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mardi 28 octobre 2008

Rebatir la gauche ?


Que reste-t-il du P.S. ?
Qu'est devenue la "société des socialistes", l'espace nouveau promis du "vivre ensemble"?

La guerre des chapelles est d'autant plus vive que le débat d'idées fait défaut...
Comment en est-on arrivé là ?

-"En matière de privatisations, la gauche plurielle a réalisé en trois ans un programme plus important que n'importe quel autre gouvernement français" (Revue Socialiste 07/2000)

-« C’est la gauche du Vieux Monde qui ressemble de plus en plus à la gauche américaine », ( Lipset)

-« Le projet historique de la social-démocratie est définitivement achevé », ( Pierre Rosanvallon )

- Jean-Pierre Le Goff remarque les efforts pathétiques de la gauche pour « maintenir ensemble les morceaux d’une identité éclatée », oscillant sans cesse entre ses conceptions traditionnelles et « une fuite en avant moderniste » censée lui attirer les bonnes grâces des couches sociales montantes_______________________

"Sortir la gauche du coma":

"Et si le socialisme disparaissait de la surface de l’Europe ? En ce début de millénaire, son avenir n’est aucunement assuré. Cette question troublante vient à l’esprit à la lecture du livre des politologues américains Seymour Martin Lipset et Gary Marks qui explique « pourquoi le socialisme a échoué aux Etats-Unis » (1). « Les Etats-Unis sont la seule démocratie occidentale dominée par un système de deux partis favorables au capitalisme libéral », affirment-ils. S’il a toujours existé, ayant même pu gagner des positions de pouvoir locales ou syndicales, le « Parti socialiste » n’y est jamais sorti de sa marginalité. Les auteurs distinguent plusieurs facteurs explicatifs de cette impuissance. Le premier tient à la « culture américaine » caractérisée par un anti-étatisme et un individualisme générateurs d’hostilité à l’encontre de l’idéologie socialiste. D’autant plus que – second facteur – les socialistes américains n’ont pas fait preuve d’une grande souplesse politique, contrairement à leurs homologues dans plusieurs pays de tradition anglo-saxonne. Ils se sont dramatiquement coupés des organisations syndicales. La sociologie particulière de la classe ouvrière américaine ajoute une troisième explication majeure de leur faillite : « Les clivages ethniques, religieux et raciaux furent des sources d’identité politique plus fortes pour la plupart des travailleurs américains que leur communauté en tant que classe ». Le caractère très contraignant du système électoral favorisant le bipartisme n’était pas, en lui-même, un obstacle insurmontable. Si le socialisme américain avait suffisamment gagné en influence, il aurait pu devenir ou pénétrer un des deux grands partis en compétition pour le pouvoir.
Les causes structurelles dégagées par Lipset et Marks pour rendre compte de l’absence du socialisme américain rappellent étrangement les évolutions idéologiques et sociologiques qui remodèlent l’Europe dans la phase actuelle. L’individualisme et l’anti-étatisme ont fait des pas de géant sur le Vieux Continent. Les gauches social-démocrates se sont éloignées des organisations syndicales. L’ancienne « classe ouvrière » a laissé la place à une galaxie hétérogène de « salariés d’exécution » de plus en plus séparés par des clivages professionnels, de mode de vie, ou même ethniques – avec la constitution d’un fort prolétariat immigré ou d’origine étrangère. Si les mêmes causes produisent les mêmes effets, le socialisme disparaîtra en Europe pour les raisons précises qui lui ont interdit d’émerger aux Etats-Unis. C’est un constat banal que l’Europe s’américanise – dans ses manières de vivre comme de penser. Pourquoi sa spécificité social-démocrate échapperait-elle à ce mouvement général ? « C’est la gauche du Vieux Monde qui ressemble de plus en plus à la gauche américaine », observe Lipset . Comme si l’Europe, se dépouillant de son héritage féodal dont les classes sociales étaient issues, épousait désormais totalement le capitalisme. ..

-L’américanisation de la gauche européenne:
"Dans un livre publié en 1998, un brillant sociologue affirmait : « il n’y a plus aucune alternative au capitalisme. Le débat ne porte plus que sur la question de savoir jusqu’où et par quels moyens on doit régir et réguler le capitalisme. » Ces paroles sont tout particulièrement remarquables parce que l’homme qui les a écrites, Anthony Giddens, était aussi célèbre pour être le gourou intellectuel du Premier Ministre britannique et chef du Parti travailliste, Tony Blair. En se convertissant à la troisième voie (The Third Way, titre du livre de Giddens), qu’il faut clairement comprendre comme la voie médiane évitant à la fois l’anticapitalisme de gauche et le conservatisme de droite, Blair a contribué à mettre fin à une période d’un siècle pendant laquelle la gauche européenne a été dominée par les socialistes. En agissant ainsi, lui et ses homologues du continent ont également facilité un processus qui a eu pour effet de rapprocher davantage les divisions entre les partis politiques européens de celles existant aux États-Unis où le socialisme n’a jamais vraiment pris pied..."

-La crise durable de la gauche : la mondialisation :
"...La crise de la gauche tient à un épuisement idéologique sans précédent et probablement sans remède. Faute de voir encore un avenir au parti socialiste, ses figures les plus marquantes le quittent. ...
Cette globalisation suscite, qu'on le veuille ou non, un effet de vases communiquant, entraînant entre les grandes zones du monde une contagion des inégalités et parfois de la précarité. Qui ne voit que la tendance naturelle du libéralisme mondialisé est l'alignement par le haut des inégalités mondiales ? La globalisation du marché de l'immobilier en est un signe parmi d'autres. La course au moins disant fiscal ou au moins disant social entrave les régulations de l'Etat providence, dont les partis sociaux démocrates, même s'ils n'en avaient pas l'exclusivité, avaient fait leur fonds de commerce.
Encore cette globalisation n'aurait-elle pas eu tant d'effets si les grands partis de gauche avaient pu y faire obstacle. Or non seulement ils ne l'ont pas fait mais ils ont au contraire encouragé cette évolution, parti socialiste en tête. Ils l'ont fait d'abord parce que la gauche n'a jamais surmonté sa contradiction fondamentale : elle se veut à la fois le parti de la justice sociale et celui de l'universalisme, pour ne pas dire de l'internationalisme. C'est en raison de sa propension originelle à l'universalité qu'elle n'a pu s'opposer à un progrès des échanges de toutes sortes qui prenait le visage de l'ouverture au monde et du dépassement des frontières, sans mesurer que cette ouverture à un monde qui n'est pas encore, ni près, socialiste ne pouvait que compromettre son autre objectif, celui de la justice sociale..."

-Une gauche désintégrée par la tourmente financière:
"...La crise capitaliste actuelle ne laisse pas indemne le projet au nom duquel le social-libéralisme se voulait adaptation au défi de la modernité. Depuis une vingtaine d’années, l’ensemble de la social-démocratie s’accordait sur l’idée que le capitalisme était sorti vainqueur des affres du XX° siècle, que la mondialisation rendait inévitable l’acceptation de la doxa néolibérale, qu’il ne restait plus qu’à accompagner cette évolution en cherchant à en atténuer les effets les plus erratiques. Avant de devenir un penseur du sarkozysme gouvernemental, voilà des années que Jacques Attali théorise cette mutation des sociaux-démocrates en sociaux-libéraux. Il est vrai qu’il y contribua fortement en inspirant le « tournant de la rigueur » que la gauche gouvernante décréta en 1983, sous l’égide de François Mitterrand...
cette gauche sans ressorts laisse le terrain totalement libre à Nicolas Sarkozy. Celui-ci peut sans risque user d’une rhétorique qui se serait écroulée à peine formulée s’il existait une opposition digne de ce nom. Il lui est même loisible de paraître occuper simultanément l’espace de la droite et celui de la gauche. Promettre d’intensifier la révolution néoconservatrice dont il a fait son projet, et se revendiquer du volontarisme en politique. La rue de Solferino en reste muette…"
-La gauche est morte, vive la gauche !

-Le désarroi des socialistes d’en bas
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HORIZONS ET COUPS DE COEUR : Crise de la gauche

dimanche 12 octobre 2008

Crise : Et la gauche ?...

La crise de la gauche , la gauche et la crise

Gauche titanisée...?

Crise mine..?

Comment les "modernistes" du PS préparèrent le lit des déreglementations-privatisations-financiarisations, qui ne comptèrent pas pour peu dans l'émergence de la crise que nous vivons aujourd'hui

Droit d'inventaire..

