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lundi 9 février 2009

L'EURO en péril ?

L'euro: bouclier ou carcan, en période de crise ?

"Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, s’inquiète dans « Die Zeit » de la cohésion de la zone euro face à la crise financière et signale que les réserves de son institution pourraient être épuisées dans quelques mois. La zone euro a besoin de plus de coordination en termes de politique économique, sans quoi les différences entre les Etats deviendront trop grandes et la stabilité de l’espace monétaire unique sera mise en danger“.“L’intervention du FMI pourrait être interprétée comme le premier pas vers l’éclatement de la zone euro” - explique un haut responsable français dans Le Monde"

L'étrange débat sur l'éclatement de la zone euro:

"...La Banque centrale européenne a beau s'efforcer de garder son sang froid en retardant de quelques semaines une nouvelle baisse de ses taux d'intérêt, les sources d'inquiétude en Europe ne tarissent pas. Outre la difficulté à relancer le fonctionnement des marchés financiers et un flou persistant sur la reprise de l'activité surgit désormais la crainte que les pays les plus fragiles de la zone euro se retrouvent rapidement incapables de faire face au financement d'une dette galopante.-Témoins implacables de cette faiblesse, les rendements des emprunts à 10 ans de l'Espagne (4,24 %), du Portugal (4,39 %) ou de la Grèce (5,67 %) ont beaucoup plus progressé que ceux de l'Allemagne (3,32 %), référence en la matière. D'où la rumeur ou, du moins, la confusion qui s'est emparée des marchés ces dernières semaines. Ils ont évoqué le risque d'un éclatement de la zone euro, écartelée entre des Etats supposés capables de contrôler la gestion de leurs finances publiques et d'autres - bordant généralement la Méditerranée - qui frôlent la faillite et pourraient faire le choix cornélien d'une sortie de l'euro.-En vérité, personne ne prend la chose au sérieux. « Ce serait un réflexe absurde, un suicide économique », commentent en choeur les économistes. Les avantages d'une telle rupture sont indéniables mais limités.« En renonçant à l'euro, un Etat recouvrerait sa souveraineté monétaire et pourrait dévaluer sa monnaie pour regagner de la compétitivité », explique Clemente de Lucia, de BNP Paribas. Les gains risqueraient cependant d'être de courte durée au moment où la demande mondiale chute et où de nombreuses monnaies jouent déjà de leur faiblesse, à commencer par le dollar. Surtout, « sa monnaie serait immédiatement attaquée » et, en quelques jours, « le pays ferait défaut », aucun investisseur ne voulant plus se risquer à acheter sa dette, précise René Defossez, économiste chez Natixis. La dette croissante de ces pays est protégée par la zone euro. « Si un pays en sortait, sa prime de risque exploserait ! »...

-Le péril de l'euro fort:

"La surévaluation de la monnaie européenne a des conséquences immédiatement dévastatrices pour les marges de nos industries exportatrices, rapidement désastreuses pour leurs parts de marché dans le monde et, in fine, potentiellement catastrophiques pour la survie d'un nombre croissant de sites de production et de bassins d'emploi. Face à cette marée montante, la question de l'intervention des banques centrales pour ramener un semblant de raison sur le marché des monnaies se pose plus que jamais avec acuité. On ne peut rester les bras croisés face à des marchés pris dans une spirale incontrôlée.Certains secteurs, comme l'aéronautique, sont à l'évidence beaucoup plus touchés que d'autres. Cela fait bien longtemps que Louis Gallois, par exemple, s'alarme du niveau excessif de l'euro. Chaque centime gagné face au dollar saigne un peu plus toute une filière industrielle, menace des emplois, encourage les transferts de production. Peut-on raisonnablement imaginer qu'un outil industriel, fruit de décennies d'expertise, puisse s'adapter dans l'instant aux claquements de doigts des marchés ? Le risque, c'est l'asphyxie et la fuite d'Europe vers des cieux monétaires plus respirables.Mais ne nous trompons pas. Lorsque les parités des monnaies atteignent des niveaux durablement éloignés de toute logique économique, lorsque celles-ci ne reflètent plus la réalité des échanges et du commerce mais sont gonflées (l'euro) ou déprimées (le dollar) à l'excès, cela finit par nuire à tout le monde. Certes, la force de l'euro présente certains avantages : pétrole moins cher, inflation plus modérée. Mais désormais, ces avantages ne compensent plus les inconvénients d'une monnaie surévaluée, à savoir des profits en baisse et une croissance ralentie.Le déséquilibre du couple euro-dollar est le symptôme des difficultés profondes d'une économie américaine probablement déjà en récession. Mais alors que les États-Unis utilisent de facto leur monnaie au gré des hauts et des bas de leur conjoncture, l'Europe, symétriquement, en subit de plein fouet les variations. Les Européens avaient cru détenir en l'euro un « bouclier », disait-on lors de sa création en 1999, contre les aléas de la conjoncture. Ils découvrent que celui-ci ne protège rien dès lors que le billet vert continue de mener seul la danse des monnaies. Seul parce qu'il reste la monnaie des échanges mondiaux. Sa « zone » est celle du commerce mondial.Là est le péril. Face au dollar, la monnaie de la mondialisation, l'euro, pas plus d'ailleurs qu'une autre monnaie, ne saurait rester durablement surévalué sans porter atteinte aux forces économiques des pays qui l'ont adopté.

-L’euro amplifie-t-il la crise ? | AgoraVox
-L’euro, facteur de récession?
-L'euro pris au piège de Maastricht
- Scénarios pour l’euro
-Pour un fonds Européen de Stabilisation | AgoraVox
> Pas de risque d’éclatement de l’euro?< ------------------------------------------------- -[Recherches sur l'alternative monétaire]
-Dislocation du marché mondial, dislocation de l’Union européenne ? | AgoraVox
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Euroland : chacun pour soi ?

dimanche 8 février 2009

Sarkozy , la crise et les économistes

Un entretien pour rien ou purement incantatoire ?

"Nous vivons une époque formidable qui a déjà réussi à faire dire «nationalisation» à toute une série d'«experts» qui auraient, il y a peu encore, juré ne pas desserrer les dents là-dessus même sous la torture... Ce sont sans doute des pratiques conjuratoires qui les font se sentir obligés de répéter sans cesse «partielle» et «temporaire» pour ne pas avoir l'air de déchoir à leurs propres yeux." L.Lamant)
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Sarkozy face à la crise : les économistes posent les questions qui fâchent | Mediapart:

"...Frédéric Lordon, économiste au CNRS, nous avait présenté, l'été dernier, ses «quatre principes et neuf propositions» pour sortir de la crise financière mondiale. Depuis, il en a fait le cœur d'un livre enlevé, Jusqu'à quand ?, Pour en finir avec les crises financières, qui dissèque les ravages du capitalisme financier et trace des pistes de sortie radicales.Refondation du capitalisme, plans de soutien aux banques et relance économique : au-delà des annonces et promesses du président, Frédéric Lordon prend de la hauteur et explique pourquoi les plans de relance engagés ces dernières semaines, aux Etats-Unis comme en Europe, ne seront pas efficaces. L'erreur, selon lui, remonte à la mi-novembre. Et de plaider pour une «nationalisation intégrale» des banques. Explications.

Nicolas Sarkozy a promis que son plan de soutien aux banques ne coûterait pas «un seul centime aux contribuables», parce qu'il a «agi fortement et avant [qu'il ne soit trop tard]». Mieux : ce plan devrait même rapporter 1,4 milliard d'euros à l'Etat, d'ici la fin de l'année, grâce aux intérêts...C'est une stratégie de diversion assez habile. Mais au fond, que l'Etat fasse une bonne affaire à la fin de l'année grâce à ce plan, ce qui est effectivement le cas, ce n'est vraiment pas la question. Le point décisif au sujet de ce plan, c'est l'absence totale de contreparties sérieuses imposées aux banques.De façon plus générale, il y a de quoi être inquiet de l'état de désorientation des gouvernements qui enchaînent les plans, ou en tout cas les annonces les plus contradictoires et sans qu'aucune de leurs formules ne semble avoir la moindre efficacité. Le TARP [Troubled Assets Relief Program] américain en est à sa troisième définition en trois mois. Il est pour ainsi dire revenu à son point de départ : l'option du cantonnement, c'est-à-dire d'une structure reprenant les mauvais actifs bancaires. A côté des plans de sauvetage financier, les plans de relance macroéconomiques ne semblent guère plus convaincants. Même si personne, à part quelques fadas de l'autorégulation du marché, n'en conteste la nécessité de principe...

Il n'y a qu'un moyen de sortir des problèmes de coordination que la main invisible du marché est incapable de dénouer : la main visible d'un coordinateur d'ensemble. Et des mains visibles de cette taille, il n'y en a pas trente six. A vrai dire, il n'y en a qu'une : celle de l'Etat. C'est pourquoi, puisque les banquiers eux-mêmes sont manifestement incapables de cette action coordonnée, et avant que la récession n'ait produit des dégâts irréparables, il est urgent que l'Etat prenne les commandes du secteur bancaire dans son ensemble. La chose a un nom et il ne faut pas hésiter à le prononcer : nationalisation intégrale.

