines choses, oui ! En me promenant au parc de Sceau, j’avais rencontré un monsieur qui marchait devant moi, et qui avait lu quelques numéros d’Hérodote, et me dit « avez-vous lu le général de Brack ? » « Non je ne sais pas » et il me dit « de Brack était colonel de Hussard, et les hussards, c’est très important pour l’observation géographique parce qu’ils partent en reconnaissance. » Et il rajoute que « le général de Brack dit que, dans les fontes d’un officier de Hussard, il doit y avoir un carton, un bloc de dessin et des crayons de couleur ». J’ai été très surpris et il m’a prêté ce livre, Avant-Postes de Cavalerie légère. Et la grande préoccupation pour l’époque, c’est de tenir compte des espaces masqués, des replis de terrain, où l’adversaire va attendre et attaquer. Le hussard est celui qui revient rendre compte au chef de guerre.   – Vous voyez, je vous dis, que les dieux font bien les choses. Je dois dire que tout l’article sur le général de Brack fait partie du numéro 7 d’Hérodote et que cet article a suscité un haut intérêt. C’est à l’époque où les configurations, où les espaces masqués, c’est dilué au fur et à mesure que les procédés d’observation se font de plus hauts. Une des choses que je ne connais pas, c’est d’où vient le raisonnement de Bonaparte : Bonaparte se déplace d’une façon telle qu’il trompe l’ennemi. Mais je sais, en revanche, que Napoléon a passé la préparation de la campagne d’Italie au dépôt des cartes deux ans durant.     Évidemment les procédés d’observations aujourd’hui changent la donne. J’avais perçu ça, que les militaires n’avaient plus l’appétit géographique, mais c’est la faute des géographes.               Évidemment les procédés d’observations aujourd’hui changent la donne. J’avais perçu ça, que les militaires n’avaient plus l’appétit géographique, mais c’est la faute des géographes. Les géographes universitaires donnent de la géographie une image sans fondement, emmerdante ; Je me souviens qu’au lycée, l’histoire me passionnait, mais le cours de géographie, je sentais que c’était pas bon, que c’était lamentable. Je crois qu’à l’heure actuelle, l’image de la géographie n’est pas bonne. Il faut davantage l’expliquer. Il ne suffit pas de dire qu’il y a la géographie physique et la géographie humaine.      Dans les conquêtes coloniales, l’observation géographique est déjà très utile. Les officiers qui, comme ils connaissent mal le terrain, l’observent d’autant plus, et ont besoin de ce savoir organisé pour conquérir et organiser leurs conquêtes...."                                                   __  Illustration: Poutine et ses cartes ___________________

lundi 13 avril 2026

Un PS devenu inaudible

 Est-ce étonnant                                                                                                                                                                                 Ce n'est plus seulement la "France des pavillons" qui n'entend plus. c'est toute une population en mal de plus grande justice sociale qui n'y croit plus, surtout après l'expèrience hollandaise, qui avait tant promis. Mais si on peut le regretter, il ne faut pas trop s'en étonner. Le renoncement ou l'aligenment était déjà là avant lui. Les valeurs uktra-libérales avaient déjà repris le dessus. Comme on le disait naguère, le ver était dans le fruit depuis des années.....                                                                                      On aurait pu s'attendre à des initiatives un peu innovantes et courageuses pour aider à sortir le pays d' une impasse institutionnelle grave, mais c'est la cacophonie et la zizanie qui dominent. Retour au vieux clivages, comme lors du congrès de Rennes, par exemple, en rappelant un autre? Un parti devenu inaudible. Les querelle sont dévastatrices, alors que les échéances et les dangers pressent. Les échecs se succèdent, sous l'effet des vieux tropismes.  Un force qui comptaient, mais dont les éléphants compliquent un nouvel envol?                                                                                                                                                                              Il y a peu, on écrivait: Jaurès, reviens! ils sont devenus fous...

                                                Mais jusqu'où descendra ce qui reste du PS? Il touche le fond. Tué par ses divisions. Cela n'étonnera pas ceux qui suivent son chemin chaotique, depuis les années Mitterrand où il avait le vent en poupe. Assez vite, ce parti composite fut travaillé par des forces antagonistes et malgré une unité de façade, connut des divisions qui éclatèrent surtout au moment des congrès, notamment celui de Rennes. Le réformisme mou de certains devait aboutir à des ralliement "contre-nature", à l'ère macronienne notamment. Il ne reste que des lambeaux d'un parti qui a épousé, au plus haut niveau, les thèses néo-libérales. Jusqu'aux guerres picrocholines d'aujourd'hui. Alors qu'on attendait de lui plus que quelques lois sociales. Une vraie réforme des institutions. Des dérives qui ont fait le jeu des forces les plus conservatrices, voire de l'extrême-droite, comme on le voit dans le Nord ouvrier. Un descente aux enfers qui ne désespère pas seulement les militants qui restent...                                                                                                                     Comme beaucoup le remarquaient depuis des années: l'effacement de la gauche, son progressif mais inéluctable recul, sa dissolution dans la  pensée néolibérale sous prétexte d'adaptation et de "modernité", l'oubli de ses valeurs et de ses engagements, jusqu'à ceux des notions de service public et de justice sociale...voilà pourquoi notamment pourquoi de plus en plus de personnes ne se reconnaissent plus dans ce qui reste d'un PS moribond et d'un PC exsangue.           ___Depuis les années 83, ce fut une longue dérive, de compromissions en compromissions, d'abandons en renoncements ..avec le souci d'un vague réformisme ou d'un néo-keynésianisme timide et occasionnel, souvent plus verbal qu'effectif. La notion même de socialisme semble avoir disparu de l'horizon.           Il faut dire que le terme est galvaudé.       Quel socialisme? Il y a le mot et la chose...Les "socialistes" d'aujourd'hui furent au mieux de bons gestionnaires d'un système qui accentuait les inégalités, générait plus de précarité. On comprend le recul massif de ceux qui n'osent même plus arborer les étiquettes traditionnelles.

