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samedi 8 août 2026

Figure israëlienne

 Il manque à son peuple... 

Un écrivain s'en est allé.
                                        Et non des moindres.
      Amos Oz, ecrivain, mais aussi un témoin des tragédies de son temps et une voix qui a compté  et qui résonnera encore longtemps, pas seulement dans son pays.
          Même s'il nul n'y est prophète...
   Comme celle de David Grossman, qui déplorait l'"impuissance" des gouvernements israëliens à faire la paix, après les vaines tentatives de Rabin, le conciliateur tardif, assassiné par l'extrémisme aveugle.
   Profondément engagé, il avait suivi un parcours sinueux et incertain, toujours prêt à se remettre en question, avant de devenir un militant de la paix, dont la voix s'exprimait souvent dans Haaretz, faisant prévaloir la voie d'une certaine sagesse dans une société épousant de plus en plus les extrêmes, surtout depuis Sharon et la politique d'annexion qui s'instaure progressivement, en dépit de toutes les conventions internationales. pour l'instauration du Grand Israël, souvent inspiré par un messianisme sans freins.
   Comme d'autres figures; entre autre, Théo Klein, D.Barenboïm, Charles Enderlin...et l'UJP, qui rappelle obstinément que:

« Le conflit entre Israéliens et Palestiniens ne peut être résolu qu'en mettant un terme à la domination d'un peuple par un autre, et en mettant en œuvre le droit à l'autodétermination pour le peuple palestinien, y compris le droit de créer son propre État indépendant. Le retrait d'Israël des territoires occupés depuis 1967 constitue une étape nécessaire à l'accomplissement de l'autodétermination palestinienne. Le droit à l'autodétermination est déjà, bien entendu, clairement établi pour le peuple israélien.      Toute forme étatique ultérieure que les peuples de la région pourront établir dépendra de l'évolution des relations entre ces peuples, notamment entre Palestiniens et Israéliens. Nous espérons qu'elles évolueront dans le sens de la paix, de la coopération mutuelle et de la justice sociale. Nous militerons pour encourager de tels développements. »
     La Paix Maintenant , aux ramifications internationales était devenu pour Amos son lieu d'expression et de militantisme, essayant difficilement de faire barrage aux dérives d'une extrême-droite décomplexée et d'un fondamentalisme sioniste s'exerçant de plus en plus au coeur même des institutions, la Knesset comme Tsahal. En route vers un apartheid renforcé....
         L' annexion est et deviendra de plus en plus un cauchemar pour Israël, rappelle une majorité d'anciens généraux de Tsahal (Commanders for Israel’s Security) 
      Le grignotage est sans fin dans le silence et parfois la réprobation purement verbale, comme avec Obama, avec la complicité affichée, comme avec Trump
         Le problème est qu'Israël est extrêmement et de plus en plus divisé, comme le souligne l'historien israëlien Marius Schattner.
 Celui-ci avait naguère analysé les clivages et les divisions qui affectent sourdement mais profondément l'Etat d'Israël.    Il soulignait "le potentiel dévastateur du mélange de nationalisme et de religion, quand brader la moindre parcelle d'Eretz Israël est considéré comme pire qu'une trahison: un sacrilège." (-Histoire de la droite israelienne)
    La crise est profonde. __L' évolution de la politique du  pays depuis Sharon et surtout depuis Netanyaou n'a fait que confirmer le durcissement et le glissement vers l'extrême droite d'une partie du monde politique et même de l'opinion... La  fuite en avant  vers la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est se poursuit à un rythme de plus en plus soutenu, malgré l'opposition palestinienne et des voix israëliennes. 

 . Le poète Natan Zach, l’une des figures du laïcisme israélien va jusqu'à déclarer au journal «Maariv»: «Je ne pense pas que ce pays tiendra longtemps. La société s’est fragmentée […]. Notre nation s’est désintégrée en factions partisanes imprégnées de haine et de fanatisme […]. Cela ne pourra pas durer.»
 ___De plus en plus, les orthodoxes ont le vent en poupe,. un monde à part dans le pays, qui pose des problèmes notamment aux femmes, religieuses ou non.
  Comme le reconnaît Mme Livni, de la droite israëlienne elle-même, tout marche à l'envers. La droite nationaliste, d'une aveugle stupidité, domine à la Knesset, qui considère les Palestiniens israëliens comme ennemis de l’intérieur. Israël contre Israël?
    Une politique suicidaire qui compromet l'avenir et sape la légitimité du pays.

      L'espoir de paix s'est progressivement évanoui, d'autant plus que les faucons, le lobby des colons ont de plus en plus d'influence. Ceux qui se risquent encore à parler de négociations sont marginalisés
Un Likoud qui se déchire comme jamais. Une société dans l'impasse, paralysée par la peur
Une peur entretenue et instrumentalisée. 
 ____Comme dit  ALEXANDRA SCHWARTZBROD «Tant que ce problème (palestinien) ne sera pas réglé, il n’y aura pas de paix ici»... «Effacer l’existence même des Palestiniens, c’est le processus en cours dans ce pays. Nous allons nous effondrer si nous continuons ainsi."
    Une terre qui dévore ses enfants?
      De sombres perspectives d'avenir, selon Gidéon Lévy, si rien ne change très vite.
          La paix maintenant?...ou trop tard? 
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- Le pouvoir « maléfique » des hommes en noir
- Les sombres prophéties d’Amos Oz
- "En Israël, il y a quelque chose d'une tragédie grecque"
- L'inquiétant M. Bennett
-Pas de solution militaire au conflit
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samedi 4 avril 2026

Loi yadan sur la sellette

 Une loi très discutée et discutable  

           Cette loi confond gravement antisionisme et antisémitisme. Confusion souvent entretenue du côté de l'extrême doite israëlienne, du Likoud etdes formes extrêmes du sionisme militant actuel. On comprend pourquoi.