-La contre-révolution fiscale de Nicolas Sarkozy | Mediapart;
"...C'est une réforme en trompe-l'œil. Annonçant, jeudi 5 février, qu'il avait l'intention de supprimer la première tranche de l'impôt sur le revenu afin de «lutter contre la crise pour protéger ceux qui sont les plus exposés» et «aider les classes moyennes», Nicolas Sarkozy a suggéré qu'il allait de la sorte donner un coup de pouce au pouvoir d'achat, notamment celui des plus modestes. Et pourtant, c'est l'inverse qui se profile: derrière la réforme annoncée par le chef de l'Etat, c'est une explosion de l'impôt sur le revenu, seul véritable impôt citoyen, qui est en gestation. Présentée comme généreuse, la disposition annoncée risque donc, en fait, d'accélérer et générer l'inégalité des citoyens face à l'impôt, en remettant en cause un principe fondateur de la République, celui de la progressivité fiscale....

-Le vrai-faux entretien de Nicolas Sarkozy | Mediapart:
"...Si les temps invitent à la gravité et à la réflexion, l'émission a été inconsistante et déceptive. Pour une double raison : parce que les journalistes chargés de poser des questions – pour beaucoup choisies par le chef de l'Etat – n'ont pas posé quelques-unes des questions les plus élémentaires et n'ont pas exercé leur droit de suite, se bornant le plus souvent à un rôle de faire-valoir ; parce que Nicolas Sarkozy, profitant de ce manque insigne de curiosité – on ne parle pas même de pugnacité – a souvent joué les illusionnistes...."
-Aides aux banques : le mauvais calcul de Sarkozy

-Sarkozy : l'imposture, une fois de plus

-Recherche Google : Sarkozy et la crise
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-Aide aux banques: qui va payer ?
-Euroland : chacun pour soi ?
-Retour au protectionisme ?

samedi 7 février 2009

Etre arabe en Israël

Des citoyens à part entière ?

Elections en Israël: un fossé de plus entre citoyens juifs et arabes Mediapart:

"...Palestiniens d'Israël en amont du cortège, juifs israéliens à l'arrière... Même dans une manifestation contre la guerre, la mixité n'est pas plus évidente, malgré les efforts de collectifs tels que les Anarchistes contre le mur de Sarah, une Israélo-Canadienne de 30 ans venue protester contre «la logique de guerre et de séparation» qui semble s'emparer peu à peu de son pays d'adoption. «L'offensive contre Gaza, et surtout le soutien de la population israélienne, sont deux nouvelles preuves de l'incapacité d'Israël à intégrer dans sa réflexion les Palestiniens des Territoires, et ceux de l'intérieur», juge-t-elle.Sympathisant de Hadash, Yoav est, lui, venu de Jérusalem apporter son soutien aux «Palestiniens d'Israël et de Gaza, dans un contexte très difficile pour eux». Le contexte, c'est notamment la décision, prise le 12 janvier par la commission électorale israélienne, de ne pas autoriser les partis Balad et Liste arabe unifiée Taal à se présenter aux élections législatives du 10 février. Depuis, la Cour suprême a toutefois invalidé cette décision, comme cela avait été le cas lors des précédentes élections.Quels arguments avaient motivé cette exclusion ?

  • «Ces partis ne reconnaissent pas formellement l'Etat d'Israël», ce qui se discute pour la Liste arabe unifiée Taal, qui conteste le caractère «juif et démocratique» induit par les Lois fondamentales de l'Etat hébreu.
  • «Ils appellent à la lutte armée», ce qui est faux pour les deux formations, contrairement à ce que déclare à Mediapart Eli Hazan, porte-parole du numéro 2 du Likoud, Gideon Saar...

Qui sont les Arabes d'Israël ? Pour la plupart, des descendants des quelque 160.000 Palestiniens restés dans les frontières de l'État juif au moment de sa création en 1948. En 2005, ils constituaient une communauté de 1.340.000 individus selon les estimations du Central Bureau of Statistics du gouvernement israélien.À l'origine de l'exclusion des deux partis arabes, le parti d'extrême droite Israël Beiteinu et son leader, Avigdor Lieberman, qui préside la commission électorale. Son programme ? Transférer les citoyens arabes hors d'Israël, le rêve de toujours d'une partie de la droite ultra-nationaliste qui considère qu'en 1948, l'armée israélienne n'a pas «fini le travail».

Enterrée au cœur des années 1990, l'idéologie du transfert de ces citoyens arabes a reverdi ces dernières semaines avec une ténacité qui surprend les observateurs. Avigdor Lieberman est désormais le troisième homme (avec la possibilité d'emporter 17 sièges dans la future Knesset, il dépasserait Ehoud Barak et son parti travailliste, crédité de 14 députés) d'une campagne dominée par la montée en puissance des partis de l'extrême droite. On ne s'offusque d'ailleurs plus, ou à peine, de ce que ses représentants les plus contestables soient choisis pour venir observer le scrutin dans les villes arabes israéliennes....

`...«Notre situation va devenir de plus en plus précaire, estime le journaliste arabe israélien Anton Shalhat. Lieberman attend de nous que nous prêtions serment à un Etat qui se déclare juif. Mais comment pourrions-nous le faire? Le jeu de Netanyahou, qui court derrière Libermann et son idéologie basée sur l'existence de races humaines et leur nécessaire séparation, est très dangereux, et le sera de plus en plus à mesure que les Arabes d'Israël se sentiront acculés au pire. Le programme de Netanyahou est aujourd'hui un programme de guerre. Il ne veut pas négocier avec les Palestiniens, il veut aller plus loin à Gaza, il parle sans cesse de bombarder l'Iran... Cette dynamique touche par ricochet les citoyens arabes d'Israël, et nous sommes beaucoup plus proche d'une troisième Intifada, mais cette fois ‘de l'intérieur', que de l'état démocratique auquel je continue de rêver.»
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Conflit Israélo-Palestinien : Obama face aux réjectionnistes :

« Comment nommons-nous les dirigeants qui refusent la solution des deux Etats pour le conflit Israélo-Palestinien, ceux dont les manifestes dénient à leur adversaire le droit à un Etat souverain, et qui s’opposent à un accord définitif, n’offrant au lieu de cela qu’une trêve de longue durée ? Réjectionnistes... s’ils sont palestiniens. S’ils sont israéliens, ils seront plus vraisemblablement appelés Mr. le Premier Ministre. » Tony Karon, journaliste au Time, s’interroge sur les chances de la paix après l’arrivée probable de Netanyahou au pouvoir, lui dont la plate-forme du parti affirme que « le gouvernement israélien rejette fermement la création d’un Etat Palestinien sur la rive Ouest du Jourdain. » Retraçant la succession de refus et de manoeuvres dilatoires des dirigeants israéliens afin de ne pas avoir à envisager sincèrement la solution de compromis « paix contre territoires », il estime que seule une intervention résolue de la nouvelle administration américaine aurait encore quelques - minces - chances de parvenir à imposer un accord de paix sur la base des résolutions de l’ONU et du droit international..."

-Israël choisira-t-elle la panique et l’isolement dans le monde ? | AgoraVox:

"..La volonté d’Avigdor Lieberman de mener le combat contre les Arabes israéliens semble porter ses fruits. Il les accuse de terrorisme et pour contrer cette « cinquième colonne », il exigera de ces derniers un serment de loyauté. « Pas de loyauté, pas de citoyenneté ». Avigdor Lieberman en rajoute : « Puisque les Palestiniens ont l’audace de demander le droit au retour, il doit aussi y avoir un droit d’expulsion ». Et ce discours rejoint largement une couche populaire en Israël : selon un récent sondage, 69 % des personnes interrogées sont d’accord avec cette nouvelle radicalisation.-Lily Galili, journaliste du quotidien Haaretz, a qualifié cette tendance de « russification » de la campagne électorale », rapporte le Figaro. À l’exception de Kadima, tous les partis en lice pour la prochaine élection casseraient du sucre sur le dos des Arabes israéliens. Avigdor Lieberman martèle son message et à ceux qui s’inquiètent de son influence, il répond : « la ligne de séparation n’est pas entre juifs et Arabes, mais entre ceux qui soutiennent le terrorisme et ceux qui s’y opposent ». Raciste, le leader d’extrême-droite ? Indira Indilevitch, 59 ans, originaire de Moldavie comme Lieberman, ouvre de grands yeux. « Non ! Il est droit, loyal, il a une grande personnalité », déclare-t-elle à l’agence France Presse. Yéhuda Abraham, garagiste de 52 ans, qui a toujours voté pour les travaillistes (centre-gauche), déclare pour sa part : « Les Russes, eux, la force et l’ordre, ça les connaît ».Contre toute attente, Avigdor Lieberman, ultranationaliste, connu pour ses relents racistes, ses positions radicales et son franc-parler, est devenu, à 51 ans, le nouveau « tsar » avec lequel il faudra compter aux prochaines élections. Il a gardé le style et le verbe d’un ancien videur de boîte de nuit fortement baraqué, comme lorsqu’il a appelé à bombarder les stations-service, banques et centres commerciaux palestiniens. « Accepter un Iran nucléaire en 2010, c’est comme accepter l’élection d’Hitler en 1933. Un Iran nucléaire, c’est comme Hitler avec l’arme nucléaire ». Il a démissionné du gouvernement en 2008 car, pour lui, les négociations de paix avec les Palestiniens « ne mènent nulle part, et le principe de la terre contre la paix est une erreur fatale »..

