Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!
Affichage des articles triés par date pour la requête or gris. Trier par pertinence Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par date pour la requête or gris. Trier par pertinence Afficher tous les articles

mercredi 18 mars 2026

Etre (ou ne pas être) vieux...

 Ou "obsolescence programmée"...

             Le créateur n'a pas conçu l'homme comme un produit fiable et surtout durable. Il a fait les choses à moitié. Il devait être en RTT. Le remplacement était envisagé, tel un produit qui a fait son temps. Mais l'échéance est toujours aléatoire. Le problème est de vivre dans cette incertitude. Quand on n'a pas d'horizon d'éternité il faut faire avec.... La pure contingence.  On dit parfois: J'ai encore du temps...Comme si le temps nous appartenait! Le verbe "avoir" n'est pas approprié ici, le temps est notre être même, constituant essentiel du le parcours d'une vie finie.  .L'échéance arrive toujours trop vite... Elle  se précise au fur et à mesure.                                  La perspective d'un fin qui se rapproche peut cependant apporter un regain de sérénité, une relativisation du vécu. Il est bon de relire les classiques pour s'en persuader: Epicure, Lucrèce, Epictète. La contingence de notre être apparaît mieux pour ce qu'elle est: une donnée fondamentale, dont l'évidence finit par s'imposer. Presque malgré nous. Malgré les misères de l'âge....           Car  vieillir c'est chiant,  comme disait Pivot. A bien des égards. Et la vie affective va en se sclérosant. Ne parlons pas de la mobilité. Des commandes ne répondent plus ou mal et l'image sociale en prend un coup. Mais arrive un moment où on finit pas s'en foutre. Tant que les fonctions cognitives ne perdent pas trop...L'autodérision sans doute est le meilleur élixir.. Mourir n'est pas un drame. C'est un phénomène naturel, il est même au principe de toute vie même s'il faut du temps pour s'en convaincre...                                  Il y a quelques années, je faisais la remarque suivante. Depuis, j'ai encore vieilli.... 😟                                                            C'est quoi, être vieux? me demandait un jour mon petit fils, en toute naïveté....

    Bonne question, sans arrière-pensée, à l'égard de quelqu'un qui ne se sent pas tel ou qui ne veut pas assumer un tel qualificatif.          Moi, vieux, non jamais...ou plus tard! Plutôt crever! On a le temps de voir venir...et je hais ce terme, cédant peut-être à la mode contraignante de la bien-pensance qui parle d'"aînés", de "seniors"...Pour refouler une vieille crainte, celle du déclin, dont on on ne veut reconnaître où il mène? On euphémise ce qui est pourtant peu amène, si on en croit Jacques Brel. Suffit de visiter un Ehpad. Même si la lutte finale peut être vécue de bien des manières. La sérénité épicurienne peut être donnée aux plus chanceux, pas forcément aux plus volontaires, car parfois tout vous abandonne, jusqu'aux facultés de l'esprit, peu à peu ou soudainement. Quand tout se déglingue et que l'on rafistole avec de plus en plus de peine. Jusqu'à se laisser aller...  Mais seule vaut la vie!                                                                                                                                                Une vieillesse ennemie?... comme disait Don Diègue.   Mais de quelle infamie est-il question? et de quelle vieillesse parle-t-on?

__Vieux Crétois serein photographié par mes soins__

  ____Une notion bien multiforme, relative, mal cernée et culturellement marquée. (*)
         A une époque, on était considéré comme "vieux" dès la soixantaine et même plus tôt.. Aujourd'hui, ce terme est mal reçu. On a inventé des équivalents plus soft et plus graduels.
    On vieillit peu à peu, sans s'en rendre compte, jusqu'au jour où des signes ne trompent pas, où l'évidence s'impose, physiquement et/ou psychiquement.  Rares sont ceux ou celles qui, comme Gisèle Casadessus, gardent, au-delà de cent ans, des facultés presque intactes.
   Aujourd'hui, après une longue période de dépréciation dans notre culture, la mode est aux vieux, mais pas trop. Le "troisième âge", notion récente, est l'objet d'attention , souvent commercialement intéressée. C'est d'abord l'âge des seniors sur papier glacé, des seniors privilégiés, qui se mettent à vivre à pleines dents, consommateurs jusqu'au bout de loisirs et d'évasions.
  L'or gris est un bon filon et les seniors valent de l'or.
    Un marché d'avenir...Un gisement à exploiter dans les nouvelles silver valley