"...La gauche française, celle qui a longtemps incarné la réforme ou la transformation sociale, est plus inaudible que jamais. Parce que certains grands médias n'ont d'attention que pour Nicolas Sarkozy? C'est ce que déplorent beaucoup de dirigeants socialistes, et ils n'ont sûrement pas tort. Il reste que cette crise prend aussi à revers une gauche qui a elle-même beaucoup contribué , depuis le début des années 80, à la cascade de mesures de déréglementation dont les effets se font sentir aujourd'hui. Une gauche qui, au lendemain de sa débâcle de 2002, n'a jamais voulu dresser un véritable bilan de son action passée.
Ce bilan-là, ce devoir d'«inventaire» dont Lionel Jospin avait un jour parlé au sujet des années Mitterrand mais qu'il a refusé dans le cas de sa propre action, la gauche ne pourra pourtant pas longtemps l'écarter si elle veut parvenir à refonder sa critique du capitalisme. Comme si l'essor du nouveau capitalisme, auquel on a assisté tout au long des années 1980 et 1990, avait eu un effet de mithridatisation sur la gauche.
Ce bilan doit certes être interprété avec circonspection car, dans le flot des mesures de déréglementation, certaines étaient peut-être nécessaires ou inévitables, tandis que d'autres ne l'étaient pas. De surcroît, tous les socialistes n'ont pas la même part dans l'héritage. Si Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, dans le prolongement de Pierre Bérégovoy, ont été aux avant-postes des mesures de déréglementation, d'autres n'y ont pris aucune part ou ont combattu ces évolutions.
Sous ces réserves, voici un bilan succinct de l'action de la gauche et des grandes réformes dont elle porte la paternité, qui ont contribué, faiblement pour certaines, fortement pour d'autres, à la financiarisation de l'économie et sa déréglementation.

Un homme politique ne peut évidemment être jugé au regard de la trajectoire de ses anciens collaborateurs. Dans le cas de la gauche, le nombre des ex-hauts fonctionnaires qui ont servi des socialistes de premier plan, avant d'aller faire fortune dans le privé, sont si nombreux que cela finit pourtant, forcément, par prendre une signification. Cela suggère à tout le moins une très forte porosité entre les deux mondes. Et, a posteriori, cela donne aussi quelques clefs de compréhension de certaines réformes dites de gauche.A l'heure du bilan, il faut donc faire aussi celui-là: après avoir participé à la conception de réformes politiques majeures, de nombreux serviteurs de la gauche sont passés avec armes et bagages dans un autre camp. Par commodité, appelons-le le camp du cAC40.Dressons une liste rapide (et non exhaustive) de quelques grandes figures du capitalisme parisien. Par les cabinets de Pierre Bérégovoy, le «Pinay de gauche», quelques grands noms sont ainsi passés: tel Jean-Charles Naouri, qui en fut le directeur de cabinet, et qui est le président et l'actionnaire principal du groupe Casino; tel Guillaume Hannezo, qui a fait ses classes au même endroit avant d'être le principal collaborateur de Jean-Marie Messier, l'ex-PDG de Vivendi Universal, et de passer ensuite comme associé-gérant dans la grande banque d'affaires, Rothschild et Compagnie.

Avant qu'il ne prenne la direction du Fonds monétaire international (FMI), le socialiste Dominique Strauss-Kahn avait, lui aussi, essaimé un grand nombre de ses plus proches collaborateurs de ses anciens cabinets à quelques-uns des postes les plus prestigieux du gratin de l'industrie et de la finance française. Stéphane Richard, qui a travaillé avec lui, a ainsi fait fortune en organisant un LBO sur le pôle immobilier de l'ex-Générale des eaux (transformée en Nexity), avant de diriger Veolia-Transports, puis devenir le directeur de cabinet de Christine Lagarde.L'ancien directeur de cabinet à l'industrie, Paul Hermelin, est directeur exécutif de Capgemini. Directeur de cabinet lui aussi, mais aux finances, François Villeroy de Galhau est maintenant le président de Cetelem et l'un des grands barons de BNP Paribas.Et dans le cas de Laurent Fabius, la liste est encore plus impressionnante. Son ancien directeur de cabinet, Louis Schweitzer, qui préside le conseil de surveillance de Renault et celui du Monde, a figuré en 2006 en deuxième rang au hit parade des patrons les mieux payés en France, grâce à de très abondantes stock-options. Un autre de ses anciens collaborateurs et ami, Serge Weinberg, a longtemps dirigé l'empire Pinault (PPR) avant de créer son propre fonds d'investissement, Weinbergcapital.

Le conseiller spécial de Laurent Fabius, Marc-Antoine Jamet, est maintenant secrétaire général du groupe LVMH. Ancien directeur adjoint de cabinet, Bruno Cremel a lui aussi pantouflé chez PPR. Quant à Matthieu Pigasse, ancien directeur adjoint des cabinets de «DSK» puis de Laurent Fabius, il est devenu l'une des grandes figures de la banque Lazard.La porosité entre les deux mondes, celui de la politique et celui des affaires, ne fonctionne pas d'ailleurs que de cette manière. Il existe d'autres passerelles. Le cas de Laurent Fabius est de ce point de vue très révélateur. Avec cinq de ses amis, dont l'actuel président d'Arte Jérôme Clément ou encore Serge Weinberg, il a racheté voici quelques mois à Artémis (la holding personnelle de François Pinault) la société Piazza, qui est l'une des maisons d'enchères les plus connues en France.

Si le capitalisme français est l'un des plus ouverts aux grands fonds d'investissement étrangers et notamment des grands fonds anglo-saxons; si les entreprises sont ainsi contrôlées à près de 45% par ces fonds, à comparer à des taux de 20% à 30% aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne; si donc le capitalisme français est l'un des plus fragilisés par les évolutions récentes, c'est évidemment à cause des privatisations conduites à marche forcée, en France, depuis le milieu des années 1980 par la droite d'abord, mais aussi par la gauche.Si l'on dresse par exemple un bilan des privatisations conduites en France de la mi-1986 jusqu'à la mi-2002, c'est-à-dire du gouvernement de Jacques Chirac jusqu'à celui de Lionel Jospin, le bilan est en effet éloquent. Le montant total des cessions d'actifs publics dépasse légèrement la barre des 70 milliards d'euros (valeur 2002). Et ce montant se décompose approximativement de la manière suivante: 13 milliards sous le gouvernement Chirac de 1986 à 1988, 17 milliards sous le gouvernement Balladur de 1993 à 1995, 9,4 milliards sous le gouvernement Juppé de 1995 à 1997 et 31 milliards sous le gouvernement Jospin. Pour la gauche, et particulièrement pour Lionel Jospin, le bilan est donc accablant : en tête du hit-parade, le dirigeant socialiste se distingue aussi pour avoir trahi sa parole de ne jamais ouvrir le capital d'une entreprise du service public. Il avait en effet promis de ne pas ouvrir le capital d'une entreprise publique, mais sous la pression de quelques-uns de ses amis, dont Dominique Strauss-Kahn, il renie son engagement dans les semaines qui suivent son installation à Matignon et organise la privatisation partielle de France Telecom.

Les derniers mois du gouvernement de Lionel Jospin donnent même lieu à un véritable concours Lépine de la privatisation. C'était à qui proposera l'idée la plus sulfureuse. On se souvient ainsi que le ministre des finances, Laurent Fabius, à deux mois des élections législatives prend la responsabilité de lancer la privatisation des autoroutes en France, en commençant par ASF – privatisation qui constituait jusque-là, et pour de bonnes raisons, un tabou.Et le même Laurent Fabius se livre, à la même époque, à une surenchère avec son rival en social-libéralisme, Dominique Strauss-Kahn, pour sceller le sort d'EDF: l'un propose l'ouverture de son capital, tandis que l'autre va encore au-delà en souhaitant que la part détenue par l'Etat tombe même sous les 50%.

Depuis 2002, la gauche a certes évolué. Alors que le candidat Nicolas Sarkozy, avant l'élection présidentielle a défendu la privatisation de GDF, la gauche s'y est opposée. De même qu'elle s'oppose au projet actuel de privatisation de La Poste. Il reste qu'elle est encore prisonnière de son histoire. Aujourd'hui toujours, c'est un petit peu le «ni-ni» mitterrandien qui commande: ni nationalisation; ni privatisation.Dans la confrontation ancienne entre l'Etat et le marché, le balancier a donc été très loin, ces dernières années, au détriment du premier et à l'avantage du second. Et la gauche a grandement contribué à cette évolution. Faut-il donc que le balancier reparte dans l'autre sens? Terrible clin d'œil de l'histoire: on retiendra qu'en 2008, l'Amérique de Bush a pris des mesures de nationalisations – pour sauver des actionnaires menacés de faillite – que la gauche socialiste n'a plus l'audace de suggérer depuis plus de 25 ans.Dans les outrances qu'a connues le capitalisme anglo-saxon ces dernières années, le système des stock-options est l'un des symboles les plus forts. Et l'un des symboles aussi des dérives dans lesquelles se sont laissé prendre certains socialistes. A preuve, le premier ministre des finances qui a osé proposer une très forte défiscalisation des stock-options a été un dénommé... Dominique Strauss-Kahn. On se souvient du tollé que cela a suscité au début de 1999. Après beaucoup d'hésitations, Lionel Jospin a enterré finalement le projet.

