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vendredi 5 décembre 2014

Lire, encore...

      Je lis, tu lis, il lit, nous lisons, vous lisez, ils lisent...
                 Pourquoi lire?
Parce que... 
                 Lire ne sert à rien. C'est pour cela que c'est une grande chose...
    Lire, c'est vivre.
La lecture a en elle-même sa pleine justification.
Certes, ne pas lire n'empêche pas de vivre.
     Mais il y a vivre et vivre...
On peut lire pour bien des raisons, pas toujours conscientes, côtoyer des genres bien différents, changer de goût avec le temps et l'humeur, mais si la lecture nous prend, nous sommes sauvés...pas seulement de l'ennui qui toujours guette, mais aussi de nos horizons limités, de notre esprit en sommeil, de nos facultés étriquées...
    Du temps perdu? Si on veut...Mais que serait un monde où n'existerait que le critère d'utilité ?
...Le plaisir du texte n'a pas d'équivalent, quand on ne lit pas par devoir ou par nécessité.
     Mais la lecture est peut-être en danger. On ne lirait plus...
Le tout-numérique semble une des  menaces, même si, à l'aube d'une ère nouvelle, des questions se posent encore, notamment au sujet du e-book.
   Il est tout de même absurde étrange, surréaliste, que des élèves, comme Julien Sorel dans son enfance, puissent se voir reprocher de lire beaucoup trop! (sic)
   La lecture serait donc élitiste?
C'est en lisant qu'on devient lecteur, ouvert au monde  et à l'expérience humaine en général.
    La lecture par survol n'est pas sans incidence.
        «Il y a une inquiétude sur le fait que l'affinité des jeunes enfants avec des appareils électroniques de leurs parents et souvent leur maîtrise [de ces derniers] puissent freiner le développement de leurs capacités à lire en profondeur».
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samedi 18 juin 2016

 Lire, et lire...
                       Un pensum, une obligation, un devoir?...
       Non,  une fenêtre ouverte, une liberté, un plaisir, avant tout. Un plaisir qui se gagne.
 Les conseils ne manquent pas
  Que de temps perdu dans une journée ordinaire! La télé, facebook...c'est chronophage.
  On peut ne pas avoir appris ou désapprendre, mais on peut aussi réapprendre à lire.
  Pour bien des raisons
     Pour vivre autrement
  Pour mieux s'ouvrir au monde, à l'expérience humaine, à soi-même
        Lire encore 
          Lire pour aller loin, lire pour aller bien , lire pour aller mieux...
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samedi 24 septembre 2022

Lire, écrire...

          En mutation?

                                        Deux activités fondamentales supposées acquises assez rapidement par chacun dans sa scolarité, socles de tout autre apprentissage et de tout plaisir intellectuel renouvelé.. Car la lecture maîtrisée est une porte ouverte non seulement vers de nouvelles connaissances, mais aussi vers des plaisirs toujours variés. Or, nous ne sommes pas bons dans ce domaine, si l'on en croit des données récentes. Beaucoup de jeunes élèves ne maîtrisent pas (ou peu) la lecture, et parfois conserve ce handicap longuement, sans avoir sur ce sujet la maîtrise requise. Un trop grand nombre n'arrivera jamais au niveau où la lecture est devenue fluide, courante et source de vraies informations et sources de plaisirs.                                                                                                                                                         Ce qui pose un problème nouveau, quasi civilisationnel, c'est le fait,  constaté notamment aux USA: de plus en plus d'enfants, voire d'étudiants, ne (re) connaissent plus les signes de leur langue écrite cursive. Comme un défaut d'apprentissage et un défaut d'initiation à l'écriture traditionnelle, le numérique, la tablette étant devenu l'outil quasi exclusif de transmission.   Cela pourrait bien devenir la règle chez nous, pour contourner les méthodes traditionnelles jugées trop longues ou fastidieuses. Or il y aurait là une rupture qui ne serait pas de pure forme, qui interdirait notamment l'accès à de multiples documents écrits. Un phénomène non anodin, conséquence de directives  laxistes et/ou inconscientes, lourdes de conséquences: 


