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mercredi 8 janvier 2025

Echec?

En partie victime de lui-même...


    Point de vue d'Outre Manche:

                   "Lors de la première élection d’Emmanuel Macron au printemps 2017 , on nous a dit qu’il était l’avenir du pluralisme libéral. La BBC a déclaré que sa victoire était « un rejet de la vague populiste et anti-establishment » de l’époque. Il était « le prochain dirigeant de l’Europe » selon la couverture du magazine Time. The Economist est allé plus loin. Sa couverture demandait s’il était le « sauveur » de l’Europe et déclarait qu’il organisait une révolution de la politique démocratique « sans pique ni fourche ».                                                               Sept ans plus tard, la « révolution » « pacifique » et « démocratique » de Macron est en ruine, alors que le président peine à traverser une crise politique qu’il a lui-même provoquée. En juin, il a convoqué des élections législatives inutiles, les a perdues et a refusé de reconnaître sa défaite. Au cours de l’été, la France a traversé la deuxième plus longue période sans gouvernement de son histoire récente. Le gouvernement résultant dirigé par Michel Barnier n’a pu survivre aussi longtemps que grâce à un pacte avec l’extrême droite , avant de s’effondrer après une motion de censure tenue le 4 décembre. Bien que Macron ait désormais nommé François Bayrou au poste de Premier ministre, on ne voit pas bien comment cela résout le problème fondamental selon lequel le président et son programme sont largement détestés dans le pays et largement contestés au Parlement.                                                                                                                                                 Le bilan du macronisme explique sa série de défaites. Lorsqu’il a pris ses fonctions, le déficit de la France était de 2,6 % du PIB, en octobre 2024, il était de 6,2 % . Qui ont bénéficié d’une telle prodigalité ? Ce ne sont certainement pas les élèves des écoles publiques et leurs professeurs stressés qui doivent travailler avec les classes les plus nombreuses d’Europe . Ce ne sont pas non plus les personnes de plus en plus nombreuses qui vivent dans des « déserts médicaux », où l’accès aux médecins ou aux chirurgiens est insuffisant. Les ultra-riches, en revanche, s’en sortent très bien, les quatre plus grandes fortunes françaises ayant augmenté de 87 % depuis 2020 selon Oxfam . La macronomie ressemble à la trussonomie au ralenti. Il s’agissait d’un programme de réductions d’impôts non financées pour les riches dont les macronistes pensaient à tort qu’il augmenterait l’activité économique et donc les recettes fiscales. Selon le propre gourou de l’économie de Macron , « ce n’était pas une mauvaise stratégie, mais elle n’a pas fonctionné ».