             Il y a du pognon à se faire dans ce géronto-business, où l'on est sommé d'être consommateurs jusqu'au boutSauf si des mamies font de la résistance...
  Vieillir, nul n' y échappe, mais comment?
      Mourir, la belle affaire, mais vieillir...chantait Brel. 
     Il est vrai que le trés grand âge, appelé le "quatrième" est un problème lourd, même en EHPAD.
      La solitude  est le problème majeur.
       C'est la période de L'homme à la casse (selon Colette Plat)
  On dénonce aujourd'hui la « mort sociale » de nombreuses personnes âgées.
       Le continent gris ouvre bien des portes sur les multiples aspects historiques et culturels de la vieillesse. Entre idéalisme et dépréciation.
    Une histoire de la vieillesse en Occident montre comment chaque culture, chaque époque fabrique un type de vieillard conforme à ses valeurs.
_____________
         (*) "Les anthropologues remarquent fréquemment l'importance des privilèges dont jouissent les personnes âgées dans les sociétés traditionnelles actuelles : pour l'Asie du sud-est, Georges Condominas notait : « le privilège de la vieillesse se trouve sur tous les plans. Le vieillard, entouré d'affection, a droit à des tas de faveurs. On trouve normal qu'il profite de ce qui lui reste de force pour obtenir des satisfactions de tous ordres … Si le vieillard est ainsi entouré de prévenances, ce n'est pas par devoir de protéger un être affaibli, mais parce que le bonheur irradie et profite à l'entourage de l'homme ainsi favorisé. Atteindre le grand âge est considéré comme un bonheur dont on se réjouit, surtout si le vieillard a une nombreuse descendance. C'est alors un homme comblé ! On ne peut pas, comme chez nous, le mettre à l'écart, l'éloigner dans une maison de retraite, il reste au milieu des siens, car il est la preuve manifeste de la réussite du groupe . De son côté, pour l'Afrique noire, Louis-Vincent Thomas observait le prestige considérable dont jouissaient les vieux dans les vingt-deux ethnies qu'il a pu étudier : « Expérience, disponibilité, éloquence, savoir, sagesse, voilà ce que justifie l'image idyllique que le Négro-africain se fait du vieillard. Et ceci malgré la réalité des vieux séniles, égoïstes, tyranniques ou acariâtres, comme partout dans le monde. C'est qu'une société de pure oralité a besoin de ses vieux, symbole de sa continuité en tant que mémoire du groupe et condition de sa reproduction. Alors, pour rendre plus supportable leur pouvoir et aussi pour se valoriser en les valorisant, le groupe n'hésite pas à les idéaliser. Puisqu'on ne peut rien faire sans les vieux, autant leur accorder toutes les qualités. Et confondre leur somnolence avec le recueillement de la méditation ....C'est ce rôle social, au départ si important, qui va sans cesse être remis en cause dans les sociétés historiques occidentales. Expérience et sagesse du vieillard se trouveraient contestées dans des types de sociétés plus complexes. "
_______________________________

lundi 16 février 2026

Ehpads (toujours) en question

Repenser le système      (notes)

              Une nécessité et des risques. Ce n'est pas un investissement comme les autres. Un investissement qui ne pourra que croître.                                                                                                                                           Trop de business, parfois sans contrôles suffisant.   Le scandale Orpea a montré certaines dérives majeures et parfois l'absence criant de moyens.   Les ambitions ne manquent pas...mais les financements sont à repenser, dans le cadre d'un système de sécurité sociale repensé et élargi. On peut juger uns société au sot qu'elle réserve aux anciens.

          Après l'or noir en déclin, voici le temps de l'or gris.
                                   Celui de l'extrême vieillesse et de la dépendance, qui donne lieu trop souvent à un marché lucratif.
   Le plus souvent, surtout dans le secteur entièrement privatisé, où il est conseillé d'investir (comme dans le secteur de l'industrie pharmaceutique, le plus profitable de tous).