De Jaurès à Lamy, quel rapport?
     Juste un mot....
La réponse viendrait-il de l'intérieur? Il n'y a pas si longtemps, M.Valls, héritier du deloro-rocardisme, avançait cette proposition, qui eut le don de faire réagir vivement Mme Aubry, qui doit être autant socialiste que le pape est mormon:
" Il faut transformer de fond en comble le fonctionnement du PS, nous dépasser, tout changer : le nom, parce que le mot socialisme est sans doute dépassé ; il renvoie à des conceptions du XIXe siècle."
     Constat d'un autre courant, en forme d' aveu: " Le PS n'existe plus, ni en attaque, ni en défense (…) Le Parti socialiste est devenu un parc à moutons. » Estimant que « le Parti socialiste est dans un état comateux » et que sur « le plan du rassemblement de la gauche, il n’a pas du tout joué son rôle », il plaide pour un sursaut .." (Henri Emmanuelli).  Sursaut nécessaire ou retour aux sources? D'autres se libèrent: "Le gouvernement n’a plus rien de socialiste".
   A l'extérieur, C.Duflot fait le constat du vide: "  pour certains, les mots ont vocation à rester des mots. Je fais le triste constat que c'est aussi cela qui a été sanctionné par les Français dimanche, une politique où le verbe et la "com" sont plus que les actes»   
     Il y a déjà quelques années, Eric Dupin invitait la gauche à sortir du coma, faisant l'analyse de son effacement  et proposait quelques pistes pour sa possible reconstruction. On attend le début de l'ombre du moindre petit tournant. L'autoroute néolibérale est de conduite si aisée...
   Coma dépassé ou décès?
N'a-t-on pas affaire à une doctrine morte?
           Où est passé le socialisme, celui qui avait encore un sens pour beaucoup?
 .Celui du Président n'est plus qu'un vernis. Un socialiste modernisé, ripolinisé, à la mode St Germain. L'héritier du deloro-rocardisme est au commande.
      _____________________________ Depuis Jaurès, l'eau a coulé sous les ponts.. et avant lui déjà cette notion vivante faisait débat en Europe dans les divers mouvements ouvriers et les courants qui les soutenaient.
.                Le mot socialisme a déjà une longue histoire et a connu bien des variantes, le point commun étant "de prôner une organisation sociale et économique allant dans le sens d'une plus grande justice, celle-ci supposant une égalité des conditions, ou du moins une réduction des inégalités. Plus largement, le socialisme peut être défini comme une tendance politique, historiquement marquée à gauche, dont le principe de base est l'aspiration à un monde meilleur, fondé sur une organisation sociale harmonieuse et sur la lutte contre les injustices..."
             Un mot souvent  galvaudé, qu'on peut ramener à un petit dénominateur commun partagé" Le socialisme est l'ambition de construire une société où la naissance, l'argent, la propriété ne soient pas les seuls déterminants.
Il est possible de construire une société basée sur la connaissance, où chacun puisse réaliser ses potentialités humaines dans un cadre collectif, une société où chacun puisse vivre décemment, être créatif et libre. Pour s'appeler socialiste il faut ne pas avoir renoncé à certaines priorités, priorités à la connaissance, à l'échange, au travail organisé sans l'obligatoire subordination qui caractérise le salariat , il ne faut pas avoir renoncé à choisir la citoyenneté contre la sujétion.
Sans l' objectif de résoudre les problèmes les plus criants, sans l'objectif jugé utopique de contribuer à une amélioration de la vie de tous et de toutes, il n'y a plus de progrès possible, il ne reste que" la régression compétitive". La compétition féroce à tous les niveaux qui exige que tout, les biens et les services soient produits au moindre coût. Le moindre coût du travail c' est la misère du plus grand nombre pour une production standardisée, de mauvaise qualité. Cette production et ce travail "compétitif" assurent à la finance mondialisée les moyens de régner et de décider de la vie des humains, de faire une entreprise là, d'en ouvrir une autre là-bas.
        Sur la base de ces exigences, il y eut dans l'histoire des tendances très diverses et le mot ne manque pas d'ambiguïté.
     Le PS semblant avoir perdu sa substance et étant devenu un parti de notables et de fonctionnaires, de gestionnaires (honnêtes ou non) des affaires courantes, épousant les choix politico-économiques du néolibéralisme, avec un zeste de social. Maastricht l'a achevé.
             Il est censé représenter une partie de la gauche...
 Mais quelle gauche?..On assiste à la dérive  d'un idéal et d'une pratique politique, surtout depuis les année 80. On peut situer l' acte de décès final en 1983:la tournant de la rigueur, avec l'ouverture inconditionnelle à la mondialisation financière et la mise en chantier de privatisations en chaîne:
    Mitterrand fait le choix de rester au sein du Système monétaire européen (SME), et de réduire le différentiel d'inflation (et de hausse des salaires) français vis-à-vis du partenaire allemand, qui pèse sur la compétitivité du pays et la valeur de sa monnaie sur le marché des changes.
Face à la crise et à la menace d’une déroute économique, le président doit revenir sur ses engagements économiques de début de mandat. Pierre Bérégovoy, ministre de l'Économie, des Finances et du Budget du gouvernement Laurent Fabius, ouvre la voie à un processus de privatisations après les nationalisations de début de mandat. Les marchés financiers sont partiellement dérégulés. La plupart des entreprises qui ont été nationalisées entre 1981 et 1984 seront privatisées sous le gouvernement Jacques Chirac entre 1986 et 1988 ; on peut considérer qu’à partir de 1984, la France quitte un fonctionnement économique étatisé et adopte davantage un fonctionnement d'économie sociale de marché....
    Sous la poussée des forces néoconservatrices reaganiennes et thatcherienne,  s'inspirant de Hayek et de Friedman, pour faire "moderne", une sorte d'ordo libéralisme à la Kohl s'est installé en quelque sorteen question en Europe.....comme en Allemagne. Un modèle finalement contesté.
          Des responsables du PS vont aujourd'hui plus loin dans la déréglementation et la soumission au marché. C'est ainsi que récemment  on a entendu, faisant du sous-Merkel,  le chantre de l'OMC, Pascal Lamy, prôner des petits boulots en dessous du Smic, faisant se dresser Madame Parisot. Un comble!
    Comme beaucoup le disent, le PS a abandonné la classe ouvrière, les plus modestes, se situant même parfois à la pointe de la  libèralisation du monde.   
 Le  (social)- libéralisme, cette "troisième voie", s'est épanoui. Les éléphants de Maastricht ont encore pignon sur rue.
   Bref, l'état des lieux est consternant, après une  histoire des gauches vivantes et variées, Terra Nova représentant la pointe la plus visible de cette adaptation mimétique à l'air du temps.
        La gauche française serait  devenue une droite qui ne s'assume pas
Faut-il  faire appel au docteur Marx,  pour réanimer le malade?
En sachant que les partis sont à l'image d'une société.
Il reste à  changer de modèle économique, à restaurer une démocratie vivante, à refonder une citoyenneté responsable.
         Une forme de  socialisme cohérent, dans un seul pays, peut-il encore advenir dans une économie mondialisée et financiarisée, une Europe soumise aux contraintes libérales, avec un peuple idéologiquement résigné?         
       That is the question..._______
                  ___*  Benoît Hamon lui-même, porte-parole du PS, fait ce constat, dans son dernier livre:
...« Au sein de l’Union européenne, le Parti socialiste européen (PSE) est historiquement associé, par le compromis qui le lie à la démocratie chrétienne, à la stratégie de libéralisation du marché intérieur et à ses conséquences sur les droits sociaux et les services publics. Ce sont des gouvernements socialistes qui ont négocié les plans d’austérité voulus par l’Union européenne et le Fonds monétaire international [FMI]. En Espagne, au Portugal et en Grèce bien sûr, la contestation des plans d’austérité prend pour cible le FMI et la Commission européenne, mais aussi les gouvernements socialistes nationaux. (…) Une partie de la gauche européenne ne conteste plus qu’il faille, à l’instar de la droite européenne, sacrifier l’Etat-providence pour rétablir l’équilibre budgétaire et flatter les marchés. (…) Nous avons été en plusieurs lieux du globe un obstacle à la marche du progrès. Je ne m’y résigne pas..."
                           __ *  ___Jean-Pierre Chevènement fut un des rares à dénoncer très tôt les dérives d'une social-démocratie agenouillée devant la loi des marchés.
La gauche s’est ralliée au néolibéralisme, à la désindustrialisation et à l’euro fort et a signé ainsi la fin de sa spécificité.
"Cet idéal d’émancipation culturelle et morale de l’individu a fini par détrôner dans les années 1980, tant dans l’esprit des dirigeants de la gauche que dans les aspirations du cœur de son électorat, les considérations économiques et sociales traditionnelles rapidement devenues « archaïques » à l’heure des restructurations industrielles et de la dérégulation de l’économie. Des demandes non plus sociales mais « sociétales » se sont alors rapidement déployées dans les programmes politiques des partis de gauche des années 1980-90 : nouveaux droits, respect de la « différence », valorisation de la diversité… L’horizon des luttes s’est peu à peu déplacé. C’est désormais l’individu dans ses identités multiples qui doit être émancipé, et non plus le travailleur ou le salarié dans son rapport à la production. Ainsi, par exemple, le triptyque du Parti socialiste français des années 1970 (« nationalisation, planification, autogestion ») qui résumait bien son époque a-t-il été remplacé dans les années 1980-90, par un autre, implicite mais omniprésent : « individu, minorités, diversité ».
Au-delà de cet aspect culturel, le socialisme européen s’est plus généralement engagé tête baissée dans l’impasse libérale en abandonnant, soit qu’il l’a cru irréalisable soit qu’il l’a cru réalisé, son projet historique. Illusion encore renforcée au lendemain de la chute du Mur de Berlin en 1989 avec la disparition du vieil ennemi communiste. La social-démocratie aurait finalement épuisé son destin historique, la voie particulière qu’elle a historiquement incarnée ayant triomphé. Le réformisme comme méthode (plutôt que la révolution), la régulation de l’économie de marché comme programme (plutôt que l’appropriation collective des moyens de production) et la démocratie politique comme cadre d’exercice du pouvoir (plutôt que la dictature du prolétariat) s’imposant définitivement à gauche.