           Il renaît de ses cendres, plus  offensif que jamais, sous des formes diverses, pas toujours détectables pour un esprit non averti..  L'antisémitisme vient de loin, lui qu'on voit hélas! refleurir dans la rue, dans la presse, sur les ondes. Comme un virus qui resurgit périodiquement, notamment à l'occasion de crises confessionnelles ou/et politiques. Un phénomène récurrent dont on peut faire la triste histoire depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours et dont on peut analyser les ressorts et les causes, malgré son aspect largement irrationnel. C'est en lisant très jeune Alfred Memmi que j'ai découvert l'ampleur de ce problème, de cette hydre qui revient en ces temps bouleversés, lui qui sévissait sous une forme des plus barbares en 1943: "....« L’antisémitisme bat son plein parmi les Français. Si c’est cet état d’esprit qui s’impose en France après la guerre, nous sommes foutus. À moins qu’une réaction ne vienne de la France même » (Journal, 13 juin) ..."                                         Une forme de racisme, qui revient périodiquement et qui peut servir bien des intérêts, souvent inavoués, Il n'est pas toujours proclamé, érigé même comme doctrine d'Etat. Dans le cadre de la théorie du bouc émissaire, très bien décrit par A. Girard. L'antisémitisme n'est pas constant, mais on en trouve déjà des prémisses dans l'Antiquité. Un phénomène multicausal, qui trouvera son apogée dans le programme génocidaire du Reich. On peut en suivre les aspects et les vicissitudes à travers des documents maintenant abondants.                                                     Aujourd'hui, dans les circonstances tragiques que nous traversons,, les formes d'expression raciste plus ou moins informelles tendent à exploser, parfois dangereusement<;. Sans oublier le racisme anti-arabe dans certaines sphères françaises et dans l'aile d'extrême-droite du Likoud. Elles viennent des deux côtés. Les extrêmes s'attisent. la politique d'extrême-droite actuelle de Netanyahou encourage les extrêmes. et entretient la terrible confusion entre antisémitisme et critique politique (légitime) de son régime. Un véritable piège. Qui marche malheureusement trop souvent. Le conflit actuel brouille la mémoire de l'holocauste... E.Traverso "..Tout en dénonçant la terreur du 7 octobre, il appelle à ne pas tomber dans le piège tendu par le Hamas et par l’extrême droite israélienne, qui conduirait à la destruction de Gaza et à une nouvelle Nakba. « On peut manifester pour la Palestine sans déployer le drapeau du Hamas ; on peut dénoncer la terreur du 7 octobre sans cautionner une guerre génocidaire menée sous prétexte du “droit légitime d’Israël de se défendre” »...

   Faut-il encore le répéter?  l'antisémitisme est à condamner sans ambiguïté. Sous toutes ses formes, anciennes ou contemporaines. Chez nous et ailleurs.

    C'est récurrent en France. Mais pas seulement. Certains s'obstinent à amalgamer antisémitisme et antisionisme, du moins antisémitisme et une certaine critique d'un sionisme, mis en cause par un certain nombre de Juifs eux-mêmes, qui refusent les formes prises par la politique israëlienne;  alignée plus ou moins explicitement sur les principes déjà anciens du sionisme de Herzl et de Jabotinsky.
     Le gouvernement actuel d'extrême droite de Tel Aviv ne perd pas une occasion de pratiquer l'amalgame; toute critique de la ligne Netanyaou, après Sharon surtout, dans ses rapports avec la colonisation continue de la Cisjordanie, doit selon lui être considérée comme antisémite.  Si Israël doit être reconnu de droit, dans les limites définies pas l'ONU, la volonté d'extension non dite mais effective et continue, à la faveur des conflits armés ou pas, mérite d'être contestée.
   La résolution LERM récente divise jusque dans les rangs de juifs, croyants ou pas

