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mardi 8 janvier 2008

Consommateurs ou/et citoyens ?



Des citoyens privatisés et infantilisés ?

Dans un article d’une grande qualité, mais malheureusement trop peu visité, Niko74 nous faisait découvrir, la semaine dernière, la figure d’un homme qui a marqué la première moitié du siècle dernier, en matière d’innovation dans le domaine du marketing, de l’utilisation habile des motivations humaines inconscientes au service des intérêts puissants des grands groupes industriels, soucieux de trouver tous les moyens d’écouler leurs produits, en les faisant apparaître comme désirables et nécessaires. Edward Bernays, très peu connu en France, fut aux USA un pionnier ambigu dans l’art d’utiliser les données des sciences humaines récentes en vue de conditionner l’acte d’achat, de créer des envies, de susciter la polarisation psychique des consommateurs sur de nouveaux biens susceptibles de créer les conditions du bonheur. Propaganda est son oeuvre majeure, où il théorise ce qui va révolutionner les méthodes publicitaires et aussi les techniques de gestion politique des masses, d’abord spectaculairement aux USA, puis, surtout après la dernière guerre, en Europe, où l’on suit les mêmes voies. Indirectement, Bernays a montré, avant beaucoup d’autres, que la puissance de séduction publicitaire ne pouvait jouer efficacement qu’à condition que s’effacent les modes de pensée rationnelle, l’esprit critique en général et surtout l’esprit civique, soucieux avant tout de l’intérêt collectif bien compris et à long terme.

Un anti-Bernays vient de se manifester : Benjamin BARBER, américain lui aussi, professeur de sciences politiques à l’université du Maryland, qui vient de faire une nouvelle analyse générale et originale du système imaginé par Bernays, dans lequel nous évoluons pleinement aujourd’hui, dans un livre récemment sorti : Comment le capitalisme nous infantilise (ed. Fayard). Livre difficile à résumer, foisonnant d’idées et d’exemples. Son diagnostic sans concession, qui débouche sur des esquisses de solution, vise à nous faire prendre conscience de la servitude dans laquelle nous a installés ce qu’il est commode d’appeler la société de consommation, une logique du profit à court terme, que nous contribuons à entretenir, liés que nous sommes par des liens affectifs puissants, dont nous avons rarement conscience, et qui entraînent les conséquences suivantes : l’effacement des exigences de citoyenneté et de démocratie, sans lesquelles une société court à sa perte, en même temps que le recul de l’esprit critique et de certaines valeurs culturelles, enfin une forme de schizophrénie nous divisant en permanence entre des exigences contradictoires et compromettant un quelconque bonheur pourtant frénétiquement recherché.

Barber se garde bien de faire de la morale, qui serait d’ailleurs sans portée. Son point de vue est sociologique et politique. Il s’exprime comme citoyen éclairé, inquiet du degré d’inculture et d’infantilisme qui caractérise nombre de ses concitoyens, obnubilés par le seul souci de consommer, qui finit par miner leur vie et compromettre leur avenir. Le capitalisme a changé. Il n’est plus, comme pouvait encore le décrire Max Weber, marqué par l’éthique protestante et sa rigueur : travail, épargne, jouissance restreinte... Le nouvel esprit du capitalisme est caractérisé par un "ethos" nouveau ,un "ethos infantiliste, qui produit un ensemble d’habitudes, de préférences et d’attitudes qui encouragent et légitiment la puérilité", c’est-à-dire des attitudes non réfléchies d’envies de consommation illimitée et immédiate. Cela correspond tout à fait aux exigences du marché, qui cherche à écouler ses produits en surnombre, en valorisant les objets plus par leur contenu symbolique que par ce qu’ils représentent en eux-mêmes, en présentant le superflu comme le nécessaire et en poussant à renouveler sans fin les biens de consommation, en décrétant à son gré leur obsolescence. Non qu’il y ait une quelconque conspiration ou complot pour capter les consommateurs et les manipuler dans un sens choisi, mais ce phénomène représente l’effet global d’un système productif et marchand concurrentiel et d’un consensus de ceux qui, dans le système, en tirent profit. L’infantilisation n’est pas créée, elle est suscitée, encouragée, entretenue, exacerbée. Ce qu’il y a en nous de plus archaïque, on le sait, n’a pas disparu, il en reste des traces, Bernays lui-même le tenait de son oncle Freud. L’infantile en nous, c’est essentiellement le sentiment du manque, de l’incomplétude, le besoin de sécurité, celui d’être comblé, un narcissisme résiduel si puissant qu’il tend à exclure l’autre et la vision à long terme. "Ce que l’on entend par ’puéril’ se mesure à des critères liés à la notion d’enfance elle-même, qui est moins un fait biologique qu’un produit de l’imaginaire humain ’inventé’ à des fins sociales, économiques et politiques." (p. 114). On sait que tout pouvoir qui veut s’exercer arbitrairement et efficacement tend à infantiliser les "sujets".