Si son bilan économique contredit le discours selon lequel Macron était le candidat de l’innovation et de la bonne santé financière, son bilan social et politique démontre que la révolution macronienne n’était ni pacifique, ni particulièrement démocratique, et remet en question les étiquettes de « libéral » et de « centriste », si souvent appliquées au président français. Les violences policières se sont nettement aggravées sous Macron, le nombre de balles tirées et de personnes tuées par la police étant de plus en plus faible , tandis que le nombre de balles en caoutchouc tirées sur la foule a explosé. Il a également contribué à normaliser l’extrême droite, en mettant en avant leurs thèmes de prédilection, en utilisant leur langage et en faisant passer une loi sur l’immigration que Marine Le Pen a saluée comme une « victoire idéologique ».                                                   En plus de cela, Macron a gouverné de manière de plus en plus antidémocratique, en faisant passer des mesures extrêmement impopulaires en utilisant l'article 49.3 de la Constitution pour faire passer des lois sans vote parlementaire, et en essayant d'exclure du gouvernement l'alliance de gauche du Nouveau Front populaire (NPF), bien qu'elle ait remporté le plus de sièges aux élections législatives de cet été. L'activiste Ugo Palheta écrit sur le processus de fascisation de la société française alors que des parties des médias , de la fonction publique et de l'élite des affaires se radicalisent vers la droite. Macron a facilement contribué à ce processus, l'extrême droite obtenant ses meilleurs résultats électoraux de son histoire cet été.                  Macron s’est récemment battu pour tenter de garder en France la série à succès de Netflix Emily in Paris. C’est une quête absurde à juste titre. Emily in Paris, comme les Jeux olympiques d’été, est une image fantasmée de la France que Macron veut gouverner et qu’il entend créer. Mais le sujet archétypique de la France de Macron n’est pas Emily, l’habitante d’une nation de startups habitée exclusivement par les riches et les sexy, mais plutôt Vanessa Langard, une manifestante gilet jaune que j’ai rencontrée récemment. Langard était décoratrice et a dû prendre un deuxième emploi pour aider à payer les soins de sa grand-mère. Langard a été touchée au visage et rendue aveugle par une balle en caoutchouc lors d’une manifestation en décembre 2018. Lorsque nous avons parlé, elle était désemparée, sanglotant en décrivant sa colère face au refus de l’État français de la désigner comme victime de violences policières, et la façon dont sa mère commente qu’elle est devenue plus calme depuis l’agression.  La vie de Vanessa nous montre les effets du macronisme en miniature. Elle a été prise dans la répression de la dissidence et aveuglée par les armes de plus en plus militaristes que l’État déploie contre ses citoyens. Aujourd’hui âgée de 40 ans, elle est incapable de travailler et vit des maigres allocations versées aux personnes handicapées en France, l’une des centaines de milliers de personnes poussées dans la précarité sous Macron . Elle a besoin de soins et dépend donc d’un système de santé de plus en plus tendu que le gouvernement veut encore réduire. Elle fait partie des 56 % de Français qui déclarent que la vie est devenue plus difficile en raison de faibles revenus et de la hausse des coûts, des 85 % de personnes qui craignent que le prochain budget ait un impact négatif sur leur situation financière et des 77 % qui comprennent que cela est le résultat de décisions politiques.                                                                Macron a encore deux ans avant les prochaines élections, mais il ne semble pas vouloir changer de cap. Au cours de l’été, Libération a révélé qu’une série de réunions secrètes entre des macronistes et des membres du Rassemblement national (extrême droite), organisées par le proche conseiller de Macron, Thierry Solère, avaient contribué à normaliser davantage les relations entre eux. Edouard Philippe, allié de Macron et successeur potentiel, aurait déclaré à Marine Le Pen qu’il souhaitait que les prochaines élections soient une compétition « projet contre projet » sans « critique morale ».                                                               Le fait que son porte-étendard pro-UE soit devenu comme le roi Lear, aveuglé par le narcissisme et abandonnant volontairement le royaume à une force destructrice qu’il a contribué à créer, n’augure rien de bon pour le libéralisme. Macron nous offre une leçon concrète sur l’épuisement du libéralisme. Lorsque la forme et l’apparence du libéralisme demeurent, mais que son contenu et ses valeurs sont évacués, ce qui reste est une chose creuse et fragile. Il devient incapable d’améliorer la vie de quiconque hormis les riches, incapable de répondre à des faits dérangeants tels que des résultats électoraux décevants, incapable d’articuler ne serait-ce qu’une critique morale de l’extrême droite qui cherche à l’usurper, et incapable politiquement d’arrêter sa montée. Le macronisme a échoué."

  • Oliver Haynes est journaliste   __________________________

samedi 27 avril 2019

Jupiter: un virage...

...En ligne droite?
                             Se demandent les esprits critiques, ceux qui ont n'ont pas été convaincus par les propos trop généraux,  équivoques ou défaillants du Maître des horloges.

     D'autres diront: attendons de voir et voyons si Jupiter a compris certains messages venus des ronds-point et d'ailleurs. La com', parfois brillante,était là, mais,  pour le fond, qu'en sera-t-il des orientations annoncées. La politique est l' art du possible, mais le possible n'est pas défini à l'avance, dans une démocratie vivante et peu dépasser les schémas incrustés.
   On regrette, entre autres choses,  (mais est-ce un oubli?) la référence à l'écologie, problème majeur des temps qui viennent.Pas un mot par exemple sur le fiasco de Flamanville, qui semble compromettre des choix énergétiques anciens.
    Le problème de l'emploi a été évoqué cavalièrement, avec les poncifs d'usage. Dans un monde qui change rapidement, l'essentiel n'a pas été traité. Le problème du temps de travail, si débattu, a été caricaturé.
    La question de la concentration toujours plus grande de la richesse et de ses causes ont été écartées, alors que ce problème revient même aux USA....

   On peut se demander si Jupiter ne peut quitter le mythe du self made man et du cadre des réseaux qui l'ont aidé à conquérir le pouvoir dans un contexte si singulier, marqué par la KS. (*)
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        (*) Si l'on croit l'étude de Marc Edenweld, ...   Presque deux ans d’exercice du pouvoir n’ont pas suffi à percer le mystère Macron. Dans le Grand Manipulateur (publié chez Stock), c’est un portrait peu flatteur de l’actuel chef de l’Etat que brosse le journaliste Marc Endeweld, quatre ans après l’Ambigu Monsieur Macron(Flammarion). Dans cette enquête fouillée, il s’intéresse en particulier à la manière dont Emmanuel Macron, conseiller de l’ombre puis jeune ministre, candidat vierge de tout mandat et enfin président sans expérience, s’est appuyé sur de forts anciens réseaux, bien loin des slogans, pour lancer et faire aboutir sa conquête élyséenne comme pour accompagner ses premiers pas au pouvoir. Des personnalités souvent âgées et ayant servi ou sévi sous d’autres quinquennats ou même septennats. Extraits.

