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jeudi 9 octobre 2025

Quand un pays se sur-militarise

 Une histoire spécifique

           La sur-militarisation et ses dérives

                                       Un éclairage historique.    Une super-Sparte?



   

La"   La destruction de Gaza et de son peuple n’est pas qu’un projet politique. C’est aussi un projet économique, comme l’a confirmé la proposition de « plan de paix » de Donald Trump et Benyamin Nétanyahou, qui reprend l’idée d’un « Dubaï de la Méditerranée ».    _____Les racines économiques de la tragédie actuelle sont souvent occultées derrière les discours idéologiques, ou dans les analyses d’économistes ou d’institutions internationales comme l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), se félicitant de la « résilience » de l’économie israélienne, ou voyant comme principal problème les défauts du système éducatif. Or, si l’économie ne constitue pas la cause unique ni même principale des événements actuels, son rôle ne saurait être négligé.

   Pour le comprendre, il faut avoir en tête que l’économie israélienne est une des plus militarisées du monde. Par ce terme, on entend recouper plusieurs réalités qui toutes, cependant, confèrent à l’armée un rôle économique central.                                           En proportion du produit intérieur brut (PIB), Israël était déjà, avant la guerre débutée en 2023, un des pays où les dépenses militaires sont les plus élevées. Selon les données de la Banque mondiale, Israël consacrait l’équivalent de 4,5 % de son PIB en 2022 aux dépenses militaires. Un chiffre plus de deux fois supérieur à celui de la France, mais exceptionnellement bas pour Israël : entre 2010 et 2021, la proportion évoluait en effet entre 5 et 6 % du PIB.                                                                      Si, selon cet indicateur, Israël a été dépassé en 2022 par la Russie, en raison de l’invasion de l’Ukraine à grande échelle, il reste un des pays qui dépensent le plus en matière militaire. En 2022, l’Iran dépensait 2,1 % de son PIB dans l’armée, et les États-Unis 3,4 %. L’État hébreu était alors le douzième pays du monde en termes de dépenses militaires rapportées à sa richesse nationale.     Bien sûr, ce niveau de dépenses peut être justifié par la situation sécuritaire du pays. Mais ce qui compte, ici, c’est la centralité de ces dépenses dans le modèle économique israélien.                              L’analyse pourrait paraître contre-intuitive. Au moment de la guerre du Kippour, en octobre 1973, les dépenses militaires atteignaient jusqu’à 35 % du PIB israélien. Il en a résulté une crise inflationniste qui a conduit, en 1985, à un « plan de stabilisation » faisant entrer Israël dans l’ère des politiques néolibérales. Depuis, la proportion des dépenses militaires au regard du PIB n’a cessé de reculer.                     L’économie israélienne ne s’est pas pour autant libérée de sa dépendance à la dépense militaire. Dans un ouvrage publié en 2018, The Israeli Path to Neoliberalism (« La voie israélienne vers le libéralisme », Routledge, non traduit), Arie Krampf rappelle qu’à la fin des années 1980, l’armée est devenue « un groupe d’intérêt puissant non seulement en raison de sa taille, mais aussi de sa position stratégique et de son importance perçue par les politiques et l’opinion publique ». Cette position n’a pas changé sur le fond, mais sur la forme.                                                         Au milieu des années 1980, l’État n’est plus capable de porter seul le poids de cette centralité de l’armée. Il a perdu l’équilibre entre « le poids de la sécurité et le maintien d’une économie forte », résume Arie Krampf. L’armée capte alors trop de ressources. Le problème principal des dépenses militaires stricto sensu est leur caractère profondément improductif : leur « consommation » est finale et ne participe pas, en elle-même, à améliorer l’outil productif général du pays. En d’autres termes, l’armée a tendance à coûter cher et à rapporter peu, ce qui favorise l’inflation dans le reste de l’économie.                                                                                               Le financement des dépenses militaires doit donc dépendre d’autres secteurs. L’État décide alors de réduire le financement direct de l’armée, sans pour autant abandonner la militarisation de l’économie. Il s’agit pour Israël de rendre son industrie de défense, devenue une des plus importantes du monde, enfin productive.      Pour cela, les synergies entre l’armée et le secteur privé sont favorisées. Avec un objectif, développer des secteurs exportateurs forts qui permettent, en retour, de financer sans inflation les dépenses militaires.                                 Un nœud entre le secteur de la défense et celui de la technologie se met alors en place dans les années 1990. Le choix de cette spécialisation n’est pas le fruit du hasard : « C’est la technologie militaire qui a servi de précurseur direct à l’économie de la connaissance israélienne, car c’est la première industrie où des technologies innovantes ont été développées en Israël à grande échelle », résume David Rosenberg dans un ouvrage sur l’histoire de l’économie technologique israélienne, Israel’s Technology Economy (« L’économie de la tech en Israël », Palgrave Macmillan, 2018, non traduit).                C’est donc sans surprise que le secteur technologique israélien s’est fortement développé dans les années 1990 et 2000, dans des domaines très liés à la technologie militaire : télécommunication, sécurité, information. « Beaucoup de ces technologies ont leur origine dans des applications militaires, ce qui donne aux start-up israéliennes et à leurs dirigeants et militaires issus de l’armée un coup d’avance sur la compétition internationale », résume David Rosenberg. Il donne comme exemple le cas des technologies liées aux voitures autonomes, où de nombreuses entreprises israéliennes occupent une place décisive grâce aux transferts d’usage militaire et alors même qu’Israël n’a jamais disposé d’industrie automobile.                                                                                                            Dans les statistiques, cela a conduit à réduire le rôle économique direct de l’armée. Mais en réalité, l’économie israélienne est demeurée hautement militarisée. Ce qu’il s’est passé, c’est que l’État a réussi à transformer la priorité donnée à la défense en une source de croissance et non plus en un simple coût pour le budget de l’État. « La place critique des Forces de défense israéliennes [le nom officiel de l’armée – ndlr] dans la société israélienne n’est que partiellement rendue par les chiffres », appuie David Rosenberg.                                                                                                 L’auteur insiste, au-delà même des transferts croisés de technologies, sur ce qu’il appelle la « socialisation militaire », qui caractérise d’une manière très particulière le « capital intellectuel utilisé dans l’industrie high-tech ». Un chiffre l’illustre bien : en 2013, 89 % des employés israéliens du secteur étaient des vétérans de l’armée. Quand on sait que ces emplois sont, de loin, les mieux payés du pays, on comprend mieux la profondeur de ce nœud techno-militaire dans l’économie israélienne : l’armée fournit technologies et main-d’œuvre à un secteur qui finance largement la défense et ses vétérans.                Avec ce nouveau modèle, l’économie israélienne est devenue, du moins en apparence, une des plus dynamiques du monde occidental. Mais ce phénomène a conduit à la création d’une économie duale. En parallèle d’un secteur technologique très productif et lié à l’armée, représentant 15 % du PIB, le reste de l’économie est caractérisé par une très faible productivité. Le niveau global de productivité du pays est ainsi inférieur de 6,7 % à la moyenne des pays de l’OCDE.                     Faiblement productifs, les secteurs traditionnels ne peuvent pas fournir de salaires aussi élevés que ceux du secteur technologique. Ainsi, entre 2012 et 2022, ces derniers ont progressé de plus de 50 %, contre moins de 30 % pour le reste du secteur privé. Et de fait, Israël est un des pays les plus inégalitaires de l’OCDE, juste derrière les États-Unis. Ce qui a de nombreuses conséquences.       D’abord, l’économie intérieure israélienne doit, pour être rentable, se concentrer sur la rente et le monopole. C’est une économie qui se révèle très concentrée, et dont l’un des principaux moteurs est la bulle immobilière.              Ensuite, les salaires réels hors high-tech sont sous tension : les travailleurs et travailleuses subissent le double effet des monopoles et de la hausse des prix poussée par les hauts salaires de la tech. Pour combattre le mécontentement qu’une telle situation ne peut manquer de créer, la réponse est naturellement celle du nationalisme. Une rhétorique à la fois identitaire et sécuritaire justifie ainsi les sacrifices mais aussi la centralité de l’armée dans la société.                                                                                                                                                    Cette économie politique particulière, qu’Arie Krampf baptise le « néolibéralisme faucon » (« hawkish neoliberalism »), reste donc dominée par la militarisation de la société. Or, même si Israël prétend avoir pu rendre productif le secteur de la défense, un tel mode de développement a des conséquences concrètes. Si l’armée reste centrale dans le modèle économique du pays, il faut qu’elle soit « utile » et qu’elle puisse être active pour jouer son rôle de « terrain d’essai » pour les technologies.                                          C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre l’accélération de la colonisation de la Cisjordanie, qui permet à la fois d’entretenir le nationalisme, d’offrir à certains une issue à la société inégalitaire, et de maintenir l’armée sur le pied de guerre. Une solution de paix conduirait en effet à des problèmes majeurs pour l’économie politique israélienne telle qu’elle s’est construite depuis le milieu des années 1990. Sans une armée active, la dynamique technologique peinerait à se maintenir, alors même que le reste de l’économie israélienne est trop peu productif et donc trop peu compétitif.                   Non seulement Israël reste lié par des dépenses militaires relativement élevées, qui conduisent à la constitution de stocks qu’il faut en permanence chercher à renouveler pour rendre la production militaire rentable, mais la partie productive de la militarisation reste hautement dépendante de l’activité militaire.                Aussi, lorsque le massacre du 7-Octobre est intervenu en 2023, la réponse a été logiquement disproportionnée. Le conflit visant à l’annihilation de Gaza et d’une partie de sa population a permis de relancer l’activité militaire avec l’espoir, à peine dissimulé, que cela pourrait soutenir la croissance du secteur technologique.                                                                                                                      En juillet, l’agence Reuters soulignait combien de nombreux réservistes revenaient du front de Gaza avec de nouvelles connaissances et en faisaient bénéficier des entreprises attirant les investisseurs internationaux. Avi Hasson, du think tank Startup Nation Central, affirme alors que le mouvement lui rappelle la « révolution technologique d’il y a vingt ans », qui avait débouché sur la naissance des smartphones.                   D’autres ne cachaient pas non plus que la guerre favoriserait la performance à l’exportation du secteur de la défense israélien qui, en 2024, a atteint le chiffre record de 14,8 milliards de dollars, pour moitié dirigé vers l’Europe. C’est un élément clé, alors que les États européens s’engagent dans une politique de réarmement. « À la fin, quand une partie achète, ce qu’elle veut, c’est le meilleur produit possible », résume à Reuters Yair Kulas, un officiel du ministère de la défense israélien. Et quoi de mieux qu’une guerre pour prouver que ses armes sont « les meilleures » ?                                                                                                                            Le massacre de Gaza a donc été accompagné d’un déploiement technologique majeur, notamment avec l’usage de l’intelligence artificielle. De même, la destruction des bipers du Hezbollah en septembre 2024 a aussi eu pour fonction d’appuyer la capacité d’innovation et l’avance technologique de l’armée israélienne.   La guerre n’est pas un accident de parcours malheureux pour l’économie israélienne, c’est un moyen de favoriser le modèle économique du pays. Au reste, dans ce cas, le secteur technologique n’est qu’une des données du problème. La destruction de Gaza vise également à soutenir d’autres secteurs, notamment celui de la construction, qui était en crise depuis la pandémie du covid, avec les projets pharaoniques proposés par Tel-Aviv et Washington.             Ce que les économistes appellent la « résilience » de l’économie israélienne n’est que le fruit de l’intégration de la guerre dans son mode de fonctionnement. Ainsi, la croissance de 2023 et 2024 s’appuie sur les dépenses militaires très largement financées par les exportations de services technologiques.                                                                                                                         Le cas israélien doit alerter les opinions publiques occidentales. Bien sûr, la situation de cet État est particulière et explique en grande partie la centralité de l’armée dans son modèle économique. Et bien sûr, cette question économique n’épuise pas les autres causes du génocide en cours. Mais la situation du pays rappelle aussi qu’on ne peut pas innocemment construire une « économie de guerre ».