Mais ce faisant, le socialisme n’a pas su résister aux sirènes du libéralisme ; il en a même parfois volontairement épousé les contours, dans le cas du social-libéralisme. Il a adopté si ce n’est l’idée libérale, qu’il continue à dénoncer avec virulence, du moins son contenu matérialiste et consumériste, voué au culte de la croissance pour elle-même à coup de dérégulation, de flexibilité et de privatisation, mais aussi son projet culturel tout entier forgé autour de l’individu et de ses droits sans cesse étendus, et bien évidemment son programme politique qui privilégie les formes institutionnelles de la représentation et de la préservation des intérêts individuels au détriment d’une ouverture plus collective, plus égalitaire, plus démocratique (participative dirait-on aujourd’hui) du champ politique et social.

De la sorte, les socialistes, sociaux-démocrates et autres travaillistes européens ont largement ignoré la question, pourtant constitutive de leur 
ethos, de la répartition des richesses et de l’équilibre entre capital et travail. Ils ont littéralement abandonné le terrain de la lutte pour l’égalité au profit d’une promotion de la « diversité » qu’ils ont érigée en valeur. Ils ont aussi délaissé la notion fondamentale de solidarité en autorisant une politique généreuse d’accès à l’Etat social à de nouveaux ayants droit sans toujours exiger un quelconque devoir en retour de leur part. En négligeant de repenser le rôle de l’Etat pour l’adapter à son temps, ils ont laissé le slogan authentiquement néolibéral de Ronald Reagan, « l’Etat comme problème plutôt que comme solution », devenir le principe directeur de la réforme des politiques publiques. Ils ont oublié que le but de la vie sociale ne pouvait se résumer à un pur matérialisme, de la même manière qu’ils ont laissé faire les libéraux lorsque ceux-ci ont vu dans les nouvelles aspirations démocratiques et les nouvelles formes de la participation à la vie politique une menace plutôt qu’une chance pour les sociétés contemporaines. Bref, ils ont capitulé..."                                                                         Point de vue._

lundi 6 avril 2026

Question de dette

Dette publique dans le débat

       Coemme souvent. Comme aujourd'hui en France. Comme hier en Allemagne, en Roumanie, en Grèce....Elle peut avoir des effets positifs, comme le moyen d'une relance économique, permettant de la régler défintivement, ou des effets pervers, selon les cas. Elle résulte essentiellement de choix ou de non-choix politiques, n'a pas l'aspect moral qu'on lui attribue parfois facilement, en en faisant porter la responsabilité sur l'inconscience des citoyens jouisseurs-consommateurs, par exemple, comme Mr Bayrou s'est obstiné à le faire récemment, par exemple, ou Mr Raffarin avant lui.  Toute une histoire...  