«Tout s’est joué au cours de la campagne présidentielle. Certes, l’ambitieux a bénéficié d’une chance insolente. Mais pour gravir la plus haute marche du pouvoir sans carrière politique, ni même un parti derrière lui, Emmanuel Macron a utilisé tous les réseaux de la République. Si les communicants ont réussi à le présenter dans les médias comme "le candidat des start-up", le candidat du "nouveau monde" a, en réalité, utilisé de nombreux canaux du "vieux monde". Celui qui prétend n’avoir aucun compte à rendre, et qui s’est fait, selon lui, "tout seul", n’a pas eu grand mal à trouver de l’aide dans son ascension.» […]
  «Les communicants de l’Elysée peuvent bien affirmer que le Président "veut absolument rompre avec la République des intermédiaires, notamment en Afrique", cette mythologie cache mal une autre réalité. En l’absence d’un parti politique constitué, le candidat Macron a fait appel à de vieux réseaux, plus ou moins avouables, qui, jusqu’alors, avaient travaillé pour les deux grands partis traditionnels. Ces réseaux qu’on présente pudiquement comme "transversaux" se sont épanouis dans le "ni droite ni gauche" macronien. Grand commerce international, Françafrique, industrie d’armement, services de renseignement mais aussi boîtes de sécurité privées, ou encore entreprises qui travaillent pour l’Etat, dans le BTP, les utilities ou les télécoms. Ces "intermédiaires" sont inconnus du grand public.»Parti d’une feuille blanche ou presque – même si le soutien et l’amitié du mécène de la deuxième gauche Henry Hermand, décédé en 2016, fut décisif –,
«Le Grand Manipulateur» de Marc Endeweld.avec une poignée de fidèles plus jeunes que lui, Emmanuel Macron a d’entrée de jeu pioché à gauche, jusque dans les restes de la mitterrandie mais aussi chez les ex-fabiusiens, les ex-strauss-kahniens ou les radicaux de gauche, et en même temps à droite, sans distinction. Il a également traité les milieux d’affaires et ses intermédiaires. Le tout, avec un art consommé du cloisonnement, un affect limité et une volonté en acier. Très loin des envolées empathiques de la campagne où son supposé libéralisme sociétal avait largement masqué que son projet de démantèlement social était en fait du Fillon à peine light. «Ironie du sort pour ces soutiens, Macron n’est ni Obama ni Trudeau. Le président est beaucoup plus conservateur et bonapartiste que son image de campagne ne pouvait le laisser penser», souligne Endeweld, qui a placé en exergue de son ouvrage cette citation du Portrait de Dorian Gray : «Agissant en hypocrite, il avait revêtu le masque de la vertu.»
    «Cette nouvelle enquête cartographie l’ensemble de ces réseaux divers qui ont contribué en 2017, et quelques mois avant, à la victoire du jeune président. Mais aussi de comprendre pourquoi, à tous les échelons, des hommes de l’ombre sont revenus à l’avant-scène, dans la plus pure tradition de la Ve République des "cabinets noirs", et autres polices parallèles, après un quinquennat Hollande qui s’était d’abord construit contre le système Sarkozy. "Ils ont réussi une synthèse entre les pires turpitudes de la Sarkozie et de DSK", flingue un ancien camarade de l’ENA de l’actuel président.»
     Dans cette success story politique sans équivalent sous la Ve République, on le savait mais le livre vient le confirmer, le rôle politique de Brigitte Macron a toujours été majeur, compliquant sa relation avec le conseiller politique officiel du ministre, du candidat puis du chef de l’Etat, le jeune Ismaël Emelien, qui a depuis quitté l’Elysée sur fond d’affaire Benalla.
   «Des tensions apparaissent entre Brigitte Macron, omniprésente et influente, et le jeune conseiller spécial du Président, Ismaël Emelien. Une situation ancienne en réalité, ces deux-là ne se sont jamais appréciés. Pour l’un comme pour l’autre, les enjeux politiques et affectifs de la relation avec Emmanuel sont tels que ça fait des étincelles : "Qu’est-ce qu’il lui trouve à Emelien ?" se désole régulièrement Brigitte Macron auprès de ses proches.»
   S’il ne fait pas de révélations sur son influence dans la conduite du pays, Marc Endeweld souligne combien son destin à lui s’est nourri de l’ambition qu’elle nourrissait pour eux. Il détaille aussi les larges réseaux qu’elle a tissés – de Bernard Montiel à Bernard Arnault – bien avant que son mari ne devienne ministre. Autant de leviers qu’elle a mobilisés quand cela a été nécessaire, en poussant, comme Hermand, pour que son champion se lance dès 2017.
     «C’est lors d’un dîner chez Alain Minc, à l’été 2014, que la future première dame a estimé que son mari devait se jeter dans le grand bain de la présidentielle dès 2017, et ne pas attendre 2022, comme de nombreuses personnes lui conseillaient alors, car son âge, disait-elle, deviendrait un handicap indépassable pour le couple : "On ne peut pas attendre 2022. Car on a un énorme problème. Le problème, c’est moi, c’est ma gueule. Donc il faut accélérer."» […]