Celles et ceux qui s’enthousiasment sur le réarmement de l’Europe comme moyen de relancer son économie devraient y regarder de plus près. Lorsque le secteur de la défense devient un moyen central, directement ou indirectement, de favoriser l’accumulation du capital, l’économie devient dépendante de la guerre, qui devient indispensable pour faire la promotion des armes à l’exportation, renouveler le stock existant et stimuler « l’innovation ». [Romaric Godin]  ______________


dimanche 5 octobre 2008

Crise et dépenses militaires US

"La crise financière est liée à la structure des investissements publics états-unienne dans l'économie de guerre par le moyen des impôts, au lieu des problèmes sociaux." (M.C.)
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-15 % de l'argent de la guerre en Irak aurait suffi à régler le problème de sécurité sociale_________

-« Les 250 milliards de dollars engloutis de 2002 à 2005 par les Etats-Unis dans leur guerre contre l’Irak auraient permis de répondre aux besoins de santé de l’ensemble de la population mondiale pendant... six années ! ».____________

-"La crise financière globale est intimement liée à la guerre.La spirale du budget de défense se répercute sur les secteurs civils de l’activité économique. L’économie de guerre a un rapport direct sur les politiques monétaires et fiscales"______________

-« La guerre, c’est bon pour les affaires »...à court terme et pour quelques groupes________

-"Tandis que l’attention mondiale était concentrée sur le « plan de sauvetage »(Paulson), un fait est passé quasiment inaperçu : le Congrès des Etats-Unis a approuvé à une écrasante majorité bipartisane, pour l’année fiscale 2009 (qui commence le 1er octobre 2008), une dépense militaire de 612 milliards de dollars. Celle-ci comprend le budget du Pentagone, en augmentation de 74% depuis que l’administration Bush est entrée en fonction en 2001, et de 70 milliards de dollars pour les guerres en Irak et Afghanistan. Mais ça n’est pas tout. Le budget du Pentagone atteindra à coup sûr ou dépassera, au cours de l’année fiscale, le chiffre de 515 milliards de dollars requis par l’administration Bush, et les 70 milliards pour les guerres ne sont qu’un acompte. Il faut ajouter à cela 10 milliards pour les armes nucléaires (portés au budget du Département de l’énergie), et au moins 50 milliards pour le « programme national d’intelligence »____________

Effondrement financier global.- LA GUERRE COMME FACTEUR DE DETTE PUBLIQUE :