                                                                "... Pour The Atlantic, une professeure d'histoire d'une fac américaine s'interroge sur les conséquences potentielles de l'arrêt de l'apprentissage de l'écriture cursive (un type d'écriture manuscrite, lorsque les lettres sont liées entre elles). Son questionnement sur le sujet a démarré après qu'un de ses étudiants d'un niveau similaire à celui de nos licences lui a confié n'avoir pu tirer beaucoup d'informations du livre sur la guerre de Sécession que l'enseignante lui avait prêté, car il avait été incapable de déchiffrer les reproductions de manuscrits qui y figuraient.    
Drew Gilpin Faust, la prof, a alors procédé à un sondage, et s'est rendue compte que les deux tiers des étudiants de cette promotion ne savaient pas lire les cursives, et qu'un nombre encore plus grand ne savait pas les écrire. D'où le début d'une réflexion, menée conjointement avec ses élèves, sur la place –et surtout l'absence– de l'écriture manuscrite dans leur existence.  Au début des années 2010, rappelle Drew Gilpin Faust, l'écriture cursive a été rayée des enseignements imposés au sein du système américain K-12, sigle désignant le cursus scolaire allant de la maternelle au secondaire. Les étudiants d'aujourd'hui étaient alors à l'école primaire, où on leur a appris à utiliser des tablettes, des ordinateurs et des tableaux numériques. La plupart d'entre eux affirment n'avoir reçu que les bases de l'écriture cursive, pendant une année maximum.            ______Étonnée par sa propre époque mais bien décidée à ne pas sombrer dans une observation amère de celle-ci, Drew Gilpin Faust fait preuve d'un certain fatalisme. «Le déclin de l'écriture cursive semble inévitable», écrit-elle. «Après tout, l'écriture est une technologie, et la plupart des technologies sont tôt ou tard dépassées et remplacées.» Une affirmation frappée du sceau du bon sens, même si pour la plupart d'entre nous, qui avons grandi dans un système éducatif où l'écriture cursive était au centre de tout, il semble improbable que celle-ci puisse disparaître un jour.                   Il reste particulièrement difficile d'envisager que des étudiants en histoire ne sachent ni lire ni écrire en lettres cursives, étant donné qu'ils ne pourront alors déchiffrer aucun manuscrit, et qu'ils devront se contenter de lire les travaux de recherche produits par d'autres. Cela ne signifie pas pour autant qu'il leur soit impossible de mener de brillantes études d'histoire: c'est ainsi que l'un des étudiants de Faust est allé au bout de sa thèse, dont il a simplement remodelé le sujet afin de ne pas rencontrer d'obstacles liés à sa méconnaissance de cette écriture.   Pour autant, n'est-il pas regrettable de devoir limiter son champ de recherche à cause de cette compétence manquante? L'enseignante cite aussi le cas d'une étudiante passionnée par Virginia Woolf, mais qui a décidé d'abandonner ses recherches sur l'autrice car elle n'était pas capable de lire ses nombreuses correspondances, écrites à la plume.....Autre préoccupation de l'enseignante: comment font les étudiants et étudiantes pour déchiffrer les annotations laissées sur leurs copies? La réponse est simple: certains n'hésitent pas à demander à leurs professeurs, et d'autres ont purement et simplement décidé de les ignorer... ce qui est évidemment problématique. Si les uns continuent à utiliser l'écriture cursive et que les autres décident de ne même pas essayer de la lire, alors le dialogue de sourds est total.   Quid des listes de courses? Des cartes de vœux? Nous, les adeptes de l'écriture cursive, voyons mal comment nous pourrions nous en passer. La réponse est similaire à ce que Faust écrit plus haut: ce n'est qu'une technologie, elle est donc remplaçable. Tout ceci peut être fait de façon numérique, sur un smartphone ou un ordinateur –et, si besoin, à l'aide d'une imprimante. ..."                                                                                                                                                          ____Etonnant que l'on  découvre seulement ce fait et que l'on s'étonne d'un phénomène comparable à la perplexité de Champollion devant des hiéroglyphes non encore déchiffrés ...Comme le constatait pour son pays un auteur bien connu, la lecture elle-même est en danger. 

                                   __________________________                           

vendredi 18 juillet 2014

Politique du livre

Lire et vivre
                     Primum vivere, ça va de soi, deinde legere, c'est mieux...
      Lire est sans doute l'activité culturelle la moins spontanée qui soit.
Elle semble n'être que purement privée.
        Elle l'est, mais elle suppose des conditions qui dépassent largement  le strict cadre individuel.
      Sans incitations culturelles, directes et indirectes, familiales, scolaires  et périscolaires, elle peine à se développer ou reste lettre morte.
     Savoir lire n'entraine pas automatiquement le plaisir de lire, le développement de cette activité étrange, qui ne sert à rien, où l'esprit se frotte à d'autres esprits pour tirer une jouissance et une expérience dont il tirera un profit le plus souvent invisible mais profonde. Une osmose mystérieuse. « Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » (Montaigne)   Des rencontres parfois improbables, surprenantes, stimulantes,parfois décevantes par rapport aux attentes. Mais une lecture peut changer une vie.
    De Cicéron à Montaigne, de Diderot à Proust, les grands auteurs ont été aussi de grands lecteurs.
 Même s'il peut arriver que des conditions culturelles défavorables incitent paradoxalement à la lecture, comme  J.Sorel, cherchant à fuir et à défier son milieu, comme Edouard Louis, pour sortir de l'humiliation sociale et pour mieux la penser.  La demande peut parfois être stimulée paradoxalement par des conditions défavorables, mais ce n'est pas la règle.
       La politique de l'offre est une donnée déterminante. Le livre doit être présent ou proche pour susciter l'envie.
De ce point de vue, tous les pays n'offrent pas les même chances d'abondance et de choix.
             Lire est un engagement à dimension politique, au sens où il suscite éveil,curiosité et esprit critique. La peur des livres ou la chasse au livre se retrouve dans tous les régimes où la liberté de l'esprit est considérée comme une menace politique. Les autodafés en sont pas d'hier...

  ____________________ On peut considérer qu'acheter un livre est un acte politique
                      Mais quel livre? 
   Une américaine à Paris (même  si Paris n'est pas Guéret ou Fourmies) peut s'étonner de la diversité éditoriale et de l'abondance d'une offre qui ne passe pas pour l'essentiel par Amazon, sa politique low cost, et son quasi monopole.
    Le prix unique du livre, impensable ailleurs, favorise le maintien de librairies indépendantes permettant une offre ouverte, un espace d'échanges, des conseils personnalisés.
      Même si ce n'est pas suffisant, la France (au contraire) vient de voter à l'unanimité une loi dite anti-Amazon, interdisant aux vendeurs en ligne de proposer la livraison gratuite sur les livres bénéficiant déjà d'une réduction [la TVA à 5 %]. Cette nouvelle décision s'inscrit dans un effort de préserver la "biblio-diversité" et d'aider les libraires indépendants à concurrencer la vente en ligne. Ici aucun libraire n'a le pouvoir de faire pression sur les éditeurs. Selon les estimations, Amazon s'arrogerait seulement 10 à 12 % des ventes de livres neufs en France et si le géant du net accapare 70 % du commerce de livres en ligne, seulement 18 % des livres sont vendus sur Internet en France.
      Aux USA, les librairies indépendantes meurent, tuées par le géant Amazon et ses pressions sur les éditeurs.  Sans parade internationale concertée, la France pourra-t-elle résister au géant, qui dictera sa loi, même peut-être sur les genres et les contenus?
                 Mais l'avenir du livre n'est pas scellé. Le lectorat est en chute libre, pour diverses raisons, qui ne tiennent pas seulement au développement du numérique.
     Le défi du numérique est plus que jamais présent, d'où l'importance des soutiens variés à l'économie si particulière du livre, qui n'est pas un produit comme un autre.
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mercredi 8 septembre 2010

Lire ou ne pas lire...

