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mardi 28 juillet 2009

Rêve américain

L'usine à rêves, des origines à nos jours
__Une destinée manifeste?
____De la fondation à l'Empire








-Du
puritanisme des origines à la fascination contemporaine
-Origine du puritanisme
-Le calivinisme comme ciment
-Puritanisme et internationalisme

-Manifest destinity

-Les revers du rêve:
-USA: Obama et la santé
-USA: déclin programmé ?
-USA : séisme social
- USA : inégalités
-Colosse aux pieds d'argile?
-Howard Zinn: un Américain
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Le rêve américain : dissection - AgoraVox:

" « Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération : la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur. » (B.Obama)

Évoqué par un président métisse, beau et charismatique fraîchement élu, porté par la chaleur et le magnétisme de sa voix suave, le rêve américain ne peut exercer plus fortement son pouvoir mythique. Il ne peut être plus réel. Néanmoins, son sens reste toujours obscur. Comme si, du fait d’une utilisation récurrente et presque obsessionnelle, il n’était pas nécessaire de le définir.
-Qui voudrait d’un rêve pour trois dollars ? Qui peut encore, dans l’Amérique de 1931, alors en pleine Grande Dépression, croire que la prospérité est au coin de la rue, à portée de travail, de courage et de détermination ? Personne, calcule un éditeur. Il faut donc changer le titre de l’ouvrage qui lui a été proposé. The American Dream, une histoire des États-unis en un volume, devient The Epic of America [2].
Mais l’auteur, James Truslow Adams [3] - à qui l’on attribue la création de l’expression "rêve américain" [4], n’en démord pas : pas une ligne de son oeuvre ne sera modifiée. Son passage par la banque d’investissement - après des études de philosophie à Yale (!), lui permet de prendre ce risque. Ses arrières sont assurés. Sa motivation n’est pas pécuniaire. Il peut défendre son idée selon laquelle l’épopée américaine s’explique par l’existence d’un "rêve" :
... that American dream of a better, richer and happier life for all our citizens of every rank which is the greatest contribution we have as yet made to the thought and welfare of the world. [5]
Un rêve de dimension matérielle, et surtout spirituelle. Un rêve comme toile de fond du combat du quotidien, des privations, de la détresse éprouvée par les millions de victimes du marasme économique. Une réponse au vide moral creusé par l’avidité du milieu des affaires et le consumérisme ambiant. Un message d’espoir et de réconfort qui veut restaurer la confiance dans l’avenir, cruciale pour la reprise. Un héritage qui, James Truslow Adams en est convaincu, est la clé du sursaut. Son livre sera un succès. [6]
-Pour les tous premiers colons, des marchands aventuriers et des pauvres des campagnes de l’Angleterre, l’Amérique est un réservoir potentiel de richesses. Mais après quatre mois d’un voyage épuisant, la Compagnie de Virginie n’est pas au bout de ses peines. Jamestown [7] est une ville marécageuse très insalubre dans laquelle prolifèrent les maladies (scorbut, malaria, typhoïde, diphtérie etc.) qui déciment la population et l’empêchent de travailler. Ce qui fait dire au gouverneur de la colonie en 1611 que « chacun ou presque se plaint d’être ici ». Pas vraiment le rêve.
Ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard que débarquent les colons qui vont être à l’origine du mythe américain. Ils sont des puritains, des dissidents persécutés par l’église anglicane officielle. Réfugiés en Hollande, ils décident de vendre leurs biens pour partir en famille, direction l’Amérique. Ils font étape en Angleterre, dans le port de Southampton, pour embarquer à bord du Mayflower (en 1620), qui doit les conduire en Virginie. Leurs motivations sont avant tout religieuses. Leur Amérique est rêve parce qu’échappatoire au cauchemar de l’intolérance et de l’oppression. Là-bas, les pèlerins pourront vivre leurs convictions en toute liberté et établir le royaume de Dieu sur terre. Une fois arrivés dans les territoires qu’ils baptiseront la Nouvelle-Angleterre - au lieu de la Virginie, ils découvrent une terre ingrate et isolée, un climat rude. Mais rien ne peut avoir raison de leur foi. Jamais les puritains ne doutent de leur succès. Chaque difficulté est surmontée en levant les yeux vers le ciel. C’est Dieu, qui a fait l’Amérique.
Cependant, derrière la lecture épique de cette histoire se cache une réalité moins reluisante. La traversée de l’Atlantique reste très éprouvante : l’insalubrité, la faim et la soif emportent souvent un voyageur sur dix. Sur place, les témoins déplorent la dépravation morale et dénoncent les nombreux adultères, l’indécence des tenues féminines, le développement de la prostitution etc. La pauvreté est souvent très mal vécue. Enfin, l’afflux constant d’immigrés d’origines de plus en plus diverses souffle sur les braises des tensions sociales. Les catholiques, les juifs, les irlandais et les pauvres forment la masse des indésirables. Les premiers puritains font montre d’une belle tolérance... à l’égard de leurs semblables.
Mais peu importe. Le décor est planté, le rêve est là et il magnétise déjà toutes les lettres qui sont envoyées en Angleterre. Celles-ci décrivent une terre magnifique, un jardin d’Eden qui apporte les trois bénédictions : la paix, la santé et l’abondance. Elles promettent à chaque immigrant une terre pour y construire sa maison, un champ propre à la culture et un pré le long du cours d’eau. Les âmes pieuses lisent cette publicité avec crédulité et sont irrésistiblement attirées. Plus rien ne les retient.
Deux cent ans plus tard - les années 1820, les lettres sont devenues des brochures qui parcourent toute l’Europe pour le compte des compagnies maritimes, des spéculateurs fonciers, des sociétés ferroviaires et des chefs d’entreprise qui ont besoin de main d’oeuvre et peuvent offrir des terres vacantes. Après les temps de l’indépendance [8] et la guerre de Sécession [9], l’immigration reprend donc de plus belle. Les histoires de self-made men (Carnegie [10], Rockefeller [11]) aiguisent les appétits des nouveaux arrivants en grande majorité sans qualification professionnelle. Ils espèrent, à force d’un labeur acharné, de frugalité et de sobriété, parvenir à la richesse - matérielle s’entend. Il s’agit de la deuxième version du rêve américain.
A la foi aveugle des pilgrims [12] se substitue tout un édifice philosophique : le darwinisme social. Cette doctrine est celle de Herbert Spencer, un philosophe anglais du XIXème siècle. Celui-ci explique grosso modo que la lutte pour la survie théorisée par Darwin [13] est également à l’oeuvre dans la société des hommes. Dans le capitalisme sauvage de la révolution industrielle états-unienne [14], la bataille du quotidien voit ainsi triompher les plus forts qui sont les plus doués, les plus méritants. Mais c’est la loi de la nature. Cette idée plutôt simple en apparence inspire les grands industriels de l’époque - Carnegie a révélé en avoir été illuminé, et sera chérie et développée par l’élite intellectuelle du pays.