"...Ce qui est le plus significatif dans cette plongée des valeurs boursières se produit de manière combinée à une aventure militaire majeure.La crise financière est intimement liée à la guerre.La spirale du budget de défense se répercute sur les secteurs civils de l’activité économique.L'économie de guerre a un rapport direct sur les politiques monétaires et fiscales. Les dépenses militaires dépassent les 500 milliards de dollars. En outre, 70 milliards supplémentaires sont destinés « à couvrir les coûts de la guerre dans les premiers mois de la nouvelle administration. La combinaison de ces montants représente le plus niveau des dépenses militaires depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, (ajustée aux coûts de l’inflation) . (Csmonitor.com, 6 février 2008)« La guerre, c’est bon pour les affaires » ; Les puissants groupes financiers qui manipulent de façon quotidienne les valeurs boursières, les marchés de la monnaie et ceux des matières premières font aussi la promotion de la poursuite de la guerre et de son escalade au Moyen-Orient. La crise financière est liée à la structure des investissements publics états-unienne dans l’économie de guerre par le moyen des impôts, au lieu des programmes sociaux. « Plus largement, ceci soulève également l’enjeu du rôle du trésor et du système monétaire états-uniens, dans le financement incessant du complexe militaro-industriel et de la guerre du Moyen-Orient aux dépends des secteurs le l’activité économique civile. » (Voir Michel Chossudowsky, The Democrats endorse the « Global War on Terrorism » : Obama « goes after » (Les démocrates endossent la « guerre mondiale au terrorisme » : Obama « pourchasse » Osama.Osams), Mondialisation/Global Reserach, publié en anglais le 29 août et en français le 4 septembre 2008)
La guerre est génératrice de profits et est financée à travers l'expansion mondiale massive de la dette publique. Guerre et globalisation vont main dans la main . Wall Street, les compagnies pétrolières, et les contrats militaires ont des intérêts concurrents qui se chevauchent également. Les compagnies pétrolières sont derrière la poussée spéculative des prix du pétrole brut sur le marché londonien de l’énergie.
En conséquence, et résultant de l’agenda militaire, l’économie civile états-unienne est en crise étant donné que les ressources de la nation, incluant les impôts, sont détournés pour financer une guerre au Moyen-Orient qui coûtent plusieurs milliards de dollars...."

"...Obama promet plus de fonds pour l’éducation et la santé.

« Il est temps de faire face à notre devoir moral de donner une meilleure éducation à chaque enfant, […] Je vais investir dans l’éducation de la petite enfance. Je vais recruter une armée de nouveaux professeurs, leur donner un salaire plus élevé et plus de support. ...Il est temps de finalement tenir notre promesse de rendre les soins de santé accessibles pour chaque états-unien… («La promesse américaine» («The American Promesse»), 28 août 2008, Convention démocrate, Denver, souligné par l’auteur)




Y aura-t-il un virage au niveau des priorités des dépenses?

Sous l’administration Bush, la défense était favorisée par rapport à toutes les autres catégories de dépenses (voir le tableau ci-dessus pour l’année fiscale 2004). Une administration Obama changera-t-elle la structure des dépenses du gouvernement fédéral?

Réduira-t-il la quantité absolue des dépenses en matière de défense, laquelle représente approximativement 47 pourcent des dépenses mondiales en la matière (tous les pays combinés)? (Voir le tableau ci-dessous)


Visiblement, Barack Obama comprend le dilemme « du beurre ou des canons » (Guns versus Butter).

Il ne mentionne pas une des relations macroéconomiques fondamentale, à savoir la question de l’investissement public dans l’économie de guerre par opposition au financement de programmes sociaux par les impôts. Dans l’ensemble, cela soulève également la question du rôle du trésor ainsi que du système monétaire des États-Unis dans le financement sans relâche du complexe militaro-indistriel et de la guerre au Moyen-Orient au détriment de la majorité des secteurs de l'activité économique publique .

Plus de ressources pour la guerre et les armes, tel que le proposent Obama et McCain, favorise les Cinq grands entrepreneurs de la défense (Lockheed Martin, Northrop Grunman, Raytheon, Boeing et General Dynamics), le Halliburton de Dick Cheney, British Aerospace, sans compter Blackwater, MPRI et al, au détriment des secteurs publics, incluant les économies nationale, régionales et locales.

L’argent des impôts alloué à la défense et la sécurité nationales, tel que promis par Obama, aura pour effet la création de chômage.

Contrairement à la Seconde Guerre Mondiale, l'économie de guerre du 21° siècle ne crée pas d'emploi.Les coûts de la création d’emploi dans le complexe militaro-industriel sont exorbitants lorsqu’on les compare à ceux des secteurs publics. En retour, les ressources financières concentrées chez les entrepreneurs du département de la Défense par le gouvernement états-unien réduit de façon draconienne les dépenses publiques en faveur de toutes les autres catégories de dépenses.

Lockheed Martin et Northrop Grumman sont impliqués dans le développement du Joint Fighter program. Selon les estimations initiales, 5400 emplois ont été créés au coût unitaire de 37 millions de dollars par emploi (voir Michel Chossudovsky, War is Good for Business, Global Research, 16 septembre 2001). De même, à l’usine d’assemblage chez Boeing, chaque emploi créé dans le programme Joint Strike Fighter a coûté 66,7 millions de dollars aux contribuables états-uniens (Seattle Post-Intelligencer, 7 septembre 2001).

En ce qui a trait au F22 Raptor fighter, assemblé à l’usine Marietta de Lokheed Martin en Géorgie, les coûts unitaires estimatifs étaient de 85 millions de dollars. Trois mille (3000) emplois directs devaient être créés au coût estimatif de 20 millions de dollars par emploi (ibid.). En 2005, une fois terminé, le coût du programme était de l’ordre de 62 milliards de dollars. Selon les données de 2008 des compagnies, approximativement 2000 emplois demeurent liés à la production du F22 (voir Free Republic, mars 2008). Deux mille emplois créés à l’usine Marietta de Lokheed en Géorgie au coût initial de 31 millions de dollars par emploi.

Imaginez combien d’emplois vous pourriez créer grâce à un investissement de 31 millions de dollars dans les petites et moyennes entreprises à travers les États-Unis.

Ces dépenses en matière de défense (post 9/11) par l’administration Bush provoquent le chômage généralisé. De plus, elles sont financées par la réduction des programmes sociaux des États-Unis, qui à son tour contribue à exacerber la pauvreté et le chômage.

La campagne d’Obama accepte la logique d’une économie de guerre qui provoque le chômage et la pauvreté au pays et engendre à la fois la mort et la destruction dans le théâtre de la guerre du Moyen-Orient.

Cette voie de l’économie états-unienne post 11 septembre a rempli les poches d’une poignée de sociétés d’entrepreneurs de la défense, tout en contribuant de façon très marginale à la réinsertion au travail de travailleurs spécialisés, scientifiques et techniques, mis à pieds par l’économie publique.

Il n’est pas surprenant que les entrepreneurs du domaine de la défense, alors qu’ils favorisent McCain, sont aussi de fervents partisans d’Obama.

Le plus grand entrepreneur militaire des États-Unis, Lokheed Martin (aussi partenaire d’affaires d’Halliburton de Dick Cheney), était présent à la convention démocrate, parmi un vaste réseau de puissants commanditaires corporatifs et de lobbys. Selon un porte-parole de la compagnie :

« Lokheed Martin appuie fermement notre processus politique national et les candidats qui appuient la défense et la sécurité nationales, la haute technologie et les initiatives en matière d’éducation […] » (cité par Bill van Auken, Demokrats convene in Denver amid police state security and a sea of corporate cash, Global Research, auoût 2008).
Les mensonges d’Obama sont peut-être plus subtils que ceux de George W, certes, mais au fond, nous faisons face à un continuum...."