Le facile : premier critère de l’ethos infantiliste. Il n’est point besoin de démontrer que l’enfant préfère naturellement le facile au difficile. Tout le problème de l’éducation va être d’assurer le passage vers des activités et des comportements de plus en plus difficiles, en vue de son intérêt futur. C’est le dur "principe de réalité", qui vient contrecarrer peu à peu le "principe de plaisir", sans le réduire totalement. L’hédonisme sans boussole qui commande en général nos "choix" de consommateurs, choix truqués s’il en est, nous pousse vers la facilité et pénalise la difficulté. "Par exemple, perte de poids sans exercice, mariage sans engagement, peinture ou piano par les chiffres sans pratique ni discipline, diplômes d’université par Internet sans suivre de cours, succès sportifs avec anabolisants, etc." (p.121). Une vision du monde issue de rêves d’enfant. Le marché consumériste propose des produits qui sont censés faciliter l’existence, alors qu’ils la compliquent, la frustrent et l’obsèdent le plus souvent. Tout vous est offert, au-delà même de ce que vous pourriez souhaiter ou même imaginer : il suffit de jeter un coup d’oeil sur les linéaires de yahourts en supermarché pour en avoir une idée (il en existe presque pour chaque tranche d’âge). Tout semble possible et donne lieu à des fantasmes de toute-puissance, surtout en matière de produits automobiles, hautement symboliques. Le consommateur insatisfait est préparé à être exigeant en tous domaines, impérieux envers l’administration qui ne répond pas rapidement à sa demande, impatient envers les services de santé qui ne sont pas disponibles dans l’instant, peu regardant envers les conséquences à long terme de ses actes, comme un enfant gâté qui veut tout, tout de suite ou rien du tout. Une culture de la facilité, de l’intolérance aux frustrations, qui nous prépare mal aux futures restrictions qui ne manqueront pas de nous affecter lorsque, par exemple le pétrole, à l’origine de 80% de nos produits, nous fera défaut.

Le simple : deuxième critère. Rebecca Mead, journaliste américaine, souligne combien "la culture américaine s’oriente de plus en plus vers les goûts d’adolescents".Culture et obsession du jeunisme, liées à la peur de vieillir. On conjure l’idée de la mort par la chirurgie esthétique représentant des sommes astronomiques aux USA. On pousse les enfants à grandir aussi vite que possible en sportifs adultes "rentables" sans souci des conséquences futures. Le divertissement en général est le domaine où domine l’obsession du simple : "La transformation des actualités en soft news et des soft news en info-spectacle..." On se demande parfois où est passé le long et dur travail d’investigation et d’élaboration des faits, quand beaucoup de journaux reprennent paresseusement les communiqués d’agences de presse paresseusement commentés. Les cyberbambins sont des proies faciles pour les marchands de jeux vidéo. Le difficile effort d’apprentissage scolaire ne fait pas le poids, face à l’abandon aisé aux flux d’images et au plaisir ludique du copier-coller.

Le rapide : troisième critère. "Le plaisir de la lenteur" a disparu, constatait Milan Kundera. La vitesse est devenue norme : "restauration rapide, musique rapide, montage rapide des films, ordinateurs rapides, athlétisme où seule compte la rapidité..." Culture de "Zippies" (jeunes et énergiques), comme se disent les jeunes de la nouvelle génération en Inde. "La vitesse est comme toutes les drogues : pour maintenir au même niveau son emprise sur le psychisme, il faut sans cesse augmenter la dose." (p.136). Les cycles de l’information se raccourcissent de plus en plus, compromettant l’information elle-même par effet de saturation et de lassitude, contribuant à créer "une sorte d’immense trouble déficitaire de l’attention où le neuf est toujours dépassé par du plus neuf". Cette vitesse devient pathologique parfois, mais nous finissons par la faire entrer dans nos normes sans nous en rendre compte. Tous ces aspects associés forment une cohérence où prime l’individualisme, plus visible sans doute dans l’exemple américain, le narcissisme qui nous pousse à préférer le présent au futur, "le proche au lointain, l’instantané au durable, le droit de jouir aux devoirs et aux responsabilités... L’ethos du capitalisme consumériste nous a rendus vulnérables, manipulables, impulsifs et irrationnels". De plus, il n’accomplit pas ce qu’il promet, car il engendre insatisfaction permanente, boulimie d’objets, addictions diverses, un "esclavage mental et émotionnel", comme disait naguère B. Dugué. La phrase de Rousseau garde sa vérité : "L’esclave perd tout dans ses fers, jusqu’au désir d’en sortir." Le pire est de perdre l’idée que l’on puisse être dépendant à ce point des produits que nous impose la société consumériste, même si c’est à des degrés divers. Produits dévoreurs de temps, d’énergie, qui nous possèdent plus que nous ne les possédons.