                                                                                   On sait que la notion de dette et de faute sont originellement liées, comme l'a montré Graeber  dans ses recherches. Mais le simplisme est souvent la règle en la matière; "
« Moi, j’ai des idées simples (…) c’est de la bonne gestion de père de famille, c’est cela qu’il faut faire. Moi je suis tout à fait favorable à ce que nous puissions, très rapidement, réduire les déficits" (Raffarin). Cette référence aux « règles de bon père de famille » a été reprise par Sarkozy lors de la discussion du budget 2005. Pourtant, ce raisonnement apparemment irréfutable est un tissu d’absurdités et de contresens.( M.Husson)...                                                  Et puis, il y a dette et dette... Et la dette a à voir avec la peur, voire la culpabilité, la faute...Et le débat es souvent assez lunaire, ce qui n'exclut pas qu'il puisse y avoir de la "mauvaise" dette.        Le vocabulaire religieux est imprégné de cette notion de dette. La culpabilité (Geduld) et la dette ont des origines communes. Il en reste des traces comme dans l'Allemagne actuelle, qui porte le poids d'une histoire récente particulière, même si la fin d'un tabou est sans doute en train d'apparaître.                                                                                                                     


 Le études  de David Graeber son très originales de ce point de vue. En contextualisant historiquement le rôle de la monnaie, il permet de relativiser beaucoup de nos représentations sur le disours concernant la dette.                                       Et la monnaie est profondément ambivalente.



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samedi 21 mars 2026

Vers une précarité généralisée?

  Régime (devenu) "normal"?     

          La précarité ( au sens le plus large) semble un état normal de l'existence. Tout est précaire, la santé, la vie, l'amour même souvent... C'est la contingence fondamentale de toute vie humaine. C'est ce que disait Mme la ministre Parizot pour justifier cet aspect de la vie économique et sociale. Là, elle crée la confusion, car elle mélange deux plans. En ce qui concerne la vie de travail, par exemple, ce que l'on appelle la précarité est en fait déterminée socialement, liée essentiellement à des rapports de production à un moment donné, dans une situation donnée. On  voit clairement que ce peut être la conséquence de choix et d'effets de système., sur lequel on peut agir sur la base d'autres choix, souvent politiques. Pour prendre un exemple limite, le contrat "0 heures" anglo-saxon n'est pas le fait du hasard, mais de décisions politiques. En France, la précarité des jeunes surtout, a doublé depuis les années 80, ce qui n'est pas le cas dans d'autres pays comparables.                                                                                                  La précarité devient de plus en plus un régime normal dans l'espace européen. Ne parlons pas des USA. Mais pas seulement. Pas seulement pour les juniors. Les femmes sont le plus concernées. On peut toujours faire mieux. Précariser le travail, c'est précariser la vie sous ses différents aspects, de manière souvent irréversible. La flexibilité est une exigence de nos sociétés libérales et financiarisées, où se creusent comme jamais les inégalités de revenus 


  ___  Il ne faudrait pas avoir peur des minijobs.
Ils sont créateurs d'emplois, comme ils disent...
    Pas plus que de la précarité, qui permet souplesse et mobilité sur notre bonne planète ouverte à tous les vents du profit à court terme et des capitaux hautement volatiles...Faut pas contrarier  les marchés!
En matière de flexibilité, on peut toujours faire mieux.
    Comme disait Madame Parisot: « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »
Que répondre à une telle "évidence"? Presque un axiôme. CQFD!
   Donc, plus besoin de contrat. Ni CDI, ni CDD, qui sont d'anachroniques contraintes. La notion de contrat tend à disparaître, comme le poussiéreux Code du Travail. Des vieilleries..Des obstacles au business.
              Certains pionniers audacieux défendent le contrat de travail zéro heure, condition pour une embauche aléatoire...C'est déjà mieux.
    D'autres, plus visionnaires encore, prônent le travail gratuit. 
Ils poussent un peu le bouchon, mais il faut reconnaïtre qu'il y a vraiment des gens qui pensent...!!!
     Mme Merkel, sur les traces de Schröder, fait ce qu'elle peut..
         Du boulot à un euro , du « Kurzarbeit », on peut trouver...  Le système Schröder-Haartz se poursuit sous toutes ses formes, imprimant son innovation partout, inspirant même notre Président.
   Pourquoi même ne pas prendre Emmaus comme  modèle?
Ils sont en avance sur leur temps...
   Ce n'est au fond qu'un retour au bon vieux temps d'autrefois... et même à le bonne vieille antiquité.
                 ...Et dire qu'il y a encore des attardés qui affirment que la flexibilité nourrit le chômage!
Pff!
             Le travail durable et assuré ne devrait plus être de mise. Il génère monotonie, ennui et paresse, habitudes néfastes  des avantages zaquis? La vie, c'est le changement..
   Un ouvrier assuré de son poste devient vite, disent-ils, moins performant et s'installe dans le confort d'une vie qui devient vite routinière et terne. Il devient aussi plus exigeant, profitant de la solidarité crée avec ses homologues pour revendiquer plus d'avantages. Il est même prêt à cesser momentanément le travail pour ça afin d'augmenter ses gains, prenant l'entreprise en otage et mettant en péril la production. Il oublie vite que le travail, sans lequel il ne vivrait pas, lui a été accordé par pure générosité. Et puis, en vieillissant, au delà de quarante ans, il perd son efficacité et coûte trop cher....Il faut recycler!
  Le marché, c'est le mouvement, comme la vie, c'est aussi la rationalité, comme disaient Hayek et son disciple Friedman, l'expression de la main de Dieu...
                  Donc, il ne faut pas avoir peur des  mini-jobs
Et puis, l'argent n'est pas tout. Il ne fait pas le bonheur... 
 Il faudrait, comme les sages d'autrefois savoir se contenter de peu en renonçant aux surenchères salariales qui finissent par rendre perpétuellement insatisfait.
            Il importe donc de «détabouïser(sic!)le mot de "flexibilité"»comme ils disent...
.Déjà en Grèce ou en Espagne, par exemple, la précarité est devenue généralisée, au delà même des pratiques américaines. 
Nul doute que ces pays vont sortir ainsi plus vite de la crise, car  en matière de compétitivité, l'Espagne défie la France»On pourrait aussi dire que le Portugal défie l'Espagne, que la Chine défie le Portugal, que le Vietnam défie la Chine, et que le Bangladesh défie le Vietnam, vu que l'on peut toujours chercher un pays où l'on accepte de travailler plus en gagnant moins.."
            La précarité, c'est la norme du futur. C'est un dogme fondamental du néolibéralisme
La rigidité, la stabilité, voilà l'ennemi!
   ...C'est du moins ce qu'on dit dans les sphères généralement bien informées intéressées... 
 Jonathan Swift_n'aurait pas raisonné autrement...         _________________