     «A l’été 2016, alors que la machine En marche est lancée et que le ministre de l’Economie est sur le point de démissionner, le doute s’insinue en lui : "Est-ce que j’y vais maintenant, et je gagne en six mois ? Ou est-ce que j’attends pour gagner plus tard ?" C’est alors Brigitte qui le convainc de présenter sa candidature dès cette présidentielle.»
   Dans la description du système Macron, Marc Endeweld consacre bien sûr de nombreuses pages à Alexandre Benalla qui restera une des figures du quinquennat. Loin d’en faire un simple Rambo adepte du coup de poing, l’auteur documente le fait que celui qui faisait physiquement partie du premier cercle au moment de la mise sur orbite du candidat Macron a tout vu et tout entendu. Au QG d’En Marche, lors des sorties privées de l’ancien ministre, mais aussi lors des déplacements et des levées de fonds à l’étranger qui ont précédé le lancement de la campagne.
      On retrouve aussi Benalla lors du récit d’un voyage présidentiel en Algérie, en décembre 2017. La présence du sulfureux intermédiaire dans des contrats d’armement, Alexandre Djouhri, proche de Villepin comme de Sarkozy et sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par deux juges français, lors d’une réception en présence du chef de l’Etat à l’ambassade avait été révélé par le Canard enchaîné et suscité la colère de Macron. Mais Marc Endeweld raconte comment Djouhri a de nouveau tenté d’entrer en contact avec le président de la République le soir même lors d’un dîner officiel offert par le Premier ministre algérien.
        «Au Canard enchaîné, l’Elysée a d’ailleurs expliqué à l’époque : "Il a été invité par l’ambassade […] ce n’est pas la première fois que ce monsieur tente de croiser le Président […] [Cette insistance] a mis [Macron] en colère." La version que nous avons recueillie auprès de plusieurs diplomates du Quai d’Orsay, dont certains en poste à l’ambassade d’Alger, est pourtant très différente : tous assurent que les deux listes, celle du déjeuner comme celle de la soirée, ont bien été envoyées au protocole de l’Elysée. Et c’est Alexandre Benalla, chargé des déplacements, qui les a validées ! Devant les policiers, l’ambassadeur Driencourt nuancera la version délivrée à chaud par l’Elysée, en précisant qu’à l’origine, c’est le secrétaire général du Quai d’Orsay, Maurice Gourdault-Montagne, 64 ans, ami personnel d’Alexandre Djouhri, qui lui a demandé d’inviter ce dernier à cette soirée. Gourdault-Montagne est une figure au Quai. Ancien directeur de cabinet d’Alain Juppé à Matignon, puis conseiller diplomatique de Jacques Chirac de 2002 à 2007, il a été propulsé par Emmanuel Macron – ce fut l’une de ses premières décisions – secrétaire général du Quai d’Orsay à Paris.»
      Si Marc Endeweld raconte par le menu les luttes d’influence qui ont eu lieu au sein de la police, avec les sarkozystes à la manœuvre, et dans le monde du renseignement après l’élection d’Emmanuel Macron, il décrit aussi au fil des pages une organisation singulière du sommet de l’Etat déjà mise en lumière par la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla. Au-delà du cabinet officiel dirigé par Patrick Strzoda, l’auteur décrit comment un quarteron de jeunes fidèles emmenés par le secrétaire général, Alexis Kohler, lequel a la haute main sur le régalien, constitue la vraie garde rapprochée du Président. Certains ont un rôle bien officiel, mais d’autres sont des chargés de mission aux missions floues ou travaillent à la «task force» mise en place par Macron pour centraliser et coordonner la lutte antiterroriste. Une équipe bis dont certains ont quitté le château mais sans rien renier de Macron.
      Au final, une question demeure. Comment François Hollande, si fin politique, a-t-il pu à ce point manquer de lucidité et même de clairvoyance en mettant sur orbite ce jeune ambitieux qui, au moins autant que Manuel Valls auquel il était censé faire office de contrepoids, a savonné la planche du président sortant à son profit. S’il a fait entrer le loup dans la bergerie, c’est que celui-ci ne manquait pas de références, avec Jean-Pierre Jouyet et Jacques Attali comme parrains :
     «Autre connexion d’influence à inscrire au palmarès de Brigitte Macron, Jacques Attali, qu’elle fait rencontrer à Emmanuel. C’est elle aussi qui demandera personnellement à l’ancien conseiller de François Mitterrand de présenter son jeune mari à François Hollande.»
      Une ambition de couple, qui vient de très loin, portée par des barons d’hier, des capitaines d’industrie et de jeunes loups avides de pouvoir. Où comment des seniors ont largement contribué à la victoire d’un trentenaire pour faire la nique à des quinquas...
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vendredi 10 octobre 2025