Et comme d’habitude, les tenants du mythe omettent de découvrir le serpent derrière les fleurs : les millionnaires produits par la sélection "naturelle" le sont assez souvent devenus en utilisant les pires méthodes et se séparent très vite de l’ascétisme dont ils se parent volontiers devant leurs admirateurs. Ils prêchent, de surcroît, la liberté d’entreprendre tout en construisant des trusts prédateurs et liberticides.
C’est du côté que personne n’attend, d’une industrie que personne n’attend, et par l’action d’individus que personne n’attend que surgit la version moderne du rêve américain : Hollywood. Quelques juifs d’Europe centrale - Carl Laemmle (Universal Pictures), Adolph Zukor (Paramount Pictures), William Fox (Fox Film Corporation), Louis B. Mayer (Metro Goldwyn Mayer), Benjamin Warner (Warner Brothers) - qui ont pour trait commun une enfance vécue dans l’indigence, fondent dans la première moitié du XXème siècle l’empire des studios de cinéma, lequel sera jusqu’à aujourd’hui le principal vecteur de la culture américaine. Les projecteurs transmettent les images d’une Amérique parfaite fantasmée par ces hommes qui sont en quête d’anoblissement. Leur complexe d’infériorité vis-à-vis de l’establishment new yorkais les pousse à maquiller la réalité, à en recouvrir la moindre impureté. La pauvreté, l’alcoolisme et les violences domestiques sont très peu reflétés par les caméras. Avec l’arrivée du costume designer au sein des productions, le vêtement de scène n’est déjà plus celui de la ville et les films commencent de véhiculer des modes vestimentaires inaccessibles pour la majorité.
Ce matraquage marketing opéré par les studios, combiné avec l’émergence du tayloro-fordisme [15] et la réduction de la durée de vie des produits, engendre une certaine manière de vivre américaine, un certain art de vivre (!) consumériste : l’American Way of Life. La famille américaine modèle appartient à la classe moyenne. Le père et la mère, qui se sont rencontrés au lycée ou à l’université (et qui s’aiment toujours), et leurs deux enfants vivent dans une maison Levitt [16] située dans les suburbs [17]. Devant le garage trônent deux (au moins) magnifiques voitures flambantes neuves - très vraisemblablement de marque Ford, Chrysler ou General Motors. A l’entrée flotte un imposant drapeau américain gage d’un patriotisme sans faille. Les progrès techniques comblent la famille : le réfrigérateur, le lave-vaisselle et le lave linge facilitent la tâche de la mère au foyer ; papa s’est offert un rasoir électrique et peut désormais arriver à l’heure au bureau - il ne se coupe plus ; les enfants découvrent la radio, le poste de télévision couleur, et la publicité.
L’Amérique des trente glorieuses [18], en particulier, baigne dans le mythe de l’abondance cher à Jean Baudrillard [19]. Les malls, les grands magasins, les rues commerçantes et leurs étalages assènent « l’évidence du surplus, la négation magique et définitive de la rareté » [20]. Ils miment une « nature retrouvée, prodigieusement féconde » [21] - peut-être celle décrite par les premières lettres envoyées en Angleterre trois cent ans auparavant. Vus par un homme qui a connu la pénurie, la misère et le goulag de l’autre côté du rideau de fer, les États-unis ne sont pourtant pas le pays du rêve. L’Amérique est, pour Soljenitsyne [22], un supermarché ambulant dont l’impératif de consommation piétine toute dimension spirituelle. Une société matérialiste à l’excès créatrice de frustrations et de malheur. Dans Revolutionary Road [23], le romancier américain Richard Yates montre comment la douce léthargie du quotidien, son confort et la sécurité qu’il procure peuvent brider et emprisonner des individus mus par la fantaisie. Son jeune couple, bien conscient de l’illusion et de l’impossibilité du modèle américain, ne parvient pourtant pas à y renoncer.
Mais la classe moyenne n’est pas la plus à plaindre. Car le projet américain a toujours compris, depuis ses origines, son lot de laissés pour compte. Comment ne pas rappeler, tout d’abord, que les colonies ont été bâties en spoliant les Indiens déjà sur place, lesquels, s’ils osaient manifester la moindre réticence - et même s’ils n’osaient pas, étaient massacrés ou repoussés plus à l’Ouest - pour être massacrés un peu plus tard. Quant à ceux qui y échappèrent, ils furent décimés par les maladies, l’alcool et les armes. La naissance des États-unis repose donc en grande partie sur un génocide.
Leur développement économique et surtout agricole a eu pour socle une autre méthode douce : l’esclavage. Dans le cadre du commerce triangulaire [24], les descendants de Cham [25] étaient amenés par bateau pour travailler dans les plantations de coton, de tabac, de canne à sucre, de riz et de chanvre. Ils représentaient, dans certains états du Sud, plus de la moitié de la population. En dépit de l’abolition de l’esclavage, le racisme et la ségrégation légale puis de facto continuèrent de répandre du sel sur les plaies. Jusqu’au fameux discours de Martin Luther King - I have a dream [26] - et le concept de nouvelle frontière [27] - New Frontier - de John F. Kennedy qui revendiquent tous deux le rêve pour tous, sans considération de race ni de couleur de peau. Considérations qui, finalement, ont pris toute leur importance dans l’établissement des politiques de quotas de l’Affirmative Action [28].
Le critère éternellement discriminant reste, en définitive, le niveau de revenu. L’Amérique n’a jamais su ni jamais réellement voulu protéger ses pauvres de l’appétence de ses puissants. Des premiers indigents, dont les puritains regrettaient qu’ils ne se résolvent à leur sort, aux travailleurs pauvres modernes surexploités, surendettés, et souvent en surpoids, en passant par les misérables Okies [29] expropriés à l’usure magnifiquement dépeints par John Steinbeck dans Les raisins de la colère, il n’a jamais fait bon être pauvre aux États-unis. Malgré la démocratisation de l’enseignement supérieur et de la promotion de l’esprit d’entreprise, la mobilité sociale américaine est une chimère : elle est la deuxième plus basse des pays à haut revenus - après le Royaume-Uni. Pas vraiment de quoi pavoiser.
L’épaisse couche de fard qu’est le rêve américain ne résiste pas à l’éclairage des faits. L’Amérique est maquillée comme une voiture volée dont la couleur originelle apparaît à qui se donne la peine de gratter. L’élection de Barack Obama est le dernier coup de peinture en date, celui qui permet encore d’affirmer que le projet américain est « quelque chose de plus grand que la somme (des) ambitions personnelles, que toutes les différences dues à la naissance, la richesse ou l’appartenance à une faction » [30]. Celui qui permet de redonner consistance à un hypothétique rêve.
Certes, tout n’est pas noir en Amérique. Et pourtant. Difficile de ne pas y voir l’intolérance des communautarismes, la violence, le consumérisme poussé à son paroxysme, la négation du spirituel. L’empilement branlant des ambitions personnelles. Une minorité qui vit son rêve, et une majorité aliénée qui se contente de le rêver. (Romain LEFFERT)