          "...Chez LREM, moins de la moitié du groupe a pris part au vote : 84 députés ont voté pour, 26 contre, 22 se sont abstenus. Les Républicains (LR) ont apporté 46 voix.  C’est peu de dire que la résolution de Sylvain Maillard fracture la majorité. Soutenu à bout de bras par Gilles Le Gendre, président du groupe au Palais-Bourbon, et Stanislas Guerini, délégué général du mouvement, le texte voté par les députés indique que « critiquer l’existence même d’Israël en ce qu’elle constitue une collectivité composée de citoyens juifs revient à exprimer une haine à l’égard de la communauté juive dans son ensemble ». En clair : la définition de l’antisémitisme est élargie à l’antisionisme......Le même jour, c’est une autre tribune, cette fois-ci signée par 127 intellectuels juifs, et toujours publiée dans Le Monde, que plusieurs élus de la majorité s’étaient transmise. « Nous prions l’Assemblée nationale de ne pas soutenir une résolution qui assimile à tort l’antisionisme à l’antisémitisme, affirment les signataires, avec force arguments. Ne soutenez pas une résolution qui approuve la définition politisée de l’antisémitisme par l’IHRA, d’autant plus si elle le fait sans se distancier des exemples problématiques de la définition qui concernent Israël
    Autrement dit il serait interdit de critiquer Israël, sa politique extensive et coloniale du moment, maites fois condamnée.. C'est le suggère Esther Benbassajuive laïque parlementaire. Comment sortir de ce piège?  
   L'exclusion de l'autre, sous toutes ses formes, est une valeur bien partagée. Hélas!  ______      
             Depuis des temps indéterminés. A certaines époques plus qu'à d'autres. De l'ethnocentrisme diffus au racisme institutionnel, il y a bien des degrés dans le rejet psychologique, culturel, parfois physique de l'autre.  L'antisémitisme, en particulier, ne date pas hélas! d'aujourd'hui.
   Le dénoncer sous toutes ses formes est un devoir autant moral que civique  L'affaire est entendue. Comme toutes les autres formes de racisme, qui ne se limite pas à cet aspect.
   Ses formes le plus virulentes se développent le plus souvent sur un terreau favorable, quand la peur sociale domine, souvent amplifiée par des crises diverses, exploitée parfois politiquement pour détourner des colères, des frustrations. La théorie du bouc émissaires est maintenant mieux identifiée. 
  Mais se pose la question du comment. Comment protester au mieux, collectivement, sous forme de pétitions, par exemple. Sans tomber dans les approximations, les confusions, les amalgames, la polémique discutable.
    L'Appel récents des 300, à cet égard, s'est attiré nombre de critiques, certains ayant dû signer sans avoir lu le texte ou l'ayant seulement survolé.
   Il est des démarches qui peuvent être contre-performantes et, en mélangeant le vrai au faux, se retourner contre leurs auteurs en ne jouant pas dans le sens désiré.
      Surtout quand le sujet est sensible et déclenche trop d'erreurs historiques, d'a priori, de parti-pris, de polémiques masquées.
   Des amalgames aussi, basées sur trop d'approximations et de généralisations.
   Malgré les tensions récentes très médiatisées, parfois imprudemment, il semble que, s'il y a autant de préjugés (ce qui est difficilement mesurable), les actes de racisme en France ont plutôt tendance à diminuer et à être catalogués comme tel trop rapidement, comme dans le cas très litigieux de Mme Knoll.
  Il faut rester prudent et méfiant vis à vis des chiffres qu'on fait parler trop vite, sans tenir compte du contexte.
    Sans contester les véritables dérives, qui ne sont pas que salafistes, il faut tenir compte de l'arrière-plan politique auquel certains font référence sans le dire clairement.  Il y a une prise de parti et une confusion manifeste entre une cause noble et la défense d'une politique qui l'est moins. Des officines de Netanyahou au Crif, l'amalgame est largement diffusé; la critique de la politique sioniste actuelle serait une forme moderne de l'antisémitisme. 
    Il faut rappeler que  l’antisionisme n’est pas un antisémitisme réinventé. Beaucoup de Juifs eux-mêmes, religieux ou non, savent faire la distinction, en Israël ou ailleurs, entre l'Etat actuel sans frontières définies  et colonisateur et la politique menée depuis dix ans surtout pas l'équipe actuellement au pouvoirComme disait de manière raccourcie Esther BenbassaLa thèse de l’antisémitisme a été utilisée comme une arme pour rehausser l’image d’Israël et défendre sa politique. 
   L'histoire est souvent oubliée. Un certains nombre de Juifs européens, comme Buber ou Einstein, furent opposés déjà au mouvement sioniste naissant, dans toute sa rigueur initiale.
   Qu'il soit déjà ancien, de 610 à 1492, plus récent, de1300-1800 notamment, ou cruellement moderne, l'antisémitisme est une constante épisodique en l'Europe, sur fond historique de doctrine chrétienne ostracisante. Les problèmes de la Palestine et du “rêve brisé”   comme dit Charles Enderlin sont encore vifs.
     La grande confusion risque encore de durer, alimentée par un conflit qui s'éternise, de même que des amalgames et les non-dits.
        ...Amalgame entre antisionisme et antisémitisme qui assimile la contestation de la politique coloniale et raciale d’Israël à l’égard des Palestiniens (sans oublier les discriminations à l’égard des Falachas juifs d’Ethiopie et de la récente émigration africaine, commises notamment par les courants ultra-orthodoxes) à la dite « volonté de destruction des juifs » par des mouvements extrémistes au Proche-Orient. En oubliant que l’Etat israélien s’autoproclame « Etat juif » et s’arroge le droit de parler au nom des juifs du monde entier. Amalgame dont plusieurs personnalités « hors de tout soupçon »  ont fait les frais (Maspero, Charles Enderlin et tant d’autres) lorsque l’on a cherché à les faire condamner par la justice comme antisémites ou en les empêchant de continuer à exercer leur métier. De même pour tous ceux et celles, juifs et juives, qui ont subi diffamations ou calomnies publiques comme par exemple l’ex-ambassadeur et ancien déporté Stéphane Hessel, auteur du manifeste «  Indignez-vous », Edgar Morin ou l’ancien président du CRIF, Théo Klein dés qu’ils refusèrent de cautionner inconditionnellement la politique l’Etat d’Israël. Et dernièrement, l’actrice Natalie Portman, traînée dans la boue parce qu’elle avait refusé de participer aux cérémonies du prix Genésis ne voulant soutenir ni la politique de Netanyahou ni « la violence, la corruption, les inégalités et l’abus de pouvoir ».
     Il ne faut pas pour autant négliger, dans les prisons comme dans les quartiers que la République française nomme de « non droits », la progression d’idéologies salafiste et wahhabite, qui reprennent la « théorie du complot juif », revisitée par l’extrême-droite et relayée par les réseaux sociaux. Il faut rappeler que cette même république a été sourde aux appels de travailleurs sociaux – laïques et musulmans (mais pourquoi définirait-on certains citoyens par leur appartenance religieuse ?) pour lutter contre les prêches de ces imams. Cette même république a été sourde également aux études des anthropologues et des sociologues sur la montée des mouvements religieux servant de rempart ou de colmatage socio-éducatif au retrait des services publics et des pouvoirs régaliens dans certaines périphéries paupérisées. Les attaques contre la pensée critique, appelée par le manifeste pensée de la « gauche radicale »  réduisent les analyses des phénomènes de paupérisation et de ségrégation sociale – conjugués à la montée du consumérisme et au ressentiment de ne pas être du bon côté de la fracture – à une position idéologique. Les détracteurs de la pensée critique, eux, pensent si bien qu’ils parlent d’épuration ethnique pour désigner la fuite des quartiers paupérisés vers des quartiers plus « sécurisés » et gentrifiés de certaines fractions de la population juive. Quand, dans l’Afrique du Sud post-apartheid, des fractions aisées de la population noire ont quitté les townships pour des quartiers blancs, et que les Blancs ont déserté ces mêmes quartiers a-t-on parlé d’une « épuration ethnique..?____
      Contre l’antisémitisme, avec détermination et sang-froid