Du côté de Matignon

 

             Mais ouvaton?

                              Parlons de la situation...

                           Chant du cygne?

                                              Point de vue: " Macron ne peut pas gouverner avec son socle minoritaire, il veut écraser la gauche mais il n'assume pas encore ouvertement de gouverner avec le RN : l'hypothèse d'une dissolution pour obtenir une majorité d'extrême droite –

La journée du dimanche 5 octobre s'est terminée comme une sinistre farce. Celle du lundi 6 démarre par la phase terminale d'une crise de régime. Hier soir, Sébastien Lecornu, macroniste de la première heure, militariste forcené et issu des rangs sarkozystes annonçait, après trois semaines d'attente, son nouveau gouvernement : on prend les mêmes et on recommence. La quasi-totalité des ministres du gouvernement Bayrou était reconduits, avec quelques retours inattendus, comme l'épatant Bruno Le Maire surnommé « le renflement brun » : le pire Ministre de l'économie de l'histoire chargé de prendre la tête de l'armée française.
Cette annonce imposait une nouvelle fois la coalition macroniste-LR en dépit du bon sens. C'était une provocation sans issue. Rappelons le : le camp macroniste a perdu les élections législatives de 2022 et n'a jamais eu de majorité, il a lourdement perdu les élections européennes de 2024. Macron a organisé une dissolution de l'Assemblée en 2024, que son camp a à nouveau perdu. Et depuis un an, deux Premiers ministres sont tombés suite à des motions de censure. Malgré tout cela, Macron fait comme si le réel n'existait pas, et nomme exactement les mêmes têtes, en sachant parfaitement que cela ne passera pas. Dans quel but ?
Ce lundi 6 octobre, la France est donc à nouveau sans gouvernement. Sébastien Lecornu vient d'annoncer sa démission, immédiatement acceptée par le président. C'est le gouvernement le plus court de l'histoire : il a tenu une nuit. L'éphémère Premier ministre a prononcé un discours, où il dénonce les partis qui « continuent d’adopter une posture comme s’ils avaient tous la majorité absolue à l’Aassemblée nationale » et regrette que « la composition du gouvernement n’a pas été fluide et a donné lieu au réveil de quelques appétits partisans, parfois non sans lien, (…) avec la future élection présidentielle ».
Traduction : ses camarades de LR et en particulier Bruno Retailleau ont réclamé encore plus de pouvoir alors qu'ils font péniblement 5% des voix aux élections, pour imposer leur programme avant les présidentielles. Bruno Retailleau adopte une ligne néofasciste depuis sa nomination, en attaquant « l'Etat de droit », en multipliant les déclarations racistes, et même en entrant en confrontation interne avec Macron, par exemple sur la Palestine. Il a été reconduit à l'Intérieur, mais il en attendait encore plus.
En juin 2024, le pari de Macron était clair : dissoudre l'Assemblée Nationale dans l'espoir d'obtenir une victoire du RN, et ainsi de terminer son mandat en cohabitation avec l'extrême droite. Ce qui lui aurait permis d'accélérer sa politique autoritaire, ultra-libérale et pro-guerre. On le sait, son pari a échoué : la coalition du Nouveau Front Populaire est arrivée en tête. Cependant, il a toujours été impensable pour Macron de nommer la gauche, même la plus tiède, dans son gouvernement. Hors de question de céder un centimètre sur les questions sociales, pas même de proposer une taxe, même minuscule, sur la fortune de ses amis ultra-riches. C'est donc ce dogmatisme et ce non respect de résultats électoraux qui provoque la crise de régime en cours. Macron ne peut pas gouverner avec son minuscule socle, il veut écraser la gauche, mais il n'assume pas encore ouvertement de gouverner avec le RN. Il est désormais dos au mur.
Déjà, l'extrême droite réclame une dissolution, et on voit mal comment Macron pourrait la lui refuser. Il n'a pas d'autres choix, à moins de basculer dans un régime d'exception. Ou simplement de respecter le résultat des élections de 2024, mais on l'a vu, c'est exclu. Il est donc probable que dans les heures ou les jours à venir, le président dissolve l'Assemblée et convoque de nouvelles élections en urgence. Cela impliquerait trois semaines de campagne électorale horrible, avec des médias des milliardaires plus agressifs et diffamateurs que jamais contre la France Insoumise, une répression à un niveau maximal, et une omniprésence de l'extrême droite à l'écran.
Cette fois-ci, le désir de Macron d'une victoire du RN pourrait bien devenir réalité. En effet, le PS répète depuis des semaines sur tous les plateaux télé qu'il ne passera jamais d'accord électoral avec la FI. Sans coalition de gauche, le RN a de fortes chances d'augmenter son nombre de députés et d'arriver en tête. Ainsi, le président pourrait nommer un gouvernement d'extrême droite, au nom du « respect de la volonté populaire ».
Face à ce scénario catastrophe, la lutte est plus que jamais nécessaire. La séquence ouverte par le mouvement « Bloquons tout » a effrayé le gouvernement. Souvenez-vous : avant le 10 septembre, tout le pays retenait son souffle, le pouvoir était terrifié, et Bayrou avait même renoncé à son poste de Premier ministre pour tenter de calmer la colère générale.
Un mois a passé. Les directions syndicales ont récupéré l'agenda social et ont neutralisé le mouvement, une police ultra-violente a fait le reste. Maintenant que la situation est redevenue « sous contrôle », Macron recommence donc ses petites manœuvres tactiques. Seul un puissant mouvement parti de la base, incontrôlable, et proposant un horizon désirable à la population, peut encore empêcher le désastre annoncé. Macron doit tomber, et le régime avec lui..."
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vendredi 22 avril 2022

