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samedi 15 avril 2023

Voyage en uchronie

Vertigineux?

              A quoi tiennent les événements historiques, surtout ceux que l'on considère comme majeurs, que l'on regarde comme des tournants décisifs? Mais la question se pose aussi pour des faits dits "mineurs", comme le suggère l'expression: Si le nez de Cléopâtre avait été plus court, la face du monde eût été changée..." Il est des "grains de sable" qui peuvent avoir des incidences inattendues.   Certaines événements naturels peuvent déterminer des épisodes de l'histoire des hommes: la baisse du niveau des océans a favorisé le passage de populations eurasiatiques vers le continent qui deviendra américain. A 10 minutes près, l'attentat de Munich contre Hitler aurait pu éviter les aventures du III° Reich, qui a changé après coup l'histoire de l'Allemagne. On n'en finirait pas de faire défiler les phénomènes historiques qui en ont entraîné d'autres, parfois en cascades imprévues. La pure contingence semble bien être la logique de l'histoire, l'historien ne pouvant que décrire les effets souvent non voulus de causes, qui sont elles mêmes effets de processus non programmables. L'historien doit s'attendre à tout et arrive toujours trop tard...Si des processus sont attendus avec vraisemblance, on est toujours loin d'en attendre des effets certains. Par exemple, le développement rapide de la Chine lui donnera -t-il au final le rôle de première puissance mondiale dans les décennies qui viennent? C'est probable, sans plus...Entre les objectifs que se donnent les hommes et les résultats, il peut y avoir un gouffre, ce qui éclaire la réflexion de K.Marx: " Ce sont bien les hommes qui font l'histoire, mais ils ne savent pas l'histoire qu'ils font..." Cela va plus loin que la réflexion de Hamlet : L'histoire étant à ses yeux une histoire de fous racontée par un idiot et qui n'a pas de sens..."       


                                                                                                                          Cette contingence de fond donne le tournis, peut engendre des abîmes de questions sans réponses. L'uchronie pose le problème du sens   . Back to the future?      __ "ET SI..."...    "L’uchronie est au passé ce que la science-fiction est à l’avenir : la seconde anticipe, là où la première se met en quête de ce qu’on appellera, à la suite de Pierre Bayard, les « possibles du passé ». Avec son dernier ouvrage, Et si les Beatles n’étaient pas nés ? (2022), le critique prend un malin plaisir à se faire contrefactuel. Sans les Scarabées de Liverpool, les Kinks auraient pris toute la lumière ; en l’absence de Proust, toute une génération d’écrivains, dont Anatole France était la figure de proue, se serait durablement imposée, et l’histoire littéraire aurait aujourd’hui un autre visage. Idem pour Marx, Freud et KafkaIl y a longtemps que les historiens ont retenu la leçon. À force de se pencher, entre autres choses, sur le sort des batailles, ils en sont venus à s’interroger. Et si Napoléon avait vaincu à Waterloo ? ; et si les Confédérés avaient remporté le conflit contre leurs frères du Nord ? ; et si les nazis n’avaient pas perdu la Seconde guerre mondiale ? Ils ruminent depuis longtemps, aussi, la longue portée de la pensée de Pascal : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face du monde aurait changé. » Même si le philosophe consacre son fragment à la « Vanité » et aux causes et conséquences de l’amour, sa réflexion porte en germe la notion d’alternative à l’histoire officielle racontée par les manuels. Ici, la disproportion entre un détail anatomique et les conséquences géopolitiques, à l’échelle de Rome, du choix amoureux fait par Marc-Antoine, est à ce point spectaculaire qu’elle interpelle l’historien (tout comme elle frappe l’imagination). Rien d’étonnant, donc, qu’on doive à un spécialiste de l’histoire des religions, Charles Renouvier (1815-1903), la paternité du néologisme « Uchronia ». Pour la circonstance, le philosophe se fit romancier...                                                                                                                                        ...La même année (2011), Rêves de gloire, de Roland C. Wagner, spécule sur le destin d’une Algérie évoluant « très différemment » à partir de l’assassinat du général de Gaulle, en octobre 1960. Le complot contre l’Amérique (2004), de Philip Roth imagine un Roosevelt battu aux élections présidentielles de 1940 par Charles Lindbergh, l’aviateur devenu homme politique antisémite et fascisant. Eric Emmanuel Schmidt romance la double vie, contrefactuelle et réelle, d’Adolf Hitler, à partir d’une hypothèse a priori simple : et si le peintre du dimanche n’avait pas raté le concours d’entrée à l’École des Beaux-Arts de Vienne ? (La part de l’autre, 2001). Pour sa part, George Steiner avait mis en scène la capture, au fond de la jungle amazonienne, d’un Hitler nonagénaire, dans le controversé Le Transport d’A.H. (1981)....."_________________________

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