samedi 27 décembre 2025

Vassalisation

 Réindustrialiser: un enjeu fondamental, une urgence.                                                                                                                                              Une nécessité impérieuse. On peut ne pas aimer Arnaud Montebourg, ancien ministre de l'industrie, qui dut quitter son poste pour son trop libre propos sur des affaires de cessions industrielles qui lui semblaient aberrantes et quasi suicidaires pour notre avenir industriel. N'empêche qu'il visait juste, comme on peut s'en rendre compte surtout maintenant, à l'heure où Washington voue Bruxelles aux gémonies. On se souvient notamment de l'affaire Alstom, qui fut un scandale pour qui avait les yeux ouverts. Mais il en eut d'autres...Une emprise inquiétante, accomplie dans la plus grandes des inconscience, où les banquiers d'affaires s'en donnèrent à coeur joie.                                                  La réindustrialisation est (re)devenue un objet de débat central dans l'horizon économique français. Après des années où la France a laissé disparaître ou filer sous d'autres cieux des fleurons de son activité économique. La volonté de relative dé-mondialisation actuelle, surtout suite à la prise de conscience de nos fragilités à la suite du l'épisode de la covid, qui a servi de révélateur, pousse les responsables économico-politiques à revenir à une souveraineté largement compromise.                                                                                                               Il fut un temps pas si lointain où Alain Minc s'imposait comme le grand gourou de la "mondialisation heureuse", de l'ouverture au grand large, transocéanique, où iraient s'exercer à bas coût des tâches et des productions qui ne nous reviendraient plus, le développement des services étant devenu le nouveau graal de l'activité économique, l'Etat abandonnant des pans de sa fonction régulatrice, conformément à la doctrine anglo-saxonne en vogue de la dérégulation généralisée. Les délocalisations à tout va passèrent par là, dans un nouvel "ordre mondial".  Aujourd'hui, le roi est nu, du fait des dogmes néolibéraux qui inspirèrent des décisions au niveau le plus élevé.



                                                                                    Point de vue: Pour Nicolas Dufourcq, qui en reste plus au niveau des symptômes que des causes profondes:    "... Entre 1995 et 2015, la France s'est vidée de près de la moitié de ses usines, et du tiers de ses emplois industriels. "En 1994-1995, on est dans un moment idéologique très particulier, à Londres, à Paris et aux Etats-Unis, où la croyance dans le libre-échange est totale. Tout le monde conçoit qu'il ne fera aucun perdant, sauf que ça ne va pas se passer comme ça", commence Nicolas Dufourcq, Directeur général de BPI France depuis sa création en 2013.                  "Un long courant est monté pendant les années 1970 sur la question de savoir si l'industrie c'était Zola ou pas. L'industrie c'était sale mais aussi extraordinairement autoritaire. A cette époque, commence à émerger une nouvelle génération de jeunes français qui ne veulent plus de ça", poursuit-il.     La politique sociale de la France est-elle une des causes de la désindustrialisation ? Oui, selon Nicolas Dufourcq, même si "ce n'est pas la seule". "Il y a eu un moment d'accélération radicale, entre 1995 et 2003, où on aurait dû prendre conscience du fait que l'industrie française pouvait être détruite, comme on a pris consciente au début des années 1960 que la paysannerie française pourrait être détruite par le traité de Rome. Au début des années 1960, on a fait ce qu'il fallait : on a créé la politique agricole commune (PAC). Mais [pour l'industrie], on a pensé que ça irait, sauf que non. On a même mis en œuvre des réformes qui étaient absolument orthogonales aux besoins de l'industrie : l'augmentation des cotisations sociales, sans parler des 35h qui ont totalement déstabilisé l'industrie française", estime Nicolas Dufourcq.   Ce débat se résume-t-il à un clivage gauche-droite ? "Non, ce qui est très intéressant dans cette affaire, c'est qu'à peu près tout le monde est coupable : l'éducation nationale, les médias, les banques, les industriels eux-mêmes qui ne s'étaient pas bien préparés." Il ajoute : "Il y a une différence incroyable entre les lièvres et les tortues : l'écart-type entre ceux qui se préparent réellement à l'avenir, par une fuite en avant dans l'innovation, et ceux qui pensent qu'on peut persévérer dans l'être. Le rôle de la BPI que je dirige est d'emmener tout le monde dans l'innovation."   Pourquoi la France est d'un des pays européens qui a vécu la plus forte désindustrialisation ? "La deuxième désindustrialisation, celle qui commence en 1995 en Europe continentale, ne touche pratiquement que la France. Il y a une spécificité française : il y a eu un contrat social contre l'industrie. Le chômage de masse créé lui-même une fuite en avant dans l'imaginaire, consistant à penser que la solution au chômage ce sont les services, que ça ne sera jamais l'industrie."    Nicolas Dufourcq estime aussi qu'il y a eu un soucis dans la formation des jeunes, avec la généralisation de l'accès au baccalauréat général, au détriment des lycées professionnels. "Tout le monde a choisi de faire partie de la bourgeoisie des villes, or l'industrie c'est la campagne. Rapidement, les familles ont compris que les lycées professionnels, ça n'était pas le lieu où on allait pouvoir capter les éloges de la société française. On a un énorme sujet aujourd'hui sur l'enseignement professionnel", poursuit-il. "La conviction de la BPI est claire : c'est que ce sont les entrepreneurs qui vont régler le problème."      "Fallait-il sacrifier l'environnement sur l'autel de l'industrie ?", l'interroge-t-on. "Il faut savoir ce qu'on veut. On est dans une explosion d'innovation technologique dans l'industrie. C'est tout à fait compatible avec l'environnement, mais il faut faire vite. Il y a une compétition à la réindustrialisation. Nous sommes beaucoup trop lents. On ne peut plus se payer le luxe d'attendre six, sept, huit ans pour avoir des autorisations pour des motifs environnementaux quand on réouvre une usine dans un village." Nicolas Dufourcq cite en conclusion de "belles histoires de réindustrialisation dans les régions françaises". "Le textile tout le monde pense que c'est mort mais pas du tout. On est en train de réinventer le textile français". "L'industrie, c'est l'amour de la machine. J'ai voulu faire ce livre car au moment où on rebascule vers un possible, le possible d'une industrie magnifique, il faut qu'on soit tous d'accord sur la désindustrialisation des années 2000"..."  ___________