Pour un bilan

 Du Macronisme

            Entre balancement et triangulation. Dans la République des managers.___ Un présidentialisme vertical et jupiturien assumé,  une gestion financière néolibérale, malgré ses paradoxes,  ses adaptations contraintes, ses fluctuations opportunistes et ses contradictions.

                                     "...Quelques jours après la victoire d’Emmanuel Macron en 2017, Mediapart avait tenté une auscultation du cerveau labyrinthique du nouveau président de la République, habitué à jongler aussi bien avec les références culturelles que les notes de synthèse. L’exercice avait révélé un mélange de pratique intellectuelle « khâgneuse et braconnière » ne s’embarrassant guère de cohérence ; de « pensée McKinsey » prétendant réfléchir en « diagnostic », en « process » et en « solutions » à partir d’une « esthétique de la fiche technique, synthétique et rapide, cet art appris à l’École nationale d’administration (ENA) ».        Rien qui ne puisse construire un récit et transformer le monde autrement qu’en suivant la pente dominante d’un néolibéralisme de plus en plus violent socialement.    Depuis, les ouvrages consacrés au fonctionnement d’Emmanuel Macron, du psychanalyste Roland Gori (La Nudité du pouvoir. Comprendre le moment Macron, Les Liens qui libèrent, 2018) au politologue Raphaël Llorca (La Marque Macron. Désillusions du neutre, éditions de l’Aube, 2021) se sont multipliés. Et le chef de l’État lui-même s’est mis en scène à longueur de colonnes, avec un goût prononcé pour le papier glacé et les formules méprisantes.  La tournure prise par le quinquennat ne donne guère envie de se replonger dans le cerveau en surchauffe d’un président-candidat qui a maintes fois promis de se « réinventer » sans jamais s’y atteler. Pourtant, ce qui s’y joue devrait nous soucier collectivement, tant il paraît inquiétant qu’Emmanuel Macron l’emporte le 24 avril en pensant avoir eu raison ou, pire, qu’il perde face à Marine Le Pen parce qu’il ne se sera pas rendu compte de ce qu’il fait ou de ce qu’il dit. Cette surchauffe s’est encore fait sentir durant la matinale de France Culture, lundi 18 avril.                           Le président-candidat a multiplié les énormités alambiquées, renvoyant extrême droite et extrême gauche dos à dos, tout en tentant quelques appels du pied à Jean-Luc Mélenchon et ses 22 % de suffrages exprimés. Il a reconnu pour la énième fois certaines petites phrases « très maladroites », mais « décontextualisées » et explicables, selon lui, par sa propension à aller « à la rencontre du peuple » et à parler « avec des gens qui ne pensent pas comme [lui] ». Il a enfin utilisé sa rhétorique habituelle située entre la langue de bois et le « parler cash » pour justifier l’usage tout à la fois du dialogue et de la répression vis-à-vis de la contestation sociale.                                                   Interrogé sur son rapport « à la nature », il a expliqué que « chacun a ses caractéristiques ». Avant d’ajouter : « Mais moi, quand je n’ai pas une pensée structurée, j’ai du mal à agir, à concevoir. Je n’ai pas une pensée technique, et je décline les choses ensuite pour que ce soit cohérent avec une vision et une philosophie. Et je ne dis pas que je suis au bout du chemin, mais sur ce sujet, j’ai beaucoup lu. »   Bruno Latour fait partie des deux penseurs qu’il a cités – nettement moins que dans la prestation précédente d’Emmanuel Macron sur cette même antenne en 2017 –, avec le philosophe allemand Peter Sloterdijk. Il appartient à ces « intellectuels qui, pour quelqu’un comme moi qui est dans l’action, qui a à gérer avec le quotidien et parfois l’urgence, vous mettent dans un déséquilibre qui vous conduit à réfléchir et qui est parfois fécond », a-t-il précisé.                      Mais ce qui l’aide vraiment à vivre, a-t-il conclu, ce sont surtout les poètes, qu’il lit « tous les jours » : Cendrars, Apollinaire et Char, qu’il met depuis longtemps au sommet de son Panthéon, comme il l’avait déjà confié dans un improbable numéro de La Règle du jeu, oubliant sans doute l’un des aphorismes de l’auteur des Feuillets d’Hypnos selon lequel « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ».        Il faut reconnaître un certain talent à Emmanuel Macron pour s’adapter à son public, de France Culture où il se fait matois et disert, à Brut, où il se comporte comme un stand-upper dopé aux amphétamines. D’ailleurs, le président-candidat s’est beaucoup adapté au cours des cinq dernières années. Il a surtout abandonné le legs prétendument structurant du philosophe Paul Ricœur, rencontré par l’intermédiaire de son professeur François Dosse, et qu’il assista pour l’édition de l’ouvrage La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli (Le Seuil, 2000). L’exercice du pouvoir a tout écrasé, comme l’a récemment reconnu le philosophe Olivier Abel, spécialiste de Ricœur.  « Le mouvement des “gilets jaunes” est apparu comme le choc en retour d’une élection présidentielle triomphaliste et dans le sillage d’un président souvent perçu comme arrogant », jugeait-il après la parution de son dernier ouvrage intitulé De l’humiliation. Le nouveau poison de notre société (Les Liens qui libèrent, 2022). Quant à François Dosse, qui avait pourtant voulu discerner dans le projet d’Emmanuel Macron en 2017 un prolongement politique de l’éthique et la pensée de Paul Ricœur dans Le Philosophe et le Président (Stock, 2017), il a lui aussi signé un livre à charge intitulé Macron ou les illusions perdues. Les larmes de Paul Ricœur (Le Passeur, 2022).