La com' ou la littérature?

_Menaces sur l'enseignement de la langue

-« Bien sûr, le monde peut se passer de la littérature. Mais il peut se passer de l’homme encore mieux » (JP Sartre)

Quelques raisons de lire...











-Depuis un certain nombre d'années, tend à s'imposer, au gré des circulaires ministérielles, une conception de l'enseignement des lettres de plus en plus appauvrie, en quantité et en qualité:
réduction des heures d'enseignement du français au collège, plus ou presque plus de place pour l'histoire de la littérature( si nécessaire pour comprendre les influences ,les connexions des sensibilités, des genres,des styles), éclatement des approches par des études de textes coupés des oeuvres et des contextes, tendance à ramener la langue à un simple outil à valeur purement et seulement utilitaire, professionnelle (surtout dans l'enseignement technique).
A l'heure où la maîtrise de leur propre langue maternelle fait problème pour de nombreux élèves et de plus en plus de jeunes adultes, où les nouveaux moyens de communication dominent les échanges, tendant à appauvrir la communication, réduisant le vocabulaire, la maîtrise de la syntaxe, du style, de la sensibilité et de la capacité de s'exprimer avec justesse et précision, on abandonne de plus en plus, de renoncement en renoncement, les possibilités d' approfondir le rapport au monde et à soi, de développer le plaisir que peut donner le contact régulier avec l'oeuvre littéraire sous toutes ses formes.
Ces abandons sont les effets d'une société de plus en plus utilitariste et mercantile et renforcent la tendance où l'on produit des ingénieurs qui ne savent pas rédiger un rapport clair et bien écrit et ne lisent plus, des jeunes qui ne savent pas mettre des mots sur leurs émotions, sur leur vécu, et n'ont plus parfois que la violence verbale pour
faire valoir leur point de vue.
Cercle vicieux: puisque "les élèves ne lisent plus", abaissons le niveau d'exigence. Une bataille perdue d'avance?...Surtout quand l'acte éducatif tend à devenir problématique.

Sans être passéiste ou puriste, on peut légitimement s'inquiéter d'une dérive qui menace la richesse de l'espace intérieur comme la qualité des relations culturelles et sociales. La scolastique souvent désséchante , qui prend trop souvent le pas sur le contact éclairé et vivant avec les oeuvres ne favorise pas l'"amour des lettres".
La littérature ne "sert à rien", mais comment ne pas reconnaître son importance vitale de ressourcement, d'ouverture, d'expériences uniques, de plaisir gratuit, quelle que soit sa forme ?
Vous avez dit "plaisir"?
"...Alors que tout sens de l'effort est présenté comme une contrainte insupportable, la sous-littérature trouve sa justification, pour les pédagogistes, dans un plaisir immédiat pour les élèves - comme si on ne pouvait éprouver aucune joie à triompher d'une difficulté ( le mot " plaisir " a disparu du BO 2000). A force de trop vouloir assister les élèves par des béquilles, on va finir par les amputer, alors que le but de tout enseignement est d'exalter en l'élève sa puissance d'être et d'agir. Dès lors que l'école a cessé d'être un sanctuaire et que l'extérieur et le monde du travail y ont pénétré, sa finalité n'est plus l'accroissement de la vie : "il s'agit [désormais] d'ajuster une pièce, de vérifier un chèque, de calculer une pression" (M. Henry). L'irruption de la "culture jeune" à l'école a rendu poreuse la frontière entre la vie privée de l'élève et la sphère publique. La lecture - voire l'écriture - privée des adolescents et leur intimité sont habilement récupérées par l'Institution qui se gardera bien de les guider vers une culture référentiaire commune. Les élèves ne sont plus que des particules atomisées et autofondées. Voilà où conduit le dogme de l'adaptation au "nouveau public" scolaire, à une atrophie et à un contrôle accru des élèves.__J.P. Le Goff analyse parfaitement ce que signifient lire et écrire : "La pédagogie, pour indispensable qu'elle soit, est démagogie lorsqu'elle dénie ce décentrement et l'effort qu'il implique, lorsqu'elle laisse penser que la culture ne serait qu'une simple réponse aux besoins et aux désirs des jeunes. […] En ce sens, la lecture et l'écriture comportent nécessairement au départ une dimension "fastidieuse" et une rupture avec la logique de la suprématie du "moi". […] Lire et écrire ce n'est donc pas d'abord "prendre du pouvoir" sur les autres et se débarrasser d'un lien de dépendance, c'est au contraire s'insérer dans un ordre symbolique commun qui constitue un héritage. […] Le langage est "tâche autant qu'héritage" ; les jeunes ne peuvent être d'emblée des créateurs et des novateurs, ils sont d'abord des héritiers. Une des missions essentielles de l'école est précisément de leur transmettre cet héritage." D'aucuns semblent considérer Rabelais, Molière ou Voltaire comme des "auteurs morts ou en bonne voie de l'être" et sous-entendent que Gargantua, L'Ecole des femmes et Candide, dont seraient indignes pour on ne sait quelles raisons et au nom d'on ne sait quels préjugés les élèves d'aujourd'hui (en tout cas s'il est avéré qu'ils sont incapables de les étudier à 16 ans, la responsabilité incombe aux précédentes réformes de nos "réformateurs" au collège, et surtout au primaire), doivent vite être enterrés au Panthéon. Au contraire les nouveaux programmes, jeunistes et "light", ont une fois de plus pour conséquence (pour charge ?) d'amoindrir les élèves, ce que confirme en particulier la disparition de l'histoire littéraire. -Pour résumer, une conception de l'enseignement de la littérature est donc mise à mal, celle d'un enseignement humaniste. On peut donc craindre que, à terme, les menaces qui pèsent sur l'enseignement littéraire ne se portent sur la littérature elle-même, car trouvera-t-on encore des lecteurs pour les œuvres majeures de demain ?..
" (C.Billon)