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lundi 11 juillet 2016

Demain, une autre Amérique?

Mutation en cours
                          Les changements démographiques en cours aux USA ne seront pas sans conséquences sur le destin de ce pays, sur la vie culturelle, sur la conduite des affaires politiques, sur l'histoire future de cette nation d'immigration.
    ...Depuis l'arrivée des premiers Anglais vers 1660, dans un pays qui ne comptaient que des peuples  Indiens si divers.
  Difficile à anticiper et à apprécier la profondeur des changements qui auront lieu quand l'Amérique sera latine...
    En 2030 ils dépasseront les 100 millions et ils pèsent déjà de tout leur poids sur l'élection présidentielle. Malgré des retours récents, la natalité joue mécaniquement en faveur des latinos.
   C'est dire l'ampleur de ce mouvement latino-américain, qui se poursuit à bas bruit, dans la contradiction, parfois la crainte, l'exploitation politique et aussi l'intérêt de certains certains secteurs économiques.
      Des emplois qui profitent à certains secteurs, et pas seulement à l'agriculture californienne
 Malgré les clôtures et les gardes, l'immigration clandestine, surtout mexicaine, se poursuit, non sans drame. Des passages le plus souvent à hauts risques.
    Petit à petit, les Latinos transforment les États-Unis, de manière encore peu perceptible, au moins dans certains Etats. Ils ont pris une grande place au coeur des primaires.
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           (*) Point de vue:    ...Les états où la population hispanique est la plus implantée, sont aussi les plus peuplés et les plus importants  électoralement...
    Proportionnellement, les municipalités comptant une population hispanique majoritaire sont localisées dans ces mêmes états : East Los Angeles (Californie) 97.1%, Laredo (Texas)  95.6%, Hialeah (Floride) 94.7%, Brownsville (Texas) 93.2%, McAllen (Texas) 84.6%.
  De même, les villes où la population hispanique est présente en plus grand nombre sont les capitales économiques de ces états : New York, Los Angeles, Houston, San Antonio, Chicago, Phoenix.
   En considérant qu’elle représentera 30% de la population totale des Etats-Unis en 2050, la communauté hispanique ne sera bientôt plus une minorité.
   Le vote hispanique est plus particulièrement convoité dans un état comme la Floride, swing state dont les résultats furent décisifs lors de l’élection de George W. Bush. Mais désormais, on le comprend à la lecture du Census 2010, l’ensemble des Etats-Unis sont concernés."
    La communauté hispanique est la minorité dont l’accroissement naturel est le plus important et par conséquent détient la croissance la plus rapide.
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                 ... La croissance de la communauté hispanique oblige les Etats-Unis à redéfinir son identité.
   Progressivement, la culture et les leaders économiques et politiques hispaniques deviennent partie intégrante, voire s’emparent du mainstream, deviennent l’élite dans certains états.
Fait significatif, la langue espagnole est officiellement la deuxième langue de la Floride, l’état de New York, ou de la Californie.
   Dans la plupart des administrations et services publics, opérateurs téléphoniques, banques, ainsi qu’au sein de nombreuses entreprises, les clients ont la possibilité de parler à un conseiller en espagnol.
   Les médias en langue espagnol ne sont pas non plus en reste : Telemundo, CNN español et Univision ont leur siège à Miami ou à Los Angeles et possèdent des antennes locales dans presque tous les états. Certains de ces médias sont particulièrement influents : en incluant les chaînes en langue anglaise, Univision est considérée comme la 5ème chaîne américaine la plus regardée des Etats-Unis.
    En dehors de la langue, les différentes communautés sont souvent regroupées dans des quartiers, municipalités, voir comtés. Elles s’y organisent, s’entraident professionnellement officiellement, par le biais de nombreuses associations de tous types (politiques, sociales, artistiques, professionnelles…) et par les réseaux informels.
    Ici, le communautarisme, concept « politiquement incorrect » selon le modèle français, est explicitement le moyen choisi pour accomplir son American Dream.
    En France, la question des statistiques ethniques et des quotas, actuellement inexistantes, fait polémique. Un dernier rapport sur ses questions a été remis en février 2010 par le comité pour la mesure de la diversité et des discriminations (Comedd), présidé par le démographe François Héran,  à Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances. Le rapport écarte l’idée d’une nouvelle loi, préconise l’utilisation de statistiques publiques courantes. Le recours à « des indicateurs ethno-raciaux » y est timidement évoqué, sans pour autant prononcer le terme « statistiques ethniques », qui suscite trop d’hostilités...
 
