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mercredi 24 juin 2026

Yves Lacoste et la géopolitique (suite)

Quelques précisions

               Sur la nouvelle, mais complexe notion de géopolitique.                                                     Au sujet de la géopolitique aujourd'hui et les problèmes d'une discipline de plus en plus sollicitée. Surtout pout tenter de comprendre un peu mieux ce qui se passe et se prépare à Ormuz, à Washington, à Moscou ou à Pékin, dans les coulisses des mutations économiques, politiques  et idéologiques en cours.                                                               Il importe de clarifier la notion la géopolitique, de plus en plus revendiquée, mais parfois galvaudée, qui n'est qu'une science humaine, avec ses limites et ses "écoles"; pas une science exacte: "...elle un mixte de connaissances géographiques et historiques combinées, liées à  "une méthode d'étude de la politique étrangère pour comprendre, expliquer et prédire le comportement politique international à travers les variables géographiques. Il s'agit notamment des études régionales, du climat, de la topographie, de la démographie et des ressources naturelles."     Certains dans le passé faisaient déjà de la géopolitique sans le savoir: Alexandre le Grand savait où le menait son audacieuse conquête vers l'Est. Napoléon étudiait longuement les cartes de l'époque avant ses aventures extra-européennes. Ils faisaient de la géopolitique sans le savoir, au services de leurs propres intérêts bien sûr. C'est encore plus clair pour Hitler, qui finit pas s'aveugler lui-même. Les Usa avaient de bons experts pendant la guerre Vietnam, mais à courte vue, comme Kissinger, mais se sont fourvoyés dans un aventure sans issue . Aujourd'hui, à Ormuz, les experts des deux bords sont aveuglés par les intérêts erratiques des parties engagées. Bref, on peut être bien informés sur une situation et des enjeux sans avoir de perspectives rationnelles sur les issues réalistes à proposer. Le géopoliticien, déclaré ou autoproclamé, est lui- aussi souvent aveuglé par le préjugés du présent. Sa fonction est de s'en dégager le plus possible, mas aucun expert ne survole son époque...Ce que rappelait souvent Yves Lacoste, lui-même. 


                                                                                                                                 
Je ne veux surtout pas être considéré comme un géopoliticien ou un géopolitologue, moi je suis géographe ! À la rigueur, si vous voulez, spécialiste des questions géopolitiques. Je suis capable de mener des raisonnements qu’un géopolitologue ne fera pas. Par exemple, un géopolitologue me dira que les questions géologiques ne sont pas importantes. Or le pétrole, c’est de la géologie !...   Pour les grandes entreprises, le raisonnement géographique, c’est extraordinaire ! Si on se rend compte que la géographie c’est un outil, qui sert à faire la guerre… Par exemple, les problèmes de l’eau : Comment vous contrôlez l’eau ? Comment vous détournez l’eau d’un fleuve pour tel projet ? Vous allez présenter ce projet comme parfait, et en plus, parfaitement écologique...."

       Il ajoutait par ailleurs: " ....Les gens qui discourent de géopolitique n’ont aucun raisonnement géographique, et souvent aucun raisonnement d’historien non plus. Les problèmes géopolitiques résultent d’une évolution historique, qui peut parfois s’étaler sur des siècles, il importe de le comprendre, car l’idée que s’en font aujourd’hui les protagonistes aboutissent à des malentendus ou des certitudes très fâcheuses.           ___ La guerre d’Ukraine en est un bel exemple : on passe sous silence tout une partie des raisonnements historiques. Les problèmes en Ukraine sont beaucoup plus compliqués qu’on ne nous le dit, car ce sont des histoires fâcheuses. Poutine dit que cela fait partie de la Grande Russie, ça a été le cas pendant très longtemps. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la situation en Ukraine, comme on ose le dire de temps en temps, était différente : les Allemands étaient accueillis très bien. La famine, oh, mauvais souvenir. L’antisémitisme en Ukraine, où les juifs jouaient un rôle important, a été fort et s’explique par le fait que l’exportation des céréales se faisait depuis longtemps par des négociants juifs. Ces juifs d’Ukraine, on ne sait pas trop d’où ils viennent, d’Europe centrale, d’autres sans doute, sont venus du Caucase. Ces problèmes-là, on les passe trop sous silence. Puis il y a le rôle des fleuves, du climat…                                                                                                                                    On pensait il y a quelques années qu’une invasion russe était impossible contrairement aux logiques qu’on peut trouver dans les grandes théories géopolitiques, dans lesquelles notamment les invasions viennent toujours en Europe d’est vers l’ouest.  Dans l’histoire, les rapports de ce qu’on appellera les Ukrainiens sont d’abord très mauvais avec les Polonais. Aujourd’hui, ce qui est très intéressant est que les Polonais soutiennent les Ukrainiens en dépit de ces antagonismes : les Polonais sont catholiques, les Ukrainiens orthodoxes....."          ___________________