Il est urgent de repenser l'enseignement du français
_La filière littéraire, un cursus à réinventer
_Refonder l'école
__Crise de l'enseignement du français
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Jean Rouaud : « Il faut sauver la littérature »
A quoi sert la littérature?
Des livres pour changer la vie
Nicolas Sarkozy et la littérature
La culture selon Sarkozy

mardi 3 mars 2015

Bibliothérapie

 Lire peut guérir ou aider à le faire
                                                Lire, parfois juste pour aller mieux

 «Il est certains cas pathologiques, pour ainsi dire de dépression spirituelle, où la lecture peut devenir une sorte de discipline curative» (Marcel Proust)
           
       Il existe des livres qui peuvent changer la vie.
 Même si être heureux n'a pas toujours grand sens, tant cette notion de bonheur est relative et subjective, certains livres peuvent contribuer à sortir du malheur, des tourments, de la détresse, de l'ennui...Ou à s'en évader temporairement.
    Il n'y a pas que le corps qui soufre.
    L'esprit a aussi ses carences et ses pathologies...
          Lire peut effacer les bleus se l'âme.
          On lisait même dans les tranchées...pour mettre l'insupportable entre parenthèse.
      C'est plus qu'une compagnie.
Montaigne le disait, pas seulement en été.
   Montesquieu constatait: "Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dispersé".
Lire est une drogue dont on peut abuser.
Le tragique est que l'on puisse brûler les livres.  
Ce qui dit beaucoup sur leur pouvoir.
Le livre est aussi un problème qui dépasses nos personnes. Sans  politique du livre, il ne peut gagner la partie.Le livre a à voir avec la liberté.
La télévision est bien souvent une perte de temps, le schwing-gum des yeux.

« Lecture, une bonne façon de s’enrichir sans voler personne. »
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samedi 31 octobre 2020

La fête à Amazon

Silence on ferme!... 

                           ...Les petites librairies et toutes les manifestations culturelles, les spectacles....Les artistes sont priés de rentrer à la maison! Il faut sauver l'essentiel; l'économie. Metro, boulot, dodo. La culture attendra. Primum vivere.                     __ Les hyper disent merci!     Les livres attendront le retour des jours meilleurs, comme s'ils n'étaient pas essentiels quand ils faut guérir les bleus de l'âme, sortir l'esprit du confinement mortifère.     On comprend la colère des libraires et les frustrations des lecteurs. Qui décrète de ce qui est essentiel?  Surtout quand on a tout fait pour réduire les risques de contamination. Il est temps de réagir.               ___ La Fnac pourra ouvrir ses portes, au motif qu'elle vend aussi du matériel électronique, mais surtout le géant qui écrase les libraires n'aura aucune limite. Amazon accroîtra encore plus son immense fortune sans contraintes.

        Les livres sont des choses "inutiles" qui nous veulent du bien. Si la musique adoucit les moeurs, les livres peuvent adoucir l'existence, lui donner un sens nouveau, conférer une lumière dans les ténèbres, sauver parfois de la désespérance.

  "La vie est trop courte pour s'infliger de mauvais livres"        
    Certes, les livres ne guérissent pas les bleus de l'âme, mais ils peuvent souvent contribuer à retrouver un certain goût de vivre, en nous sortant de notre isolement, voire de notre esseulement, voire d'une certaine détresse morale, en côtoyant l'humaine condition, comme disait Montaigne. Mais pas seulement. Ils sont là aussi pour la jubilation.
  Encore faut-il trouver les bons livres, ceux qui nous conviennent à un moment donné. Tout ce qui s'imprime n'a pas la même valeur. De même qu'il y a lire et lire, il y a écrire et écrire.
        Comme dit Birnbaum: "Au début de son récit 'Tomber sept fois et se relever huit', Philippe Labro raconte qu'il ne cesse de transpirer, sans comprendre ce qui lui arrive. Exactement comme moi à ce moment-là. De même, en lisant 'Face aux ténèbres', où William Styron, suicidaire, décrit sa plongée dans la dépression, à chaque page, je pouvais me dire : 'D'autres avant toi sont passés par cet état."
    Que l'on croie ou non au bibliocoaching, on peut toujours se donner les moyens de trouver le livre, l'auteur, avec lequel notre esprit entrera mystérieusement en résonance et qui nous révélera à nous-mêmes et peut-être nous libérera de pesanteurs aliénantes., ne serait-ce que de manière passagère. De manière gratuite et non purement utilitaire.
    Comme dit encore Birnbaum: "Pour aller mieux, j'ai retrouvé le chemin du papier et de l'écriture à la main, moi qui m'étais enfermé dans les écrans" 
       Lire peut aider à libérer 
                    Que lire libère, c'est le bon sens même. Les mots, leur agencement, l'atmosphère qu'ils créent peuvent apaiser les maux.
      Le plaisir de lire ne se décrète pas, mais il peut se cultiver. 
Pas de recette particulière, le goût de la lecture vient en lisant. Cette musique de mots.
     Trouver une passeur de lecture est la meilleure voie...Affaire de chance parfois, de disponibilité toujours.

