Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 30 novembre 2010

Absurdes concurrences

Diviser pour privatiser

"Concurrence libre et non faussée", disaient-ils...

"L'Union européenne reste un monstre à deux visages. Côté face, les professions de foi sociales et la promesse de défendre le modèle européen. Côté pile, libéralisation et privatisation à tout crin des services publics et incitations au dumping social."

__________
Les services publics ont-ils encore un avenir ?_
_______Miroir aux alouettes...
__Un mythe tenace
______________________
(Jalons...)
________________Silence, on privatise !
La "bataille du rail" est engagée...
"Bienvenue dans les chemins de fer français nouvelle formule : ouverts en 2007 à la concurrence pour le fret,
depuis 2010 pour les voyageurs, les employés de la SNCF sont désormais
rejoints par d’autres structures qui partagent leurs rails, vendent les mêmes billets… Mais ont substitué à la culture de service public des objectifs de rentabilité. Au sein même de la vieille maison ferroviaire, les centaines de milliers d’agents voient leur cohésion remise en cause, arbitrairement, pour préparer une division des tâches, afin que chacune d’elle puisse être mise en concurrence..."
__"...L’opération conduite à grand renfort de directives et de règlements par la Commission européenne vise en réalité à contourner, en se donnant le temps nécessaire, l’article 295 du traité de l’Union européenne qui stipule : « Le présent traité ne préjuge en rien du régime de la propriété dans les Etats membres » . Il s’agit de parvenir par des voies détournées à imposer tout de même la privatisation des anciens monopoles publics..."
La « libéralisation » du transport ferroviaire est en cours...
-La SNCF livrée en pâture au "Privé" ?

_____________________________________
Pour la Poste, la privatisation progresse
Les intérêts privés mènent la danse
_______________


Electricité : la douloureuse du marché européen
"On pensait qu'elle ferait baisser les prix de l'électricité, mais la concurrence imposée par l'Union Européenne risque au contraire de les faire flamber. Grâce à la loi Norme, le gouvernement pourrait contraindre EDF à vendre une partie de sa production d'électricité à ses concurrents. Un deal qui pourrait coûter chez aux consommateurs français.A en croire la vulgate qui tient lieu de prêt à penser, la concurrence est une invention merveilleuse qui permet de faire baisser les prix. Pourtant, lorsque ce dogme est appliqué dans le domaine de l’électricité, le résultat est inverse. Les prix flambent....En vertu des nouvelles tables de la loi divine, les bons apôtres de la commission de Bruxelles ont décrété qu’il fallait rayer les monopoles publics de la carte. Nul ne sait au nom de quelle logique et de quelle efficacité, mais c’est ainsi. Cela ne se discute pas. En URSS, il fallait tout Etatiser. Dans l’Europe néolibérale, il faut tout privatiser. Cela s’appelle la « concurrence libre et non faussée ». Au nom de ces préceptes, le marché de l’électricité a été dérégulé en 2007. Et comme cela ne suffit pas, Bruxelles a sommé la France d’inventer la loi Nome, afin d’obliger EDF à faire un peu plus de place à ses concurrents. Evidemment, il faudra bien que quelqu’un paie la note et le manque à gagner pour EDF. Pas de surprise. Ce sera le consommateur. Les experts de la Commission de Régulation de l’énergie (CRE) ont prévu une flambée des prix de l’électricité de 11,4% après le vote de la loi, puis de 3,5% par an, soit jusqu’à 25% d’ici à 2015. D’ailleurs, c’est un principe de base : partout où le marché de l’électricité a été privatisé, les prix ont augmenté. Un esprit rationnel se demanderait pourquoi il faut absolument chambouler un secteur fonctionnant sinon très bien, du moins pas mal. Or c’est une question taboue. Quiconque ose la poser se fait traiter au mieux de simplisme, au pire de souverainisme. On ne saura donc jamais pourquoi la loi de la concurrence doit s’appliquer partout, y compris là où elle n’a que des conséquences négatives. " (J.Dion)
EDF: privatisation en vue__- Le courant ne passe plus ___-Sous-traitance et compétition à haut risque___-EDF privatisée = électricité plus chère-EDF vend sa filiale allemande sous pression politique
______________________

Sociétés militaires privées, la paix privatisée
"Bruno Delamotte, PDG de Risk&Co, l’un des plus anciens acteurs du secteur avec Geos a monté sa société profitant du flou juridique qui entourait le secteur des sociétés de sécurité. Dans une tribune parue dans Le Monde intitulée « les marchands de peur face au risque terroriste », il s’inquiétait de voir se multiplier les sociétés de sécurité « qui se veulent sociétés militaires privées (SMP) en devenir et ne sont que vautours qui mêlent douleurs des familles et recherchent du profit immédiat ». (NDLR: Le débat fait rage entre les différents acteurs du secteur sur le blog Secret Défense de Jean-Dominique Merchet). "
________________________________