 © Martha Peciña 
   La success story des immigrés de Miami. De toute évidence, Miami est la parfaite illustration de la success story à l’américaine pour les immigrés latino-américains.Le comté de Miami Dade est composé à majorité par des latino-américains et plus particulièrement des Cubains, mais à la différence de la plupart des autres villes et contés, il est aussi dominé par eux.
   Arrivée par plusieurs grandes « vagues migratoires » successives à partir des années 60[17], la communauté cubaine a littéralement« fait » la ville de Miami.
La communauté cubaine a progressivement pénétré et domine aujourd’hui les hautes sphères de Miami et de la Floride du Sud. Le pouvoir économique, politique et médiatique leur appartient. Au niveau fédéral, un sénateur (Marco Rubio) et trois membres de la Chambre des Représentants (Mario Diaz-Balart, David Rivera et Ileana Ros-Lehtinen) de Floride sont Cubains-américains. Parmi eux, Ileana Ros-Lehtinen est également la présidente du Comité des Affaires Etrangères de la Chambre des Représentants.
A Cuba comme à Miami, les Cubains se plaisent à surnommer Miami « la septième province de Cuba », ou encore « la capitale économique de l’île »  Rappelons que les Cubains bénéficient d’un statut migratoire exceptionnel auprès des autorités américaines, the Cuban Adjustment Act, qui leur permet de bénéficier du statut de réfugié politique dès lors qu’ils foulent le pied du territoire américain (à quelques exceptions près, comme le passé criminel). De même, la première vague d’immigration cubaine est essentiellement constituée d’immigrés issus de la classe moyenne, ou très fortunés, disposant ainsi de ressources économiques dès leur arrivée.
 Cependant, les Cubains sont encore en 1960 les nouveaux arrivants de Floride du Sud. Lorsque l’on observe le pouvoir régnant des Cubains à Miami, on peine à imaginer qu’ils furent, eux-aussi, contraints de surmonter l’exclusion et les discriminations dans les premières années qui suivirent leur installation. De nombreuses figures de l’exil se plaisent à remémorer, en contraste avec leur réussite économique et sociale actuelle, l’époque où l’on pouvait lire sur les pancartes de maisons en location « No dogs, No Cubans ».
La communauté Cubaine est parvenue à s’imposer grâce à la stratégie communautariste, par le biais d’associations officielles ou plus généralement par des réseaux communautaires informels. Ceci au détriment des autres communautés, comme la communauté juive, qui, historiquement implantée à Miami, s’est progressivement déplacée vers d’autres municipalités plus au nord. La communauté cubaine n’est pas non plus nécessairement solidaire des autres communautés hispaniques, comme le confirme Luis, journaliste politique : « Dans le milieu politique et au sein des institutions publiques, la priorité à l’embauche est implicitement donnée aux Cubains, les autres latino-américains sont parfois vus avec méfiance ou même mépris, on leur fait comprendre qu’ils sont EUX, des immigrés ».
   Le mécanisme d’exclusion et de stigmatisation des nouveaux arrivants s’opère donc aussi à Miami. L’ouvrage «Logiques de l’exclusion» du sociologue Norbert Elias, analyse précisément les mécanismes d’exclusion que les anciens habitants d’une communauté (en Angleterre) utilisent contre des nouveaux venus suite à la construction d’un lotissement. Dans son étude de cas, les nouveaux venus ne sont ni étrangers, ni socialement différents des autres habitants du quartier. Ils sont en fait très semblables aux « anciens ».
   Le contexte est différent mais le mécanisme reste le même : les Cubains, devenus « anciens », reproduisent les mêmes logiques d’exclusion à l’égard des nouveaux arrivants latino-américains.
   Pays d’immigration, les Etats-Unis ont redéfinis leur identité au fil de l’histoire.
Jim Cohen et Philip S. Golub démontrent dans leur article «Etats-Unis, vers une société post-européenne » comment la croissance des minorités actuelles des Etats-Unis (hispanique, afro-américaine et asiatique) transforme progressivement la culture américaine .
Lorsque l’on observe les problématiques d’immigration d’un côté et de l’autre de l’Atlantique, on constate que le modèle du Vieux-Continent est d’avantage porté sur les piliers fondateurs de son passé.
    Malgré la montée, depuis l’élection de Barack Obama, du Tea Party, mouvement ultra-conservateur nationaliste opposé à l’immigration, la définition d’intégration, ou d’identité nationale reste globalement moins figée aux Etats-Unis, de part la réalité qui a forgé son histoire. La participation à l’effort économique et le pouvoir matériel restent les valeurs fondatrices.
   S’enrichir et enrichir son pays constitueraient-ils un critère suffisant pour s’intégrer au sein de la société américaine ?
   Le fait d’avoir la possibilité de communiquer en espagnol auprès des administrations n’est pas considéré comme un obstacle au bon apprentissage de la langue anglaise, et le fait de revendiquer son identité colombienne, mexicaine ou cubaine, ne remet pas en cause son autre identité américaine.
  Lors d’un séjour d’étude en France, Yanelis, Cubaine métisse immigrée aux Etats-Unis à l’âge de 7 ans, raconte la surprise des gens lorsqu’elle se présentait comme une américaine. Pour elle, la bi-nationalité n’est pas un problème aux Etats-Unis, c’est l’identité même de ce pays construit par « des gens qui viennent d’ailleurs ».
   Cette sacro sainte liberté d’us et coutumes, cette possibilité de revendiquer dans les sphères publiques comme privées sa religion, sa culture ou sa langue, fait évoluer et flexibilise constamment la définition de l’identité américaine.
   Les limites de ce rêve américain
           Ce système communautariste offre incontestablement une liberté de pratique et de revendication identitaire aux différentes communautés, mais favorise-t-il réellement leur intégration ?
Si l’on envisage l’intégration dans son aspect culturel, les Etats-Unis sont indéniablement une fabrique d’assimilation d’immigrés. Bien que les réfractaires à ce phénomène soient présent et cherchent à gagner du terrain, les Etats-Unis se dirigent inévitablement vers une nouvelle composition « ethnique et culturelle » et l’acceptent progressivement.
Le mythe du rêve américain se complaît et se conforte dans cet idéal de société de liberté individuelle absolue, où la progression est à la portée de tous.
                  Jeter un œil sur le classement des 100 latinos les plus influents (dans des domaines aussi variés que l’art, le business, la culture, l’éducation, la politique), publié en 2010 par le Hispanic Business Magazine et People Magazine fait inévitablement rêver : du gouverneur de Californie Abel Maldonado au joueur de base-ball Alex Rodriguez, à la chanteuse et actrice Jennifer Lopez…Mais lorsque l’on se penche sur l’intégration économique de la majorité, l’American Dream n’est plus qu’une illusion pour les immigrés.
    Le recensement de 2010 indique que la population hispanique constitue une des minorités la plus touchée par la récession économique actuelle. En 2010 : 39,1% des enfants Noirs et 35% d’enfants hispaniques vivent sous le seuil de pauvreté, contre 12.4% d’enfants Blancs[21].
La communauté hispanique détient également les pires indicateurs en matière d’éducation. D’après une récente étude du College Board Advocacy & Policy Center, 41% des latino-américains de plus de 20 ans résidant aux Etats-Unis ne possèdent pas de diplôme d’éducation secondaire, contre 23% parmi la communauté afro-américaine et 14% au sein de la communauté Blanche. En outre, seul 19% de la population hispanique possède un diplôme de College, contre une moyenne nationale de 41%..
    Les répercussions transparaissent inévitablement en termes d’emploi, au niveau matériel et socio-culturel. D’après le bureau fédéral de statistiques de l’emploi, l’indice de chômage de la communauté hispanique s’élevant à 11.1%, se situe ainsi au dessus de l’indice national, de 9.1%..
       Finalement, on comprend que la grande majorité de la communauté hispanique compose les classes populaires, qu’une infime minorité parvient à se hisser au sommet.
Le rêve américain auquel aspirent les immigrés des Etats-Unis ne serait donc finalement réservé qu’à une poignée d’individus appartenant à l’élite dans leur pays d’origine ou ayant connu une trajectoire exceptionnelle. Parmi les élus de Floride, les frères Diaz-Balart et Ileana Ros-Lehtinen viennent des familles les plus fortunés de Cuba.
       Le modèle américain d’ascension sociale ne fonctionne pas plus pour les immigrés que pour les Afro-américains et plus généralement les classes populaires, comme le démontrent les indicateurs de pauvreté, d’éducation et de chômage précédemment évoqués.
      Nonobstant, dans un pays où l’Etat n’offre aucune garantie de sécurité sociale, d’éducation, de logement ou de pension alimentaire aux plus faibles, le communautarisme, permettant de fédérer les individus autour d’une identité commune, reste le seul rempart contre l’exclusion.
 (Merci à Martha Pecina et à Mediapart)
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jeudi 30 janvier 2025