[Le quotidien USA Today a mené l’enquête sur l’équipe de campagne du sénateur et fait des découvertes surprenantes. Outre leurs fonctions de leveurs de fonds, 38 membres du stafftravaillent parallèlement pour des sociétés de lobbying ou des avocats, qui relaient des intérêts particuliers, du fabricant d’armes Lockheed-Martin aux géants Microsoft, Cisco ou Pfizer. d’Obama Le journal du Congrès américain, The Hill a mené le même genre d’investigation et a découvert 3 autres lobbyistes parmi l’équipe de Barack Obama. Ceux-ci travaillent en effet pour des dizaines d’entreprises comme Wal-Mart, Lockheed Martin, British Petroleum ou encore l’Association nationale des Mutuelles d’Assurances.]

-Le vrai budget de la défense US

- Les dépenses militaires mondiales: les USA
-Les dépenses militaires approchent des sommets
- Le gouffre financier du Pentagone
-Etats-Unis : le budget militaire coûte plus cher que le plan de sauvetage
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-L'invasion de l'Irak, une guerre à 3.000 milliards de dollars
-Afghanistan:Le coût d'une guerre sans issue
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-L'ordre américain, coûte que coûte
-Que reste-t-il de l'Empire américain ?:
"...les idées reçues selon lesquelles guerres et dépenses militaires seraient bénéfiques pour une économie sont totalement fallacieuses car l’ensemble des modèles économiques atteste que de telles dépenses dénaturent - d’un point de vue qualitatif - la production, la consommation et l’investissement avant de ralentir la croissance et d’augmenter le chômage. Vers la fin des années 60, il devenait évident que la quasi-monopolisation des industries américaines les plus lourdes à des fins militaires ralentissait le développement de l’économie civile tout en ne produisant aucune valeur ajoutée favorisant la consommation ou l’investissement. De plus, le niveau de vie des Américains et la courbe du chômage n’en tiraient bénéfice sur le long terme. Plus grave encore : une proportion non négligeable des "cerveaux" du pays se consacrait aux projets militaires au lieu de faire progresser la recherche civile...
Comme l’écrit en substance Benjamin Friedman, professeur à Harvard, le premier pays créditeur a toujours été historiquement une puissance politique, diplomatique et culturelle dominante et ce n’est pas un hasard si les Etats-Unis ont pris la relève de la Grande-Bretagne comme puissante dominante en même temps qu’ils étaient devenus le premier pays créditeur au monde. Or, de nos jours, les Etats-Unis sont devenus le premier pays débiteur au monde et ne parviennent plus à imposer leur domination qu’à travers leur puissance militaire et leurs 800 bases disséminées sur le globe. Il semble que le paradigme de la puissance américaine en soit à ses derniers balbutiements et personne ne doit s’en réjouir..."
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-USA et complexe militaro-industiel
-Keynésianisme militaire

vendredi 19 mars 2010

L'empire à crédit

Empire et emprunt

La dérive empire...

-Le budget militaire des USA atteint 1000 milliards de dollars ( plus que le plan de sauvetage...), tandis que le nombre de millionnaires américains est en hausse de 16% , que des Etats et des municipalités opèrent des coupes sombres en matière d'éducation, de personnels de service, de santé, que la pauvreté grandit, que la précarisation des classes moyennes est en marche
Une dérive inquiétante sur fond de mondialisation à crédit
-Eisenhower voyait clair en mettant en garde son pays contre le complexe militaro-industiel, à la fin de son mandat.


La crise et les dépenses militaires sont directement liées


-15 % de l'argent de la guerre en Irak aurait suffi à régler le problème de sécurité sociale_________
-« Les 250 milliards de dollars engloutis de 2002 à 2005 par les Etats-Unis dans leur guerre contre l’Irak auraient permis de répondre aux besoins de santé de l’ensemble de la population mondiale pendant... six années ! ».____________
-"La crise financière globale est intimement liée à la guerre.La spirale du budget de défense se répercute sur les secteurs civils de l’activité économique. L’économie de guerre a un rapport direct sur les politiques monétaires et fiscales"







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- L’empire américain est ruiné par ses guerres:
" Les USA se ruinent à vouloir maintenir leur statut de super puissance par de coûteuses guerres et un budget militaire gigantesque financés à crédit. Pour Eric Margolis, le complexe militaro-industriel, contre lequel le président Eisenhower avait mis en garde lors de son discours d’adieu, entraîne le pays vers sa chute et Obama, comme son prédécesseur, abuse ses concitoyens en recourant à l’emprunt pour continuer à maintenir l’illusion d’un empire aujourd’hui vacillant.
Le président américain Barack Obama a qualifié d’étape importante dans le rétablissement de la santé économique de l’Amérique le budget de 3 800 milliards de dollars US qu’il vient de soumettre au Congrès.
En fait, il s’agit d’une nouvelle forte dose donnée à un malade souffrant d’une grande dépendance à une drogue dangereuse : la dette.
Plus d’empires sont tombés à cause d’une politique budgétaire inconsidérée qu’en raison d’une invasion. Le dernier exemple en a été donné par l’Union soviétique, qui s’est ruinée en achetant des chars.
_____Le déficit budgétaire de Washington (la différence entre les dépenses et les revenus provenant des impôts) atteindra le montant vertigineux de 1 600 milliards de dollars US cette année. Cette somme énorme sera empruntée, principalement auprès de la Chine et du Japon, auxquels les États-Unis doivent déjà 1 500 milliards de dollars. A lui seul, le service de cette dette coûtera 250 milliards de dollars.
___Dépenser 1000 milliards de dollars revient à avoir dépensé 1 million par jour, depuis le temps de la fondation de Rome, et durant les 2738 années écoulées jusqu’à aujourd’hui.
____Le budget total de la défense approche les 1000 milliards de dollars. Cela inclut les dépenses du Pentagone, soit 880 milliards de dollars, auxquelles il faut ajouter les « blacks programs » secrets (environ 70 milliards de dollars), l’aide militaire à des pays étrangers comme l’Egypte, Israël et le Pakistan, le coût des 225.000 « contractuels » (mercenaires et salariés) et les dépenses pour les anciens combattants. Il faut encore ajouter 75 milliards de dollars (près de quatre fois le budget total de défense du Canada) pour les 16 agences de renseignement, qui comptent 200 000 employés.
___Les guerres d’Afghanistan et d’Irak (1000 milliards de dollars à ce jour), coûteront 200-250 milliards de dollars supplémentaires cette année, y compris les coûts cachés et indirects. La décision d’Obama de renforcer de 30 000 hommes le contingent Afghan coûtera une somme supplémentaire de 33 milliards - supérieure au budget total de défense de l’Allemagne.
__Le cours des actions des entreprises du secteur de la défense a évidemment augmenté après l’annonce du programme d’ « austérité » du Nobel de la paix Obama.
___Les dépenses pour l’armée et le renseignement augmentent sans cesse alors que le taux de chômage s’approche des 10% et que l’économie continue de souffrir. L’Amérique est devenue l’homme malade de l’hémisphère occidental, un estropié économique à l’image du défunt Empire ottoman.
___Le Pentagone représente maintenant la moitié du total mondial des dépenses militaires. Si on y ajoute les budgets des riches alliés de l’Amérique que sont les membres de l’OTAN et le Japon, ce chiffre atteint 75%.
____La Chine et la Russie réunis ne consacrent qu’un petit 10% des sommes consacrées à la défense par les USA.___Il ya 750 bases militaires américaines dans 50 pays et 255 000 soldats stationnés à l’étranger, dont 116 000 en Europe et près de 100 000 au Japon et en Corée du Sud.
___Les dépenses militaires engloutissent 19% des dépenses fédérales et au moins 44% des recettes fiscales. Sous l’administration Bush, les guerres d’Irak et d’Afghanistan - financées par l’emprunt - ont coûté plus de 25.000 $ à chaque famille américaine.__Comme Bush, Obama finance les guerres américaines par le biais d’autorisations supplémentaires d’endettement - en les empilant sur la carte de crédit de la nation qui a déjà atteint son maximum autorisé. Les générations futures payeront la facture.Ce poker menteur joué par la présidence et les parlementaires est un comble de malhonnêteté publique.Les guerres de l’Amérique doivent être financées par les impôts, pas par la fraude comptable.Si les contribuables américains avaient dû payer les guerres en Afghanistan et en Irak, ces conflits s’arrêteraient à brève échéance.
__Ce dont l’Amérique a besoin c’est d’un impôt pour la guerre, honnête et transparent.
___Les États-Unis ont clairement atteint le point de rupture de leur ambition impériale. Les dépenses militaires et le service de la dette cannibalisent l’économie américaine, qui est la base réelle de leur puissance mondiale. Outre l’URSS sur le déclin, les Etats-Unis ressemblent également de plus en plus à l’Empire britannique agonisant de 1945, écrasé par les dettes immenses souscrites pour mener la Seconde Guerre mondiale, devenu incapable de continuer à financer ou à défendre l’Imperium, tout en restant imprégné de ses prétentions
.___Il est de plus en plus évident que le président ne contrôle pas la fuite en avant du mastodonte militaire américain. Il ya soixante ans, le grand président Dwight Eisenhower, dont je garde le portrait dans mon bureau, avait averti les Américains de se méfier du complexe militaro-industriel. Six décennies plus tard, les partisans de la guerre permanente et de la domination du monde se sont unis aux prêteurs de Wall Street pour réduire l’Amérique en esclavage..."