    C'est un "marché" qui ne pourra que grandir un peu partout, vu les évolutions démographiques, notamment en Europe. De très bons dividendes promis très souvent. Des marges confortables. Korian caracole en tête.
     Un nouveau business est né et se développe. Des Ehpad privés, parfois de luxe, où les services ne sont pas meilleurs qu'ailleurs, dans le secteur public ou semi-public. L'épisode passée de la crise que nous vivons a montré il y a quelques mois dans quelle situation d'abandon beaucoup se sont retrouvés du point de vue sanitaire et humain.
      Une nouvelle poule aux oeufs d'or se développe, sans que l'Etat, malgré ses aides, ne s'oppose. Au contraire, il a laissé la finance investir ce nouveau terrain prometteur..
                                    Il a fallu attendre début avril pour que les résidents décédés commencent à être comptabilisés comme victimes du coronavirus et il a fallu du temps pour que le personnel des Ehpads soient préparés et équipés ne serait-ce que de simples masques. Une imprévoyance? Non, une faute .  Certains avaient anticipé une hécatombe possible. Elle n'a pas eu lieu, mais avec le bilan provisoire, très lourd, on peut estimer que les victimes représentent une moitié des touchés mortellement par le virus fatal.

             "...Il faudra plusieurs mois, peut-être des années, pour que les experts établissent avec précision le vrai bilan du Covid-19. En attendant, le comptage quotidien de Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, n'est qu'une estimation assez grossière, particulièrement en ce qui concerne les chiffres des Ehpad. « C'est forcément plus. Ne serait-ce que parce que la plateforme de comptage mise en place par le gouvernement fin mars ne repose que sur les signalements des établissements », constate Nathalie Maubourguet, présidente de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad. Ce médecin a interrogé ses confrères. Aucun d'entre eux n'a lui-même effectué de signalements, laissés à la charge des directeurs, pas toujours pressés, selon elle, de « singulariser » ainsi leur site… Autre indice de la sous-estimation : ces témoignages de salariés des pompes funèbres, qui voient pulluler, ces dernières semaines, des certificats de décès comportant la seule mention de « détresse respiratoire », sans la case Covid. « On nous a remonté de nombreux cas », affirme Claudette Brialix, présidente de la Fédération nationale des associations et amis des personnes âgées et de leurs familles (Fnapaef)....."
   Déjà, nos anciens relevaient de soins et de traitements pas toujours exemplaires, vu le manque de moyens, surtout en personnel, et donc le temps à leur consacrer était notoirement insuffisant, pour ne parler que des seuls soins.. La gestion de certains établissements, avec des aides d'Etat,  étaient surtout commandée par la loi du profit.  
    Un juteux marché pour des groupes privés, profitant de la manne commune et parfois d'astronomiques loyers, que beaucoup de famille ne peuvent assurer. Malgré les moyens, ils n'ont pas été traités là mieux qu'ailleurs.
    La "gestion" des aînés n'a pas été exemplaire, c'est le moins qu'on puisse dire. Surtout en cette période dangereuse où les précautions auraient dû être redoublées. Certains médecins avaient bien anticipé le désastre potentiel.
    Le marché de l'or gris a produit des dérives, malgré les progrès sur la prise en charge des plus dépendants.    
 Les actionnaires n'ont sans doute aucune idée de ce que leur gain a pu produire indirectement comme désastre humain. La crise sanitaire a agi comme un révélateur. Il y a vieillir et vieillir....
             __
_Depuis la création de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) et de la Journée nationale de solidarité (lundi de Pentecôte) après la ­canicule de 2003, l’argent ne manque pas. Les maisons de retraite se partagent 8,2 milliards d’euros. Une somme qui profite également aux établissements privés, financés par de l’argent public à hauteur de 3,9 milliards d’euros. L’Etat, lui, semble avoir le plus grand mal à contrôler ce qui se passe derrière ces murs. Là où nous conduit cet excellent documentaire, hélas diffusé tardivement, en deuxième partie de soirée.   [Maisons de retraite : les secrets d’un gros business, de Xavier Deleu (Fr., 2017, 70 min)]         ____________________________________

samedi 25 octobre 2025

Europe: la grande incertitude?