Vers une privatisation de la Sécurité sociale...
"...Rien n'est dit publiquement. Dans toutes ses déclarations officielles, Nicolas Sarkozy jure même de son attachement à la Sécurité sociale, qui, depuis sa fondation en 1945, repose sur le système de la répartition, c'est-à-dire sur un système collectif et solidaire, tournant le dos au système de l'assurance privée individuelle. Depuis des lustres, le lobby très puissant des assureurs privés rêve de mettre à bas ce système. Et pour la première fois, un gouvernement, celui de François Fillon, s'apprête à accéder à ses
demandes.
__Le premier à sonner la charge a été Claude Bébéar, le fondateur du groupe d'assurance Axa, qui, dès 1996, avait sommé le gouvernement d'Alain Juppé d'avancer vers des «
sécurités sociales privées », en émettant la recommandation que ce système fonctionne au « premier franc ». « Autant dire, tuer la Sécurité sociale », commentait à l'époque L'Express.__Puis, il y a eu un deuxième assaut, celui de Denis Kessler (ancien numéro deux du patronat, ancien président de la Fédération française des sociétés d'assurance et actuel président de la Scor, un géant de la réassurance) qui, dans une déclaration tonitruante au magazine Challenges, le 4 octobre 2007, avait estimé que la politique économique de Nicolas Sarkozy était moins brouillonne qu'on pouvait le penser : « Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression d
e patchwork, tant elles paraissent variées, d'importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme... A y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »...
-Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde !
-Le plan secret du Medef pour dynamiter la Sécu
______________________________________
La concurrence poussée jusqu’à l’absurde

lundi 29 novembre 2010

(Géo)localisez-vous !

-Géolocalisation: aide ou menace?

Vers une traçabilité généralisée ?


["Il est plus difficile de s'opposer à un contrôle diffus qu'à un adversaire unique". Crédits photo : Leon Neal/AFP)]

_______________________
___Pouvoir être localisé quand on est en danger, suivi dans des parcours marins délicats, aidé dans la recherche urbaine, etc...autant de possibilités intéressantes des techniques de géolocalisation.
Pouvoir être pisté pour des raisons inavouables, commerciales ou intimes...voilà qui est moins sympathique et peut rendre la vie impossible, mettre en péril la liberté de se déplacer, qui en commande beaucoup d'autres. Un fil à la patte qui peut parfois rassurer mais souvent inquiéter.

Toutes les tech
nologies sont ambivalentes, mais celle-là est particulièrement riche en dérives possibles. Et nous ne sommes qu'au début de son développement.
On a dénonc
é les risques de la vidéosurveillance développée sans frein, la multiplication de fichiers comme le Stic, Edwige, etc....Ceux de la géolocalisation ne sont pas moindres, ils sont même plus insidieux, moins détectables et soupçonnables. Le citoyen comme la démocratie ont tout à perdre du développement rapide et inquiétant de la cybersurveillance.
-
«Plus on est habitué à être observé, moins on est sensible aux atteintes à la vie privée» (A.Rouvroy)
___"...
il y a réellement de quoi s'inquiéter devant les innombrables dispositifs qui s'acharnent à nous rendre intégralement visibles. Le regard global n'est pas une vue de l'esprit. Il imprègne nos vies en même temps qu'il formate nos existences. Il dicte nos conduites en même temps qu'il dresse nos corps. L'extension du domaine du regard, la recherche éperdue de la visibilité, de la prévision, de la jouissance immédiate, il se pourrait bien qu'elles fassent taire la part obscure de nous-mêmes..."
Alex Türk, malgré une certaine ambiguïté, tire la sonnette d'alarme.

"La Cnil a peur de la géolocalisation sur Internet et de ses effets. A l'occasion des Assises du numérique jeudi soir, lors d'une table ronde consacrée aux droits et devoirs des citoyens en ligne, le président de la Commission nationale de l'informatique et des libertés a lancé une sévère mise en garde : «Nous risquons d'entrer dans une société où il ne sera jamais plus possible de cacher aux autres où nous nous trouvons, et avec qui nous nous trouvons. Ce serait une société invivable».
__C'est pourtant vers cette société que l'on se dirige, selon Alex Türk, car
la géolocalisation s'immisce partout. Sur Internet, elle est désormais intégrée à Facebook, où l'on vient partager volontairement sa position avec ses amis, grâce à la puce GPS de son smartphone. La Cnil avait déjà exprimé sa méfiance contre ce service en octobre.
Google n'est pas en reste. Il sait déjà suggérer des recherches en fonction de l'emplacement de l'internaute, et garde en mémoire le parcours de ses utilisateurs.
__La géolocalisation s'invite aussi dans les lieux publics ou les entreprises, grâce à des dispositifs d'identification en apparence inoffensifs. Dans les stades, les caméras vidéo qui balayent les tribunes peuvent reconnaître un spectateur, identifié par son billet équipé d'une puce RFID. Elles savent donc, à son insu, où il est placé et ce qu'il fait. Ce qui vaut pour la sécurité aujourd'hui peut être étendu à la publicité. Cette semaine, des militants antipub ont
barbouillé dans le métro parisien des écrans publicitaires équipés de capteurs, qui comptent les passants et leur temps d'exposition..."

dimanche 28 novembre 2010

Anticipations ubuesques

Petit délire dominical

De quoi demain sera-t-il fait?

Les projections vers le futur concernant l'histoire des hommes, sont souvent riches en fantasmes de toutes sortes, alimentant délires , constructions à la Paco Rabanne, nombreuses rêveries, parfois hilarantes.
Les époques difficiles ou incertaines sont souvent à l'origine de nombreuses peurs, parfois savamment exploitées.
Mais parfois, par certains côtés , ces lectures de l'avenir peuvent dessiner un horizon possible, comme les anticipations de Jules Verne.
__Dans le domaine scientifique, la prévision peut atteindre un haut degré de certitude, si toutes les données sont connues, dans un domaine pas trop complexe ou bien maîtrisé à
un moment donné, en fonction du déterminisme naturel, largement confirmé.