Schizophénie... Nous vivons dans des sociétés où la privatisation généralisée est devenue une sorte de doctrine officielle. Depuis les années 80, le néolibéralisme a imposé ses règles au niveau du marché mondial. Les notions de "société", de solidarité tendent à s’effacer. Friedman est devenu la bible que suivent Reagan, Thatcher, dans le sillage des millieux d’affaires qui donnent le ton. L’Etat tend à abandonner ou à "déléguer" certaines de ses fonctions traditionnelles, à se désintéresser de plus en plus des intérêts collectifs et des projets et investissements à long terme.
La "tyrannie des marchés" (H. Bourguinat) impose une logique qui tend à dissoudre les liens sociaux, à exacerber les individualismes. La sanctification des marchés, qui viennent s’imposer dans des secteurs de plus en plus importants de nos vies, induit chez chacun des attitudes qui ne prennent plus guère en compte les intérêts collectifs. La liberté tend à perdre ses aspects restrictifs liés aux exigences de la vie en commun.
"On ne peut comprendre les citoyens comme de simples consommateurs : le désir individuel n’est pas la même chose que l’intérêt commun, et les biens publics sont toujours quelque chose de plus qu’un agrégat de souhaits privés... la liberté publique exige des institutions publiques qui permettent aux citoyens de faire face aux conséquences publiques des choix privés effectués sur le marché." (p.173) Les choix privés ont toujours des conséquences sociales, économiques et politiques (publiques).

Il existe donc une scission entre notre moi privé, qui tend à satisfaire ses envies, commme on lui en fait un devoir, et notre moi public, rationnel, qui voit (parfois) les conséquences possibles de ses actes. "Nous perdons la capacité de façonner nos vies ensemble parce que l’ethos dominant nous persuade que la liberté consiste à exprimer nos souhaits isolément." (p. 180) Par exemple, les consommateurs américains cherchent chez Wall-Mart les prix les plus avantageux, sans réaliser la dégradation des conditions de l’emploi et des salaires dont se satisfait ce réseau de distribution, qui, achetant 80% de ses produits en Chine, contribue à générer un chômage dont pâtira le consommateur ou ses proches. Wall-Mart "dresse le consommateur en nous contre le citoyen en nous", crée un conflit entre notre intérêt privé et notre intérêt public. Nous sommes souvent en situation de ne pas vouloir ce que nous désirons pourtant en tant que consommateurs pulsionnels. Par exemple, je veux un 4x4 plus grand pour imposer une image plus flatteuse de moi-même, conformément à ce que la publicité me suggère insidieusement, mais je sais (ou ne veux pas savoir) que cela est irrationnel, pour les raisons qui apparaissent maintenant avec évidence (ce que nombre d’Américains commencent à réaliser). En tant qu’individus, les Américains aiment dépenser, et ils y sont poussés de plus en plus, mais le résultat de ces dépenses et de ces endettements permanents et sans fin met à mal l’économie US à terme, devenue tributaire des investisseurs étrangers, donc le bien-être de chacun à terme, car la crise du dollar sera désastreuse pour tous. Quand la privatisation touche une partie de la police, la défense nationale, la sécurité (plus d’un prisonnier sur six est incarcéré aux USA dans un établissement à but lucratif), quand on réduit toujours plus les impôts des plus favorisés, cela peut flatter l’ego obnubilé par l’intérêt immédiat du consommateur moyen, quand les intérêts privés s’introduisent au coeur même du fonctionnement de la vie politique (p. 214), c’est la notion de démocratie qui est en péril, donc l’intérêt bien compris de tous.