-Les Arabes en Israël
-Les Arabes d'Israël : une minorité nationale palestinienne ?
-Le traumatisme persistant des Arabes israéliens

vendredi 6 février 2009

L' individu sans liens...

"Personnalité, Liberté, Propriété sont antérieures et supérieures à toute législation humaine." Frédéric Bastiat

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Connaissez-vous Ayn Rand , écrivain et philosophe objectiviste ,inspiratrice de R.Reagan et chantre d'une certaine mythologie néolibérale et individualiste américaine ?
De l'individualisme radical à l'éloge du conformisme néolibéral
Retour à l'"individualisme possessif", terreau et conséquence de la révolution conservatrice
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L’individualisme radical d’Ayn Rand implique au fond que la société, comme le disait Mme Margaret Thatcher, n’existe pas. « Toutes les “économies mixtes”, écrit Ayn Rand en 1963, sont dans un état de transition précaire qui, ultimement, doit se tourner vers la liberté ou finir dans la dictature . » Le rôle d’un pays libre, comme les Etats-Unis, est donc de faire que les choses aillent dans le bon sens, celui d’une alliance entre démocratie et capitalisme radical."
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-"Je n'ai besoin ni de justification ni de sanction pour être ce que je suis. Je suis ma propre justification et ma propre sanction." (I need no warrant for being, and no word of sanction upon my being. I am the warrant and the sanction.)-A.R.)
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Ni dieu, ni maître, ni impôts, par François Flahaut:

"...Très populaire aux Etats-Unis et vénérée par Ronald Reagan, la philosophe et romancière Ayn Rand (1905-1982) met en scène dans ses œuvres de fiction des héros solitaires en butte au conformisme borné de leurs semblables. Un tel éloge du créateur incompris permet d’accréditer la vision d’un individu existant en dehors de tout lien, ne trouvant son salut qu’en lui-même et ne devant rien à personne. Et puis, la célébration du génie prométhéen déboucha sur celle du moins d’Etat et des paradis fiscaux...

La morale d'Ayn Rand:

"..La Source vive et The Fountainhead restent de vrais beaux romans américains emblématiques de cette croyance en une sorte d'homme commun changé en surhomme (on trouve la même philosophie chez Jack London) par sa propre force de caractère, qui est consubstantielle de l'esprit américain. Ayn Rand, ce sont les superhéros, les comités de vigilance, les héros ordinaires. C'est le western, le dépassement de soi, une modernité dynamique, l'individualisme dans ce qu'il y a de plus beau et noble, mais aussi de terrifiant..... Dans les yeux de cette femme, on lit toute l'Amérique, la puissance de son modèle culturel et de sa philosophie vitaliste, mais aussi la douleur d'une vie accumulée, les contradictions morales et l'inaccessible modèle de pureté. Sa lecture fait partie des 5 ou 10 livres qui aident à comprendre les Etats-Unis...."

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-Une généalogie de l’individualisme possessif.
-"...Ainsi, il est logique que les « dominants » incarnés par la nouvelle bourgeoisie prônent en théorie une idéologie individualiste et libérale . En effet, non seulement l’individualisme positif est au principe de la reproduction de leur domination, mais la propagation au sein des dominés d’un individualisme négatif les sert aussi en ce sens qu’elle rend leur réaction stérile car auto-destructrice (elle empêche toute entreprise politique de contestation collective de l’ordre établi) et accroît en même temps l’hégémonie légitime de l’idéologie individualiste. Le libéralisme renforce en outre cette logique en faisant de l’individu libre, autonome, et donc pleinement responsable, le moteur de l’histoire. Il récuse de fait tout différentiel de supports entre les individus et pose comme axiome qu’il faut laisser chaque individu entièrement libre d’entreprendre ce qu’il veut. Mais tout un chacun ne dispose pas des supports, des ressources, ou encore des « capitaux » nécessaires pour créer sa propre entreprise : outre des fonds propres, il est généralement utile d’avoir des « relations » ou encore un nom qui pourront éventuellement rassurer des investisseurs... Or peu d’individus possèdent de tels supports. Ainsi, la bourgeoisie, en prônant une idéologie libérale et individualiste, cherche à faire oublier l’origine de ses succès, de sa domination, c’est-à-dire à occulter les supports sur lesquels elle fonde des individualités qu’elle voudrait considérer ex nihilo. Par là, elle parvient à maximiser la responsabilité de ses succès, et en même temps celle des échecs des autres, assurant ainsi la légitimité de la reproduction de fait de l’ordre social..."

jeudi 5 février 2009

Camdessus: le sauveur ?


"AU SECOURS, CAMDESSUS EST DE RETOUR!"

L'ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI) a été choisi par le gouvernement pour prendre la tête de la société de refinancement créée dans le cadre du plan de soutien aux banques. Thierry Coste, ancien du Crédit Agricole, en sera le directeur général.

-« L’Argentine a une histoire à raconter au monde : une histoire sur l’importance de la discipline fiscale, des changements structurels, et une politique monétaire rigoureusement maintenue », Michel Cadmessus, 1er octobre 1998, au siège du FMI
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-La critique la plus féroce revient à Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, quand il juge la politique menée par Camdessus à la tête du FMI :"Ce qui est grave, ce n’est pas seulement d’avoir exigé des mesures qui ont abouti à la crise ; c’est de les avoir exigées alors qu’il n’y avait pratiquement aucune preuve qu’elles favorisaient la croissance, et de multiples preuves qu’elles faisaient courir aux pays d’énormes risques"(Les Echos 14sept 1998).Camdessus a toujours persisté dans sa croyance en l’idéologie de l’école de Chicago.
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-Question : Comment peut-on être directeur du FMI et chrétien ?
Etre chrétien c'est rechercher le bien public. Or la mission des institutions internationales est d'être au service du bien public international. Je suis fier que, sous mon mandat, malgré la succession des crises des années 1990 - le Mexique, l'Asie -, nous ayons empêché que la situation ne dégénère et ne se déclenche une crise majeure analogue à celle de 1929. Etre chrétien, c'est rechercher le bien public, propos de Michel Camdessus, recueillis par Henri Tincq, Le Monde 16 janvier 2001
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Michel Camdessus: la relance avec du vieux:
"...Camdessus, propulsé refinanceur en chef de l’économie française, a un sacré passif dans la finance internationale. Patron du FMI de 1987 à 2000, il fut l’artisan de tous les plans de rigueur qui ont coulé tant de pays émergents. Quelques mois avant l’effondrement de l’Argentine en 2000, il assurait sans rire que « l’Argentine a une histoire à raconter au monde : une histoire sur l’importance de la discipline fiscale, des changements structurels, et une politique monétaire rigoureusement maintenue ». Résultat de cette belle histoire : un système bancaire flingué, et une misère dont le pays se remet à peine.
Libéral, Camdessus assume le qualificatif, sans complexe. Son rapport de 2004, intitulé « Le sursaut », fut le livre de chevet du candidat Sarkozy en 2007. Certes un peu caricaturé en brûlot ultra-libéral, mais bien orienté tout de même. « La libéralisation financière a mauvaise réputation, mais elle demeure le but final correct », disait-il en 1998 à la Tribune. Etrange citation pour un catholique assumé, qui fut même conseiller de Jean-Paul II..."