"Ce qui nous attend" ne peut être au mieux qu'à peine entrevu, même à court terme.( On exclut bien sûr les constructions irrationnelles comme la voyance et l'astrologie, vieilles comme le monde...)

__La fiction anticipatrice est une auberge espagnole où chacun, chaque époque , place ses espoirs et les peurs résultant du présent.

_______Concernant les changements climatiques, les incertitudes restent grandes et les projections aventureuses.
_______En matière économique, on remarque combien les courtes vues des "experts" peuvent être mises en échec.


_____En matière politique ,on peut s'amuser beaucoup à tenter des scénarii osés, en scrutant d'improbables dépêches AFP, comme celles-ci...


samedi 27 novembre 2010

Eurocrise

(Suite, sans fin prévisible...)

La Grèce, l'Irlande, la colère...

Suivant?..

_ Il semble que le plan d'aide précipite les risques de crise de l'euro. Que celui-ci soit entré dans une crise grave, cela saute aux yeux pour tout le monde. La presse américaine n'est pas la dernière à le remarquer, mais si son insistance n'est pas sans arrière-pensée. La politique US a beaucoup oscillé vis à vis d'une Europe tantôt choyée, tantôt combattue, en fonction de ses intérêts. Pourtant,même des prix Nobel sont pessimistes. Heureusement, on sait que les économistes peuvent se tromper.
__Objectivement, il apparaît bien que l'euro a contribué à brider l'économie européenne. L'institution elle-même va-t-elle résister à une épreuve qui fait apparaître ses faiblesses congénitales, sous le coup des dérives et des pressions bancaires, des agences de notation aux interventions partiales? Le caractère disparate des économies, des niveaux de développement, des traditions, des histoires spécifiques, des exigences politiques, des concurrences faussées de chaque partenaire a, jusqu'a la crise, été voilé. Celle-ci met à jour les particularismes, les tensions, les dysfonctionnements, les blocages, les avantages acquis. Certains parleront d'"égoïsmes nationaux". Ce qu'on avait caché sur le tapis apparaît au
grand jour. Le beau projet semble mort.
"...Loin de converger, les économies de la zone euro ont divergé de plus en plus. Car en lieu et place d'une union économique et monétaire, les pays de la zone euro ont vécu à échelle réduite une mondialisation sans frein. Chaque pays s'est retrouvé en concurrence avec tous les autres, avec la même monnaie, sans aucune protection. Asphyxiées par une politique monétaire inadaptée et une monnaie trop forte, les économies les plus fragiles – «les pays du Club Med» comme dit l'Allemagne – mais aussi dans une moindre mesure l'Italie et la France n'ont cessé de perdre en dynamisme et en compétitivité. La déindustrialisation a été massive. Un chômage structurel élevé et permanent s'est installé. Ces chutes économiques ont été parfois masquées par les artifices d'une financiarisation débridée, et de l'endettement privé autant que public. Il suffit de regarder les balances commerciales pour connaître le bilan de ces dix ans d'union monétaire: l'Allemagne a été la grande gagnante..."(Martine Orange)

_____La question
où va l'Euro(pe) hante les gouvernants , les observateurs avertis ou non et tout un chacun. Deux possibilités apparaissent et sont débattues, parfois avec passion.
_Certains suggèrent le divorce pur et simple au plus vite , pour redonner sens aux politiques nationales, seule porteuses
d'initiatives possibles, de solutions adaptées, en matière de maîtrise de la monnaie, qui permettrait une gestion maîtrisée de l'économie, loin d'une bureaucratie bruxelloise "hors-sol". Une certaine souveraineté ne signifie pas forcément la guerre.
Au vu de la dislocation d'une unité de façade, certains,
les plus pessimistes, optent pour les solutions les plus radicales. Ce serait la fin d'une illusion collective, d'un mythe ayant montré ses limites, ses contradictions et ses inerties. La fin d'une expérience historique provisoire, née sur le terreau de l'après-guerre et de le la guerre froide. Une parenthèse qu'il faudrait fermer, dans une nouvelle configura
tion géopolitique. Il faudrait penser des échanges moins contraignants, plus négociés, au coeur de groupements de puissances homogènes, de l'Atlantique à l'Oural, à partir de l'axe Paris/Berlin. Retour (réaliste aujourd'hui) du vieux projet gaullien?
Une telle rupture ne pourrait cependant pas se faire sans de graves inconvénients politiques et fina
nciers, un pays qui s'isolerait serait encore plus vite la proie des banques, il faudrait revoir une bonne partie de la législation imposée par Bruxelles, le changement de monnaie coûterait très cher...
_____On fait remarquer que, juridiquement, la rupture est possible ; elle est même inscrite dans le traité de Lisbonne, qui stipule que (article 50):