L’auteur, dans les derniers chapitre de son ouvrage propose quelques solutions pour "résister au consumérisme" et pour ’"surmonter la schizophrénie civique". Sur ces points, j’ai trouvé l’auteur moins convaincant. Il fait appel à un réveil citoyen pour repenser un capitalisme raisonnable au niveau mondial, pour réparer l’anarchie des marchés. Un sursaut essentiellement moral, dont on voit mal comment il pourra suffire à nous faire sortir du piège consumériste, qui n’a pas encore montré toute sa capacité de nuisance, de sa puissance de séduction addictive, des dégâts psychologiques et culturels qu’il produit. Restaurer une consommation raisonnable et responsable demande une démarche plus radicale, à l’évidence. Si l’injonction de Kant ("Ose penser par toi-même"), appelant au devoir de dépassement de l’infantile qui nous caractérise toujours, reste d’actualité, il n’est pas sûr qu’elle suffise à changer la situation décrite par Barber, car les racines du problème ne sont pas seulement psychologiques et morales.
Si on fait abstraction de ces derniers passages, dépourvus de perspectives politiques et économiques, on a intérêt à lire B. Barber, dont les longues et fines analyses n’ont pu être que très imparfaitement rendues dans ce court survol.

ZEN

A lire avec profit :

Christopher Lash : La culture du narcissisme (Climats)
Jean-Claude Michéa : L’empire du moindre mal (Climats)
Pierre Legendre : Dominium Mundi (Mille et une nuits)
Luc Boltanski et Eve Chiapello : Le nouvel esprit du capitalisme (Gallimard)

---------------------Marcel Gauchet : L’individu privatisé--------------------------

Libéralisme : l’incohérence éthique

Dany-Robert Dufour :Le Divin marché

Dany-Robert Dufour : « Notre dieu marché et ses fausses promesses d’abondance »De la réduction des têtes au changement des corps, par Dany-Robert Dufour
Robert Reich : le « supercapitalisme » menace la démocratie

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mercredi 4 juillet 2018

Information et propagande

Influencer les esprits

          « La propagande est à la démocratie ce que la violence est à un État totalitaire. »
                                                                                                                                     [Noam Chomsky.]
                             Singulier destin que celui du neveu de Freud, né à Vienne puis exilé aux USA, que l'on peut considérer comme le théoricien des relations humaines, posant les bases des techniques de persuasion pour amener le consommateur vers l'acte d'achat, dans une société qui commence à mettre la consommation comme le but et l'idéal de l'acte citoyen. Un bon américain est un américain qui consomme.
         On peut trouver ici l'oeuvre de celui qui connut la célébrité et fut enrôlé dans de nombreuses causes, pas toujours orthodoxes, et qui disait notamment;
       ... La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays.
Nous sommes pour une large part gouvernés par des hommes dont nous ignorons tout, qui modèlent nos esprits, forgent nos goûts, nous soufflent nos idées. C'est là une conséquence logique de l'organisation de notre société démocratique. Cette forme de coopération du plus grand nombre est une nécessité pour que nous puissions vivre ensemble au sein d'une société au fonctionnement bien huilé.
Le plus souvent, nos chefs invisibles ne connaissent pas l'identité des autres membres du cabinet très fermé auquel ils appartiennent.
       Ils nous gouvernent en vertu de leur autorité naturelle, de leur capacité à formuler les idées dont nous avons besoin, de la position qu'ils occupent dans la structure sociale. Peu importe comment nous réagissons individuellement à cette situation puisque dans la vie quotidienne, que l'on pense à la politique ou aux affaires, à notre comportement social ou à nos valeurs morales, de fait nous sommes dominés par ce nombre relativement restreint de gens – une infime fraction des cent vingt millions d'habitants du pays – en mesure de comprendre les processus mentaux et les modèles sociaux des masses. Ce sont eux qui tirent les ficelles : ils contrôlent l'opinion publique, exploitent les vieilles forces sociales existantes, inventent d'autres façons de relier le monde et de le guider....
   Edward Bernays fut un des premiers à mesurer la force que pouvait avoir sur des esprits non critiques les idées au service d'une cause.
   Bernays, tout au long de sa vie, va user d’une doctrine parfois froide et assez cynique doublée d’une justification idéologique basée sur le long terme, afin de justifier ses agissements.
   Il considère sa tâche comme un effort à long terme destiné à l’avènement doucement forcé d’une démocratie basée sur l’économie et le commerce dirigé par une élite.
    Il pose assez honnêtement et naïvement d’ailleurs, comme postulat, le fait que la masse est incapable de parvenir à un état de paix collective et de bonheur par elle-même, et que donc cette masse a besoin d’une élite qui la contrôle et qui la dirige à son insu en ce qui concerne les décisions importantes.
    Pour lui le bon sens commun n’existe pas, et s’il existe, il ne peut porter l’appellation "bon sens" car il induit un mode de consommation trop lent pour les capacités industrielles et leur besoin de croissance... Il doit donc être refondu par des élites...
         L'inventeur du marketing connut un destin hors du commun. Avec parfois une singulière conception de la démocratie.