- Michel Camdessus va présider la société de refinancement des banques:
"Il s'agira d'une société privée dans laquelle l'Etat détiendra 34% du capital, c'est à dire la minorité de blocage", et "elle sera présidée par Michel Camdessus qui en a accepté la responsabilité", a ainsi annoncé la ministre de l'Economie, Christine Lagarde.La ministre a également annoncé que "son directeur général en sera Thierry Coste". Celui-ci est un ancien du Crédit Agricole où il était responsable des activités de gestion d'actifs.
-Camdessus : un pyromane pour éteindre l’incendie bancaire !
-Camdessus : un pyromane pour éteindre l’incendie bancaire ! | AgoraVox

-Les fourberies de M. Camdessus, par Martine Bulard:
Qui a dit : « J’observe avec satisfaction que les Russes ont rempli les critères macroéconomiques en matière de désinflation et de budget » ? M. Michel Camdessus, alors directeur du Fonds monétaire international (FMI). C’était en janvier 2000 (1). Au même moment, les statistiques officielles confirmaient une chute d’un tiers du produit intérieur brut en Russie entre 1989 et 2000, et un recul sans précédent de l’espérance de vie (3,7 ans) (2), sans parler de la naissance d’une mafia...
Cet ex-maître à penser du FMI, nouveau conseiller de Jean Paul II, a pour particularité d’être un expert qui se trompe tout le temps. Là où M. Camdessus est passé, les économies émergentes ont trépassé. Il a même dû démissionner de la direction de l’institution internationale, le 14 février 2000, un an avant la fin de son mandat, en raison des contestations de sa politique ultralibérale.
En treize ans de règne sur le FMI, il a pu appliquer son programme. Résultat : une dizaine de crises financières majeures. A chaque fois, les solutions imposées ont aggravé les crises, quand elles ne les ont pas tout simplement provoquées. Ce fut le cas au Mexique (1994), en Thaïlande (1997), puis dans l’ensemble des économies de l’Asie du Sud-Est (1997-1998), en Russie (1998), au Brésil (1999). L’expert quitta la place avant de constater les dégâts de sa politique en Turquie (2001) et surtout en Argentine (2001-2002). « J’avais l’illusion que je pouvais être architecte, a-t-il expliqué, le 19 juin 2000, devant l’assemblée de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface), à Paris. Je n’ai été que pompier. » Un pompier pyromane.
A elle seule, la crise indonésienne résume la méthode Camdessus...."

L’Opus Dei : les soldats du communautarisme chrétien

mercredi 4 février 2009

Bolloré, l'ami africain



Le groupe Bolloré, c'est un empire industriel et financier aux ramifications multiples , spécialement centré sur l'Afrique et le domaine des medias
Vincent Bolloré est spécialement connu pour ses relations étroites avec Nicolas Sarkozy

"Je ne suis pas un investisseur financier, je suis un investisseur industriel. Je dois donc avoir le contrôle de l'éditorial..."( VB)

Comment Vincent Bolloré s'est taillé un empire en Afrique | Mediapart

"Vincent Bolloré aime l'Afrique. Il ne s'y rend pas souvent : une à deux fois par an seulement. Mais à chaque déplacement, il ne manque pas de répéter dans la presse africaine son attachement durable au continent africain, sa croyance profonde dans son développement . « La Corée de XXIe siècle », a-t-il même prédit. Au-delà des convictions, il y a aussi les intérêts économiques. Une grande partie de la richesse du groupe Bolloré provient de l'Afrique. Récupérant des morceaux entiers de l'empire colonial délaissé par les Français, il s'est bâti un royaume.
Aujourd'hui, le groupe Bolloré est un des grands acteurs économiques de l'Afrique. Avec une vraie réalité économique : il a des ports, des trains, des équipements de logistiques, des entrepôts, des plantations, des usines de transformation. Il transporte, selon les estimations, entre 20 et 30% des exportations de cacao, de café, d'huile de palme, de coton du continent. Son maillage est des plus serrés dans toute l'Afrique de l'Ouest, en particulier en Côte d'Ivoire, au Cameroun, au Congo, au Gabon.Il est parti désormais à la conquête de l'Afrique anglophone, au Nigeria d'abord puis en Afrique du Sud et en Afrique de l'Est (Kenya, Ethiopie). Au total, le groupe est implanté dans 43 pays, y emploie 18.480 salariés, soit 53% des effectifs du groupe. Il y réalise officiellement 1,4 milliard d'euros de chiffre d'affaires sur 6,3 milliards au total. Mais, là aussi, il y a une part officielle et une part officieuse.La part officielle, c'est le transport, la manutention, la logistique. La première diversification de la société quand Vincent Bolloré décide de regarder au-delà du métier historique de la famille, le papier fin. Dès 1986, l'homme d'affaires rachète à Suez, sur les conseils de son mentor, Antoine Bernheim, la SCAC, une société de manutention et de logistique portuaire. Le métier est austère, compliqué. Mais l'homme d'affaires en comprend très vite tout l'intérêt : il y a des fortunes à faire en reprenant des activités négligées sur un continent délaissé de tous, sans concurrence ou presque. Sans parler du pouvoir qui l'accompagne : sur les quais, on connaît toutes les marchandises qui sortent et rentrent, leur prix, à qui elles sont destinées. En Afrique, ces informations ont leur importance.... Ainsi, Vincent Bolloré commence à ramasser petit à petit des secteurs économiques abandonnés et devient un des piliers de la « Françafrique ». Désireux de s'étendre très vite, il part à l'assaut dès 1990 de Delmas Vieljeux, le groupe de transports maritimes qui a alors la haute main sur tous les ports de l'Afrique de l'Ouest. Comme à son habitude, il opte pour une prise de contrôle rampante. Pourquoi acquérir la totalité du capital et dilapider de l'argent, alors qu'une participation minoritaire peut permettre d'imposer sa loi dans une société au capital éclaté ?.."

-Enquête sur les bonnes affaires africaines de Bolloré | Mediapart:
"... Jadis engagée dans les usines de production de tabac ou dans le bois, la multinationale se concentre aujourd'hui sur les activités logistiques, du chemin de fer à la gestion portuaire. Faisant face à une concurrence acharnée, Bolloré s'est lancé dans une opération séduction avec les Etats d'Afrique francophone pour la gestion de leurs ports. Il vise plus particulièrement l'activité des terminaux à conteneurs, très lucrative.
Déficitaire dans ses activités médias (Havas, la télévision Direct 8, les quotidiens gratuits Direct Matin et Direct Soir), le groupe breton réalise plus de 60 % de son chiffre d'affaires dans la logistique et le transport. En 2007, il a réalisé sur le continent africain un chiffre d'affaires de 1,4 milliard d'euros sur un total de 6,4 milliards. La multinationale compte progresser à 1,7 milliard d'euros en 2008. Plus éloquent encore : la moitié de ses investissements en 2007 ont été réalisés en Afrique, soit 120 millions d'euros. Cette somme pourrait atteindre 200 millions d'euros en 2008.

-"Bolloré : monopoles services compris. Tentacules africaines":
"La stratégie africaine de Vincent Bolloré et de son groupe est simple : elle consiste à contrôler toute la chaîne de transport, plus quelques filières de production hautement rentables. La vague de privatisations, imposées par les institutions financières internationales, lui permet de racheter le maximum d’infrastructures de transport et d’élargir sa gamme de produits tropicaux (cacao, coton, café, caoutchouc, huile de palme…). La gestion des réseaux ferrés s’est ajoutée à celle des ports et lignes maritimes pour maîtriser le coût du transport de marchandises. Compte tenu du fonctionnement économique et politique de nombreux pays d’Afrique francophone, si l’on se donne la peine d’aller y commercer et investir, c’est qu’on y escompte plus de passe-droits et de profits qu’en France"
-Recherche Google : Bolloré Afrique
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-Comment Bolloré tisse sa toile dans les médias | Rue89:
Vincent Bolloré s'est constitué un bel aspirateur à publicité. Il possède aussi, mais seul, Direct Soir -dont les pages "Economie" sont souvent un complaisant espace promotionnel- et la chaîne Direct 8. Autant de médias d'information que leur patron aime à contrôler. Directement. Direct Soir est ainsi le seul quotidien national, à l'exception de La Croix, à publier "le saint du jour". Direct Matin le fait aussi, mais ses partenaires régionaux ont le choix. En novembre, il déclarait à Télérama :"Je ne suis pas un investisseur financier, je suis un investisseur industriel. Je dois donc avoir le contrôle de l'éditorial...
Vincent Bolloré est aussi le principal "mécène" affiché du président Sarkozy depuis son avènement. Rue89 l'avait d'ailleurs pris en flagrant délit de mensonge quand il niait tout conflit d'intérêts après l'épisode du yacht Paloma. Cette amitié l'a propulsé parmi les patrons français les plus puissants, alors que les Bouygues, Dassault, Arnault... possèdent des groupes beaucoup plus importants...."
-Bolloré impose le monopole de sa presse à la RATP
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-Bolloré: une enquête à emporter | Mediapart
-Bolloré et Sarkozy, une amitié au service de l'État
-Vincent Bolloré, le nouvel ami milliardaire de Nicolas Sarkozy
-Sarkozy-Bolloré, des connivences... africaines | AgoraVox
-"Bolloré n'a jamais travaillé avec l'Etat" Jamais, vraiment? | Rue89
-Sarkozy dans l'avion de Bolloré : le PS évoque des "contreparties"
-Vincent et les «petites caisses» du Luxembourg | Mediapart

mardi 3 février 2009

Université: quelle réforme ?          


A marche forcée...