A la croisée des chemins?

     Question délicate entre toutes. A l'heure des nouvelles donnes internationales, de la question ukrainienne qui divise, de la montée d'un poutinisme décomplexé et d'un trumpisme agressif , des nouvelles donnes américaines et des soucis d' Ursula.  L'Europe est à l'arrêt.   Une navigation à vue?                 Entre les euro-béats et les euro-critiques, prêts à dénoncer les faiblesses, les fragilités et les contradictions d'un projet...qui reste  à concrétiser et à réparer.     Beaucoup se demandent  si l'on peut encore sauver le projet européen toujours en construction, nain politique soumis aux vents contradictoires, sans colonne vertébrale.. Une Europe à la traine, encore partiellement un mythe, un nain politique.   


                                                                                       ___ Point de vue: " Dans un monde prévisible, gouverné par le droit et le marché, les Vingt-Sept ont pu se penser collectivement comme une « puissance normative ». Ce temps est révolu, sans que l’Union soit outillée pour faire face au rythme et aux rapports de force imposés par les grandes puissances.            

Lors         Lors de son premier mandat, Ursula von der Leyen disait vouloir inaugurer une « Commission géopolitique ». Derrière cette formule choc, qui masquait bien des impensés, s’exprimait déjà la volonté de faire exister l’Union européenne (UE) sur la scène mondiale – et, en creux, la crainte qu’elle n’en soit effacée au profit de puissances impérialistes à taille continentale, redéfinissant les règles du jeu établies au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Lorsde son premier mandat, Ursula von der Leyen disait vouloir inaugurer une « Commission géopolitique ». Derrière cette formule choc, qui masquait bien des impensés, s’exprimait déjà la volonté de faire exister l’Union européenne (UE) sur la scène mondiale – et, en creux, la crainte qu’elle n’en soit effacée au profit de puissances impérialistes à taille continentale, redéfinissant les règles du jeu établies au sortir de la Seconde Guerre mondiale.L Lors de son premier mandat, Ursula von der Leyen disait vouloir inaugurer une « Commission géopolitique ». Derrière cette formule choc, qui masquait bien des impensés, s’exprimait déjà la volonté de faire exister l’Union européenne (UE) sur la scène mondiale – et, en creux, la crainte qu’elle n’en soit effacée au profit de puissances impérialistes à taille continentale, redéfinissant les règles du jeu établies au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Depuis, Donald Trump a fait son retour à la Maison-Blanche, sur une ligne toujours plus unilatérale et brutale à l’égard de ses alliés, pour mieux affronter son rival chinois. Et la Russie, après avoir envahi l’Ukraine à grande échelle, s’est mise à enchaîner les provocations jusque dans le ciel des États membres.

En septembre, devant le Parlement réuni à Strasbourg, la présidente de la Commission a ainsi ouvert son second mandat en affirmant solennellement que « l’Europe défendra[it] chaque centimètre carré de son territoire ». Jeudi 23 octobre, réuni·es en sommet à Bruxelles, les chef·fes d’État et de gouvernement de l’UE sont justement censé·es discuter des objectifs communs en la matière, à atteindre à l’horizon 2030.                                    Il reste que la mue des Vingt-Sept en une véritable puissance autonome, capable de résister à des acteurs menaçants, voire de les contraindre au moyen de la force, s’avère lente et difficile. Les déclarations et les intentions « disruptives », comme ont pu en faire Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, à propos de capacités de défense propres et d’une dissuasion nucléaire élargie, ne donnent pas encore lieu à des réalisations tangibles, ou alors de manière très parcellaire.

C’est ce qu’illustre un récent rapport de l’Institut Bruegel, consacré aux commandes militaires réalisées depuis les pays européens vers les États-Unis. En croissance depuis 2017, elles ont atteint un nouveau record en 2024. Si les auteurs reconnaissent une absence d’alternative à court terme, faute de capacités de production domestiques suffisantes, ils alertent sur une dépendance accentuée aux équipements états-uniens dans des domaines critiques, et sur les « effets de verrouillage » de telles commandes : en concourant au développement des firmes américaines, elles ne favorisent pas le développement de capacités sur le sol européen.                                                                                                                                                           Certes, un accord vient d’être trouvé entre le Parlement et les États membres de l’Union pour mettre en place un programme, baptisé « Edip » (European Defence Industry Programme), censé encourager des achats conjoints de matériel à des industriels européens de l’armement. Le poids budgétaire du dispositif fait toutefois pâle figure au regard des envolées des dépenses militaires. Par ailleurs, des aménagements prévus viennent rogner le caractère révolutionnaire de la « préférence européenne » au cœur de ce programme. Edip est ainsi un pas pour surmonter la fragmentation d’États jaloux de leur compétences en matière de défense, mais un petit pas.