  Le storytelling comme méthode gouvernement st issu de ses conceptions et les diverse méthodes de manipulation ne manquèrent d'en tirer parti jusqu'à la caricature. 
   Stratégie que Noam Chomski ne manqua pas de démonter et de stigmatiser, montrant que ces méthodes véhiculent aussi une image du monde, des comportements et des styles de conduite dont l'individu est rarement conscient.
   Au niveau de l' hyperconsommation aussi, dont Benjamin Barber a montré jusqu' à quels abandons de l'esprit critique, à quelle infantilisation  elle pouvait mener.
        Mais ce n'est pas sans consternation que Bernays, dans les années 1930, se rendit compte qu’il avait inspiré Goebbels, mais il en conclut simplement à la nécessité de distinguer entre de bonnes et de mauvaises applications de la propagande [Bernays, 3965, p. 652]. Dès 1932, Goebbels revendiquait l’usage « des méthodes américaines et à l’échelle américaine » pour faire élire Hitler. 
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mercredi 22 mai 2019

Si vous m'appelez "docteur"...


Bernés par Bernays?

                 C'est tout un art que celui  de l'influence, de la persuasion et du conditionnement.
      Pour le meilleur ou pour le pire.
  Agir sur les esprits par toutes sortes de biais, notamment médiatiques, est devenu tellement courant et banal qu'on ne s'en rend souvent même plus compte. Dans toutes sortes de domaines.
    C'est ainsi que nous sommes, de manière non critique, conditionnés  à suivre telle injonction, à faire confiance à telle recommandation supposée bonne pour nous, parfois avec une caution présentée comme scientifique.
     La publicité use et abuse de procédés, toujours renouvelés, pour conditionner des habitudes de vie par des produits valorisés comme positifs, pour notre bien et parfois notre santé. Avec une prétendue caution scientifique et parfois l'utilisation de blouses blanches autoproclamées médicales.
    C'est ainsi que les Américains, les premiers, ont été incités à changer leurs modes de petit déjeuner et leurs habitudes alimentaires (pour leur bien) et même à se livrer aux délices de la cigarette et de boissons énergisantes, comme Coca-Cola.
   C'était l'époque où l'industrie alimentaire voulait se tailler des parts de marché en jouant sur le conditionnement des esprits. Plus tard, furent vantés aussi comme nécessaires les produits phytosanitaires, notamment le glyphosate, présentés comme salvateurs par des experts dûment rétribués. Il y avait de tels marchés, presque illimités...
    Bernays, au début du 20° siècle, fut la première personne a voir compris l'importance de la parole et de l'image pour inciter la publicité à prendre conscience de ses moyens et de son avenir, la malléabilité de l'esprit humain étant ce qu'il est. Le principe de compétence et d'autorité étant valorisé par l'apparition de la bouse blanche sur les écrans, pour faire vendre aussi bien du dentifrice que des produits alimentaires au bénéfice discutable.
   L'image incontesté du "docteur" s'impose, qui fait autorité.
Commence le règne de l'organisation systématique de l'influence, naïve puis subtile, qu'un auteur récent qualifie d'opération de lobbytomie.
    On ne parle plus de propaganda, on fait appel à des notions plus subtiles tirées du monde de la communication supposée neutre. On ne conditionne plus le consommateur, on l'informe, par le truchement de la blouse blanche, s'il le faut, en allant contre les résistances et les doutes. 
     Le bonheur du consommateur repose sur sa confiance, même s'il doit abandonner sa citoyenneté. Les relations publiques étaient nées. L'inconscient était au service du marché.  Avec une efficacité parfois redoutable.
   Une vraie fabrique du consentement.
  D'autres, moins scrupuleux que Bernays, sauront s'en inspirer pour le conditionnement des foules

[Textes et images]
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lundi 27 novembre 2023

Black Friday

 Black is back!