"...Cette transformation radicale de la formation des enseignants et des concours de recrutement a été engagée sans demander l’avis de celles et ceux qui assurent cette formation ou en bénéficient. Ce mépris manifeste pour les principaux intéressés (enseignants et étudiants) va de pair avec l’imposition d’un rythme effréné qui dissimule mal la volonté de faire taire toute réflexion critique. Récemment, plusieurs présidents d’universités parisiennes ont pu parler de véritable « farce » à propos de ce processus. Le manque de précision quant au contenu des futurs concours et le calendrier absurde proposé par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche nécessitent donc une réponse ferme et claire.Soucieux de ne pas nous laisser imposer un traitement dans l’urgence d’une question aussi importante socialement et scientifiquement, nous demandons l’abandon de tout calendrier pour la remise de nouvelles maquettes de masters et le retrait de ce projet ministériel sous sa forme actuelle..."
(Appel du 8 Novembre)

-Jean-Louis Fournel : «Ce qui se passe aujourd'hui, c'est une remise en cause de la liberté d'enseignement et de recherche. Ce qui est en jeu, c'est un choix social : quelle place de l'université dans la nation? Aujourd'hui on va vers un désengagement de l'Etat et la promotion d'une culture de la performance qui est contraire à celle de l'université
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-Le prix Nobel Albert Fert dénonce une réforme de l’université « incohérente et mal pensée »:
"...Depuis des mois, le gouvernement proclame sa volonté de réformer le système de l’enseignement supérieur et de la recherche pour le hisser au meilleur niveau mondial.De nombreux représentants de la communauté scientifique, parmi lesquels des signataires de ce texte, ont manifesté un grand intérêt pour ce projet et ont proposé de nombreuses pistes de réflexion. Le ministère les a pieusement écoutés pour ensuite ne tenir aucun compte de leurs suggestions et remarques. Et les orientations finalement retenues, souvent en contradiction avec le but affiché, sont extrêmement préoccupantes.Ainsi, alors que l’objectif affiché est l’excellence de nos universités et de notre recherche, alors que Mme Pécresse a proclamé sa volonté de porter nos meilleurs établissements aux premiers rangs du fameux classement de Shanghai, comment comprendre que les réductions d’effectifs annoncées touchent notamment les universités les mieux placées dans ce classement ?Le ministère réplique que ces suppressions de postes pourront être compensées par la possibilité de moduler la charge d’enseignement des universitaires en fonction de leur activité de recherche, possibilité qu’introduit un récent projet de décret. Une modulation des services, dans son principe, pourrait avoir l’intérêt de réduire la lourdeur de la charge d’enseignement qui handicape l’activité de recherche de nombreux universitaires, notamment vis-àvis de certains collègues étrangers. Mais ses modalités de mise en oeuvre en font une mesure dangereuse, hypocrite et contre-productive...."

-Recherche: comment le pouvoir veut liquider le CNRS | Mediapart:
Ecouter et voir sur le site de l'Elysée le discours sur l'avenir de la recherche que N. Sarkozy a prononcé le 22 janvier 2009 est un exercice instructif et éprouvant. Dans ce discours était confirmée la mise en place d'un comité de 18 personnes, toutes nommées par le gouvernement (7 universitaires, 6 chefs d'entreprise, 5 personnalités politiques ou de la haute administration), connues pour leur positions proches du gouvernement en la matière, et chargées de rédiger très rapidement et en toute indépendance un rapport dont une des principales conclusions était annoncée à l'avance : retirer au CNRS la gestion de ses laboratoires et de ses personnels, le transformer en un ensemble de petites agences de répartition des moyens financiers pour la recherche, dans des laboratoires désormais universitaires. Cette année devrait donc voir la fin du CNRS, la fin d'un des centres de recherche les plus réputés au niveau international, le centre qui vient d'obtenir le plus de financements européens pour des jeunes équipes de recherche de pointe, un centre qui attire d'ailleurs de nombreux étrangers (actuellement, 20% des recrutements). Ce Centre, N. Sarkozy a décidé de s'en débarrasser, et vient de choisir soigneusement des personnalités qui pourraient donner leur caution à cette opération.--Ce discours a provoqué la honte et la colère de nombreux scientifiques. Honte d'avoir un tel Président pour la France. Là où l'on pourrait espérer la hauteur de vue d'un homme décidé à bâtir, on a vu un homme qui semble toujours vouloir remettre en place, de façon pathétique, un habit de président bien trop grand pour lui. Dans Mesure pour Mesure, Shakespeare parle de ces « Grands de la terre » enivrés de pouvoir, qui n'ont d'autre projet que de « remplir le ciel de tonnerres, rien que de tonnerres ». Il les décrit ainsi : « ... Mais l'homme, l'homme vaniteux, drapé dans sa petite et brève autorité, connaissant le moins bien ce dont il est le mieux assuré, sa fragile essence, il s'efforce, comme un singe en colère, à faire à la face du ciel des farces grotesques qui font pleurer les anges et qui, s'ils avaient nos ironies, leur donneraient le fou-rire des mortels. » Celui qui annonçait qu'il allait casser le CNRS avait-il la dignité d'un Président de la République, ou mimait-il la mine menaçante, méprisante de ceux qui, dans une bande se préparent pour une baston et brûlent d'en découdre ?Cet homme provoque la colère par l'absurdité de ses raisonnements, qui sont lourds de conséquences. Il est vrai que la recherche effectuée dans le secteur privé est très en retard en France, comme en témoigne le faible nombre de brevets pris par les entreprises (car dans le monde entier, ce sont ces dernières et non les universités, qui prennent l'essentiel des brevets). Ce fait est évidemment en rapport avec la faible culture en matière de recherche des dirigeants d'entreprise français, avec l'absence de considération que certains d'entre eux ont pour le doctorat (le plus haut diplôme universitaire dans tous les autres pays), regardé de haut par ces Elèves de Grandes Ecoles. N. Sarkozy ignore ce problème et invite même ces chefs d'entreprise à faire des propositions de réorganisation de la recherche ... publique. N. Sarkozy regrette que les découvertes qui ont valu le prix Nobel à Albert Fert aient été insuffisamment valorisées par des entreprises françaises, mais l'aient été plus souvent à l'étranger. Sa conclusion est ... qu'il faut casser le CNRS, c'est-à-dire la structure qui a rendu possibles ces découvertes, aux dires d'A. Fert lui-même.C‘est aussi par ses mensonges et ses insultes proférés d'un air gourmand que N. Sarkozy a provoqué la colère. Selon lui, les chercheurs français refuseraient d'être évalués, se contenteraient d'un confort douillet (« il y a de la lumière, c'est chauffé... ») et seraient largement improductifs, sauf peut-être les mathématiciens et les physiciens, qui sont « l'arbre qui cache la forêt ». La vérité est que la recherche est un des domaines les plus évalués : pour pouvoir être publié dans un très bon journal, mon travail est évalué par des experts internationaux (mes collègues) ; pour obtenir un contrat de l'ANR, je suis évalué par des comités d'experts, qui tiendront compte de mes publications, donc de l'avis précédent. Même chose pour les évaluations par l'AERES, par les commissions du CNRS ou de l'INSERM. Comme il sait parfaitement que c'est faux N. Sarkozy est un menteur quand il dit que les chercheurs ne sont pas évalués, et refusent de l'être. Il justifie son insulte par des chiffres sortis d'on ne sait où, car il fait aussi partie de ces ignorants qui croient que n'importe quel chiffre dit forcément la vérité, fût-ce celui donné par un thermomètre truqué ou cassé.J'affirme que dans tous les domaines de recherche en France il y a des gens remarquables, pas seulement en physique et en mathématiques. J'affirme que dans mon domaine, l'immunologie fondamentale, les chercheurs français font jeu égal avec les chercheurs anglais, et mieux que les allemands (chiffres disponibles sur demande). N. Sarkozy pourrait faire interroger les jeunes qui ont fait un post-doctorat aux USA. Ce sont des chercheurs compétents, qui ont pu comparer directement les performances des deux systèmes. Ils disent le plus souvent qu'avec les moyens financiers qui sont les siens, la recherche française n'a pas à avoir honte de ses performances, loin de là. Mais leur avis n'intéresse pas le Président. Il veut noyer le chien CNRS. Il faut donc qu'il ait la rage.-N. Sarkozy est un homme agité, qui pense que toute réforme est bonne, même quand elle est destructrice, parce que pour lui tout changement est bon, même s'il est climatique. Il affirme que la politique scientifique doit être débattue et revue chaque année. Et il est vrai que lorsqu'il s'agit de décider de très gros équipements (comme l'EPR), un débat s'impose. Hélas, cette décision discutable (très lourde de conséquences financières) a été prise en 2005 par un gouvernement auquel appartenait N. Sarkozy, sans aucun débat public sérieux. D'autres questions, aux implications financières bien moindres, comme de savoir si on doit financer la recherche en neurobiologie fondamentale, ou s'il faut faire pression sur les neurobiologistes pour qu'ils travaillent tous sur des pathologies, Alzheimer de préférence, de telles questions ne devraient en aucun cas faire l'objet de décisions politiques, mais être laissées à l'appréciation des scientifiques. Ce n'est hélas pas le cas. Ce gouvernement veut un pilotage détaillé, effectué en bonne partie par des non scientifiques (voir la composition du dernier comité créé), et pouvoir changer rapidement et régulièrement les sujets à la mode, tout changement étant bon par définition-.Le pilotage détaillé est important pour N. Sarkozy, car il permet d'exister politiquement en multipliant les effets d'annonce, et dans la multiplication des millions d'euros déversés sur la recherche, N. Sarkozy déploie un véritable talent de joueur de bonneteau. Ce pilotage est important aussi car il permet de limiter les investissements de recherche à quelques secteurs visibles, même si cette limitation signifie l'assèchement, qui pourrait être irrémédiable, de secteurs qui auraient été précieux dans l'avenir. Pour le gouvernement, cette économie est indispensable en période de crise, même si l'on sait que faire l'économie du cerveau n'est pas la meilleure façon de préparer une économie de la connaissance...."