Mais, repris quelques mois plus tard, il a fini par voir le jour, sous une forme amendée, sous la responsabilité d'un autre ministre des finances, un certain... Laurent Fabius. Plus généralement, la gauche s'était alors lancée, dans ces années 1997-2002, dans une course «au moins-disant» fiscal, qui l'avait conduite, sur proposition de Laurent Fabius, jusqu'à abaisser le taux marginal de l'impôt sur le revenu.Avec le recul, peut-être a-t-on oublié les dérives dans lesquelles certains socialistes se sont laissé aller. En veut-on un petit échantillon, il suffit de se replonger dans les derniers jours de la campagne présidentielle, au début de 2002.Le 22 janvier, Dominique Strauss-Kahn, est l'invité de RTL: «Le vrai débat, est entre ceux que justement on appelle – à tort ou à raison – "les modernistes", et ceux, que j'appellerai "plus conservateurs"... C'est ça le vrai débat!» Les conservateurs, qui ne sont jamais nommément désignés, apprécient... Le lendemain, 23 janvier, nouvelle attaque d'un proche de Laurent Fabius.Didier Migaud, rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale (aujourd'hui président de la commission des finances), fait la "une" du Figaro-Economie. Il a une suggestion à verser au débat: dynamiter l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF): «Prenons l'exemple de l'ISF, dit-il: c'est un acquis désormais peu contesté dans son principe depuis l'arrivée de la gauche au pouvoir et il faut s'en réjouir. Mais cet impôt a des effets pervers qui incitent de nombreux contribuables à délocaliser leur fortune ou leur patrimoine professionnel, au détriment de l'emploi dans ce dernier cas. Il semble nécessaire de remettre sur le métier cet impôt, de modifier son assiette et son taux pour le rendre économiquement supportable et mettre ainsi fin à ses effets pervers.

Le patron des patrons, Ernest-Antoine Seillière, en tombe à la renverse. «Une partie de la gauche actuellement est en train de s'intéresser aux idées du Medef, par exemple la gauche qui se veut plus moderne», relève-t-il le 27 janvier, lors du Grand jury RTL-Le Monde-LCI, citant Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius. «Nous sommes très heureux de la mise en débat de nos idées à laquelle nous assistons actuellement», dit encore le président du Medef, dont le mouvement a adopté, quelques jours plus tôt, en congrès à Lyon, neuf résolutions destinées à «harceler» la classe politique . «Le débat politique s'installe, et à gauche comme à droite, beaucoup commencent à se mettre sur un terrain que nous avons nous-mêmes défriché avec le syndicalisme réformateur, Nicole Notat et la CFDT», poursuit-il, relevant que Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn «sont convertis à la modernité actuellement, comme le risque, les fonds de pension. Tout ceci nous fait plaisir».

En somme, pendant plus de deux décennies, les coups de boutoirs du modèle anglo-saxon ont ébranlé le modèle français. Et au passage, ils ont aussi mis à mal le vieux modèle de transformation sociale, qui a longtemps été le fonds de commerce de la gauche. Maintenant que ce capitalisme-là est en crise grave, cette gauche-là saura-t-elle refonder sa doctrine?" (Laurent Mauduit)-Mediapart-

Michel Beaud, La politique économique de la gauche.

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Vers un retour de la question sociale au coeur de la crise
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- http://lafrancelibre.20minutes...

180 milliards d’Euro chaque année sont volé par les RICHES FORTUNE DE ET LES SPECULATEURS/PILLEURS DE France
Depuis 1982, le PIB a vu fléchir la part du revenu salarial de 10 % au profit d’un transfert vers le revenu du capital, soit la modique somme de 180 milliards d’euro pour notre pays et qui chose incroyable est révélé par l’association internationale des banquiers dans leur dernier rapport qu’il vienne de publier et qui est passé sous silence en France.

180 milliards piller aux salariés directement par les spéculateurs, le holdup du siècle organisé non pas une fois mais chaque fin d’année ou la France dont le PIB et de 1800 milliards d’euro se voit ponctionner sur les revenus des salaries cette somme faramineuse de près de 1200 milliards de Francs ! 180 milliard de cadeaux fait aux milliardaires

180 milliards serait suffisant pour:
ø Combler le déficit de la sécurité sociale ( et cela définitivement)
ø Combler la totalité des régimes de retraites et les rendre excédentaires a vie
ø Combler l’assurance chômage
ø Découvrir de nouvelles molécules pour la recherche (parkinson, sida..)
ø Lancer un véritable plan pour les vieux (vrai maison de retraite publique)
ø Lancer un vaste projet de réaménagement du territoire (sncf, poste hopitaux..)
Ces 180 milliards ponctionné en cadeaux fiscaux doivent être rendu !
Même l’ancien président de la banque fédérale américaine, Allan Greenspan a révéler qu’il y a un danger en Europe et au USA, qui provoquerait un crash sans précédent par une révolte voir des révolutions des peuple y compris au USA et qu’il fallait stopper ce prélèvement.
Ainsi de 66 % le PIB n’est plus constitué que de 53 % des revenus du travail.
Euromiliardaire, comment devenir plus riche que riche: un séjour en France de dix ans suffit.


jeudi 24 novembre 2011

La gauche? Quelle gauche?..

A la recherche d'une idée perdue

(Re)construire la gauche ?

__La gauche existe-t-elle (encore)? Et quelle gauche?
Dans le maquis sémantique et les pièges conceptuels que soulève cette notion à l'histoire déjà longue, à l'heure où se brouillent les repères, où les valeurs néolibérales commencent à s'effriter, comment y voir plus clair?

La notion de
socialisme ne manque pas d'ambiguïtés, variant selon les contextes historiques, les perceptions de la réalité sociale, les choix moraux et politiques, même si la notion de justice sociale, de primauté de l'intérêt général sur les intérêts privés, de contrôle de l'Etat démocratique sur la sphère économique, est au fondement de tout mouvement s'en réclamant, avec des variantes nombreuses. Il y a bien des chemins à inventer, après l'échec de certains. Toute une histoire..

Quelle boussole pour s'orienter, alors que le Nord semble aujourd'hui perdu, que la faillite d'un certain ordre capitaliste destructeur de richesses et de valeurs est si patente? La crise majeure que nous affrontons nous oblige à clarifier cette notion de gauche. On n'en prend pas le chemin. La gauche européenne semble désarmée. Le désarroi est grand.
Des militants du PS eux-mêmes déplorent que l'actuel candidat à la présidentielle fait beaucoup d'efforts pour apparaître comme un bon gestionnaire, sans programme alternatif consistant et crédible. Ils ne veulent pas d'un Sarko II, version light. Que peut encore signifier ce label politique hic et nunc?
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Benoît Hamon lui-même, porte-parole du PS, fait ce constat, dans son dernier livre:
...« Au sein de l’Union européenne, le Parti socialiste européen (PSE) est historiquement associé, par le compromis qui le lie à la démocratie chrétienne, à la stratégie de libéralisation du marché intérieur et à ses conséquences sur les droits sociaux et les services publics. Ce sont des gouvernements socialistes qui ont négocié les plans d’austérité voulus par l’Union européenne et le Fonds monétaire international [FMI]. En Espagne, au Portugal et en Grèce bien sûr, la contestation des plans d’austérité prend pour cible le FMI et la Commission européenne, mais aussi les gouvernements socialistes nationaux. (…) Une partie de la gauche européenne ne conteste plus qu’il faille, à l’instar de la droite européenne, sacrifier l’Etat-providence pour rétablir l’équilibre budgétaire et flatter les marchés. (…) Nous avons été en plusieurs lieux du globe un obstacle à la marche du progrès. Je ne m’y résigne pas..."
___Il y a quelques années, Eric Dupin analysait les transformations de fond des orientations politiques du PS depuis une trentaine d'années, son glissement vers une certaine américanisation, et appelait à sortir la gauche du coma.
"Pour la mouvance socialiste, il n’y a plus aucune alternative au capitalisme. Le débat ne porte plus que sur la question de savoir jusqu’où et par quels moyens on doit régir et réguler le capitalisme". répétait Anthony Giddens, gourou intellectuel du Premier Ministre britannique et chef du Parti travailliste, Tony Blair, promoteur de la troisième voie (The Third Way, titre du livre de Giddens)".
__Le débat semblait clos et les admirateurs de cette mythique troisième voie étaient convaincus que le socialisme pouvait se ramener à agir à la marge du capitalisme libéral, réparer les dégâts de ses excès, en faisant du social, de la remédiation. Dès 1983, le virage mitterandien ouvre la voie à la doxa néolibérale et à ses dogmes: ouverture à une mondialisation sans règles, acceptation d'une certaine désindustrialisation, confiance naïve accordée à la valeur des marchés financiers, engagement dans les privatisations au nom d'une certaine culte de l'entreprise et du "progrès", qui semblait aller de soi après la chute du Mur. Au nom d'une certaine Europe, la gauche renonçait.
_____Jean-Pierre Le Goff remarquait les efforts pathétiques de la gauche pour « maintenir ensemble les morceaux d’une identité éclatée », oscillant sans cesse entre ses conceptions traditionnelles et « une fuite en avant moderniste » censée lui attirer les bonnes grâces des couches sociales montantes.
"L'effondrement du bloc communiste a pratiquement anéanti l'idée d'une autre voie que celle de l'économie de marché. Les transformations du capitalisme financiarisation, transnationalisation) et celle du salariat ont compliqué la question.Mais la professionalisation de l'activité politique, accompagné d'une sélection sociale, a également joué un rôle..." (L.Bonnelli)
__Le PS assiste, impuissant, au creusement des inégalités, sans anticiper sur les orages qui se préparaient. La crise elle-même n'est pas analysée en profondeur, ses causes proches et lointaines sont éludées par les "présidentiables" du PS, et les recettes envisagées risquent fort de faire durer le mal. L'absence de projet, le vide des idées ont été propices à la montée de la guerre des chefs, aux querelles tribales très médiatisées...
Les "modernistes" du PS donnèrent le ton...