                                                                       ______________


jeudi 10 janvier 2019

Lire ou twitter

Faut-il choisir?
                    Lire, c'est voyager, c'est ouvrir des horizons, c'est s'alimenter spirituellement, c'est se donner des possibilités de changer, de grandir.
           Twitter, c'est tourner en rond. Dans le bavardage planétaire sans fin, de manière le plus souvent stérile. Même si l'on peut se soigner, si l'on est bien atteint...
   Non pas que les réseaux sociaux soient toujours inutiles, mais le plus souvent que de temps perdu narcissiquement, qui pourrait être mieux employé! Même quand  on siège à Washington.
   Twitter, c'est surfer sur la rumeur, indéfiniment, alors que les jours n'ont que 24 heures et que notre temps nous est compté.
      Lire, c'est permettre un retour souvent imprévisible aux expériences fondamentales qui font la pâte humaine. On n'a jamais fin de se trouver, de se surprendre dans les aventures intérieures que confèrent certaines lectures bien choisies. C'est un pont vers l'humaine condition, comme disait Montaigne.
   On a pu estimer que c'est deux cents livres par an que l'on manque, si l'on passe en mode twitter, l'on passe sa vie (et ses nuits) devant les écrans.  Sans stress, sans crainte pathologique de manquer quelque chose. Par contre, on peut être comblé par quelques livres seulement.
   L'activité chronophage des écrans fait passer à côté de richesses souvent insoupçonnées, que l'on ne découvre qu'en lisant. Et c'est en lisant qu'on devient lecteur. C'est en twittant sans frein qu'on devient addict...et qu'on lit de moins en moins.
Twitter  ou pas?  Comment sortir de la dépendance narcissique du smartphone notamment? Twitter serait-il le tout à l'égo?
    So smart, avez-vous dit? La nomophobie peut-être un mal redoutable.
   L'équilibre n'est pas toujours simple à trouver.
  Même si certains facétieux prétendent que même Jésus twittait.  Enfin de temps en temps... 
        Si twitter c'est souvent tuer le temps, lire c'est vivre. 
   Et en plus, c'est bon pour la santé, comme dit notre télégénique docteur national. 
         Et il est toujours temps de retrouver le plaisir du texte.
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samedi 29 septembre 2018

Bibliothérapie

       (Bis repetita....)
Les livres: ces choses inutiles qui nous veulent du bien....
                  Si la musique adoucit les moeurs, les livres peuvent adoucir l'existence, lui donner un sens nouveau, conférer une lumière dans la nuit.

  "La vie est trop courte pour s'infliger de mauvais livres"          

    Certes, les livres ne guérissent pas les bleus de l'âme, mais ils peuvent souvent contribuer à retrouver un certain goût de vivre, en nous sortant de notre isolement, voire de notre esseulement, voire d'une certaine détresse morale, en côtoyant l'humaine condition, comme disait Montaigne.
  Encore faut-il trouver les bons livres, ceux qui nous conviennent à un moment donné. Tout ce qui s'imprime n'a pas la même valeur. De même qu'il y a lire et lire, il y a écrire et écrire.
        Comme dit Birnbaum: "Au début de son récit 'Tomber sept fois et se relever huit', Philippe Labro raconte qu'il ne cesse de transpirer, sans comprendre ce qui lui arrive. Exactement comme moi à ce moment-là. De même, en lisant 'Face aux ténèbres', où William Styron, suicidaire, décrit sa plongée dans la dépression, à chaque page, je pouvais me dire : 'D'autres avant toi sont passés par cet état."
    Que l'on croie ou non au bibliocoaching, on peut toujours se donner les moyens de trouver le livre, l'auteur, avec lequel notre esprit entrera mystérieusement en résonance et qui nous révélera à nous-mêmes et peut-être nous libérera de pesanteurs aliénantes., ne serait-cz que de manière passagère. De manière gratuite et non purement utilitaire
    Comme dit encore Birnbaum: "Pour aller mieux, j'ai retrouvé le chemin du papier et de l'écriture à la main, moi qui m'étais enfermé dans les écrans" 
       Lire peut aider à libérer 
                    Que lire libère, c'est le bon sens même. Les mots, leur agencement, l'atmosphère qu'ils créent peuvent apaiser les maux.
      Le plaisir de lire ne se décrète pas, mais il peut se cultiver. 
Pas de recette particulière, le goût de la lecture vient en lisant.
     Trouver une passeur de lecture est la meilleure voie...Affaire de chance parfois, de disponibilité toujours.
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lundi 12 septembre 2011

La santé a un prix

Progrès à rebours

La santé sera-t-elle bientôt un luxe?

__La question peut sembler incongrue, mais elle est d'actualité.
C'est déjà le cas pour des couches de plus en plus larges de la population, qui n'ont pas les moyens financiers de s'offrir une mutuelle, qui ne peuvent payer les dépassements d'honoraires, qui ne peuvent changer de lunettes quand il le faudrait, qui ne soignent plus leurs dents, qui ne passent plus par le stade prévention, etc...
_Ce n'est pas l'opposition qui le reconnaît, mais Mme Bachelot , qui pointe le problème des "inégalités devant la santé": "La France se trouve dans une situation paradoxale. L'espérance de vie à la naissance est parmi les plus élevées d'Europe pour l'ensemble de la population, mais les inégalités entre catégories sociales sont parmi les plus importantes". Ainsi "à 35 ans, l'espérance de vie d'un homme cadre supérieur est supérieure de 7 ans à celle d'un ouvrier". Or, 60% des décès survenus avant 60 ans sont dus à des facteurs qui seraient simplement modifiables par la prévention."
"39% des français ont renoncé aux soins qui leur étaient prescrits pour des raisons financières", constate les Secours Populaire.
Le "trou de la sécu" a bon dos..
On assiste en fait à un processus de petits pas vers la privatisation...conforme à l'esprit de la libéralisation des services et à une course vers d'absurdes concurrences.
On peut même se demander si depuis quelques années ne se met pas en place la stratégie du pire:

"Révélés par la Cour des comptes, jeudi 8 septembre, les déficits de la Sécurité sociale sont à ce point colossaux qu'on peine à imaginer qu'il y a derrière cette catastrophe financière et sociale une stratégie secrète. Tout juste est-on enclin à penser que la crise a tout bonnement fait sentir ses terribles effets et que, par incompétence ou par négligence, le gouvernement a laissé filer les déficits au fil de l'eau, au point qu'ils atteignent maintenant des niveaux historiques. Et pourtant tout est là... Sans doute le gouvernement manifeste-t-il beaucoup d'indifférence coupable ou d'incompétence dans ce dossier de la Sécurité sociale, comme il en manifeste plus généralement dans le dossier des finances publiques (lire Austérité et Grand Guignol).