-Les universitaires votent la grève illimitée | Mediapart:
"...Se profile une grève généralisée des cours, des jurys, des travaux de recherche, et non simplement la rétention de notes, des maquettes d'enseignement et des résultats de qualification qui a cours dans certaines UFR..., «la vraie grève, comme font les salariés!» annonce la coordination.Déjà, le 29 janvier – lors de la manifestation pour le pouvoir d'achat – , le Snesup a recensé au moins 20.000 universitaires et chercheurs dans les défilés de Paris et de province. Pour Jean Fabbri, son secrétaire général, «c'est inédit depuis 15, 20 ans». Depuis, les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) ont rejoint la contestation. Et le collectif pour la défense de l'université, réunissant essentiellement des juristes, a voté samedi la poursuite de la grève...Pour Jean Fabbri, de Snesup: «Les textes modifiant la modulation de services et instaurant la masterisation de la formation des enseignants sont des provocations absolues. Nous ne voulons pas que les enseignants-chercheurs soient soumis au bon vouloir des présidents d'université, et nous ne voulons pas de présidents d'université transformés en managers.»Porte-parole de Sauvons l'université (SLU), association précurseure de la mobilisation actuelle (notamment avec l'appel du 8 novembre «pour une vraie formation des enseignants»), Jean-Louis Fournel explique: «Ce qui se passe aujourd'hui, c'est une remise en cause de la liberté d'enseignement et de recherche. Ce qui est en jeu, c'est un choix social : quelle place de l'université dans la nation? Aujourd'hui on va vers un désengagement de l'Etat et la promotion d'une culture de la performance qui est contraire à celle de l'université

-Recherche Google : greve université
-Sauvons l’Université
-Ce qui tue l'Université française
-La révolte enseignante face aux inégalités
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-USA : Université et marché

lundi 2 février 2009

ISRAEL-Gaza: et après ?


Je veux vous dire ceci très clairement, ne vous en faites pas à propos de la pression américaine sur Israël, nous, les Juifs, contrôlons les États-Unis, et les Américains le savent.” - Ariel Sharon parlant à Shimon Peres, le 3 octobre 2001, rapporté à la radio Kol Yisrael.-
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Nous avions le devoir de privilégier
la diplomatie, de ne pas commettre
ce massacre de civils.” (S.Sand)


-Israël a-t-il perdu la guerre ?- Entretien avec l’historien israélien Shlomo Sand -

"...Bien sûr, il n'est pas normal que des roquettes tombent sur Israël. Mais est-il plus normal qu'Israël n'ait toujours pas décidé quelles étaient ses frontières ? Cet Etat qui ne supporte pas les roquettes est aussi un Etat qui ne veut pas renoncer aux territoires conquis en 1967. Il a refusé l'offre de la Ligue arabe en 2002 d'une pleine reconnaissance d'Israël dans les frontières d'avant 1967. ...
Le Hamas, ce mouvement bête, pas diplomate, avait proposé une « oudna », une trêve de longue durée à Gaza et en Cisjordanie. Israël a refusé parce qu'il veut continuer de tuer les militants du Hamas en Cisjordanie, soit une quinzaine en octobre-novembre après des mois de calme. Israël a donc eu sa part de responsabilité dans la reprise des tirs de roquettes. Au lieu de renforcer le courant modéré du Hamas, Israël pousse les Palestiniens au désespoir. Nous avons ghettoïsé une population entière et refusons de lui accorder sa souveraineté depuis quarante-deux ans. Comme je suis indulgent envers Israël, je dirai seulement depuis vingt ans, 1988, date à laquelle Arafat et l'Autorité palestinienne ont reconnu l'Etat d'Israël, sans rien avoir gagné en échange...
La raison pour laquelle il est impossible
de conclure une paix juste,
ce ne sont pas les roquettes,
c'est la faiblesse palestinienne.

Israël ne comprend malheureusement que la force. La raison pour laquelle il est impossible de conclure une paix juste en ce début du XXIe siècle, ce ne sont pas les roquettes, c'est la faiblesse palestinienne. Israël n'a signé la paix avec Sadate en 1977 que parce que l'Egypte avait remporté une demi-victoire en 1973..."

-La presse israélienne s'interroge après Gaza:
Gideon Levy, l’un des rares critiques de l’opération israélienne, affirme dans Haaretz (22 janvier) que la guerre s’est terminée par un échec total israélien : « Gaza war ended in utter failure for Israel »

-La déchéance d’Israël & l’indécente partialité des médias | CentPapiers:
"...Il est impossible de comprendre la brutalité de cette guerre sans prendre en compte son arrière-plan historique : le sentiment d’être des victimes après tout ce qui a été fait aux Juifs à travers les âges, et la conviction qu’après l’Holocauste ceux-ci ont le droit de tout faire, absolument tout, pour se défendre, sans aucune restriction légale ou morale. (Source: Le patron est devenu fou)

Noam Chomsky écrit aussi dans un texte intitulé “Exterminer toutes les brutes: Gaza 2009” qu’Israël a fait le calcul qu’il serait avantageux d’avoir l’air de devenir “fou”, causant une terreur largement disproportionnée, une doctrine remontant aux années 1950. Jonathan Cook décrit comment, après avoir rapidement manqué de nouvelles cibles à attaquer dans les premiers jours de l’agression de Gaza, la définition des cibles reliées au Hamas a été élargie pour inclure mosquées, universités, cours de justice, écoles, ambulances, hôpitaux, ponts, routes, station de production d’électricité, égouts, manufactures, boutiques et endroits de travail. Mieux encore, selon le Jerusalem Post, le président israélien Shimon Peres a déclaré lors d’une rencontre avec une mission de l’AIPAC en visite en Israël que “l’objectif des attaques était de livrer un dur coup aux habitants de Gaza pour leur faire passer le gout de tirer sur Israël“. Ceci explique la joie de Shimon Peres à propos du déroulement du processus: “La mise en place des opérations courantes ont procédé à 90% en accord avec les plans“. Dans un article publié dans le journal israélien Haaretz en octobre 2008, les militaires israéliens ont exposé leur plan “d’utiliser une force disproportionnée” contre tous les villages qui résisteront dans une prochaine guerre prévue contre le Liban, de “causer d’immenses dommages et destruction“. (Source)...

-Israël complice de la colonisation illégale en Cisjordanie:

"...La poursuite de la colonisation juive en Cisjordanie, en contradiction avec les accords internationaux et les propres lois de l'Etat hébreu, s'effectue avec la complicité passive ou active du gouvernement israélien, selon un rapport officiel confidentiel obtenu par un groupe de défense des droits de l'homme.Ces nouvelles constructions réalisées par des entreprises privées en concertation avec des agences gouvernementales violent non seulement les engagements internationaux tels que la «feuille de route» mais aussi les propres lois israéliennes. Ce rapport qui renferme des données confidentielles compilées par le ministère israélien de la Défense lui-même est parvenu par une «fuite» au groupe israélien de défense des droits de l'homme Yesh Din, qui l'a rendu public et a promis vendredi de s'en servir pour aider les Palestiniens à engager des poursuites judiciaires.Interrogé par l'Associated Press, le ministère de la Défense s'est refusé à tout commentaire.."
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La paix au Proche-Orient est-elle encore possible ?