___Jean-Pierre Chevènement fut un des rares à dénoncer
très tôt les dérives d'une social-démocratie agenouillée devant la loi des marchés.
La gauche s’est ralliée au néolibéralisme, à la désindustrialisation et à l’euro fort et a signé ainsi la fin de sa spécificité.
"Cet idéal d’émancipation culturelle et morale de l’individu a fini par détrôner dans les années 1980, tant dans l’esprit des dirigeants de la gauche que dans les aspirations du cœur de son électorat, les considérations économiques et sociales traditionnelles rapidement devenues « archaïques » à l’heure des restructurations industrielles et de la dérégulation de l’économie. Des demandes non plus sociales mais « sociétales » se sont alors rapidement déployées dans les programmes politiques des partis de gauche des années 1980-90 : nouveaux droits, respect de la « différence », valorisation de la diversité… L’horizon des luttes s’est peu à peu déplacé. C’est désormais l’individu dans ses identités multiples qui doit être émancipé, et non plus le travailleur ou le salarié dans son rapport à la production. Ainsi, par exemple, le triptyque du Parti socialiste français des années 1970 (« nationalisation, planification, autogestion ») qui résumait bien son époque a-t-il été remplacé dans les années 1980-90, par un autre, implicite mais omniprésent : « individu, minorités, diversité ».
Au-delà de cet aspect culturel, le socialisme européen s’est plus généralement engagé tête baissée dans l’impasse libérale en abandonnant, soit qu’il l’a cru irréalisable soit qu’il l’a cru réalisé, son projet historique. Illusion encore renforcée au lendemain de la chute du Mur de Berlin en 1989 avec la disparition du vieil ennemi communiste. La social-démocratie aurait finalement épuisé son destin historique, la voie particulière qu’elle a historiquement incarnée ayant triomphé. Le réformisme comme méthode (plutôt que la révolution), la régulation de l’économie de marché comme programme (plutôt que l’appropriation collective des moyens de production) et la démocratie politique comme cadre d’exercice du pouvoir (plutôt que la dictature du prolétariat) s’imposant définitivement à gauche.

Mais ce faisant, le socialisme n’a pas su résister aux sirènes du libéralisme ; il en a même parfois volontairement épousé les contours, dans le cas du social-libéralisme. Il a adopté si ce n’est l’idée libérale, qu’il continue à dénoncer avec virulence, du moins son contenu matérialiste et consumériste, voué au culte de la croissance pour elle-même à coup de dérégulation, de flexibilité et de privatisation, mais aussi son projet culturel tout entier forgé autour de l’individu et de ses droits sans cesse étendus, et bien évidemment son programme politique qui privilégie les formes institutionnelles de la représentation et de la préservation des intérêts individuels au détriment d’une ouverture plus collective, plus égalitaire, plus démocratique (participative dirait-on aujourd’hui) du champ politique et social.

De la sorte, les socialistes, sociaux-démocrates et autres travaillistes européens ont largement ignoré la question, pourtant constitutive de leur
ethos, de la répartition des richesses et de l’équilibre entre capital et travail. Ils ont littéralement abandonné le terrain de la lutte pour l’égalité au profit d’une promotion de la « diversité » qu’ils ont érigée en valeur. Ils ont aussi délaissé la notion fondamentale de solidarité en autorisant une politique généreuse d’accès à l’Etat social à de nouveaux ayants droit sans toujours exiger un quelconque devoir en retour de leur part. En négligeant de repenser le rôle de l’Etat pour l’adapter à son temps, ils ont laissé le slogan authentiquement néolibéral de Ronald Reagan, « l’Etat comme problème plutôt que comme solution », devenir le principe directeur de la réforme des politiques publiques. Ils ont oublié que le but de la vie sociale ne pouvait se résumer à un pur matérialisme, de la même manière qu’ils ont laissé faire les libéraux lorsque ceux-ci ont vu dans les nouvelles aspirations démocratiques et les nouvelles formes de la participation à la vie politique une menace plutôt qu’une chance pour les sociétés contemporaines. Bref, ils ont capitulé.
.."

__Constante dans l'erreur depuis si longtemps, la gauche est -elle condamnée à se répéter?... Comment repartir du pied gauche?

vendredi 29 avril 2022

Il n'est pas mort, dit-il...

  Mort ou moribond?..  Avis de décès...             

                 En tout cas plus que dans un état de coma, même dépassé. Le PS est déjà mort!  Il y a longtemps que le parti a commencé son agonie, ses dérives électoralistes successives, par "réalisme"... ou mimétisme. Au nom de l'"adaptation" et du "progrès"...Amen!...Le constat est cruel mais sans appel. Un ancien ministre socialiste l'avoue, après d'autres.  Les incantations sont sans effets. Tout reste à (re)construire.    Pas étonnant:                                                                                                               "En matière de privatisations, la gauche plurielle a réalisé en trois ans un programme plus important que n'importe quel autre gouvernement français" (Revue Socialiste 07/2000)___-« C’est la gauche du Vieux Monde qui ressemble de plus en plus à la gauche américaine », ( Lipset)____ -« Le projet historique de la social-démocratie est définitivement achevé », ( Pierre Rosanvallon ) ___- Jean-Pierre Le Goff remarque les efforts pathétiques de la gauche pour « maintenir ensemble les morceaux d’une identité éclatée », oscillant sans cesse entre ses conceptions traditionnelles et « une fuite en avant moderniste » censée lui attirer les bonnes grâces des couches sociales montantes.                                                                                                                                La vague néolibérale est passée par là, ainsi que la mondialisation financiarisée et sans frein....Cela ne pouvait aller sans crises. Comment la rebâtir?  Sur de nouvelles bases, avec de nouveaux hommes?...    


                                                                                                                                                                                                            __  Points de vue:     
"Dans un livre publié en 1998, un brillant sociologue affirmait : « il n’y a plus aucune alternative au capitalisme. Le débat ne porte plus que sur la question de savoir jusqu’où et par quels moyens on doit régir et réguler le capitalisme. » Ces paroles sont tout particulièrement remarquables parce que l’homme qui les a écrites, Anthony Giddens, était aussi célèbre pour être le gourou intellectuel du Premier Ministre britannique et chef du Parti travailliste, Tony Blair. En se convertissant à la troisième voie (The Third Way, titre du livre de Giddens), qu’il faut clairement comprendre comme la voie médiane évitant à la fois l’anticapitalisme de gauche et le conservatisme de droite, Blair a contribué à mettre fin à une période d’un siècle pendant laquelle la gauche européenne a été dominée par les socialistes. En agissant ainsi, lui et ses homologues du continent ont également facilité un processus qui a eu pour effet de rapprocher davantage les divisions entre les partis politiques européens de celles existant aux États-Unis où le socialisme n’a jamais vraiment pris pied..."                                                                                                                                    ______"...La crise de la gauche tient à un épuisement idéologique sans précédent et probablement sans remède. Faute de voir encore un avenir au parti socialiste, ses figures les plus marquantes le quittent. ...Cette globalisation suscite, qu'on le veuille ou non, un effet de vases communiquant, entraînant entre les grandes zones du monde une contagion des inégalités et parfois de la précarité. Qui ne voit que la tendance naturelle du libéralisme mondialisé est l'alignement par le haut des inégalités mondiales ? La globalisation du marché de l'immobilier en est un signe parmi d'autres. La course au moins disant fiscal ou au moins disant social entrave les régulations de l'Etat providence, dont les partis sociaux démocrates, même s'ils n'en avaient pas l'exclusivité, avaient fait leur fonds de commerce.  Encore cette globalisation n'aurait-elle pas eu tant d'effets si les grands partis de gauche avaient pu y faire obstacle. Or non seulement ils ne l'ont pas fait mais ils ont au contraire encouragé cette évolution, parti socialiste en tête. Ils l'ont fait d'abord parce que la gauche n'a jamais surmonté sa contradiction fondamentale : elle se veut à la fois le parti de la justice sociale et celui de l'universalisme, pour ne pas dire de l'internationalisme. C'est en raison de sa propension originelle à l'universalité qu'elle n'a pu s'opposer à un progrès des échanges de toutes sortes qui prenait le visage de l'ouverture au monde et du dépassement des frontières, sans mesurer que cette ouverture à un monde qui n'est pas encore, ni près, socialiste ne pouvait que compromettre son autre objectif, celui de la justice sociale..."                                                                    ____    "...La crise capitaliste actuelle ne laisse pas indemne le projet au nom duquel le social-libéralisme se voulait adaptation au défi de la modernité. Depuis une vingtaine d’années, l’ensemble de la social-démocratie s’accordait sur l’idée que le capitalisme était sorti vainqueur des affres du XX° siècle, que la mondialisation rendait inévitable l’acceptation de la doxa néolibérale, qu’il ne restait plus qu’à accompagner cette évolution en cherchant à en atténuer les effets les plus erratiques. Avant de devenir un penseur du sarkozysme gouvernemental, voilà des années que Jacques Attali théorise cette mutation des sociaux-démocrates en sociaux-libéraux. Il est vrai qu’il y contribua fortement en inspirant le « tournant de la rigueur » que la gauche gouvernante décréta en 1983, sous l’égide de François Mitterrand...cette gauche sans ressorts laisse le terrain totalement libre à Nicolas Sarkozy. Celui-ci peut sans risque user d’une rhétorique qui se serait écroulée à peine formulée s’il existait une opposition digne de ce nom. Il lui est même loisible de paraître occuper simultanément l’espace de la droite et celui de la gauche. Promettre d’intensifier la révolution néoconservatrice dont il a fait son projet, et se revendiquer du volontarisme en politique. La rue de Solferino en reste muette…" 
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vendredi 26 mars 2010