Une procédure qui se révèlerait lourde, difficile, et qui risquerait d'entraîner de grandes tensions et d'autres défections... à moins que l'on ne renégocie le fameux traité, passé en force.
__D'autres, conscients des impasses actuelles, réfléchissent à une réorganisation des institutions
européennes. Il faudrait revoir les traités, remettre en question la dépendance par rapport au dollar, à la politique américaine, créer une vraie souveraineté monétaire et tracer les plans d'une fédération permettant une cohérence et une intégration politique plus marquée, mais en encourageant les initiatives et la diversité des états, avec une monnaie non plus unique, mais commune. Non pas la fin de l'Europe, mais un dépassement/refondation de l'Europe telle qu'elle est. On ne pourra l'éviter. Remettre sur le chantier un projet peu démocratique, le plus souvent incompréhensible et même critiqué pour la plupart, un projet mal fagoté, lancé à la hâte, imposé au forceps, soumis aux lois des marchés, adossé aux exigences des USA.
__Pour l'instant, au plus haut niveau,c'est la stupeur, l'impuissance, le coma ou le recours au
théorème de Guetta . On pare au plus pressé, on colmate avec les moyens du bord, on colle des rustines, on rassure, on fait le gros dos, on attend que l'orage passe, comme si tout allait reprendre sa place après une bourrasque qui risque de redoubler.Mais on ne s'oublie pas...
_"...
La vitesse à laquelle se propage la contagion semble prendre tout le monde de court. En dépit des espoirs des responsables européens qui s'accrochent comme ils le peuvent à leur doctrine, une aide massive au Portugal risque d'être d'avoir les mêmes effets que le plan de sauvetage irlandais: donner de nouveaux arguments pour continuer le jeu de dominos, la spéculation s'employant à faire effondrer les pièces les unes derrière les autres, à un rythme de plus en plus effréné. Tandis que le gouvernement portugais tente de résister à l'arrivée du FMI chez lui, les marchés se sont déjà saisis du cas espagnol, les deux économies étant intrinsèquement liées. Vendredi matin, le premier ministre espagnol, José-Luis Zapatero, est intervenu pour exclure «absolument» tout sauvetage financier. Des déclarations qui sont plus de nature à effrayer qu'à calmer le jeu. Depuis six mois, les responsables politiques sont systématiquement pris à contre-pied...
Le fonds de stabilité financière, qui devait servir comme arme de dissuasion, se révèle être un couteau sans lame face à la spéculation. Rajouter des dettes aux dettes – car les fonds prêtés aux pays sont directement empruntés sur les marchés par les différents pays de la zone euro – risque d'entraîner l'ensemble des économies européennes par le fond. D'autres mesures s'imposent, rompant avec la doctrine. Mais il faut clairement dire lesquelles et fixer les règles.
_Or, rien de tel pour l'instant. Face au mutisme de tous les autres dirigeants européens – le silence de la France dans cette crise à cet égard étonnant –, la chancelière allemande s'est érigée en chef politique de la zone euro. Mais ses interventions sont plus destinées à son électorat qu'à l'ensemble de l'Europe. Surtout, comme pour faire oublier ses hésitations au printemps lors de la crise grecque, qui coûtent aujourd'hui si cher à l'Europe, Angela Merkel multiplie les déclarations à tort et à travers, alimentant la colère de ses partenaires...
" " (Mediapart)
_______L'autruche à la tête profondément enfouie dans le sable. On nous avait même dit il y a un an que la crise se terminait...et bien d'autres choses avant:
"Ils ont dit : l’Euro va générer une phase de forte croissance et le retour du plein-emploi.Les faits : l’Eurozone a été la zone de plus faible croissance au monde dans les années 2000. Quant au plein-emploi..__.Ils ont dit : l’axe Paris-Francfort va supplanter Londres comme premier centre financier européen.Les faits : Londres a considérablement accru sa suprématie sur Paris et Francfort, dont les salles de marché ont décampé l’une après l’autre au cours de la décennie pour traverser la Manche.__Ils ont dit : jamais les pays de l’Eurozone ne devront renflouer d’autres pays de l’Eurozone ; d’ailleurs, le Traité de Maastricht, devenu en 2007 Traité de Lisbonne, l’interdit formellement. Et puis de toute façon, la question ne se pose pas, puisque chacun sait qu’il est inconcevable qu’un pays de l’Eurozone fasse faillite., etc..."
En attendant,le modèle économique allemand a gagné.
Vraiment?

vendredi 26 novembre 2010

Précarité à l'américaine

Précarité érigée en système



-Partage inégal de l'incertitude




La montée de l'incertitude au coeur de l'emploi, la précarité, devient un problème majeur au coeur de l'économie dérégulée, issue de l'application du néolibéralisme financier et de la concurrence mondiale sans frein.Le témoignage de l'expérience volontaire de Florence Aubenas (1) nous en donne un exemple limité mais vivant. .Il semble que la déstructuration de l'organisation du travail ne connaisse pas de limites, comme le montre l'étude suivante:

L'auteur de cette recherche décrit un système,"un des plus inquiétants et des plus emblématiques du marché du travail étatsunien, que Sébastien Chauvin aborde dans Les agences de la précarité. L’ouvrage, issu d’une thèse de sociologie , décrit l’univers des travailleurs intérimaires employés par des agences de day labor, dans la région de Chicago.
Ces agences de travail journalier fournissent une main-d’œuvre peu qualifiée à des entreprises du secteur de l’industrie légère. Chaque jour ouvrable entre 4h et 5h du matin, avant même l’ouverture, une file d’attente s’organise devant ces établissements, où les candidats à l’embauche se pressent dans l’espoir d’obtenir les faveurs du « dispatcheur » (l’employé chargé de composer les équipes de travail) et de figurer sur un « ticket » (qui correspond à la liste de travailleurs qui accompagne chaque « livra
ison » de personnel).
__Cette population de salariés précaires, qui se compose pour l’essentiel de ressortissants mexicains ou sud-américains sans-papiers et de Noirs, souffre d’une forte discrimination selon le statut civique et l’origine ethnique. Elle correspond à ce que Yann Mou
llier-Boutang appelle le « salariat bridé » , c’est-à-dire un pan du « salariat dépendant dont la liberté est contrainte juridiquement » et qui, de ce fait, souffre d’une forte inemployabilité. L’ambition avouée de l’auteur est d’appréhender par la démarche ethnographique le rôle de ces agences dans la répartition de l’incertitude entre salariés bridés et employeurs sur le marché du travail secondaire . Tout au long du livre, il s’efforce de mettre en évidence les formes de contrôle qui s’exercent sur la main-d’œuvre dans le but de « limiter sa mobilité autonome » , autrement dit de garantir son immobilité pour mieux s’assurer de sa mobilisation au travail. À travers de multiples stratégies de rétention qui frappent des populations déjà stigmatisées, les entreprises du secteur tentent de s’arroger un pouvoir de convocabilité permanente des travailleurs pour répondre au mieux aux besoins des entreprises clientes, sachant que leur révocabilité est déjà nettement facilitée par le contrat de travail.."

______Workfarework, "travail obligatoire" et régression sociale en Ontario

_Et si c'était ça, l'Europe sociale ?_Plein emploi ou travail forcé

Travail et dérégulation
Et pourquoi pas, tant qu'on y est, du travail gratuit?
_________________
- Salariat : à l'américaine ?
-Vers une précarité généralisée ?
-Précarité pour tous, la norme du futur
-Observatoire des inégalités
-La-bas.org - Précarité - chômage
___________________________________
-[Désolé pour la mise en page : dysfonctionnements sur blogger]

jeudi 25 novembre 2010

Euro à l'agonie ?

L'euro survivra-t-il à la crise?

Certains économistes jugent l'euro en péril, en grand danger. La crise aurait mis en évidence ses aspects de construction artificielle, qui aurait à peu près fonctionné pendant une période en masquant les inégalités de développement, mais qui se révèlerait aujourd'hui plutôt comme un carcan, au sein d'un union où règne aujourd'hui la cacophonie, l'absence d'un minimum de cohérence et de solidarité, d'intérêts convergents.

Mais une autre forme d'Europe ne peut-elle pas se reconstruire sur la base d'une monnaie commune de référence, autrement définie, donnant aux divers partenaires une marge d'autonomie financière nécessaire, à l'heure où la guerre des monnaies, donc de nouvelles formes de protectionnisme, se déchaîne au niveau international?

Herman Van Rompuy
, européiste plus que convaincu, sonne lui-même le tocsin: la zone euro joue sa "survie", affirme-t-il. Si lui-même l'affirme, c'est qu'il y a bien péril en la demeure.
_Le problème est : comment en sortir sans drame, dans les pires conditions, en maintenant les meilleurs acquis.
__Les plus pessimistes, les plus souverainistes souvent aussi, et les plus réticents au développement "anarchique" et peu démocratique de l'Europe depuis 20 ans, jugent qu'il faudrait mettre un terme à la fiction d'un monnaie prétendument régulatrice et unificatrice. Et le plus tôt serait le mieux, pour ne pas voir s'aggraver les tensions déjà bien visibles entre les pays à développement différents, voire divergents. On aurait mis la charrue avant les boeufs en voulant construire au forceps, selon les principes chers à Monet, un semblant de cohérence économique, sans avoir d'abord construit un début de projet politique et une cohérence financière de fond. Depuis les pères fondateurs de l'après-guerre, soucieux de rapprochement avec l'Allemagne, dans le cadre de la guerre froide, le contexte géopolitique de l'Europe a complètement changé et l'ivresse d'une finance "hors-sol", dont les instances européennes ont fait aussi le jeu, a destabilisé les économies et le jeu normal de la concurrence.

Ces eurosceptiques d'hier ou d'aujourd'hui, par idéologie ou par raison, prévoient une désintégration programmée de l'Union européenne:
"Les élargissements successifs incontrôlés générateurs d’hypertrophie et de blocage, le déni de démocratie synonyme de défiance des peuples qui la composent, les coûts exorbitants et croissants de son fonctionnement sans véritable contrepartie aujourd’hui et la promesse chaque jour un peu plus démentie d’un euro protecteur et fédérateur ont amené l’Union Européenne dans une situation proche de celle de l’Union Soviétique à la fin des années soixante-dix. La crise financière et les choix politiques et économiques désastreux qu’elle impose maintenant aux états membres pour y remédier l’entraînent désormais inéluctablement dans une spirale descendante dont la seule issue possible est son effondrement d’ici une dizaine d’années..."
__Le pire n'est jamais sûr. Mais les analyses de Asselineau_(ou ici )qu'on peut juger excessives ou irréalistes, viennent entretenir ces craintes. Craintes renforcées par le réputé journaliste anglais, certes européen non convaincu, Ambrose Evans-Pritchard (traduction ici)
______________
_L'économiste Alain Cotta partage les mêmes préoccupations, mais estime que l'Europe peut garder une certaine cohérence si on redéfinit le statut de sa monnaie, qui portait dès sa conception la perspective de son échec...
___Alors, quelle solution pour repartir d’un bon pied ?
"Une seule : abandonner la monnaie unique, dont nous avons toujours dit qu’elle serait une bombe à retardement, au profit de la monnaie commune, dont certains avaient rêvé avant Maastricht. Des monnaies nationales, dont la valeur serait gagée sur la richesse réelle des États, coexistant avec une monnaie de réserve commune capable de financer les projets d’intérêt général : je ne vois pas d’autre solution capable de concilier la souplesse qu’exige la diversité des peuples européens avec la stabilité extérieure dont a besoin un continent organisé..."
_Alain Cotta préconise une
sortie rapide de l'euro tel qu'il est, pour ne pas "mourir à petit feu", en envisageant trois possibilités...
__________________________
-
L'euro en deux questions
-Comment desserrer le piège de l’Euro ?
-La crise irlandaise confirme la suprématie de l'Europe allemande
-Vertueuse Allemagne?
-
L'Allemagne, un problème pour l'Europe
-Un éclatement de la zône euro est-il pensable?
______________________________
[Si ce billet n'est pas lisible ou ne l'est que partiellement, copiez-le sous Word pour en prendre connaissance]