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L’Amérique, empire fragile-_Niall Ferguson: America, the fragile empire
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_____- "L'Empire des dettes"

-Les leçons oubliées du Vietnam
-Le déficit des fous
-Coupes sombres budgétaires à New-York
-Sacrifice dans l'enseignement
-Réduction des budgets universitaires

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-USA: armée toute puissante?
-USA et complexe militaro-industiel
- Crise et dépenses militaires US
-Armée US: privatisation en cours
- Keynésianisme militaire
- USA : période cruciale
--Où va l'Empire américain ?___-La fin de l'empire est proche___-Le déclin de l’empire américain a t-il commencé ?

lundi 4 février 2008

Keynésianisme militaire

--------- « Dans les conseils du gouvernement, nous devons prendre garde à l'acquisition d'une influence illégitime, qu'elle soit recherchée ou non, par le complexe militaro-industriel. Le risque d'un développement désastreux d'un pouvoir usurpé existe et persistera. »
— Extrait du discours de fin de mandat du président Eisenhower, 17 janvier 1961-----------------
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Chalmers Johnson(présentation)
-Chalmers Johnson : Banqueroute américaine (I/II)
"Par keynésianisme militaire, je veux parler de cette croyance erronée selon laquelle des politiques publiques axées sur des guerres fréquentes, d’énormes dépenses d’armement et de munitions, et de grandes armées permanentes peuvent soutenir indéfiniment une économie capitaliste prospère. En fait c’est l’inverse qui est vrai...Rien ne peut dépasser la prodigalité des dépenses militaires de notre gouvernement. Les dépenses prévues par le Département de la Défense pour l’exercice 2008 sont plus importantes que l’ensemble des budgets militaires de toutes les autres nations réunies. Le budget supplémentaire pour payer les guerres actuelles en Irak et en Afghanistan, qui ne fait pas partie du budget officiel de la défense, est lui-même plus important que la somme des budgets militaires de la Russie et de la Chine...

Mais il y a beaucoup plus. Dans une tentative visant à dissimuler la véritable taille de l’empire militaire américain, le gouvernement a longtemps caché des dépenses militaires majeures liées à d’autres départements que celui de la Défense.

Par exemple, 23,4 milliards de dollars dévolus au Département de l’énergie, vont vers l’élaboration et le maintien d’ogives nucléaires, et 25,3 milliards de dollars du budget du Département d’Etat sont consacrés à l’assistance militaire étrangère (surtout pour Israël, l’Arabie saoudite, Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, République Arabe Unie, Egypte et Pakistan)..."

-Chalmers Johnson : Banqueroute américaine (II/II)
"...la dette accumulée par le gouvernement fédéral n’a jamais atteint 1000 milliards de dollars jusqu’en 1981. Lorsque George Bush est devenu président en janvier 2001, elle s’élevait à 5700 milliards de dollars environ. Depuis, elle a augmenté de 45%. Cette énorme dette s’explique en grande partie par nos dépenses de défense par rapport au reste du monde...

Dans ses conclusions, le NSC-68 affirme : « Une des plus importantes leçons de notre expérience de la Seconde Guerre mondiale est que l’économie américaine, quand elle fonctionne à un niveau proche de sa pleine efficacité, peut apporter d’énormes ressources à des fins autres que la consommation civile tout en fournissant un haut niveau de vie. »

Avec cette notion, les stratèges américains ont commencé à développer une industrie massive de munitions, à la fois pour contrer la puissance militaire de l’Union soviétique (qu’ils ont constamment surestimé), et aussi pour maintenir le plein emploi ainsi que pour conjurer un éventuel retour de la dépression. .."
-Analyse de Chalmers Johnson
-Le budget militaire US flambe
George Bush prévoit un déficit budgétaire plus que doublé
-Les USA et la guerre 1939-1945 (Pauwels)
... Le plan Marshall, " qui fonctionna comme une carte de crédit collective dans le but que l’Europe de l’Ouest devienne cliente de l’industrie américaine... et qui permit à l’industrie américaine de tourner à plein régime" (p.275) fut le puissant moyen d’américanisation de l’Europe, avec de magnifiques retours sur investissements.

Le dernier chapitre, intitulé : "Après 1945 : de la bonne guerre à la guerre permanente", ouvre sur l’après-guerre et sur les conflits dans lesquels les USA ont été impliqués afin surtout de ne pas ralentir la production des groupes fournisseurs de matériels militaires. La guerre froide, notamment, "força à investir massivement dans l’armement... et fut également une force de sabotage de la reconstruction de l’URSS"(p.286). Ce fut un effort énorme et délibéré, comme l’affirme l’auteur allemand Jürgen Bruhn, visant à pousser l’Union soviétique vers la ruine économique par le biais de la course aux armements. Les conflits dans lesquels sont engagés actuellement les USA ne visent-ils pas toujours le même but, malgré les dénégations et les justifications idéalistes : faire tourner le "Warfare State" ?..