_Pour un retour à l'Etat stratège                                                                                                                                                             A la recherche d'une souveraineté perdue?   On peut suivre ce document.  Nous revenons de loin. La mondialisation est passée par là.  L'Angleterre a ouvert la voie, avec le tatcherisme, sous produit du reaganisme, inspiré de la pensée de Milton Friedman et de sa croyance aveugle au marché et aux vertus du libre-échange tous azimuts. Elle revient partiellement en arrière, redonnant à l'Etat un rôle régulateur.                                                         La question de la désindustrialisation relative de la France agite les esprits depuis plus d'une décennie. La croyance naïvement libérale en la "mondialisation heureuse" est aujourd'hui remise en question et les crises récentes ont renforcé l'idée d'un retour à une certaine souveraineté  économique, les crises menant à un renforcement de ces exigences. C'est la course en avant vers les investissements pour les technologies du futur, notamment, en faisant appel aux groupes étrangers, dont on connaît la capacité à se déplacer au gré de leurs intérêts. N'y a-t-il pas une part de fièvre illusoire?   Nous sortons de vingt de stagnation industrielle. La désindustrialisation de la France n'était pas une fatalité...

                "... La hâte macronienne, impatiente d'effets d'annonce, pour masquer ses insuccès, ne parle pas de l' autre face du problème: "... ce mythe de la réindustrialisation n’a pas d’autres ambitions que de servir aux foules de belles histoires de construction d’usines pour lui faire oublier une réalité bien plus terne. Car si la région de Dunkerque se rêve en hub des batteries électriques, la destruction de l’outil industriel local se poursuit. Les ouvriers de la région sont ainsi inquiets et en lutte. Ceux de l’entreprise sidérurgique Valdunes à Leffrinckoucke dans la banlieue est de Dunkerque viennent d’être lâchés par leur investisseur chinois, mettant le site en danger et montrant, en passant, la dure et cruelle réalité de ce que sont les « investissements étrangers » en régime de liberté totale de circulation de capitaux dans une économie ultra-financiarisée. Mais les cas se multiplient dans les alentours comme l’a souligné l’intersyndicale locale dans un communiqué publié le 10 mai : outre Valdunes, les sites ArcelorMittal et Aluminium Dunkerque sont au plus mal...."  On connaît la fragilité de ces investissements étrangers, qui peuvent partir comme ils sont venus. Les exemples ne manquent pas. Et le chemin sera encore long.                       La question touche aussi toute l'Europe, face aux défits de la Chine et du néoprotectionnisme américain de circonstance.  "...Depuis quelques années la faiblesse de l’industrie française est régulièrement pointée du doigt. Cette faiblesse soulève plusieurs questions. La situation de la France est-elle singulière au sein des pays avancés ? Quelles sont les causes de la désindustrialisation de la France, au-delà de la question des coûts élevés souvent invoquée ? Quelles sont les conséquences économiques de l’affaiblissement industriel ?  Enfin, si on doit faire de la réindustrialisation une priorité de la politique économique de la France, quelles sont les décisions à prendre ?  ...                                                                                                                          Si la désindustrialisation a débuté avec les crises pétrolières des années 1970, elle s’est accélérée dans les années 2000.  Cette désindustrialisation a touché de nombreux pays développés, mais la tendance française a été plus forte. La part de l’industrie manufacturière (hors énergie) dans le PIB est de 11,5% en 2020 (Insee). C’est une proportion bien plus basse que celle de la plupart des pays de l’Union Européenne :  20% en Allemagne, 16,4% en Italie, et de celle des pays d’Europe centrale et orientale : c’est 18,2% en Pologne et 24% en Tchéquie. De plus, cette part de l’industrie dans le PIB a baissé beaucoup plus vite en France que dans le reste de l’UE (6,1 points de pourcentage entre 2000 et 2020 en France contre 3,3 pour l’ensemble de l’UE). Qu’est-ce qui peut expliquer cet effondrement de l’industrie française au cours des dernières décennies ?   Comment l’industrie française a perdu la guerre des idées: De façon globale, l’industrie a longtemps eu en France une très mauvaise presse dans l’environnement socio-culturel. Elle a une image passéiste, elle pollue, elle génère des risques, le travail y est difficile. Cette image reste beaucoup plus positive en Allemagne et les pays du nord qui souffrent moins de cette idéologie post-industrielle. 


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Des années 1980 aux années 2000, de nombreux économistes français soutiennent que les pays développés doivent délaisser une grande partie de l’industrie. Le raisonnement est très simple : les coûts des pays les plus avancés étant bien plus élevés que ceux des pays émergents, les premiers doivent se spécialiser dans les produits innovants et les services, et les seconds dans la production manufacturière, intense en main d’œuvre peu qualifiée (voir Artus et Virard, 2011). La désindustrialisation est alors considérée par ces économistes comme un signe du développement économique, une conséquence logique et souhaitable de la division internationale du travail. C’est le cas de deux économistes renommés, pour qui la réindustrialisation est un « poncif », une « baliverne », une « nostalgie », un « mythe » qu’il convient de dénoncer. Pour eux, « chercher à inverser le sens de ce basculement de l’industrie vers les services est un contresens strict » (Landier et Thesmar, 2013).  Les plus grandes entreprises industrielles françaises ont alors inscrit leurs stratégies dans la délocalisation de la production. Au début des années 1990, le patron d’Acer, Stan Shih, introduit l’image de la « courbe du sourire » : les phases amont (R&D) et aval (Marketing et distribution) de la chaîne de valeur produisent plus de valeur que les phases intermédiaires, production ou logistique. Cette idée sera relayée en France par Serge Tchuruk, alors dirigeant d’Alcatel, qui défendra l’idée de l’entreprise sans usine, « fabless ». Les entreprises sont donc incitées à externaliser, le plus souvent à l’étranger, dans des pays à faible coût de main d’œuvre ou proches des lieux de consommation en croissance. Ce faisant, elles sont bien sûr également largement responsables de la désindustrialisation. L'essentiel des voitures des marques tricolores est construit et assemblé hors de nos frontières.  Pendant longtemps, le déclin industriel français n’a pas non plus déclenché de réaction politique très forte. Les politiques publiques françaises sont souvent d’inspiration keynésienne, privilégiant la demande à l’offre notamment dans le domaine fiscal. Il faudra attendre le rapport Gallois de 2012, rédigé à la demande de Jean-Marc Ayrault, pour que la classe politique, particulièrement à gauche de l’échiquier, prenne conscience que soutenir l’offre est important, qu’« il n’y a pas d’économie forte sans industrie forte » pour reprendre les termes du Premier ministre Jean-Marc Ayrault dans sa lettre de mission à Louis Gallois...."                                                                   _______Point de vue
 "...Pourquoi l’industrie française est partie depuis quarante ans ? Parce que nos élites ont décidé que les usines, c’était passé, dépassé, que ça polluait, qu’il fallait se tourner vers les services, les banques et les assurances, qu’on pouvait juste garder, éventuellement, l’aéronautique et le luxe.