__Il reste qu'il a, envers et contre tout, en ce domaine un cap très précis. Et ce cap, on devine de plus en plus nettement ce qu'il est : c'est celui, à terme, d'une privatisation de la Sécurité sociale. En clair, si le gouvernement s'accommode de déficits à ce point abyssaux, c'est qu'ils servent un dessein même s'il n'est pas encore publiquement assumé : celui du basculement vers le privé d'un immense système solidaire qui, depuis la Libération, a échappé au lobby de l'assurance privée et que celui-ci cherche à grignoter progressivement, dans l'espoir, pour finir, d'un gigantesque « big bang » social...___Le rapport de la Cour des comptes.. montre méticuleusement que la crise n'y est pas pour grand-chose. En clair, la récession a certes fait le lit du chômage et pris la Sécurité sociale en tenailles, en générant des prestations en hausse et des cotisations en baisse. Mais en vérité, ce n'est pas cela qui est à l'origine de cette implosion de la « Sécu », et la Cour des comptes l'explique sans détour : « Le niveau exceptionnellement élevé des déficits ne s'explique que partiellement par la crise économique. Les facteurs structurels expliquent environ 0,7 point d'un déficit du régime général qui a représenté 1,2 point de PIB en 2010. » En résumé, la crise n'explique pas même la moitié de cette dérive financière....

_Implicitement, il s'agit donc d'une mise en cause très grave du gouvernement. D'autant plus grave que, dans un autre dossier, celui des déficits budgétaires, le gouvernement joue de cette carte pour essayer de faire accepter par l'opinion son plan d'austérité : si des mesures difficiles doivent être prises, c'est que la conjoncture a piqué du nez, argue-t-il. Or, on sait, là aussi, que la croissance a bon dos : si la France a des comptes budgétaires dégradés, c'est d'abord parce que les gouvernements successifs, de gauche d'abord, de droite ensuite, ont multiplié tout au long des années 2000 les baisses d'impôt (lire Ces dix années de cadeaux fiscaux qui ont ruiné la France)....____Il faut donc bien finir par regarder les choses en face et se poser la seule question qui vaille : mais au fait, ces déficits ne font-ils pas les affaires du gouvernement ? Ne préparent-ils pas une véritable implosion du modèle social à la française, avec la perspective, ultérieurement, d'un système reconstruit en grande partie autour non plus des logiques collectives de la solidarité, mais celles, très profitables, de l'assurance privée ?

__De nombreux indices suggèrent en effet que cette interprétation est la bonne. Dès 2007, après la victoire de Nicolas Sarkozy, les lobbys patronaux, et tout particulièrement ceux de l'assurance privée, se sont beaucoup activés en coulisse pour que la nouvelle majorité dynamite le modèle social construit à la Libération, en application du programme du Conseil national de la résistance (lire Vers une privatisation de la Sécurité sociale). C'est le patron du groupe de réassurance Scor, Denis Kessler (ancien numéro deux du patronat, ancien président de la Fédération française des sociétés d'assurances), qui, dans une déclaration tonitruante au magazine Challenges, le 4 octobre 2007, avait lancé la première charge : « Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d'importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme... A y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »__Tout est dans cette déclaration. « Défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance »... Dans la bouche d'un assureur, tout le monde a compris ce que cela voulait dire : s'attaquer en priorité au projet social phare contenu dans ce programme du CNR. A savoir, précisément la création de la Sécurité sociale.

__Et de la parole aux actes ! Le Medef n'a cessé, depuis, de donner des coups de boutoirs supplémentaires. Le projet secret qu'il a mis au point pour l'assurance-maladie dans la perspective de 2012 et que Mediapart a révélé le 15 décembre 2010 (lire Le plan secret du Medef pour dynamiter la Sécu) en est la dernière illustration en date. On y découvre en effet ce dont rêvent les assureurs privés. Il s'agirait pour l'essentiel d'organiser une véritable partition de la Sécurité sociale, avec d'un côté un système qui resterait solidaire et qui aurait la charge des risques lourds, ceux notamment des maladies longues et coûteuses, et de l'autre côté un système d'assurance privé couvrant les petits risques, beaucoup plus solvables. En résumé et en caricaturant à peine, les maladies graves sur lesquelles les assureurs ne savent pas comment gagner de l'argent seraient à la charge de la collectivité tandis que les soins plus légers, sources de profits formidables, relèveraient de l'assurance individuelle. Vieux principe ! Les déficits seraient socialisés, et les profits privatisés...

_____La couverture sociale ne cesse de se dégrader. Il n'existe pas encore de statistiques récentes pour 2010 mais celles de 2009 étaient éloquentes : depuis 2004, ce que les experts appellent le « reste à charge » pour l'assurance-maladie – c'est-à-dire ce que ni la « Sécu » ni les mutuelles ne remboursent et ce que l'assuré social doit donc débourser de sa poche pour ses dépenses de santé – ne cesse de nouveau de progresser pour atteindre 9,4% des dépenses de soins en 2009 (voir le tableau ci-contre ou les statistiques de l'Insee qui sont ici). Compte tenu du nombre croissant de pauvres en France (plus de 8,2 millions de personnes, selon le dernier décompte de l'Insee), on devine sans peine le lot de souffrance sociale qui est induit par ces statistiques. L'envolée du « reste à charge » ou la dégradation de certaines prestations, tout particulièrement des prestations retraite, constituent donc une très forte pression sur les assurés qui, faute d'une bonne couverture sociale, sont de plus en plus invités à recourir à l'assurance individuelle..." (Laurent Mauduit)

-La fiscalité régressive, le système redistributif à l'envers mis progressivement en place n'est pas pour rien dans la dégradation des comptes... Une marche vers une privatisation de la santé, avec la bénédiction de Bruxelles? Oui, s'il n'y a pas de résistances.