-Déséquilibre de la terreur
"... le coût de l’agression des Etats-Unis en Afghanistan se monte à 1 milliard de dollars par mois : pour mémoire, 12 milliards de dollars par an suffiraient à éradiquer les grandes épidémies sur l’ensemble de la planète..."
-Complexe militaro-industriel des États-Unis d'Amérique
« Depuis plus de cinquante ans, l'histoire stratégique américaine est aussi celle de tout un secteur du cinéma qui vient prolonger l'histoire réelle par la création d'un univers d'images et ainsi d'un univers mental où se constitue l'identité stratégique américaine comme l'une des dimensions essentielles de l'identité nationale. Dans celle-ci se rejoignent le sentiment d'être un peuple élu et de mener des guerres justes, ou qui le deviennent grâce au pouvoir de la symbolisation cinématographique. »
Jean-Michel Valantin (épilogue p.177), source
-Modèle de propagande

mercredi 12 janvier 2022

A l'arme!

Les affaires tournent

                       Les marchands de canons n'ont pas trop de soucis à se faire:  ca roule. L'économie guerrière est en pleine forme et les affaires crèvent le plafond (*). Imaginez: autour de 2000 milliards de dollars de dépense en quincaillerie en tous genres. Et la crise n'a rien ralentit, au contraire. Les commandes pleuvent en ...rafales. Sur ce plan, l'année a été bonne pour Mr Dassault. Et on peut être optimiste concernant l'avenir. Il va falloir trouver de nouveaux acheteurs et de nouveaux conflits pour alimenter un marché excellent pour le Pib. Du côté du Moyen-Orient, il reste encore des paquets de dollars à dépenser et de l'activité au Yemen. Les états d'âme n'existent pas sur ce marché, même si on essaie de se justifier machiavéliquement par des paroles apaisantes: si ce n'est pas nous ce seront les autres.. autant en profiter. Et voilà comment on contribue à alimenter les guerres, qui souvent ne disent pas leur nom.. A l'Onu, on regarde ailleurs ou on fait les gros yeux.                            ___Pendant ce temps, la  faim, continue à faire des ravages et les problèmes concernant l'alimentation en eau s'aggravent ça et là...Des réactions fortes, rapides et organisées s'imposent pout freiner cette  course insensée.   Il n'y a pas de fatalité.

                      (*)  "...Les grandes entreprises américaines d’armement ont réalisé pas moins de 54 % de toutes les ventes d’armes des 100 plus grands fournisseurs d’armes du monde en 2020, selon un nouveau rapport, le dernier d’une série annuelle publiée par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).    Malgré la pression exercée sur de nombreux pays pour qu’ils détournent des budgets déjà très contraints par la pandémie de Covid-19, ainsi que la récession mondiale qui a suivi, les ventes d’armes et de services militaires des 100 plus grandes entreprises ont augmenté de 1,3 pour cent par rapport à 2019 et ont totalisé 531 milliards de dollars, selon le rapport.     Le rapport note que ce nouveau résultat – une augmentation de 17 % par rapport aux ventes de 2015 – marque la sixième année consécutive de croissance des ventes d’armes. 2015 a été la première année où des entreprises chinoises ont été incluses dans ce que le SIPRI appelle le Top 100.      « Les géants de l’industrie ont été largement protégés par la demande soutenue des gouvernements pour les biens et services militaires », selon Alexandra Marksteiner, chercheuse au sein du programme Dépenses militaires et production d’armes du SIPRI. « Dans une grande partie du monde, les dépenses militaires ont augmenté et certains gouvernements ont même accéléré les paiements à l’industrie de l’armement afin d’atténuer l’impact (économique) de la crise de Covid-19. »     Comme dans un passé récent, les entreprises américaines ont strusté les premiers rangs. Lockheed Martin s’est classé premier, suivi de Raytheon Technologies, Boeing, Northrop Grumman et General Dynamics. Ensemble, ces cinq premières entreprises ont représenté plus de 180 milliards de dollars de ventes en 2020, soit environ un tiers de toutes les ventes des 100 plus grandes entreprises.    Trente-six autres entreprises américaines figurant sur la liste ont ajouté 100 milliards de dollars de ventes supplémentaires, portant la part totale des États-Unis à 285 milliards de dollars, soit une augmentation de 1,9 % par rapport au total de 2019.    Les cinq entreprises chinoises qui figuraient dans le Top 100 ont atteint 66,8 milliards de dollars en 2020, soit 13 % du total mondial. Cela représente une augmentation de 1,5 pour cent par rapport à 2019, selon le rapport.        « Ces dernières années, les entreprises d’armement chinoises ont bénéficié des programmes de modernisation militaire du pays et de l’accent mis sur la fusion militaro-civile », a déclaré le Dr Nan Tian, chercheur principal au SIPRI. « Elles font désormais partie des producteurs de technologie militaire les plus avancés au monde. » NORINCO, a déclaré le SIPRI, a co-développé le système de navigation par satellite militaire-civil BeiDou, « approfondissant ainsi son implication dans les technologies émergentes. »      Menées par des entreprises britanniques qui ont vendu ensemble pour 37,5 milliards de dollars en 2020, les 26 entreprises européennes d’armement qui figurent sur la liste représentent 21 % du total des ventes d’armes, soit 109 milliards de dollars. Ce qui représente une augmentation de 6,2 % par rapport à 2019. Le britannique BAE Systems, qui s’est classé sixième au classement général derrière les cinq grandes entreprises américaines, a représenté 24 milliards de dollars, soit près des deux tiers de la part de l’Europe.       Si les ventes d’armes des entreprises françaises ont en fait diminué de 7,7 % par rapport à 2019, les ventes des quatre allemandes du Top 100 ont augmenté de 1,3 % sur l’année, atteignant près de 9 milliards de dollars, soit 1,7 % des ventes totales.     Les entreprises russes, en revanche, ont subi certaines des plus fortes baisses de ventes, en raison des retards dans les calendriers de livraison causés en grande partie par la pandémie.      Parmi les entreprises d’armement basées en dehors des États-Unis, de la Chine, de l’Europe et de la Russie, les trois entreprises israéliennes figurant sur la liste ont obtenu les meilleurs résultats avec 10,4 milliards de dollars de ventes, soit 2 % du total.     Israël est suivi par les cinq entreprises japonaises répertoriées qui ont vendu pour 9,9 milliards de dollars de biens et services militaires et par les quatre entreprises sud-coréennes répertoriées dont les ventes combinées s’élèvent à 6,5 milliards de dollars...."

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samedi 2 octobre 2021

La guerre et ses profits

 La guerre pour Kaboul n'a pas été perdue pour tout le monde

                       Comme c'est souvent le cas dans les conflits, surtout s'ils durent, certains tirent les marrons du feu et font un business très profitable. Sans état d'âme. Leur intérêt est même que la guerre s'éternise. Les "marchands de canon", selon l'ancienne expression, ne sont pas spécialement des aspirants à la paix. La question des "profiteurs de guerre" ne date pas d'aujourd'hui, mais a pris, lors des 20 ans d'opérations en Afghanistan, des proportions hallucinantes, a atteint des hauteurs stratosphériques, le contribuable étant mis à contribution de manière inhabituelle.                      ____                 En Afghanistan (*), ont oeuvré non seulement des milices privées, des mercenaires recrutés par des agences ayant pignon sur rue et florissantes, mais aussi toute une industrie de guerre qui trouvait là de quoi augmenter son chiffre d'affaires, par des commandes d'Etat qui tournaient parfois à la débauche de moyens de plus en plus sophistiqués.     Le complexe militaro-industriel, que redoutait Eisenhower à son époque, a fonctionné à fond. L'armée s'est même peu à peu privatisée sur beaucoup de points. Les intérêts croisés se sont multipliés. Tout ça pour le résultat que l'on connaît....Avec 14000 milliards que n'aurait-on pas fait?...