             ____ Il faut dire que l’UE vient de loin. Historiquement, l’intégration s’est d’abord faite par l’économie et par le droit. Ce que les figures fondatrices ont d’ailleurs théorisé. Associant les tragédies du XXe siècle qui ont déclassé le Vieux Continent à des dérives protectionnistes et nationalistes, elles ont promu le libre-échange, un marché commun puis unique, et enfin une monnaie unique, censés aboutir à une union « toujours plus étroite », prospère et pacifiée.

Les efforts pour développer une approche commune en matière de politique étrangère puis de politique de défense ont bien existé. Mais ils n’ont commencé à se déployer qu’à partir des années 1990-2000, dans une construction communautaire déjà vieille de trois décennies, et n’ont donné que des résultats modestes. « La diplomatie fait partie des domaines où le processus d’intégration européenne est le moins avancé », constatait Florent Pouponneau dans un traité de référence sur les Études européennes (Larcier, 2017), et la même chose valait pour les affaires militaires.

Jusqu’à récemment, ces efforts n’avaient pas remis en cause les analyses présentant l’UE comme une puissance « civile » ou « normative ». Les deux concepts, respectivement développés par le fonctionnaire François Duchêne et le chercheur Ian Manners, ont fait couler beaucoup d’encre dans la littérature spécialisée. Mais pour l’essentiel, ils traduisent tous deux l’idée que l’attractivité et l’influence de l’UE passaient par son marché et sa promotion de normes universelles, élaborées de manière multilatérale.                                          Certes, un accord vient d’être trouvé entre le Parlement et les États membres de l’Union pour mettre en place un programme, baptisé « Edip » (European Defence Industry Programme), censé encourager des achats conjoints de matériel à des industriels européens de l’armement. Le poids budgétaire du dispositif fait toutefois pâle figure au regard des envolées des dépenses militaires. Par ailleurs, des aménagements prévus viennent rogner le caractère révolutionnaire de la « préférence européenne » au cœur de ce programme. Edip est ainsi un pas pour surmonter la fragmentation d’États jaloux de leur compétences en matière de défense, mais un petit pas.

Il faut dire que l’UE vient de loin. Historiquement, l’intégration s’est d’abord faite par l’économie et par le droit. Ce que les figures fondatrices ont d’ailleurs théorisé. Associant les tragédies du XXe siècle qui ont déclassé le Vieux Continent à des dérives protectionnistes et nationalistes, elles ont promu le libre-échange, un marché commun puis unique, et enfin une monnaie unique, censés aboutir à une union « toujours plus étroite », prospère et pacifiée.

Les efforts pour développer une approche commune en matière de politique étrangère puis de politique de défense ont bien existé. Mais ils n’ont commencé à se déployer qu’à partir des années 1990-2000, dans une construction communautaire déjà vieille de trois décennies, et n’ont donné que des résultats modestes. « La diplomatie fait partie des domaines où le processus d’intégration européenne est le moins avancé », constatait Florent Pouponneau dans un traité de référence sur les Études européennes (Larcier, 2017), et la même chose valait pour les affaires militaires.