Repartir du pied gauche?


Pistes pour une "troisième" gauche ?

_____Après la faillite de la deuxième gauche ...

-Réveiller un PS à bout de souffle?

______________________Tout devient possible au PS, même l'idée d'un "socialisme libéral"

Réalisme ou populisme?

- « Les socialistes sont pour la propriété privée, le libre-échange et le marché, qui sont les trois piliers du libéralisme économique. Ils sont donc des libéraux, même s'ils ajoutent une marge d'intervention de l'Etat », juge Jean-Claude Casanova, directeur de la revue Commentaire . Un avis que partage, avec plus de provocation encore, Philippe Raynaud, professeur de sciences politiques à Paris-II : « A partir du moment où les socialistes acceptent l'économie de marché, ils deviennent une famille du libéralisme. »
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-Jacques Julliard va-t-il réveiller la gauche ?:
"...Après des années de langue de bois et de propagande doucereuse et suiviste sur la mondialisation et l’Europe, l’article de Julliard bouge les lignes. Son analyse des politiques menées et de l’emprise de la finance sur le monde est lucide et sans concession. Revue de détails :
L’emprise de la Finance :
" Les détenteurs du capital, longtemps silencieux, ont mis au pas les gestionnaires, qui s’appuyaient sur leur expertise technique"
"Sans égard pour les situations sociales souvent dramatiques qu’il suscitait, il (le nouveau capitalisme) a fait sauter le vernis de civilisation qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, recouvrait le capitalisme évolué."
"Jamais la domination du secteur financier sur le secteur industriel, et du secteur économique sur le secteur politique et diplomatique, ne s’était affirmée avec une telle arrogance, malgré le discrédit des acteurs."
Les causes de la catastrophe :
"C’est à la faveur de la mondialisation de l’économie qu’un grand coup de force intellectuel et social a pu être exécuté sans coup férir. Le capitalisme financier a su tirer parti de l’ouverture des marchés émergents, mettre en concurrence les travailleurs à l’échelle internationale pour faire pression sur les salaires. Il s’est imposé comme la seule hyperpuissance à l’échelle planétaire, au détriment des Etats."
"Dans les grands pays industriels, la financiarisation de l’économie s’est accompagnée d’une désindustrialisation délibérée et de la destruction d’emplois par millions. Désormais, le plein-emploi n’est plus recherché comme un objet de l’activité économique ; le chômage est devenu structurel ; le néocapitalisme s’est reconstitué une armée industrielle de réserve."
"Le continuum des rémunérations a fait place à une société de corps séparés et de privilèges, telle qu’elle existait en France à la fin de l’Ancien Régime."
" La destruction de toute forme de planification indicative et de toute politique industrielle, en un mot de toute espèce de régulation, est l’une des causes principales des dérives que nous connaissons aujourd’hui. La nécessité de rétablir une régulation économique respectueuse du marché est aujourd’hui comprise de tous. Seuls manquent pour le moment la volonté politique et les moyens de l’exercer. Il appartient à un rassemblement démocratique de les faire apparaître."
L’Europe :
" L’Europe, qui, à cause des positions de ses deux nations de tête, l’Allemagne et la France, aurait dû jouer un rôle de contrepoids aux tendances hyperlibérales du capitalisme anglo-saxon, a failli complètement, au chapitre économique comme au chapitre politique. Conduite par des politiciens médiocres et sans vision, elle s’est faite l’instrument docile des tendances les plus dérégulatrices du capitalisme international. Cette véritable forfaiture explique le discrédit qui la frappe dans les classes populaires de tous les pays membres."
L’échec du PS :
" A l’échelon politique national, la deuxième gauche, qui s’était donné pour mission la modernisation économique et culturelle de la France, grâce à la participation de la société civile à la décision politique, représente une voie désormais dépassée. Elle reposait sur la notion de compromis social, c’est-à-dire la négociation entre les principaux partenaires économiques. Cette voie contractuelle a été délibérément bafouée par le néocapitalisme qui, assuré de la victoire, a préféré l’affrontement. C’est la fin de l’idéal d’une société policée, soucieuse d’affermir le lien social. Quelques-uns des membres les plus éminents de la deuxième gauche se sont fait les auxiliaires du pouvoir sarkozien : c’est dire l’étendue de leur renoncement et de leur faillite."
"A la différence de celle de 1929, où la faillite du libéralisme conduisait la droite à envisager des solutions fascistes et la gauche des solutions communistes, le monde politique est aujourd’hui muet. Il en va de même des intellectuels chez qui les droits de l’homme et l’écologie constituent des religions substitutives de salut. L’absence de solution politique favorise le développement de dérives psychologiques : l’envie, la haine de l’autre, le culte du chef, la recherche du bouc émissaire, le culte de l’opinion publique à l’état brut représentent autant de succédanés au vide politique béant de la période."
"« L’horreur économique, nous n’avons rien fait pour la conjurer."..."(O.B.)

-Vingt thèses pour repartir du pied gauche
-"La greffe néolibérale a contaminé la social-démocratie"

-Jacques Julliard: «Oui, la greffe néolibérale a contaminé la social-démocratie»
-Jacques Julliard. «De la deuxième gauche à la gauche, la vraie»
-Les remèdes sont trop faibles pour remobiliser la gauche
__________-La stratégie mitterrandienne de Jospin
_______-Pour un socialisme libéral-_Bockel
___-Rocard, symbole d'une deuxième gauche ralliée au sarkozysme
_-Révolution conservatrice en France

samedi 16 novembre 2024

Point d'histoire

           Comment la gauche est entrée en néolibéralisme

      Depuis 1983, qu'on a appelé le "grand tournant", la gauche française a fait un virage, sous l'influence du courant reaganien et thatcherien qui s'imposait à l'époque, à la suite  de l'école de Chicago exaltant les lois du marché et l'affaiblissement de l'Etat comme dogme prioritaire.                                                                                                              ___   "... Dans les années 1980, le néolibéralisme est devenu la force dominante au Royaume-Uni et aux États-Unis, avec des dirigeants conservateurs tels que Ronald Reagan, George H. W. Bush et Margaret Thatcher qui ont remporté plusieurs élections successives et mis en œuvre des politiques néolibérales. Au cours de cette période, la gauche a connu des difficultés électorales, ce qui a conduit à l’émergence de la politique de la troisième voie. En réponse à leurs pertes électorales, la gauche de ces deux pays a commencé à adopter les politiques du New Labour et de la Nouvelle démocratie. Ces politiques cherchaient à mélanger le langage conservateur avec leurs propres programmes pour gagner des élections. Cette approche, appelée « triangulation », consistait essentiellement à enjoliver le néolibéralisme. Je dirais même qu’un [Bill] Clinton ou un [Tony] Blair ont davantage contribué à consolider le néolibéralisme et à le rendre inévitable que Thatcher et Reagan ne l’ont jamais fait. En fait, lorsqu’on a demandé à Thatcher quelle était sa plus grande réussite, elle a répondu que c’était Tony Blair. Elle avait réussi à faire adhérer les travaillistes à ses idées. Blair lui-même a déclaré qu’il considérait que son rôle était de continuer l’oeuvre de Thatcher, et non pas de défaire son travail. Le plus grand privatiseur de l’histoire américaine a été Clinton : il a fait plus de privatisations que Reagan. C’est lui qui a le réduit le plus de dépenses sociales, tout comme il a lancé la guerre contre la criminalité, qui a conduit à l’incarcération de masse, créant ainsi une classe marginale sans pour autant contribuer à la sécurité publique.  Le néolibéralisme a transformé la gauche, qui a perdu le lien entre l’inclusion et l’égalité, entre privilèges et pouvoir. La gauche s’est égarée. Elle a considéré la fragmentation, sociale notamment, comme inévitable. Elle a abandonné l’idée de société, l’idée d’un bien commun plus large. En d’autres termes, elle a abandonné l’idée de solidarité. Nous avons simplement accepté l’idée que la mondialisation et la technologie étaient immuables...."