Emmanuel Macron reste quand même l’homme de la « start up nation », qui comme ministre à Bercy, a bradé notre fleuron Alstom aux Américains, Tecnip aux Texans, Alcatel à Nokia, avec au final 1800 emplois en moins malgré les engagements… Alors, si conversion d’Emmanuel Macron, et de nos élites, il y a, tant mieux.   Maintenant, il faut que ça parte d’un bon diagnostic, sinon on n’aura pas les bons remèdes. Quel est le diagnostic ? Nous avons subi une double emprise. Par un dumping sur le travail à l’est, via la Chine et les élargissements européens, avec une main d’oeuvre moins chère, une faible fiscalité, des normes environnementales moindres. Et par une prédation du capital à l’ouest, avec les fonds de pension anglo-saxons qui ont pillé les plus beaux morceaux de notre industrie nationale. Depuis quarante ans, dans mon coin, on a déshabillé notre industrie dans une grande indifférence. Macron dit qu’il a « cessé d’être naïf », mais les gens de mon coin, les ouvriers, ont payé un prix cher à sa prétendue « naïveté ». Et eux ne l’étaient pas « naïfs ».   Ne vendons pas des illusions : il n’y a aucun redressement industriel aujourd’hui. La part de l’industrie dans la valeur ajoutée a baissé : de 14,3% à 12,7% en un mandat de Macron. Affirmer le contraire, c’est un mensonge. Et on va continuer de plonger si on ne se saisit pas des bons outils.

Selon vous, le président fait un mauvais diagnostic à ce sujet ? Lui parie notamment sur les investissements extérieurs. Ce n’est pas la solution ? François Bayrou, le haut commissaire au plan, fait pour moi un travail remarquable sur l’industrie. Il souligne notamment que notre gros problème, depuis les années 2000, c’est que les multinationales françaises ont choisi de délocaliser, y compris pour nourrir le marché intérieur ! Ca représente, d’après lui, 2 points de PIB, c’est énorme.    Par ailleurs, aujourd’hui, 34 % de l’industrie française appartient déjà aux capitaux internationaux. Du coup, la priorité est-elle de faire la danse du ventre à Versailles devant les fonds américains, ou de demander aux entreprises nationales de participer à refonder de l’industrie ici ? Par exemple, quand les fonderies en aluminium, nécessaires à la voiture électrique, sont abandonnées par Renault ou Stellantis, dont l’Etat est actionnaire, ça ne construit pas une filière, ça l’affaiblit, ça la détruit. Et c’est une autre chose qu’on trouve dans le Plan, et pas chez le président de la République : la pensée par filière.

Justement, François Bayrou en appelle dans son dernier rapport à une réorientation « des choix d’internationalisation » de nos entreprises et en particulier de nos multinationales. Mais concrètement, on fait comment ? Il suffit d’en appeler au patriotisme de nos entreprises ?On se retrouve aujourd’hui avec 163 milliards d’euros de déficit commercial. Un record. Pas seulement sur l’énergie, ça se dégrade grandement sur les produits manufacturés aussi. Sur deux tiers des produits, nous sommes en déficit ! Nous sommes dans une évidente dépendance, qu’a révélé l’épidémie de Covid.   Comment Macron propose d’en sortir ? Par le dumping, comme c’est prôné par notre élite depuis quarante ans. Lundi, lors de son intervention au journal de 20 heures, il a affirmé qu’on allait gagner car il avait baissé les impôts, qu’il avait baissé le « coût » du travail, et à Dunkerque, il a évoqué les normes environnementales, à baisser aussi… Sur les réponses, rien n’a changé, il est dans la même lignée que l’économiste libéral Gary Becker, qui expliquait en 1993 dans Business Week « dans nos pays développés, les droits sociaux et les droits de l’environnement étaient devenus trop élevés, mais qu’on pouvait faire confiance au libre-échange pour éroder à la fois le droit du travail et le droit à l’environnement. » On ne gagnera pas comme ça, et c’est par ailleurs une spirale mortifère. Non, contre ça, il nous faut des protections.  Les USA ont un Buy American Act et mettent en œuvre l’IRA. En Chine, pour qui veut vendre des voitures à Pékin, il faut installer une usine sur place, et même opérer un transfert de compétences. Et nous, l’Europe, la France, on devrait être ouvert à tous vents ? Sans protection, pas de solution. Et quand Emmanuel Macron se déplace en Chine et n’évoque pas notre déficit commercial, 35 milliards rien qu’avec la Chine, quand il n’engage pas le dialogue avec ce partenaire sur les marchés qu’on souhaite protéger, j’hallucine. C’est la première discussion à avoir avec le président Xi Jinping. Pas de politique industrielle sans une politique commerciale qui lui est liée.   La deuxième chose, c’est que même dans l’industrie, Emmanuel Macron reste dans la « start up nation ». Il parle des produits du futur, des batteries, mais il y a des choses plus ordinaires… Nous avons, par exemple, un déficit avec l’Allemagne sur les brosses à dent. La Suisse a deux usines de lave-linge, après le départ de Whirlpool, il ne nous en reste aucune. Les meubles, je vous parle autour d’une table, assis sur une chaise, comment se fait-il qu’on exporte du bois brut pour qu’il nous revienne transformé ? Au fond, il n’a pas rompu avec sa pensée schumpeterienne, de la destruction créatrice, les vieux trucs doivent mourir, et on se tourne vers les « new tech ».