Mimétisme marchand.et hameçonnage

                                       Il est souvent de bon ton, surtout en certaines périodes, comme celle du Black Friday, de fustiger le consumérisme parfois débridé de nos sociétés. Or, il faut introduire ici des distinctions et des nuances. Quelle type de consommation? Consommation pour qui? A-t-elle son sens en elle-même ou n'est-elle pas d'abord l'effet d'un certain type de production? Un effet et non pas une cause. Comme le remarquait un intervenant sur la Cinq hier soir, c'est la production qui crée les besoins, qui sophistique à l'infini ceux qui sont naturels et nécessaires, qui en invente sans cesse de nouveaux par des incitations largement inconscientes, comme le préconisait déjà Bernays à son époque, à l'aube de l'American Way of live. Le marketing (même vert), sans cesse renouvelé) en est devenu  le moteur de fonctionnement. La jouissance et la frustration permanente sont les ficelles du système, dans une optique uniquement court-termiste. L'aboutissement: une sous-citoyenneté infantilisée, une solidarité en miettes, des générations du tout-à-l'ego.                                                                                                               ______C'est le temps de la fièvre acheteuse, habilement créée par le système et les médias à son service. Si certains peinent à terminer leurs mois et comptent leur derniers euros, d'autres se laissent happer par le fièvre acheteuse. Acheter pour exister, c'est ce à quoi nous pousse un système productif et ses relais marchands. Je consomme, donc je suis. Tout nous pousse à trouver le sens de notre vie dans l'acte marchand et dans la différenciation sociale qu'il confère: consommer, c'est se distinguer. Pas seulement pour les voitures et les objets aussi luxueux qu'inutiles. L'image de soi en dépend. Le narcissisme est fondateur. C'est le rush, annonciateur de futures ruées frénétiques.

    Les centres commerciaux préparent l'ambiance, chauffe le public (favorisé, surtout), en vue du grand Noël des superprofits.   Amazon a ouvert le bal. Les autres suivent par mimétisme marchand.                             Mon grand-père paysan, qui vivait presque en autarcie, consommait très peu, dans les rares magasins du village ou de la ville voisine. Un costume pouvait durer quasiment une vie, comme une paire de chaussures neuves, qu'on faisait réparer régulièrement. En dehors de cela, quelques biens de consommation courante qu'on ne produisait pas à la ferme.

      Avec le capitalisme marchand, devenu hypertrophié, à partir des années 70, nous sommes entrés dans un ère de consommation généralisée, voire d'hyper-consommation. L'acte d'achat est devenu central dans beaucoup de vies, sans relief ni idéal, voire désespérées, permettant d'oublier, dans des temps considérés comme forts, d'excitation fiévreuse. la banalisation de la vie.
    Acheter, toujours acheter est devenu un leitmotiv, qui finit par envahir les vies jusqu'à la saturation, du moins pour les plus favorisés. On prépare les futures orgies de Noël.
    L'acte d'achat est devenu souvent une fin en soi, les vrai besoins étant passés au second plan, comme les plaisirs authentiques et simples et la satisfaction étant toujours compromise dans une fuite en avant qui n'a plus de sens..

    Cette hyperconsommation a ses temps forts, comme le jour du Black Friday, où les promotions réelles ou factices attirent le chaland, donnant aux prix une valeur de plus en plus problématique.
    C'est la chasse individualiste à la promo, devenue facticement une urgence. Y aller avant les autres ou contre les autres s'il le faut. Les fauves sont lâchés.
   Les valeurs consuméristes ont pris le dessus, stimulées par une publicité de plus en plus habile et persuasive. Bernays avait ouvert la voie.
   Le mimétisme marchant, prenant parfois des formes extravagantes, finit par miner les existences en tuant le désir.

  Les "vedettes" ouvrent le bal par leurs folles dépenses, qui renforcent les frustrations.
    C'est le piège, la drogue dure, qui peut miner une vie.
 C'est une fuite en avant illusoire, mettant en péril les conditions de survie de notre planète.
   La dictature des consommateurs qui répond à celles des producteurs et des marchands, qui ont toujours un temps d'avance, n'est pas sans conséquences sur notre futur proche.
   Mais qui s'en soucie?
Certains font de la résistance et réfléchissent à une vie juste raisonnable, frugale même, mettant en accord leur vie et leurs principes. dans une consommation responsable Ils sont trop   minoritaires encore.
  Le mythe du client-roi a la vie dure.
       Et le citoyen dans tout cela, dans l'ère de l'individualisme engendré par les marchands d'illusions?