Jusqu’à récemment, ces efforts n’avaient pas remis en cause les analyses présentant l’UE comme une puissance « civile » ou « normative ». Les deux concepts, respectivement développés par le fonctionnaire François Duchêne et le chercheur Ian Manners, ont fait couler beaucoup d’encre dans la littérature spécialisée. Mais pour l’essentiel, ils traduisent tous deux l’idée que l’attractivité et l’influence de l’UE passaient par son marché et sa promotion de normes universelles, élaborées de manière multilatérale.                                                                                                                                        Les élargissements successifs de l’Union, ainsi que des soulèvements populaires comme la révolution de Maïdan en 2014 en Ukraine, contre le découplage d’avec l’Europe centrale et occidentale, ont attesté cette attractivité. L’UE s’est par ailleurs engagée dans un soutien de principe aux juridictions internationales et dans des négociations internationales visant à la justice climatique et à la protection des droits de la personne – non sans contradictions ni hypocrisie, particulièrement visibles en matière migratoire dans son voisinage.

Même quand ils fonctionnaient, cependant, ces éléments ne suffisaient pas à faire de l’UE un véritable acteur stratégique de la scène internationale. « L’idée de puissance normative a du sens, mais elle ne peut pas être un substitut à une capacité de coercition, contrairement à ce qu’ont cru certains analystes et responsables politiques. La vraie puissance, quand il s’agit d’influencer les autres ou de s’en protéger, est à la fois militaire et normative », estime le politiste Olivier Schmitt, professeur à l’Académie de défense du Danemark.

Se vivre comme une simple puissance normative était en fait une forme de luxe, permis par la délégation de la sécurité de l’Europe aux États-Unis, et par la convergence temporaire des intérêts des plus grandes puissances à jouer le jeu de la mondialisation. Or, la disparition de ces conditions de possibilité a soudainement rendu visibles les vulnérabilités de l’UE et l’impréparation de ses dirigeant·es, qui rivalisent désormais de discours de prise de conscience. 

Pour le dire avec les mots du politiste Alexandre Escudier, chercheur à Sciences Po, il n’est plus envisageable de « contourner le noyau dur du politique »« J’ai toujours trouvé que cette idée de “norme sans la force” était un storytelling compensatoire de ce qui n’existait pas à l’échelle de l’UE : une autorité politique s’imposant aux entités nationales et disposant d’une souveraineté matérielle. Soit on a une capacité collective d’agentivité externe autonome, soit on ne l’a pas. Et si on ne l’a pas, on est forcés de s’aligner sur d’autres, peu importe que l’on proteste ou pas. »                   « La puissance normative n’est au fond qu’une version light de la puissance, dans le sens où elle repose sur la bonne volonté des partenaires », abonde l’historien Laurent Warlouzet, professeur à Sorbonne Université et auteur d’Europe contre Europe (CNRS éditions, 2022). Or, non seulement des autocrates comme Vladimir Poutine défient sur le sol européen les règles fondamentales de l’ordre international, mais la nouvelle administration de la Maison-Blanche est engagée dans un combat idéologique antagonique avec le projet européen – et assumé comme tel.        L’UE, déjà sortie fragilisée de l’ère néolibérale sur le plan économique, se retrouve donc sommée d’assumer elle-même sa sécurité, et ceci dans un contexte particulièrement chaotique. « L’environnement dans lequel la puissance normative s’épanouissait, poursuit Laurent Warlouzet, était celui d’un monde régi par les règles, et des règles propres à chaque domaine. Désormais, les règles sont moins respectées et tous les domaines interagissent. »       La manière dont Trump mélange les sujets commerciaux, numériques et militaires dans ses « deals » illustre bien ce constat, de même que la façon dont Vladimir Poutine a profité de ses ventes de gaz et de pétrole aux pays européens pour financer une machine de guerre qu’il lançait à leurs portes.                                                                                                                                                    Un ensemble aussi composite que l’UE, avec ses mécanismes de décision lents et polycentriques, et sa distribution de compétences à différents niveaux (la concurrence et le commerce pour la Commission, la diplomatie et la défense pour les États membres), se retrouve clairement à la peine dans un monde devenu plus imprévisible, peuplé de puissances impérialistes désinhibées et réactives. Si le confort d’une « puissance normative » apparaît durablement perdu, l’exigeante condition de « puissance stratégique » semble encore lointaine.