jeudi 27 mars 2025

Miracle à Jérusalem?

  Rencontre surréaliste dans ce noeud gordien

    Jordan, Marion  et d'autres à Jérusalem,  invités par Bibi            

           Une dédiabolisation jugée nécessaire, mais totalement amnésique...Un rapprochement controversé.

    Il y a comme un malaise...devant la grande confusion.

                 "...Une nouvelle occasion pour le président du RN de prétendre que son parti est « le meilleur bouclier pour les juifs de France », selon l’élément de langage martelé par les caciques du mouvement depuis le 7-Octobre. Le soutien sans réserve à la politique du gouvernement de Benyamin Nétanyahou depuis dix-huit mois a permis un rapprochement voulu de longue date par un parti fondé par un ancien Waffen-SS et un membre de la Milice, et dirigé pendant quarante ans par Jean-Marie Le Pen, multicondamné pour des propos antisémites ou négationnistes..."
          Comme dit  Charles Enderlin: ...

   "Il y a une certaine surprise en France à voir le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou inviter une figure comme Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), héritier du Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen, et plus largement des représentants de l’extrême droite européenne, qui seront présents à la conférence sur la lutte contre l’antisémitisme organisée à Jérusalem mercredi 26 et jeudi 27 mars. Pourquoi franchir cette ligne rouge maintenant ?    Cette ligne est franchie depuis longtemps. Simplement, jusqu’à présent, on évitait d’inviter officiellement ces personnalités de l’extrême droite européenne pour ne pas trop énerver certains gouvernements, et surtout les communautés juives en Europe qui luttent contre l’antisémitisme. Cela faisait trop de bruit. Mais il faut rappeler que le gouvernement Netanyahou est le plus à droite, le plus religieux et le plus annexionniste de l’histoire d’Israël. L’idéologie dominante aujourd’hui, et depuis le retour de Netanyahou en 2009 [le pouvoir lui ayant échappé durant une parenthèse d’un an et demi en 2021-2022], est une idéologie d’extrême droite, radicalement opposée à la gauche. Plusieurs ministres, qu’ils soient du Likoud [la formation de Netanyahou], du Parti sioniste religieux ou d’Otzma Yehudit [« Puissance juive » en hébreu, composé des héritiers du rabbin raciste Meir Kahane], sont des ultranationalistes religieux. Et ce qui unit ce gouvernement avec les droites nationalistes européennes, c’est une opposition générale à l’immigration arabe. C’est le socle idéologique commun à tous ces mouvements...Israël n’exporte pas que des start-up, il exporte aussi une idéologie. Yoram Hazony, par exemple, est un intellectuel religieux messianique. C’est lui qui a édité le livre-programme de Netanyahou en 1993 où celui-ci exposait son idéologie : refus d’un Etat palestinien, défense d’une forme de suprématie juive. Hazony est aujourd’hui le grand promoteur du nationalisme intégral. Il a publié « la Vertu du nationalisme », un best-seller dans les milieux nationalistes européens. Il est invité chez Orbán, chez les Polonais, chez les Italiens. Il participe à toutes les grandes conférences du National Conservatism. Il a même créé à Washington une fondation nommée Burke, du nom d’un parlementaire britannique du XVIIIe siècle farouchement opposé à la Révolution française et à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen. Ironie de l’histoire : cette déclaration qui a marqué l’émancipation des juifs est donc aujourd’hui combattue par un intellectuel juif israélo-américain. Marion Maréchal a déjà participé à des conférences du National Conservatism où Hazony était le principal intervenant...."