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lundi 25 août 2025

Propagande d'hier et d'aujourd'hui

 Un problème récurrent

                   Cette notion n' a pas qu'un sens dans le contexte des conflits armés. La propagande, qui vise à conditionner les esprits dans un sens ou l'autre, sans jamais faire appel au libre arbitre, s'exerce aussi dans d'autres contextes. Il s'agit d' Influencer les idées et les comportements dans un sens donné, en vue de les préparer à être réceptifs à tel mot d'ordre, telle injonction, telle option, telle impulsion, tel achat, tel engagement. C'est dire que nous sommes presque en permanence exposés à des discours de ce type, sans que nous nous en rendions compte, le plus souvent, soumis aux les pressions de toutes sortes qui s'exercent sur nous. Parfois pour le pire...                 On a pu parler de fabrique du consentement pour désigner ces types de mécanismes d'adhésion, marchands ou idéologiques, dont nous sommes souvent les victimes consentantes, conditionnées par des facteurs qui nous échappent trop souvent. Toute une histoire.... que le document ci-dessus expliquent  en partie, dans le processus du conditionnement de l'opinion, trop souvent vers le pire;                                                                             ___    L'opinion, ça se travaille, c'est évident, pour ne pas se laisser entraîner sans réflexion critique par les premières idées venues, les conditionnements de toutes sortes. Bernays fut un des premiers qui réfléchit à cette question, en donnant  des moyens et des  recettes psychologiques pour mieux peser sur les idées et les volontés, surtout dans le domaine commercial. On peut voir aujourd'hui que ce problème reste intact, surtout dans le domaine des conflits. On se souvient des discours de G.Bush pour justifier l'intervention en Iraq notamment, sans parler d'autres faits, plus anciens ou plus récents. Dans le contexte de guerre, le discours persuasif est décisif. On lee voit aussi aujourd'hui en Russie, où la communication sous diverses formes est une arme de guerre.           On peut se faire des ennemis en toute bonne conscience, jusqu'à en mourir...                                                                                                         __  A propos de Edward Bernays et de son impact   


                                                                                                                                                                        Les conflits passent aussi par les armes du langage, la rhétorique de guerre, l'autojustification plus ou moins grossière, la diabolisation de l'agresseur désigné.                   La fabrique de l'ennemi est une constante, qui n'est pas toujours perçue comme telle dans la préparation et l'action guerrière. Mobiliser les esprits par toutes sortes de moyens est une condition nécessaire pour entretenir l'animosité, voire l'hostilité, la justification de l'agression.   Les images sont souvent trompeuses, pendant et même après les épisodes belliqueuses et nécessitent un décryptage, un recul critique, même longtemps après. Des récits mobilisateurs de la guerre de 14, de part et d'autres des frontières, au mauvais mensonges de Colin Powell préparant la guerre d'Iraq jusqu'au discours de Poutine sur l'Ukraine, les méthodes changent, pas l'intention ni le fond. La manipulation des esprits par tous les canaux disponibles reste une constante. Les fake news sont aujourd'hui à l'oeuvre, comme les nouveaux canaux de communication, ajoutant souvent à la confusion des esprits. 


             La propagande, presque invisible ou grossière, a ses principes, que ce soit pour justifier l'agression, entretenir la résistance (parfois justifiée) ou soutenir le moral, même quand la situation est désespérée. Des constantes que l'on retrouve souvent quelle que soit l'époque. Comme la guerre de l'information: 
  • "   nous ne voulons pas la guerre ;
  • le camp adverse est le seul responsable de la guerre ;
  • le chef du camp adverse a le visage du diable (ou « l'affreux de service ») ;
  • c'est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers ;
  • l'ennemi provoque sciemment des atrocités, et si nous commettons des bavures c'est involontairement ;
  • l'ennemi utilise des armes non autorisées ;
  • nous subissons très peu de pertes, les pertes de l'ennemi sont énormes ;
  • les artistes et intellectuels soutiennent notre cause ;
  • notre cause a un caractère sacré ;
  • ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres....
  • ___________________Super Poutine dans ses oeuvres. Ceci n'est pas une guerre, mais une "opération spéciale"________


vendredi 4 janvier 2008

Premier manipulateur d'opinion ?



Edward Bernays : la fabrique du consentement ou comment passer du citoyen au consommateur

"...Bernays, tout au long de sa vie, va user d’une doctrine froide et assez cynique doublée d’une justification idéologique basée sur le long terme, afin de justifier ses agissements.
Il considère sa tâche comme un effort à long terme destiné à l’avènement doucement forcé (mais à peine, hein ?) d’une démocratie basée sur l’économie et le commerce dirigé par une élite.
Il pose assez honnêtement et naïvement d’ailleurs, comme postulat, le fait que la masse est incapable de parvenir à un état de paix collective et de bonheur par elle-même, et que donc cette masse a besoin d’une élite qui la contrôle et qui la dirige à son insu en ce qui concerne les décisions importantes.
Pour lui le bon sens commun n’existe pas, et s’il existe, il ne peut porter l’appellation "bon sens" car il induit un mode de consommation trop lent pour les capacités industrielles et leur besoin de croissance... Il doit donc être refondu par des élites..." (Niko 74)
ZONES(Texte PROPAGANDA)

-Petit cours d'autodéfense intellectuelle
-D'imaginaires « théories du complot » comme arguments de propagande
-Les storytellings comme méthode de gouvernement
-Stratégies de Manipulation
- Herman et Chomsky « La Fabrique du consentement

samedi 26 novembre 2022

Consommez, disent-ils...