________Le journaliste Bob Simon s’est rendu en Cisjordanie pour enquêter sur les chances de la paix. Au coeur du conflit, l’expansion incessante des colonies rend de plus en plus improbable la création d’un Etat palestinien.Daniella Weiss, ex mairesse d’une colonie, le déclare sans ambages : ces implantations sont destinées à « prévenir la création d’un Etat palestinien sur les terres d’Israël. C’est l’objectif, c’est la réalité ».Le docteur Barghouthi, ancien candidat à la Présidence de l’Autorité Palestinienne, pourtant fervent partisan de la solution à deux Etats avoue douter qu’elle soit encore d’actualité. « Mon coeur veut continuer à croire que la solution à deux Etats est possible, ma raison me dit le contraire, en raison de ce que je vois, de ces constructions de colonies. Ces colons sont en train de détruire la possibilité de la paix pour les deux peuples que nous aurions pu avoir avec la solution des deux Etats. »

Bob Simon rend également compte des brimades dont sont victimes les palestiniens de Cisjordanie. Routes interdites, points de contrôles - plus de 600 - où les palestiniens sont soumis à « d’humiliantes attentes », dit-il.Interrogé sur le nombre de points de contrôle, M. Barghouthi considère qu’il ne se justifie pas pour des raisons sécuritaires et que l’objectif est de fragmenter la Cisjordanie, de bloquer les déplacements des palestiniens.M. Barghouthi, qui est natif de Jérusalem, y a grandi et travaillé, indique avoir tenté 16 fois durant les deux dernières années d’obtenir un permis pour se rendre dans sa ville natale où vit encore sa soeur. Sans succès.Bob Simon a également filmé une famille de Naplouse retenue prisonnière chez elle par les soldats israéliens qui occupent quand bon leur semble pour un ou deux jours leur maison, située sur une colline dominant la ville, pour en faire un poste d’observation des mouvements alentours.Lors de sa première visite, toute la famille, adultes comme enfants, est retenue, confinée dans une seule pièce, et le père s’est vu refuser le droit de sortir pour se rendre à son travail. Dans un autre appartement, les habitants sont enfermés chez eux par les soldats qui ont confisqué les clés.Deux jours plus tard, la même scène se répète. Cette fois les enfants et le père ont été autorisés à vaquer à leurs activités. Mais lorsque les jeunes rentrent de l’école, les soldats en armes qui occupent les lieux, un instant entrevus, refuseront d’ouvrir à nouveau la porte en présence des caméras.Dans une dizaine d’années, la population arabe sera majoritaire entre le Jourdain et la Méditerranée. Bob Simon résume ainsi les trois issues possibles si la solution à deux Etats ne voit pas le jour :Le « nettoyage ethnique », l’expulsion des palestiniens de la Cisjordanie.L’option démocratique, consistant à donner le droit de vote aux palestiniens, mais qui marquerait la fin du caractère juif de l’Etat d’Israë .L’apartheid, où une minorité israélienne dominerait la majorité. Mais, note-t-il, les régimes d’apartheid ne durent guère.Le docteur Barghouthi estime quand à lui que « malheureusement, l’apartheid est déjà en place. »


Palestine occupée: La solution à un Seul Etat Par Edward Said

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- Gaza: autre regard

- Gaza: opération pour rien ?
-Gaza : droit de la guerre ?
- Gaza : tournant fatal ?

dimanche 1 février 2009

Agriculture : autre régulation

Le droit à la souveraineté alimentaire doit être inscrit dans le droit international. Il implique le droit effectif de chaque pays ou groupe de pays, dans le respect des autres règles de droit, de satisfaire ses besoins alimentaires de la façon qui lui paraît la plus appropriée, sans perturber les échanges internationaux et les autres pays.

Pour d’autres politiques agricoles et alimentaires en Europe : une nouvelle régulation internationale !

-Les crises alimentaire et écologique, qui engendrent dans le monde toujours plus de pauvreté, de faim et de destruction des ressources naturelles, exigent d’autres politiques agricoles, tant au niveau international, qu’européen et national. Le changement des règles internationales est indispensable pour pouvoir élaborer des politiques agricoles et alimentaires satisfaisantes en Europe et dans toutes les régions du monde. L’Union européenne peut et doit jouer un rôle essentiel dans le changement de ces règles...
"Depuis quinze ans, selon les règles de l’idéologie néolibérale, les régulations publiques des marchés agricoles internationaux ont peu à peu été démantelées, en particulier, à partir de 1995, sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).Cette libéralisation a été accentuée par les programmes d’ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Ils ont conduit à un abaissement des tarifs douaniers des pays pauvres, souvent bien au-delà des exigences de l’OMC, et une suppression des outils de régulation dont disposaient ces gouvernements. Ces politiques ont pu être imposées aux pays pauvres sous la pression du remboursement d’une dette croissante. L’Union européenne a une responsabilité centrale dans cette libéralisation, qu’elle a soutenue dans l’intérêt notamment des multinationales européennes. C’est dans ce sens notamment que, depuis 1992, elle a choisi de réformer sa propre Politique agricole commune (PAC), pour démanteler progressivement tous ses outils de maîtrise des volumes de production et des prix agricoles.

Les conséquences sont multiples et terribles :
- Une volatilité des prix de plus en plus forte. En période de flambée des prix, ce sont les pays et les consommateurs les plus pauvres qui sont gravement touchés. Les intermédiaires, les industries agroalimentaires et la grande distribution, en profitent pour spéculer et augmenter considérablement leurs marges. Ainsi, les grands négociants de céréales tels que Cargill ou Bunge ont multiplié leurs profits lors du premier semestre 2008 de façon scandaleuse. En période de chute brutale des prix, cela aboutit, dans un contexte de mise en concurrence des agricultures du monde, à une sélection des systèmes de production les plus productifs et/ou les plus subventionnés, au détriment des agricultures paysannes.
- Une fragilisation des économies et une dépendance alimentaire des pays en voie de développement de plus en plus importante. Elles résultent du démantèlement des tarifs douaniers et de la mise en concurrence directe des agricultures des pays pauvres avec les agricultures ultra-modernisées des pays du Nord. Elles découlent également de l’incitation de la Banque mondiale et du FMI à développer les cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières. Les agricultures des pays riches sont fortement subventionnées, alors que celles des pays pauvres ne peuvent bénéficier d’une protection des marchés pour se développer.
- Une destruction des agricultures paysannes, y compris au Nord. Elle conduit à une destruction de l’emploi agricole dans un contexte de chômage de masse. La mise en concurrence poussant à diminuer toujours plus les coûts de production, c’est la course à l’agrandissement, la substitution du capital au travail, l’hyper-spécialisation en productions végétales et l’intensification en productions animales, la spécialisation spatiale des activités agricoles et la diminution relative des surfaces en herbe. Tandis que sont défavorisés les systèmes agricoles porteurs d’effets positifs (en matière de paysages, de biodiversité...), s’accentuent la déforestation, l’épuisement des sols, la perte de biodiversité domestique et naturelle, le bio-piratage... Sans compter que ces systèmes mettent en danger la santé des travailleurs et des consommateurs comme le potentiel productif.

Cette libéralisation des marchés est accompagnée de stratégies productivistes, qui détruisent l’emploi et accentuent la pression sur les ressources naturelles.
De nombreux pays, notamment émergents, mettent en concurrence leurs propres agricultures et laissent faire les tentatives de dépossession du sol pour d’immenses exploitations ultra-spécialisées. Les pays les plus riches jouent la carte d’aides massives, tournées vers l’exportation et la compétitivité des agricultures sur les marchés mondiaux.. Flambée des prix agricoles et domination de la logique financière

La flambée des prix agricoles depuis deux ans est alimentée par la spéculation des investisseurs.
Suite à la crise financière et immobilière, les spéculateurs se sont tournés vers les marchés à terme de matières premières. Alors qu’en 2003, 13 milliards de dollars étaient investis en bourse dans les matières premières aux États-Unis, en 2008, ce chiffre s’élevait à 260 milliards de dollars [1]. Or, les fonds d’investissement achètent des futures, c’est-à-dire les récoltes des années à venir. L’objectif n’est pas de sécuriser un approvisionnement en produits agricoles, mais plutôt de gagner de l’argent en revendant plus tard et à un plus haut prix ces droits sur la production.
Les fonds d’investissement et les entreprises de l’agrobusiness placent également leurs excédents de liquidités dans l’achat de milliers d’hectares au Brésil ou encore en Afrique et en Asie du Sud-Est.
Assurés de super profits dus aux tensions durables sur les biens agricoles, ils développent les productions d’exportation ou d’agrocarburants.

À cela s’ajoute la constitution de stocks, soit au mieux de précaution, soit spéculatifs.
Des pays exportateurs freinent ou même arrêtent leurs ventes aux pays importateurs, de peur d’être eux aussi en rupture et de voir leurs prix intérieurs augmenter fortement [2]. Dans le même temps, des négociants en profitent pour spéculer en constituant des stocks pour accroître leurs marges.
C’est par exemple le cas pour le riz : première céréale mondiale, elle est beaucoup moins échangée que le blé et a très peu d’usages hors alimentation humaine. Comment expliquer, autrement que par les spéculations, que le 27 mars 2008, à Bangkok, le prix de la tonne de riz thaï soit passé de 580 à 760 dollars (+ 31 %) en quelques heures ?