American Dream

        Un droit "sacré "

               Mais une pente fatale

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mardi 26 novembre 2024

Bienvenue en Trumpistan!

Dans le nouveau monde enchanté américain!

     Il est revenu! Tenez-vous bien!

          Un casting surréaliste. C'est Ubu roi, après une victoire jugée d'abord improbable. Ou un film des Marx Brothers. Avec un Musk triomphant. Un affairisme d'enfer, notamment dans le gaz et le pétrole... Retour à la Gilded Age. C'est la fête à Mar-a-Lago, avec les copains, surtout Elon, la star!.... Blanc comme neige...Bienvenue au club!



           Un nouveau scénario s'ouvre au pays de l'American Dream . Un scénario d'abord inimaginable, selon Naomi Klein, disant: "....J’aurais aimé me tromper. J’aurais préféré être surprise. J’aurais aimé pouvoir imaginer que les démocrates savaient quelque chose de secret que j’ignorais. J’aurais aimé qu’ils aient raison, même si je trouvais leur stratégie de sacrifier leur base sociale pour séduire Liz Cheney totalement folle. J’aurais aimé que leur mépris complet des jeunes électeurs ait été fondé sur une véritable stratégie et non sur une idéologie. Mais après les résultats, il est devenu évident que tout cela n’était qu’une illusion. Que le Parti démocrate avait fait un pari terriblement imprudent. Donc non, je n’ai pas été surprise de la victoire de Trump, ni du fait qu’il ait attiré de nombreux électeurs jeunes ou issus des minorités ethniques. Je ne suis pas surprise, je suis triste. Triste et terrifiée...."                                                                                                                                                                                        C'est comme si on avait élu Al Capone directeur de la banque centrale....                       Retour à l'âge d'or, comme dit Trump, au gilded age     "La suprématie de la croissance sur l’environnement et la certitude que la technologie va résoudre tous les problèmes qui caractérisent les trumpistes trouvent également leur origine dans cette époque.   Le trumpisme s’appuie donc sur cette nostalgie qui imprègne une grande partie de la culture états-unienne. C’est par cette référence que les républicains peuvent à la fois défendre la mise au pas de la Fed et la promotion du Bitcoin comme nouvel étalon-or pour le dollar, joindre le protectionnisme le plus rigoureux à la volonté de couper massivement dans les dépenses publiques, soutenir les monopoles existants et la réindustrialisation, mêler l’image de l’entrepreneur génial et techno-solutionniste à la bigoterie et au racisme le plus décomplexé..".                                                                                                                                      Les baleines se réjouissent.                                                                                                                     " ...Comme l'a rapporté Shwan McCreesh dans le New York Times  du 14 octobre par exemple:  
«L’un des aspects les plus étranges de l’attrait politique de Donald J. Trump est le suivant: Beaucoup de gens sont heureux de voter pour lui parce qu’ils ne croient tout simplement pas qu’il fera beaucoup des choses qu’il dit qu’il fera."L’ancien président a parlé de mettre le ministère de la Justice en état d’alerte et d’emprisonner les opposants politiques. Il a déclaré qu’il purgerait le gouvernement de tout ce qui n’est pas loyal et qu’il aurait du mal à embaucher quelqu’un qui admettrait que l’élection de 2020 n’a pas été volée. Il a proposé «une journée vraiment violente» (citation faite par Rebecca Davis O’Brien, dans le NYT le 30 septembre) au cours de laquelle les policiers pourraient se montrer «extraordinairement brutaux» en toute impunité. Il a promis des déportations massives et prédit que ce serait «une histoire sanglante». Et si nombre de ses partisans sont ravis de ces propos, il y en a beaucoup d’autres qui pensent que tout cela fait partie d’un grand spectacle.»  Comme l’a déclaré un sondeur républicain dans le NYT (article de Shawn McCreesh cité), «les gens pensent qu’il dit des choses pour faire de l’effet, qu’il fait de l’esbroufe, parce que cela fait partie de ce qu’il fait, de son jeu. Ils ne croient pas que cela va réellement se produire». Seul le temps nous dira si cette hypothèse est correcte ou non..."   