   Des raisons surtout  électorales, bien entendu...




LE RN INVITÉ D'HONNEUR EN ISRAËL : OFFICIALISATION DE L'UNION DES FASCISTES ET DES SIONISTES
C'est l'aboutissement d'une opération monstrueuse de renversement du réel, qui fait passer les héritiers de Pétain et d'Hitler pour les défenseurs des juifs, et les héritiers des forces issues de la Résistance, celles qui soutiennent aujourd'hui la Palestine, pour des antisémites.
⚫ Bardella invité d'honneur en Israël pour parler d'antisémitisme
Ce mercredi 26 mars et jeudi 27 mars, Jordan Bardella, président du Rassemblement National, est reçu officiellement en Israël à l'invitation de Netanyahou, alors que le génocide à Gaza reprend avec férocité.
Le représentant du plus grand parti d'extrême droite français, créé par des pétainistes et des SS, et dont le fondateur Jean-Marie Le Pen a tenu des propos antisémites et révisionnistes jusqu'à son dernier souffle, est donc convié en grande pompe par les plus hautes autorités israéliennes. Jordan Bardella assistera à une conférence, tenez-vous bien, sur «la lutte contre l'antisémitisme». L'événement se conclura par une allocution de Netanyahou, par ailleurs visé par un mandat d'arrêt international pour «crime contre l'humanité». Parmi les autres invités, Marion Maréchal, ancienne élue du RN, qui a un temps été membre de Reconquête, parti ouvertement pétainiste. Pour l'extrême droite française, c'est un immense pas en avant dans sa stratégie de dédiabolisation : le RN qualifie cette invitation «d'historique».
À l'initiative de ce rapprochement officiel, le ministre d’extrême droite israélien chargé de la diaspora, Ami’hai Chikli. Il y a quelques semaines, la presse révélait que le ministère des Affaires étrangères israélien avait chargé ses ambassades de discuter avec le Rassemblement National en vue d'alliances, en échange d'un soutien inconditionnel. Le RN rêvait depuis longtemps d'être reçu en Israël, c'est chose faite.
⚫ Le Likoud sur les bancs de l'extrême droite européenne
Le Likoud, le parti de Netanyahou, vient de rejoindre les rangs de l'alliance d’extrême droite baptisée «Patriots.eu», sur les bancs du parlement européen. Comment est-ce possible, puisqu'Israël n'est pas membre de l'Union Européenne ? Le Likoud a été nommé «membre observateur». C'est la première fois qu’un parti non européen rejoint cette coalition.
«Patriots.eu» est une alliance de partis d'extrême droite fondée par le Premier ministre hongrois Viktor Orban. Vous savez, ce président qui autorise et protège des marches néo-nazies en Hongrie, où des milliers de personnes défilent en uniformes SS ou avec des symboles du Troisième Reich, mais qui traque et arrête les antifascistes. Visiblement, Israël n'y voit pas d’inconvénient. Ce même groupe est dirigé par Jordan Bardella. On y trouve aussi le Parti de la Liberté (FPÖ), grand parti fasciste autrichien, héritier direct des nazis. Le parti allemand néo-nazi Alternative pour l’Allemagne (AfD) souhaite également rejoindre Patriots.eu, et y sera probablement bientôt admis.
Il faut se rendre compte de la charge symbolique affolante de cette jonction. Le parti qui gouverne Israël rejoint les forces politiques européennes directement issues des fascismes qui ont planifié et mis en œuvre le génocide des juifs d'Europe. Des forces elles-mêmes héritières de l'antisémitisme séculaire européen et de persécutions terribles contre les juifs. C'est une union monstrueuse, une jonction opérée sur la base d'une entente raciste et coloniale commune, motivée essentiellement par la haine des arabes en général et des palestiniens en particulier.
⚫ Verrou républicain
Les fascistes israéliens sont gagnants : ils tissent ainsi un réseau de partis alliés dans toute l'Europe, qui les appuiera quels que soient les crimes commis à Gaza ou en Cisjordanie. Les fascistes français sont gagnants eux aussi, puisque ce soutien permet de blanchir leur image. L'ancien chef du Front National, Louis Alliot, expliquait dès 2013 que le seul «verrou» à «faire sauter pour réussir à conquérir le pouvoir était l'antisémitisme».
Ce verrou a aujourd’hui sauté. Dès le 12 novembre 2023, le RN marchait avec les macronistes dans une prétendue «manifestation contre l'antisémitisme» qui était en réalité une grande célébration de l’alliance de la droite et de l’extrême droite contre la gauche et les arabes. C'était l'explosion définitive du verrou «républicain» et de toutes les boussoles politiques. La porte-parole des macronistes Yaël Braun-Pivet déclarait alors que «c'était toute la république qui défilait». Voilà comment était redéfinie la République : du Rassemblement National à Macron. Tout le reste étant désormais considéré comme antisémite et anti-républicain.
Cette manifestation de novembre 2023 a été un coup politique énorme. Il se poursuit avec l'officialisation du rapprochement qui a lieu actuellement. À présent, le Rassemblement National veut même pousser l'avantage. Alors que le CRIF, institution française pro-Israël, a émis quelques réserves sur l'accueil de Bardella à Jérusalem, Marine Le Pen a contre-attaqué en déclarant : «Le CRIF est une structure de gauche. C'est à nos compatriotes de confession juive, peut être de dégauchiser le CRIF». Le CRIF n'a pourtant rien de gauche, il passe son temps à diffamer LFI et les luttes pour la Palestine. Mais ce n'est pas suffisant pour le RN, qui entend bien inféoder les officines pro-israéliennes de France à son parti.
⚫ De l'antisémitisme au soutien à Israël
Pourquoi des antisémites et parfois même des nostalgiques d’Hitler se rangent-ils derrière Israël ? Cela paraît fou mais c’est très simple : l’extrême droite occidentale aime Israël pour la même raison qu’elle haïssait les juifs il y a 100 ans. L’antisémitisme européen voyait les juifs comme des «déracinés», des «apatrides» des «cosmopolites», sans État dont suspects par nature, déloyaux et vus comme potentiellement révolutionnaires, donc impossibles à assimiler.
C’est la même extrême droite qui adore Israël en tant qu’État militarisé, religieux, ethnique, ancré sur un territoire, expansionniste et raciste. Elle adorerait appliquer les mêmes mesures en France. Il n’y a aucune contradiction, même si cela parait déconcertant : les fascistes sont antisémites pour les mêmes raisons qu’ils sont pro-Israël !
Il n'y a pas d'incompatibilité entre l’antisémitisme européen séculaire et le sionisme. De son côté, Netanyahou lui même tient des propos plus révisionnistes que les pires néo-nazis européens. En 2015, il déclarait que «Hitler ne souhaitait pas exterminer les juifs», affirmant que les palestiniens seraient les vrais responsables de la Shoah. Le 23 janvier 2025, après le salut nazi du milliardaire propriétaire de Tesla lors de l’investiture de Trump, il écrivait sur le réseau X : «Elon Musk est faussement diffamé. Elon Musk, c’est un grand ami d’Israël». Ainsi, dans un pacte mortifère, l’extrême droite israélienne déresponsabilise l’extrême droite européenne, elle l’absout de ses crimes.
Nous assistons à une coalition des nationalistes et des suprémacistes partout dans le monde, qu’ils soient en Israël, en Europe ou en Amérique, unis par le même élan : coloniser, tuer, expulser, écraser les plus faibles. _____