Le développement des agrocarburants a joué un rôle important dans cette flambée des prix Sous l’impulsion des entreprises de l’agrobusiness, puis des États-Unis, de l’Union européenne et d’autres grands pays producteurs, toute une partie de la production agricole a alors été déviée de l’usage alimentaire vers les agrocarburants. En découle une baisse de l’offre, notamment en maïs, qui nourrit la spéculation vers le haut sur les marchés des produits agricoles.

Ce déséquilibre des marchés financiers résulte directement de la libéralisation des marchés financiers entamée depuis les années 80, notamment par l’Union européenne et ses États membres.
La conséquence, ce sont 850 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde, auxquelles se sont ajoutées 100 millions de plus selon la Banque mondiale suite à la flambée des prix. Déjà, cette bulle a commencé à éclater, tant sur le pétrole que sur les produits agricoles, le prix mondial des céréales ayant baissé d’un tiers depuis leur plus haut niveau de 2008. Là encore, ce seront avant tout les agricultures paysannes et surtout celles des pays les plus pauvres qui seront touchées de plein fouet.

Dans un tel contexte, la crise alimentaire mondiale ne doit étonner personne.
Elle est la conséquence de choix économiques et politiques désastreux. Mais le cynisme des élites n’a pas de limites : elles persistent à louer les bienfaits de la libéralisation des marchés de biens et de services. Cette politique est pourtant de plus en plus insupportable, pour les populations et pays pauvres, comme pour la planète elle-même. La crise écologique, sur fond de crises énergétique et climatique, introduit une donne radicalement nouvelle, en remettant en cause l’ensemble de nos modes de production et de consommation et en exacerbant les tensions internationales. Dans cette situation, le doute sur les bénéfices à attendre de la libéralisation des marchés se répand de plus en plus largement. Les évolutions récentes soulignent les impasses de cette politique : échec (certes peut-être provisoire) des négociations à l’OMC, bloquées par la Chine et l’Inde afin de protéger leur agriculture, nouvelle réforme de la politique agricole des États-Unis pour un retour à des outils forts de régulation...
En pleines crises alimentaire, écologique et financière, il est urgent que les citoyens, consommateurs et paysans, se mobilisent pour une rupture avec l’ordre néolibéral et pour la mise en place de nouvelles règles internationales.

Résister et proposer -permettre à chaque pays un développement plus équitable et plus soutenable, fondé sur des échanges solidaires et une agriculture familiale répondant à des fonctions environnementales et sociales (emplois et revenus des travailleurs de l’agriculture).Ce qui implique de :

- réduire drastiquement l’instabilité des prix et des volumes disponibles sur les marchés internationaux, instabilité particulièrement dommageable aux producteurs et consommateurs pauvres et aux pays en difficulté ;
- permettre des prix rémunérateurs à la production, satisfaisant à la fois les différents types de producteurs et de consommateurs.

Pour atteindre ces objectifs, une régulation publique forte du secteur agricole est à repenser aux échelons, mondial, régional, national et local.

Un autre cadre international de régulation publique des marchés :
- Avant tout, l’Union européenne doit refuser et dénoncer les accords de libre-échange multilatéraux (OMC) et bilatéraux (dont les Accords de partenariat économique). Un développement agricole durable dans les pays pauvres, répondant aux besoins alimentaires de tous, nécessite l’annulation de leur dette, notamment par l’Union européenne et ses États membres.
- Le droit à la souveraineté alimentaire doit être inscrit dans le droit international. Il implique le droit effectif de chaque pays ou groupe de pays, dans le respect des autres règles de droit, de satisfaire ses besoins alimentaires de la façon qui lui paraît la plus appropriée, sans perturber les échanges internationaux et les autres pays.
- Un nouveau cadre multilatéral de régulation des marchés (dont les marchés agricoles) doit être mis en place et incorporé au système des Nations unies (l’Organisation des Nations unies étant elle-même à réformer pour donner aux pays du Sud leur poids légitime). Cette organisation des marchés internationaux doit être fondée sur l’intérêt général et la coopération entre pays, garantir l’accès de tous aux droits humains fondamentaux et respecter le droit à la souveraineté alimentaire.

Ces nouvelles bases doivent concrètement permettre :
- aux pays et régions de se protéger et de mieux contrôler les firmes agro-industrielles ;
- de favoriser des accords par produit, en priorité sur les produits tropicaux, mettant en place des prix minimums et des quotas d’exportation, négociés régulièrement en fonction des conditions économiques globales et des pays concernés ;
- d’établir des accords préférentiels favorables aux pays pauvres grâce à des règles commerciales asymétriques.

Cette régulation internationale doit prendre la mesure de la crise écologique et favoriser des échanges, des systèmes de production et de consommation capables de nourrir le monde et de préserver pour l’avenir la vie sur terre et les ressources qui y contribuent.
La relocalisation des activités et l’autosuffisance alimentaire doivent devenir des objectifs centraux. Néanmoins, l’inégale répartition des populations et des terres agricoles rend inévitable le maintien d’échanges agroalimentaires. Les ressources naturelles n’étant pas illimitées, le mode de production agricole (plus ou moins autonome et respectueux des ressources naturelles) et le type d’alimentation des populations (notamment la part de l’alimentation carnée) concernent tout le monde. La destruction, le gaspillage ou le détournement de l’espace agricole productif et les équilibres ville-campagne ne peuvent plus être étroitement l’affaire de la souveraineté nationale, ils doivent être soumis à des objectifsNos propositions contre la domination de la logique financière et des spéculations agricoles :
- interdire les fonds spéculatifs sur les matières premières ;
- sanctionner les opérateurs qui manipulent les cours des matières premières, ce qui va au-delà de leur surveillance, prônée par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) ;
- fermer les marchés à terme sur les matières premières alimentaires, comme cela a été fait en Inde, moyennant quoi le prix intérieur du blé n’a pratiquement pas augmenté depuis un an ;
- favoriser une régulation internationale par des stocks publics minimums aux niveaux national et régional.

Ce cadre doit permettre, au sein des États et des ensembles régionaux, des politiques régulatrices et protectricesLes fondamentaux de la PAC, aujourd’hui toujours appliqués, ont généré une agriculture productiviste et une destruction de l’environnement et de l’emploi ; ils sont à remettre en cause. L’Union européenne et ses États membres doivent viser la reconquête d’une véritable autonomie alimentaire, tout en prenant leurs responsabilités en matière de solidarité avec les pays pauvres et de sécurité alimentaire au niveau mondial.

Ces fondements peuvent être respectés avec les outils de régulation suivants à l’échelle de l’Union européenne :
- une taxation variable des produits importés en fonction de prix intérieurs reflétant les coûts réels de production, avec des standards environnementaux et sociaux minimaux ;
- un système de gestion des marchés, qui garantisse aux producteurs européens des prix rémunérateurs, basés sur « le coût de production total moyen », complétés par des aides aux producteurs à faible revenu du fait de leur situation ;
- des outils de maîtrise et de répartition des volumes de production.

En retour, seraient exigées :
- une pénalisation plus forte et plus stricte des pratiques de production destructrices des ressources naturelles ;
- dans le cadre de l’élargissement à des pays souvent beaucoup plus pauvres, de réelles politiques de transition et une redistribution significative, par les fonds structurels, au profit des agricultures et des régions les moins favorisées. Pourraient ainsi être couverts les différentiels de productivité et maintenue, dans ces régions, l’activité agricole ;
- une modification complète des aides et des règles pour favoriser :
• les systèmes agricoles autonomes, économes en énergie fossile et en intrants et soucieux de préserver le patrimoine naturel commun (eau, biodiversité, fertilité des sols…),
•l’emploi agricole, qui implique de ne plus subventionner en fonction de la surface, mais du travail,
•les circuits relocalisés de transformation et de distribution.Aux niveaux national et régional, d’autres politiques doivent pouvoir restaurer le lien entre agriculteurs, consommateurs et territoires :
- une politique de répartition équitable des marges entre les différents acteurs de la filière ;
- une politique alimentaire nationale ambitieuse, favorisant la santé et les consommateurs les plus pauvres ;
- une régulation du foncier visant l’installation de nouveaux agriculteurs et la transmission des exploitations ;
- un soutien significatif des pratiques de production écologiques, de l’agriculture biologique, des filières courtes ;
- une démocratisation des instances de débats et de décisions.Une nouvelle politique agricole et alimentaire européenne passe par une redéfinition complète des règles internationales. Cette redéfinition ne se fera pas sans une volonté claire de l’Union européenne, qui conserve un poids considérable, économique et politique, dans les négociations internationales. Ces changements passent par une mobilisation de chacun pour agir collectivement aux différents niveaux de décisions politique, du local au global. Ils passent aussi par une convergence de tous les mouvements citoyens, qu’ils soient écologiques, de paysans, de solidarité internationale ou de consommateurs

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