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jeudi 22 janvier 2009

Obama 2015

Fictions ?

Les Etats Unis en 2015 ...

- Obama, le nouveau logo de la marque Amérique:
"...cette élection a été une formidable pulsion spectaculaire, théâtralisée, ayant pour fonction de remplir ce vide angoissant de la chute finale. Car les USA, ivres de leur puissance impotente, ont, à l’instar de Noé, par trop découvert leur réelle nudité stratégique et économique dans de désastreuses guerres et dans une crise économique mondiale dont ils sont l’épicentre.Cette élection jette sur cette réalité un voile chatoyant. Les habits neufs de l’Empire donc..
.L’élection d’Obama couvre d’abord les crises internes. En effet, aux USA, l’inégalité économique est quasi abyssale. De plus, la société américaine reste clivée par l’idée de race : les mariages mixtes y sont rares, un quart des Noirs vivent en dessous du seuil de pauvreté (contre 8% pour les Blancs), la moitié de la population carcérale est noire.La crise des subprimes a touché de plein fouet les classes populaires, surtout non blanches, qui avaient vu dans leur maison leur
american dream à eux. Ce sont celles-là même qui ont voté en masse Obama. Et pourtant, des milliards ont été et seront débloqués pour sauver un système avide quand le projet de sécurité sociale n’a jamais abouti.L’élection d’Obama a servi d’extincteur et de catalyseur à une possible colère sociale légitime en la transformant facticement en un creux regain d’espoir. Le coup de génie est d’avoir donné l’illusion d’une résolution du clivage racial horizontal blancs/non blancs par l’élection d’un métis afin de mieux faire oublier le clivage vertical riches/pauvres. Ainsi en racialisant ad nauseum l’élection, on a pu évacuer aisément les questions économiques de partage des richesses. Ou plutôt, en semblant dépasser le clivage racial, on a donné l’illusion d’avoir aussi résolu, dans le même mouvement, le clivage économique.
Sur le plan international, cette élection permet aux USA de reconquérir ce rôle d’Empire bienveillant, rôle sévèrement entamé par Bush fils. En effet, les USA ont construit leur politique internationale sur l’idée que leurs motivations sont pures quand bien même leurs mains seraient sanglantes. De même, ils se sont érigés en Empire du sens, celui par qui le monde prend une direction et une signification. Le problème est qu’ils sont clairement devenus l’empire du non-sens.Obama a pour mission de reconquérir ce leadership moral. Cependant, là encore, il s’agit d’un voile pudique couvrant d’autres réalités. En effet, les USA ont démontré leur incapacité stratégique totale quand leur volonté guerrière s’est heurtée à des réalités incontournables sur le terrain des guerres. Il ne reste plus à l’Empire que de sur-investir l’emprise symbolique sur le sens du monde pour mieux compenser sa perte de contrôle. L’Empire raconte (et se la raconte) à défaut d’être encore...Obama donne l’illusion d’en finir avec l’image de cet erratique empire tanguant sous l’hubris de sa puissance. Son slogan même, "Yes, we can", semble la réponse nette à des doutes internes et internationaux informulés. Au travers de ce slogan incantatoire, on entend surtout "Yes, we still can", nous pouvons toujours...
Enfin, cette élection permet à ceux qui ont soutenu les guerres bushiennes de ne plus avoir trop honte. Cela est particulièrement vrai en France où l’intelligentsia la plus pro-guerre peut tranquillement déclarer que ce Bush qu’elle avait pourtant ardemment soutenu n’est au final que l’accidentel et monstrueux rejeton d’une Amérique re-moralisée qu’elle s’aime d’aimer à nouveau
...
L’empire ne veut pas mourir. Et le mot d’Obama, "change", rappelle ceux de Lampedusa (le Guépard) : "Il faut que tout change pour que rien ne change et que nous restions les maîtres"... Yes, he can !"

mardi 14 février 2012

H.Ford: singulier destin

____Mythe au double visage

De la lumière à l'ombre

De la rationalité industrielle aux dérives mégalomaniaques


_____C'était l'époque où Détroit rêvait... au coeur de l' American dream, quand la cité n'était pas encore ce qu'elle est récemment devenue...
Après l'ère des pionniers conquérants territoriaux, l'ère des aventuriers industriels commençait vraiment, le pétrole ne manquait pas. Tout semblait possible. A partir de (presque) rien, on pouvait encore se faire un nom et une fortune, dans les terres vierges de l'industrie, dans un dynamisme que Tocqueville avait bien décrit dès le 19° siècle.

__Dès 1908, Henri Ford, figure emblématique de l'épopée industrielle US, d'origine modeste, peu cultivé, mais malin et ardent bricoleur, trouve l'occasion de fabriquer une petite machine à vapeur et une des toutes premières voitures, qu'il rêve de diffuser à tous. Puis, sur un marché prometteur, vient vite le succès, grâce aux nouvelles méthodes de production qui ont fait sa réputation. L'histoire officielle n'évoque guère quelques mythes concernant des inventions qu'on lui a attribuées. (1)
L'homme qui instaure un maximum de rationalité dans l'organisation du travail, grâce au taylorisme, est aussi un patron paternaliste, méfiant vis à vis de toutes formes de contestations, et ne reculant devant aucune méthode pour maintenir son pouvoir de droit divin, comme beaucoup d'autres à l'époque, notamment Rockefeller. Il se méfie notamment de toutes formes de mouvement revendicatif et syndical.