                    ___ Il y a quelques années, Eric Dupin analysait les transformations de fond des orientations politiques du PS depuis une trentaine d'années, son glissement vers une certaine américanisation, et appelait à sortir la gauche du coma.
"Pour la mouvance socialiste, il n’y a plus aucune alternative au capitalisme. Le débat ne porte plus que sur la question de savoir jusqu’où et par quels moyens on doit régir et réguler le capitalisme". répétait Anthony Giddens, gourou intellectuel du Premier Ministre britannique et chef du Parti travailliste, Tony Blair, promoteur de la troisième voie (The Third Way, titre du livre de Giddens)".
__Le débat semblait clos et les admirateurs de cette mythique troisième voie étaient convaincus que le socialisme pouvait se ramener à agir à la marge du capitalisme libéral, réparer les dégâts de ses excès, en faisant du social, de la remédiation. Dès 1983, le virage mitterandien ouvre la voie à la doxa néolibérale et à ses dogmes: ouverture à une mondialisation sans règles, acceptation d'une certaine désindustrialisation, confiance naïve accordée à la valeur des marchés financiers, engagement dans les privatisations au nom d'une certaine culte de l'entreprise et du "progrès", qui semblait aller de soi après la chute du Mur. Au nom d'une certaine Europe, la gauche renonçait.
_____Jean-Pierre Le Goff remarquait les efforts pathétiques de la gauche pour « maintenir ensemble les morceaux d’une identité éclatée », oscillant sans cesse entre ses conceptions traditionnelles et « une fuite en avant moderniste » censée lui attirer les bonnes grâces des couches sociales montantes.
"L'effondrement du bloc communiste a pratiquement anéanti l'idée d'une autre voie que celle de l'économie de marché. Les transformations du capitalisme financiarisation, transnationalisation) et celle du salariat ont compliqué la question.Mais la professionalisation de l'activité politique, accompagné d'une sélection sociale, a également joué un rôle..." (L.Bonnelli)
__Le PS assiste, impuissant, au creusement des inégalités, sans anticiper sur les orages qui se préparaient. La crise elle-même n'est pas analysée en profondeur, ses causes proches et lointaines sont éludées par les "présidentiables" du PS, et les recettes envisagées risquent fort de faire durer le mal. L'absence de projet, le vide des idées ont été propices à la montée de la guerre des chefs, aux querelles tribales très médiatisées...
     Les "modernistes" du PS donnèrent le ton...


___Jean-Pierre Chevènement fut un des rares à dénoncer
 très tôt les dérives d'une social-démocratie agenouillée devant la loi des marchés.
La gauche s’est ralliée au néolibéralisme, à la désindustrialisation et à l’euro fort et a signé ainsi la fin de sa spécificité.
"Cet idéal d’émancipation culturelle et morale de l’individu a fini par détrôner dans les années 1980, tant dans l’esprit des dirigeants de la gauche que dans les aspirations du cœur de son électorat, les considérations économiques et sociales traditionnelles rapidement devenues « archaïques » à l’heure des restructurations industrielles et de la dérégulation de l’économie. Des demandes non plus sociales mais « sociétales » se sont alors rapidement déployées dans les programmes politiques des partis de gauche des années 1980-90 : nouveaux droits, respect de la « différence », valorisation de la diversité… L’horizon des luttes s’est peu à peu déplacé. C’est désormais l’individu dans ses identités multiples qui doit être émancipé, et non plus le travailleur ou le salarié dans son rapport à la production. Ainsi, par exemple, le triptyque du Parti socialiste français des années 1970 (« nationalisation, planification, autogestion ») qui résumait bien son époque a-t-il été remplacé dans les années 1980-90, par un autre, implicite mais omniprésent : « individu, minorités, diversité ».
    Au-delà de cet aspect culturel, le socialisme européen s’est plus généralement engagé tête baissée dans l’impasse libérale en abandonnant, soit qu’il l’a cru irréalisable soit qu’il l’a cru réalisé, son projet historique. Illusion encore renforcée au lendemain de la chute du Mur de Berlin en 1989 avec la disparition du vieil ennemi communiste. La social-démocratie aurait finalement épuisé son destin historique, la voie particulière qu’elle a historiquement incarnée ayant triomphé. Le réformisme comme méthode (plutôt que la révolution), la régulation de l’économie de marché comme programme (plutôt que l’appropriation collective des moyens de production) et la démocratie politique comme cadre d’exercice du pouvoir (plutôt que la dictature du prolétariat) s’imposant définitivement à gauche.

Mais ce faisant, le socialisme n’a pas su résister aux sirènes du libéralisme ; il en a même parfois volontairement épousé les contours, dans le cas du social-libéralisme. Il a adopté si ce n’est l’idée libérale, qu’il continue à dénoncer avec virulence, du moins son contenu matérialiste et consumériste, voué au culte de la croissance pour elle-même à coup de dérégulation, de flexibilité et de privatisation, mais aussi son projet culturel tout entier forgé autour de l’individu et de ses droits sans cesse étendus, et bien évidemment son programme politique qui privilégie les formes institutionnelles de la représentation et de la préservation des intérêts individuels au détriment d’une ouverture plus collective, plus égalitaire, plus démocratique (participative dirait-on aujourd’hui) du champ politique et social.

De la sorte, les socialistes, sociaux-démocrates et autres travaillistes européens ont largement ignoré la question, pourtant constitutive de leur 
ethos, de la répartition des richesses et de l’équilibre entre capital et travail. Ils ont littéralement abandonné le terrain de la lutte pour l’égalité au profit d’une promotion de la « diversité » qu’ils ont érigée en valeur. Ils ont aussi délaissé la notion fondamentale de solidarité en autorisant une politique généreuse d’accès à l’Etat social à de nouveaux ayants droit sans toujours exiger un quelconque devoir en retour de leur part. En négligeant de repenser le rôle de l’Etat pour l’adapter à son temps, ils ont laissé le slogan authentiquement néolibéral de Ronald Reagan, « l’Etat comme problème plutôt que comme solution », devenir le principe directeur de la réforme des politiques publiques. Ils ont oublié que le but de la vie sociale ne pouvait se résumer à un pur matérialisme, de la même manière qu’ils ont laissé faire les libéraux lorsque ceux-ci ont vu dans les nouvelles aspirations démocratiques et les nouvelles formes de la participation à la vie politique une menace plutôt qu’une chance pour les sociétés contemporaines. Bref, ils ont capitulé.
.."   __________________________

mercredi 8 juillet 2009

Elysée: on recrute (suite)

Le système Sarkozy et le symptôme Rocard, appelé à plancher sur un non-sens économique

Rocard, pour qui Sarkozy représente une "droite intelligente", après l'avoir vertement critiqué...
-Pour lui, Sarkozy a été “talentueux” face à la crise,ce qui ne l'empêche d'avoir été un "danger public"
On ne va pas à la soupe sans contradiction