                        __ (*)      "..... Comme l’a récemment rapporté Isaac Stanley-Becker du Washington Post, «les huit généraux qui ont commandé les forces américaines en Afghanistan entre 2008 et 2018 ont ensuite siégé dans plus de 20 conseils d’administration d’entreprises».       Depuis qu’il a pris sa retraite, le général Stanley McChrystal, qui a supervisé le renforcement des troupes dans ce pays de l’ère Obama, a été membre du conseil d’administration ou conseiller d’au moins 10 entreprises, gagnant des millions de dollars grâce à elles. L’année dernière, de manière assez typique, le général Joseph F.Dunford Jr., commandant pour l’Afghanistan en 2013 et 2014, a rejoint le conseil d’administration de Lockheed Martin, le plus grand fournisseur du Pentagone. Et n’oublions pas le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, qui, lors de sa carrière militaire, fut à la tête du U.S. Central Command (Commandement central des Etats-Unis), supervisait les guerres d’Afghanistan et d’Irak. Il a ensuite rejoint le conseil d’administration du géant de l’armement Raytheon, gagnant au passage jusqu’à 1,7 million de dollars.                   Et pourtant, comme le note aujourd’hui William Hartung, spécialiste du Pentagone, rien de tout cela n’est comparable à la façon dont le secteur industriel du complexe militaro-industriel et du Congrès a profité des guerres éternelles désastreuses de ce pays. Aujourd’hui, sur la base d’un rapport qu’il a rédigé sur le sujet pour le Center for International Policy et le Costs of War Project de l’Université Brown, il propose une vision du «succès» en temps de guerre qui pourrait être une catastrophe sans précédent dans le contexte des guerres sans fin perdues par ce pays. Qui l’aurait cru?]                     Les coûts et les conséquences des guerres étatsuniennes du XXIe siècle sont désormais bien documentés: 8000 milliards de dollars de dépenses et plus de 380 000 morts civiles, selon les calculs du projet Costs of War de l’Université Brown. La question de savoir qui a le plus bénéficié d’une telle orgie de dépenses militaires a, malheureusement, reçu beaucoup moins d’attention.    Les entreprises, grandes et petites, ont quitté le festin financier de la flambée des dépenses militaires de l’après-11 septembre 2001 avec, dans leurs poches, des sommes véritablement stupéfiantes. Après tout, les dépenses du Pentagone ont totalisé la somme presque inimaginable de plus de 14 000 milliards de dollars depuis le début de la guerre d’Afghanistan en 2001, dont la moitié (reprenez votre souffle) est allée directement aux entrepreneurs de la défense....."       ____________________________

vendredi 22 mai 2026

Billet d'humeur

Une guerre si jolie?

         De nouveau en Europe circulent des rumeurs de guerre. Alors que l'on se croyait à tout jamais à l'abri. La menace russe, qu'on n'avait pas vu venir, reste toujours présente.  Il s'est passé un lâchage inattendu du parapluie américain, incitant les pays de l'Otan  à se prendre en charge pour les question de défense.   Pourtant, on le sait maintenant, Poutine n'arrivera jamais aux portes de Berlin, encore moins  de Paris.  L'ombre d'une  défaite se précise pour lui; il cherche maintenant, pour autant qu'on le sache, les moyens de sortir par le haut du bourbier  ukrainien où il s'est mis, pour retrouver la puissance de Catherine II.                                                                                                     Il n'en reste pas moins que nous sommes entrés dans un keynésianisme de guerre, variable selon les pays. Pour relancer l'économie, résoudre la crise industrielle, en Allemagne notamment. La France mobilise des moyens financiers. L'épargne va être mise à contribution. Nous sommes en guerre, dit le généralissime. La Caisse des dépôts emboîte le pas.