"Au début des années 1930, malgré la Grande Dépression, Henry Ford accélère la production à un rythme insupportable. Il règne sur ses usines par la crainte ; alors que leurs conditions de vie se dégradent, ouvriers et cadres se méfient des mouchards. Ford utilise en effet près de 3 500 hommes de main pour empêcher les syndicats d’entrer dans l’usine. Le maire de Détroit observe d’ailleurs qu’« Henry Ford emploie certains des pires bandits de notre ville ». Harry Bennett, un ancien Marine nommé à la tête du service de sécurité interne, emploie différentes tactiques d’intimidation pour écraser la syndicalisation dont le plus célèbre incident, survenu en 1937, aboutit à une bagarre sanglante ; l’événement sera connu sous le nom de « Bataille de l’Overpass ». La même année, Walter Reuther, futur président de l’United Auto Workers (l’Union des Ouvriers de l’Automobile) est brutalisé à Red River pour avoir distribué des tracts syndicaux..."
____Voilà pour l'homme rationnel: efficace et opportuniste, d'une philanthropie intéressée ("une voiture pour tous")
La face irrationnelle, c'est son antisémitisme affiché et militant, qui va l'amener aux pires dérives et aux pires fréquentations. Il se met à fréquenter
et à soutenir les mouvements précurseurs et alliés du nazisme aux Etats-Unis. Une osmose s'est produite naturellement entre les thèmes racistes du futur Reich et ceux qui régnaient depuis longtemps Outre-Atlantique, dont C.Lindbergh fut à une époque un ardent propagandiste.
"..Les doctrines scientifiques et les pratiques racistes politiques et juridiques des Etats-Unis ont eu un impact non négligeable sur les courants équivalents en Allemagne.Cette connexion américaine remonte tout d’abord à la longue tradition de la fabrication juridique de la race – une tradition qui exerce une grande fascination sur le mouvement nazi dès ses origines. En effet, pour des raisons historiques, liées entre autres à la pratique ininterrompue, des siècles durant, de l’esclavage des Noirs, les Etats-Unis offrent le cas peut-être unique d’une métropole qui a exercé, et sur son propre sol, une classification raciste officielle comme fondement de la citoyenneté..".
Ford va même devenir un inspirateur d’Adolf Hitler et celui-ci lui fit décerner une très haute distinction nazie. Lors de la réception, en présence de l’attaché culturel allemand, Ford lève son verre et souhaite : « le succès de la jeune et puissante Allemagne nazie dans sa tâche d’éradication de toutes les vermines et dégénérés qui salissent la race blanche ». Le Führer garda toujours une photo de l'industriel dans son bureau.
___________Henry Ford participa également à l'effort de guerre allemand, comme certaines grandes banques américaines, et des groupes industriels (General Motors, Standart Oil, ITT, etc...), ce que confirme de façon détaillée l'historien belgo-canadien
Jacques R.Pauwels , dans son étude très débattue sur La guerre 1939-1945 : une "bonne" guerre ...pour quelques grands intérêts US, jouant contre leur camp)
__Selon Pierre Abramovici : « En 1938, Ford Compagny ouvrira, dans la banlieue de Berlin une usine d'assemblage de véhicules de transports de troupes. Avec Opel, société d'origine allemande, mais propriété de General Motor, l'autre grand constructeur automobile US, Ford produira près de 90 % des half-tracks de 3 tonnes et 70 % des camions lourd et moyen tonnage utilisés par la Wehrmacht. » Après la guerre, les firmes ITT et General Motors se font dédommager par le gouvernement américain pour les dommages causées à leurs usines en partie détruites par les bombardiers américains. « De son côté, Ford arrache un peu moins d'un million de dollars pour les dégâts provoqués à ses chaînes de fabrication de camions militaires installées à Cologne. Sans compter les 38 millions de francs versés, pendant la guerre, par Vichy, après le bombardement par des avions alliés de son usine de Poissy dans laquelle elle produisait vingt camions par jour destinés à la Wehrmacht. »
___Ford Company à Cologne utilisa des travailleurs esclaves. Aucune suite ne fut donnée après la guerre à cette bonne collaboration.La société fut indemnisée pour les dommages subis en Allemagne lors des bombardements allié (1 million de dollars pour la « destruction » de son usine de Cologne, qui fut pourtant totalement reconstruite et opérationnelle dès 1945).
____________Le rêve amazonien fut la dernière folie de H.Ford, qui passa de l'industrie au commerce et aux plantations d' l'hévéas, nécessaires pour les pneus de ses voitures. La folie des grandeurs et la lutte contre une nature difficile, les problèmes sociaux et sa politique paternaliste et autoritaire aboutirent à l'échec de l'aventure brésilienne qui lui avait coûté une fortune.
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(1)Contrairement à la croyance répandue, Henry Ford n’invente pas l’automobile. C’est plutôt un certain Karl Benz qui accomplit l’exploit en 1885. Ferdinand Verbiest avait lancé l’idée en 1672, avec un véhicule autonome à vapeur qui ne connut pas un succès retentissant. C’est 13 ans avant la fondation de la compagnie Ford que la première production industrielle d’automobiles est lancée, en France, par Émile Levasseur et Armand Peugeot. Dès 1897, la Daimler Motor Company se lançait dans la production de masse de son véhicule, la même année où Rudolf Diesel construisait son premier moteur.
Contrairement à la croyance répandue, la chaîne de montage n’a pas été inventée par Henry Ford. La chaîne de production avait été conçue par Oliver Evans en 1780 et la chaîne d’assemblage proprement dite fut l’œuvre de Eli Whitney, autre fils de fermier états-unien né dans la région de Boston, qui organisa ainsi sa fabrique de mousquets en… 1801 ! Une chaîne d’assemblage a également été inaugurée la même année en Angleterre par le Français Marc Brunel.

Contrairement à la croyance répandue, Ford n’a pas non plus été le pionnier de la chaîne d’assemblage pour l’industrie automobile. Ransom Eli Olds l’avait brevetée en 1901, faisant de sa compagnie, la Olds Motor Vehicle Company, la première entreprise états-unienne à se lancer dans la production de masse dans le secteur automobile.