       Est-elle seulement atteignable ? L’émergence d’un acteur unitaire à l’échelle continentale, à l’instar des États-Unis, de la Chine et de la Russie, paraît bien improbable. « Les États-Unis d’Europe, c’est hors de portée », tranche Laurent Warlouzet.    « Je ne vois pas les États prêts aux abandons de souveraineté que ça supposerait, le rejoint Olivier Schmitt. Et pourtant, je pense que le modèle d’État-nation inventé au XIXe siècle n’est aujourd’hui plus pertinent à l’échelle du système international, et que nous aurions besoin d’un saut d’intégration pour avoir tous les leviers de la puissance à la bonne échelle. »        On peut y voir une certaine ironie de l’histoire. La diversité du continent européen, qui n’a jamais été durablement impérialisé, a contribué à une dynamique d’innovation et d’expansion qui lui a fait exercer sa domination sur des pans entiers de la planète. Moralement abîmé par ce passé douloureux, ce continent voit aujourd’hui sa diversité le freiner dans son adaptation à la nouvelle donne internationale.      Non seulement les intérêts et les identités sont hétérogènes du détroit de Gibraltar à la mer Baltique, mais les droites radicales sont des chevaux de Troie puissants au service du trumpisme et du poutinisme.                                   « J’envisage trois scénarios-types, confie Alexandre Escudier. Soit l’UE devient un État fédéral à la suite d’un choc énorme, mais cela reste difficile à imaginer. Soit une succession d’agressions externes et de poussées nationalistes amènent les membres à reprendre leurs billes et détricoter les bouts de fédéralisme qui existent déjà, ce qui serait tout de même très coûteux. Ou alors, on continue encore longtemps avec une structure inadéquate mais qui parvient tout de même à fonctionner, et s’étoffe au fil des crises, quoique de manière toujours insatisfaisante. »     Dans ce scénario gris, plusieurs périmètres d’action pourraient se superposer, entre l’UE, ses États membres et d’autres qui n’y appartiennent pas ou plus mais restent incontournables, comme le Royaume-Uni pour les questions militaires.

« L’Europe est un patchwork et c’est une bonne chose »affirme même Steven Everts, directeur de l’Institut de l’Union européenne pour les études de sécurité. « La vérité, écrit-il en prenant des exemples de plusieurs initiatives pour protéger le ciel européen d’agressions russes, c’est que la défense européenne n’est pas construite par une décision majeure ou une institution englobante. Elle advient à travers des coalitions plus modestes, changeantes, qui vont de l’avant de manière pragmatique. »        « Comme on a mis la politique commerciale en commun depuis 1958 et que tous les domaines sont reliés, le cadre communautaire existant reste irremplaçable, pense pour sa part Laurent Warlouzet. Mais cela n’empêche pas d’être créatifs : en profitant de cadres plus larges, comme le grand forum qu’est la Communauté politique européenne (CPE) ; en inventant des cadres plus restreints entre puissances militaires qui comptent ; et éventuellement en négociant des avancées fédérales sous les auspices de la Commission. »                                         Encore faut-il que les courants conservateurs et libéraux européens comprennent qu’une stratégie de défense du continent ne peut pas se faire sans politiques de solidarité et de sobriété, ni sans planification concrète d’un relâchement de la relation transatlantique. Les grandes opérations de détricotage des acquis de la mandature précédente, tout comme les marques de soumission à Donald Trump, dont bien des exécutifs nationaux sont coresponsables avec Ursula von der Leyen, apparaissent à cet égard assez désastreuses. Aux gauches, en face, de proposer une approche plus intégrée du traitement des vulnérabilités contemporaines, qu’elles soient sociales, écologiques ou sécuritaires." [ Merci à Fabien Escalona]           _____________________

samedi 18 janvier 2025

Black is black

La grande inconnue. Et pourtant...

         La plus grande machine à cash

         L'un des plus grands gestionnaire d'actifs est très souvent objet de critiques .Un titan de la finance mondiale. Un rouleau compresseur de la finance. Une puissance qui ne connaît pas de frontières, qui contribue à façonner notre monde, ans que nous en doutions.                          Un ardent défenseur de la cause climatique...en paroles! Et un influenceur (?)

              Une maison bien sous tout rapport, quoique...