On arrive même à des situations ubuesques, lorsque les cliniques privées attaquent l'État pour atteinte à la libre concurrence._______________

- L'appel des 123 pour une santé plus juste
-Taxer la maladie? On marche sur la tête
-L’hôpital sud-francilien fait les frais de la privatisation

lundi 20 novembre 2023

L' engrenage

Essayer (encore) de contextualiser. Dans cette complexité redoutable Après d'autres.

           Même si comprendre, autant que faire se peut, n'est pas justifier, excuser, Pour tenter d'éviter le pire et envisager une sortie d'un conflit pour l'instant improbable. La haine ne fait pas l'unanimité...

                  "Lee Proche-Orient est plus calme aujourd’hui qu’il ne l’a été depuis vingt ans. » Lorsqu’il intervient, le 29 septembre, à la conférence annuelle du site The Atlantic, M. Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, veut voir dans la normalisation de la relation entre Israël et plusieurs pays arabes le signe de l’apaisement dans la région. Plus calme ? La même semaine, des heurts à la frontière de Gaza opposent pourtant les forces de sécurité israéliennes et des Palestiniens venus clamer leur droit de revenir sur la terre de leurs aïeux, faisant écho aux « marches du retour » de 2018 et 2019 lors desquelles 200 manifestants avaient perdu la vie sous les balles des snipers israéliens. Plus calme, vraiment ? Le 26 septembre, le coordonnateur spécial pour le processus de paix au Proche-Orient, M. Tor Wennesland, informe le Conseil de sécurité des Nations unies de la poursuite illégale, au regard du droit international, de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Établi à la fin du mois d’août par plusieurs organisations israéliennes de défense des droits humains, un bilan pointe de son côté la persistance des violences dans les territoires occupés : entre le 1er janvier et la fin août, 220 Palestiniens y ont été tués par l’armée de Tel-Aviv ou par des colons (2). Tout cela ne semble donc guère émouvoir M. Sullivan. Après tout, comme l’affirme une noukta (« blague ») souvent entendue dans le monde arabe, la situation au Proche-Orient n’est considérée comme inquiétante que lorsque les Palestiniens ne sont plus les seuls à subir la violence.

Une semaine plus tard, la donne change de manière dramatique. Le « Déluge d’Al-Aqsa » — nom de code de l’attaque surprise menée en Israël le 7 octobre par plusieurs organisations armées palestiniennes sous l’égide du Hamas et de sa branche militaire, les brigades Izz Al-Din Al-Qassam — fait entrer la région dans une ère de grande incertitude. Le nombre élevé de victimes israéliennes (1 400 morts, dont une majorité de civils massacrés), l’importance du traumatisme au sein de la population, dont une grande partie rend le gouvernement de M. Benyamin Netanyahou responsable du désastre, la réponse radicale de Tel-Aviv, qui a déclenché l’opération « Glaive de fer », une campagne de bombardements aériens massifs qui ont fait — selon un décompte arrêté au 23 octobre — plus de 5000 morts et des milliers de blessés civils, rendent impossibles tout retour à la situation antérieure.    ________________Chercher à expliquer n’est pas justifier : pourquoi donc le Hamas et ses alliés ont-ils déclenché cette attaque, dont ils ne pouvaient ignorer qu’elle appellerait une telle réponse terrible pour la population civile de l’enclave ? Comme le relève la chercheuse Sophie Pommier, la stratégie du parti islamiste se veut en premier lieu une réponse au maintien du blocus infligé à Gaza depuis 2007 par Israël mais aussi l’Égypte.. Autre motif invoqué par le chef du bureau politique du Hamas: l’aggravation de la politique d’occupation et de colonisation, la multiplication d’incidents sur l’esplanade des Mosquées ainsi que les provocations incessantes de M. Itamar Ben-Gvir, ministre de la sécurité intérieure israélien, qui a durci les conditions de détention de quelque six mille prisonniers palestiniens. L’attaque par des colons de la petite ville palestinienne de Huwara en Cisjordanie, le 26 février dernier, a beaucoup marqué les Palestiniens de Gaza, persuadant nombre d’entre eux que le gouvernement d’extrême droite dirigé par M. Netanyahou était décidé à user de la manière forte pour expulser une partie de la population de ces territoires. « Je pense que Huwara devrait être anéantie », avait ainsi déclaré le ministre des finances israélien, M. Bezalel Smotrich, alors que le général israélien chargé des troupes déployées en Cisjordanie, M. Yehuda Fuchs, n’hésitait pas à qualifier ces violences de « pogrom » dirigé contre les Palestiniens. À la suite de ces événements, les discours eschatologiques se sont multipliés sur les réseaux sociaux palestiniens, et une rumeur tenace s’y est propagée : Tel-Aviv préparerait l’envoi de deux millions de colons pour submerger la population palestinienne de Cisjordanie.

Avec son attaque, le Hamas se targue d’être le porte-drapeau de la résistance palestinienne ). L’Autorité palestinienne, elle, en est réduite depuis des années à endosser le rôle de supplétif de Tel-Aviv pour les questions de sécurité et de maintien de l’ordre (lire « L’échec de la solution à deux États »). Sa décision de tirer à balles réelles à Jénine et à Ramallah sur les manifestants qui réclamaient le départ du très impopulaire président Mahmoud Abbas, 87 ans, après le bombardement de l’hôpital Al-Ahli (17 octobre) ne manquera pas de renforcer l’ascendant politique du Hamas. Ce dernier revendique aussi d’avoir démontré au monde entier qu’aucune manœuvre diplomatique ne saurait faire disparaître la centralité de la question palestinienne. Au cours des dernières années, la normalisation entre plusieurs pays arabes (Émirats arabes unis, Bahreïn, Maroc, Soudan) et Israël a relégué le sort des Palestiniens au second plan. Il est encore trop tôt pour savoir si la nouvelle guerre de Gaza sonne le glas des accords Abraham de 2020, qui ont permis ce rapprochement sous la houlette de l’administration de M. Donald Trump. Il est tout aussi prématuré de dire que c’en serait fini des discussions entre Tel-Aviv et Riyad (lire « Riyad - Tel-Aviv, coup de frein à la normalisation »), mais une chose est certaine : ce processus est enrayé. Même si les régimes arabes concernés ne se préoccupent guère de ce que pensent leurs opinions publiques, ils ne pourront pas faire abstraction de la persistance d’un fort attachement à la cause palestinienne, comme en avaient d’ailleurs déjà témoigné les signes de solidarité de nombre de joueurs et supporteurs du Maghreb et du Machrek lors de la Coupe du monde de football au Qatar.