mercredi 24 novembre 2010

Humeurs vagabondes...


Pessimisme ?
___La lecture des medias n'incite pas à l'optimisme.
Les bonnes nouvelles ne semblent pas nombreuses en ces temps où la marche du monde ne rassure pas, c'est un euphémisme. Le pessimisme semble de rigueur. Notre époque est à la plainte, souvent excessive, jusqu'à l'accablement, parfois complaisant et paralysant. Nous subissons les nouvelles d'une presse dont la fonction est de focaliser l'attention sur les dysfonctionnements dans tous les domaines, souvent à l'excès.
Mais il est de
s trains qui arrivent à l'heure....
On peut aussi lever le regard, s'attarder sur ce qui ne va pas si mal, ce qui fonctionne bien, ce qui progresse, étonne
, émerveille parfois, pour sortir du pessimisme ambiant. Certains l'appelleront lucidité. D'autres y verront une sorte de désespoir. Question de regard, de focale, de ressort, de volonté aussi.
Après tout, le futur nous échappe, par définition. C'est le lieu des possibles.

__W.Chuchill disait" Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté.", même si J.Rostand tempérait avec humour: "Je me sens très optimiste quand à l'avenir du pessimisme."
Un vieux sage suggérait:

" Quelque critiques que puissent être la situation et les circonstances où vous vous trouvez, ne désespérez de rien; c'est dans les occasions où tout est à craindre qu'il ne faut rien craindre; c'est lorsqu'on est environné de tous les dangers, qu'il n'en faut redouter aucun; c'est lorsqu'on est sans aucune ressource, qu'il faut compter sur toutes; c'est lorsqu'on est surpris, qu'il faut surprendre l'ennemi lui-même." (Sun-Tse, L’Art de la Guerre)
____Le débat récurrent optimisme/pessimisme est un peu vain. Contre un optimisme naïf, un optimisme relatif et mesuré, un optimisme de la raison sans illusion peut se cultiver.

______________S'évader un peu, respirer,
rendre son pas moins lourd, éclaircir son regard. Il existe pas mal de possibilités permettant de libérer l'esprit des pesanteurs, d'éveiller l'admiration, l'enthousiasme même. Par exemple:
__Plonger dans les traces d'un passé fascinant ( ou ici )
__ Lever le regard sur l'infini de l'univers __S'extasier devant la beauté naturelle ou générée par l'homme (ou ici)
__Se ressourcer au meilleur des sons arrangés, des productions musicales.
__Admirer le courage de ceux qui ont su résister à leurs peurs.
________Pour retrouver des plaisirs simples, le meilleur de nous-mêmes, un désir de dépassement, une certaine harmonie, qui nous rendent plus légers et plus forts.
_________________
[Si ce billet n'est pas lisible ou ne l'est que partiellement, copiez-le sous Word pour en prendre connaissance]

mardi 23 novembre 2010

Repenser la psychiatrie

Un monde sans fous ?

_Dérives de la psychiatrie



On savait la psychiatrie en crise.
La diffusion d'un documentaire hier soir sur LCP vient confirmer le triste état actuel de la psychiatrie en France, qui fut naguère une sorte de modèle.

La fermeture de nombreux lits n'a pas été suivie d'une adaptation responsable des soins de la souffrance psychique sous toutes ses formes.. Le saccage de la psychiatrie continue.
_Beaucoup de personnes en détresse psychologique se trouvent souvent ballotées entre centre de soins (ceux qui restent), l'errance dangereuse, les centres d'accueil et...la prison, faute de diagnostic en temps voulu et de prise en charge adaptée .«On juge des gens et on s'aperçoit, une fois qu'ils sont arrivés en détention, qu'ils ont des maladies mentales», résume le vice-président du tribunal de grande instance de Paris.
-Prison qui est devenue un vaste centre de psychiatrie, où la promiscuité, l'isolement, la non prise en charge individuelle ne peuvent qu'aggraver les symptômes.
_______________"La prison est devenue un asile psychiatrique. Un prisonnier sur cinq souffrirait de troubles mentaux. Catherine Herszberg a donc choisi d'aller enquêter là où échouent ceux qui n'ont plus de place nulle part, ni à l'hôpital ni ailleurs. De décembre 2005 à avril 2006, elle a accompagné l'équipe psychiatrique de la prison de Fresnes. Introduite et guidée par Christiane de Beaurepaire, chef du service, elle a suivi les prisonniers, les malades, les soignants, les surveillants. Elle a circulé partout, écouté, regardé, interrogé les uns et les autres, et a rapporté de ce voyage des histoires. Des histoires de fous. Des fous que les prisons de France se refilent comme des " patates chaudes ". Des fous qui échouent de plus en plus souvent au mitard. Des fous qui, au fond de leur cellule, s'enfoncent chaque jour davantage dans la maladie mentale. Des fous trop fous pour les hôpitaux psychiatriques qui, faute de moyens, ne peuvent plus les accueillir. De ce séjour dans un recoin obscur de notre société, l'auteur revient avec des questions. Criminaliser la maladie mentale, c'est faire un prodigieux bond en arrière. Pourquoi cette régression ? Que penser d'une société qui enferme derrière des murs ses pauvres, ses marginaux, ses malades mentaux ? Si l'on juge de l'état d'une civilisation au sort qu'elle réserve à ses marges, alors la nôtre va mal. "

