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mercredi 22 juillet 2026

Loi d'urgence

Il y avait urgence à légiférer

     Un gouvernement divisé. Le vote de la honte... lit-on dans une presse plutôt soucieuse des problèmes agricoles et de santé.     Une démission qui s'imposait.                                                                     Les attentes de ceux qui luttent pour une autre forme d'agriculture ont été compromises, contre les intérêts bien compris de la vie paysanne et la santé de tous. L'environnement n'est pas, une fois de plus une priorité, dans une vision à court terme qui fait fi de l'avenir.                                                                                                         " L'écologie est une chose merveilleuse. Surtout en période de canicule.  À chaque épisode de chaleur, les mêmes responsables politiques apparaissent devant les caméras avec un air grave. Ils parlent de "défi climatique", de "résilience", d'"adaptation" ( comme si on pouvait s'adapter à un climat de +4)) et, si l'émotion est au rendez-vous, ils ajoutent même qu'il faut "agir". C'est beau. On croirait entendre un documentaire animalier où tout le monde veut sauver la planète.   Puis ils retournent voter.   Et là, c'est un peu comme découvrir que le président de la Ligue contre l'alcoolisme inaugure une distillerie.    Parce qu'entre les discours et les bulletins de vote, il existe parfois un gouffre si profond qu'on pourrait y installer une station de ski.                                                                                                                                             Prenons les faits. On nous explique qu'il faut protéger les ressources en eau. Très bien. Puis on facilite les projets de mégabassines, dont le principe consiste à pomper une ressource devenue rare pour la stocker dans d'immenses réserves artificielles. C'est un peu comme répondre à une pénurie de pain en construisant des silos... sans se demander pourquoi les champs produisent moins.   On nous explique ensuite qu'il faut préserver la biodiversité. Excellente idée. Puis on affaiblit la protection des zones humides, ces terrains qui rendent pourtant quelques menus services : absorber les crues, filtrer l'eau, stocker du carbone, rafraîchir les paysages et héberger une quantité impressionnante d'espèces vivantes. En résumé, les zones humides sont les reins de la nature. Mais visiblement, certains pensent qu'on peut très bien vivre sans reins. C'est audacieux.      Vient ensuite la question des pesticides.  Pendant des années, scientifiques, médecins et agences sanitaires nous ont expliqué que certaines molécules posaient problème pour les insectes pollinisateurs, les écosystèmes et parfois la santé humaine puis qu'une récente étude nous affirme que le nombre trés élevé de cancers du pancréas vient des pesticides (remarquez bien que je n'écris pas viendrait, j'écris vient). Résultat ? On trouve une jolie formule administrative : "réintroduire à titre dérogatoire". Le mot "dérogatoire" est merveilleux. C'est un peu le passe-partout de la politique. On ne revient jamais en arrière, voyons. On crée simplement une petite exception. Puis une autre. Puis encore une autre. À la fin, l'exception finit par devenir la règle, mais tout le monde dort tranquille parce que le vocabulaire est resté élégant.                                                                 Le plus fascinant reste toutefois la communication.    Il y a quelques années encore, une partie de la droite et de l'extrême droite expliquait que les écologistes exagéraient tout, qu'ils voulaient revenir à la bougie et qu'ils inventaient une "écologie punitive". Aujourd'hui, difficile de nier les canicules, les sécheresses, les incendies ou les inondations. Alors le discours a changé. Désormais, tout le monde est sensible au climat. Tout le monde aime les arbres. Tout le monde trouve que l'eau est importante. C'est presque touchant.        Mais lorsqu'il s'agit de voter des mesures concrètes qui protègent les sols, réduisent les pollutions ou préservent les milieux naturels, il semble qu'une mystérieuse allergie se déclare au moment d'appuyer sur le bouton.    On pourrait appeler cela le syndrome du climat sympathique.  On aime beaucoup le climat. On lui souhaite bon courage. On pense très fort à lui.   Mais surtout, qu'il ne vienne pas perturber les habitudes économiques.    Car il ne faudrait pas que l'écologie devienne... écologique.   Le plus extraordinaire est cette capacité à invoquer la science uniquement lorsqu'elle conforte une opinion déjà existante. Pour le climat ? "Écoutons les scientifiques." Pour les pesticides, les sols, les zones humides ou la biodiversité ? "Écoutons surtout les impératifs économiques." Les chercheurs deviennent alors un peu comme ces cousins qu'on invite uniquement aux repas de famille lorsqu'ils sont d'accord avec nous.   Pendant ce temps, les conséquences, elles, ne votent pas.  Les sécheresses ne regardent pas la couleur politique des départements.   Les inondations ne demandent pas la carte d'un parti avant d'entrer dans les maisons.   Les incendies ne distinguent pas un électeur de droite d'un électeur de gauche.   La physique possède un défaut insupportable : elle refuse obstinément de négocier.          Alors, bien sûr, il faut soutenir les agriculteurs. Personne ne conteste qu'ils affrontent des difficultés immenses. Mais les aider à traverser le changement climatique n'est pas la même chose que les encourager à poursuivre des pratiques qui aggravent les problèmes auxquels ils devront faire face demain.                                                               Au fond, cette politique ressemble à un médecin qui, voyant son patient souffrir d'un emphysème, lui offrirait une cartouche de cigarettes "pour soutenir le commerce local". Le geste est généreux. Le pronostic l'est un peu moins.  À force de présenter chaque recul environnemental comme une victoire du bon sens, on finit par oublier une évidence : la nature n'a pas d'opinion politique. Elle ne lit pas les programmes électoraux. Elle applique simplement les lois de la chimie, de la biologie et de la physique.  Et ces lois-là ont une particularité assez agaçante : elles ne connaissent ni la droite, ni l'extrême droite, ni le centre. Elles se contentent de présenter l'addition. Et, comme toujours, ce ne sont pas ceux qui l'ont rédigée qui la paieront en premier, mais ceux qui hériteront du paysage qu'ils auront laissé derrière eux...."

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