mercredi 11 décembre 2024

Finir le "job"?

Nettoyage en cours

         Il n'est toujours pas question pour l'armée israëlienne de s'arrêter à Gaza. Le projet est même d'y rester "pour longtemps". "Pour l'éternité" disent les sionistes les plus radicaux. Malgré les protestations externes et aussi internes. Toute parole critique est diabolisée. Même celle d'un membre éminent du Likoud, le parti au pouvoir, comme Moshe Ya’alon, qui a déclaré notamment que: «..Israël n’est plus défini comme une démocratie et le système judiciaire n’est plus indépendant. Nous sommes en train de passer d’un Etat juif, libéral et démocratique dans l’esprit de la Déclaration d’indépendance à une dictature messianique, raciste, corrompue et lépreuse. Prouvez-moi que j’ai tort...»  "Une descente aux enfers", dit C.Enderlin... ( A revoir ici)_ Quels espoirs dans ce chaos organisé?


                      " ...Le 6 janvier,  la chaîne israélienne Channel 12 a organisé une conversation avec Moshe «Bogie» Ya’alon [membre du Likoud de 2009 à 2016, puis du regroupement Bleu et blanc de Benny Gantz en 2019-20], ancien chef d’état-major de l’armée israélienne [1999-2002] qui a ensuite occupé le poste de ministre de la Défense [2013-2017]. Au cours d’un échange intéressant, Moshe Ya’alon a insisté pour définir les actions d’Israël à Gaza comme relevant d’un «nettoyage ethnique». Il a soutenu que les mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye étaient entièrement justifiés et a déclaré qu’il aurait lui-même émis de tels mandats «depuis longtemps» contre le ministre des Finances Bezalel Smotrich, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et peut-être même le Premier ministre Benyamin Netanyahou.                                                                                              Pour Yaron Abraham, l’interviewer de Channel 12, c’était tout à fait inattendu. Il semblait prendre pour lui le fait que Ya’alon n’était pas disposé à répéter le mantra israélien traditionnel selon lequel «Tsahal est l’armée la plus morale du monde».   Il ne fait aucun doute que de telles déclarations ont un poids particulier – venant de quelqu’un qui continue à s’identifier à la droite, qui a autrefois qualifié de «traîtres» les membres de l’ONG de gauche Breaking the Silence et qui, lorsqu’il était à la tête de la direction du renseignement militaire israélien (1995-1998), a soutenu la thèse selon laquelle le président de l’OLP, Yasser Arafat, était responsable de l’Intifada. Pour ne pas être d’accord avec Moshe Ya’alon sur le fait qu’Israël procède à un nettoyage ethnique dans la bande de Gaza – un acte qui constitue clairement un crime de guerre – il faut un mélange unique de sans-gêne et d’audace.                                                               A première vue, on pourrait penser que Ya’alon s’élève contre le nettoyage ethnique parce qu’il le considère comme une injustice morale. Cependant, le véritable motif de ses déclarations commence à apparaître vers la fin de l’entretien.  Il a déclaré: «Israël n’est plus défini comme une démocratie et le système judiciaire n’est plus indépendant. Nous sommes en train de passer d’un Etat juif, libéral et démocratique dans l’esprit de la Déclaration d’indépendance à une dictature messianique, raciste, corrompue et lépreuse. Prouvez-moi que j’ai tort.» En d’autres termes, Moshe Ya’alon ne se préoccupe pas des Palestiniens chassés en masse de leurs maisons par l’armée israélienne, mais de l’avenir d’Israël en tant qu’Etat «juif et démocratique».   Ces déclarations sont particulièrement intéressantes parce que Ya’alon a été l’une des figures les plus en vue du mouvement de protestation contre le coup d’Etat judiciaire de Netanyahou, au cours duquel le «bloc anti-occupation» [anti-colonisation] a largement échoué à convaincre les dirigeants du mouvement qu’il ne peut y avoir de véritable démocratie tant que l’occupation persiste. Ya’alon est-il en train de dire qu’en l’absence de démocratie, il y aura un nettoyage ethnique? A-t-il conclu qu’il existe un lien direct entre la réforme judiciaire, le démantèlement des institutions démocratiques de l’Etat «juif et démocratique» qui lui est cher, et le nettoyage ethnique ainsi que les crimes de guerre qu’Israël commet à Gaza?                                    