Dans sa propagande ayant suivi l’attaque, le Hamas entend capitaliser sur ce qu’il présente comme des victoires militaires : franchissement en une trentaine d’endroits de la barrière de sécurité réputée hermétique, sites stratégiques (poste-frontière d’Erez, quartier général de la division chargée de Gaza, etc.) investis pendant plusieurs jours et capture de plusieurs dizaines de soldats transférés comme prisonniers de guerre dans l’enclave. Alors que les chancelleries et les médias occidentaux, notamment en France (lire « En direct des chaînes d’information en continu »), ont surtout retenu les exactions à l’encontre des populations civiles, le Hamas insiste sur le fait qu’il a pénétré en profondeur le territoire israélien (chose que le Hezbollah libanais n’a jamais réalisée). Un discours qui fait mouche dans un monde arabe résigné depuis longtemps à l’idée d’une écrasante suprématie de l’armée israélienne, notamment grâce à son aviation et aux équipements de pointe fournis par les États-Unis.

Mais le Hamas devra aussi assumer toutes les conséquences de son attaque. Les cadavres de Gazaouis et les destructions ne se comptent plus, et l’on se demande comment cette terre — qui a déjà subi six guerres en dix-sept ans — se relèvera de tant de dévastations. L’attention du monde se porte sur Gaza, mais en Cisjordanie la colonisation reprend de plus belle. Déchaînés, les colons, protégés par l’armée, cherchent tous les jours à en découdre avec une population terrifiée et abandonnée à son sort (7). Sont particulièrement visés les Bédouins des villages isolés en zone rurale. Entre le 7 et le 17 octobre, cinquante-huit Palestiniens ont été tués par l’armée et plusieurs centaines emprisonnés.

Mais ce dont devra surtout répondre le Hamas, c’est du massacre de civils israéliens désarmés, dont plusieurs dizaines de jeunes réunis pour une rave party dans le désert à proximité de Gaza, et des tueries commises dans le kibboutz de Kfar Aza (lire « Barbares et civilisés »). Ces exactions qui entrent dans la catégorie des crimes de guerre ont aussi choqué des sympathisants de la cause palestinienne à travers le monde, sans compter le fait qu’elles ont révulsé une grande partie du camp de la paix en Israël. Comme le recours à la prise de civils en otage, contraire au droit de la guerre, de tels actes amènent nécessairement à se poser la question de l’avenir politique du Hamas et de sa participation à d’éventuelles négociations de paix. Qui, en Israël, y compris à gauche, acceptera désormais de dialoguer avec lui ? L’un des enjeux de la guerre est d’ailleurs de savoir jusqu’où ira la vengeance de Tel-Aviv. Plusieurs de ses responsables ont appelé à l’éradication du parti islamiste — chose impossible — ou, tout du moins, à son élimination de Gaza. Cette seconde option repose sur un scénario qui s’est dessiné dès les premiers jours ayant suivi l’attaque du 7 octobre. En exigeant des populations civiles qu’elles se regroupent dans le sud de l’enclave, Israël a donné l’impression de préparer leur expulsion définitive vers le Sinaï égyptien. Toutefois, Le Caire ne veut pas entendre parler de camps de réfugiés palestiniens sur son sol, et l’administration américaine semble hostile à un tel déplacement, synonyme d’une nouvelle nakba (« catastrophe »).

« Il ne faut plus se contenter de tondre le gazon  », appelaient plusieurs messages rageurs d’internautes israéliens sur le réseau X (ex-Twitter). Pour eux, Israël ne doit pas se contenter de reproduire le scénario des guerres précédentes, à savoir la réplique militaire, la négociation via le Qatar et l’Égypte, puis le retour au statu quo précaire avec un Hamas continuant de gérer l’enclave en attendant un nouvel embrasement. À entendre les déclarations des membres du gouvernement de M. Netanyahou mais aussi de responsables militaires, il s’agirait de « reconfigurer Gaza » pour ensuite transmettre les clés à un nouvel acteur. Lequel ? Mystère. À ce stade, ni l’Égypte ni l’Autorité palestinienne ne semblent capables de jouer un tel rôle. Quant à M. Netanyahou, il devra, dans la double hypothèse de son maintien au pouvoir et d’un affaiblissement majeur du Hamas, se trouver un ennemi de rechange aussi utile que le premier, qui permet de conférer un caractère religieux à un conflit de décolonisation. Le chef de l’exécutif ne déclarait-il pas en mars 2019 devant des parlementaires de son parti, le Likoud : « Quiconque veut contrecarrer la création d’un État palestinien doit soutenir notre politique de renforcement du Hamas et du transfert d’argent au Hamas. Cela participe de notre stratégie : isoler les Palestiniens de Gaza de ceux de Cisjordanie  » ? À moins que la guerre ne débouche sur une initiative de paix comparable à celle de Madrid en 1991, l’un des rares moments où les États-Unis avaient forcé Israël à s’installer à la table des négociations."[Akram Belkaïd _ Merci au Monde Diplomatique_ souligné par moi)_________________

__Quand se retrouveront-ils, et dans quelles conditions?...___________