____La psychiatrie se déshumanise de plus en plus. Deux raisons: des coupes sombres dans les budgets, qui ont fait éclater les centres de soin traditionnels, réduit le personnel, de moins en moins bien formé. L'influence grandissante de la psychiatrie anglo-saxonne, basée sur une approche quasi-exclusivement orientée par une certain nombre de dogmes de type étroitement scientiste, génético-biologique, comportementaliste, qui sacrifient l'accompagnement personnalisé des "sujets" en souffrance pour des raisons éducatives, sociales (la souffrance au travail, les effets d'un chômage brutal, par ex). Accompagnement qui demande du temps, des moyens,une formation, des échanges, un travail d'équipe, où les méthodes psychanalytiques ont leur rôle à jouer.
La psychiatrie a besoin de moyens, de visites à domicile, pas seulement de médicaments. La gestion technocratique des "malades" s'affirme de plus en plus, avec notamment la notion de traçabilité des protocoles, qui laisse augurer un contrôle généralisé de toutes formes de déviance. La psychiatrie tombe de plus en plus sous la coupe des firmes pharmaceutiques, de leurs propres modes de classement, de leurs protocoles, de leurs intérêts, de leurs croyances: les "bleus de l'âme" seraient l'affaire de la chimie..
Dans un tel contexte pratique et idéologique, la frontière entre troubles mentaux et délinquance tend à se réduire et on va chercher jusque dans l'école, les prémisses de dérives futures possibles. Une société de normalisation s'installe, diagnostique C.Dejours.


_____Un rapport du Sénat donne des pistes pour un redressement de la situation.Par exemple , faire de la psychiatrie un discipline ouverte à l'interdisciplinarité:
"Il convient de favoriser les interactions entre la recherche psychiatrique et la recherche dans les autres domaines des sciences, tant médicales que sociales.
Sans devoir être remplacée par la recherche en génétique ou en neurosciences, la recherche en psychiatrie doit intégrer les apports fondamentaux de ces disciplines. Au travers de fondations de coopérations scientifiques, mais aussi des organismes nationaux de recherche que sont l'Inserm et le CNRS, les croisements et enrichissements réciproques doivent être encouragés.
Les troubles psychiatriques ont généralement une origine à la fois génétique, psychique et sociale. Les recherches dans le domaine des sciences humaines, que ce soit l'économie de la santé ou la sociologie, peuvent donc constituer un apport pour une compréhension globale des maladies et de leur traitement. Ici encore, le rôle des organismes nationaux de recherche comme le CNRS est essentiel._La recherche en psychiatrie est mal connue et pourtant particulièrement importante. Elle exige de l'Etat des investissements qui seront à terme largement compensés par la possibilité d'améliorer le traitement des troubles dont souffre une part grandissante de la population.__La psychiatrie en France est à un tournant de son histoire. Elle peut sortir définitivement de l'obscurité où elle a été placée pour devenir une des disciplines de pointe de la médecine et nous permettre de faire face au défi majeur de santé publique que représente la santé mentale.
________________________________
-Psychiatrie: régression sécuritaire___-Psychiatrie: état "inquiétant"___-Psychiatrie sous influence
-Saccage de la psychiatrie...

lundi 22 novembre 2010

Guerre des mots au Proche-Orient


Mots, maux et lassitude

Aujourd'hui ou peut-être jamais...

Y a-t-il encore des mots pour parler d'un conflit qui dure depuis si longtemps, sans perspective de solution proche, malgré les promesses, les rares éclaircies, les illusions de paix, les échecs, les provocations, les régressions, l'enlisement?
Les mots semblent avoir perdu leur contenu et l'esprit s'épuise à leur donner encore une signification, comme ceux de"processus de paix","négociations", etc...Mots manipulés, usés et subvertis. Comment encore parler de ce qui n'est souvent que leurre, quand la situation est
devenue absurde, quand les mots ne font plus que renvoyer aux maux qui s'éternisent?..Mots piégés.
__Beaucoup de journalistes eux-mêmes, sur le terrain, sont au bord de la fatigue, de l'accablement
même. Peu s'accrochent encore parfois courageusement, malgré tout, pour produire des analyses autant que possible dégagées des passions, du discours usé, comme Charles Enderlin, qui, en tant que franco-israëlien, est sans doute celui qui est le moins fataliste, probablement parce qu'il connaît bien le terrain et se sent existentiellement impliqué.
___Malgré une volonté sporadique de rompre l'engrenage , de sortir du bourbier, les conditions d'une paix seulement espérée semblent s'éloigner. La surdité du gouvernement israëlien freine toute avancée autre que verbale, pour, à l'évidence, mener à bonne fin le processus de colonisation de la Cisjordanie.
_ Les silences d'Obama
et son ambiguïté désespérants semblent compromettre un déblocage nécessaire, que les USA auraient seuls actuellement la capacité politique d'effectuer.
________________
"...Dans la région, les mots, il faut s’en méfier."... Doit-on parler de ‘mur de séparation » ou de ‘barrière de sécurité’? De Cisjordanie ou de Judée-Samarie ? De Palestine ? De terroristes, de martyrs ou encore de militants? L’adjectif devient lui aussi suspect. Le journaliste doit-il qualifier les Territoires d’occupés ou parler simplement de palestiniens? Cette guerre des mots ne se limitent pas aux Israéliens et aux Palestiniens. Le Hamas et le Fatah ont également leur rhétorique. Car c’est aussi dans les médias que les bélligérants espèrent gagner la bataille...

Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, tranche d’emblée le débat. Pour lui, il faut employer les mots « homologués » par la communauté internationale et ne pas avoir peur d’appeler un chat un chat...__Pour Christophe Boltanski, la situation est moins lisible aujourd’hui que par le passé. Selon lui, il y a quelques années encore, les journalistes français et leurs homologues américains avaient effectivement tendance à être légitimistes, à « coller » à la diplomatie de leurs gouvernements. Mais quelle est actuellement la position de la France? Les Etats-Unis ne reconnaissent-ils pas officiellement la nécessité de deux Etats? « Tout est aujourd’hui beaucoup plus compliqué. Il faut relire ce que la presse américaine a écrit à l’époque de la guerre de Gaza, c’était extrêmement critique à l’égard des Israéliens », ajoute-t-il. Et puis que signifie être pro-palestinien à la lumière des rivalités entre le Hamas et le Fatah ?...

Mais après l’excitation des premières années, de nombreux correspondants ressentent une certaine lassitude. Jean-Luc Allouche, un ancien de Libération, a tout simplement renoncé. « Je devenais cynique, je n’avais plus une curiosité suffisante vis-à-vis de mes interlocuteurs », explique-t-il. L’impression de savoir ce que chacune des parties va dire avant même qu’elle ne le fasse, c’est aussi ce qu’est en train de vivre Karim Lebhour, le correspondant de RFI. « Je suis allé faire un reportage sur un village palestinien en conflit avec la colonie israélienne voisine, j’ai interrogé le maire du village et je savais à l’avance ce qu’il allait me dire », raconte-t-il.
__Il y a des mots que Christophe Boltanski ne peut plus prononcer comme « processus de paix », des lieux où il ne voudrait plus aller. « Il n’y a pas un colon d’Hébron qui n’aurait pas été interrogé au moins une fois dans sa vie, c’est de la folie », explique-t-il. Atteindre les limites de l’empathie, avoir l’impression
de remarcher sans cesse sur les mêmes traces. « Il y a un désintêrét dans les rédactions aujourd’hui parce qu’il y a un côté horriblement répétitif à cette histoire et une absence totale de visibilité sur ce qui peut se passer », poursuit-il. Un sentiment que l’ancien correspondant de Libération n’avait pas à l’époque où il était en poste : « Quand j’y étais, on pouvait penser que les choses faisaient sens, soit on allait vers la paix, soit on allait vers la guerre. Mais maintenant, c’est une sorte de serpent qui se mord la queue ». Christophe Boltanski affirme avoir même du mal aujourd’hui à lire des articles sur le conflit.
__Charles Enderlin, lui, ne semble jamais se lasser. Il y est pourtant en poste depuis plus de trente ans. En revanche, il ressent une réelle lassitude chez ses interlocuteurs à Paris. « Il y a encore quelques ann
ées, je diffusais trois ou quatre sujets par semaine. Aujourd’hui, il m’arrive d’en diffuser trois ou quatre par mois ». Cette lassitude, il l’a aussi ressentie outre Atlantique. « Même ABC, la grande chaine américaine, a fait l’impasse sur l’un des derniers voyages d’Hillary Clinton à Ramallah. La fin du moratoire sur les colonies a été complètement passée sous silence par la plupart des grands chaines américaines ». Mais pour l’infatiguable correspondant de France 2, les médias font une erreur d’appréciation. « En dépit du fait qu’il n’y ait pas de violences, on assiste aujourd’hui à un tournant dans l’histoire diplomatique de la région », explique-t-il, ajoutant un peu blasé : » Mais ce n’est pas assez exotique. Ca ressemble à de l’institutionnel »...." [Mediapart_-Grotius.fr]

__Rendre compte des faits sur le terrain est d'autant plus difficile que les mots sont investis, non seulement de passions, de dénégations, mais aussi de mythes identitaires, religieux, concernant la terre elle-même, chargée d'une histoire lourde d'imaginaire, à reconstruire, à réinterpréter. L'autre difficulté, signalée par des journalistes indépendants, est aussi que les mots sont manipulés par une certaine propagande israëlienne, destinée à justifier son intransigeance et à influencer la presse et l'opinion, pour les rallier à ses objectifs.
_______________

Jean-Luc Allouche, les Jours redoutables (Denoel)

Charles Enderlin, Un enfant est mort (Don Quichotte Editions)

Karim Lebhour, Jours tranquilles à Gaza (Riveneuve éditions)

Renaud Girard, La guerre ratée d’Israël contre le Hezbollah (Editions Perrin)

Christophe Boltanski et Jihan El-Tahri, Les sept vies de Yasser Arafat (Grasset)