Une communauté de valeurs, doublée d'intérêts convergents
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Rocard, symbole d'une deuxième gauche ralliée au sarkozysme:
"...Le Président Sarkozy avait congelé Michel Rocard dans une commission Arctique-Antarctique. Il le ressort à présent des eaux glacées du Pôle Sud pour le replonger dans le bouillon du Grand Emprunt...
Brique par brique, l’ouverture sarkozyenne séduit mitterrandistes et rocardiens, voilà ce que nous souflfle la légende sarkozyste.
Qui haïssait le plus Rocard dans la mitterandie ? Michel Charasse ! Or, ce dernier fut l’un des premiers, à gauche à s’enrôler derrière Nicolas Sarkozy, avant même son sacre présidentiel ! Il n’est pas, loin s’en faut, le seul dans le dernier cercle mitterrandien. Ne parlons pas de Frédéric Mitterrand, qui a suivi la consigne du vote en faveur de Chirac en 1995. Jack Lang est le plus connu… et le plus ridicule. Depuis sa mission à Cuba – une faute de goût : il ne fume même pas de havane - Lang ne cesse de se trémousser dans les médias aux fins d’obtenir un poste lui permettant de solliciter à nouveau le sourire des commerçants de St Paul auxquels son épouse Monique rend visite tous les jours que Dieu fait...
arko est peut-être en train de faire carton plein au sein de la deuxième gauche. Il y a d'abord le cas Rocard, déjà évoqué plus haut. Le Président vient de lui permettre de renouer avec la fonction dans laquelle Mitterrand l’avait confiné en 1981 : le Plan. Car qu’est-ce qu’une revisitation du plan sinon cette mission qu’on vient de lui confier sur le Grand Emprunt ? En fait, Sarko a fait une véritable razzia parmi les fils fatigués de Delors et Rocard. Il ne reste plus qu'Hollande et Royal dans cette planète. Beaucoup de rescapés de la deuxième gauche sont devenus, peu ou prou, des collaborateurs du régime : Bernard Kouchner est arrivé le premier ; il avait sans doute négocié son ralliement alors qu’il appelait à voter Ségolène. Toujours prudent, il a emmené Martin Hirsch dans ses bagages. Jean-Marie Bockel a suivi.…. Christian Blanc n'a pas tardé. Cet homme de dossier, doté du charisme d’une chauve-souris a plongé le nez dans le dossier hyper-techno du Grand Paris. Marin Karmitz a été propulsé au Conseil de la création artistique. Alain Bauer a été non seulement le conseiller écouté de Sarkoland en matière de sécurité (cf. l'affaire Julien Coupat ), mais aussi un expert récompensé par une chaire au Conservatoire des Arts et Métiers, un autre fait du prince. Richard Descoing, trop jeune pour être rocardien, mais qui pense pareil, a rédigé un rapport sur le lycée sans obtenir contre toute attente, le poste pour mettre en musique la partition qu'il a rédigée.
La deuxième gauche médiatique n'est pas en reste. Denis Olivennes sera béni chaque matin par des millions d'internautes pour avoir dirigé la commission qui donnera naissance aux lois Hadopi. Un autre membre des Gracques, Bernard Spitz, a dirigé l'une des quatre commissions des Etats Généraux de la presse. Il a suffi d'un déjeuner pour circonscrire Jean Daniel. Laurent Joffrin n'est pas encore rallié, mais il a déjà apprécié le geste républicain du Président qui a regretté, dix-huit mois plus pard, son agressivité envers lui lors de sa fameuse conférence de presse du 8 janvier 2008. C'est peut-être un premier pas. Philippe Val, lui, n'a pas appartenu directement à la deuxième gauche. Il est plus volontiers bhliste. Mais ça revient un peu au même, le bhlisme étant devenu l'aile diplomatique du rocardisme depuis la guerre du Kosovo. Bref, Val, lui, a devancé Joffrin en acceptant la direction de France Inter.
La liste des rocardo-deloro-ralliés est loin d'être exhaustive. Mais elle est sans doute significative d'une plus grande fluidité idéologique entre le sarkozysme et le réformisme de gauche. Le rocardisme comme le delorisme peinaient à se trouver des différences avec une droite française qui s'est toujours vantée, à raison, d'être plus à gauche que Tony Blair. Avant la crise, la deuxième gauche partageait avec le sarkozysme une admiration pour l'efficacité du marché et une passion pour réformer l'Etat et l'amaigrir pourt le rendre plus efficace. Voilà pourquoi l'ouverture sarkozyste aura plus de chances de se pousuivre parmi les bataillons désormais clairsemés de la deuxième gauche que parmi ceux, encore consistants de ce qu'il reste de la première gauche..." (P.Cohen)

-Juppé-Rocard, opération Vintage:
"...Nicolas Sarkozy ne le cache pas, il s’agit bel et bien d’une « stratégie politique », censé nous faire croire que « l’ouverture ne s’arrêtera pas ». Alors que la plupart des économistes mettent en doute l’intérêt de cet emprunt et Seb_ avait d’ailleurs exposé clairement les limites de cette initiative ici-même, le chef de l’Etat a souhaité en fin stratège, s’entourer de personnalités politiques irréprochable.L’objectif est bien évidement de crédibiliser sa démarche et d’apporter à cet emprunt d’utilité plus politique qu’économique, le vernis de respectabilité qui lui manquait. Avec l’humilité qui le caractérise, l’omni-président parle déjà de ces deux prises de guerre comme d’un « grand changement pour la France ».La mission assignée à Alain Juppé et à Michel Rocard est donc double. En surface, ils doivent dresser les conditions d’utilisation de cet emprunt mais en réalité, Nicolas Sarkozy souhaite s’en servir pour obtenir un large consensus autour de cette initiative gouvernementale.En cas de succès, le chef de l’Etat aurait ainsi réussi l’union sacrée en pleine période de crise. L’ouverture serait alors magnifiée et célébrée par l’UMP. Une aubaine avant les élections régionales de 2010 qui reste un enjeu capital pour la majorité en vue de l’échéance présidentielle en 2012..."
-Sarkozy-Rocard : petit clin d'oeil entre amis

dimanche 22 février 2026

Il a (presque) tout dit

Après le drame 

         Et les réactions et manifestations inquiétantes, la confusion des esprits et les réactions à amalgames manichéennes, peu de voix savent prendre la bonne distance et faire une analyse vraiment républicaine.  Quoi qu'on pense de l'homme, de ses engagements politiques passés et de ses ambitions futures, on ne peut sur ce point lui attribuer une ambigüité quelconque...A chacun de juger, en sortant des dérives en cours. Mais une mise en garde n'est pas un programme d'action....   Le mérite de la clarté.


                                                                                                                                                                                         "Je suis conscient des risques que je prends à m’exprimer dans une période de si grande polarisation, d’émotion et de passion politique, mais l’esprit de responsabilité exige l’engagement et la clarté. On criera parce que je compare l’extrême droite d’aujourd’hui à celle d’hier. Je ne dis pas qu’elle est la même. Je dis qu’il y a des filiations qui ne permettent pas de les distinguer radicalement. On criera que je me gauchise et défends LFI. Je le redis : je n’ai aucune affinité, ni aucun lien avec LFI. On criera que je fais la leçon à la gauche et que je me droitise. Qu’on crie. Je crois à la nécessité de dire certaines vérités, même quand elles nous dérangent. Parce que je ressens douloureusement le fait que l’obscurcissement de ces vérités permet de maintenir l’illusion d’une vie démocratique normale quand elle ne l’est déjà plus et risque de basculer. Et parce qu’à cet instant précis, l’enjeu n’est pas de gagner une séquence médiatique : l’enjeu est d’empêcher que la France, par fatigue, par calcul, par aveuglement, ne se réveille un jour en découvrant qu’elle a sanctuarisé le danger qu’elle prétendait conjurer. ____ Quand le réel est compliqué, il faut prendre le temps de la réflexion, de la nuance, de la perspective. L’affaire Quentin Deranque nous place face à une telle obligation. Celle de l’inconfort et de la vigilance. _______ D’abord, il faut le dire sans détour : nous devons dénoncer toutes les violences, quelles qu’elles soient, et les dénoncer sans exception. Nous devons condamner la violence politique, toute violence politique, parce qu’elle n’a pas sa place dans une démocratie. Sans exception. Une démocratie commence là où la force recule, là où la parole remplace le coup, là où l’adversaire demeure un citoyen. Et quand la violence surgit, quand elle s’organise, quand elle se justifie, elle ne frappe pas seulement des individus, elle atteint l’idée même de République. Nous devons aussi mesurer l’importance du moment où nous nous trouvons. C’est pour la France le « moment Charlie Kirk » qu’a vécu l’Amérique trumpienne il y a quelques mois avec l’assassinat de Charlie Kirk par un meurtrier se revendiquant de l’antifascisme. C’est un moment qui vise à la délégitimation d’une partie du spectre politique et à la victimisation de l’extrême droite triomphante. L’enjeu, c’est celui d’une prise de pouvoir sur les esprits, d’une prise de pouvoir sur les rues. Alors soyons vigilants. Ne cédons pas le terrain à l’extrême droite. Nous approchons, j’en suis convaincu, d’un point de non-retour. Quelque chose commence à nous échapper. Il y a un certain confort à rejeter dos à dos toutes les violences, une conviction de se prémunir de tout risque d’avoir tort. Mais cela nous rapproche-t-il vraiment de la vérité ? On ne peut pas jouer avec la démocratie. Il y a quelque chose de troublant à voir tout le paysage politique, de la gauche de la gauche à la droite en passant par la gauche, chercher à tirer parti de la situation. L’extrême droite en est la seule gagnante. Il est des moments où les calculs personnels doivent céder à la défense de l’essentiel : la démocratie. Ensuite, il faut regarder en face ce qui, dans la stratégie et dans les réactions de LFI, nourrit le feu au lieu de l’éteindre, sans jamais confondre responsabilité politique et responsabilité pénale. La justice établira les faits, les rôles, les actes, et les responsabilités individuelles. Mais la politique, elle, répond d’un climat : celui des mots, des postures, des ambiguïtés, des proximités tolérées, de la tentation de l’affrontement permanent. Dans une France divisée, fragilisée, travaillée par les peurs et les colères, jouer sans cesse sur la rupture, sur la ligne de front, sur la dramatisation, c’est prendre le risque de créer les conditions où des acteurs se sentiront autorisés à passer du verbe au geste. Et ce risque, quel que soit le camp, n’est pas théorique : il est désormais devant nous. Je ne parle pas ici au nom d’un camp, je parle au nom d’une certaine idée de la République. Je refuse toute querelle de chapelle, tout règlement de comptes partisan, mais j’affirme en ce moment si grave une exigence de responsabilité nationale de la part de toutes les formations politiques et de tous les responsables politiques.