_______Celles et ceux qui ne se faisaient aucune illusion sur le chef de l’État pourront, à défaut de voir ce qui a disparu, constater ce qui est apparu, et qui n’est pas sans symétrie avec la perte de l’influence ricœurienne. À savoir l’endossement de modes de raisonnement absents en 2017 : laïcité durcie, crispations identitaires et réflexes « anti-woke » portés par ses ministres Jean-Michel Blanquer, Marlène Schiappa et Sarah El Haïry dont le propos « Moi, ce qui m’effraie encore plus que Zemmour, c’est les discours intersectionnels du moment » résonne particulièrement en cette période de veille de second tour face à l’extrême droite.                       Emmanuel Macron a lui-même sombré dans des travers similaires, s’attirant peu à peu la sympathie de toutes celles et ceux qu’il qualifiait en 2017 de « laïcisites »Dès juin 2020, en pleine mobilisation contre le racisme et les violences policières, il estimait que le monde universitaire avait « encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon ». « Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. Cela revient à casser la République en deux », avait-il ajouté à l’issue de semaines de débats stériles sur « l’islamo-gauchisme », lancé par sa ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal.      Des propos perçus comme une inflexion par Pierre-André Taguieff, figure de la lutte antiraciste converti à la logique du Printemps républicain : « Je pense que le président a pris conscience de la gravité de cette fracture entre les partisans du mouvement décolonial et ceux qui refusent de s’y inscrire parce qu’ils y voient une forme de racisme inversé », s’était-il réjoui auprès de Mediapart. « Il y a un virage républicain », assumait alors un collaborateur du président de la République.                       Un conseiller confirmait cette inflexion présidentielle en ces termes : « Une page se tourne, une autre va s’ouvrir. On est effectivement plus proche de Chevènement que de Rocard », soulignait-il, en référence à cette figure de la « deuxième gauche » dont le chef de l’État n’a jamais cessé de se réclamer depuis. Dès lors, Emmanuel Macron n’a plus lâché ses nouvelles marottes, pudiquement qualifiées de « régaliennes » – l’immigration, l’identité et la sécurité –, s’employant ainsi à installer un nouveau face-à-face avec Marine Le Pen.       Outre ce mouvement de balancier, voyant disparaître certaines logiques pour en voir se dessiner d’autres, une radiographie récente montre que les quatre marqueurs initialement repérés du fonctionnement cérébral du macronisme – le « marchisme », l’« enmêmetempstisme », le « modernisme » et le « capitalicisme » – ont tous été perturbés.        Le « marchisme » s’est transformé sous un double mouvement. Non seulement « en marche » est devenu synonyme d’« en force » sous l’effet d’une verticalisation accrue du pouvoir, mais il s’est aussi transformé « en parts de marché ». Pendant cinq ans, Emmanuel Macron a fonctionné selon cette logique, laissant ses ministres occuper tel ou tel terrain quitte à se contredire. Aujourd’hui, il recycle cette méthode, en tentant de gratter quelques points à gauche, tout en conservant son cœur de cible : la droite. Il renvoie ainsi dos à dos l’extrême droite (le « politiquement abject ») et l’antifascisme (le « politiquement correct »).     « L’enmêmetempstisme » s’est, lui, converti en une menace politique que l’on pourrait définir comme le « nawakisme ». Comment peut-on, sans perdre toute crédibilité, souhaiter le vendredi que les femmes « tombent le voile d’elles-mêmes » et le dimanche féliciter une femme parce qu’elle est « féministe et voilée » ? Comment peut-on confondre ainsi urgence écologique et urgence électorale et affirmer une mue verte quand on a vidé la Convention citoyenne de ses principales propositions ? Comment peut-on continuer à prôner le « grand débat » permanent et poursuivre la politique du LBD face à ses opposant·es ?      À ce gloubi-boulga de fond s’ajoute l’enrayement de ce qui a été l’une des principales armes rhétoriques et politiques d’Emmanuel Macron, contribuant à son succès de 2017 : la triangulation. Cette technique, consistant à faire siens les mots et les références de ses concurrents pour les désamorcer et brouiller les pistes, est devenue sa marque de fabrique depuis 2017. Ainsi le président sortant a-t-il pioché du côté de Jean Jaurès ou des « jours heureux » de la Résistance, tout en dégainant la « tolérance zéro » de la droite en matière sécuritaire, ou en laissant ses ministres parler d’« ensauvagement » comme l’extrême droite.       