La part de l’industrie manufacturière en France se situe désormais au niveau de celui de la Grèce ! Mais comment relancer la machine ? Avez-vous eu l’occasion de parler de réindustrialisation à des chefs d’entreprise, à des responsables patronaux ? Très régulièrement, dans la sous-traitance automobile, des briquetteries, etc. L’exemple le plus parlant, c’est celui des masques. Le président de la fédération, un patron, m’a invité dans son usine, à Frontignan : elle était à l’arrêt. Il avait reçu 700 000 € de l’Etat, pour monter la boîte rapidement, mais derrière, les chaînes ne tournaient pas. Pourquoi ? Parce qu’Emmanuel Macron a distribué des dizaines de millions d’euros pour créer ces usines, bonne idée, bonne nouvelle. Mais deux années plus tard, seules 20 % ont survécu. Parce qu’on n’a protégé aucun marché, et que 99 % des masques provenaient de Chine. Ca n’a aucun sens.   Il nous faut un Buy French Act, ou un Buy European Act, avec l’obligation, ou au moins la possibilité, pour les services publics, les régions, d’acheter local. Il nous faut, sur certains produits, identifiés, ciblés, la mise en place de quotas d’importation, ou des taxes aux frontières. Sans cela, c’est un leurre : il n’y aura pas de résurrection industrielle.   Je reviens, enfin, sur les filières. Sur des dossiers, j’ai dû monter à Bercy, rencontrer le CIRI, Comité interministériel de restructuration industrielle, mais personne dedans ne réfléchissait en filières. Personnes ne mettait autour de la table tous les acteurs d’une filière, sous-traitant, donneur d’ordre, etc., pour rétablir les chaînons manquants, pour se demander comment agir ensemble, où il fallait investir, comment se soutenir. C’est pour moi le rôle de l’Etat, pivot, chef d’orchestre, qu’il ne joue pas.

La semaine dernière, Emmanuel Macron a évoqué l’idée d’une « pause réglementaire européenne » sur les objectifs environnementaux. Ce que vous proposez-là, c’est une mise à distance d’autres règles européennes… Le chemin est compliqué… Sur le plan environnemental, comme sur le plan social ou fiscal, nous ne devons pas avoir comme horizon de dégringoler la pente, d’aller vers le bas. Au contraire, il nous faut tirer vers le haut. Donc, le libre-échange est à tempérer, à modérer, le politique doit faire tampon.   Ca bouge beaucoup, dans les discours en tout cas. Il y a déjà la taxe carbone aux frontières de l’Union, avec ses limites. Mais la semaine dernière, les députés européens ont voté une motion pour que les produits venant de pays avec de faibles normes sociales soient taxés à l’entrée de l’UE. Emmanuel Macron devrait appuyer cela, chercher des alliés pour cette régulation, aller dans cette direction-là avec des partenaires européens, ou en bilatéral. Mais non, il ne dit rien. Il y a une logique à inverser. Pour réduire notre déficit commercial, le mot d’ordre depuis quarante ans était : « il faut exporter plus ». La vraie question, aujourd’hui, c’est : « comment importer moins ? »

Comment alors ? Il y a plusieurs biais. Concernant nos dépenses d’énergie, qui cause la moitié de notre déficit commercial, c’est en finir avec un gaspillage colossal. Depuis cinq ans, je le répète en commission des Affaires Économiques de l’Assemblée Nationale : il nous faut investir, des dizaines de milliards, sur l’isolation des logements. C’est un investissement, pas une dépense. Pour les factures des gens, pour la planète, pour l’emploi, soit, mais surtout : pour la souveraineté nationale. Il y faut un plan massif, et pas ma prime Rénov’. Ensuite, il faut une vraie discussion, ouverte, avec les chefs d’entreprise, des firmes aux PME, les syndicats, avec la société, pour décider : quelles productions doit-on relocaliser en France ? Quelles priorités ? Quelles filières ? Le Haut commissariat au plan offre un début de cartographie. Au coeur de la crise covid, Emmanuel Macron a eu un moment de lucidité, quand il a déclaré : « Déléguer notre santé, notre protection, au fond notre cadre de vie, à d’autres, c’est une folie. » Mais après cette épiphanie, on est retourné à la normale, et on signe des accords de libre-échange comme avant. Enfin, sur certains produits, je pense à l’électronique, à la téléphonie, on doit avoir comme objectif de moins consommer, par des garanties étendues, par des centres de réparations partout dans le pays. Ceci, pour des raisons à la fois écologiques et économiques, pour notre balance commerciale. On retrouve là l’idée d’une « planification écologique » porté par Jean-Luc Mélenchon au cours de la campagne présidentielle. Le président Macron a d’ailleurs repris l’expression. Dans votre conception de cette planification, il faudra prendre en compte toutes les énergies, et pas uniquement attendre une impulsion venant du haut…’Etat a un rôle de chef d’orchestre. Je songe à Roosevelt 1942. Il lui manque des bombardiers, des porte-avions, des tanks… Et il fait quoi ? Il ne nationalise pas tout, non : il canalise toutes les énergies du pays, tous les savoir-faire, tous les capitaux, toute la main d’oeuvre en une direction, l’économie de guerre. Je pense qu’aujourd’hui, il faudrait canaliser tous cela vers une direction : l’économie de guerre climatique. Ces derniers mois, les États-Unis ont mis en place leur Inflation Reduction Act (IRA) avec 370 milliards de dollars, la Chine subventionne également fortement ses industries. Comment financer un plan de la même ampleur ? Faut-il porter ça au niveau européen ? Oui, au niveau européen, quand c’est possible. Et national, quand ça bloque. Mais avec un autre échelon à penser, aussi : un groupe de pays, qui veulent avancer ensemble… C’est ainsi que s’est construit Airbus, et pas en pas en attendant l’accord de vingt-sept Etats… Nous n’aurions aucune filière aéronautique, à ce rythme là.   Finalement, vous en appelez au retour d’un « État stratège » ?C’est une évidence. Au fond, c’est comme si Emmanuel Macron avait été élu à contre-temps de l’histoire. Comme Mitterrand, en 1981 : il arrive après la grande vague socialiste, keynésienne et autogestionnaire, et il doit faire face à la grande vague libérale. Là, en 2017, arrive à l’Elysée le petit-fils de Margaret Thatcher, Emmanuel Macron, mais sans doute à contre-temps de l’histoire. Car, finalement, la grande vague libérale, sur le plan idéologique, elle est morte, elle est derrière nous. On voit qu’il y a un retour de l’État. Mais un retour de l’État qui n’a pas pensé son rôle. C’est en permanence du ponctuel, du non-pensé, ça apparaît comme du bricolage, et donc, ça ne structure rien. Oui, il faut le retour d’un l’État qui coordonne, qui stimule, qui repère les chaînons manquants, qui offre une stratégie. Qui fasse passer les besoins de la Nation, des citoyens, avant le marché. Ce que je retrouve davantage dans les notes du Haut commissariat au plan que dans les discours d’Emmanuel Macron." ( F Ruffin)  ______________