La France Insoumise a aujourd’hui une responsabilité particulière : celle de ne pas surenchérir et de ne pas stériliser, dans une posture défensive et belliqueuse, une partie de l’électorat. La radicalité, lorsqu’elle devient un style, finit par devenir une mécanique. Et cette mécanique, tôt ou tard, échappe à ceux qui prétendent la conduire. Cela suppose pour LFI de clarifier ses positions, de tenir ses rangs, de rompre avec toute ambiguïté, et de faire prévaloir le débat sur la mise en tension permanente. Cela suppose un discours réfléchi, profond et ouvert. Cela suppose aussi d’accepter l’inconfort : reconnaître qu’on a pu alimenter la tension, même sans vouloir la violence. Je le dis avec force, parce que le basculement est possible. Il faut le dire sans détour : LFI fait tout autant le jeu du RN en s’arc-boutant sur sa rhétorique que certains responsables de gauche en acceptant de renvoyer dos à dos les violences. J’assume de déployer une leçon historique qui ne vaut pas comparaison : en 1933, sans l’intransigeance du parti communiste allemand, aveuglé par sa stratégie « classe contre classe » qui minimisait le risque fasciste, sans doute le parti national-socialiste n’aurait pas pu arriver au pouvoir. C’est la peur du bolchévisme qui a poussé assez de modérés à se rallier, par réflexe, à ceux qui se présentaient comme le seul rempart. Eviter le piège, cela suppose aujourd’hui pour LFI de tracer des limites nettes, de récuser toute complaisance pour la violence, et de choisir la force du débat plutôt que la logique du choc. Cela suppose un discours réfléchi, profond et ouvert. Je le dis avec force, parce que l’heure est grave
Mais c’est ici que la vigilance doit être la plus haute : condamner la violence et critiquer LFI ne doivent pas nous conduire à la faute politique majeure, celle de renvoyer dos à dos toutes les radicalités comme si elles étaient de même nature, de même force, de même danger. Il y a en effet deux fausses idées, deux idées dangereuses, qui piègent ce débat.La première, c’est celle de la symétrie des violences de la gauche et de la droite. Plongez dans l’Histoire, dans l’agitation de la France de la IIIe République au moment de l’affaire Dreyfus et de la montée des ligues. Dans la France des années 30 et de la menace des ligues. Dans l’Allemagne de Weimar, dans l’Amérique du Sud des années 60 à 80 : l’asymétrie de la violence politique a été centrale pour imposer un pouvoir autoritaire et brutal. Le champ démocratique est un plan incliné. L’extrême droite prend le pouvoir sur fond de désordre et de violences de rue. L’extrême gauche, historiquement, sur fond d’effondrement de l’État et de défaite militaire. Les communistes des années 30 n’étaient pas des enfants de chœur, mais les renvoyer dos à dos avec les nervis fascistes, avec près d’un siècle de recul, nous semblerait fautif. ___________ Le parti social-démocrate allemand, grande force républicaine de gauche à l’époque, a eu sa part de responsabilité dans la montée du nazisme, en maintenant l’illusion d’une posture d’équivalence qui a conduit à son propre écrasement. Aujourd’hui, entendre en France des responsables du centre gauche saisir l’opportunité de régler leurs comptes et de se débarrasser d’adversaires encombrants pour s’imposer dans les sondages me paraît une faiblesse politique et une facilité d’estrade. Quant à la droite qui y voit l’occasion d’un apaisement de façade pour pouvoir s’allier à l’extrême droite sans faire de cauchemars la nuit, je ne reconnais plus rien en elle de la vigilance chiraquienne. Et qu’on se comprenne : ce tir croisé sur LFI, par calcul, par repositionnement, par opportunisme, a un effet mécanique. Il détourne l’attention du danger principal et contribue à normaliser l’extrême droite en la dispensant d’être interrogée comme elle devrait l’être. ________ Cette illusion de la symétrie, c’est une illusion numérique. Les groupuscules violents d’extrême droite sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux à travers tout le territoire et ils augmentent en nombre chaque jour. Même en termes de victimes, macabre décompte, l’extrême gauche a fait une victime ces cinq dernières années, les militants d’extrême droite en ont fait onze, essentiellement des victimes ciblées sur des bases religieuses et raciales, des motifs profondément politiques. Depuis 1986, rappelle l’historien Nicolas Lebourg, 59 morts sont attribués à l’ultra-droite, contre six à l’ultra-gauche. C’est le retour des ligues. C’est un magma de groupuscules qui tissent un réseau de lieux, d’affinités, de thèmes. ___ C’est une illusion sur les formes de la violence. L’extrême droite, depuis deux siècles, vise à maîtriser la rue pour imposer la violence comme politique. L’extrême gauche veut imposer une politique par la violence. Quelle différence cela fait ? Quand la gauche est violente, elle effraie et elle nuit à la politique qu’elle veut mettre en œuvre. Quand la droite est violente, elle commence déjà à mettre en œuvre sa politique. Et même quand elle perd, elle gagne en montrant l’horreur du désordre et donc la nécessité d’un ordre à tout prix, d’un ordre au prix de la violence. __ C’est une illusion sur les probabilités des risques. Le pays risque-t-il aujourd’hui de basculer dans un régime de gauche radicale ? Rien n’étaye cette idée. LFI stagne dans les sondages autour de 10 à 15%. L’extrême droite est, elle, à 35 ou 40 %, et tous les sondages la donnent gagnante à l’élection présidentielle de 2027, ce que tout le monde essaye d’oublier pour maintenir la fiction d’une vie politique normale. Aux États-Unis, on voit bien que le risque mortel peut venir moins de groupuscules marginaux que d’une administration Trump qui théorise le mépris du droit et le recours à la violence. Aujourd’hui, la diabolisation de LFI, par des amalgames qu’elle a rendus elle-même possibles en raison d’erreurs voire de fautes stratégiques manifestes, n’a qu’un sens : légitimer une prise de pouvoir identitaire et justifier les ralliements de plus en plus nombreux. Jordan Bardella a ainsi appelé, par une inversion du stigmate, à un « front commun » contre LFI. Faut-il vraiment oublier qu’en 1933, le parti national-socialiste prenait prétexte de l’incendie du Reichstag attribué à Van der Lubbe pour interdire le parti communiste et de nombreuses organisations de l’opposition de gauche et engager la mise au pas de l’Allemagne ? _____ La deuxième fausse idée, c’est celle de la normalisation de l’extrême droite, considérée désormais comme une part légitime du débat politique. C’est qu’on oublie facilement que l’extrême droite n’est pas un choix comme un autre dans une démocratie, parce que souvent il n’y a pas de retour en arrière. Aucun régime de gauche radicale n’a été élu en Europe qui n’ait rendu les clés du pouvoir par les urnes. En revanche, de nombreux régimes d’extrême droite ont accédé au pouvoir par les urnes, du moins légalement, sans le rendre : Allemagne, Italie, Hongrie, Roumanie. Ce n’est pas toujours le cas, mais c’est suffisamment souvent le cas pour que ce soit un risque mortel qu’on ne peut prendre. Normalisation des engagements politiques de la jeunesse nationaliste ? Les choses n’ont pas tant changé. Au lendemain d’une manifestation d’hommage à Quentin Deranque à Paris, les manifestants ont laissé sur les murs une traînée de croix gammées. Quel parti accumule les condamnations de ses membres pour antisémitisme et pour racisme ? Le Rassemblement national, de manière récurrente. Ne nous laissons pas égarer par des façades repeintes. ________________Quels sont les risques aujourd’hui ? Ils sont doubles. C’est d’abord l’installation d’une culture de guerre civile dans laquelle les violences des uns justifieraient sans fin les représailles des autres, écrasant entre elles un centre soucieux d’apaisement et de dialogue jusqu’à ne laisser qu’un face-à-face des radicalités. C’est ensuite la complicité tacite de toutes les forces politiques à la prise de pouvoir par l’extrême droite. C’est là le nœud : à force de concentrer les coups sur LFI, par tactique, par confort, par calcul, on crée un corridor de respectabilité pour le RN. On lui offre ce dont il a toujours rêvé : l’apparence de la normalité, le privilège d’être la réponse au désordre qu’il prospère à entretenir. __________Ce moment exige une résolution : ne rien céder à la violence, ne rien céder aux calculs, ne rien céder aux facilités de la symétrie. La République ne se sauvera ni par les postures, ni par les anathèmes, ni par l’ivresse des camps. Elle se sauvera par la clarté des mots, la fermeté du droit, la responsabilité des partis, et le refus de sanctuariser l’extrême droite sous prétexte de combattre ses adversaires. L’heure n’est pas à se compter, elle est à se tenir. Et si la France veut éviter le point de non-retour, elle doit retrouver ce qui fait sa force quand tout vacille : la dignité du débat, l’autorité de l’État, et l’esprit de République ". ___ Un mort de trop ____________________