samedi 5 novembre 2016

L'Amérique de Trump

   Le symptôme Trump
                                Quoi qu'on dise de ce candidat, il ne tombe pas du ciel.
          Ces élections atypiques en disent plus sur l'état actuel des USA et leurs institutions que sur les candidats eux-mêmes.
     Quand, si près du but, les sondages _plus ou moins fiables_ oscillent de jour en jour, dans une incertitude qui laisse perplexe.
   On n'arrête pas de s'interroger sur la montée et le relatif maintien de la popularité du phénomène Trump dans certains milieux et dans certains Etats.
    C'est l'occasion pour les analystes de faire une sociologie politique d'un pays en mutation, qui nous est finalement si étranger.
    Les slogans de Trump sont révélateurs « Faire que l’Amérique soit grande à nouveau » (Make America great again) –... quirenvoie à la conviction qu’il y a quelque chose d’immuable et d’essentiel dans la nation américaine, et que c’est à cela qu’il faut que le pays revienne.
      Un mythe étrange, expression de désarrois profonds, de peurs latentes qui s'enracinent dans un passé ancien et dont on a déjà vu des résurgences.
     Conséquence, entre autres, des dégâts d'une mondialisation et d'une financiarisation sans frein, qui a profondément modifié le paysage industriel du pays, renforcé la précarité, laminé les classes moyennes.
   Effet aussi des profondes évolutions démographiques, dans le pays constitué pourtant par des immigrations diverses et nombreuses
      De 2000 à 2016, la population « blanche » et « non-hispanique » est passée de 78 % à 69 % de la population totale. Et selon les projections, elle ne constituera plus la majorité entre 2040 et 2050.
La réaction d’une partie de cette population – surtout les hommes avec un bas niveau d’instruction et de revenus – a été de réaffirmer une idée, normative et prescriptive, de ce que les États-Unis sont et doivent être. Une idée fondée sur une sorte d’essentialisme, comme le montrent les fréquentes références aux Pères fondateurs et à une Constitution sacralisée et dés-historicisée. Conformément à cette vision, les États-Unis seraient un pays blanc, chrétien (ou judéo-chrétien) et anglophone. Le slogan de Trump – (Make America great again) – renvoie à la conviction qu’il y a quelque chose d’immuable et d’essentiel dans la nation américaine, et que c’est à cela qu’il faut que le pays revienne.
     Le New american Dream, ce rêve impossible, est bien compromis, d'un côté comme de l'autre.
        On assiste à une paradoxale et vaine volonté de  reconquête démographique 
et à un populisme chrétien d'extrême droite qui se renforce et se durcit, dans le sillage de Tea Party.
    Sans aucun doute, la fin d'une époque, un retour imaginaire à celle de l' America first.
         Le jeu de dupes électoral apparaît crûment pour ce qu'il est.
    Le spectacles est triste, dans une bien  triste Amérique, qui ne manque pourtant pas d'atouts. 
 L'Amérique n'est plus l'Amérique, ce paradis chanté et célébré.
     Il n'est pas non plus devenu l'enfer, selon le manichéisme dominant dans certains milieux.
   Mais c'est la fin d'une hégémonie mondiale, irréversible et la fin d'une fausse évidence, celle de l'excellence des institutions, comme le dit Oliver Stone, et plus profondément JR MacArthur.
 L'ennemi est intérieur, à multiples visages. "Notre principal ennemi, c'est nous-mêmes", avouent les plus lucides.
   D'où le besoin d'en recréer, à l'extérieur, selon un mécanisme bien connu.
      D' où le complotisme et les délires, les relents irrationnels de guerre froide...
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lundi 23 février 2026

De tout

__  Le Dealer de la Maison Blanche ne manque pas d'idées                                                                                                                                                         Il n'y a pas de petites affaires.   Tout se monnaye. Même les clandestins . D'une pierre deux coup

__ Quand les sciences sont malmenées.                                                                                                                                                                 L"obscurantisme est en route    . Les titres alarmistes de la presse internationale parlent d’une « guerre ouverte contre les universités », d’un « assèchement accéléré des financements scientifiques » ou encore de « science assiégée ».       Pourtant, si leur forme et leur rapidité frappent, leur logique est beaucoup moins nouvelle. Ces mesures s’inscrivent dans des tendances de fond et désormais structurelles. Elles accélèrent des fragilités identifiées de longue date : un désengagement relatif et discontinu de l’investissement public, un recours croissant aux financements privés, une concentration des ressources dans quelques secteurs et institutions, et surtout une dépendance durable à l’égard des doctorants et chercheurs étrangers pour l’avancée de nombreux fronts de science.

__ De gré ou de force                                                                                                                                                            Avec Vance, c'est parti pour une nouvelle "croisade", un projet déjà  inscrit dans le dans le franquisme.

__ La part sombre                                                                                                                                                                 De l' american Dream d'hier et d'aujourd'hui.

__  Quelle liberté d'expression?                                                                                                                                                       Quand la bollospère   a pignon sur rue                

__  Quel "droit biblique"?                                                                                                                                                        Quand une politique de force se trouve légitimée, voire sacralisée  en haut lieu. Un retour de Josué?

__  Après le climato-scepticisme, le médico- scepticisme?                                                                            

                          . Au service d'intérêts bien précis   




                                                                                                                        Les causes individuelles du cancer seraient les seules prévalentes.                                                       "...
Voici venu le « cancer backlash » [retour de bâton sur le cancer]. Une offensive idéologique qui réduit les causes du cancer aux seuls comportements individuels. Le tabagisme et la consommation d’alcool sont évidemment des facteurs de risque majeurs qui doivent faire l’objet de politiques de prévention ambitieuses, mais, une fois cette priorité reconnue, a-t-on pour autant tout dit ? Certainement pas. Pourtant, ce discours occupe une place croissante dans le débat public. Cette rhétorique est aujourd’hui relayée par des hebdomadaires généralistes, des blogs pseudo-démystificateurs, des réseaux sociaux, des revues se réclamant du rationalisme. Elle est aussi portée par certains acteurs du champ de la cancérologie.    Elle occulte les déterminismes environnementaux, industriels et sociaux du cancer au profit d’une lecture centrée sur les habitudes de vie, la génétique ou le hasard. La mise en évidence du rôle des conditions matérielles d’existence, environnementales comme professionnelles, relèverait ainsi d’une surinterprétation alimentée par une prétendue « hystérie médiatique ». Le cancer backlash a pris de l’ampleur avec l’accumulation des preuves scientifiques sur les causes environnementales du cancer. Il s’est intensifié en réaction à l’engagement des scientifiques, des médecins et d’associations contre l’arrêt du plan Ecophyto, à l’adoption par les parlementaires de la loi sur l’interdiction progressive des substances polyfluoroalkylées (PFAS) et à la mobilisation de plus de 2 millions de citoyens contre la loi Duplomb.    La question du cancer est ainsi devenue un enjeu politique, au-delà de sa dimension sanitaire, ce que le discours du cancer backlash cherche précisément à neutraliser en rabattant la responsabilité sur les individus. Cette vision structure le discours politique, qui présente les cancers dits « évitables » comme relevant avant tout de « comportements vertueux », pour reprendre les mots du président de la République. La prévention se résume ainsi à une moralisation des conduites individuelles...."                        ___________________________________