Ce qui renforce ce lien, c’est le fait que le nettoyage ethnique à Gaza est mené au moment même où le gouvernement d’extrême droite intensifie sa croisade contre les libertés civiles et les institutions de l’Etat. Fin novembre, la Knesset a présenté un projet de loi qui faciliterait considérablement la disqualification des candidats et des listes électorales pour cause de «soutien au terrorisme». Ce projet de loi vise clairement à éliminer les partis palestiniens de la Knesset [les Palestiniens forment quelque 20% de la population de l’Etat hébreu défini comme «Etat juif» en 2018], ce qui rendrait les élections elles-mêmes inutiles et éliminerait virtuellement la possibilité d’une défaite de la droite.   Les médias sont également attaqués: le gouvernement Netanyahou propose une législation visant à fermer la Public Broadcasting Corporation, tout en boycottant le journal Haaretz [voir à ce sujet l’article publié sur alencontre.org le 25 novembre 2024] pour «de nombreux articles qui ont porté atteinte à la légitimité d’Israël dans le monde et à son droit à l’autodéfense», comme l’a déclaré le ministre de la Communication Shlomo Karhi [Likoud].                                                                                               Mais une autre cible centrale de cette attaque est, ironiquement, le système même dont Ya’alon est issu: l’establishment de la défense. Dans une vidéo de neuf minutes réalisée à la suite de l’inculpation d’Eli Feldstein –collaborateur et porte-parole de Netanyahou soupçonné [après une enquête initiée septembre 2024 par le Shin Bet] d’avoir divulgué [au quotidien Bild et à Jewish Chronicle] des documents militaires classifiés pour influencer l’opinion publique israélienne [sur une impossibilité de tout accord avec le Hamas sur les otages] –, le Premier ministre a décrit l’armée, le Shin Bet [sécurité intérieure], la police et, dans une moindre mesure, le Mossad [renseignement extérieur], comme un autre «front» qu’il est contraint de combattre.         Sur Channel 14, le principal organe de propagande de Netanyahou, les différentes agences de sécurité sont non seulement désignées comme les seules responsables des échecs du 7 octobre, mais elles sont également dépeintes comme sapant systématiquement la poursuite de la «victoire totale» dans la bande de Gaza. Cette attaque va au-delà de la rhétorique: des mesures telles que la «loi Feldstein» [présentée par deux membres du Likoud], qui accorderait l’immunité à ceux qui transmettent des documents classifiés de l’armée au premier ministre, et le projet de loi visant à transférer le contrôle du renseignement de l’armée au bureau du premier ministre – qui ont tous deux été adoptés en première lecture à la Knesset – visent à mettre en place un appareil de renseignement personnel pour le premier ministre, qui contourne l’armée et le Shin Bet.  Le démantèlement de l’establishment de la défense devient une réalité tangible.        Comme dans tout régime populiste, ces actions sont justifiées comme des mesures nécessaires pour mener à bien le mandat prétendument confié à Benyamin Netanyahou et à son gouvernement par «le peuple», tandis que les opposants à Netanyahou – dans l’armée, le Shin Bet, le ministère public ou les médias – sont décrits comme une élite cherchant à préserver son pouvoir de manière antidémocratique, contre la volonté du peuple. De manière absurde, la minorité palestinienne est présentée comme étant du côté des élites, qui sont supposées se préoccuper des droits des Palestiniens au détriment des droits du «peuple juif». Il est intéressant de noter que les remarques de Moshe Ya’alon sur la guerre à Gaza correspondent de plus en plus au sentiment de l’opinion publique en Israël, où les sondages indiquent que le gouvernement ne représenterait plus qu’une petite minorité. Un sondage de Channel 12 publié le week-end dernier[29 novembre] a révélé que 71% des sondés est favorable à un accord sur les otages et à la fin de la guerre à Gaza, tandis que 15% seulement sont favorables à sa poursuite.  La décision d’envoyer des soldats dans une guerre où ils risquent de perdre la vie, en particulier lorsqu’ils servent dans une armée de conscription, est au cœur du «contrat social» entre un gouvernement et ses citoyens: le gouvernement est censé assurer le bien-être des citoyens, protéger leurs droits et les défendre, et, en retour, on attend d’eux qu’ils risquent volontairement leur vie pour l’Etat. Un gouvernement démocratique est donc censé obtenir un large consensus avant d’entrer en guerre.    Après le 7 octobre, un accord massif s’est dégagé en faveur de la guerre à Gaza. De même, l’action militaire au Liban n’a rencontré que peu de résistance de la part de l’opinion publique israélienne. Mais aujourd’hui, quatorze mois après le début de la guerre, alors qu’un cessez-le-feu a été conclu dans le nord [au Liban] que les otages meurent les uns après les autres et que les soldats continuent de perdre la vie bien que le Hamas soit censé avoir été virtuellement «éliminé», les sondages indiquent que la plupart des Israéliens pensent que la guerre à Gaza se poursuit uniquement dans l’intérêt de Netanyahou et de son gouvernement.                                                          