                   On connaît le rôle souvent ambigü des grandes banques, dont on a vu les exploits lors de la dernière crise financière, que les Etats durent renflouer, ce dont nous sommes à peine relevés. Mais on parle peu d'une puissance financière plus considérable. Beaucoup en ignorent même l'existence Mais la question des retraites et celle du financement de certains Ehpads, qui ont fait grand bruit,  ont attiré l'attention sur ce géant, sur ses visées et ses pratiques. Le marché de l'or gris l'intéresse aussi. On se souvient d'Orpéa. A Wall Street, on s'intéresse à tout ce qui peut faire grandir encore la maison, qui est déjà une des plus grandes. Ce n'est pas la philanthropie qui l'attire. On ne peut pas dire que le puissant gestionnaire d'actifs soit dans le besoin. Tous les secteurs l'intéressent, le système des retraites, même la santé, un si vaste marché.

                      C'est la société la plus puissante du monde, qui sait faire la pluie et le beau temps dans le monde des affaires, sans être véritablement une banque.  Un mastodonte: "... Une véritable machine à fantasmes. L'influence du gestionnaire d'actifs new-yorkais serait sans limite : lui permettant de dicter la stratégie des plus grandes entreprises, voire d'influencer la politique des Etats... En France, la seule fois où le grand public a vraiment entendu parler de lui, c'était au sujet de la réforme des retraites, en 2019, qu'à en croire la rumeur il aurait lui-même pilotée. "Un tissu de conneries", balaie aujourd'hui un proche du géant dont les bureaux parisiens ont été entre-temps saccagés par des militants écologistes.   


                 ...
Si BlackRock n'a effectivement pas le pouvoir d'imposer ses vues partout et tout le temps, il n'en reste pas moins un acteur puissant. Plus puissant que jamais, même. Car loin d'avoir été touché par la crise, le mastodonte en est sorti renforcé. Actuellement, il gère presque 10 000 milliards de dollars d'actifs sur la planète pour le compte de millions de clients particuliers ou professionnels comme les banques, les assureurs et les fonds de pensions. Une situation inédite dans l'Histoire qui lui donne une réelle influence. Mais quelle est la recette de son succès ?    Dire qu'il vit dans un rêve serait sans doute exagéré. Ce qui est sûr, c'est que Larry Fink "nage en plein bonheur", souligne un banquier d'affaires américain de passage à Paris. De New York à Tokyo en passant par les capitales européennes, tout le petit monde de la finance ne parle que de lui et des performances hallucinantes de l'oeuvre de sa vie, BlackRock. Ces derniers mois, la société new-yorkaise qu'il a patiemment bâtie a fait sauter un à un tous les records. Son portefeuille vaut désormais un peu plus de 9 500 milliards de dollars. Un pactole qui fait presque passer les acteurs historiques de la gestion d'actifs, comme ses compatriotes Vanguard (7 500 milliards, tout de même), Charles Schwab, State Street et Pimco, pour des joueurs de seconde division..."                                                                                                  C'est la plus puissante multinationale et pourtant pratiquement inconnue du grand public et qui passe sous les radars, contrairement aux banques. Le changement climatique n'est pas son souci et ses liens avec la macronie ont déjà été contestés. "...Fin 2019-début 2020, BlackRock est au cœur d'une autre polémique quant à sa potentielle influence vis-à-vis du gouvernement français, au sujet du projet de réforme des retraites voulue par le gouvernement dite de « retraite universelle ». Le , des dizaines de grévistes de la SNCF et de la RATP manifestent au sein du siège parisien de BlackRock et lui décernent « une médaille du déshonneur », tout en réclamant le retrait du projet gouvernemental de réforme des retraites. Marianne relève plus largement son influence auprès de l'exécutif français depuis l'élection d'Emmanuel Macron, qui entretient des relations régulières et privilégiées avec Larry Fink et Jean-François Cirelli (qui a reçu une légion d'honneur critiquée) ; en parallèle, ce dernier et BlackRock se montrent élogieux à l'égard de l'action du gouvernement, et l'encours de dette française détenue par BlackRock double pour atteindre 32 milliards de dollars en août 2018.Le , après une première intrusion au début de l'année, pour dénoncer le soutien financier de BlackRock au secteur des énergies fossiles.."                    Ce qui fait problème surtout, c'est son poids sur les marchés financiers et ses capacité à s'allier au monde politique et à leurs décisions, qui devraient rester souveraines.   _
_____________