Quand la Chine s'est vraiment réveillée
La situation économique chinoise est aujourd'hui bien au-delà des anticipations visionnaires de Peyrefitte. Le réveil est douloureux pour l'Europe, notamment,, après des années d'inconscience et de naïvetés. Pas seulement dans le domaine des voitures. Le temps est loin où l'empire chinois s'arrêta, humilié par les puissances occidentales, qui a fait oublier son épanouissement ancien.
"...En quelques décennies, la Chine est passée d’atelier du monde à rival technologique majeur pour les Européens. Ces derniers, qui imaginaient profiter de son vaste marché intérieur, ont sous-estimé la capacité d’innovation du pays. Le 9 février, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan sonne l’alerte : le « rouleau compresseur » chinois, dit-il, est en train d’écraser l’industrie européenne, notamment française et allemande. Dans son rapport, l’organisme public rattaché à Matignon décrit une puissance chinoise qui, en quelques années, est parvenue à dépasser la plupart des poids lourds industriels occidentaux. Pékin ne concurrence plus seulement les industries traditionnelles à forte main-d’œuvre comme par le passé (textile, biens de consommation bas de gamme, etc.) : la deuxième puissance économique mondiale, derrière les Etats-Unis, s’impose désormais dans les secteurs d’innovation et les productions à haute valeur ajoutée comme l’intelligence artificielle, la transition énergétique ou la défense. « Tous les secteurs industriels soulignent un rattrapage, voire un dépassement technologique rapide, y compris dans des domaines historiquement dominés par l’Europe (chimie, robotique, nucléaire, machines-outils) », explique le rapport coécrit par Thomas Grjebine, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales. En quelques décennies, nous sommes donc passés du « fabriqué en Chine » au « inventé en Chine ». Et les marques chinoises sont devenues de nouveaux standards mondiaux dans les voitures électriques (BYD, Geely) mais aussi dans les smartphones (Huawei) ou le commerce en ligne (Alibaba, Shein, Temu). Dans la plupart des secteurs, les écarts de coûts de production entre le géant asiatique et les pays européens sont sans appel, « en moyenne compris entre 30 % et 40 %, et [ils peuvent] dépasser 60 % dans certains segments », précise le Haut-Commissariat. Impossible de rivaliser : « Ni la montée en gamme, ni les gains de productivité, ni les ajustements organisationnels ne peuvent compenser durablement de tels écarts », indique encore le rapport. Pas d’autre choix donc, selon ces experts, que de « changer de logiciel » pour l’Union européenne attachée au libre-échange, et de mettre en place, à l’instar de l’Amérique trumpiste, « l’équivalent d’un droit de douane généralisé de l’ordre de 30 % » contre les exportations chinoises, tous secteurs confondus. Une solution jusqu’au-boutiste qui ne fait pas l’unanimité parmi les gouvernements européens même si la plupart, comme les acteurs industriels, partagent l’inquiétude et le diagnostic.." La préférence européenne sera-t-elle la riposte? On peut penser que si elle s'organise efficacement, en sortant des voeux pieux, elle mettra du temps à sortir du domaine des mots ou des injonctions, faute de cohérence. La Chine n'est plus une partenaire, mais une rivale. Elle s'impose de plus en plus comme incontournable. A Bruxelles, le ton se fait de plus en plus grave, ce qui agace Pékin, qui sait cependant que le temps joue pour elle. Jusqu'à quand?..."Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel", comme dit un proverbe chinois. _________
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