"  Voir un missile sortir de nos usines pour être livré aux forces, ça rend mon métier extrêmement concret, j’y ai ma part de responsabilité. » « Thibault », technicien dont le témoignage est cité dans une vidéo promotionnelle du fabricant MBDA, ne croit pas si bien dire. Les produits de son employeur ont récemment foudroyé écoles, mosquées et camps de réfugiés gazaouis, causant la mort de plus de cinq cents personnes, dont une centaine d’enfants (1). Cette entreprise européenne d’armement — au carnet de commandes bien garni, à hauteur de 44 milliards d’euros (Challenges, 23 février 2026) — met pourtant tout en œuvre pour enjoliver ses marchandises : un code éthique qui « veille au respect des libertés fondamentales et des droits humains » ; des opérations de sensibilisation du personnel sur l’identité de genre, la neurodiversité ou la ménopause ; le lancement de projets de reforestation et de préservation des nappes phréatiques ; ou encore l’adoption de « pratiques d’écoconception » du matériel de guerre, afin de « réduire l’impact environnemental à la source » (2) — un pas vers les bombes bio ?          ___  Mais cette stratégie de gestion du risque réputationnel a-t-elle encore un sens quand les médias, les principaux partis de gouvernement et la présidence de la République communient dans la célébration du grand réarmement et de l’activité militaire (3) ? Les lecteurs de L’Express, du Point ou du Parisien ont récemment pu feuilleter des catalogues promotionnels d’engins français, les auditeurs de France Culture apprendre « comment préparer les hommes à la guerre » (30 octobre 2025), cependant que les abonnés du quotidien Le Monde découvraient en mars 2025 un dossier en six volets dont l’article initial s’intitule « Les dépenses militaires, un levier pour la croissance ».      ___ Ce dernier fait écho aux directives de la « Revue nationale stratégique 2025 », qui appelle de ses vœux « une économie qui se prépare à la guerre ». Pour faire tomber sur le secteur une pluie d’« investissements massifs, qu’ils soient publics ou privés », le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) recommande que l’État s’assure que « les politiques internes des banques et des assurances n’aillent pas au-delà des exclusions réglementaires » : en clair, il s’agit de veiller à ce que les « règles ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) ne dissuadent pas les investisseurs de financer les entreprises de la base industrielle et technologique de défense (BITD) »          ___    Le 20 mars 2025, devant un parterre d’investisseurs et de patrons réunis à Bercy, M. Sébastien Lecornu, alors ministre des armées, soucieux de « lever les derniers verrous culturels et réglementaires », rappelait avec « fermeté » que le secteur militaire ne représentait pas un investissement « sale ». La Commission européenne a, elle, décidé que « la finance durable de l’Union européenne [était] compatible avec l’investissement dans le secteur de la défense » (5). Ainsi, certaines armes nucléaires, incendiaires, munitions à uranium appauvri deviennent éligibles aux investissements « éthiques », au même titre que les chars, les canons, les avions de chasse, les obus et les logiciels de surveillance. Seules les armes interdites restent pour le moment taboues. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, le nombre de fonds ESG exposés à l’industrie de l’armement nucléaire aurait augmenté de plus de 50 % (Bloomberg, 24 août 2025). Ces placements gérés selon des critères « environnementaux, sociaux et de gouvernance » sont réputés liés au développement durable…                                    __    Un consortium de journalistes a récemment révélé que 120 milliards d’euros issus des fonds « verts » de banques telles que le Crédit agricole, le Crédit mutuel, la Banque populaire et la Caisse d’épargne (groupe BPCE) ont été investis entre 2021 et 2025 dans l’industrie des armes — dont certaines impliquées dans le génocide à Gaza. La Commission européenne les a justifiés par leur contribution à la « durabilité sociale ». Sans le savoir, de petits épargnants européens ont potentiellement contribué à valoriser les actions d’Elbit Systems, le plus grand fabricant d’armes israélien, impliqué dans la destruction de terres agricoles à Gaza, par le biais de fonds ESG consacrés à la « transition climatique » (6).   ___ Ce fléchage des investissements privés en faveur du complexe militaro-industriel s’inscrit dans une stratégie de soutien institutionnel plus large. La sollicitation du contribuable européen — 800 milliards d’euros avec le plan « ReArm Europe » — et français — plus de 700 milliards cumulés sur les deux dernières lois de programmation militaire — s’accompagne d’une mobilisation du premier investisseur européen, la Bpifrance. Détenue par l’État, la « banque des entrepreneurs » a lancé en octobre 2025 une quête de financement auprès des particuliers, en partenariat avec le groupe BPCE. Avec leurs plans d’épargne-retraite (PER) ou leurs assurances-vie, les Français peuvent à présent directement miser sur des entreprises d’armement. Ces investissements, particulièrement risqués et sans garantie de rendement, s’ajoutent au milliard d’euros injecté chaque année depuis 2021 par Bpifrance dans les « jeunes pousses » du secteur (7). Trois dispositifs couronnent l’ensemble : un « fonds innovation défense » alimenté par la direction générale de l’armement (DGA), l’assureur allemand Allianz et MBDA à hauteur de 400 millions d’euros pour prendre des participations dans les entreprises prometteuses ; un « accélérateur défense » pour les accompagner dans leurs choix stratégiques ; un « prêt DEF’FI » avantageux pour combler leurs besoins de trésorerie. La banque d’investissement public vante même une « opération de porte à porte » auprès de centaines d’entreprises pour les avertir de cette manne financière à leur disposition.     _____ Une fois créées et consolidées, les petites et moyennes entreprises seront mûres pour tomber dans les filets tendus par quelques grands groupes militaires Illustration de cette mécanique économique bien huilée : en janvier dernier, Dassault Aviation annonçait un investissement de 200 millions d’euros dans le vendeur de drones autonomes Harmattan AI, dont le jeune fondateur assimile ses marchandises à des « armées robotiques napoléoniennes » (Le Grand Continent, 15 février 2026). La valorisation de cette entreprise créée en 2024 dépasse à présent le milliard d’euros.  Si les investisseurs institutionnels ont depuis longtemps intégré les valeurs de l’armement dans leurs portefeuilles d’actifs, « la nouveauté réside dans l’appétit des fonds de capital-investissement [private equity funds], qualifiés de finance alternative, pour le secteur de l’armement », allant « à l’inverse des discours selon lesquels les marchés n’aiment pas la guerre », analyse Claude Serfati, économiste et spécialiste de l’industrie de l’armement. Dans un contexte d’intensification des guerres et des tensions géopolitiques, miser sur des entreprises grassement subventionnées et soutenues par des commandes pluriannuelles de l’État représente un bon pari, car « peu de secteurs industriels bénéficient d’un taux de croissance de leur chiffre d’affaires équivalent à celui de l’armement », complète le chercheur. En 2025, les entreprises technologiques de défense ont vu les investissements en provenance du capital-risque — largement dominé par les acteurs nord-américains — bondir de 132 % en Europe, soit la plus importante progression tous secteurs confondus (8).       D’autres filières industrielles réclament elles aussi leur part du gâteau. D’après une étude publiée en octobre 2025 par Bpifrance et titrée « Aux armes, dirigeants ? », une entreprise non liée au secteur militaire sur deux aimerait « s’y développer, soit par opportunité de développement, (…) soit par contrainte ». Les exemples récents de Renault, constructeur automobile en difficulté qui lance un projet de production de drones militaires, et Mistral IA, start-up d’intelligence artificielle en vogue ayant conclu un partenariat avec le ministère des armées, illustrent cette tendance.  Comme le rappelle Serfati, les dépenses publiques d’éducation, de transports ou de communications représentent des investissements beaucoup plus fructueux, en termes économiques et sociaux, que celles destinées aux armements : « Les entreprises n’utilisent pas de Rafale pour produire autre chose, pas plus que les ménages ne consomment de missiles. » Financer la santé ou le logement génère en outre davantage d’emplois indirects que les secteurs à dominante militaire, grâce notamment aux liens qu’ils établissent avec les autres filières de l’économie. L’activité à finalité sociale crée par exemple trois fois plus de postes que les secteurs de production militaire (9).            ___  Mais considérer l’économie de guerre comme une industrie banale est-il seulement envisageable ? Aux millions de morts engendrés par les conflits armés depuis la seconde guerre mondiale s’ajoutent les désastres écologiques qu’ils entraînent. En excluant l’impact des combats, on estime que le complexe militaro-industriel représenterait à lui seul 5,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (10) ; atteindre le seuil des 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) consacrés aux dépenses militaires fixé par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) reviendrait à émettre 2,33 milliards de tonnes d’équivalent CO2 d’ici à 2030 — soit une consommation annuelle proche de celle du Brésil et du Japon réunis (11). Chargé d’études à l’Observatoire des armements, Tony Fortin compare la dérégulation du marché militaire à un « un libéralisme autoritaire opaque, où les industriels font ce qu’ils veulent ». Le secret-défense empêche en effet la Cour des comptes d’accéder à certaines données pour vérifier l’usage des ressources publiques, tandis que l’État invite les entreprises militaires « à recourir à la loi du 26 juillet 1968, dite de blocage, pour contrer des demandes d’informations, voire des audits intrusifs » (12).     ___  Pour reprendre le contrôle, Fortin préconise un plus fort niveau de transparence de l’État sur les exportations. « Les Pays-Bas doivent rendre publiques sous deux semaines les licences d’exportation accordées aux entreprises militaires », tout comme l’Allemagne, où le Parlement contrôle tous les appels d’offres supérieurs à 25 millions d’euros. En France, la commission parlementaire créée en 2023 pour contrôler les exportations n’est pour lui qu’« une coquille vide qui ne commencera à exercer pleinement son rôle que si le débat prend de l’ampleur dans la société civile ». L’Observatoire a créé un réseau de surveillance des entreprises d’armement et formé des citoyens à enquêter sur leurs activités. La coalition d’organisations militantes Guerre à la guerre, créée en 2025, tente également de mobiliser la société civile au travers d’actions et de rassemblements — quatre mille personnes se sont réunies au salon aéronautique du Bourget pour s’opposer aux « marchands de mort ». Les récentes mobilisations des dockers de Gênes — soutenus par un cortège de cinquante mille personnes dans la ville —, Marseille et Tanger, mais aussi de leurs collègues de Suède et de Belgique (13), pour bloquer des cargaisons de matériel militaire à destination d’Israël, traduisent la volonté d’une partie de la société de peser sur les conflits. La perspective d’une production militaire par Renault provoque elle aussi des remous chez les travailleurs. Car le « grand réarmement » que l’Union européenne  d’argent public dont la paix menace les bénéfices."  [Merci à Médiapart et à Thomas Jusquiame. _ Souligné par moi]                   _______________________