Avec le temps, cette triangulation s’est transformée en « triangulation des Bermudes » tournant à vide et ne provoquant, dans cette campagne d’entre-deux-tours, que des railleries, quand ce n’est pas un profond agacement. C’est notamment le cas lorsque le président-candidat se prend, à Marseille (Bouches-du-Rhône), à citer à deux reprises le nom du programme de Jean-Luc Mélenchon – « L’Avenir en commun » – ou lorsqu’il cite un slogan ancien de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) – « Nos vies, leurs vies valent plus que tous les profits ».      Le « modernisme » d’Emmanuel Macron n’a pas non plus survécu au quinquennat. Son visage demeure certes jeune par rapport à celui que nous présente habituellement la politique française, mais il fait néanmoins penser au Portrait de Dorian Gray. Dans le roman d’Oscar Wilde, c’est le portrait peint du héros qui vieillit et accuse les traits de la corruption de l’âme du personnage. Ici, le visage reste lisse, mais il ne contient plus aucune promesse. La confiance s’est rompue sous les coups de boutoir d’un chef de l’État multipliant les renoncements et les marques de mépris, ainsi que le reniement de sa promesse de ne pas considérer les 66 % de suffrages s’étant portés sur son nom le 7 mai 2017 comme un « blanc-seing ».            Le dernier trait que nous identifions en 2017 était le « capitalicisme », fondé sur l’idée qu’Emmanuel Macron brandissait en étendard la « grammaire des affaires », comme s’il l’avait rédigée. Ministre, il avait expliqué à la chaîne britannique BBC que le malheur de la France avait été de ne pas faire les réformes nécessaires que la Grande-Bretagne de Thatcher avait effectuées. Maniant l’art du caméléon comme personne, le même homme estimait aussi que le capitalisme contemporain était « en train d’écraser toute forme de valeur sur la valeur monétaire » et qu’il devenait « un capitalisme de puissants qu’on n’arrive plus à réguler ».                                                                    À l’époque de ce pas de deux typique du raisonnement macronien demeurait encore une interrogation possible sur la nature du régime de pensée du nouveau président de la République, alimenté à un doute sur la nature du libéralisme promu par celui qui restait alors un néophyte en politique. Il s’agissait de savoir comment Emmanuel Macron investirait ce terme dont le signifiant flotte selon les époques où il se déploie. Un quinquennat plus tard, on ne peut que constater que ce libéralisme n’est qu’un masque et non une boussole, destiné à cacher un profond conservatisme prenant les traits du « libéralisme autoritaire ».      Ce « petit monstre conceptuel », pour reprendre les mots du philosophe Grégoire Chamayou, remonte à un discours prononcé par le juriste et philosophe allemand Carl Schmitt devant les patrons allemands en 1932, posant les bases d’un « État fort-faible, fort avec les uns, faible avec les autres ». Ou, pour reprendre les mots du sociologue allemand Wolfgang Streeck, fort « contre les revendications démocratiques de redistribution » sociale, mais « faible dans sa relation au marché ».      Face à ces reconfigurations du cerveau macroniste, on aimerait pouvoir se tenir à une position d’analyse distanciée, capable d’en rire quand il le faut ou de prétendre en faire l’exégèse quand cela paraît nécessaire, comme pour la conclusion de son entretien sur France Culture où Emmanuel Macron ajoutait encore, à propos des poètes : « Ce sont ceux qui vraiment vous libèrent le plus parfois de cette violence, de la tyrannie du quotidien et qui vous donnent, soit pour les uns, le visage de la mort, soit vous donnent cette espèce d’intimité absolue avec ce que vous avez à être.              Mais il faudrait pour cela que la « tyrannie du quotidien » ne soit pas, pour beaucoup d’entre nous aujourd’hui, de balancer entre l’exaspération d’entendre chaque jour les propos démonétisés du président-candidat et l’inquiétude d’avoir le sentiment que celui-ci ferait mieux de se taire pendant cet entre-deux-tours tant il ressemble à cet enfant irresponsable qui joue avec le feu.

[Joseph Confavreux et Ellen Salvi __________________________