Le programme manifeste de la droite messianique est centré sur le renouvellement des colonies [voir l’article publié sur alencontre.org le 25 octobre 2024] comme objectif ultime de la guerre. Cela ne fait que creuser le fossé, car il y a une grande différence entre mourir dans une guerre contre le Hamas, qui a perpétré le massacre du 7 octobre, et mourir dans une guerre visant à rétablir le bloc de colonies du Gush Katif [au sud de la bande de Gaza], qui a été démantelé lors du «désengagement» de 2005. Le fait que des personnes comme le ministre de la Construction et du Logement Yitzhak Goldknopf [depuis décembre 2022] – un dirigeant ultra-orthodoxe [Agoudat Israel] qui n’envoie pas ses enfants combattre dans les guerres d’Israël – brandissent des cartes de colonies aux côtés de Daniella Weiss, une activiste d’extrême droite, ne fait qu’exacerber l’illégitimité croissante de la guerre aux yeux d’une grande partie de l’opinion publique.    Ce «déficit démocratique» croissant entre le gouvernement et la population peut expliquer l’attaque renouvelée du premier ministre contre la démocratie et les institutions de l’Etat. C’est comme si le gouvernement Netanyahou avait soudainement réalisé qu’il était difficile de mener une guerre impopulaire dans une société où l’armée repose sur l’enrôlement obligatoire et le service de réserve, et qu’il avait donc décidé de démanteler ce qui restait de la démocratie.  Après tout, pourquoi ne pas vider les élections de leur sens en excluant la minorité palestinienne de l’arène politique? Pourquoi ne pas écraser les médias et cultiver une propagande loyale comme Channel 14 afin d’éliminer toute critique publique de la guerre? Comme tout régime autoritaire, le gouvernement Netanyahou comprend le besoin crucial d’un contrôle sur la diffusion de l’information.   Les mesures visant à accorder à Netanyahou et à son gouvernement un contrôle direct sur l’appareil militaire et de sécurité s’inscrivent dans la même dynamique. Le chef du Shin Bet, Ronen Bar, fait l’objet d’un examen minutieux(Yediot Aharonot, 5 novembre 2024) tout comme les hauts responsables de l’armée. Le gouvernement semble croire qu’en contrôlant directement les mécanismes de la force [police, renseignement, armée, justice], il peut poursuivre la guerre à Gaza et procéder au nettoyage ethnique et à la réinstallation de colonies, même avec le soutien de seulement 30% de l’opinion publique.                   Consciemment ou inconsciemment, Moshe Ya’alon s’est fermement opposé à cette démarche: le démantèlement de la démocratie pour permettre à Smotrich et Ben Gvir de réaliser ce qu’ils appellent «l’amincissement» de la population palestinienne à Gaza. Et l’on peut croire Ben Gvir (Yediot Aharonot, 1er décembre 2024) lorsqu’il affirme que Netanyahou, qui s’est peut-être montré plus prudent à l’égard de ces crimes de guerre manifestes dans le passé, fait désormais preuve d’une certaine ouverture à l’idée d’encourager les Palestiniens à «émigrer volontairement».   Il n’est pas utile de présenter Ya’alon comme l’évangile de la démocratie et de la moralité ou comme le défenseur des droits des Palestiniens! En fait, nous pouvons comprendre ses récentes déclarations dans le contexte de son leadership militaire. Comme l’a fait valoir le sociologue israélien Lev Grinberg, l’armée dépend d’une division claire entre la «démocratie israélienne» à l’intérieur de la ligne verte  et l’occupation au-delà. L’assaut de Netanyahou contre les institutions démocratiques brouille cette frontière et, ce faisant, sape la légitimité de l’armée à poursuivre sa répression «manifestement antidémocratique» des Palestiniens.    Une réoccupation militaire complète de Gaza, un nettoyage ethnique des Palestiniens et le rétablissement des colonies effacent complètement cette frontière, et c’est la raison pour laquelle Moshe Ya’alon s’oppose à ces mesures. Il n’aborde pas le lien direct entre le nettoyage ethnique de 1948 [Nakba] et celui de 2024. Il est peu probable qu’il le fasse dans un avenir proche. Toutefois, le fait qu’un ancien ministre de la Défense et chef d’état-major devienne un opposant virulent non seulement à la révolution antidémocratique de Netanyahou, mais aussi au nettoyage ethnique de l’armée à Gaza, constitue une évolution remarquable. (Article publié sur le site du magazine +972 le 5 décembre 2024; traduction rédaction A l’Encontre)    __________________