   A propos d'Hérodote:    "... Hérodote, prépare Alexandre. Hérodote est un Grec d’Asie Mineure qui fait alors partie de l’Empire perse. Il sait très bien qu’à déjà deux reprises les Perses ont envahi la Grèce, et par conséquent, ce qui est génial chez Hérodote, c’est qu’il estime que cela va se reproduire. Il se lance dans l’analyse de l’Empire perse en s’y déplaçant, en étudiant les peuples qu’il regroupe. Il va jusqu’à l’Indus et il est ainsi un peu le conseiller et l’informateur de Périclès. L’offensive qu’Hérodote croit prochaine ne se fera pas, et c’est Alexandre qui tire parti de ces informations et va les exploiter. Et Xénophon avant lui. Hérodote est déjà un fort bon géographe – par exemple, c’est lui qui s’étonne que le Nil se divise en trois branches et qui propose le mot delta, car, sur une carte, cela forme la lettre grecque. Il est surpris de constater qu’en été, alors que les cours d’eau autour de la Méditerranée sont à sec, le Nil lui a sa grosse crue. Il propose alors l’hypothèse de sa venue d’un pays lointain où il pleut l’été. Et c’est vrai. Périclès, Xénophon, Alexandre, ont certainement lu Hérodote. Ce dernier parce que ses conquêtes jusqu’en Inde se font sur les éléments décrits par l’historien géographe grec.      Est-ce qu’il y a un raisonnement géographique semblable à un raisonnement militaire ?   Sur certaines choses, oui ! En me promenant au parc de Sceau, j’avais rencontré un monsieur qui marchait devant moi, et qui avait lu quelques numéros d’Hérodote, et me dit « avez-vous lu le général de Brack ? » « Non je ne sais pas » et il me dit « de Brack était colonel de Hussard, et les hussards, c’est très important pour l’observation géographique parce qu’ils partent en reconnaissance. » Et il rajoute que « le général de Brack dit que, dans les fontes d’un officier de Hussard, il doit y avoir un carton, un bloc de dessin et des crayons de couleur ». J’ai été très surpris et il m’a prêté ce livre, Avant-Postes de Cavalerie légère. Et la grande préoccupation pour l’époque, c’est de tenir compte des espaces masqués, des replis de terrain, où l’adversaire va attendre et attaquer. Le hussard est celui qui revient rendre compte au chef de guerre.   – Vous voyez, je vous dis, que les dieux font bien les choses. Je dois dire que tout l’article sur le général de Brack fait partie du numéro 7 d’Hérodote et que cet article a suscité un haut intérêt. C’est à l’époque où les configurations, où les espaces masqués, c’est dilué au fur et à mesure que les procédés d’observation se font de plus hauts. Une des choses que je ne connais pas, c’est d’où vient le raisonnement de Bonaparte : Bonaparte se déplace d’une façon telle qu’il trompe l’ennemi. Mais je sais, en revanche, que Napoléon a passé la préparation de la campagne d’Italie au dépôt des cartes deux ans durant.     Évidemment les procédés d’observations aujourd’hui changent la donne. J’avais perçu ça, que les militaires n’avaient plus l’appétit géographique, mais c’est la faute des géographes.               Évidemment les procédés d’observations aujourd’hui changent la donne. J’avais perçu ça, que les militaires n’avaient plus l’appétit géographique, mais c’est la faute des géographes. Les géographes universitaires donnent de la géographie une image sans fondement, emmerdante ; Je me souviens qu’au lycée, l’histoire me passionnait, mais le cours de géographie, je sentais que c’était pas bon, que c’était lamentable. Je crois qu’à l’heure actuelle, l’image de la géographie n’est pas bonne. Il faut davantage l’expliquer. Il ne suffit pas de dire qu’il y a la géographie physique et la géographie humaine.      Dans les conquêtes coloniales, l’observation géographique est déjà très utile. Les officiers qui, comme ils connaissent mal le terrain, l’observent d’autant plus, et ont besoin de ce savoir organisé pour conquérir et organiser leurs conquêtes...."                                                   __  Illustration: Poutine et ses cartes ___________________

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