           Mimétisme marchand.

                                       Il est souvent de bon ton, surtout en certaines périodes, comme celle du Black Friday, de fustiger le consumérisme parfois débridé de nos sociétés. Or, il faut introduire ici des distinctions et des nuances. Quelle type de consommation? Consommation pour qui? A-t-elle son sens en elle-même ou n'est-elle pas d'abord l'effet d'un certain type de production? Un effet et non pas une cause. Comme le remarquait un intervenant sur la Cinq hier soir, c'est la production qui crée les besoins, qui sophistique à l'infini ceux qui sont naturels et nécessaires, qui en invente sans cesse de nouveaux par des incitations largement inconscientes, comme le préconisait déjà Bernays à son époque, à l'aube de l'American Way of live. Le marketing (même vert), sans cesse renouvelé) en est devenu  le moteur de fonctionnement. La jouissance et la frustration permanente sont les ficelles du système, dans une optique uniquement court-termiste. L'aboutissement: une sous-citoyenneté infantilisée, une solidarité en miettes, des générations du tout-à-l'ego.                                                                                                               ______C'est le temps de la fièvre acheteuse, habilement créée par le système et les médias à son service. Si certains peinent à terminer leurs mois et comptent leur derniers euros, d'autres se laissent happer par le fièvre acheteuse. Acheter pour exister, c'est ce à quoi nous pousse un système productif et ses relais marchands. Je consomme, donc je suis. Tout nous pousse à trouver le sens de notre vie dans l'acte marchand et dans la différenciation sociale qu'il confère: consommer, c'est se distinguer. Pas seulement pour les voitures et les objets aussi luxueux qu'inutiles. L'image de soi en dépend. Le narcissisme est fondateur. C'est le rush, annonciateur de futures ruées frénétiques.

    Les centres commerciaux préparent l'ambiance, chauffe le public (favorisé, surtout), en vue du grand Noël des superprofits.   Amazon a ouvert le bal. Les autres suivent par mimétisme marchand.                             Mon grand-père paysan, qui vivait presque en autarcie, consommait très peu, dans les rares magasins du village ou de la ville voisine. Un costume pouvait durer quasiment une vie, comme une paire de chaussures neuves, qu'on faisait réparer régulièrement. En dehors de cela, quelques biens de consommation courante qu'on ne produisait pas à la ferme.

      Avec le capitalisme marchand, devenu hypertrophié, à partir des années 70, nous sommes entrés dans un ère de consommation généralisée, voire d'hyper-consommation. L'acte d'achat est devenu central dans beaucoup de vies, sans relief ni idéal, voire désespérées, permettant d'oublier, dans des temps considérés comme forts, d'excitation fiévreuse. la banalisation de la vie.
    Acheter, toujours acheter est devenu un leitmotiv, qui finit par envahir les vies jusqu'à la saturation, du moins pour les plus favorisés. On prépare les futures orgies de Noël.
    L'acte d'achat est devenu souvent une fin en soi, les vrai besoins étant passés au second plan, comme les plaisirs authentiques et simples et la satisfaction étant toujours compromise dans une fuite en avant qui n'a plus de sens..

    Cette hyperconsommation a ses temps forts, comme le jour du Black Friday, où les promotions réelles ou factices attirent le chaland, donnant aux prix une valeur de plus en plus problématique.
    C'est la chasse individualiste à la promo, devenue facticement une urgence. Y aller avant les autres ou contre les autres s'il le faut. Les fauves sont lâchés.
   Les valeurs consuméristes ont pris le dessus, stimulées par une publicité de plus en plus habile et persuasive. Bernays avait ouvert la voie.
   Le mimétisme marchant, prenant parfois des formes extravagantes, finit par miner les existences en tuant le désir.

  Les "vedettes" ouvrent le bal par leurs folles dépenses, qui renforcent les frustrations.
    C'est le piège, la drogue dure, qui peut miner une vie.
 C'est une fuite en avant illusoire, mettant en péril les conditions de survie de notre planète.
   La dictature des consommateurs qui répond à celles des producteurs et des marchands, qui ont toujours un temps d'avance, n'est pas sans conséquences sur notre futur proche.
   Mais qui s'en soucie?
Certains font de la résistance et réfléchissent à une vie juste raisonnable, frugale même, mettant en accord leur vie et leurs principes. dans une consommation responsable Ils sont trop   minoritaires encore.
  Le mythe du client-roi a la vie dure.
       Et le citoyen dans tout cela, dans l'ère de l'individualisme engendré par les marchands d'illusions?

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